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		<title><![CDATA[JRRVF - Tolkien en Version Française - Forum / Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques]]></title>
		<link>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?id=7618</link>
		<description><![CDATA[Les sujets les plus récents dans Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques.]]></description>
		<lastBuildDate>Tue, 09 Aug 2022 08:50:26 +0000</lastBuildDate>
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			<title><![CDATA[Réponse à&#160;:  Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91095#p91095</link>
			<description><![CDATA[<p>Un peu en vrac...</p><div class="quotebox"><cite>Elendil a écrit&#160;:</cite><blockquote><div><p><span style="color: #0a23ff">[...] ἀγάπη [...] φιλία [...] στοργή [...] ἔρως [...] φιλία [...] ἔρως [...] φιλία [...] φίλος [...] στοργή [...] δοῦλος [...]</span></p></div></blockquote></div><div class="quotebox"><cite>Yyr a écrit&#160;:</cite><blockquote><div><p>Pour éclairer ma lanterne, quel était le sens pré-chrétien de l'ἀγάπη ?</p></div></blockquote></div><p>Si je puis me permettre, à moins de considérer l'étude de l'œuvre de Tolkien comme un domaine réservé à d'anciens élèves de "classes prépa" et autres khâgneux, à des profs (de lettres classiques, d'université, de dites "classes prépa", etc.) plus ou moins familiers d'Homère, d'Eschyle, de Platon, d'Aristote, d'Euripide et de Sophocle <i>dans le texte</i>, à des chercheurs ultra-érudits, à des ingénieurs polyglottes fascinés par les architectures linguistiques sophistiquées, ou à je-ne-sais qui d'autre encore, nous ne sommes plus à une époque où toute personne supposément « intelligente et cultivée » (l'un n'allant pas forcément avec l'autre, d'ailleurs, et vice versa) pouvait avoir acquis des notions de grec ancien au point de le lire couramment avec son alphabet. On peut toujours le déplorer, mais c'est ainsi. Un effort de translittération de l'alphabet grec à l'alphabet latin ne nuirait donc pas, à cette aune, me semble-t-il, d'autant plus dans le cas du vocabulaire de l'amour et de l'amitié, que j'avais évoqué moi-même <a href="https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=90520#p90520" rel="nofollow">précédemment</a>. <small>Et que l'on ne me dise pas qu'il y aurait des usages et/ou que c'est à autrui de faire des efforts, à moins de revendiquer ouvertement ici un élitisme qui, de nos jours, me paraitrait relever ouvertement d'une certaine pédanterie...</small> :-)</p><div class="quotebox"><cite>Elendil a écrit&#160;:</cite><blockquote><div><div class="quotebox"><cite>Hyarion a écrit&#160;:</cite><blockquote><div><p>Si je puis me permettre, ce serait toujours appréciable, dans la mesure du possible, de ne peut pas destiner <i>in fine</i> uniquement ladite étude à un public de spécialistes des langues inventées.</p></div></blockquote></div><p>En même temps, c'est quand même ma principale spécialité dans le domaine tolkienien, ainsi que le concept de la présente section et des colloques Omentielvar. ;) Je m'efforce toujours, évidemment, de tisser des liens entre philologie et littérature, puisqu'il s'agit à mon sens de deux formes d'art indissociables chez Tolkien, mais je ne promets pas de fournir une version expurgée des détails linguistiques qui en forment la fondation. Bien sûr, l'amateur d'architecture n'est pas forcément un ingénieur se passionnant pour la façon dont l'art avec lequel les fondations ont été établies permet de bâtir d'admirables superstructures. Toutefois, celui qui veut produire une étude complète sur un bâtiment remarquable se doit, à mon sens, de n'en pas exclure les parties ordinairement invisibles. Il conviendrait même qu'il présente la manière dont l'emplacement et les matériaux ont été choisis.</p></div></blockquote></div><p>Ce que je voulais dire, simplement, c'est que si l'aspect linguistique de l'œuvre est aussi important que toi et d'autres pouvez le penser, ce n'est pas forcément aux "autres" de se "hisser" au supposé "haut niveau" auquel semblent vouloir se placer les chercheurs « lambedili », mais plutôt à ces derniers à se donner les moyens de communiquer cette part de savoir (qui n'est pas, du reste, tout le savoir, ni même la plus large part de celui-ci, ce qui vaut aussi naturellement pour les tolkienologues ne pouvant s'empêcher de tout ramener à la foi religieuse de Tolkien) s'ils veulent vraiment faire, disons, œuvre utile. Cela ne supposait pas, dans mon esprit, de forcément expurger son propos pour en faire une sorte de prémâché pour « non-sachant ». Je ne vois pas trop, simplement sur le principe, l'intérêt de faire des recherches dans ce domaine seulement pour le plaisir de partager un « maigre savoir » (« maigre » parce qu'extrêmement spécialisé) avec seulement un « cercle » d'initiés (« étoilés » ?) tenté, par nature, de rester clos sur lui-même. Ni plus, ni moins. :-)</p><div class="quotebox"><cite>Elendil a écrit&#160;:</cite><blockquote><div><p>Je livre le résultat final aux amateurs d'étymologie, tout en sachant qu'il ne satisfera sans doute pas ceux qui préfèrent les synthèses courtes et l'absence de digressions. Peut-être s'y trouvera-t-il toutefois quelques détails utiles pour le travail de Hyarion.</p></div></blockquote></div><p>Je te remercie de cette attention. :-)</p><div class="quotebox"><cite>Elendil a écrit&#160;:</cite><blockquote><div><p>Bon, on va dire que c'est à peu près satisfaisant.</p></div></blockquote></div><p>De toute façon, la perfection ne serait pas de ce monde, parait-il...</p><p>Tu as bien travaillé.</p><p>Amicalement,</p><p>B.</p>]]></description>
			<author><![CDATA[dummy@example.com (Hyarion)]]></author>
			<pubDate>Tue, 09 Aug 2022 08:50:26 +0000</pubDate>
			<guid>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91095#p91095</guid>
		</item>
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			<title><![CDATA[Réponse à&#160;:  Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91084#p91084</link>
			<description><![CDATA[<p>Arg, on s'absente juste deux semaines en juillet pour les congés et notre site préféré s'active sur des débats "amicaux"<br />Passionnants échanges, bravo&#160; <img src="https://www.jrrvf.com/fluxbb/plugins/ezbbc/style/smilies/smile.png" alt="smile" /> <br />Et merci d'avoir cité Raymond Lulle qui sied bien.<br />Je rejoins Sosryko, c'est farpait.<br />Silmo</p>]]></description>
			<author><![CDATA[dummy@example.com (Silmo)]]></author>
			<pubDate>Tue, 02 Aug 2022 09:56:51 +0000</pubDate>
			<guid>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91084#p91084</guid>
		</item>
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			<title><![CDATA[Réponse à&#160;:  Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91083#p91083</link>
			<description><![CDATA[<p>Je dirais même plus, c'est <i>farpait </i> ;-)<br />S.</p>]]></description>
			<author><![CDATA[dummy@example.com (sosryko)]]></author>
			<pubDate>Mon, 01 Aug 2022 21:55:05 +0000</pubDate>
			<guid>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91083#p91083</guid>
		</item>
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			<title><![CDATA[Réponse à&#160;:  Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91082#p91082</link>
			<description><![CDATA[<p>C'est très beau, et bon, et bien :).</p>]]></description>
			<author><![CDATA[dummy@example.com (Yyr)]]></author>
			<pubDate>Mon, 01 Aug 2022 20:00:55 +0000</pubDate>
			<guid>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91082#p91082</guid>
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			<title><![CDATA[Réponse à&#160;:  Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91081#p91081</link>
			<description><![CDATA[<p>Bon, on va dire que c'est à peu près satisfaisant. De toute manière, je n'arrive pas à mieux exprimer les choses pour l'instant :</p><p class="separation"></p><p><span style="color: #0a23ff">Tout au contraire, le brouillon de la lettre de Tolkien à M. Rang nous propose le cheminement inverse : Sam n’est initialement qu’un jeune jardinier embauché à Cul-de-Sac grâce à son père, qui entretient une relation très amicale avec Frodo et Bilbo. Ce dernier lui enseigne à lire et lui conte des histoires du temps jadis, dont Sam est très friand, quoiqu’il ne semble guère en comprendre les tenants et les aboutissants (SdA, I/1). À l’instigation de Merry, il espionne Frodo afin de s’assurer que celui-ci ne parte pas seul du Comté, mais il se montre d’une parfaite loyauté envers lui une fois qu’il est démasqué par Gandalf et que celui-ci l’envoie accompagner Frodo (<i>ibid</i>., I/2, 5). Sa fidélité est si exemplaire qu’il est admis au Conseil d’Elrond, bien qu’il n’y soit pas invité (<i>ibid</i>., II/2). Il est finalement le seul à accompagner Frodo pour la dernière étape de son voyage (<i>ibid</i>., III/10). Il lui sauve plusieurs fois la vie, notamment sur les pentes d’Orodruin après que l’Anneau a été détruit (<i>ibid</i>., VI/4). Après son retour au Comté, il mène les grands travaux de restauration destinés à effacer les traces des déprédations de Charquin, ce qui lui vaudra d’être finalement élu Maire, et il devient l’héritier de Frodo lorsque celui-ci part pour les Havres Gris (<i>ibid</i>., VI/9, App. A & B). Cette évolution peut évoquer, dans une certaine mesure, la parole évangélique partiellement citée en exergue de cet article :</span></p><div class="citation"><p>Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n'a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.</p></div><div class="citation source"><p>Jean, 15:12–15, in La Bible de Jérusalem, 3e éd., Cerf, 1998</p></div><p><span style="color: #0a23ff">N’y voyons cependant pas une parodie de christianisme. Si Frodo n’est pas dénué de traits christiques, il ne tient pas pour autant la place du Christ dans <i>le Seigneur des Anneaux</i> (1). En revanche, il est permis de se demander si le parcours initiatique de Sam vers une compréhension réelle de l’amitié ne constituerait pas un des éléments qui ont fait dire à Tolkien que ce roman est une œuvre inconsciemment conçue de manière « fondamentalement religieuse et catholique » (2). Cela est d’autant plus probable qu’il considère Sam comme le « principal héros » de ce récit (3). Dans un contexte fictionnel nécessairement pré-chrétien, Sam nous montre ainsi comment l’amitié idéale peut être recouvrée par le don total de soi pour l’autre, un don qui n’est pas que service mais implique aussi de comprendre l’autre au niveau le plus profond. N’est-ce pas la pitié de Sam pour Gollum sur les pentes de l’Orodruin (SdA, VI/3) qui le hisse finalement au niveau spirituel de son maître et permet indirectement la destruction de l’Anneau ? L’exemple qu’il nous donne montre que la conception elfique de l’amitié et du service est celle d’un peuple exempt des souillures de la Chute. Un peuple qui connaît certes l’existence du péché individuel, mais considère que statut social et disposition intérieure peuvent se nourrir mutuellement dans l’harmonie. Un peuple pour qui tout ce que contient la Création est un objet d’amour, car rien de ce qui existe n’est étranger au reste.</span></p><p class="separation"></p><p><span style="color: #0a23ff">(1) Voir par exemple Wayne Hammond & Christina Scull, <i>The Lord of the Rings: A Reader’s Companion</i>, HarperCollins, 2005, p. 264.</span></p><p><span style="color: #0a23ff">(2) <i>Lettres</i>, n° 142, adressée au R.P. Robert Murray en décembre 1953.</span></p><p><span style="color: #0a23ff">(3) <i>Lettres</i>, n° 131 à Milton Waldman ; dans le passage cité, Tolkien insiste d’ailleurs sur l’aspect fondamental de l’amour « rustique » entre Sam et Rosie pour comprendre le caractère de ce personnage.</span></p><p>E.</p>]]></description>
			<author><![CDATA[dummy@example.com (Elendil)]]></author>
			<pubDate>Mon, 01 Aug 2022 17:05:51 +0000</pubDate>
			<guid>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91081#p91081</guid>
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			<title><![CDATA[Réponse à&#160;:  Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91079#p91079</link>
			<description><![CDATA[<p><small>Tsss ... :) :) :)</small></p>]]></description>
			<author><![CDATA[dummy@example.com (Yyr)]]></author>
			<pubDate>Sun, 31 Jul 2022 17:10:56 +0000</pubDate>
			<guid>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91079#p91079</guid>
		</item>
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			<title><![CDATA[Réponse à&#160;:  Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91078#p91078</link>
			<description><![CDATA[<div class="quotebox"><cite>Yyr a écrit&#160;:</cite><blockquote><div><p>OK</p></div></blockquote></div><p><small><br />N'était-ce pas là le message le plus court de l'histoire de JRRVF (en mettant de côté les fameux 'up' lambertiniens, et, plus court encore, les <a href="https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=2583#p2583" rel="nofollow">tests </a>historiques de Cédric dans la section Webmester ?)</small></p><p> <img src="https://www.jrrvf.com/fluxbb/plugins/ezbbc/style/smilies/devil.png" alt="devil" /></p>]]></description>
			<author><![CDATA[dummy@example.com (ISENGAR)]]></author>
			<pubDate>Sun, 31 Jul 2022 15:13:35 +0000</pubDate>
			<guid>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91078#p91078</guid>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Réponse à&#160;:  Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91072#p91072</link>
			<description><![CDATA[<div class="quotebox"><cite>Elendil a écrit&#160;:</cite><blockquote><div><div class="quotebox"><cite>Yyr a écrit&#160;:</cite><blockquote><div><p>D'accord avec le rapprochement. Toutefois, il persiste souvent (toujours ?) sinon une inégalité stricte en tout cas une asymétrie franche chez Tolkien. Ainsi les Enfants d'Ilúvatar peuvent-ils aimer i.e. se dévouer aux Valar d'un côté (<i>cf. Valandil</i>), aux arbres de l'autre (<i>cf. Ornendil</i>), ce qu'Aristote jugerait disproportionné. C'est que Tolkien estime que Faërie répond au besoin du cœur humain de pouvoir, malgré nos asymétries, recouvrer un lien d'amitié « originel » ... C'est aussi la réciprocité dans l'amitié entre les humbles et les nobles : elle est possible, chez Tolkien, en dépit des différences de « noblesse » qui persistent. Dit autrement, chez Tolkien, la réciprocité ne suppose pas l'égalité (et elle est possible malgré “l'inégalité”).</p></div></blockquote></div><p>Attention, c'est bien l'amitié qui est une relation d'égalité chez Aristote, et non le statut des amis. Celui-ci indique certes qu'il faut qu'il y ait une proportion de statuts entre eux, mais il consacre en fait plusieurs chapitres à détailler les sources possibles d'inégalité entre amis, ainsi que les moyens d'y remédier. Il reconnaît même que l'amitié peut exister entre un dirigeant et un simple citoyen, quoique elle ne puisse être facile. Sur ce point, Tolkien et Aristote convergent en grande partie. En fait, pour tout ce qui est hors de la révolution conceptuelle apportée par le christianisme.</p></div></blockquote></div><p>OK</p>]]></description>
			<author><![CDATA[dummy@example.com (Yyr)]]></author>
			<pubDate>Sat, 30 Jul 2022 16:55:31 +0000</pubDate>
			<guid>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91072#p91072</guid>
		</item>
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			<title><![CDATA[Réponse à&#160;:  Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91071#p91071</link>
			<description><![CDATA[<div class="quotebox"><cite>Yyr a écrit&#160;:</cite><blockquote><div><p>Je vais pinailler mais c'est un pinaillage important. Inanimé, chez Aristote, concerne les minéraux, etc. mais les plantes et les animaux (nos Olvar et Kelvar) sont bien animés. Les choses sont précisées plus loin, quand tu introduis la proportion : il ne pourra y avoir d'amitié chez Aristote pour les plantes et les animaux, mais ce sera du fait de la disproportion dans notre relation avec eux et non du fait de leur absence d'animation (ils sont animés).</p></div></blockquote></div><p>Comme je l'ai indiqué, j'ai fait court. En réalité, je me rends compte que toute cette longue section conclusive aurait pu faire l'objet d'un article à part entière sur les sources à partir desquelles Tolkien a forgé sa définition de l'amitié. Tu as bien sûr raison sur le fait qu'Aristote parle bien là des objets inanimés, ce qui ne comprend pas les animaux. De fait, il parle un peu avant de l'amitié (nous dirions amour) que les animaux éprouvent pour leurs petits. En revanche, je ne saurais dire dans quelle catégorie Aristote range les végétaux, c'est là un point qu'il me faudrait creuser et qui n'est d'ailleurs sans doute même pas abordé dans ce texte. Toujours est-il que chez Tolkien l'amitié s'étend jusqu'au domaine inanimé, témoin le surnom <i>Urundil</i>.</p><div class="quotebox"><cite>Yyr a écrit&#160;:</cite><blockquote><div><p>D'accord avec le rapprochement. Toutefois, il persiste souvent (toujours ?) sinon une inégalité stricte en tout cas une asymétrie franche chez Tolkien. Ainsi les Enfants d'Ilúvatar peuvent-ils aimer i.e. se dévouer aux Valar d'un côté (<i>cf. Valandil</i>), aux arbres de l'autre (<i>cf. Ornendil</i>), ce qu'Aristote jugerait disproportionné. C'est que Tolkien estime que Faërie répond au besoin du cœur humain de pouvoir, malgré nos asymétries, recouvrer un lien d'amitié « originel » ... C'est aussi la réciprocité dans l'amitié entre les humbles et les nobles : elle est possible, chez Tolkien, en dépit des différences de « noblesse » qui persistent. Dit autrement, chez Tolkien, la réciprocité ne suppose pas l'égalité (et elle est possible malgré “l'inégalité”).</p></div></blockquote></div><p>Attention, c'est bien l'amitié qui est une relation d'égalité chez Aristote, et non le statut des amis. Celui-ci indique certes qu'il faut qu'il y ait une proportion de statuts entre eux, mais il consacre en fait plusieurs chapitres à détailler les sources possibles d'inégalité entre amis, ainsi que les moyens d'y remédier. Il reconnaît même que l'amitié peut exister entre un dirigeant et un simple citoyen, quoique elle ne puisse être facile. Sur ce point, Tolkien et Aristote convergent en grande partie. En fait, pour tout ce qui est hors de la révolution conceptuelle apportée par le christianisme.</p><div class="quotebox"><cite>Yyr a écrit&#160;:</cite><blockquote><div><p>Une dernière référence que je ne puis m'empêcher de signaler (et à laquelle Sosryko aura là aussi pensé dès le début <img src="https://www.jrrvf.com/fluxbb/plugins/ezbbc/style/smilies/wink.png" alt="wink" />) est celle des <i>Quatre Amours</i> de C. S. Lewis. Ce qui est notable, je trouve, est que celui des quatre amours que l'ami de Tolkien développe le mieux, est, là aussi, celui de l'amitié <i>φιλία</i> (<i>philía</i>).</p></div></blockquote></div><p>Merci beaucoup pour cette référence à ce livre, que je n'avais pas lu et dont je ne me souvenais même plus de l'existence. Je doute avoir la place de réellement le citer, mais je vais quand même en terminer la lecture, car il y a une proximité de dates qui m'interpelle, vu qu'il est basé sur une série d'émissions radiophoniques de Lewis en 1958, soit précisément à la période où Tolkien a dû rédiger « Echelles temporelles ».</p><p>E.</p>]]></description>
			<author><![CDATA[dummy@example.com (Elendil)]]></author>
			<pubDate>Sat, 30 Jul 2022 13:45:32 +0000</pubDate>
			<guid>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91071#p91071</guid>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Réponse à&#160;:  Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91070#p91070</link>
			<description><![CDATA[<p>Tant que nous y sommes, une autre quadri-partition de l'amour, propre à Tolkien, apparaît dans la Lettre n°43.</p><p>Nous en avions parlé <a href="https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=89455#p89455" rel="nofollow">à partir d'ici</a>, à ton instigation, Damien.</p>]]></description>
			<author><![CDATA[dummy@example.com (Yyr)]]></author>
			<pubDate>Sat, 30 Jul 2022 07:18:42 +0000</pubDate>
			<guid>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91070#p91070</guid>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Réponse à&#160;:  Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91066#p91066</link>
			<description><![CDATA[<p>Citation parfaite <small>(comme d'habitude :))</small>.<br />La fin fait même penser aux Valar.</p><p>Notez que je peux fournir le passage et les références de la traduction française le cas échéant.</p><p><small></p><div class="quotebox"><cite>sosryko a écrit&#160;:</cite><blockquote><div><p>S. (qui ne sait pas ce qu'est une "Caroline joke")</p></div></blockquote></div><p>Non, ni nous non plus, et c'est bien ce que C.S. Lewis explique dans son essai : cela appartient à leur amitié et nous laisse en dehors de leur complicité ... <br />Comme d'autres auraient du mal à rire si nous venions à parler de beurre marri ;).</small></p>]]></description>
			<author><![CDATA[dummy@example.com (Yyr)]]></author>
			<pubDate>Fri, 29 Jul 2022 21:43:34 +0000</pubDate>
			<guid>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91066#p91066</guid>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Réponse à&#160;:  Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91065#p91065</link>
			<description><![CDATA[<p>Pour sûr, d'autant que Lewis fait référence aux Inklings dans son éloge de l'amitié en tant que forme d'amour non possessif de l'autre :</p><div class="citation"><p>In each of my friends there is something that only some other friend can fully bring out. By myself I am not large enough to call the whole man into activity; I want other lights than my own to show all his facets. Now that Charles is dead, I shall never again see Ronald’s reaction to a specifically Caroline joke. Far from having more of Ronald, having him ‘to myself’ now that Charles is away, I have less of Ronald. Hence true Friendship is the least jealous of loves. Two friends delight to be joined by a third, and three by a fourth, if only the newcomer is qualified to become a real friend. They can then say, as the blessed souls say in Dante, "Here comes one who will augment our loves." For in this love "to divide is not to take away." Of course the scarcity of kindred souls—not to mention practical considerations about the size of rooms and the audibility of voices—set limits to the enlargement of the circle; but within those limits we possess each friend not less but more as the number of those with whom we share him increases. In this, Friendship exhibits a glorious “nearness by resemblance” to Heaven itself where the very multitude of the blessed (which no man can number) increases the fruition which each has of God. For every soul, seeing Him in her own way, doubtless communicates that unique vision to all the rest. </p></div><div class="citation source"><p>C.S. Lewis, <i>The Four Loves</i> (1960)</p></div><p>On reconnaît évidement Tolkien (Ronald) et Williams (Charles). <br />S.<br /><small>(qui ne sait pas ce qu'est une "Caroline joke")</small></p>]]></description>
			<author><![CDATA[dummy@example.com (sosryko)]]></author>
			<pubDate>Fri, 29 Jul 2022 20:43:28 +0000</pubDate>
			<guid>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91065#p91065</guid>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Réponse à&#160;:  Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91064#p91064</link>
			<description><![CDATA[<div class="quotebox"><cite>Elendil a écrit&#160;:</cite><blockquote><div><p><span style="color: blue">De fait, Aristote ne reconnaît pas l’attachement pour les choses inanimées comme une forme d’amitié, « puisqu’il n’y a pas attachement en retour » et que nous ne saurions leur désirer du bien (<i>Éthique</i>, VIII/2 1155 b 27–30), position qui est quant à elle aux antipodes de la conception tolkienienne.</span></p></div></blockquote></div><p>Je vais pinailler mais c'est un pinaillage important. Inanimé, chez Aristote, concerne les minéraux, etc. mais les plantes et les animaux (nos Olvar et Kelvar) sont bien animés. Les choses sont précisées plus loin, quand tu introduis la proportion : il ne pourra y avoir d'amitié chez Aristote pour les plantes et les animaux, mais ce sera du fait de la disproportion dans notre relation avec eux et non du fait de leur absence d'animation (ils sont animés).</p><div class="quotebox"><blockquote><div><p><span style="color: blue">Il y a là un écho très net de la notion véhiculée par <i>√ndil</i> à la fois dans « Échelles temporelles » et dans les textes associés à l’appendice linguistique du Seigneur des Anneaux, car pour Aristote cette amitié se doit d’être réciproque : « l’amitié est une égalité », nous dit-il.</span></p></div></blockquote></div><p>D'accord avec le rapprochement. Toutefois, il persiste souvent (toujours ?) sinon une inégalité stricte en tout cas une asymétrie franche chez Tolkien. Ainsi les Enfants d'Ilúvatar peuvent-ils aimer i.e. se dévouer aux Valar d'un côté (<i>cf. Valandil</i>), aux arbres de l'autre (<i>cf. Ornendil</i>), ce qu'Aristote jugerait disproportionné. C'est que Tolkien estime que Faërie répond au besoin du cœur humain de pouvoir, malgré nos asymétries, recouvrer un lien d'amitié « originel » ... C'est aussi la réciprocité dans l'amitié entre les humbles et les nobles : elle est possible, chez Tolkien, en dépit des différences de « noblesse » qui persistent. Dit autrement, chez Tolkien, la réciprocité ne suppose pas l'égalité (et elle est possible malgré “l'inégalité”).</p><p>Une dernière référence que je ne puis m'empêcher de signaler (et à laquelle Sosryko aura là aussi pensé dès le début ;)) est celle des <i>Quatre Amours</i> de C. S. Lewis. Ce qui est notable, je trouve, est que celui des quatre amours que l'ami de Tolkien développe le mieux, est, là aussi, celui de l'amitié <i>φιλία</i> (<i>philía</i>).</p><p><small></p><div class="quotebox"><blockquote><div><div class="quotebox"><cite>Yyr a écrit&#160;:</cite><blockquote><div><p>Pour éclairer ma lanterne, quel était le sens pré-chrétien de l'ἀγάπη ?</p></div></blockquote></div><p>Pour aller vite, autant renvoyer à <a href="https://www.universalis.fr/encyclopedie/agape/" rel="nofollow">cet article</a> de l'<i>Encyclopédie Universalis</i>. Avant les auteurs chrétiens, l'agapè correspond généralement à l'amour fraternel et désintéressé, l'amour paisible. Ce n'est toutefois pas le terme le plus usuel : Platon a tendance à théoriser l'éros quand Aristote préfère la philia.</p></div></blockquote></div><p>Merci :)</small></p>]]></description>
			<author><![CDATA[dummy@example.com (Yyr)]]></author>
			<pubDate>Fri, 29 Jul 2022 19:19:14 +0000</pubDate>
			<guid>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91064#p91064</guid>
		</item>
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			<title><![CDATA[Réponse à&#160;:  Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91063#p91063</link>
			<description><![CDATA[<p>Merci Elendil pour ce nouveau partage, avec un rapprochement effectivement très probant. <br />C'est excellent : )...&#160; et toujours bien écrit ! <br />S.</p>]]></description>
			<author><![CDATA[dummy@example.com (sosryko)]]></author>
			<pubDate>Fri, 29 Jul 2022 17:38:15 +0000</pubDate>
			<guid>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91063#p91063</guid>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Réponse à&#160;:  Amis et serviteurs : une analyse de deux suffixes elfiques]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?pid=91062#p91062</link>
			<description><![CDATA[<p>Merci pour cette référence à l'article de Fangorn, que je me ferai un plaisir de rajouter après l'avoir relue. Je viens de boucler la partie proprement philosophique de ma conclusion et je trouve presque <i>uncanny</i> la manière dont la citation fournie par Sosryko correspond à la question de l'amitié dans la cité idéale de Platon. Je vous livre ça tel quel, bien qu'il ne soit pas impossible qu'il me reste quelques retouches à y faire :</p><p class="separation"></p><p><span style="color: #0a23ff">Sans doute conviendrait-il alors d’interroger les conceptions philosophiques de l’amitié chez les anciens Grecs, d’autant que Tolkien connaissait manifestement les textes de Platon relatifs à l’Atlantide (1) et que l’étude d’Aristote faisait partie du cursus classique à l’Université d’Oxford à l’époque où il le suivait. <i>L’Éthique à Nicomaque</i> d’Aristote propose en effet une gradation progressive des types d’amitiés unissant les hommes (2). Celle-ci débute avec l’amitié utilitaire, qui s’apparente à une relation contractuelle, mais implique néanmoins une certaine forme d’estime mutuelle et de confiance dans la réciprocité de l’échange. On pourrait y voir là une analogie avec la définition que Tolkien donne pour la base √<i>ndur </i>dans son essai « Échelles temporelles », restreinte toutefois à la sphère humaine. De fait, Aristote ne reconnaît pas l’attachement pour les choses inanimées comme une forme d’amitié, « puisqu’il n’y a pas attachement en retour » et que nous ne saurions leur désirer du bien (<i>Éthique</i>, VIII/2 1155 b 27–30), position qui est quant à elle aux antipodes de la conception tolkienienne. Une deuxième forme d’amitié, selon Aristote, unit les hommes qui recherchent les mêmes formes de plaisir. Comme la précédente, elle conserve un caractère intéressé et reste fragile, car elle se dissout lorsque le plaisir recherché disparaît ou que les goûts de l’un changent. Cette forme d’amitié ne semble pas trouver d’écho dans les langues elfiques de Tolkien. En revanche, la dernière forme que recense Aristote, l’amitié véritable, se fonde sur l’amour de l’autre pour lui-même et « consiste plutôt à aimer qu’à être aimé » (<i>Éthique</i>, VIII/9 1159 a 27). Cela s’explique dans la mesure où elle est fondée sur la vertu : « la parfaite amitié est celle des hommes vertueux et qui sont semblables en vertu : car ces amis-là se souhaitent pareillement du bien les uns aux autres en tant qu’ils sont bons et ils sont bons par eux-mêmes » (<i>Éthique</i>, VIII/4, 1156 b 6–9). Il y a là un écho très net de la notion véhiculée par √<i>ndil </i>à la fois dans « Échelles temporelles » et dans les textes associés à l’appendice linguistique du <i>Seigneur des Anneaux</i>, car pour Aristote cette amitié se doit d’être réciproque : « l’amitié est une égalité », nous dit-il. Selon lui, une bienveillance unilatérale n’est qu’une simple disposition d’esprit favorable à l’autre, mais dépourvue de l’attachement affectif caractéristique de l’amitié (<i>Éthique</i>, VIII/2 1155 b, 32–35, VIII/7 1157 b 32–35).</span></p><p><span style="color: #0a23ff">Il n’en reste pas moins que la conception de l’amitié chez Aristote ne met guère en regard les notions d’amitié et de service comme le font les bases -<i>ndil </i>et -<i>ndur </i>chez Tolkien. Au contraire, l’amitié utilitaire n’est pour Aristote qu’une forme d’amitié par analogie et celle-là même qui présente le moins de points communs avec l’amitié véritable. De fait, il ne cesse d’insister sur la nécessité d’une proportion entre le statut des amis pour que l’amitié puisse exister, ce qui exclut notamment toute amitié entre un mortel et un dieu (<i>Éthique</i>, VIII/9 1158 b 33–35, 1159 a 5). Aristote oppose tout aussi résolument amitié et servitude :</span></p><div class="citation"><p>il en est comme dans la relation d’un artisan avec son outil […] d’un maître avec son esclave [δοῦλος] : tous ces instruments sans doute peuvent être l’objet de soins de la part de ceux qui les emploient, mais il n’y a pas d’amitié ni de justice envers les choses inanimées. Mais il n’y en a pas non plus envers un cheval ou un bœuf, ni envers un esclave en tant qu’esclave. Dans ce dernier cas, les deux parties n’ont en effet rien en commun : l’esclave est un outil animé, et l’outil un esclave inanimé. En tant donc qu’il est esclave on ne peut pas avoir d’amitié pour lui, mais seulement en tant qu’il est homme…</p></div><div class="citation source"><p>Éthique à Nicomaque, p. 416–417</p></div><p><span style="color: #0a23ff">Dans <i>la République</i>, Platon met en rapport les deux termes, mais dans une optique de dégénérescence (3). Les gardiens de la cité idéale sont éduqués à respecter l’ordre social et à faire preuve entre eux d’une amitié mutuelle (τήν τε άλλήλων φιλίαν ; cf. <i>République</i>, III 386 a 1–4). Celle-ci est normalement à toute épreuve, car entre eux tout est commun et ils se considèrent tous membres d’une même famille (<i>République</i>, V 457 c 10–d 3, V 463 e 2–3). De plus, les dirigeants et les gardiens de cette cité sont considérés sauveurs et secours de leurs concitoyens, car ils sont éduqués à les considérer tous comme des amis et à protéger la cité des dissensions (<i>République</i>, V 463 a 10–b 2). Toutefois, même la cité idéale n’est pas éternelle ; quels que soient les efforts de ses dirigeants, vient un moment où arrivent au pouvoir des personnes qui n’en sont pas dignes. Ceux-ci cessent de se conduire selon la vertu. Ils s’approprient les biens de leurs concitoyens et asservissent (δουλωσάμενοι) ces derniers, qu’ils considèrent désormais comme des non-citoyens et des domestiques (<i>République</i>, VIII 547 b 7–c 4). Il est intéressant de mettre cette conception en rapport avec l’opposition que Tolkien dresse entre Manwë et Melkor dans un bref essai intitulé « Les pouvoirs des Valar », étroitement contemporain d’« Échelles temporelles » :</span></p><div class="citation colonne"><div class="gauche"><p>Parmi les Valar, il est dit que Manwë disposait de la connaissance la plus vaste, de sorte que nul savoir ou art pratiqué par les autres n’était pour lui un mystère, mais il éprouvait un désir moindre de façonner des choses qui lui soient propres, grandes ou petites. Sous la charge du Royaume d’Arda ce désir cessa, car son esprit et son cœur se tournaient plutôt vers la guérison et la restauration […]</p><p>De l’autre côté, Melcor désirait passionnément façonner des choses qui lui soient propres, étant agité et insatisfait de tout ce qu’il faisait, que cela soit légitime ou non. Au sein d’Eä, il éprouvait peu d’amour pour tout ce qui existait, désirant toujours des choses nouvelles et étranges […]</p><p>Ainsi désirait-il seulement posséder les choses, les dominer ; il récusait la moindre liberté de tout esprit en-dehors de sa propre volonté, et la moindre valeur de toute créature, sauf dans la mesure où elle servait ses propres plans.</p></div><div class="droite"><p>It is said that of the Valar Manwë had the greatest knowledge, so that no lore or arts of any of the others were to him a mystery; but that he had less desire to make things of his own, great or small; and under the cares of the Kingship of Arda the desire ceased, for his mind and heart were given rather to healing and restoration. […]</p><p>Melcor on the other hand desired even with passion to make things of his own, being restless and unsatisfied with all that he did, were it lawful or unlawful. Within Eä he had small love for anything that had been, desiring always new things and strange. […]</p><p>Thus he desired only to possess things, to dominate them, denying to all minds any freedom outside his own will, and to other creatures any value save as they served his own plans (4).</p></div></div><div class="citation colonne source"><div class="gauche"></div><div class="droite"><p>NM, p. 293–294</p></div></div><p class="separation"></p><p><span style="color: #0a23ff">(1) Voir notamment Charles Delattre, « Númenor et l’Atlantide : une écriture en héritage », <i>Revue de littérature comparée</i>, vol. CCCXXIII n° 3, 2007, p. 303–322.</span></p><p><span style="color: #0a23ff">(2) Aristote, <i>Éthique à Nicomaque</i>, Jules Tricot (éd. & trad.), Bibliothèque des textes philosophiques, Vrin, 1997. Voir notamment les Livres VIII & IX, p. 381–475, en particulier p. 400, 405, 421. Sur la notion d’amitié dans cet ouvrage, on consultera avec profit Christophe Perrin, « Égalité et réciprocité : les clés de la philia aristotélicienne », <i>Le Philosophoire</i>, vol. XXIX n° 2, 2007, p. 259–280.</span></p><p><span style="color: #0a23ff">(3) Platon, <i>La République ou De la justice</i>, in <i>Œuvres complètes</i>, t. 1, Léon Robin & Joseph Moreau (éd. & trad.), Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1940, p. 857–1241, 1383–1448. Voir à ce sujet Dimitri El Murr, « L’amitié dans le système social de la <i>République </i>», <i>Revue philosophique de Louvain</i>, 3e série, vol. CX n° 4, 2012, p. 587–604.</span></p><p><span style="color: #0a23ff">(4) Merci à Jean-Philippe Qadri de m’avoir signalé ce passage.</span></p><p>N.B. : si quelqu'un sait comment retrouver le <i>syllabus</i> des études classiques d'Oxford que Tolkien a dû suivre entre 1911 et 1913, cela m'intéresserait fort d'avoir des références précises aux textes du programme.</p><p>E.</p><p class="separation"></p><p>P.S. : </p><div class="quotebox"><cite>Yyr a écrit&#160;:</cite><blockquote><div><p>Pour éclairer ma lanterne, quel était le sens pré-chrétien de l'ἀγάπη ?</p></div></blockquote></div><p>Pour aller vite, autant renvoyer à <a href="https://www.universalis.fr/encyclopedie/agape/" rel="nofollow">cet article</a> de l'<i>Encyclopédie Universalis</i>. Avant les auteurs chrétiens, l'agapè correspond généralement à l'amour fraternel et désintéressé, l'amour paisible. Ce n'est toutefois pas le terme le plus usuel : Platon a tendance à théoriser l'éros quand Artistote préfère la philia.</p>]]></description>
			<author><![CDATA[dummy@example.com (Elendil)]]></author>
			<pubDate>Fri, 29 Jul 2022 10:13:32 +0000</pubDate>
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