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Section « Le Légendaire »
Fuseau « les cerfs du hobbit »
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les cerfs du hobbit
- Les messages -
jean
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le 08-11-2002
à 21:48

Dans le chapitre 8 du Hobbit les nains et Bilbo traversent une rivière enchantée et sont bousculés par un cerf noir que Thorïn tue puis quelques minutes après ils voient des cerfs blancs qui semblent invulnérables aux flèches. Puis Tolkien fait la réflexion suivante. “S’ils en avaient su plus long à ce sujet et s’ils avaient considéré la signification de la chasse et des cerfs blancs , ils auraient su qu’ils approchaient enfin de l’orée orientale”

Et bien je dois avouer mon ignorance je n’ai jamais réellement compris à quoi faisait référence cette aventure et quelle était la signification de ces cerfs.

Quelqu’un pourrait-il éclairer ma lanterne?

cordialement

Aredwin
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le 09-11-2002
à 12:49


Salut Jean,

Rapidement car il est tard, dans la mythologie celtique les animaux associés à la couleur blanche relevent de l'ordre divin. Ils sont donc presque invulnerables.
Dans les mythes irlandais, des êtres de l'autre monde attiraient les chasseurs dans leurs royaumes en utilisant des animaux enchantés. Le cerf tient une place importante dans le culte de la chasse. Tolkien avait connaissance de ceci.
Mais je me base sur ta question, l'idéal serait que je relise le passage. En attendant, j'espere que cela t'aidera.
Et d'autres te répondront surement.

Bon week-end.

Aredwin.

Hisweloke
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le 09-11-2002
à 03:06

En complément de la réponse d'Aredwin:

"Un signe net de l'importance du cerf dans la symbolique celtique est la fréquence relative de son apparition dans l'iconographie ou la légende. Une divinité gauloise porte le nom de Cernunnos, "celui qui a le sommet du crâne comme un cerf". Elle est représentée sur le chaudron d'argent de Gundestrup, assise dans la posture bouddhique, tenant d'une main un torque et de l'autre un serpent, entourée d'animaux les plus divers, et notamment d'un cerf et d'un serpent. Peut-être faut-il voir dans ces bois de cerf surmontant la tête du dieu un rayonnement de lumière céleste. Un autre monument remarquable est celui de Reims où Cernunnos est représenté en dieu de l'abondance. on en connaît plusieurs autres. Cependant, il semble bien que le dieu doive être compris comme le maître des animaux. En Irlande, le fils du grand héros du cycle ossianique, Find, s'appelle Oisin ("faon"), tandis que Saint Patrick se métamorphose et métamorphose ses compagnons en cerfs (ou en "daims") pour échapper aux embûches du roi païen Loegaire : il agit ainsi en vertu de l'incantation ou procédé magique appelé feth fiada, lequel procurait normalement l'invisibilité. le symbolisme du cerf dans le monde celtique est donc très vaste et il a trait certainement aux états primordiaux. Faute d'une étude d'ensemble, on doit provisoirement se borner à relever le symbolisme de longévité et d'abondance. Les gaulois employaient de nombreux talismans, en bois de cerf, et on a noté, en Suisse, dans des tombes alémanes des ensevelissements de cerfs à côté de chevaux et d'hommes. On a rapproché le fait des masques de cerf dont étaient munis des chevaux sacrifiés dans des kourganes de l'Altaï aux V° et VI° siècles avant notre ère. En Bretagne armoricaine, Saint Edern est représenté chevauchant un cerf. Comme le renne, le chevreuil, le cerf semble avoir joué un rôle de psychopompe (qui conduit les âmes des morts) dans certaines traditions européennes, notamment chez les Celtes : le Morholt d'Irlande, oncle d'Yseult, occis par Tristan en un combat singulier, est dépeint gisant mort cousu dans une peau de cerf."

"La chasse à la biche, dans la tradition mystique des Celtes, symbolise la poursuite de la sagesse qui ne se trouve que sous un pommier, l'arbre de la connaissance. Les légendes celtiques racontent que Sapv, la mère d'Ossian (poète guerrier du IIIe siècle ap JC) fut transformée en biche par un druide. On raconte aussi que Dahud, la reine d'Ys, traquée en vain par le roi Marc'h, aime courir les bois sous la forme d'une biche blanche"

Le cerf incarne souvent le passeur entre vers monde des morts, le pays divin ou encore le "pays des fées" dans la mythologie celtique.

Voir par exemple "Pwyll Prince de Dyved" dans les Les Quatre Branches du Mabinogi, où Pwyll chasse un cerf à la lisière d'une clairière dans un bois et rencontre Arawn roi d'Annwynn (Annfwn "L'Autre Monde").

On trouve un symbolisme similaire dans d'autres mythologies (cf. Actéon déchiquetée par Diane transformée en cerf et sa meute, chez les grecs; Le grand cerf Eikthyrnir dans les Eddas noroises, etc.).

Donc la remarque de Tolkien, "S’ils en avaient su plus long à ce sujet et s’ils avaient considéré la signification de la chasse et des cerfs blancs , ils auraient su qu’ils approchaient enfin de l’orée orientale", me semble signifier qu'ils auraient du comprendre qu'ils ont traversé une fontrière (même invisible, "ils ne voyaient aucun changemennt dans la forêt") et sont entrés dans le royaume de Thranduil, un pays des fées hors du temps et de l'espace "profane" (cf. le rêve de Bombur, le festin elfique entr'aperçu, la forêt apparemment sans fin, etc.

Le cerf noir se rue sur les Nains et provoque la chute de Bombur dans la rivière enchanté: "Bombur dormait, un sourire sur sa large face comme s'il ne se souciait aucunement de leurs anxiétés" -- Autrement dit, comme son rêve le revèle plus loin, il est en quelque sorte sous le charme de l'autre monde. A l'inverse, la biche blanche et ses faons ne sont pas agressifs et "disparaissent aussi silencieusement qu'ils étaient venus". Rien ne prouve que Thorin ait vraiment tué le cerf noir, "Les ombres l'engloutirent, mais on entendit le son des sabots vaciller rapidement puis cesser"... et ils sont dans l'impossibilité d'aller chercher ce cerf.

Bref... Jolie utilisation d'un motif celtique par Tolkien pour symboliser les frontières d'un royaume féérique.

Didier, entre deux brumes.

Cirdan
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le 09-11-2002
à 17:51

Les cerfs blancs ne manquent pas dans la littérature celte, en effet. On pourrait rajouter la biche du "lai de Guigemar" chez Marie de France, comme le cerf poursuivi en vain Gauvain (:-)) dans "Le Conte du Graal" de Chrétien de Troyes sont aussi des signes de frontières entre l'Autre monde et la "réalité" de la Cour. Néanmoins, le symbolisme sexuel de l'animal dans ces deux occurences et quelques autres ne se retrouve pas chez Tolkien.

Cirdan

Aredwin
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le 09-11-2002
à 19:31


Didier, quel courage de rentrer ainsi dans les détails à une telle heure!:.)...mais les brown ale ça aide!!

En complement du cycle de Finn, la femme de celui-ci, Sava, fut métamorphosée en biche par un Druide Noir.
Bref, encore une histoire de bestioles cornues.

Bien sur, d'autres symboles du paysage celtique (ou d'autres civilisations) se retrouvent dans l'oeuvre de Tolkien. Les arbres sacrés en autre, qui participaient à toutes intronisations de souverains. Mais je m'eloigne.

Aredwin.

jean
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le 12-11-2002
à 09:33

Je vous remercie de ces précisions et de la grande érudition dont vous faites preuve.

J'avais quant à moi pensé au cerf de saint Hubert. Celui-ci était parti chasser durant la semaine sainte et poursuivit un cerf blanc durant 5 jours sans jamais pouvoir l'atteindre. Le vendredi à 15 h (heure de la crucifixion selon la tradition) le cerf alors le renversa avec des bois en forme de croix et St Hubert se convertit à cette occasion. Là encore nous trouvons le cerf messager de l'autre monde.

Je vais reformuler ma question. Etant donné l'extrême attention que Tolkien mettait à rendre tout son monde cohérent, y a-t-il d'autres endroits dans son œuvre ou on retrouve ce motif des cerfs ?

cordialement

Beruthiel
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le 17-11-2002
à 15:37

Je viens de lire un conte des frères Grimm " Les deux frères " où l'on retrouve le même motif : c'est une biche blanche qui attire un chasseur dans une forêt enchantée où se trouve une sorcière malveillante. On retrouve le passage dans l'autre monde, associé ici à l'idée de danger comme dans Bilbo d'ailleurs puisque les elfes y sont hostiles aux nains.

Hisweloke :
Donc la remarque de Tolkien, "S'ils en avaient su plus long à ce sujet et s'ils avaient considéré la signification de la chasse et des cerfs blancs , ils auraient su qu'ils approchaient enfin de l'orée orientale", me semble signifier qu'ils auraient du comprendre qu'ils ont traversé une fontrière (même invisible, "ils ne voyaient aucun changemennt dans la forêt") et sont entrés dans le royaume de Thranduil, un pays des fées hors du temps et de l'espace "profane" .

D'un point du vue plus terre à terre on peut penser que si les nains avaient su que le royaume de Thranduil était situé à l'orée orientale de la forêt, ils auraient pu se dire que les chasseurs devaient être des elfes de ce royaume et que donc ils étaient proches de la sortie de la forêt.

Jean :
y a-t-il d'autres endroits dans son œuvre ou on retrouve ce motif des cerfs ?
J'ai regardé avec l'outil de recherche du site dans le SDA et le Silmarillion et j'ai seulement trouvé :

VALAQUENTA :
Page 31, §1
elle [Nessa]affectionne les cerfs et les biches qui la suivent dans les régions sauvages, et elle peut les distancer, rapide comme une flèche et les cheveux au vent.

et dans l'histoire de Turin :
Les Orcs la suivirent, mais les Elfes leur coururent après, les rattrapèrent et les tuèrent avant qu'ils lui eussent fait du mal.Nienor n'arrêta pas sa course, elle fuyait comme une biche affolée de terreur en arrachant ses vêtements, jusqu'à être nue . La métaphore est filée, on trouve plus loin : comme un animal traqué et elle gisait comme une bête mourante. C'est là que la trouva Turambar


On ne retrouve pas l'idée de passage dans l'autre monde mais dans le cas de Nienor peut-être ce symbolisme sexuel dont parle Cirdan.



Beruthiel (Céline pour Didier qui n'aime pas les pseudos…)

Beruthiel
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le 17-11-2002
à 15:44

Désolée pour les tags ratés...
Cirdan
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le 17-11-2002
à 22:40

Très intéressant. Je n'avais pas cette métaphore en mémoire à propos de Nienor et elle me semble bien tenir, même si en effet on sort de la référence directe et volontaire à l'imaginaire celtique comme c'était le cas dans le passage de Bilbo cité par Jean.

Laurent (qui va essayer de ne plus signer Cirdan systématiquement...)

Hisweloke
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le 05-01-2003
à 03:23

Vieille discussion compilée

Didier.

Fangorn
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le 10-01-2003
à 20:32

Il y a un parallèle à la comparaison de Nienor avec une biche, dans la même histoire : il s'agit de Saeros, l'Elfe qui insulte Túrin à Doriath.
Saeros attaque Túrin sur son apparence physique, pour étendre ce jugement à son peuple : "Si les hommes du Hithlum sont à ce point sauvages et rudes, que penser des femmes de ce pays ? Courent-elles comme des biches, revêtues de leur seule chevelure ?" (Contes et légendes inachevés, I, 2 ; Pocket, vol. 1, p. 125).

Lorsque Túrin se vengera, il forcera Saeros à se dénuder et le poursuivra pour l'humilier en reprenant ses propos : "Saeros, lui dit-il, tu as une longue course à faire, et les vêtements te seront un embarras : les cheveux te suffiront !" (...) "Cours, lui cria-t-il, cours tant que tu peux, et à moins que tu n'ailles aussi vite que le cerf, je viendrai derrière t'éperonnant !" (Ibid., p. 126).
Comme dans le cas de Nienor relevé par Beruthiel, Tolkien continue à filer l'image : Saeros tentera de sauter par dessus la gorge d'un torrent, dont on connaît la largeur par l'indication suivante : "c'était large pour un saut de cerf" (Ibid., p. 127). Il y sombrera.

Le Saut-de-Cerf (Cabed-en-Aras), c'est précisément le nom de la gorge où se précipita Níniel Nienor, elle qui avait été comparée à une biche dans sa fuite. Ce lieu changea alors de nom "car le cerf jamais plus ne bondit au-dessus de ses eaux, et il n'est créature vivante qui ne l'évitât, et aucun homme ne s'aventurait sur ses bords" (Ibid., p. 211).

Du coup, l'insulte que Saeros fit aux femmes du peuple de Túrin semble prémonitoire, puisque c'est précisément ce qui arrivera à Nienor : elle courra nue, comme une biche. De plus, Saeros et Nienor périssent de la même façon (même si dans le cas de cette dernière il s'agit d'un suicide).

On retrouve l'une des thèses que vous avez évoquées : à chaque fois, le motif du cerf (et de la biche) désigne un passage, dans la fuite ou dans le saut. La fuite de Nienor correspond à la perte de son identité, tandis que celle de Saeros est une perte de dignité (l'Elfe est ridiculisé par l'Humain). L'échec du saut du cerf est la mort.

Fangorn, qui a une tendresse particulière pour ces animaux couronnés de bois ;-)

Hisweloke
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le 11-01-2003
à 17:40

Wow, exact Fangorn... Comment ai-je pu oublier Cabed-en-Aras? Ce n'est pas faute de l'avoir indexé dans le dictionnaire pourtant :o)

Et bien je reprends l'article compilé alors. Tissons, tissons ;)

Didier.

Vallis
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le 12-01-2003
à 08:59

Histoire de rajouter encore un cerf au troupeau ce passage où Isildur tente d’échapper aux orcs.

« Or d’Isildur, on raconte qu’il souffrit d’une douleur aiguë et que l’angoisse lui tenailla le cœur, mais qu’au début il courut comme un cerf qui fuit la meute des chiens, jusqu’à ce qu’il atteignit le fond du vallon . » (Contes et légendes inachevés, Le Troisième Age, Le Désastre des champs d’Iris)

Fangorn
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le 12-01-2003
à 11:27

Puisque nous sommes en train de constituer une harde, voici encore quelques occurrences (désolé, Didier ;-)) :

- Lorsqu'ils quittent le Chemin des Morts pour s'engouffrer dans la vallée du Morthond, Aragorn et l'Armée des Morts provoquent la terreur chez les habitants :
"(...) les gens qui se trouvaient dans les champs poussèrent des cris de terreur et s'enfuirent follement comme des cerfs poursuivis. Le même cri s'élevait partout dans la nuit grandissante : — Le Roi des Morts ! Le Roi des Morts est sur nous !
Des cloches sonnaient dans le fond de la vallée, et tous les hommes fuyaient devant le visage d'Aragorn ; mais la Compagnie Grise, dans sa hâte, courait comme des chasseurs jusqu'à ce que les chevaux bronchassent de fatigue" (SdA, V, 2 ; éd. du Centenaire, p. 845).

Le motif s'inverse : dans le Hobbit, les cerfs représentaient une frontière intangible, passage vers un autre monde. En revanche, la comparaison avec le cerf (ou la biche — le terme anglais est le même : "deer", sauf dans le texte sur Isildur, où l'on trouve "stag") s'entend chez Tolkien sur le mode de la chasse.
Nous n'avons pas encore fait le tour de toutes les occurrences possibles, mais nombreuses sont déjà celles qui parlent de la course du cerf.

Certes, cette course est liée à un événement extraordinaire, mais elle n'en montre plus que les effets. Dans un premier temps, de façon générale, on peut voir dans le motif du cerf l'in-quié-tude vive, c'est-à-dire le fait de ne pouvoir être en repos (quies). Le cerf poursuivi est la manifestation d'une cause parfois moins visible, de même qu'un visage ou une posture auront tous les signes de la peur sans que l'on en voie la cause.

Saeros, Nienor, Isildur, les habitants du Morthond... tous sont des cerfs en fuite, effrayés. Leurs poursuivants sont terrifiants et mortifères. Ce sont désormais les chasseurs qui représentent le passage vers un autre monde, la mort le plus souvent.

Mais il existe (au moins) un cas où Tolkien se joue de son modèle. Aragorn annonce à Legolas et à Gimli qu'ils vont poursuivre les Orques : "(...) Nous allons effectuer une chasse qui fera l'étonnement des Trois Races apparentées : Elfes, Nains et Hommes. Sus, les Trois Chasseurs !"
Et Tolkien ajoute : "Il s'élança tel un cerf" (SdA, III, 1 ; éd. du Centenaire, p. 456).
Cette fois-ci, les chasseurs sont aussi des cerfs : les Trois Chasseurs poursuivent les Orques, mais ils sont eux-mêmes poursuivis par la peur des risques encourus par les deux Hobbits.

Paradoxalement, les Trois Chasseurs sont à la poursuite de ce qui les poursuit. L'inversion est intéressante, car elle désigne le courage : faire face au danger qui menace, le poursuivre au lieu de le fuir, voilà le courage des trois compagnons.
On comprend la soudaine sérénité d'Aragorn, alors qu'il est en proie à la peur des menaces pesant sur Merry et Pippin : "Il vola parmi les arbres, les entraînant toujours en avant, infatigable et rapide, sa décision étant enfin prise". Après les errances du doute, vient la fermeté de la décision courageuse. Aragorn est un cerf chasseur : il affronte sa peur.

Sébastien, qui se remet en chasse ;-)

Hisweloke
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le 12-01-2003
à 19:00

Note rapide:

Si certaines des mentions me semblent relever de la simple comparaison (i.e. sans motif mythologique), celle de la porte des morts est effectivement interessante à creuser - parce qu'il semble s'agir justement d'un passage par un 'autre' monde. La remarque "les hommes fuyaient devant le visage d'Aragorn" n'est peut être pas anodine, dans le folklore celtique les seigneurs de l'autre monde (fées ou ce que vous voulez) chassent souvent masqués, et voir leur visage (sa beauté, etc.) peut être fatal, de mémoire. Hmmm, à creuser oui :-)

Si on confirme ça, c'est interessant, parce que ce qui paraissait être une spécificité du Hobbit aurait alors un écho dans le SdA.

Didier.

Fangorn
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le 13-01-2003
à 01:01

Cet écho en fait toutefois varier la structure, puisqu'il ne s'agit plus de véritables cerfs, mais d'une comparaison. Le déplacement ne me semble pas anodin.

En revanche, s'il faut trouver une structure analogue à celle du Hobbit, c'est un texte antérieur qui nous l'offre.
L'Epilogue d'Eriol peint l'évanouissement des Elfes. Parmi ces images de brume, la chasse du Seigneur de Tavrobel :
"Comme des filaments des vents, comme des demi-transparences mystiques, Gilfanon Seigneur de Tavrobel chevauche ce soir accompagné de son peuple, et donne la chasse à la biche elfique sous le ciel pâlissant. Une musique de pas oubliés, une lueur des feuilles, des herbes qui se courbent subitement, des voix nostalgiques qui murmurent sur le pont, et ils sont partis" (Livre des Contes Perdus, II, 6 ; FrHome II, 368).

Cette figure est très proche de celle du Hobbit : on a affaire explicitement à une "biche elfique" [elfin deer] (Home II, 289), qui marque la présence voilée des Elfes.

En fait, j'aurais tendance à voir l'évolution du motif du cerf ainsi :
- Tolkien reprend, aux premiers temps de son Légendaire, l'image mythologique du cerf qui marquerait la frontière avec le monde faërique.
- Puis, lors du retrait progressif de la mythologie dans le Légendaire, la figure du cerf fonctionnerait désormais comme une comparaison littéraire évoquant la fuite éperdue avec des chasseurs terrifiants aux trousses (dans le cas précédent des chasses elfiques, la terreur n'apparaît pas).
Bien sûr, cela n'empêche pas de retrouver dans ces comparaisons cervines les vestiges de l'ancien passage avec l'autre monde ;-)

Sébastien

Fangorn
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le 07-10-2006
à 09:03


Le brame qui résonne dans d’autres bois me ramène sur la sente du cerf tolkienien... ;-)

Le Physiologos, « le premier bestiaire chrétien et le premier bréviaire animal », s’ouvre avec le célèbre verset du Psaume XLII qui sera un lieu commun pour toute la tradition médiévale :

« David dit : « Comme le cerf aspire aux sources d’eau, de la même façon mon âme aspire à toi, Dieu » [Ps XLII, 2].

Le Physiologue a dit que le cerf est un ennemi farouche du dragon. Si le dragon fuit le cerf et cherche refuge dans les crevasses de la terre, le cerf s’en va remplir d’eau de source le réservoir de son ventre et il la recrache sur les crevasses de la terre, et il attire le dragon et le massacre (...) ».

Le Physiologos, Ière collection, chap. 30
(Grenoble, Éditions Jérôme Millon, 2005,
trad. fr. et commentaires par A. Zucker, p. 182)

L’opposition entre le cerf et le dragon n’est pas totalement absente du Légendaire, notamment avec le Narn i Hîn Húrin.
Bien sûr, le cerf est loin d’être une figure chrétienne dans cette histoire. De plus, le dragon ne recontre pas de véritable cerf, mais seulement un nom de cerf.
Cette farouche inimitié trouve en effet un écho dans le lieu où le dragon Glaurung est tué :
« Cabed-en-Aras – le Saut-du-Cerf –, le gouffre qu’un cerf, dites-vous, franchit d’un bond, échappant ainsi aux chasseurs du Haleth. Glaurung est devenu si glorieux, qu’il va tenter le même coup. C’est là tout notre espoir, et nous devons nous y confier. »
(CLI, I, 2 ; SCLI, p. 512)

L’orgueil de Glaurung est de devenir plus qu’un dragon (de même que les hommes orgueilleux veulent devenir plus qu’hommes), et prétendre ainsi rivaliser avec son ennemi cornu.

Tué par le Heaume-Dragon, Glaurung effacera toutefois par sa cruauté le nom du cerf :
« Et coulèrent les eaux du Teiglin, et coulent encore, mais Cabed-en-Aras n’était plus : Cabed Naeramarth, tel fut le nom que lui donnèrent les hommes. Car le cerf jamais plus ne bondit au-dessus de ses eaux (...) »
(ibid., p. 521)

Tar Baladur
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le 19-10-2006
à 19:58

Interressante comparaison.

Est-il possible que les Cefs Blancs de la Myrkwood soient de parenté avec le Bétail Blanc de la région de la mer de Rhûn ? (Au sens où il aurait été amené par Oromë en Terre du Milieu).

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