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sosryko
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le 21-06-2003
à 22:13

"Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine..."
13-06-2002 13:58
C'est toi qui poses la question, Vinyamar?
pourtant c'est toi qui l'a évoqué sur ce fuseau ;-)
Si tu désires que je développe, c'est bien ce que j'ai plus ou moins l'intention de faire si j'arrive à trouver le temps de présenter le parallélisme entre Väinö et Tom; mais là, je n'ai vraiment pas le temps. Il te faudra être patient (tout comme moi, qui trépigne!)
...à bientôt j'espère

Houm houm..."trépigner",Houm humm... c'était un peu fort peut-être, Houm...puisqu'il aura fallu attendre pus d'un an pour que Hummm je m'y mette vraiment...;-)
Mais Vynyamar revenu, je lui devait bien ça.
Houm ;-))



Tom Bombadil a commencé, modestement, entre 1925 et 1934, par être le personnage d’une histoire jamais achevée qui aurait eu pour but d’amuser les enfants de Tolkien, John et Michael. Seules nous sont parvenues les premières phrases du conte qui commençait par : « Tom Bombadil était le nom d’un des plus vieux habitants du royaume »…l’amusement étant à trouver dans la description du personnage, description qui restera attachée à Tom, celle d’une poupée hollandaise qui appartenait à Michael [Carpenter, p.216]. Et si John n’aimait pas la poupée de son petit frère, Tolkien s’attache au personnage qu’elle avait permis d’engendrer visuellement.
Ainsi, Tom Bombadil réapparaît dans un poème, achevé celui-là, Les aventures de Tom Bombadil, publié pour la première fois le 13 février 1934 dans The Oxford Magazine.
Il existe un autre poème, à placer certainement autour de cette période, mais non publié à l’époque [cf. HVI, p.115-6]. Et si Les Aventures de Tom Bombadil commence par un « Old Tom Bombadil was a merry fellow » des plus programmatiques, le poème inédit du vivant de Tolkien se termine par une « chanson » de Tom sur deux strophes tout aussi porteuses d’une synthèse du personnage :
(And he sang)
« Go, boat ! Row ! The willows are a-bending,
reeds are leaning, wind is in the grasses.
Flow, stream, flow ! The ripples are unending ;
Green they gleam, and shimmer as it passes.

Run, fair Sun, through heaven all the morning,
Rolling golden ! Merry is our singing !
Cool the pools, though summer be a-burning ;
In shady glades let laughter run a-ringing ! »

[HVI, p.116]

Alors, et au moins jusqu’en 1938, Tom Bombadil représente « the spirit of the (vanishing) Oxford and Berkshire countryside » [L19, 16/12/1937].
Tolkien, à cette époque (fin 1937), suite au succès de Bilbo le Hobbit, continue d’écrire, et commence « une nouvelle histoire sur les Hobbits », le premier chapitre est déjà écrit : ‘Une réception depuis longtemps attendue’…et, souhaitant également au fil du temps faire de Tom « le héros d’une histoire » [L19], décide de l’introduire dans l’univers littéraire naissant du Seigneur des Anneaux et donc de le rendre participant du Légendaire de la Terre-du-milieu :
« In historical fact I put him in because I had already 'invented' him independently (he first appeared in the Oxford Magazine) and wanted an 'adventure' on the way. » [L153, 09/1954]

Tom Bombadil, par cet acte, est devenue « une énigme […] (intentionnellement)» [L144, 25/04/1954]

Tolkien à l’époque où il compose et enrichit le personnage de Tom Bombadil connaît depuis fort longtemps déjà (1911) la mythologie finnoise grâce au Kalevala, une collection de poèmes épiques recueillis, organisés et façonnés par Elias Lönnrot au XIXème siècle à partir de la tradition poétique populaire finnoise.
L’influence du Kalevala sur Tolkien fut énorme, on le sait ; ne serait ce que dans la création du Quenya (cf. [Carpenter, p.86] et la section Sources Mythologiques, sur JRRVF ) ou dans ses premiers écrits annonçant le Légendaire (cf. la réécriture, inachevée, en 1914, du cycle de Kullervo qui deviendra la tragédie de Túrin Turambar et de sa sœur Níniel ; cf. [L131, p.150] et [L257].)

L’objet des comparaisons littéraires qui vont suivre est, tout en essayant de faire découvrir la beauté des chants du Kalevala, de montrer que la nature et les caractéristiques de Tom Bombadil s’inspirent (en partie seulement) de la mythologie finnoise, et plus particulièrement du héros finnois qu’est Väinämöinen.
En partie seulement, car il serait ridicule d’affirmer que Tom est Väinö, tant les deux personnages sont, sur certains points, si radicalement éloignés. De plus ce serait faire une grave confusion : le Monde Secondaire de Tolkien n’est pas le monde du Kalevala.
Pourtant, si, comme je le pense, on peut accepter certains rapprochements sur des traits communs et fondamentaux de Tom et de Väinö, la matière dont nous disposons sur Väinö ne pourrait-elle pas éclairer en partie l’énigme qu’est Tom ?

« Car un détail ‘vu’ peut ne pas avoir été ‘fait’ ;
un détail peut être ‘inventé’, au sens archéologique du terme,
par le désir de celui qui regarde.
Mais, si ce détail a été incontestablement voulu et fait par le peintre,
qu’en est-il alors du peintre dans ce détail et dans le tableau ? »
Daniel Arasse -- Le Détail




Rques:
(1) J’appellerai la “section Bombadilienne” cette partie du Seigneur des Anneaux qui s’étend depuis la première apparition de Bombadil (“Soudain il s’arrêta” = SdA I.6 {140}) à son adieu aux quatre hobbits (“…et s’en fut en chantant dans le crépuscule” = SdA {170})
(2) les citations du Kalevala seront tirées de la traduction de G. Rebourcet pour la collection de L’aube des Peuples, Gallimard et notée [K. chant] ou [chant.vers] ou (vers) en référence au dernier chant cité.
(3) Les citations du Seigneur des Anneaux peuvent avoir leurs références entre crochets (auquel cas, elles renvoient à l’édition anglaise en trois volume d’Houghton Mifflin (renewed 1993-1994 by Ch. Tolkien) ou bien entre accolades ( édition française dite « du centenaire » (1992)).
(4) Les poèmes de Tom Bombadil seront référencés par les termes ATB (Les Aventures de Tom Bombadil) et BB (Bombadil en Bateau).



(1) Le Premier et le sans âge


Au cours du Conseil d’Elrond, Glorfindel dit de Tom qu’« il fut le Premier » (« he was First »[259]{294}), Elrond, juste avant, venait de dire que Tom, autrefois (il y a si longtemps qu’il en avait oublié le bonhomme !), « même alors, était plus vieux que les vieux » et se nommait « Iarwain Ben-adar, le plus ancien et le sans-père » ( « oldest [= le plus vieux] and fatherless » [258]{293}).
Tolkien dans une lettre révélera que Tom est un être « premier » (‘primeval’), qui était là au commencement des temps d’Arda :

« and if 'in time' Tom was primeval he was Eldest in Time. »
=
et si ‘dans le temps’ Tom fut primordial il fut l’Aîné dans le Temps. [L153]

Et Tom Bombadil confirmera cela de son propre aveu, parlant aux quatre hobbits qu’il a secouru (Frodon, Sam, Merry et Pippin) de temps les plus reculés, avant l’arrivée des Hobbits, avant celle des Hommes, avant même celle des Elfes, un temps où la Terre-du-milieu, déserte d’hommes, était également sans arbres, car sans pluie et sans gland pour faire pousser le chêne :

When they caught his words again they found that he had now wandered into strange regions beyond their memory and beyond their waking thought, into times when the world was wider, and the seas flowed straight to the western Shore; and still on and back Tom went singing out into ancient starlight, when only the Elf-sires were awake. Then suddenly he slopped, and they saw that he nodded as if he was falling asleep. The hobbits sat still before him, enchanted; and it seemed as if, under the spell of his words, the wind had gone, and the clouds had dried up, and the day had been withdrawn, and darkness had come from East and West, and all the sky was filled with the light of white stars.
(…)
‘Who are you, Master?’ he asked.
‘Eh, what?’ said Tom sitting up, and his eyes glinting in the gloom. ‘Don’t you know my name yet? That’s the only answer. Tell me, who are you, alone, yourself and nameless? But you are young and I am old. Eldest, that’s what I am. Mark my words, my friends: Tom was here before the river and the trees; Tom remembers the first raindrop and the first acorn. He made paths before the Big People, and saw the little People arriving. He was here before the Kings and the graves and the Barrow-wights. When the Elves passed westward, Tom was here already, before the seas were bent. He knew the dark under the stars when it was fearless - before the Dark Lord came from Outside.’

=
Quand ils entendirent de nouveau ses paroles, ils s'aperçurent qu'il était passé à présent dans des régions étranges qui dépassaient leur mémoire et leur pensée éveillée, en des temps où le monde était plus vaste et où les mers montaient droit à la côte ouest; et toujours allant et venant, Tom chantait la lumière d'anciennes étoiles, du temps que seuls les aïeux Elfes étaient éveillés. Puis il s'arrêta brusquement, et ils le virent dodeliner de la tête comme s'il s'assoupissait. Les Hobbits étaient assis devant lui, immobiles, enchantés, et il semblait que, sous le charme de sa parole, le vent fût parti, les nuages se fussent desséchés le jour eût été retiré, les ténèbres fussent venues de l'est et de l'ouest, et que tout le ciel fût empli de la clarté de blanches étoiles.
(…)
– Qui êtes-vous, maître ? demanda [Frodon].
– Hein, quoi? dit Tom, se redressant, les yeux étincelant dans la pénombre. Ne connaissez-vous pas encore mon nom ? C'est la seule réponse. Dites-moi qui vous êtes, vous même, seul et anonyme? Mais vous êtes jeune et je suis vieux. L'Ainé, voilà ce que je suis. Notez mes paroles, mes amis: Tom était ici avant la rivière et les arbres, Tom se souvient de la première goutte de pluie et du premier gland. Il a tracé des sentiers avant les Grandes Gens, et il a vu arriver les Petites Personnes. Il était ici avant les rois et les tombes et les Etres des Galgals. Quand les Elfes sont passés à l'ouest, Tom était déjà ainsi, avant que les mers ne fussent infléchies. Il a connu l'obscurité sous les étoiles quand elle était sans appréhension – avant que le Seigneur Ténébreux ne vint de l'extérieur.
[128-9]{153-4}
.


Il se trouve que Väinämöinen est, lui aussi, « le Premier » !
Par trois fois, Väinämöinen est présenté comme le premier homme, surgi de la mer, venu s’échouer sur un monde sans arbres : une « terre ferme, terre sans arbres » [1.334], une « terre nue, la terre sans arbres » [2.4], « coulant sa vie dans l’île rase, île sans nom, toute nue, la terre sans arbres » [2.6-8].
Pellervo, le fils de la terre, vient l’ensemencer des graines de tous les arbres [chant 2.13-42], Väinämöinen « vient regarder la levée des grains » (45-6), mais constate que « manque aux semailles le chêne, l’arbre Dieu » (49-50), ce qui l’énerve puisqu’«il peste et maudit la canaille » (51), attendant une « longue semaine » de le voir pousser, en vain.
Heureusement :

Tursas surgit de la mer (…)
jette au feu la fenaison (…)
La feuille aimée s’y trouve prise,
la feuille aimée, le gland du chêne
d’où jaillit la très belle pousse,
la brindille verte levée.
Fraise tendre, elle sourd de terre,
elle pousse en fourche fragile.
L’arbre déploie ses branches grandes,
il s’étire en rameaux feuillus.
la cime se hisse aux nuages,
le ramage envahit le ciel,
brise la courre des nuages,
déchire les flocons pressés,
soleil étouffé, jour couvert,
il noie les lueurs de la lune.
[2.67, 69, 75-88]
.

Il faut donc désormais « abattre le chêne grand » (107) comprend Väinämöinen qui fait appel à l’aide de sa mère, laquelle envoie un « homme pareil à l’homme (…) venu casser le chêne et fracasser l’arbre fragile » (139, 141-2)
Et c’est ainsi que depuis :

Lors, qui lui chaparde une branche
a pris le bonheur éternel ;
qui lui casse et cueille la cime
a pris le savoir éternel ;
qui coupe le rameau de feuilles
se taille l’amour éternel.
[2.191-196]
.

Väinämöinen qui, jusque là, s’était contenté d’observer, participe à l’ensemencement de la terre avec « sept grains pour la semaille » (299). Il crée donc l’agriculture.
En cela il se dissocie radicalement de Tom Bombadil, pur observateur de la Nature et hors de l’histoire humaine.
Mais il le rejoint lorsque, pour « faire lever les germes par mille », il demande à « Ukko, Dieu dessus les dieux » de faire pleuvoir visiblement pour la première fois tant la description de la prière et de la pluie proprement dite est conséquente :

« Ô Ukko, Dieu dessus les dieux,
père vieux par-dessus le ciel,
poigne de puissance aux nuages
et maître des traînes pansues !

Mande le haut conseil des nues,
le parlement clair des nuages !

Fais germer la nuée de l’est,
lève au norois la toison blanche,
rameute du ponant les autres,
flocons houspillés de midi !

Éclabousse l’aigue du ciel,
égoutte le miel des nuages
sur les bons grains d’orge levant,
sur le chuchotis des semailles ! »

Lors Ukko, Dieu dessus les dieux,
père vieux par-dessus le ciel,
mande le haut conseil des nues,
le parlement clair des nuages.

Il fait germer la nuée d’est,
lève au norois la toison blanche,
rameute du ponant les autres,
flocons houspillés du midi ;
les tasse en monceaux côte à côte,
flanc sur blanc les cahote en masse ;
il éclabousse l’eau du ciel,
le miel des nuées, goutte à goutte
sur les bons grains d’orge levant,
sur le chuchotis des semailles.

L’orge barbé, l’orge se lève,
poilu comme souche, il se dresse
de la terre, le sillon tendre,
le champ sacré de Väinö.
[2.317-348]

.

Ainsi, Väinö, le premier habitant de Kaleva, tout comme Tom, premier habitant de la terre-du-milieu, fut l’observateur de la « première pluie » et de la venue des arbres, tout particulièrement du chêne à partir du « premier gland ».
Voilà pourquoi on l’appellera le « sans âge », expression qui souligne le caractère « primordial » de son apparition, évoquant un temps sans observateur pour enregistrer sa venue.
Mais une autre expression, plus prosaïque, s’attachera aux deux personnages.

(2) Vieux Tom et Väinö le vieux

Dès qu’il apparaît et tout au long de la section Bombadilienne, Tom est décrit débordant de vitalité mais également associé à la vieillesse : c’est un « vieux chapeau cabossé» qu’il porte ([117]{141}) et « sa figure [est] plissée de mille rides », certes des rides « de rire », mais des rides malgré tout.
Il demeure dans une Vieille Forêt ([127]{152}) et près des Hauts de Galgals, une contrée qui évoque les « vieux contes » ([133]{158}), hantée par de « vieilles créatures » (« old Wight » [139]{165}), dont les arbres « furent plantés dans les temps anciens » (« old days » [134]{159}).
Tom lui-même se présente comme un « vieil homme » (« I am old ») et plusieurs expressions le désignent ainsi : « Old Tom Bombadil » (5 fois), « Old Tom » (2x) et « Old man » (2x).

Son ennemi, l’Homme-Saule ( « the Willow-man » ([124]{149}), est également un « vieil » ennemi, aux désignations diverses mais jouant toujours sur son âge avancé :
« Old Man Willow » (5x : [117, 118, 124, 127]{141, 142, 148, 152} et ATB 35, 64, 86, 125)
« Old Willow man » (1x : [117]{141})
« Old grey Willow-man » (1x : [117]{141})
« Old Grey Willowman, he’s a mighty singer » (1x : [124]{148})

En 1934, le premier texte qui met en scène Bombadil fait également profusion de références à « Old Tom Bombadil » (ATB 1, 70, 93, 117, 129), « Old Tom » (ATB 7,50) et « Wise old Bombadil » (ATB 101).



Note internaliste : Curieusement, le second poème des Aventures de Tom Bombadil et autres vers tirés du Livre Rouge, rédigé beaucoup plus tard (en 1962, cf [L240]), reprend exceptionnellement ces dénominations pour l’Homme-Saule (« old Willow-man » : BB 150) ou pour Tom (« Old Tom » en BB 62 & 135). Par contre il y est question du « Vieux Cygne » (BB 67, 75, 151) et du « Vieux Maggot » (BB 141 ; « old farmer » : 115 ; « old friends » : 120). Manifestement, ce poème tiré du Livre Rouge est d’une main autre que celle de l’auteur du premier poème, car l’utilisation de l’adjectif « old » est bien différente : plutôt que d’être appliquée à l’Aîné, au « plus ancien que les anciens » (Tom) et à un « des pères des pères d’arbres, qui se souvenaient du temps où ils étaient seigneurs » (le « dangereux Grand saule » {152}), l’adjectif sert à qualifier un oiseau et un hobbit, êtres qui, certes, peuvent être âgés, mais dont la durée de vie est finalement très limitée.


On retrouve cette manière de désigner un même personnage par diverses variations autour d’un groupe de mots similaires (« vieux », « chanteur », « sage », barbe « grise », « l’aïeul » ou « l’ancêtre ») pour désigner Väinämöinen dans le Kalevala; le phénomène est encore plus impressionnant et s’appuie systématiquement sur la vieillesse de Väinö :

« Le vieux Väinämöinen, chanteur sage, barde sans âge » [25.407-8]
« Le vieux Väinämöinen, le mage, le barde sans âge » [50.443-4]
« Le vieux Väinämöinen, barbe sage » [3.135-6, 211-2]
« Le vieux Väinämöinen, barbe sage, barde sans âge » [3.85-6]
« Le vieux Väinämöinen, barde sage, mage sans âge » [8.165-6]
« Le vieux Väinämöinen, barde sage, barbe sans âge, le chanteur » [41.1-2]
« Le vieux Väinämöinen » [1.31, 289 ; 2.89, 101, 125, 237, 287, 359 ; 3.115, 467 ; 4.11 ; 5.35, 144 ; 7.17, 363 ; 9.1, 561 ; 10.55, 131, 497 ; 16.159, 181, 225, 293, 385 ; 17.113, 505 ; 18.111, 191, 683 ; 25.688 ; 37.211 ; 38.293 ; 39.149,243,325 ; 40.1, 13, 253 ; 41.17 ; 42.157, 217, 251, 407, 461 ; 43.75, 99 ; 44.1, 35, 47, 232 ; 46.223, 243, 331 ; 47.129 ; 49.205, 225]
« Le vieux Väinämöinen, le sage » [2.257-8 ; 5.5-6 ; 7.195-6 ; 8.17-8, 133-4, 207-8, 219-220, 259-260 ; 10.1, 67-8, 139-140 ; 17.25-6 ; 18.1-2, 175 ; 40.103-4, 205-6, 221-2 ; 42.17, 65-6, 377-8, 428-9 ; 43.23-4, 385-6, 55-6 ; 44.177-8, 197-8 ; 46.81-2 ; 48.157-8, 169-170, 180-1, 201-2 ; 49.191-2]
« Le vieux Väinämöinen, mage sage » [49.273-4]
« Väinämöinen le sage, le vieux » [46.159-160]
« le vieux Väinämöinen, le barde sage » [2.43-4 ; 3.1-21 ; 6.1-2 ; 7.57-8, 209-210, 245-6, 323-4 ; 8.81-2 ; 16.197-8, 211-2, 363-4 ; 17.505-6, 615-6 ; 39.1-2 ; 42.37-8, 53-4, 177-8 ; 43.207-8 ; 47.161-2 ; 49.75-6]
« Le vieux Väinämöinen, le sage, (le) barde sans âge » [16.1-2, 101-2, 119-120]
« Väinämöinen le vieux barde » [7.183-4 ; 42.101-2]
« le vieux Väinämöinen le barde » [7.103-4 ; 9.25 ; 10.113-4 ; 43.333-4, 399-400 ; 46.45-6, 352-3 ; 49.53-4, 259-260, 279-280]
« le vieux Väinämöinen le vieux barde » [42.117-8]
« Väinämöinen le chanteur de Suvantola » [6.99-100]
« Väinämöinen l’enfant des gens de Kaleva » [6.118]
« le vieux Väinö » [3.521 ; 5.134 ; 6.178, 217 ; 7.115 ; 9.536 ; 16.209, 273, 309 ; 37.200 ; 38.325 ; 41.256 ; 42.370 ; 44.159 ; 49.385]
« Väinö le vieux » [2.365 ; 3.263, 295, 353 ; 7.295 ; 9.11 ; 10.21, 81, 125 ; 16.195, 384 ; 17.581, 592 ; 18.155 ; 21.257, 375 ; 37.221 ; 39.23,41,229,285,409 ; 40.180 ; 46.277 ; 47.357 ; 48.85, 183]
« Väinö le barde » [3.433 ; 9.520 ; 50.479]
« Väinö le chanteur de Suvantola » [6.61-2]
« Le vieux Väinö, barde sage » [8.99]
« Le vieux Väinö, le chanteur aux runes sans âge » [25.735-6]
« Väinö le vieux barde, le chanteur aux runes sans âge » [46.145-6]
« Väinö le vieux barde sage, le chanteur des runes sans âge » [48.1-2]
« Väinö, le vieux chanteur, le sage » [39.401-2]
« Väinö, le vieux barde sage » [7.1]
« Väinö le vieux (le) barde » [3.235, 365, 381, 397 ; 5.164 ; 6.111-2 ; 9.547 ; 10.31 ; 16.245 ; 17.93, 131, 573, 599 ; 18.463-4 ; 21.315, 353, 383 ; 49.231, 399]
« Väinö le vieux barde sage » [8.41, 197, 237 ; 10.59 ; 17.1, 49 ; 39.93,207 ; 40.121, 151, 175 ; 42.1, 233, 261, 415, 521 ; 43.173, 289 ; 44.69, 215 ; 46.171, 471, 567, 577 ; 47.1, 313, 319 ; 48.193 ; 49.253, 295 ; 50.448]
« Väinö le vieux barde, le sage » [40.230-1]
« Väinö le barde sage » [16.280 ; 46.607]
« Väinö le barde sage, le vieux » [8.113-4]
« Väinö le vieux barde » [7.110 ; 39.129,141,161,257,275,383,421 ; 41.169, 212, 217, 233 ; 42.189, 446 ; 43.164 ; 46.299 ; 47.111, 147, 149 ; 48.107]
« Väinö le vieux chanteur » [10.159 ; 40.167 ; 42.493 ; 44.167, 249, 307 ; 48.121, 267 ; 50.501]
« Väinö le vieux chanteur, le sage » [49.159-160]
« Väinö le vieux chanteur, le grand sage » [46.21-2]
« Väinö le vieux chanteur, barbe sage, barde sans âge » [49.81-2 ; 6.89-90]
« le vieux barde sans âge, Väinö le vieux » [9.577-8]
« Väinö le vieux barde, barbe sage, chanteur sans âge » [6.27-8]
« Väinö le vieux barde sage, le chanteur » [46.95-6 ; 47.215-6 ; 48.259-260 ; 49.111-2, 393-4]
« Väinö le vieux sage » [8.31 ; 40.189]
« Väinö, le mage sage, le vieux barde, chanteur sans âge » [42.81-2]
« Väinö le vieux barde, chanteur mage, barbe sans âge » [45.191-2, 312-3]
« Väinö le vieux barde sage, chanteur mage, barbe sans âge » [45.355-6]
« Väinö le barde sage, le vieux chanteur » [7.275-6]
« Väinö la barbe vieille » [18.661]
« Väinö le vieux barde, le chanteur des runes sans âge » [25.711-2]
« Le vieux Väinö, le sage, le barreur de rune outre mémoire » [25.673-4]
« Le vieux Väinämöinen, barreur des runes par les âges » [21.363-4]
« le barde sage » [37.214]
« le barde brave » [1.342]
« le vieux brave » [3.534]
« le barde sans âge » [1.287-8]
« le sage » [2.9 ; 38.294 ; 43.102]
« le vieux » [3.415]
« le mage » [3.536]
« le barde » [5.145 ; 10.22]
« le vieux barde » [21.369 ; 38.295 ; 39.129 ; 42.527 ; 46.86]
« le vieux sage » [3.183]
« le vieux chanteur » [4.14]

Ilmarinen l’appelle « Väinö, barbe vieille » [10.64 ; 37.206], « Väinö, barbe blanche » [10.102 ; 18.457], « Väinö, barbe blanche, barde sage, chanteur sans âge » [10.77-78] et « Väinö, vieille barbe ! Mage sage, barde sans âge ! » [49.387-8]
Lemminkäinen l’appelle « Väinö le vieux chanteur » [39.378] et « Väinö, vieille barbe » [39.392], « Väinö, barbe vieille » [49.288]
Ahto l’appelle « le très-vieux barde » [41.142]
Vellamo l’appelle « Väinö, bon vieux barde ! » [43.169]
Aino : « Väinö, barbe très-vieille » [5.99]
Louhi, patronne de Pohjola, ennemi de Väinö l’appelle « Ô Väinö, barbe très-sage, mage vieux, grand barde sans âge ! » [7.305-6], « Väinö, la barbe blanche » [18.618], « le vieux de Väinölä » [18.632], « Väinö le vieux barde » [20.573], « vieillard crotteux, Väinö vilain, vieille barbe ! » [43.214-5]
Joukahainen : « Väinö, barbe vieille et barde sans âge » [3.129-130], « Väinö, barbe grise, mauvais chanteur et grand gousier ! » [3.259-260], « Väinö, grand barde, grand sage, mage de savoir éternel ! » [3.345-6], « Väinö, vieux barde sage » [3.407, 427], « Väinö, vieux barde sage ! Mage du savoir éternel ! » [3.450-1], « Väinö vieux barde » [6.197]
Väinö se présente lui-même comme « Väinö le vieux barde » [47,149]
Jouka et deux femmes, la mère de Jouka et Louhi la vieille, le désignent comme « le fils (de) Kaleva » [6.122, 218], « l’homme grand de Suvantola , la perle de Kalevala» [6.233-4], « l’enfant de Kaleva » [6.214], « l’enfant des gens de Kaleva » [6.118], « le fiancé d’Uvanto » [7.186], « le fils d’Uvanto » [7.242]
Annikki l’appelle « vieux Väinö » [18.131, 173], « l’aïeul d’outre-temps » [18.658] et « l’ancêtre » [18.660]


(3) Sans Père

Le mystère des deux personnes augmente lorsqu’on découvre que toutes deux sont sans père. Pour Tom, nous le savons grâce à Elrond qui rappelle que son ancien nom Iarwain Ben-adar signifiait « le plus ancien et sans-père » (« oldest and fatherless » [258]{293}).

Rque : bien qu’un poème du Livre Rouge attribue, à un certain « Tom », un oncle « Tim », frère du père de Tom (« Tam » ? ;-) ; cf. Stone Troll 10, 17 et24 en [201-203]), et tout en reconnaissant que ce « Tom » est décrit portant des bottes comme Tom Bombadil, rien ne nous est dit sur l’auteur de cette chanson très populaire à l’époque de Sam (« vieil air » [201]) ; un auteur qui, plutôt que de rapporter des faits, semble avoir voulu faire œuvre éducative et festive.
Aussi, et parce qu’il s’agit de la lectio difficilor, il faut accepter la tradition elfique d’un Tom Bombadil sans-père.

Väinämöinen lui aussi, est sans géniteur masculin. Et sa conception hors norme a lieu alors que le monde est vide de vie :

les nuits nous viennent seules, noires,
les jours lèvent seuls, soleils pâles,
tout seul Väinämöinen
un jour est né, barde sans âge
par le ventre de la porteuse,
Ilmatar, la mère du monde.
[1.105-109]
.

Väinämöinen n’a pas de père puisque Ilmatar n’a pas connu d’homme : « la vierge vit […] jour et jours en vie de pucelle », elle est « fille du ciel » et « dame belle de la nature » (111-114).
En fait c’est « la mer [qui] engrosse la pucelle » (136), mais il s’agit d’une auto fécondation, puisque Ilmatar est « mère de l’eau » (143), « la mère des eaux , dame de l’eau, vierge du ciel » (195-6), « vierge de l’air » (218) et « mère du monde » (344).

le temps passe, le temps s’avance,
les années chassent les années
[1.245-6]
(…)
Or mais Väinämöinen
n’est point né, le barde sans âge.
(…)

[1.287-8]


S’ennuyant, il décide de naître pour « regarder la lune au ciel, le soleil aux rayons de joie, (…) apprendre la Grande Ourse et reguigner vers les étoiles » (310-314).

Lors il dévale vers la mer,
tête et bras roulant à la houle ;
(…)
Cinq ans vaque, cinq ans dérive,
cinq années, six année tantôt,
puis l’an septième, et le huitième.
Il se dresse enfin sur l’eau grande,
vers le cap aux rives sans nom,
terre ferme, terre sans arbres.
Il se hisse, genoux en terre,
se cambre à la force des bras :
il est debout pour voir la lune,
pour s’ébahir au pied du jour,
il suit les voies de la Grande Ourse
et ses yeux boivent les étoiles.

Ainsi Väinämöinen
a vu le jour, le barde brave,
par le ventre de la porteuse,
Ilmatar la mère du monde.
[1.325-6, 329-344]
.


Nous retrouvons l’écho du cheminement de Väinö dans celui de Tom ; rappelons-nous ses propres paroles (en revenant à la version primitive entre crochets d’après [HVI, p.121)]) où il se présente comme « L’Aborigène » de la Terre-du-milieu, véritable témoin cosmogonique («primeval [being] ») :

« [Je suis un Aborignè, c’est ce que je suis, l’Aborig,nèe de cette terre]. (…)
[Tom] a tracé des sentiers avant les Grandes Gens, et il a vu arriver les Petites Personnes. Il était ici avant les rois et les tombes et les Etres des Galgals. [Il a vu le Soleil se lever et la Lune le suivre, avant que le nouvel ordre des jours ne fût fixé]. Quand les Elfes sont passés à l'ouest, Tom était déjà ainsi, avant que les mers ne fussent infléchies. Il a connu l'obscurité sous les étoiles quand elle était sans appréhension (…) »
.

Notons que ce plaisir qu’il a de contempler les astres traverse des Âges puisqu’il invite les hobbits à chanter « soleil, étoiles et lune » :

« Now let the song begin! Let us sing together
Of sun, stars, moon (…) »

=
Que les chants commencent ! Chantons en chœur
Le soleil, les étoiles, la lune (…)
[131]{144}
.

Notons encore que la chanson qu’il apprend à Frodon et à ses compagnons repose, en partie, sur une invocation « par le feu, le soleil et la lune » ([145]{156}) et relevons plus particulièrement combien Tom, tout comme Väinö, semble attaché ou lié aux étoiles :

(…) and it seemed as if, under the spell of his words,
the wind had gone,
and the clouds had dried up,
and the day had been withdrawn,
and darkness had come from East and West,
and all the sky was filled with the light of white stars.
(…)The stars shone through the window and the silence of the heavens seemed to be round him.

=
et il semblait que, sous le charme de sa parole [Tom], (…) tout le ciel fût rempli de la clarté de blanches étoiles.
(…) Les étoiles brillaient à travers la fenêtre, et le silence des cieux semblait l’environner [Frodon].
[128-9]{153}
.


Sosryko
To be continued...

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le 22-06-2003
à 09:37


(4) Liés à la navigation en barque

Le seul titre de Bombadil en bateau nous rappelle que Tom est lié à l’eau et à la navigation, entretenant et réparant lui-même son propre bateau :

This day I'll mend my boat and journey as it chances
west down the withy-stream, following my fancies!"
(…)
Tom laughed to himself: "Maybe then I'll go there.
I might go by other ways, but today I'll row there."
He shaved oars, patched his boat; from hidden creek he hauled her
through reed and sallow-brake, under leaning alder,
then down the river went, singing: "Silly-sallow,
Flow withy-willow-stream over deep and shallow!"

[BB 5-6, 19-24]
.
Väinämöinen fait de même ; mieux encore, il fabrique sa barque, « compagne aux riens de l’eau » :
« J’ai chantourné la barque bonne,
chantaillé la gabarre ferme,
elle est rude sous la rafale
et tenace au mitan du grain,
elle est fière à fendre les vagues,
bonne compagne aux riens de l’eau :
elle se dresse en bulle claire,
se glisse en lisse nénufar,
à travers les eaux de Pohja,
les vagues, les bonnets d’écumes. »
[ 18.685-694]
.
Car pour les voyages, c’est en bateau que Väinämöinen aime à se déplacer :
Väinö le vieux parle mieux :
« Route en terre est route plus sûre,
chemin sûr mais sentier plus dur,
la voie de terre est voies d’embûches.
La barque à la vague est joyeuse,
la gabarre cingle au vent d’aise,
elle écume les eaux béantes,
et la vague est bonne voisine :
le vent ballotte la gabarre,
la vague mène le bateau,
vent du ponant pour les embruns,
vent du midi, bon vent d’arrière. »
[39.41-52]
.
Même si, « la route des eaux » [40.5] n’est pas toujours facile :
Le vieux Väinämöinen
Un jour descend les eaux de terre,
Un autre les eaux de paluds,
Le jour tierce l’eau du rapide.
(…)
à l’orée du rapide en feu,
aux turbies du courant sacré.
(…)
Or donc Väinö le vieux barde
Lâche la gabarre au roulis.
Il dévale entre les écueils
Par les tourbies, les remous rude ; (…)

[40, 13-16, 19-20, 83-6]
.

Ce qui n’est pas sans rappeler Tom descendant la rivière Tournesaules (Withywindle) jusqu’à son arrivée agitée à Grindwall :

then down the river went, singing: "Silly-sallow,
Flow withy-willow-stream over deep and shallow!"
(…)
Tom came to Withy-weir. Down the river rushing
foamed into Windle-reach, a-bubbling and a-splashing;
bore Tom over stone spinning like a windfall,
bobbing like a bottle-cork, to the hythe at Grindwall.

[BB 5-6, 77-80]
.

(5) Mariés à une jeune fille liée à l’eau

En fait, si les deux poèmes qui lui sont consacrés (maiségalement la section bombadilienne) associent Tom Bombadil à l’eau, le lecteur retient surtout que Tom est le compagnon de Baie d’Or (Goldberry), femme perpétuellement jeune (« aussi jeune et aussi ancienne que le printemps » [120]{143} ; « young Goldberry » = ATB 24) ; laquelle « Belle dame Baie d’Or », plus encore que Tom, est explicitement associé à l’eau jusque dans ses appellations.
En effet elle est « la fille de Dame Rivière » ([117]{141}, ATB 12), « la fille de la Rivière » (‘daughter of the River’[121]{145} ; ‘The River’s daughter’ [120, 121, 124]{143, 146, 148} ; ‘the River-daughter’ ATB 38, 105) et « la petite dame de l’eau » (‘little water-lady’ ATB 22).
C’est en tant que « dame de l’eau » qu’elle apparaît à Frodon et ses amis, au point que ceux-ci la prennent pour une « belle jeune reine-Elfe vêtue de fleurs vivantes » ([145]):

Ses cheveux blonds tombaient en longues ondulations sur ses épaules; sa robe était verte, du vert des jeunes roseaux, chatoyant d'argent semblable à des perles de rosée; et sa ceinture était d'or, façonnée comme une chaîne d'iris des marais émaillée des yeux bleu pâle de myosotis. A ses pieds, dans de grands vaisseaux de poterie verte et brune, flottaient des lis d'eau, de sorte qu'elle semblait trôner au milieu d'un étang.
(…) sa robe bruissait doucement comme le vent sur les rives fleuries d’une rivière.

{121}[145]
.
On découvre alors que Baie d’Or aime à s’entourer de plantes aquatiques (roseaux, joncs, iris des marais, les myosotis qu’elle porte à son marriage [ATB 119]…) mais qu’elle affectionne tout particulièrement les nénuphars (ou « lis d’eau » = ‘water-lilies’), avec leurs « feuilles vertes » et leur « lis blancs », que Tom lui apporte, se souvenant les jeux de séduction parmi les nénuphars avec Baie d’Or (cf. ATB 11-14) :
I had an errand there: gathering water-lilies,
green leaves and lilies white to please my pretty lady,
the last ere the year’s end to keep them from the winter,
to flower by her pretty feet tilt the snows are melted.
Each year at summer’s end I go to find them for her,
in a wide pool, deep and clear, far down Withywindle;
there they open first in spring and there they linger latest.
By that pool long ago I found the River-daughter,
fair young Goldberry sitting in the rushes.
Sweet was her singing then, and her heart was beating!

=
J'avais à faire par là: cueillir des lis d'eau,
des feuilles [vertes] et de blancs lis pour le plaisir de ma jolie dame,
les derniers avant la fin de l'année, pour les préserver de l'hiver,
pour qu'ils fleurissent près de ses jolis pieds avant que les neiges ne soient fondues.
Chaque année, à la fin de l'été, je vais les chercher pour elle,
dans un grand étang profond et clair, loin en aval du Tournesaules;
là, ils s'ouvrent les premiers au printemps et là, ils durent le plus longtemps.
Près de cet étang, jadis, j'ai trouvé la Belle de la Rivière,
la belle jeune Baie d'Or, assise dans les joncs.
Doux était son chant, et son coeur battait!

[124]{148}
.
Ainsi, ne faut-il pas nous étonner de découvrir « la belle jeune Baie d’Or » porter des vêtements aux couleurs du « vert des roseaux » ({154}), du blanc de fleurs de nénuphars ou de l’argent des poissons et des reflets sur l’eau ( « elle étaie toute vêtue d’argent avec une ceinture blanche » {154}) ; ne nous étonnons pas non plus alors de la voir se chausser de « chaussures ressemblant à des écailles de poissons », elle qui, « jeune Baie d’Or », « plongeait au plus profond », « là où l’eau est plus sombre, plus bas que les roseaux » (ATB 21-3).
Ses cheveux « coulent » en cascade (« flowing hair » ATB 107) ; lorsqu’elle danse « une lumière semblable au reflet de l’eau sur l’herbe humide de rosée étincelle sous ses pieds » ([132]{157}) tandis qu’alors qu’elle « tient une chandelle (…) protégeant de la main la flamme (…), la lumière coule au travers, comme un rayon de soleil au travers d’un blanc coquillage. » ([129]{154})
Et si, comme Bombadil, elle affectionne tout particulièrement le chant, elle est spécialisée dans les « chansons de pluie » ([127]{151}), les « vieilles chansons d’eau » (ATB 108) et sa « voix claire (…), [est] semblable à la chanson de l’eau joyeuse coulant dans la nuit d’un brillant matin des collines, (…) argentine » ([120]{143}) ; au point que lorsqu’elle chante ses « chansons commencent gaiement dans les collines et retombent doucement dans le silence ; et durant les silences, [on] voit en pensée des étangs et des eaux plus vastres que toutes celles (…) connues » ([129]{154}).



Rque : Dame Rivière (River-woman) est une personne, tout comme l’Homme Saule (Willow-man) ; elle est ; explicitement mentionnée à deux occasions comme « la mère » de Baie d’Or (ATB 23-24 et 115).

Väinämöinen, quant à lui, est très malheureux en ménage, mais les trois femmes qu’il convoite, toute des jeunes filles, sont associées à l’élément liquide (la mer, mais aussi les rivières de par la mère d’une des jeunes filles).
Ainsi, suite à un concours de chant magique qu’il a remporté, Väinämöinen se voit promis pour femme la sœur de Joukahainen, la jeune Aino. Celle-ci désespérée, meurt noyée.

« Mieux vaudrait vivre dans la mer
Et loger par-dessous la houle,
Petite sœur des lavarets,
Frère entre les poissons de l’eau,
Que d’être à la guise du vieux (…) » [4.247-251]
Lors jette sa chemise au saule,
Sa robe à la branche d’un tremble,
Ses bas sur la terre sans neige,
Ses souliers sur la pierre d’eau,
Toutes ses perles sur la grève,
Aux dunes de sable ses bagues.
À fleur d’eau la pierre est diaprée,
Un écueil éclaboussé d’or :
Elle veut nager vers la pierre,
Tâche de rejoindre l’écueil.
Or quand elle touche la pierre,
Elle tient prise pour s’asseoir
Sur la pierre aux flancs de chamarre,
L’écueil noyé par le soleil :
La pierre dévale dans l’eau,
L’écueil se sauve vers le fond,
Et la fillette avec la pierre,
Aino, prise avec l’écueil.
[4.-309-326]
.
Lorsque sa mère apprend la nouvelle, elle « pleure à grand sanglots / l’eau ruisselle à son nid de larmes » (435-6), « roule une larme, une autre larme » (451, 455, 459, 463, 467) le long de son corps jusqu’au sol où :
(…) l’eau déroulée jusqu’en terre
se met à courir en rivière :
trois rivières prennent leur source
et s’enflent par l’eau de ses armes,
larmes jaillies par son visage,
filées par le coin des paupières.
Chaque rivière se méandre
Au feu d’embruns de trois rapides,
Chaque rapide s’éclabousse
A trois brisants levés de l’eau,
Chaque brisant se hausse en marge
D’une butte d’or escarpées,
A la cime de chaque butte
Trois bouleaux, branches déployées,
Au coupeau de chaque bouillard,
Trois coucous perchés, gorge d’or.
[4.473-488]
.
Non seulement la mère de la femme convoitée par Väinämöinen est associée aux rivières (puisqu’elle les crée de ses propres larmes), mais ce passage qui décrit le cycle de l’eau allant des rivières aux rapides et des rapides à la mer (cf « les brisants ») n’est pas sans rappeler la chanson de pluie de Baie d’Or :
Tandis qu'ils regardaient par la fenêtre, descendit doucement vers eux, comme portée par la pluie, la voix claire de Baie d'Or. Ils n'entendaient que quelques mots, mais il leur parut évident que c'était une chanson de pluie, aussi douce que les averses sur les collines desséchées, et qu'elle contait l'histoire d'une rivière de sa source dans les hautes terres jusqu'à la mer, loin en contrebas.
[127]{151}
.
Par la suite, Väinämöinen découvre qu’Aino n’est pas morte mais qu’elle est devenue (à nouveau ?) femme poisson, fille de Vellamo (dame de l’eau) et d’Atho (roi des eaux) ; elle lui dit :
« Ô Väinö barbe très-vieille !
Je ne suis point de cette écaille
Ni saumon qu’on taille à sa guise,
Ni truite qu’on découpe en darnes
Pour ton déjeuner de matines (…)
Je ne suis point de gent saumone ni perche des houles profondes :
Je suis fille, jeune pucelle,
La sœur de Jouka le jeune,
Jour et jour tu m’as galantée,
Tu m’as désirée chaque jour.
Ô toi, Väinämöinen,
Pauvre nigaud, piètre vieillard,
Tu n’as pas su la retenir,
L’enfant de l’eau, de Vellamo,
La fille d’Atho sans pareille ! »
[5.99-103, 123-133]
.
Väinö est triste, « le cœur chagrin », il « déchante sa triste parole » :
« Jour et jour j’ai langui pour elle,
ma vie à demi j’ai voulu
l’enfant de l’eau, de Vellamo,
la fille dernière de l’eau,
qu’elle soit l’amie de toujours,
la compagne au bras de ma vie.
Elle est venue prendre à ma ligne,
Elle a roulé dans ma gabarre :
Je n’ai point su la retenir
Ni la mener à mon logis
Je l’ai relâchée à la vague,
Par-dessous la houle profonde ! »
[5.180-191]
.
Après Aino et la femme poisson (qui étaient initialement deux personnages différents que Lönnrot, le compilateur du Kalevala, a fondus en un seul) apparaît une troisième jeune fille, « la fille de Pohja, la belle, la pucelle » [18.677-8], « Annikki la belle nommée » [18.41, etc] :
Le vieux Väinämöinen
le sage songe, il se promet
d’aller galenter la pucelle,
de lorgner la nuque natée
dans les ombres de Pohjola,
les ténèbres de Sariola,
la fille famée de Pohja,
fiancée rare du norois.
[18.1-8]
.
Annikki, « la belle pucelle », à la nuque « natée » n’est pas sans rappeler Baie d’Or, « la belle vierge » (‘pretty maiden’ ATB 19) qui pouvait à l’occasion porter des « tresses blondes » comme nous l’apprend ATB 134 (« fair Goldberry combed her tresses yellow »). De plus, lorsque Baie d’Or apostrophe Tom Bombadil venu « tremper sa barbe au fil de l’onde » (ATB 11), elle le fait d’une manière identique à celle dont use Annikki, « au rebord de la jetée » (47), voyant Väinämöinen, dans sa barque, venu « galanter la fillette, (et) quêter la main de la pucelle » (195-6) :
« Hey, Tom Bombadil ! Wither are you going ? »
= Eh, Tom Bombadil ! Où vas-tu donc de ce pas ?
said fair Goldberry. « Bubbles you are blowing,
frightening the finny fish and the brown water-rat,
startling the dabchicks, and drowing your feather-hat ! »
[ATB, 15-18]

« Väinö, vers où fais-tu route,
tout droit, fiancé de la gane,
que trames-tu, bijou du monde ? »

[18.98-100 ; puis 131-2, 153-4, 173-4, 185-190]

.
Et Väinö, menteur, de lui répondre, les deux premières fois, qu’il veut « pêcher le saumon, frayer la truite du lac » (113-4), puis qu’il part « à la traque des oies » (134) ; ce qui nous ramène au « poisson effrayé » (‘frightening finny fish’) et aux « canards d’eau » (‘dabchicks’) mentionnés par Baie d’Or.



Rque : Arrivé à ce stade, et sachant que nous n’avons au mieux parcouru que la moitié du chemin dans cet inventaire des points de contacts entre Tom et Väinö, je serais tenté de voir dans les termes « finny fish », au-delà de leur fonction poétique, un jeu de mot sur « Finnish » (= finnois). C’est que Tolkien n’est pas à un jeu de mots près ; on pourra, pour s’en convaincre se reporter à la lettre [L55, note 7], ou à la présentation par Christopher Tolkien de l’appendice des noms dans le Livre des Contes Perdus :
Il mérite d'être remarqué que mon père introduisit ici et là des sortes de « calembours historiques » : ainsi par exemple la racine SAHA « être brûlant » produit (en plus de saiwa « chaud » ou sára « ardent ») Sahóra « le Sud », et de NENE « couler » vient nen « rivière », nénu « nénuphar jaune », et nénuvar « étang de nénuphars ». L'on trouve aussi plusieurs ressemblances avec le vieil anglais qui ne sont évidemment pas le fruit du hasard, tels hôr « vieux », HERE « régner », rûm « secret (murmure) ».
[LCP, p.647] (une grand merci à Toko ;-))
.
De plus, on connaît un autre jeu de mots de Tolkien en forme de néologisme sur le terme ‘finnish » ; en effet dans une lettre écrite en 1955, Tolkien, parlant de son excitation à la découverte de la grammaire finnoise dans la bibliothèque de la faculté d’Exeter, invente le verbe « finlandiser » ou « finnoiciser » :
« C’était comme découvrir une cave à vin complète remplies de bouteilles d’un vin extraordinaire d’un terreau et d’une saveur jamais connus jusqu’alors. J’en fus quelque peu enivré ; (…) et ma « propre langue » – ou les séries de langues inventées – ont été fortement finnoicisées [« Finnicized » (sic)] quant à leur structure et leur style phonétique. » [L163, p.214]
.
Peut-être donc que la mention, en 1934, du «finny fish » est effectivement un clin d’œil à ajouter à la longue liste des points communs entre les poèmes et la section bombadilienne d’une part et le Kalevala d’autre part. Quoiqu’il en soit, il est temps désormais de passer à une série de points capitaux.

Sosryko

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le 22-06-2003
à 14:08

(6) Le chant

(6.1) La vie comme un chant

Dire que le chant est important pour décrire le personnage de Bombadil serait le plus provocant des euphémisme ! En effet ce pas moins de 54 référence au(x) chant(s) et à l’action de chanter (‘Sing’, ‘sang’, ‘sung’, ‘singing’, ‘song(s)’, ‘tune’) que l’on relève dans la seule section bombadilienne; et que ce chant soit lié à la personne de Tom, nous le constatons avant même sa première apparition (!), alors même que Frodon entend une voix qui chante (trois fois mentionnée dans la VO) et qui annonce (à trois reprises) Tom :

Suddenly [Frodon] stopped. (…) He turned round and listened, and soon there could be no doubt:
(1) someone was singing a song ;
(2) a deep glad voice was singing carelessly and happily,
(3) but it was singing nonsense:

Hey dol! merry dol! ring a dong dillo!
Ring a dong! Hop along! fal lal the willow!

(1) Tom Bom, (2) jolly Tom, (3) Tom Bombadillo!

=
Soudain, il s'arrêta. (…) Il se retourna pour écouter et il n'eut bientôt plus de doute : quelqu'un chantait une chanson; une voix profonde et réjouie chantait avec une heureuse insouciance, mais les paroles n'avaient aucun sens :

Holà ! Viens gai dol ! sonne un dinguedillon !
Sonne un dong ! Saute ! fal lall le saule !
Tom Bom, gai Tom, Tom Bombadillon !

[116]{140}
.

De plus il est fait 11 fois mention des « paroles » de Tom (‘(Tom’s) words’) ; or, presque toujours, il faut voir derrière ce terme une parole chantée :

Suddenly out of a long string of nonsense-words (or so they seemed) the voice rose up loud and clear and burst into this song (…)
=
Soudain, d’une longue de suite de mots dépourvus de sens (ou qui le semblaient) la voix s’éleva, forte et claire, pour entonner cette chanson (…)
[116]{140}

He then told them many remarkable stories, sometimes half as if speaking to himself, sometimes looking at them suddenly with a bright blue eye under his deep brows. Often his voice would turn to song (…)
=
Il leur raconta alors maintes histoires remarquables, parfois comme se parlant à demi à lui-même et parfois les regardant soudain d'un œil bleu et brillant sous ses sourcils touffus. Sa voix se muait souvent en chant, (…)
[127]{152}

.

Les poèmes confirment cette vie chantée de Tom Bombadil (‘singing’ : ATB 26, BB 23, 43, 151 ; ‘sang’ : ATB 28, 120, 131; ‘song(s)’ : ATB 108, BB 66, 129, 146).
Tom chante comme il respire, Tom respire en chantant ; ce n’est pas sans raison que Tom est décrit par trois fois « chantant » et « sifflant » comme un sansonnet (‘starling’ ; ‘sang’ ATB 120, 131 ; ‘whistling’ [126]{150})

Rque : Vous pouvez écouter un chant d’étourneau sansonnet ici .


Et à nouveau, nous découvrons le même mode de vie que Tom (le chant en guise de parole) chez Väinämöinen, « le barde », « le vieux barde », « le barde sage », « le chanteur », « le chanteur de Suvantola », « le chanteur aux runes sans âge », « le barreur de rune outre mémoire » :

Le vieux Väinämöinen,
le barde sage vit sa vie
(…)
Barbe vieille, il chante ses rimes,
Les chantourne, les chantebrode.
Jour et jour il chante sans trêve,
Chanteparle nuit sur nuitée (…)
[3.1-2, 5-8]

Väinö le vieux barde sage,
Väinö sitôt dit ces mots
[40.121-2]
=
Väinö le vieux barde sage,
Le chanteur alors parle encore
[40.151-2]

.

Sosryko
qui aimerait bien
par cette lourde chaleur
"dévaler vers la mer" [K.1.325]

sosryko
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le 22-06-2003
à 14:23


(6.2) le chant joyeux

L’autre aspect étonnant du chant de Bombadil est qu’il s’agit souvent d’un chant de joie ; nous touchons là à la nature même de Tom ; n’oublions pas la première phrase qui l’introduit, en 1934 :

Old Tom Bombadil was a merry fellow
=
Le Vieux Tom Bombadil était un joyeux drille [ATB 1]
.

Ainsi, puisque le Vieux Tom est, par essence, « joyeux », il est normal que ses chansons le soient également (cf. « Tom’s merry song » BB 66) et surtout, cette joie, par le chant, est une joie qui se communique.
Tom génère la joie autour de lui, on le sent à la lecture de la section bombadilienne qui regorge du vocabulaire de la joie, le seul mot ‘merry’ apparaissant 24 fois dans le texte ( ‘joy’ : 4x ; ‘glad’ : 7x ; ‘merrily’ : 3x : mirth : 1x) !

La conséquence de cette vague de joie communicative, c’est le rire, un rire qui forme pour Tom Bombadil une trilogie avec la joie et le chant :

Run, fair Sun, through heaven all the morning,
Rolling golden ! Merry is our singing !
Cool the pools, though summer be a-burning ;
In shady glades let laughter run a-ringing ! »

[HVI, p.116]
.


Ceci explique pourquoi Tom Bombadil peut « éclater » de rire comme il peut « éclater » en chansons :

Tom Bombadil burst out laughing
[118]{142}
(…) the voice rose up loud and clear and burst into this song
[116]{140}
There was another burst of song
[117]{141}
.

et ce lien entre le rire et le chant comme mode de vie rend le rire omniprésent (‘laughter’, ‘laugh’, ‘laughing’: 18x), premièrement chez Tom :

(…) his eyes were blue and bright, and his face was red as a ripe apple, but creased into a hundred wrinkles of laughter.
=
(…) ses yeux étaient bleus et brillant, et sa figure d’un rouge de pomme mûre, mais plissée de mille rides de rire.
[117]{141}
He laughed, and going to Goldberry, took her hand.
=
Il rit et, s’avançant vers Baie d’Or, il lui prit sa main.
[122]{147}
Then suddenly he put it to his eye and laughed. (…) Tom laughed again, and then he spun the Ring in the air (…)
=
Tom le porta soudain à son œil et rit. (…) Tom rit de nouveau, puis il lança l’Anneau en l’air (…)
[130]{155}
.

Ensuite chez Baie d’Or :

But before they could say anything, she (…) ran laughing towards them (…)
‘Come dear folk!’ she said, taking Frodo by the hand. ‘Laugh and be merry! I am Goldberry, daughter of the River.’
(…)
Goldberry laughed.

=
Mais avant qu’ils n’eussent pu prononcer un mot, (…) elle accourut vers eux en riant (…)
– Venez, chers amis ! dit-elle, prenant Frodon par la main. Riez et soyez joyeux ! Je suis Baie d’Or, fille de la Rivière. »
(…)
Baie d’Or rit.
[121-2]{145-6}
‘The rain has ended,’ she said (…) ‘Let us now laugh and be glad!’
=
– La pluie a cessé, dit-elle (…) Rions maintenant, et soyons heureux !
[129]{154}
.


et finalement chez les hobbits :

Then Tom and Goldberry set the table; and the hobbits sat half in wonder and half in laughter : so fair was the grace of Goldberry and so merry and odd the caperings of Tom.
=
Puis Tom et Baie d’Or mirent la table, et les Hobbits restèrent assis, mi-étonnés et mi-riant, tant était séduisante la grâce de Baie d’Or et joyeuses et bizarres les gambades de Tom.
[129]{154}

It was a supper even better than before. The hobbits under the spell of Tom’s words may have missed one meal or many, but when the food was before them it seemed at least a week since they had eaten. They did not sing or even speak much for a while, and paid close attention to business. But after a time their hearts and spirit rose high again, and their voices rang out in mirth and laughter.
=
Ce fut un souper encore meilleur que le précédent. Peut-être, sous le charme des paroles de Tom, les Hobbits avaient-il manqué un ou plusieurs repas; mais, quand la nourriture fut devant eux, il leur sembla qu'il devait y avoir une semaine qu'ils n'avaient mangé. Ils ne chantèrent, ni même ne parlèrent durant un moment, consacrant toute leur attention aux affaires. Mais après quelque temps, leurs coeurs et leur entrain s'élevèrent bien haut, et leurs voix retentirent, dans la joie et le rire.
[129-130]{154}

.

Ainsi, non seulement la joie de Tom est communicative pour ceux qu’il accueille dans sa maison (« the joy of this house » [128]{152}), mais les chants et « le charme des paroles de Tom » ont le pouvoir d’« enchanter » leurs auditeurs (‘enchanted’ : 3x) :

>           Hey! Come derry dol! Can you hear me singing?
Frodo and Sam stood as if enchanted.

=
           Holà ! Viens derry dol ! M’entends-tu chanter ?
Frodon et Sam se tenaient comme sous l’effet d’un enchantement. [117]{141}
.

Ainsi, Frodon et ses amis, « enchantés » par une joie indéfinissable découvrent, « émerveillés » (‘wonder’ : 6x), un monde de « plaisirs / délices » (‘delight’ : 6x), sous le « charme » des « voix claires » de Tom ou de Baie d’Or (‘spell’ : 3x) qui inspirent leurs cœurs et délie leurs langues :

(…) Tom went singing out into ancient starlight, when only the Elf-sires were awake.
Then suddenly he slopped, and they saw that he nodded as if he was falling asleep. The hobbits sat still before him, enchanted; and it seemed as if, under the spell of his words, the wind had gone, and the clouds had dried up, and the day had been withdrawn, and darkness had come from East and West, and all the sky was filled with the light of white stars.
Whether the morning and evening of one day or of many days had passed Frodo could not tell. He did not feel either hungry or tired, only filled with wonder. The stars shone through the window and the silence of the heavens seemed to be round him. He spoke at last out of his wonder (…)

=
(…) Tom chantait la lumière d'anciennes étoiles, du temps que seuls les aïeux Elfes étaient éveillés. Puis il s'arrêta brusquement, et ils le virent dodeliner de la tête comme s'il s'assoupissait. Les Hobbits étaient assis devant lui, immobiles, enchantés, et il semblait que, sous le charme de sa parole, le vent fût parti, les nuages se fussent desséchés le jour eût été retiré, les ténèbres fussent venues de l'est et de l'ouest, et que tout le ciel fût empli de la clarté de blanches étoiles.
Frodon n’aurait su dire s’il s’était écoulé le matin et le soir d’un seul jour ou bien des jours. Il ne. Il ne ressentait ni faim ni lassitude, il était seulement empli d'étonnement. Les étoiles brillaient à travers la fenêtre, et le silence des cieux semblait l'environner. Il finit par exprimer son étonnement (…)
[128-9]{153}

‘Come dear folk!’ she said, taking Frodo by the hand. ‘Laugh and be merry! (…)
The hobbits looked at her in wonder; and she looked at each of them and smiled.
‘Fair lady Goldberry!’ said Frodo at last, feeling his heart moved with a joy that he did not understand. He stood as he had at times stood enchanted by fair elven-voices; but the spell that was now laid upon him was different: less keen and lofty was the delight, but deeper and nearer to mortal heart; marvellous and yet not strange.
‘Fair lady Goldberry!’ he said again. ‘Now the joy that was hidden in the songs we heard is made plain to me.

O slender as a willow-wand! O clearer than clear water!
O reed by the living pool! Fair River-daughter!
O spring-time and summer-time, and spring again after!
O wind on the waterfall, and the leaves’ laughter!’


Suddenly he stopped and stammered, overcome with surprise to hear himself saying such things. But Goldberry laughed.

=
--Venez, chers amis! Dit-elle, prenant Frodon par la main. Riez et soyez joyeux! (…)
Les Hobbits la regardaient avec étonnement ; et elle les regarda chacun tout à tour et sourit.
« Belle dame Baie d’Or ! » dit enfin Frodon, le cœur gonflé d’une joie qu’il ne comprenait pas. Il se tenait là, comme il lui était arrivé parfois de rester, enchanté par les belles voix elfiques ; mais le charme sous lequel il se trouvait à présent était différent : le plaisir était moins aigu et moins sublime, mais plys profond et plus proche d’un cœur de mortel ; merveilleux et pourtant point étrange :
– Belle dame Baie d’Or ! répéta-t-il. À présent, la joie cachée dans les chants que nous entendions m’est rendue claire.

Ô toi, svelte comme une baguette de saule ! Ô toi, plus claire que l’eau claire !
Ô toi, roseau pris du vivant étang ! Belle fille de la Rivière !
Ô toi, printemps et été, et de nouveau printemps après !
Ô toi, vent sur la cascade et rire des feuilles !


Il s’arrêta soudain et se mit à bégayer, succombant à la surprise de s’entendre prononcer pareilles choses. Mais Baie d’Or rit.
[121]{145-6}
.


Sosryko


Lucy -- Chacun de nous a un caddie, et le monde est notre supermarché...
...le monde est rempli de choses merveilleuses. Pousse ton caddie dans les travées Charlie Brown!...
... la caddie, c'est ta vie. Pousse-le, Charlie Brown! Pousse-le jusquà la caisse!
Charlie Brown -- Laquelle?...j'ai acheté au moins six articles je crois!
:-))

sosryko
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le 22-06-2003
à 14:28

Cette « joie quon ne comprend pas », cette « joie cachée dans les chansons », c’est aussi celle que Väinö répand dans les cœurs, lui qui peut chanter pour enchanter un public, comme lors du banquet des noces d’Ilmarinen et d’Annikki à Pohjola :
Väinö chante, le vieux barde,
Il chante sage et tourne mage :
Nul mot ne trébuche aux paroles
Nulle rune s’épuise au chant,
Plutôt la rocaille aux brisants,
Les nénuphars dans les étangs.

Ainsi Väinö le vieux chante,
Il régale en joie la veillée.

Les femmes le rire à la bouche,
les hommes, tous le cœur jovial,
écoutent, la mine effarée,
les jongleries de Väinö,
car c’était merveille à l’entendre,
prodige même, aux bouches bées.
[21.369-382]

.
Väinämöinen ne chante pas que pour un public, son chante « naturel » est un chant de joie :
Le vieux Väinämöinen
(…)
Il chante à la route des eaux,
Il bat la joie parmi les vagues.
(…)
« Qui donc bat grand’joie sur la mer
qui chante ainsi parmi les vagues,
de joie plus belle que jadis,
la chanson de plus grande gorge ? »
[40.1, 5-6, 9-12]

Et Väinö le barde sage
entonne les chant de la rune,
en hommage au soir mémorable,
pour la joie du jour au couchant.
« Torche, tiens-nous ta flambée blanche,
que je voie le rimes rouler ! (…)
Lors il chante et pince l’arpège,
tout le soir il trousse la joie.
[46.607-610,617-8]

.
Or, cette joie chantée du jour couchant, nous la retrouvons à l’identique chantée par Tom :
Hop along, my little friends, up the Withywindle!
Tom’s going on ahead candles for to kindle.
Down west sinks the Sun: soon you will be groping.
When the night-shadows fall, then the door will open,
Out of the window-panes light will twinkle yellow.
Fear no alder black! Heed no hoary willow!
Fear neither root nor bough! Tom goes on before you.
Hey now! merry dol! We’ll be waiting for you!

=
Trottez, mes petits amis, le long du Tournesaules;
Tom va devant allumer les chandelles.
À l’Ouest se couche le Soleil; bientôt vous irez à l’aveuglette.
Quand tomberont les ombres de la nuit, la porte s’ouvrira;
Par les carreaux de la fenêtre, la lumière scintillera, jaune.
Ne craignez pas d’aulnes noirs! Ne vous souciez pas des saules chenus!
Ne craignez ni racine ni branche! Tom va devant vous,
Holà, maintenant! Gai dol! on vous attendra!

[118]{142}
.
La joie, c’est, avec la connaissance, l’élément central des chants de Väinö. Nous en avons vu deux exemples, mais un troisième confirmera mieux encore cette affirmation.
C’est Väinämöinen qui a l’idée de fabriquer le kantélé (cithare traditionnelle) à partir des reste « du grand brochet » [40.210] qu’il a tué :
Or donc Väinö le vieux barde,
Le sage se fait menuisier,

[40.230-1]
.
et l’instrument, dont personne ne sait jouer [40.245-332], devient véritablement « l’outil de joie » [40.277] qu’il était destiné à être sous les seuls doigts de Väinämöinen, car lui seul sait « jouer la joie sur la harpe neuve » [40.290], lui seul peut la faire « vibrer pour la joie » [40.324] ; la harpe elle-même demande à « rire aux doigts du chanteur » [40.337].
Alors :
Le vieux Väinämöinen,
barde sage, barde sans âge,
le chanteur ajuste ses doigts,
pouces lavés, pouces parés.

Il prend siège au rocher de joie,
bien calé sur la pierre au chant
(…)
Väinö mande à haute voix :
« Oyez tous, venez à l’entour,
oncques vous n’avez entendu
la joie grande aux runes sans âge
dégoisée sur le kantélé. »
(…)
Et le jeu monte en jeu de joie,
la liesse sonne à corde-liesse,
le jeu muse en air de musique,
le chant prend la courbe du chant.
[41.1-6, 12-16, 23-26]

.
… et tous les hommes et animaux accourent « pour entendre la voix des cordes » [41.62], « le chant des cordes » [41.70] et « lorgner la joie merveilleuse » [41.36, 56, 76, 122], tous « s’émerveillent de la joie grande, le kantélé, chanson joviale » [41.107-8], même
Atho, roi de l’eau, roi des vagues,
vieux de la houle, barbe en algue,
Ahto se hisse à fleur de l’eau,
glisse en son siège un nénufar :
il écoute chanter la joie
[41.133-137]

Même la patronne des eaux, [= Vellamo, épouse d’Ahto]
gorge en roseaux, vieille des eaux,
la dame lève de la mer
et bat sa nage sur la vague ;
elle roule au bord des roseaux,
taille torse jusqu’aux brisants
pour entendre la voie de l’orgue,
le jeu de joie de Väinö
[41.155-162]

.
Ce premier kantélé disparaîtra en mer [K. 42], mais Väinämöinen en fabriquera un nouveau [K. 44], à partir de bois de bouleau cette fois, mais le résultat sera le même : lorsque « Väinö le vieux chanteur / pince les voix du kantélé » (249-250) « tous les rochers viennent à frémir » (260) et tout le monde , « gaillards aux alentour», « femmes à la ronde » , filles, « gamins » (273-278) et toute « bête à l’entour » (289) « accourent en torrent, ruisseau de hâte » (267-8) pour entendre « les fils de joie / cordes tendues, fils ajustés » (240-1), « s’ébahir devant la joie » (272) « et se ravir au chant de joie » (296).
Et la nature entière se réjouit devant « Väinö le vieux chanteur » (307) qui « joue un jour, l’autre jour / soirs et matins » (310-1) :
Au logis, quand il joue l’arpège,
dans la chambre aux rondins de pin,
les plafonds jouent leur tintamarre,
planchers claquant, les planches pètent ;
les solins chantent, l’huis gémit,
les fenêtres battent de joie,
le poêle en pierre se trémousse
et le pilot d’âtre crépite.

Quand il passe les sapinières,
les pinèdes, l’arpège en marche,
les sapins font la révérence,
les pins les collines se tordent,
meules folles, les pignes roulent,
la résine gerce aux racines.

Quand il bouge dans la feuillée
ou quand il foule la prairie,
le bois joue ses jeux en chamaille
et les prés font joie sans pareille,
fleurs écloses, les fleurs ouvertes,
les ramilles pliées de rire.
[44.315-334]

Väinö le vieux barde sage
joue long temps sur le kantélé,
il fredonne, il pince la harpe
et le ciel même en rit de joie.

La joie monte au seuil de la lune,
chez le soleil à sa fenêtre.

La lune sort de son logis,
se pose dans un bouleau brogne,
le soleil quitte son bastion,
il se perche au coupeau d’un pin
pour entendre le kantélé,
pour rire à la joie merveilleuse.
[47.1-12]

.
la joie et le chant, le chant et la joie et le « rire à la joie merveilleuse » sont tellement attachés à la personne de Väinö que la mère de Joukahainen lui défend de le tuer, l’avertissant ainsi :
« Si tu vises Väinö
et tues le fils de Kaleva,
la joie s’éteindra de la terre,
le chant s’étiolera du monde. »
[6.121-124]
.
Ainsi donc, la trilogie chant-joie-rire est présente dans le Kalevala et exclusivement associée à Väinämöinen, tout comme elle est réservée à Tom Bombadil dans le Seigneur des Anneaux.
Et dans cette trilogie, le couple joie/chant est le plus important dans le Kalevala, puisque le rire découle de celui-ci. Il en est de même pour Tolkien qui établit son importance et la relation « amoureuse » qui lie les deux notions au cours d’un dialogue chanté entre Tom et Baie d’Or, cette dernière reprenant un vers du premier après avoir modifié un seul mot, posant l’équivalence entre joie et chant :
           Now let the fun begin! Let us sing together!
Then another clear voice, as young and as ancient as Spring (…) came falling like silver to meet them: {144}
           Now let the song begin! Let us sing together

=
           Que le plaisir commence ! Chantons en chœur !
Puis un autre voix claire, aussi jeune et aussi ancienne que le printemps (…) vint, argentine, les accueillir :
           Que les chants commencent ! Chantons en chœur
[120]{143-4}
.
En fait il y a bien plus que l’équivalence entre joie et chant : la joie véritable ne commence « let the fun begin » que lorsque le chant est partagé entre les hommes : « Let us sing together ».
Frodon et ses amis expérimentent cette joie dans ce chant qui est chant de communion, « plus naturel que la parole » seule et qui produit la joie :

The guests became suddenly aware that they were singing merrily, as if it was easier and more natural than talking. [123]{147}

Cette dimension de partage du chant qui crée alors la joie n’est pas si éloignée de la notion de partage, de service du barde qu’on trouve dans le Kalevala : le barde sert à la joie « de la terre », le chant est pour « le monde ».
Voilà pourquoi Glorfindel, au Conseil d’Elrond, peut dire :

– Mais en tout cas, (…) envoyer l’Anneau [à Tom] ne ferait qu’ajourner le jour néfaste. (…) tôt ou tard le Seigneur des Anneaux apprendrait le lieu de sa cachette et y porterait tout son pouvoir. Ce pouvoir pourrait-il être bravé par Bombadil seul ? Je ne le pense pas. Je crois qu’en fin de compte, si tout le reste est conquis, Bombadil tombera, le Dernier comme il fut le Premier ; et alors viendra la Nuit.
[294]

la Nuit serait la Nuit avec la disparition de Tom ; voilà le signe d’une victoire totale du Mal en Terre-du-milieu : Sauron ayant réussi à éradiquer toute étincelle de joie. Mais la Nuit ne sera pas la Nuit si la joie existe encore ; et tant que « Tom va devant » les habitants de la Terre-du-milieu, Tom-« merry dol », il y aura toujours une « lumière scintillant, jaune », une « porte » susceptible de « souvrir » « quand tomberont les ombres de la nuit » ([118]{142}).


Sosryko


Lucy - La vie est comme un jeu, Charlie Brown...
...Parfois on gagne...parfois on perd.
Charlie Brown - Je me contenterai de faire match nul.
;-)

Szpako
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le 22-06-2003
à 23:45

Bravo Sosryko pour cette joyeuse synthèse :-))

Cathy

Tiens, un p'tit passage des proverbes qui m'a toujours fait penser à ce vieux et joyeux Tom :

"Yahvé m'a créée au début de ses desseins,
avant ses oeuvres les plus anciennes.
Dès l'éternité je fus fondée,
dès le commencement, avant l'origine de la terre.
Quand l'abîme n'était pas, je fus enfantée,
quand n'étaient pas les sources jaillissantes.
Avant que fussent implantées les montagnes,
avant les collines je fus enfantée;
avant qu'il eût fait la terre et la campagne
et les premiers éléments de la poussière du monde.
...
j'étais à ses côtés comme le maître d'oeuvre,
faisant ses délices, jour après jour,
m'ébattant tout le temps en sa présence,
m'ébattant sur la surface de la terre
et mettant mes délices à fréquenter les enfants des hommes
."

Qui suis-je ??? (chut Sosryko ;-))

Eva
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le 23-06-2003
à 00:01

Cathy, c'est la sagesse, bien sur. Bel extrait de Pr 8,22-31.
Et félicitations à Sosryko pour ton travail toujours aussi admirable.

Nat

sosryko
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le 23-06-2003
à 00:06

Qui suis-je ??? (chut Sosryko ;-))
-> hihihi! ;-))

En fait, la "synthèse" n'est pas encore terminée, bien qu'il faudra attendre un peu (promis cette fois Vinyamar et les autres un tout petit peu, juste quelques jours) pour avoir la suite et la fin
mais merci beaucoup Cathy !

Sosryko
*joyeux* :-))

sosryko
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le 23-06-2003
à 00:25

Tiens, nous nous sommes croisés Eva!
toujours content de te savoir là ;-)
...et bonne réponse au quizz à une question; qu'est-ce qu'elle a gagné Cathy?
Szpako
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le 23-06-2003
à 00:38

Ben comme d'habitude, un p'tit voyage en Eriador, avec Isengar comme joyeux organisateur Lol

Cathy

Laegalad
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le 24-06-2003
à 09:48

Par le titre alléchée, ma curiosité à pointé le bout de son nez ;-) Ce que j'aime bien chez toi, Sosryko, c'est que tu fais toujours de longs exposés agréables à lire ;-)
Cedric
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le 24-06-2003
à 10:35

"De la crème jaune et des rayons de miel...", encore un Silmaril qui vient s'ajouter au Forum ;-). Bravo Sosryko, encore un travail magnifique à ajouter à la somme de tes écrits déjà remarquables.

Vinyamar, on ne pourra pas dire que tu n'as pas reçu une réponse ;-)
Cédric.

Vinyamar
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le 24-06-2003
à 11:07

oui, mais je n'en suis qu'à la crème :-)) Sacré tablée qui se présente !
(je lis Sosryko, mais comme un philippin il faut croire, ça va me prendre des jours...)
sosryko
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le 24-06-2003
à 11:15

hi!hi!
ça me laisse un peu d'avance alors ;-)
car n'oubliez pas qu'il reste "du pain blanc et du beurre; du lait, du fromage" et, pour les affamés "des herbes vertes et des baies mûres récoltées."
le secret, surtout par ce temps, boire beaucoup...mettez-donc dans vos "bols" cette "simple eau fraiche" que vous offre Tom, de cette eau qui "[vous] mont[e] au coeur comme du vin, [et] donn[e] libre cours à [vos] voix./small>
ISENGAR
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le 24-06-2003
à 17:30

Excellent Sosryko. Et tellement instructif.

Sinon, je me demande bien pourquoi vous "chuchottez" tous, comme ça ? ;o)

I.

Vinyamar
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le 24-06-2003
à 18:15

parce que le conférencier parle :o)
je veux pas me faire chopper :-)

Bon j'ai fini tout ça, mais comme tu t'en doute Sosryko, ton dernier chapitre est intolérable, car il m'abandonne en plein milieu du repas au moment où j'attend le plus, avec une tension toute joyeuse, le parallèle du chant magique !! (le seul que j'avais détecté, alors c'est pour ça).
A boire !!

Vinyamar :-)

Beruthiel
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le 30-06-2003
à 11:49


Cathy : avec toutes ces discussions sur TB, je me demandais pourquoi tu ne faisais pas part au forum de ton idée !
Beruthiel, qui en ce moment ne peut que survoler vos passionnantes discussions (le TB agnostique de Didier, et maintenant le développement de Sosryko, que je garde pour des temps meilleurs !)
sosryko
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le 02-07-2003
à 14:50


(6.3) le chant qui endort

Lorsque Tom enchante le Vieux Saule, c’est après lui avoir commander de s’endormir (« Go to sleep! Bombadil is talking! ») que Merry est délivré et qu’«un silence absolu s’établit » ([118]{142}). C’était au moins la seconde fois qu’il menaçait d’imposer ce charme au Vieil Homme-Saule ; il use effectivement de cette menace en trois occasions en ATB : à l’encontre de Baie d’Or qui le taquinait un peu trop « dessous les nénuphars » (14) :

« Go down! Sleep again where the pools are shady » (ATB 21)

à l’encontre de l’Homme Saule donc :
« Go back to sleep again like the River-daughter! » (38)

puis face à Maître Blaireau, sa femme et ses nombreux enfants (51, 52) :
« Go back to sleep again on your straw pillow,
like fair Goldberry and Old Man Willow! »
(64)

Väinämöinen le chanteur est, lui aussi, capable d’un tel enchantement :
Le vieux Väinämöinen,
le sage prend son kantélé,
il s’assied pour le chant des cordes,
il entame le bel arpège.
Tous à l’entour viennent l’entendre
et s’ébahir devant la joie,
les bonhommes de bonne humeur,
bouche en rire […]
la troupe attroupée s’ensommeille :
la gent d’ouïe dort, toute la foule,
les quinquets ferment leurs paupières ;
les vieux ronflent, les jeunes dorment
aux arpèges de Väinö.
[42.65-72, 75-80]

(6.4) le chant de sagesse

Väinämöinen, « barbe sage », n’est pas « sage » seulement par la quantité de connaissances qu’il a accumulées ; il possède également la sagesse que lui confère sa grande et difficile expérience de la vie :

Le vieux sage parle en ces mots,
Le barde chante les mots vrais
[37.239-240]

Le vieux Väinämöinen,
Au jour qu’il eut vent de sa mort,
Le dur trépas de Kullervo,
Le barde chanta les mots sages
[36.347-350]

Puis il parla par vraie sagesse
Chanta ces mots, paroles sages
Aux jeunes gens, moisson levante,
La foule au germe d’avenir
[16.397-400]


De son côté, Tom est également qualifié de « sage », dès ses premières aventures (« Wise old Bombadil » (ATB 101)) ; au point que son « vieux Gros-Balourd » de poney est également capable de paroles de sagesse, jouant auprès des poneys un rôle similaire à celui de Tom auprès des Hobbits :
« Quand vos poneys étaient chez moi, ils avaient faits la connaissance de mon Balourd ; ils l’ont senti dans la nuit, et ils sont accourus à sa rencontre. Je pensais qu’il les chercherait et qu’avec ses paroles de sagesse il leur ôterait toute peur. » [141] {167}

Et, bien que cette sagesse ne soit pas véritablement associée au chant de Tom, ce dernier fait preuve à plusieurs reprise de sagesse par les bons conseils et mises en garde dont il prodigue les jeunes Hobbits dans leur aventure :
– Je ne suis pas maître du temps, dit-il, non plus qu’aucun être qui va sur deux pattes.
Sur son conseil (…) il leur dit de (…) s’occuper de leur propre affaire.
– Restez sur l’herbe verte. N’allez pas vous frotter aux vielles pierres ni aux Êtres froids, ou fureter dans leurs maisons (…)
Il le répéta à plusieurs reprises ; et il leur conseilla de passer les Galgals par le côté Ouest , s’il leur arrivait de s’égarer près de l’un d’eux. Puis il leur apprit une poésie à chanter (…)
Quand ils eurent chanter cela en entier après lui, il leur donna à chacun une tape sur l’épaule, accompagnée d’un rire (…)
[131]{156}

‘Be bold, but wary! Keep up your merry hearts, and ride to meet your fortune!'
(…) Then he turned (…) and rode (…) away singing into the dusk.

=
– Soyez hardis, mais circonspects ! Gardez le cœur joyeux, et allez à la recherche de votre chance !
(…) Puis il se retourna (…) et s’en fut en chantant dans le crépuscule. [144]{170}

Sosryko

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le 02-07-2003
à 15:13

(7) La connaissance de l’Univers chantée

(7.1) Väinö, « chanteur sans âge », « le barreur de rune outre mémoire », « mage du savoir éternel »

Pour comprendre le pouvoir de Väinämöinen, le « connaisseur éternel », il faut comprendre que dans « la poésie populaire finnoise (…) la connaissance des conditions dans lesquelles fut créé le prototype [d’un être, d’un animal, d’un élément, d’une matière, etc.] donne à l’homme pouvoir sur les représentants du genre. » (R. Boyer, Universalis, art. ‘Kalevala’).
Ainsi, Väinämöinen, témoin sans âge de la formation des forêts, de la venue des hommes et de la course des étoiles dans la ciel [K.2-3] a pouvoir sur la matière et les êtres grâce aux « souvenances très anciennes » :

Le vieux Väinämöinen,
(…)
Jour et jour il chante sans trêve,
chanteparle nuit sur nuitée,
les souvenances très-anciennes,
les origines très-profondes
(…)
Le dit résonne, porte loin,
Il roule au grand loin, le message
Monté du chant de Väinö,
Le savoir de l’homme d’escient.
[3.1, 7-10, 15-18]

Si Väinämöinen a pouvoir sur la matière et les êtres, ce pouvoir passe par :

(a) Une connaissance intime de l’objet

Väinö raille, le vieux sage :
Dis plutôt
[sous-entendu, comme moi !] les causes profondes,
Les racines de toutes choses.
[3.183, 187-188]

Et donc il entonne les charmes,
Il ouvre ses mots d’enchanteur.
Il chante les genèse toutes,
Par lignage, les mageries

(…) [8.177-180]

(b) Les mots sacrés

Une telle connaissance ne souffre aucune imprécision ; il faut donc des « mots », des « mots sacrés » [3.475] pour que la « maissance » soit correctement décrire.
Voilà pourquoi Väinö, toujours en quête de connaissance, annonce qu’il « s’en va dénicher les mots » [17.37] dans le ventre de l’ogre Antero Vipunen, « le vieux coffre aux runes » [17.129], mage réputé pour la richesse et la puissance de son savoir magique.

J’ai serré les mots par centaine,
Les bribes de runes par mille,
J’ai tiré les mots du secret,
Les charmes du pertuis de terre.
[K. 17.617-620]

(c) La connaissance chantée

Enfin, cette connaissance devenant active lorsqu’elle devient chant dans la bouche du barde,

Le vieux Väinämöinen
Le barde chante ces paroles :
« Je sais la genèse du fer,
Je tiens la source de l’acier »

[9.25-28 ; suivent les 240 vers du chant du fer !]

Or donc il entonne les chants
Il ouvre ses tours d’enchanteur.
[3.283-284]


Ainsi pour commander/modifier/altérer un objet ou une personne, Väinö « chante l’objet/la personne » ; Väinämöinen, par le seul pouvoir de son chant, transforme les objets inanimés de l’attelage de Joukahainen en végétation, son cheval et son chien en pierre ; les pennes de ses flèches redeviennent ‘faucon nerveux’, la garde de son épée est transformée en éclair, son écharpe en traînée d’étoiles…(v.287-326). Quant à Joukahainen, il se retrouve s’enfonçant inexorablement dans la lande boueuse d’un marécage.
Ainsi Väinö le vieux chante,
Lacs en chahut, la terre tremble,
Les montagnes de bronze vibrent
Et les pierres pètent, pansues,
Par le mitan les rochers craquent,
Gravasses de la grève en gerbes.

À Jouka le jeune, il chante
Des ramilles plein son harnais,
Taillis d’osier sur le collier,
Un saule aux poignées des brancards.

Il chante en loton* sur l’étang [* tronc gisant, pourri]
La jante parée du traîneau ;
Il chante en roseau de la mer les lanières perlées du fouet,
Chante le cheval au front blaire
En pierre à l’orée du rapide.

La garde gravée de l’épée
Il la chante en éclairs au ciel,
La poignée madrée du grand arc
En arche par-dessus les eaux,
L’empennée longue de ses flèches
en faucon nerveux, l’aile vite,
et le chien de gueule crochue
il le chante en pieraille à terre.

Chante le bonnet du bonhomme
En balle dressée de nuages ;
Chante les moufles de ses mains
En nénuphars dessus la mare,
Son paletot de gros drap bleu
En flocons ventrus sous le ciel,
L’écharpe de brume à sa taille,
Contre ciel en traînée d’étoiles.

Et pour Joukahainen,
Il lui chante bedaine en fagnes **,
[** marécages]
Jusqu’aux cuisses dans la prairie,
Le poitrail fiché dans la lande.
[3.295-330]

Il chante Jouka le jeune
Plus bas en terre, il l’enracine.

[3.374-5, 389-90, 405-6, 423-4, 441-2]


Väinämöinen, par son chant, est celui qui ouvre par son chant la lourde porte qui tient le Sampo au secret « au creux de la colline en bronze » :
Il part en queste du Sampo,
tirer la charnière en chamarre
fors le rocher de Pohjola,
au cœur de la colline en bronze,
devers les verrous par neuvaine,
les dix loquets, les dix targettes.
Or donc Väinämöinen
Le vieux barde tonne son chant
devant l’huis de la butte en bronze,
les marge au bastion de roc :
le loquet geint, les portes bronchent,
les paumelles de fer trésaillent.
[42.95-106]

Son chant est si puissant, qu’il devient par endroit quasiment synonyme d’acte créateur :
Et Väinö, le vieux, le barde,
Tourne ses chants, tresse devise :
Il chante un sapin, cime en fleur,
Fleur en cime, feuillage d’or ;
Dresse la cime au fond du ciel,
La pousse aux trouées des nuages,
Feuillage éparpillé dans l’air,
Le ramage au ciel déployé.
Il chante, il enchante, il devise :
Chante la lune à ses lueurs,
Sur le sapin, le couteau d’or,
Il dit la Grande Ourse à ses branches.
[10.31-42]



Sosryko
la suite est prête
mais je n'ai pas le temps aujourd'hui
de la mettre en forme...encore un peu de patience ;-)
sosryko
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le 02-07-2003
à 16:28

(7.2) Tom l’observateur avide de connaissance

Tom est celui qui « connaît », celui qui cherche à « savoir », à accumuler de la connaissance :

(1) He appeared already to know much about them and all their families,
(2) and indeed to know much of all the history and doings of the Shire down from days hardly remembered among the hobbits themselves. It no longer surprised them; but he made no secret that he owed his recent knowledge largely to Farmer Maggot, whom he seemed to regard as a person of more importance than they had imagined. ‘There’s earth under his old feet, and clay on his fingers; wisdom in his bones, and both his eyes are open,’ said Tom. It was also clear that Tom had dealings with the Elves, and it seemed that in some fashion, news had reached him from Gildor concerning the flight of Frodo.
(3) Indeed so much did Tom know, and so cunning was his questioning, that Frodo found himself telling him more about Bilbo and his own hopes and fears than he had told before even to Gandalf.
=
Il semblait déjà connaître beaucoup de choses sur eux et leurs familles; et, en fait, beaucoup de choses sur toute l'histoire et les événements de la Comté jusqu'à une époque à peu près oubliée des Hobbits eux-mêmes. Cela ne les étonna plus; mais il ne cacha pas qu'il devait une bonne part de son récent savoir au père Maggotte, qu'il semblait considérer comme un personnage plus important qu'ils ne l'avaient imaginé. - Il y a de la terre sous ses vieux pieds, et de l'argile sur ses doigts; de la sagesse dans ses os, et il a les deux yeux ouverts, dit Tom. Il était également clair que Tom avait des rapports avec les Elfes, et il apparaissait que, d'une façon ou d'une autre, des nouvelles lui étaient parvenues de Gildor au sujet de la fuite de Frodon.
En vérité Tom savait tant de choses et ses questions étaient si habiles que Frodon se trouva lui en dire davantage sur Bilbon et ses propres espoirs et craintes qu'il n'en avait dit auparavant même à Gandalf. [130]{155}

Ce point est essentiel, puisque Tolkien fait de cette « aspiration à la connaissance » le fondement de son interprétation allégorique de Tom dans ses Lettres :
[Tom] he is (…) a particular embodying of pure (real) natural science: the spirit that desires knowledge of other things, their history and nature, because they are 'other' and wholly independent of the enquiring mind, a spirit coeval with the rational mind, and entirely unconcerned with 'doing' anything with the knowledge: Zoology and Botany not Cattle-breeding or Agriculture .
=
[Tom] est (…) une incarnation particulière des sciences naturelles pures (véritables) : l’esprit qui aspire à la connaissance des autres choses, de leur histoire et de leur nature, parce qu’ils sont ‘autres’ et totalement indépendant de l’intelligence qui s’informe, un esprit du même ordre que l’intelligence rationnelle, et sans aucun désir de ‘faire’ quoique ce soit de cette connaissance : la Zoologie et la Botanique mais ni l’Élevage ni l’Agriculture.
[L153, 09/1954]

He is in a way the answer to them in the sense that he is almost the opposite, being say, Botany and Zoology (as sciences) and Poetry as opposed to Cattle-breeding and Agriculture and practicality.
=
Il est d'une certaine façon une réponse [aux femmes des Ents] dans le sens qu'il est presque leur opposé, étant tourné vers la Botanique et la Zoologie (en tant que sciences) et la Poésie par opposition à l'Élevage, l'Agriculture et le sens pratique.
[L144, 25/04/1944]


Cet aspect qui place Tom au rang des perpétuels étudiants, de l'intellectuel et non pas de l'ingénieur, du poète et non pas de l'artisan, et qui se retrouve, imagé, dans la définition que Gandalf donne du personnage (« un ramasseur de mousse » [974]{1061}) était présent très tôt dans la rédaction du Seigneur des Anneaux ; ainsi, dans une première version, Pippin demandait à Sylvebarbe s’il connaissait Tom Bombadil qui « semblait comprendre les arbres » à la façon d’un Ent, et Sylvebarbe de répondre :
‘Tombombadil? Tombombadil? So that is what you call him. Oh, he has got a very long name. He understands trees, right enough; but he is not an Ent. He is no herdsman. He laughs and does not interfere. He never made anything go wrong, but he never cured anything, either. Why, why, it is all the difference between walking in the fields and trying to keep a garden; between, between passing the time of day to a sheep on a hillside, or even maybe sitting down and studying sheep till you know what they feel about grass, and being a shepherd.’
=
« Tombombadil ? Tombombadil ? Alors voilà comment vous le nommez. Oh, il a un très long nom. Il comprends les arbres, suffisamment bien ; mais il n’est pas un Ent. Il n’est pas un gardien de troupeau. Il rit et il n’intervient pas. Il ne fait jamais allez mal les choses, mais il n’en a jamais guérie une non plus. Pourquoi, pourquoi, c'est toute la différence entre marcher à travers champs et essayer d’entretenir un jardin ; entre, entre passer toute une journée avec un mouton sur le versant d’une colline, ou même s’asseoir et étudier les moutons jusqu’à connaître ce qu’ils ressentent vis-à-vis de l’herbe, et être un berger. »

Tom est donc celui qui « place ses délices dans les choses pour elles-mêmes, sans référence à lui-même, regardant, observant et connaissant jusqu’à un certain point. » [L144, 25/04/1944]
« jusqu’à un certain point »…Son savoir n’est donc pas illimité ; d’ailleurs, Tom est le premier à le reconnaître lorsqu’il répond à Pippin que « vers l’est, le savoir [lui] manque. » ([144]{170})


Sosryko
dont l'emploi du temps vient de changer ;-)
sosryko
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le 02-07-2003
à 16:33

Oups!...il manque la référence du dernier texte cité : HoME VII.416.
sosryko
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le 02-07-2003
à 17:20

(7.3) Tom le Maître

Le passage précédant est bien utile car, de la bouche même de Tom, son « savoir » est lié à sa « maîtrise » :

‘Out east my knowledge fails. Tom is not master of Riders from the Black Land far beyond his country.’
=
– Vers l’est, le savoir me manque. Tom n’est pas maître des cavaliers de la terre Noire, bien au-delà de son pays. [144]{170}

Tolkien revient dans ses lettres sur cette relation intime entre l’autorité et le savoir de Tom :
He is master in a peculiar way: he has no fear, and no desire of possession or domination at all. He merely knows and understands about such things as concern him in his natural little realm.
=
Il est maître d’une menière particulière : il n’a aucune peur, et absolument aucun désir de posséder ou de dominer. Il connaît et comprend seulement les choses qui le concerne dans son petit royaume de nature. [L153]

Pourquoi n’est-il pas mâitre des cavaliers ? il donne la réponse lui-même : parce qu’ils sont « bien au-delà de son pays » ; or sa maîtrise s’exerce en « son petit royaume de nature » seulement et sur ce qu’il contient ; Baie d’Or nous le dit :
‘He is the (1) Master of (a) wood, (b) water, and (c) hill.’
‘Then all this strange land belongs to him?’
‘No indeed!’ she answered, and her smile faded. ‘That would indeed be a burden,’ she added in a low voice, as if to herself. ‘The trees and the grasses and all things growing or living in the land belong each to themselves.

(2) Tom Bombadil is the Master. No one has ever caught old Tom
(a) walking in the forest,
(b) wading in the water,
(c) leaping on the hill -tops under light and shadow.
(3) He has no fear. Tom Bombadil is master.’
=
– C’est le Maître de la forêt, de l’eau et de la colline.
– Ainsi, tout cet étrange pays lui appartient ?
– Non, certes ! répondit-elle, et son sourire s'évanouit. Ce serait assurément un fardeau, ajouta-t-elle à mi-voix, comme pour elle-même. Les arbres, les herbes et toutes les choses qui poussent ou vivent dans cette terre n'appartiennent qu'à eux-mêmes. Tom Bombadil est le Maitre. Personne n'a jamais attrapé le vieux Tom marchant dans la forêt; pataugeant dans l'eau, bondissant sur le sommet des collines dans la lumière ou dans l'ombre. Il n'a aucune peur. Tom Bombadil est maitre. [122]{146}

Fidèle à la structure ternaire lorsque la narration du conte aborde un point capital, Tolkien d’une part associe à trois reprises Tom avec une « connaissance » extraordinaire (cf. 7.2 [130]) et d’autre part, par l’intermédiaire de Baie d’Or, nous présente à trois reprises Tom comme le « maître », et cette maîtrise est liée à trois domaines : (a) le vivant (les bois, la forêt), (b) l’eau et (c) la terre (les collines et ce qu’elles renferment, « dans la lumière (c2) ou dans l’ombre (c1) »).
Si Tom est un tel Maître, c’est parce qu’il connaît la nature intime de la Vieille Forêt : il connaît « les vies de la Forêt » {152}, c’est-à-dire la genèse et l’intimité de chaque habitant et participant de la forêt, les arbres premièrement qui en constituent « le bois », mais aussi « rivière », « ruisseau » et « cascades » {152} qui les alimentent, et les cailloux, rochers, crevasses et « collines » redoutées des Hauts des Galgals {153} lesquels, s’ils sont « au-delà de la Forêt », n’en faisaient pas moins partie auparavant :
Les paroles de Tom mettaient à nu les coeurs des arbres et leurs pensées, souvent noires et étranges, emplies de la haine des étres qui vont et viennent librement sur terre, rongeant, mordant, brisant, démolissant, brûlant: destructeurs et usurpateurs. Ce n'était pas sans raison qu'on l'appelait la Vieille Forêt, car elle était certes ancienne, survivante de vastes forêts oubliées; et en son sein vivaient encore, sans vieillir davantage que les collines, les pères des pères d'arbres, qui se souvenaient du temps où ils étaient seigneurs. (…) le Grand Saule (…) son chant et sa pensée couraient les bois des deux côtés de la rivière. (…)
Soudain, les propos de Tom quittèrent le bois pour rernonter le long du jeune ruisseau, par-dessus les cascades bouillonnantes, par-dessus les cailloux et les rochers usés et parmi les petites fleurs dans l'herbe épaisse et les crevasses mouillées, finissant par vagabonder sur les Hauts. (…)
(…) la maison de Tom Bombadil était tapie sous l’épaulement de ces collines redoutées. (…)
[127-8]{152-3}

Gardons à l’esprit que ces « paroles » de connaissance et « propos » de Tom sont en fait des paroles chantées puisque « sa voix se muait souvent en chant, et il se levait de son fauteuil pour danser autour » {152} ; un discours chanté qui subjugue son auditoire, et semble modèler le temps comme l’espace :
Quand ils entendirent de nouveau ses paroles, ils s'aperçurent qu'il était passé à présent dans des régions étranges qui dépassaient leur mémoire et leur pensée éveillée, en des temps où le monde était plus vaste et où les mers montaient droit à la côte ouest; et toujours allant et venant, Tom chantait la lumière d'anciennes étoiles, du temps que seuls les aïeux Elfes étaient éveillés. (…) Les Hobbits étaient assis devant lui, immobiles, enchantés, et il semblait que, sous le charme de sa parole, le vent fût parti, les nuages se fussent desséchés le jour eût été retiré, les ténèbres fussent venues de l'est et de l'ouest, et que tout le ciel fût empli de la clarté de blanches étoiles. [128]{153}

On retrouve l’Ainé, le témoin et la mémoire des premiers âges du monde, l’observateur des choses premières, celui qui « était ici avant la rivière et les arbres », celui qui « se souvient de la première goutte de pluie et du premier gland », celui qui « a tracé des sentiers avant les Grandes Gens » {153}.


Sosryko
Can you hear me singing?
sosryko
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le 02-07-2003
à 17:41

(a) Le Maître des bois et de la forêt

Or, selon le Kalevala, connaître la genèse des arbres et leur nature (« leurs cœurs » et « leurs pensées »), c’est pouvoir commander aux arbres, en leur rappelant leur rôle, en « chantant » leur rôle :

‘My friends are caught in the willow-tree,’ cried Frodo breathlessly.
‘Master Merry’s being squeezed in a crack!’ cried Sam.
‘What?’ shouted Tom Bombadil, leaping up in the air.
‘Old Man Willow?
        Naught worse than that, eh?
        That can soon be mended.
        I know the tune for him.
Old grey Willow-man!
        I’ll freeze his marrow cold, if he don’t behave himself.
        I’ll sing his roots off.
        I’ll sing a wind up and blow leaf and branch away.
Old Man Willow!’
Setting down his lilies carefully on the grass, he ran to the tree. There he saw Merry’s feet still sticking out - the rest had already been drawn further inside. Tom put his mouth to the crack and began singing into it in a low voice. They could not catch the words, but evidently Merry was aroused. His legs began to kick. Tom sprang away, and breaking off a hanging branch smote the side of the willow with it. ‘You let them out again, Old Man Willow!’ he said.
‘What be you a-thinking of?
        You should not be waking.
              Eat earth!
              Dig deep!
              Drink water!
              Go to sleep!
        Bombadil is talking!’
He then seized Merry’s feet and drew him out of the suddenly widening crack.
There was a tearing creak and the other crack split open, and out of it Pippin sprang, as if he had been kicked. Then with a loud snap both cracks closed fast again. A shudder ran through the tree from root to tip, and complete silence fell.

=
– Mes amis sont coincés dans le saule, cria Frodon, haletant.
– Monsieur Merry est comprimé dans une fente ! cria Sam.
– Comment ? s’écria Tom Bombadil, sautant en l’air. le vieil Homme-Saule ? ce n’est que cela, hé ? Ce sera vite arrangé. Je connais l’air qu’il luit faut. Ce vieux grison d’Homme-Saule ! Je vais lui geler la moelle, s’il ne se tient pas bien. Je vais lui chanter un air qui lui racornira les racines. Je vais soulever par une chanson un vent qui emportera feuilles et branches. Le vieil Homme-Saule !
Après avoir soigneusement déposé ses lis sur l’herbe, il courut à l’arbre. Là, il vit les pieds de Merry qui dépassaient encore – le reste avait déjà été attiré davantage à l’intérieur. Tom mit la bouche contre la fissure et se mit à chanter dedans à mi-voix. Ils ne purent saisir les paroles, mais Merry fut à, l’évidence stimulé. Ses jambes commencèrent à donner des ruades. Tom s’écarta d’un bond et, ayant arraché une branche pendante, il en frappa les flancs du saule :
– Veux-tu bien le laisser sortir, vieil Homme-Saule ! dit-il. À quoi penses-tu ? Tu ne devrais pas être éveillé. Mange de la terre ! Crause profond ! Bois de l’eau ! Dors ! Bombadil parle !
Il saisit alors les pieds de Merry et le tira de la fissure soudain élargie.
Il y eut un grincement déchirant ; l’autre fissure s’ouvrit, et Pippin bondit dehors, comme sous l’effet d’un coup de pied. Puis, avec un claquement sonore, les deux fissures se refermèrent. Un frisson parcouru l’arbre de la racine au sommet, et un silence absolu s’établit. [117-8]{141-2}

Comme « Le vieux Väinö parle à l’arbre » [44.159], ainsi, Tom Bombadil chante le saule, c’est à dire chante la connaissance de l’ordre naturel du saule : un saule n’est pas destiné à avaler des Hobbits (ou des Tom Bombadil comme en ATB !), par contre, un saule doit (1) manger de la terre, (2) la creuser de ses racines et (3) boire de l’eau !
Pourtant « le vieil Homme-Saule gris est un puissant chanteur » ([124]{148}) et « nul n’est plus dangereux que le Grand Saule », cet arbre « rusé », « au cœur pourri » et à « la force verte » {152}…mais il ne peut rien face à Tom qui a autorité, lui qui « connaît l’air » (c’est-à-dire les « mots » !) pour réduire au « silence absolu » {142} la « clameur de ses feuilles » {140}.

(b) Le Maître de l’eau

De même, connaître la genèse de la rivière et de la pluie, ce n’est pas les posséder, mais c’est avoir pouvoir sur la rivière ou sur la pluie. Ainsi, nous comprenons la scène étrange au cours de laquelle Frodon découvre un Tom maître de l’eau :

Tout autour de la maison ne se voyait plus qu’eau tombante. Frodon se tenait près de la porte ouverte à regarder le chemin crayeux et blanc se muer en une petite rivière de lait et descendre en bouillonnant dans la vallée. Tom Bombadil apparut, trottant, au coin de la maison ; il agitait les bras comme pour écarter la pluie – et, de fait, quand il franchit le seuil d’un bond, il paraissait entièrement sec, sauf pour ses bottes. [127]{151-2}

Sosryko
Now let the fun begin!

sosryko
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le 02-07-2003
à 17:56

(c) Le Maître des collines et la seconde triade

(c2) Finalement, on comprends alors l’autorité de Tom sur les Êtres des Galgals, « anciens rois de petits royaumes » {152} et désormais habitants ténébreux sous les tombes des collines, mais dont Tom connaît l’origine :

Après un long et lent moment, [Frodon] perçut clairement, mais de très loin, comme venue à travers la terre ou des murs épais, une voix qui répondait (1) en chantant :
Tom Bombadil est un gai luron,
Bleu vif est sa veste, et ses bottes sont jaunes.
Personne ne l’a jamais pris encore, car Tom, c’est le maître :

(2) Ses chansons sont des chansons plus fortes, et ses pieds sont plus rapides.
(…)
Tom se baissa, ôta son chapeau et pénétra dans la pièce sombre,
(3) chantant :
Sors donc, vieil Être ! Disparais dans la lumière du soleil !
Étiole-toi comme la froide brume, comme les vents qui s’en vont gémissants
Dans les terres arides loin au-delà des montagnes !
Ne reviens jamais ici ! Laisse vide ton galgal !
Sois perdu et oublié, plus obscur que l’obscurité,
Où les portes sont à jamais fermées jusqu’au temps d’un monde meilleur.
À ces mots, un cri retentit, et une partie de l’extrémité de la pièce s’écroula avec fracas. Puis il y eut un long cri traînant qui s’évanouit dans une distance indevinable ; et après, ce fut le silence.
[139]{164-5}

Cet extrait est essentiel pour notre propos : après avoir vu que la maîtrise de Tom était liée à sa connaissance, nous avons confirmation d’une seconde triade qui caractérise la nature de Tom, la triade connaissance-chanson-maîtrise ; en effet c’est en « chantant » (3 occurrences, encore une fois) que Tom manifeste son autorité sur « son pays », et « ses chansons sont des chansons plus fortes » que le « chant » de l’Être des Galgals, cette « incantation », « ce froid murmure » {163} parce qu’elles reposent sur une sagesse et une connaissance bien plus ancienne, parce que Tom « était ici avant les rois et les tombes et les Êtres des Galgals » {153} !
Ainsi, tout comme Joukahainen, par ce qu’il croit être son « haut savoir » [3.54] et ses « chantines d’enfant » [3.287], ne peut rien contre les « chants [et] tours d’enchanteur » de Väinämöinen [3.285-6], les chants de l’Homme-Saule ou de l’Être des Galgals sont inefficaces face à ceux de Tom.

(c1) Les cinq poneys qui appartenaient à Merry ont suivi les Hobbits dans « la course sur les collines » {159}, de « colline escarpée » {158} en « colline au sommet large et aplati » {159}, jusqu’aux « collines redoutées » {153}, ces « collines couronnées de tertres verts » {159} des Hauts des Galgals ; avec les Hobbits, ils ont soutenu, « les uns contre les autres, la tête basse », l’arrivée inquiétante du « brouillard épais, froid et blanc », dans « l’air silencieux, lourd et glacial » {160}, mais lorsque « l’obscurité parut tomber autour [d’eux] », chaque « poney déguerpit et s’évanouit dans la brume » {161}.
Une fois que Tom a ramené les quatre Hobbits à la « vraie lumière, la pure lumière du jour » {164}, il « va à la chasse » {166}…aux poneys égarés par-delà les collines :

Il bondit sur la pente de la colline, sifflant et criant. Frodon le suivit des yeux et le vit courir vers le sud, toujours sifflant et criant, le long du creux verdoyant qui séparait leur colline de la suivante.
Ohé ! voyons ! venez, voyons. Holà ! Où vaquez-vous ?
En haut, en bas, près ou loin, là ou là-bas ?
Ouïe-fine, Bon-nez, Queu-vive et Godichon,
Paturons-blancs, mon petit gars, et toi, mon vieux Gros-Balourd !
Ainsi chantait-il, courant bon train, jetant son chapeau en l’air et le rattrapant, jusqu’au moment où il disparut derrière un repli de terrain ; mais pendant quelques temps, ses Ohé, voyons ! Ohé, voyons ! continuèrent de venir, portés par le vent qui avait passé au sud.

[140-1]{166}

Puis Tom revient de sa « chasse » par les collines ensoleillées :
He reappeared, hat first, over the brow of the hill, and behind him came in an obedient line six ponies: their own five and one more. The last was plainly old Fatty Lumpkin: he was larger, stronger, fatter (and older) than their own ponies.
Merry, to whom the others belonged, had not, in fact, given them any such names, but they answered to the new names that Tom had given them for the rest of their lives. Tom called them one by one and they climbed over the brow and stood in a line.
Then Tom bowed to the hobbits.
'Here are your ponies, now!' he said. '
(1) They've more sense (in some ways) than you wandering hobbits have - more sense in their noses. For (2) they sniff danger ahead which you walk right into; and if they run to save themselves, then (3) they run the right way. You must forgive them all; for though (4) their hearts are faithful, (5) to face fear of Barrow-wights is not what they were made for. See, here they come again, bringing all their burdens!'
[141] {166-7}

Tom est bien celui qui connaît ou qui cherche à connaître la nature de chaque être et chaque chose ; il a appris à connaître chaque poney de manière intime (cf. « my little lad »), connaissance qu’il dévoile en partie :
(1) « ils ont plus de sens que vous autres Hobbits »
(2) « ils flairent devant eux le danger »
(3) « ils courent du bon côté »
(4) « ils ont le cœur fidèle »
(5) « ils ne sont pas faits pour affronter la peur des Êtres des Galgals »
Une telle connaissance lui permet de les nommer selon leurs qualités et nature : « Sharp-ears, Wise-nose, Swish-tail and Bumpkin, / White-socks » ; il ne fait pas que les appeler ou les siffler, il les chante (« ainsi chantait-il »), il chante leurs noms qui sont leurs natures. Ceci explique que les « nouvelles appelations que Tom leur avait assignées » dureront « pour le restant de leur vie ».
Et si Merry est bien le ‘propriétaire’ des cinq poneys (ils lui « appartenaient »), c’est Tom Bombadil qui en est le ‘maître’, car sa connaissance a fait de lui le ‘maître’ de leurs ‘noms’ : il les appelle « un par un » par leurs ‘noms’, aussi le suivent-ils « en file obéissante » et « franchissent l’arête », à son signal, « pour se tenir sur un rang », « revenant et rapportant tout leur chargement ».

Ainsi, tout au long de la section Bombadilienne, nous avons l’illustration, dans l’ordre, de l’affirmation de Baie d’Or : Tom « est le Maître de la forêt, de l’eau et de la colline ».
Oui « Tom est maître », et son autorité, sa maîtrise passent par la connaissance chantée des êtres et des objets, tout comme l’autorité et la puissance créatrice de Vänämöinën passent par la connaissance chantée des « origines très-profondes » [3.10] et des « mots sacrés » [3.475].



Sosryko
We'll be wainting for you!
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le 04-07-2003
à 21:31


(8) Hommes des bois

Depuis le vol du Sampo, Louhi n’a cesse de se venger d’Ilmarinen, de Lemminkäinen et de leur chef, Väinämöinen ; aussi elle dresse Otso, « l’ours de la lande », « le grand brun » et l’envoie tuer « le bétail de Kalevala » [46, 7-10]. Väinämöinene refuse de le laisser « écharpiller » ses chevaux et son bétail et s’en va en chasse dans le séjour de Tapio, maître de la forêt, de Mielikki, son épouse et de Tellervo, sa fille :

le vieux Väinämöinen
le barde parle et mande ainsi :
« L’envie me démange le cœur
de repartir à Metsola
chez les filles de la forêt,
aux prairies des pucelles bleues.
Je quitte les gens pour les bois,
pour la besogne loin des hommes.
Forêt, prends-moi parmi tes hommes,

Tapiola, parmi tes gaillards !
Aide à prendre le brun benoît,
à tuer le beau de la forêt ! »
[46.45-56]
Puis Väinämöinen d’expliquer comment il a pu venir à bout de l’ours :
« forêts charmées, le bois soumis »
« le bois charmé, forêt soumise »
[46.464, 473]

« Le bois l’a donné de bon gré,
le bois charmé, forêt soumise,
le maître des breuils ébahi,
Tapio le joli a fléchi.
Mielikki, dame des bois,
Tellervo, l’enfant de Tapio,
vierge du bois, la belle gorge,
fillette frêle des forêt,
lors m’a soufflé la route juste,
taillant les jalons du chemin,
bonne guide dans les ornières,
elle nous a montré la trace.
Elle a coché le tronc des arbres
et jalloné chaque colline
jusqu’au logis d’Otso le baud (…) »
[46.473-497]

Bien que Väinö n’aura quitté « les gens pour les bois » et compté « parmi les homme de la Forêt » [46.51, 53] que pendant une courte durée, voilà qui l’associe à nouveau à Tom que le petit peuple de Breredon et de Fin-de-Barrière appelle par deux fois « Tom l’Homme des Bois » (‘Woodman Tom’ BB 81 et 91), la classant parmi « les gens de la forêt » (‘Forest-folk’ BB 84)
De plus, à ce thème de l’Homme des bois, on retrouve lié celui du maître de la forêt en la personne de Väinämöinen comme en la personne de Tom.
Mais, à l’instar de Tom, Väinämöinen n’est pas propriétaire de la forêt et la Nature ne lui appartient pas ; par contre tout repose sur une question de connaissance, de cette connaissance de la nature même de la Nature, de cette connaissance qui lui permet de charmer le pertuis de terre [K. 17.620], de charmer le bois et de soumettre la forêt [46.473], tout comme Lemminkäinen, par son chant magique « charme la mère des bois, / plaît au père de la forêt / (…) envoûte les filles blanches » [14.234-5].
Alors Väinö qui nous dit que la « fillette frêle des forêts » lui « souffle la route juste », préparant « les jalons du chemin », me fait penser à la rapidité avec laquelle Tom Bombadil se déplace dans une forêt :
– Eh bien, mes petits amis, (…) suivez- moi aussi vite que vous le pourrez !
(…) avec un signe de la main, ils ‘en fut en sautillant et en dansant dans le chemin vers l’est, non sans continuer à chanter d’une voix forte ses chansons dépourvues de sens.
(…) les Hobbits le suivirent avec toute la rapidité possible. Mais elle ne suffit pas. Tom disparut bientôt devant eux, et le son de son chant se fit de plus en plus faible et lointain. Mais, soudain, sa voix revint flotter vers eux en un puissant appel.

           (...) Ne craignez pas d’aulnes noirs ! Ne vous souciez pas des saules chenus !
           Ne craignez ni racine ni branche ! Tom va devant vous (…)

[118]{142}

Et les quatre Hobbits d’arriver « dans l’obscurité », « très fatigués », traînant les pieds comme « dans un rêve qui ne menait à aucun réveil » le long d’un « sentier difficile à suivre » jusqu’à l’orée de la forêt et de « voir surgir devant eux une grande étendue d’herbe », « la rivière, à présent petite et rapide, bondissant joyeusement à leur rencontre », comme pour les accueillir, « sous la pâle nuit étoilée », à « la maison de Tom Bombadil sur et sous la colline » {143}. Tom les accueillera en riant, « son épaisse chevelure brune (…) couronnée de feuilles automnales » {147} ; un Tom arrivé bien avant eux, comme si, effectivement, la « vierge du bois », tombée sous le charme de « sa voix forte » et de « ses chansons » (« dépourvues de sens » pour qui ne connaît le langage de la forêt), avait « jalonné chaque colline » pour lui, le « guidant dans les ornières », pour « lui montrer la trace » à suivre [K.46] alors que « le soleil sombrait (…) dans les arbres » {142}, parmi les « brumes blanches » et « la vapeur ténébreuse qui surgissait pour se mêler au crépuscule qui tombait rapidement » {143}. Un Tom parti en éclaireur (« Tom va devant vous ») , pour charmer la forêt et protéger « ses petits amis » « des bruits étranges (qui) couraient furtivement parmi les buissons et les roseaux de part et d’autre » {143}.



Sosryko
L’eau commença de murmurer
sosryko
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le 05-07-2003
à 02:26


(9) « La table est toute chargée » « pour en régaler les convives »

Un point surprenant lorsqu’on découvre Bombadil est son régime alimentaire, végétarien et lacté, trois fois mentionné dans les textes ; une première fois lorsqu’il persuade Baie d’Or de l’épouser :

‘Here's my pretty maiden!
You shall come home with me!
The table is all laden:
            yellow cream, honeycomb,
            white bread and butter; (…)’
(ATB 112-3)
Une seconde fois, lorsqu’il invite les Hobbits à venir se reposer et se restaurer dans sa maison :
‘Well, my little fellows!’ (…)
‘You shall come home with me!
The table is all laden
            with yellow cream, honeycomb,
            and white bread and butter. (…)’
[118]{142}
Les termes identiques et dans le même ordre apparaissent, complétés, une dernière fois :
‘Here’s my pretty lady!’ (…)
‘Here’s my Goldberry
            clothed all in silver-green with flowers in her girdle!
Is the table laden?
            I see yellow cream and honeycomb,
            and white bread, and butter;
            milk, cheese,
            and green herbs and ripe berries gathered.
Is that enough for us?
Is the supper ready?’

=
– Voici ma belle dame ! (…) Voici ma Baie d’Or vêtue de vert-argent avec desfleurs à sa ceinture ! La table est-elle mise ? je vois de la crème jaune et des rayons de miel, du pain blanc et du beurre ; du lait, et du fromage, des herbes vertes et des baies mûres récoltées. Cela nous suffit-il ? La souper est-il prêt ? [122]{147}
Or le Kalevala regorge littéralement de ces aliments, comme s’ils étaient, avec le poisson, la seule nourriture, comme s’ils étaient, avec la bière, omniprésente, les seules boissons.
Ainsi, Lemminkä (=Lemminkäinen) évoque l’île paradisiaque où il a séjourné :
« Là-bas je vivais de vie douce,
(…)
Là-bas les tertres sont miessée,
les rocailles sont des œufs ronds ;
les sapins saignent le miel
et le lait coule aux pins baraines,
le beurre gicle aux coins des clos,
les palis ruissellent de bière. »
[29.577,583-588, cf 29.201-214]
Car si le Kalevala est la pays de la bière, boisson qu’affectionnait tant Tolkien, il est aussi celui du miel [9.225-8, 249, 423-4, 428-430, 433-4 ; 14. 67-70, 169-170 ; 15.387-534 ; 18.577-8, 581-2, 602, 623 ; 28.75 ; 45.205-228 ; 46.78, etc…], ‘miel’ dont on fait des gâteaux (« la miche de miel » [28.75]) mais également ‘miel’ lié à la bière par la « miessée » qui est une boisson de miel fermentée.
« Le fabre aussitôt dit ces mots :Abeille, ma dame fluette !
‘‘Porte la miessée sur tes ailes,
Viens livrer le miel à ta langue,
Le miel butiné à six fleurs,
Lippé de sept barbes de foin (…)’’
Or donc le fabre Ilmarinen
(…) il croit
que l’abeille est venue à l’aide,
tout empesée de miel aux ailes,
livrant la miessée sur sa langue. »
[9.233-228, 245, 247-250]

Le gamin demande au grand chêne :
« Caches-tu le miel à tes branches,
la miessée dessous ton écorce ? »
[9.428-430]

Dans le Kalevala, lors des grands repas, tel le repas de noces d’Annikki et d’Ilmarinen, chez les parents de la fiancée [Chant 20], « la bière épatante » (493) doit être « bien brassée » (499) « pour la soif de la troupe grande » (495), et le pain est visiblement un aliment noble et essentiel de ces « ripailles » (516,564), du « long festin » (515) :
La patronne de Pohjola
Crémaille la soupe à bouillir,
(…)
elle boulange les grands pains,
brouille en grands brouets la farine,
pour en régaler les convives,
les bons mets pour la troupe grande,
au long festin de Pohjola,
les ripailles de Sariola.
Miches de pain sont boulangées,
Brouillées les brouets de farine.
[20.507-8, 511-518]

Et la mère de Pohjola,
Gorge, gave, abreuve ses hôtes,
Pleines bouchées de beurre tiède,
Gâtées de crème à grandes paumes
Pour les convives de la noce,
Et pour le bon gendre surtout.
[21.227-232]

Il y a du lait également à disposition :
Un marmot joue sur la plancher,
Barbe de lait sur le banc d’âtre
[ 21.291-2]
Le lait qui, avec le miel, sont deux boissons chères et chéries pour les hommes de Kalevala et de Pohjola, puisque exaltées par le chant de Väinö lors du repas de noces :
« Si le seigneur venait chanter
(…) Il chanterait la mer en miel
(…) Il chanterait les runes mages,
(…) des génisses plein les étables,
(…) les essarts couverts de laitières,
(…) les pis gonflés, pesant, par mille »
| 21.299, 393, 401, 404, 406, 408]
Alors qu’« il est déjà temps de partir » [22.51], que la fiancée est sur le point de quitter la maisonnée familiale où elle était protégée, la mère, la mélancolique « patronne de Pohjola » (5), rappelle à « sa fillette dotée » (49) le doux temps de l’enfance et de l’adolescence passé dans « le logis du père (71)», près de « sa mère toute tendre » (72), dans « le manoir de sa porteuse » (74) :
« Or tu riais de belle vie
Chez ton père, au logis douillet !
Tu poussais, fleur dans la venelle,
Petite fraise aux grands essarts.
« Et le beurre au lever du lit,
le bol de lait pour ton réveil,
tu bâillais devant le pain blanc,
le babeurre au saut du paillot. »
[22.75-82]
Les noces se poursuivent, toutes aussi fastueuses, chez les parents d’Ilmarinen ; et Väinämöinen, là aussi, est le seul capable de chanter la joie au second banquet des noces d’Ilmarinen et d’Annikki :
Et chacun s‘empiffre à sa guise
(…)
tarte fourrées à grignoter,
les mottes de beurre émiettées,
lavarets découpés en tranches,
en rouelle et darne le saumon
(…)
La bière coule sans négoce,
Vin de miel sans bourse délier,
Jet de bière au bout des guigneaux,
La miessée sous les taligots,
La bière a rincé les babines,
La miessée chavire les cœurs.
Qui sera le diseur des fêtes,
Le digne chanteur des ripailles ?
Le vieux Väinämöinen,
Chanteur sage, barde sans âge,
Il entonne ses chanteries,
(…)
Il tourne et chante ses paroles
[25.299,393-396,399-409,412]

à toi les pots de caillebotte,
les jattes de beurre à ton aise
[25.341-2]

Terminons en remarquant que, dès les chants 3 et 4 du Kalevala, le poète associait cette nourriture caractéristique à Väinämöinen.
Au chant 3, comme nous l’avons vu dans l’étude des sources du chant V de Bilbo le Hobbit, Joukahainen, terrassé par le chant magique de Väinö, donne en gage de sa vie sa propre sœur, Aino, au vieux barde :
« Si tu hèles tes mageries
et laisses dormir ta charaude,
je te donne Aino, ma sœur,
l’enfant de ma mère en rançon
pour te balayer la cabane,
lessiver mains nues le plancher,
rincer mains blanches les tinettes,
essanger mains froides les châles,
tisser mains fines les foulards,
enfourner la miche de miel. »
[3.457-466]
Et à cette évocation culinaire d’une « miche de miel » :
Le vieux Väinämöinen
lors jubile de joie sans fin
car il a reçu la fillette,
tendre garde pour ses vieux jours.
[3.467-470]
Car c’est une constante, chez Väinö, que de rêver à une jeune fille qui s’occupera de lui, la gâtant de « miche de miel », « chantant » comme lui, source de « joie » aux fenêtres de sa maison :
Väinö le vieux barde sage
Bonhomme assis répond ainsi :
« Je veux la fille dans ma luge,
la pucelle dans mon traîneau :
elle viendra brasser ma bière,
enfourner la miche de miel,
toujours à chanter sur le banc,
rayons de joie sous la fenêtre »
[8.41-48]
Est-il nécessaire de remarquer que Baie d’Or joue exactement ce rôle vis-à-vis de Tom Bombadil ?

Mais revenons au début du chant 4 : le barde courtise Aino en lui offrant « collier de perle » pour sa gorge et « croix bouclée » pour sa poitrine [4.16-7] ; celle-ci refuse les riches présents et la sécurité d’une nourriture abondante assurée, préférant rester chez ses parents que de se marier :

« Peu me chaut le drap d’outre-mer,
Le pain de froment, la mie blanche. »
[4.25-6]
La traduction de Friberg qui donne « I don't care for foreign fashions / Nor for wheat bread sliver-sliced », par la mention « des tranches de pain de froment en lamelles » évoque plus encore l’atmosphère d’un repas.
Ce cri de révolte et de rejet, Aino le répétera, dans les pleurs et les gémissements (84), à sa mère sans en changer un mot :
« Peu me chaut le drap d’outre-mer,
Le pain de froment, la mie blanche ;
Je vis dans le linge étriqué,
Je pousse à la croûte du pain
Chez mon père, brave bonhomme,
Auprès de ma mère bien douce. »
[4.111-6]
Mais sa mère connaît les difficultés de la vie, elle qui se trouve alors « aux marches du grainier / [et] écume la crème du lait » (75-6) ; aussi elle l’encourage à accepter un si bon parti qui saura lui donner une alimentation riche ; de cette richesse qui affirmait jadis le pouvoir en ces temps et ces contrées difficiles, de cette richesse qui fait frémir tout diététiciens aujourd’hui:
« Mange bon an le beurre tiède,
fille seras, toute sanguine ;
l’an second le rôti du porc,
fille seras, toute gracieuse ;
l’an tierce la gâtée de crème,
fille seras toute plus belle. »
[4.121-6]
et si Aino, en allant chez Väinämöinen, pourra cuisiner des gâteaux à la crème, c’est parce qu’elle disposera de lait dont elle pourra, comme sa mère, écumer la crème, Väinämöinen possédant des vaches laitières. La conclusion n’est pas difficile puisque nous retrouvons une situation similaire lors de la « cours » de Killikki par Lemminkä qui vient d’enlever la jeune fille à ses parents et cherche à la réconforter en lui décrivant ses biens :
« Sèche tes yeux d’effarouchée !
J’ai mainte vache, mainte et prou,
Gorgée de lait, mainte donneuse :
L’une est dans le palud, la Mûre,
L’autre est à la colline, la Fraise,
La troisième au brûlis, l’Airelle. »
[11.261-6]
Ainsi, les cinq aliments que sont la crème, le miel, le pain blanc, le beurre et le lait sont communs aux maisons accueillantes de Tom Bombadil et de Väinämöinen. Quant aux « baies mûres récoltées » , elles renvoient à Baie d’Or, laquelle, comme nous allons voir, n’a pas pour seul lien avec le Kalevala d’être la fille de la Rivière



Sosryko
»We felt very lonely.
Not even a visible Ent to talk to in all the ruin;
and no news. » [558]

Finrod
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le 05-07-2003
à 07:25

Mmmmh... ta dernière partie est bien appétissante ;-) Bravo et merci Sosryko pour ce remarquable essai !
NIKITA
Voir le profil de NIKITA  

le 05-07-2003
à 22:43

>Sosryko : Ton exposé nous laisse une nouvelle fois sans voix mais puisque tu réclames quelque commentaire, je me permettrai un petit prolongement sur le chapitre (7.3) Tom le Maître.

Ce qui me frappe surtout à la lecture de tes citations, c’est l’absence répétée de l’article avant le nom « maître » :

1. Tom n’est pas maître des cavaliers de la terre Noire, bien au-delà de son pays.
2. Il est maître d’une manière particulière.
3. Tom Bombadil est maître.

Bien sûr tout cela est contrebalancé par les occurrences suivantes :

4. C’est le Maître de la forêt, de l’eau et de la colline.
5. Tom Bombadil est le Maître.
6. Personne ne l’a jamais pris encore, car Tom, c’est le maître.

L’usage ou non de l’article défini n’est certes pas le fruit du hasard, il signifie bien des choses et nous éclaire sur le statut si particulier du personnage de Tom Bombadil.
Il me semble, pour faire simple, que Tom est désigné par « Le maître » lorsqu’il est question de le présenter comme le référent incontesté de la forêt, de l’eau et de la colline : c’est en effet le rôle de l’article défini que de présenter le référent (ici le personnage désigné) comme un personnage connu (et reconnu) de tous sans ambiguïté possible. C’est Le Maître, il n’y en a qu’un, tout le monde le connaît ! C’est ainsi que Tom se présente à Frodo en chantant (citation 6) et ainsi également que Baie d’Or le désigne aux Hobbits (citations 4 et 5).
En revanche quand il est désigné sans article comme « maître », c’est dans une autre optique. L’expression vient à chaque fois nuancer le propos. Ainsi dans la citation 1, Tom reconnaît que son pouvoir est limité et qu’il n’est pas LE maître incontesté. La citation 2 de la lettre de Tolkien est elle aussi un modèle de nuance : « maître d’une manière particulière », comme si Tolkien nous mettait en garde contre le sens que peut revêtir le mot « maître » qui n’est pas à prendre au sens de dominateur, possesseur, comme l’a très bien démontré Sosryko. Enfin la citation 3 de Baie d’Or intervient quelques lignes après les citations 4 et 5 et cette phrase de conclusion vient comme corriger l’impression que pouvait laisser l’appellation « le maître » : Tom est supérieur car il préexiste aux choses et aux êtres et qu’il a un certain pouvoir sur eux mais il n’est pas un tyran, un monarque absolu ivre de pouvoir. Tom est maître par son savoir, tout simplement, naturellement…

Qu’en penses-tu, maître Sosryko ?

NIKITA

Moraldandil
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le 06-07-2003
à 00:38

Dix, cent coups de chapeau, Sosryko ! Voilà un parallèle fascinant. Je pense sincèrement qu'une fois terminé, il méritera largement une place dans la section "essais" de JRRVF... ce serait d'ailleurs vrai de bon nombre de tes contributions :-)

Il ne faudrait pas venir sans biscuit au festin tout de même... La "section bombadilienne" n'est pas le seul passage chez Tolkien où l'on voit le pain, la crème, le miel, la bière et la miessée (joli mot que Rebourcet est allé chercher en moyen français pour éviter "hydromel", dont les résonances lui paraissaient trop grecques dans un contexte finnois) faire office d'aliments par excellence. On retrouve des scènes très semblables dans The Hobbit chez Beorn (chapitre 7 "Un curieux logis") :

(...) comme homme, il [=Beorn] entretient du bétail et des chevaux presque aussi étonnants que lui-même. Ils travaillent pour lui et lui parlent. Il ne les mange pas ; non plus qu'il ne chasse ni ne mange les bêtes sauvages. Il a un grand nombre de ruches d'abeilles féroces, et il vit principalement de crème et de miel.

Enfin, Gandalf repoussa son assiette et son pichet – il avait mangé deux miches entières (avec des masses de beurre, de miel et de crème caillebottée) et bu pour le moins un litre d'hydromel – et il tira sa pipe :

[Beorn à Bilbo] Jeannot Lapin redevient gras et appétissant, à force de pain et de miel, ajouta-t-il en gloussant. Venez donc en prendre encore un peu !

Le même genre de repas en gros se trouve tôt dans le SdA, pendant la rencontre de Frodon, Sam, Pippin en route vers Creux-de-Crique avec la compagnie de Gildor Inglorion (il n'est peut être pas insignifiant qu'ils s'annoncent d'abord par leur chant ?):

Pippin se rappela peu de chose, par la suite, de la nourriture ou de la boisson, car il avait l'esprit accaparé par la lumière sur les visages des elfes et le son de voix si variées et si belles qu'il avait l'impression de vivre un rêve éveillé. Mais il se souvint d'un pain qui surpassait en saveur une belle miche blanche pour un affamé ; et de fruits aussi doux que des baies sauvages et plus parfumés que les fruits cultivés des jardins ; il vida un coupe remplie d'une boisson odorante, fraîche comme une source claire, dorée comme un après midi d'été.

Assurément il y a entre ces festins des ressemblances singulières... N'y aurait-il pas là comme une sorte d'archétype ?

Moraldandil

> J’en fus quelque peu enivré ; (…) et ma « propre langue » – ou les séries de langues inventées – ont été fortement finnoicisées [« Finnicized » (sic)] quant à leur structure et leur style phonétique. »

Ne serait-ce pas plutôt "finnisées" ? ;-)

NIKITA
Voir le profil de NIKITA  

le 06-07-2003
à 10:16

Petite remarque en passant suite à l’intervention de Moraldandil :
Assurément il y a entre ces festins des ressemblances singulières... N'y aurait-il pas là comme une sorte d'archétype ?

Moi aussi, l’évocation de ces mets savoureux me rappelle des contes lus dans mon enfance, de Perrault (la galette et le petit pot de beurre du Chaperon Rouge) à Daudet (il est question de pain et de crème dans je ne sais plus quel conte)…etc. Il y a donc quelque chose d’enfantin, de primitif dans l’évocation de ces aliments mais plutôt que d’écouter ce que la psychanalyse aurait à nous dire sur le sujet, je préfère citer Tolkien parlant du recouvrement dans les contes de fées :
Ce fut dans les contes de fées que je devinai pour la première fois le pouvoir des mots et la merveille des choses, telles que la pierre, le bois et le fer, l’arbre et l’herbe, la maison et le feu, le pain et le vin. » (Faërie, Pocket, p.190)

NIKITA qui s’en va désormais festoyer…

Mj du Gondor
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le 06-07-2003
à 14:46

Je ne sais pas si j'oserai me hasarder à quelques commentaires sinon élogieux mais je tiens à ce que Sosryko sache bien que ses efforts supplémentaires de traduction n'auront pas été vains puisqu'ils permettent à des personnes comme moi d'apprécier pleinement son travail.
Mj
sosryko
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le 06-07-2003
à 21:57

Merci pour ces retours constructifs qui font bien bien plaisir à lire! je commençais à croire que vraiment tout le monde était parti en vacances ;-))...
Je suis d’accord avec vous, Nikita et Moraldandil, nous avons là un archétype de repas ; tu penses bien Nikita que je suis le premier à reconnaître qu’on retrouve de tels repas dans les contes (un repas pour enfants, petit déjeuner ou goûter : pain, lait, miel, crème…), et je suis sûr que Tolkien y pensais, et en lisant le Kalevala, puis en écrivant Bilbo et le SdA.
Constatons également dans la section Bombadilienne une réelle « surcharge » des termes ; c’est LE repas de joie et de repos par excellence dans le Légendaire tolkienien, un repas paradisiaque, dans un pays où « coulent le lait et le miel », où la violence est exclue puisqu’un repas purement végétarien (des herbes vertes et des baies bien mures) et lacté (fromage, crème, lait).


Nikita : Qu’en penses-tu, 'maître' Sosryko ?
Que du bien 'petite' et espiègle Nikita, que du bien!!
Ne serait-ce que pour avoir réussi à te réveiller de ton sommeil numérique ;-))

Moraldandil Ne serait-ce pas plutôt "finnisées" ? ;-)
Oui, bien sûr...;-)
mais pourquoi pas aussi "finnoisées" ou (mais on perd en précision) "finlandisées"?


Sosryko
qui, ce soir,
"laisse aller le torrent du temps" [50.491]
mais vous dit à bientôt avec
"Le soleil, les étoiles, la lune et la brume, la pluie et le temps nuageux,
Le vent sur la colline découverte, les cloches sur la brande,
les roseaux près de l'étang ombreux [et] les lis sur l'eau
[pour retrouver]
Le vieux Tom Bombadil et la fille de la Rivière!" {144}

Mj du Gondor
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le 06-07-2003
à 23:53

Une toute petite réflexion que j'espère pas trop stupide ou déplacée:
Tous ces pouvoirs de Tom Bombadil portés par le "chant" comme souvent pour Väinö, me font irresistiblement penser à La "Grande Musique", de même que cette fréquente association à l'élement liquide évoque pour moi Ulmo resté je crois plus proche des hommes qu'aucun autre des Valar et qui connaissait tout ce qui se passait en Arda grâce aux "veines de la terre" (les lacs les rivières les sources.....)
Pardonnez-moi pour cette petite digression.
Mj
Silmo
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le 10-07-2003
à 15:43

Cher Sosryko...........BRAVO ! Quel talent :-)

J'en redemande de ce régime sucré et lacté. Voila un fuseau plein de douceurs, de quietude et de chants. L'idéal pour un retour de vacances.

sosryko
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le 11-07-2003
à 01:21

Merci Simo, content de te voir revenu, j'attendais ton retour avec impatience!
Anticipant ta gourmandise, j'ai servi les autres en premier pour que tout le monde puisse goûter à tout ;-))
Mais je regrette que nous nous croisions, toi qui arrives et moi qui part (un peu).
J'avais promis que je reviendrai "bientôt" (Désolé cédric :-()...ce sera un peu plus long que prévu ; car, même si j'ai avancé joliment, depuis hier, une belle, une énoÔrme découverte m'est tombée dessus, avec confirmation aujourd'hui. Du coup, Le dessert, LES desserts qui s'annoncent devraient être de purs délices, mais il me faut le temps de rassembler les ingrédients et de bien respecter les recettes; c'est qu'ils sont raffinés les desserts que je vous prépare, mes amis...
bah, cela laissera le temps à certains de digérer ;-) ou à d'autres de se resservir :-))
Silmo
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le 11-07-2003
à 10:09

C'est ce qu'on appelle nous laisser sur notre faim... :-)
(bonnes vacances, reviens-nous vite, je m'en lêche les babines à l'avance)
sosryko
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le 15-08-2003
à 00:11

(10) – Baie dorée, baie sucrée

Goldberry, Baie d’Or…quel beau nom pour désigner la fille de la Rivière, celle vers qui se tournent les yeux et les pensées de chacun lorsqu’elle parle{158} ! Quel étrange nom toutefois pour désigner une jeune femme liée à l’eau, que ce soit par l’étang de la vieille forêt ou la rivière Tournesaules ; à la rigueur s’attendrait-on à un nom de fleur, et plus particulièrement un nom qui l’associerait à sa fleur, le nénuphar : en effet, les vêtements de la « belle dame, tout de vert argent vêtue » {157} et « ses bras blancs » {145} à la peau aussi blanche qu’un « blanc coquillage » {154} évoquent le lis d’eau à la blanche fleur (white water-lily {141, 145}) tandis que ses cheveux blonds {145} l’associent aux lis des marais (flag-lily) dont s’inspire sa ceinture {145}.
En réalité, derrière seul nom de Baie d’Or se cache une partie de la poésie amoureuse du Kalevala. Dans le chant 11, nous venons de le voir, Lemminkäinen tente à sa manière de séduire Kyllikki ; et voici Kauko le beau murmurant à l’oreille de la belle : « Kyllikki, ma pigne de cœur, ma baie de sucre, ma tendresse ! » [11.247-8].
Le texte original du Kalevala parle concerne bien une ‘baie’ puisque le poète Eino Friberg d’origine finlandaise a donné comme traduction anglaise du ver 248 « my delicious little berry ». N’oublions pas non plus le reste du discours de Lemminkä cité précédemment qui évoque ses trois vaches, chacune ayant le nom d’une baie : la Mûre, la Fraise et l’Airelle (que Friberg traduit par Blackie, Strawberry et Lingonberry ; [11.262-5]).
Enfin, Lemminkä appelle Kyllikki « ma baie » tout comme Tom Bombadil appelle la fille de la Rivière « ma Baie d’Or » [122]{147}.
De retour chez lui avec Kyllikki la belle kidnappée, Lemminkäinen a cette conversation avec sa mère :

« Porte-nous la couette meilleure, [Now, get out your finest bedding ]
tire l’oreiller le plus mol, [And the softest of your pillows ]
car je vais dormir au pays,
avec ma mie, la toute jeune ! »

La mère parle, bonne vieille,
elle dit les mots pour la femme :

« Jumala, voici ma louange, (…)
car tu m’as donné la bru belle,
bonne bavarde au coin du feu,
fine main pour tisser l’étoffe,
doigts de hauts vol, fière fileuse,
rude laveuse aux lingeries,
[Such a strong one for the washing (Friberg).]
buandière des habits blancs !
Toi, mon fils, remercie ta chance ! »
[11.367-381]


Ce onzième poème du Kalevala est loin du manifeste féministe. Mais, bien que la relation entre Tom et Baie d’Or soit plus équilibrée et ce, dès le départ (cf. les jeux aquatiques en ATB 11-26), il n’en demeure pas moins vrai que Tom enlève Baie d’Or à sa famille :
Il l’attrapa, la serra fort !
(…) « C’est là ma jolie pucelle !
[‘my pretty maiden’]
Tu viendras à la maison avec moi ! (…)
Tu viendras à la Colline ! Que t’importe ta mère
Dans son étang profond et plein d’algues ? Tu n’y trouveras jamais d’amoureux ! »

[ATB 109, 111-2, 115]

Et de tout temps Tom semble avoir fait une fixation sur les oreillers moelleux :
Le Vieux Tom Bombadil s’étendit sur son oreiller
Plus doux que Baie d’Or, plus calme que le Saule,
Plus douillet que la famille Blaireau ou les Êtres des Galgals

[ATB 93-5]

« Reposez-vous sur l'oreiller ! » ordonne-t-il aux Hobbits ; et le texte de préciser que « leurs matelas et leurs oreillers avaient la douceur de la plume, et les couvertures étaient de laine blanche » {149} ou bien que Pippin, réveillé dans la nuit, « sentit les doux oreillers céder sous ses mains » et « se recoucha, soulagé » {150}. Nul doute que dans la chambre des hôtes les oreillers sont tout aussi doux…
Enfin, si nous gardons en mémoire les paroles de la mère de Lemminkä, il n’est plus surprenant d’entendre Tom expliquer aux Hobbits l’absence de sa Baie d’Or : « c’est le jour de lessive de Baie d’Or, et aussi de son nettoyage d’automne » (‘This is Goldberry’s washing day (…) and her autumn-cleaning’ [127]{152}).
Mais, pour être juste, n’oublions pas que Tom se distingue de Lemminkä en ce qu’il n’est pas étranger à toute tâches ménagères : il sait faire un repas (ATB 112 : « la table est servie ») et ne rechigne pas à mettre la table avec Baie d’Or :
Il revint bientôt, portant un grand plateau chargé. Puis Tom et Baie d'Or mirent la table, et les Hobbits restèrent assis, mi-étonnés et mi-riant, tant étaient séduisante la grâce de Baie d'Or et joyeuses et bizarres les gambades de Tom. D'une certaine façon, cependant, ils paraissaient ne composer qu'une seule danse, ne se gênant ni l'un ni l'autre, entrant et sortant ou tournant autour de la table; et, avec une grande célérité, la nourriture, les récipients et les lumières furent disposés. Les chandelles blanches et jaunes flamboyaient sur les dessertes. Tom s'inclina devant ses hôtes. [129]{154}

Sosryko

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le 15-08-2003
à 00:14


(11) Le motif du chanteur bondissant :

Nous le savons, Tom Bombadil a dû mal à rester en place, sautant en l’air, bondissant plutôt que marchant (Hop, hopping : 8 ; bound, bounding : 3 ; leap, leaping : 9). Cela arrive aussi à Väinämöinen, tout à la joie d’échapper à l’ogre Vipunen :

Sitôt Väinö le vieux barde
Sort de la bouche au grand savoir
[Leaping through the mighty mouth (Friberg)]
[…]
il bondit par-devers la lande,
comme l’écureuil à queue d’or,
ou la martre au poitron doré.
[17.588-600, 604-6]

Mais, au contraire de Tom, ce n’est pas une constante chez Väinö. Par contre, le Kalevala mentionne plusieurs êtres bondissant. Les lapins et les lièvres, bien entendu :
Then the hare went off a-running,
Good old lop-ear went a-hopping,
Faithful crook-shank went a-leaping.
[4.405-407]


Rimy are the rabbits hopping
[48.339]


Mais aussi Ilmarinen, sautant dans son traîneau (Then he leaped into his sleigh [38.287]), ou Pellervo, l’étrange petit homme « jailli de la mer » « venu casser le chêne » dont « le ramage envahit le ciel » [2.137, 141, 84] :

Un premier pas de pirouette,
il touche au champ de grève fine ;
un second pas, bond de gambade,
[With the next one he leaped lightly (Friberg)]
il tombe au mitan des bruyères ;
à l’enjambée tierce il déboule
sur la souche du chêne torche.
[2.169-174]

Tout aussi digne d’intérêt est l’association entre le bondissement des animaux et la joie à l’écoute du chant de Väinämöinen

Les élans trottent par la lande,
les lynx en joie font grand tapage.

=
On the heather elk were bounding,
Lynxes leaping up for joy. [41.41-2]

Enfin, si Väinämöinen est le barde inégalé, il n’est pas le seul chanteur du Kalevala. Un second personnage apparaît au chant 11, bien plus jeune mais également capable de « prendre la voix de l’enchanteur » (165) ; il s’agit de Lemminkäinen, encore appelé Athi ou Kauko, véritable coureur de jupons que nous rencontrons pour la troisième fois bien décidé de séduire « Kyllikki, la toute fine, toute mignonne, fleur de l’île » (161-2), « sa baie de sucre » (248). Il l’enlève donc (203-235), lui promettant « une vie de miel » (250) et de « gorgée de lait » (263) ; Lemminkä n’a pas froid aux yeux ! rien ne l’arrête ! voilà pourquoi on l’appelle systématiquement « le cœur fol » (245, 335, 351 etc.) ou « la tête folle » [12.213 ; 13.141 ; 14.79, etc.].
Perpétuel insatisfait, Lemminkä jette son dévolu sur la plus belle des les filles de Louhi, « la vieille de Pohja » [13.2]. Celle-ci lui impose trois épreuves terribles :
(1) la première : aller « au tréfonds des champs de Hiisi », c’est-à-dire aux enfers, pour « traquer d’abord l’élan d’enfer » (29-30).
Athi accepte le défi immédiatement, sa détermination, sa bravoure et donc son absence de peur percent régulièrement dans le texte ; il suffit pour cela de relever les nombreux « Sitôt » qui décrivent un Lemminkäinen toujours agissant et jamais lassé [13.31, 175 ; 14.95] ou bien ses affirmations impatientes :

« fais-moi des lugeons (…)
que je traque l’élan d’enfer /
au tréfonds des champs de Hiisi ! »
[13.49, 51-2]
« Forge un lugeon pour ma glissage (…)
je pars au trailles de l’élan,
au fin fond des champs de Hiisi. »
[13.61, 63-4]
« Jumala n’a point sur sa terre
sous le ciel, sous la voûte d’air,
en nulle forêt, nulle breuil,
détaleur des quatre cuissots
que je n’irai point débusquer
ni talonner par mes glissages,
par le poussot de Kaleva,
le patinot de Lemminkä. »
[13.97-104]

Mais c’est uniquement parce qu’il « chante sa rune aux bosquets » [14.233] qu’Athi « charme la mère des bois, / plaît au père de la forêt / (…) envoûte les filles blanches » (234-7) ; lesquelles « débusquent » de sa « cache l’élan d’enfer », le mettant ainsi « à la portée de l’enchanteur » (238-244). Athi revient à Pohjala triomphant :

« j’ai traqué l’élan de Hiisi,
au fin fond des champs de l’enfer. »
[14.267-8]

(2) La seconde épreuve : brider l’étalon de l’enfer, « au fond des prairies de Hiisi » (278).

Et Lemminkä la tête folle /
(…) s’en va quérir le cheval / (…)
au fond des prairies de Hiisi
[14.279, 282, 283]

(3) Sa troisième et fatale épreuve est de tuer d’une seule flèche :

(…) le cygne blanc,
l’oiseau gracieux sur la rivière,
au fleuve noir de Tuoni
[14.377-9]

cette fois le danger est ultime, puisque le fleuve de Tuoni, fleuve de non-retour, n’est rien moins que le fleuve de la Mort ; un berger, « le vieux de Pohjola, l’aveugle » y puisera « le serpent de l’eau » pour s’en servir de flèche et tuer Lemminkä. Mais auparavant, c’est avec la plus parfaite désinvolture que Lemminkä se sera approché du fleuve noir :

Et Lemminkä la tête folle,
Le beau cœur lointain, Kauko,
Va chercher le sanglot du cygne,
(…)
il se dandine, il s’en dodine,
Ahti se trisse, rire aux trousses

Vers le bruant de Tuoni,
Les turbies du fleuves sacré,
L’arbalète fière à l’épaule,
Dans son dos le carquois de flèches.
[14.383-385, 389-394]

Ainsi, le Kalevala associe le motif du chanteur bondissant et de la danse — qu’on retrouve chez Bombadil, au rire et à l’absence de peur (quand bien même on part affronter les êtres infernaux), thèmes tout aussi Bombadiliens (l’Homme-saule au bord de la rivière étant comparable au cygne blanc de la rivière des morts).


Sosryko

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le 18-08-2003
à 14:13


II. Bombadil et Merlin

Dès sa première apparition, Tom nous est présentée avec une « figure (…) plissée de mille rides de rire » [117]{141}. Et à peine les Hobbits délivrés de l’Homme-saule et remerciant Tom Bombadil pour cela, celui-ci « éclata de rire » et leur annonce que « Baie d’Or [les] attend ». C’est « en riant » que Baie d’Or « accourut vers eux » pour accueillir quatre Hobbits qui « la regardaient avec étonnement » {145}, tout comme ils avaient été « trop surpris (…) pour parler » et répondre à l’invitation de Tom [118]{142} .
Ce n’est que plus tard que Tom expliquera : « je vous attendais. Nous avions entendu parler de vous, et nous avions appris que vous erriez par là. Nous avions deviné que vous viendriez avant peu au bord de l’eau » {148}.
Lorsque Tom entre dans la salle à manger « Il rit et, s’avançant vers Baie d’Or, il lui [prend] la main » {147}. Tom rit également en compagnie, lorsque « les cœurs et l’entrain s’élèvent bien haut », que « les voix retentissent, dans la joie et le rire » {154}. Lui comme Baie d’Or font d’ailleurs du rire une véritable thérapie : « Riez et soyez joyeux !» {145} ordonne la jeune fille de la Rivière à Frodon et ses amis, tandis qu’avec Tom elle réitère son ordre : « Rions maintenant, et soyons heureux ! » {154}.

Pourtant, il ne faudrait pas que ce rire en cache un autre, plus mystérieux, celui qui anime Tom lorsqu’il considère l’Anneau de Frodon :


— Montrez-moi le précieux Anneau! dit-il brusquement au milieu du récit.
Et Frodon, à son propre étonnement, tira la chaîne de sa poche et, dégageant l'Anneau, il le tendit aussitôt à Tom.
L'Anneau parut grandir tandis qu'il restait un moment dans la large main brune. Tom le porta soudain à son œil et rit. Pendant une seconde, les Hobbits eurent une vision, en même temps comique et alarmante, de son brillant œil bleu étincelant à travers un cercle d'or. Puis il passa l'Anneau au bout de son petit doigt et l'éleva vers la lumière de la chandelle. Pendant un moment, les Hobbits ne remarquèrent rien d'étrange. Puis ils eurent le souffle coupé: il n'y avait aucun signe de disparition de Tom!
Tom rit de nouveau, puis il lança l'Anneau en l'air - et celui-ci disparut dans un éclair. Frodon poussa un cri, et Tom se pencha en avant pour le lui tendre en souriant.
[130]{155}

Intéressant aussi de remarquer que juste après leur avoir « appris une poésie à chanter si, par malchance, ils rencontraient quelque danger ou difficulté le lendemain », Tom « donna à chacun une tape sur l’épaule », une tape « accompagnée d’un rire » ; quatre tapes sur l’épaule de chaque Hobbit, et donc quatre rires, rires sans aucune explication puisqu’« il les ramena à leur chambre » immédiatement [131]{156}. Or nous savons que le danger des Hauts de Galgals frappa les Hobbits le lendemain et que Frodon eut à chanter cette poésie pour que Tom vienne à son secours.
Même sentiment d’étrangeté lorsque Tom, « sautant à bas du tertre et riant » annonce aux quatre Hobbits qu’il vient de délivrer «Vous ne retrouverez plus vos habits » [140]{166}.
Or, tout comme Tom Bombadil, « Merlin rit étrangement et ce rire intrigue » car « mythologiquement parlant, le rire sans motif apparent est signe de prescience » [Merlin ou le savoir du monde, Philippe Walter, Imago, 2000, p.147, 150] :

Merlin rit trois fois, à ce qu’on dit. Allant sur la place et voyant un homme acheter des souliers et de quoi les réparer, il rit et dit : « Il n’usera pas les chaussures et il achète de quoi les réparer ! » De même, voyant un bailli conduisant au gibet un voleur qui avait dérobé un vêtement de peu de valeur, il rit et dit : « Vraiment, voilà qui est admirable, car un grand voleur en conduit un plus petit au gibet ! » (le bailli avait en effet volé des choses plus importantes : rentes et propriétés). De même, voyant un prêtre conduire un enfant au tombeau et chanter, alors que les parents suivaient en pleurs, il rit et dit : »Je vois des choses merveilleuses car celui qui pleure devrait chanter et celui qui chante devrait pleurer (l’enfant était en effet le fils du prêtre ».
[cité par Ph. Walter dans Merlin …, p.147]

À ce moment précis, la reine traversait la grande salle en cherchant le roi. Ce dernier la reçut fort gracieusement comme il convenait quand elle s’approcha de lui. Il la prit par la main et la pria de s’asseoir. Puis, il l’entoura de ses bras et lui donna un baiser. Ce faisant, il tourna son visage vers elle et aperçut une feuille accrochée à ses cheveux. Il avança la main, ôta cette feuille et la jeta par terre en plaisantant avec son épouse. Le devin, qui avait observé la scène, laissa éclater un rire. Tous ceux qui se trouvaient à proximité (…) étaient étonnés de le voir rire (…). Le roi, également surpris, demanda à [Merlin] pris de fureur de lui faire connaître la raison de ce rire si soudain (…) Merlin garda le silence et repoussa autant que possible le moment d’expliquer son rire.
[Vita Merlini, in Le devin maudit : Merlin, Lailoken, Suibhne, sous la direction de Philippe Walter, Ellug, 1999, p.75]


Ainsi, Merlin ‘rit’ parce Merlin ‘sait’ ; Merlin rit devant l’ironie des situations offertes à sa vue et à sa connaissance de la nature, du temps et de l’histoire, dans son passé comme dans son avenir :

« J’ai ri, Rodarch, parce que (…) pendant que tu enlevais, il y a un instant, la feuille que la reine, sans le savoir, portait dans ses cheveux, tu lui étais plus fidèle qu’elle ne le fut envers toi quand elle se laissa choir dans l’herbe et quand son amant la rejoignit pour s’unir à elle. Pendant qu’elle était étendue là, une feuille tomba par hasard et s’accrocha dans ses cheveux. C’est cette feuille que tu as enlevé, ignorant tout de la situation. »
[Vita Merlini, in Le devin maudit, p.77]

[Merlin] remarqua un serviteur d’aspect misérable devant les portes : celui-ci en était le gardien et, d’une voix tremblante, il réclamait de l’argent pour s’acheter des vêtements. Aussitôt le devin s’arrêta et se mit à rire en regardant l’indigent.
(…) Rodarch [était] désireux de savoir ce qu’il prédisait par son rire (…)
« Le portier en haillons était assis devant les portes et, comme s’il n’avait pas un sou, implorait les passants de lui donner généreusement de quoi s 'acheter des vêtements. Cependant, riche à son insu, il avait un magot de pièces en argents enterré au-dessous de lui. C’est pour cela que j’ai ri. Quant à toi, fais retourner la terre qui est sous cet homme : tu y trouveras les pièces conservées depuis longtemps. »

[Vita Merlini, in Le devin maudit, p.89-91]


Le rire de Merlin « signifie la prescience d’un autre monde, d’un autre temps que le temps humain ordinaire. Ce rire signifie que le temps va s’inverser. (…) le rire (…) repose sur l’intuition d’une vérité supérieure marquée par des réactions à contretemps. Merlin ne rit pas quand il faut rire. Seul un être qui possède une vision secrète dans l’Autre Monde comme le devin peut exprimer ce rire qui confine à la plus haute sagesse. » [Merlin, p.155]


sosryko

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le 18-08-2003
à 14:21


Comment ne pas être tenté d’appliquer ce commentaire à Tom Bombadil lui-même ?
Dans cette optique, son rire ne doit plus être seulement lié à la joie qui l’anime mais également associé à « la connaissance des plus hauts secrets de l’univers » [Merlin, p.172]. Ainsi s’explique son rire ‘décalé’ lorsqu’il contemple l’Anneau. Son rire n’est pas là un rire d’amusement mais un rire prophétique : alors qu’il tient l’anneau « dans sa large main brune », alors qu’il « le porte soudain à son œil », Tom « rit » : il sait à cet instant que l’entreprise de Frodon, si dangereuse et à peine commencée, sera un succès, il sait à cet instant que l’Anneau sera détruit et la Terre-du-Milieu sauvée. N’existant déjà plus aux yeux de Tom le devin, l’Anneau a beau « paraître grandir » pour tenter de le séduire, il n’a aucun pouvoir sur lui. Alors « Tom rit de nouveau », puis, comme annonçant sa destruction prochaine, « il lance l’Anneau en l’air – et celui ci disparaît en un éclair » [130]{155}.
Et Tom d’apprendre aux Hobbits le chant d’appel au secours parce qu’il savait ce qui allait advenir dans les Hauts des Galgals. Pourquoi alors ne rien dire ? mais parce que l’épreuve des Galgals étaient nécessaire pour former le courage et la détermination de Frodon. Lui qui, deux jours auparavant, sous le toit de Tom, « se demandait s’il aurait jamais le courage de quitter la sécurité de ces murs de pierre » {149}, face au « danger final », allait découvrir et faire « germer » cette « graine de courage cachée « en son « cœur » {162}.
Rire prophétique de Tom, encore, lorsqu’il annonce aux quatre Hobbits qu’ils ne retrouveront plus leurs habits ; et les Hobbits s’en rendent peut-être compte du sens caché de ses paroles puisque Pippin, « partagé entre la perplexité et l’amusement » lui demande « Que voulez-vous dire ? (…) Pourquoi pas ? » [166] ; or la réponse de Tom à cette question simple sur un sujet qui, en apparence, semble l’être tout autant est énigmatique : « Vous vous êtes retrouvés, sortis de l’eau profonde. Les vêtements ne représentent qu’une petite perte, quand on échappe à la noyade. (…) Jetez ces froids lambeaux ! » Tom sait qu’il faut savoir déposer les vieux habits et ne pas s’attacher au passé lorsqu’on part dans une quête tellement liée à la découverte de soi. Peut-être Tom sait-il déjà que Merry se tiendra aux côtés du roi Théoden, avec « un bouclier rond » portant « l’emblème de cheval blanc », « un justaucorps de solide cuir, une ceinture et un poignard » [785] ; de même Tom verrait alors Pippin devenu gardien de la Citadelle, au service de Denethor, « revêtu d’étranges habits, tout de noir et d’argent », avec « un petit haubert, dont les anneaux étaient forgés d’acier peut-être, mais noirs comme le jais ; et un casque à haut cimier avec de petites ailes de corbeau de chaque côté, portant une étoile d’argent au centre du bandeau », « par-dessus la côté de mailles, (…) un court surcot noir, mais brodé sur la poitrine de l’emblème à l’Arbre en argent » [789]… à moins qu’il ne le voit déjà chevalier du Gondor et messager du Roi Elessar.

Le rire de Tom n’est certainement pas si anodin et léger qu’il y paraît à la première lecture. Et la Vie de Merlin (Vita Merlini), de Geoffrey de Monmouth, un texte essentiel pour la théorie du rire prophétique de Merlin, pourrait être un autre texte qui, plus ou moins consciemment, à influencé Tolkien dans la description de Tom Bombadil. Car ce texte recèle plusieurs thèmes qui sont autant de passerelles entre Merlin et Tom Bombadil.

Ainsi, Geoffrey de Monmouth « conserve au héros la dimension héritée des traditions celtiques d’un Merlin ‘ensauvagé’ (…) qui développe ses dons prophétique au contact de la nature et des bêtes des bois. » [Le Merlin en prose, Emmanuèle Baumgartner et Nelly Andrieux-Reix, Puf, 2001, p.20]. Et si, au début du texte, Merlin « était célèbre de par le monde, étant roi et devin » [Vita 20-21], très vite il devient un Homme des Bois. La raison est très intéressante. En tant que roi, il était un des chefs de guerre des Bretons. Au cours d’une terrible bataille contre les Scots (Irlandais) aux côtés des rois écossais Peredur et Rodarch, Merlin se trouve confronté à l’horreur de la guerre : il perd trois de ses frères lors de « la terrible bataille », alors que « les bataillons s’affrontaient », que « les ennemis se donnaient mutuellement des coups mortels », que « le sang coulait de toute parts et [que] des hommes mouraient dans les deux camps » [Vita Merlini, in Le devin maudit, p.59-61].

Merlin pleura trois jours entiers. Il refusait toute nourriture tant la douleur qui le consumait était immense. Soudain, alors qu’il faisait retenir ses plaintes nombreuses et répétées, un nouvel accès de fureur le saisit : il se retira en secret et s’enfuit vers la forêt, ne voulant pas être aperçu dans sa fuite. Il pénétra dans le bois, heureux de s’allonger et de se cacher sous les frênes. Il admira les bêtes sauvages paissant l’herbe du sous-bois. Tantôt il les poursuivait, tantôt il les dépassait dans leur course. Il se nourrissait de racines de plantes, d’herbes, des fruits des bois comme s’il était consacré à la forêt. [Vita Merlini, in Le devin maudit, p.61-3]

Le régime végétarien et la vie dans les bois n’est pas sans rappeler le régime et le mode de vie de Tom ; tout comme l’admiration de Merlin pour les animaux rappelle les études zoologiques de Tom lors de ses ballades en forêt.
Geoffrey de Monmouth poursuit en décrivant un marcheur qui rencontre Merlin en pleine forêt ; « Merlin prit la fuite et le voyageur le suivit sans pouvoir rattraper le fuyard » [Vita 117-8]. Là encore, cette facilité avec laquelle Merlin se déplace en forêt au point que personne ne peut le suivre rappelle avec quelle rapidité « Tom disparut devant [les Hobbits], le son du chant se faisant de plus en plus faible et lointain » {142}.
Mais revenons aux raisons qui ont poussée Merlin à se réfugier dans la forêt : les horreurs de la guerre. Ces horreurs ne sont-elles pas des blessures dans la mémoire de Tom qui, s’il ne les a pas causées comme Merlin, en a été témoin ? la folie de la guerre, dans le texte de Tolkien, conduisant à des êtres contre nature comme les Êtres des Galgals :
Des murs verts et des murs blancs se dressaient. Il y avait des forteresses sur les Hauts. Des rois de petits royaumes se battaient entre eux, et le jeune soleil brillait comme du feu sur le métal rouge de leurs neuves et avides épées. Il y avait des victoires et des défaites; et des tours tombaient, des forteresses étaient incendiées et des flammes montaient dans le ciel. De l'or était entassé sur les catafalques des reines et des rois morts; et des tertres les recouvraient et les portes de pierre étaient closes; et l'herbe poussait sur le tout. Des moutons s'avancèrent un moment, mais bientôt les collines furent de nouveau vides. Une ombre sortit de sombres endroits au loin, et les ossements s'agitèrent dans les tertres. Des Êtres de Galgals errèrent dans les creux avec un cliquetis d'anneaux sur des doigts froids et de chaînes d'or dans le vent. Des cercles de pierres grimaçaient de la terre comme des dents brisées dans le clair de lune. [128]{152-3}

Le pacifisme de Tom n’a peut-être rien à voir avec un pacifisme de nature ; à l’instar de Merlin, il pourrait très bien s’expliquer comme le résultat d’une réflexion face à l’Histoire de la part de Tom, témoin de la venue des Grandes Gens et de l’arrivée des Petites Personnes, de la montée de rois, de leurs multiqples chutes sanglantes et de leur remplacement par les Êtres des Galgals {153}.

soryko

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le 18-08-2003
à 14:33


Toujours dans la Vita Merlini, Merlin a une sœur qui s’appelle Ganieda et une femme nommée Gwendolyne. Plus généralement, comme le critique W. A. Nitze le note, Merlin est « souvent entouré de femme dont le nom (Gwendoloena, Ganieda, Gwendydd) comporte l’élément gallois gwyn qui signifie ‘blanc’ » [Merlin…, p.175]. Ainsi, « le nom de la femme de Merlin s’explique par le gallois gwenn ‘blanche’ et elain ‘la biche’. Elle est donc ‘Biche-blanche’ » [Le devin maudit, p.69]. Voilà qui nous ramène à Baie d’Or aux « bras blancs » {145} et aux mains blanches comme le blanc des coquillages {154}, telle une primitive Yseut aux Blanches Mains.

Merlin, dans plusieurs textes dont celui qui nous intéresse ici, est lié au pommier, « arbre magique, (…) dispensateur d’un pouvoir sacré (…) lié au pouvoir magique de la parole » [Le devin maudit, p.30]. Dans le texte de Monmouth, il se plaint de l’hivers qui « n’autorise ni la terre à produire ses fleurs aux multiples couleurs, ni le chêne à produire ses glands, ni les pommiers leurs pommes rouges » [Vita 153-4]. Or Tom Bombadil est également associé au pommier ; de par son physique avec « sa figure d’un rouge de pomme mûre » {141}, mais aussi par la « douce odeur » que répand dans sa maison le feu « dans la vaste cheminée », « comme s’il fût fait de bois de pommier » {147}.

Est-il besoin de rappeler que, dans la geste du devin, si nous nous autorisons à quitter la Vita Merlini, Merlin, est, tout comme Tom, un homme « sans père » ? Avant même que Robert de Boron n’en fasse le fils du diable, il était associé par Geoffrey de Monmouth dans l’Historia regum Bitanniae à Ambrosius, « l’enfant sans père » d’une prophétie destinée au roi breton Vortigern en lutte contre les saxons [Merlin, le veilleur du temps, Michel Brasseur, éditions errance, 2002, p.11-18]. Si on relève que Merlin-Ambrosius vient du grec ambrosios qui signifie ‘immortel’, on retrouve un Tom Bombadil sans père et sans âge « qu’on appelait Iarwain Ben-adar, le plus ancien et le sans-père » {293}, « l’Aîné » des hommes {153}.

N’oublions pas non plus l’amour qui lie Merlin à Viviane. Viviane (ou Niniane, forme équivalente, certainement primitive) qui est sans aucun doute possible liée à l’eau.

(…) le nom de Niniane rappelle (…) celui d’une rivière appelée Ninian passant en lisière de la forêt de Brocéliande. Peut-être faudrait-il envisager une relation de Ninian avec le thème indé-européen nigw « laver », représenté en grec par nizein « nettoyer en frottant », le sanskrit nenekti « il lave », l’ancien irlandais nigid. Ce thème donne le nom de la nixe, « nymphe des eaux ».
[Brocéliande ou le génie du lieu, sous la direction de Philippe Walter, Presses Universitaires de Grenoble, 2002, p.169]

Souvenons-nous également que Viviane est la Dame du Lac dans certaines versions. « Ce lac est son domaine privilégié. Elle lui appartient autant que le lieu lui appartient » [Brocéliande, p.172].
Et nous voilà revenu au personnage de Baie d’Or, fille de la rivière Tournesaule, rivière qui, tout comme la Ninian vis à vis de Brocéliande, est liée à la Vieille Forêt. Baie d’Or tellement proche de l’eau de cette rivière et de l’étang qu’elle nourrit qu’on pourrait penser que c’est une des raisons majeures pour laquelle Tom habite toujours là, avec elle, malgré la présence des Hauts des Galgals et de l’Homme-saule. N’oublions pas cet étang où vivait Baie d’Or et où tout à commencé entre elle et Tom (ATB), au point qu’il est devenu un véritable lieu de pèlerinage pour les amoureux :
Chaque année, à la fin de l'été, je vais les chercher pour elle, dans un grand étang profond et clair, loin en aval du Tournesaules; là, ils s'ouvrent les premiers au printemps et là, ils durent le plus longtemps. Près de cet étang, jadis, j’ai trouvé la fille de la Rivière, la belle jeune Baie d’Or, assise dans les joncs. Doux était son chant, et son cœur battait ! {148}

Il y a là un véritable attachement à la rivière et à l’étang, lesquels, finalement, délimitent le domaine de Tom. Voilà qui n’est pas non plus sans rappeler « l’enserrement » de Merlin par Viviane et ce cercle magique qu’elle trace autour de lui, définissant les fondations d’une tour d’air infranchissable, véritable « prison d’amour » [Brocéliande, p.170-1].

Enfin, le retrait dans la forêt et le refus de vivre trop près des hommes ne se rencontre pas seulement dans la Vita Merlini :

Dans le Didot-Perceval [ou encore le Perceval en prose] Merlin décide de son plein gré de se retirer du monde, après avoir atteint un degré élevé de spiritualité. (…) [Et] dans le Livre de Taliesin, Finntan, un des avatars de Merlin, est associé (…) à Élie et Énoch.
« Beaucoup croient que Finntan a été transporté, dans un lieu secret et divin, tout comme Énoch et Élie ont été enlevés au paradis. »
(…)
Or Élie (…) admis au ciel, (…) revient parmi les hommes de temps en temps, courant, comme Merlin, les routes avec des compagnons qui ne le reconnaissent pas. Comme Merlin, il rit sans raison apparente, car il connaît la vérité des choses avant qu’elle n’éclate aux yeux des hommes. Ce n’est sans doute pas par hasard si le clerc à qui Merlin dicte ses prophéties dans son ‘esplumoir’ a pour nom Maître Hélie…

[Merlin, le veilleur du temps, p.87]

Il était inévitable que la figure initialement celtique de Merlin se christianise au cours du temps ; inévitable qu’on le compare aux figures bibliques enveloppées de mystère telles Énoch, Élie et Melchisédek (John Matthews, Blanford 1995, cité par Brasseur p.87). Ne soyons donc pas étonnés si Tom Bombadil, lui aussi, partage des points communs avec le plus mystérieux des trois, Melchisédek.

Sosryko

Cirdan
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le 18-08-2003
à 16:45

Eh bien! Le Sosryko nouveau est arrivé! Et toujours aussi instructif... J'espère pour toi, cher Sosryko, n'être pas le seul de retour de vacances, car ton travail mérite beaucoup plus qu'un lecteur (qui, cela dit, est pour sa part enchanté!)

C'est donc finalement un bonheur que revenir de vacances pour lire ces excellentes pages! Plus encore que le point sur Baie d'or/Kyllikki et le "motif du chanteur bondissant", c'est les rapports entre Tom et Merlin qui me séduisent. Car si les points communs évoqués dans les deux premières parties (sont-elles les dernières en lien au Kalevala?) sont bien réels, ils sont un peu plus évasifs et paraissent moins largement cohérent que ceux de la superbe partie sur Merlin.

Celle-ci est très intéressante pour plus d'une raison. Entres autres, j'avais déjà eu l'occasion de m'interroger sur le rire de Tom, mais je n'avais qu'en tête, sur la question du rire médiéval, celui que Bakhtine nomme "carnavalesque" qu'on trouve principalement dans les fabliaux et le roman de Renart. Or ce rire est porteur soit d'une inversion des valeurs soit d'une indifference à la morale (comme l'image de Renart trônant sur la Roue de Fortune). Je ne trouvais pas que cela corresponde au rire de Tom,bien que celui-ci eutquelque chose de fou, mais j'avais oublié le rire 'préscient' de Merlin chez Montmouth. Merci!

un fidèle lecteur,
Cirdan

sosryko
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le 18-08-2003
à 17:58

Bonjour, cher Laurent :-))
...et content que ça te plaise ;-)
Une rque avant la suite pour te dire que tu as raison : si l'essentiel du mystère dans le rire de Tom/Merlin est à associer au rire prophétique, il reste qu'une partie du rire de Tom est carnavalesque parce qu'une partie du rire de Merlin est carnavalesque :

"Tout un enseimble de rites de Carnaval est explicitement destiné à faire rire. Or, la Chandeleur/St Blaise (2 et 3 février) tombe toujours en plein Carnaval. Le personnage de Merlin, conçu le jour de la St Blaise, se trouve mythiquement et rituellement associé à cette mythologie du rire et de Carnaval."
[Ph. Walter, Merlin ou le savoir du Monde, p.149]


III. Bombadil et Melchisédek

III.1 – Melchisédek

Melchisédek est une figure biblique des plus obscures : sorti de nulle part, il apparaît, auréolé de mystère, dans trois versets seulement du chapitre 14 de la Genèse, au milieu du cycle d’Abraham, pour disparaître aussitôt…
Le chapitre 14 de la Genèse (v.1-4.5-12) commence par la description de deux véritables « guerres mondiales » [Abraham et sa légende, Walter Vogels, p.158] des « quatre rois contre cinq » (v.9), les quatre rois despotes de l’Est menés Kedorlaomer et la coalition de cinq rois révoltés de Canaan sous la direction des rois de Sodome et Gomorrhe. Le succès de Kedorlaomer est total et, à la fin de la seconde campagne, « [prenant] toutes les biens de Sodome et Gomorrhe et tous leurs vivres » (v.11), les quatre rois « s’en allèrent [en prenant] Lot, le neveu d’Abraham, et ses biens » (v.12). Abraham réagit aussitôt : « il arma trois cent dix-huit de ses plus braves serviteurs » et « il poursuivit les rois » (v.14), traversant toute la Terre Sainte, depuis Mambré (v.13) « jusqu’à Dan » (v.14), et au-delà, jusque dans la région de Damas (v.15), rétablissant la justice : il « battit » (v.15) les rois de l’Est qui avaient, par deux fois, « battu » (v.5.7) les cinq rois, « ramenant » tout ce qui avait été « pris » (v.16 « il ramena tous les biens, il ramena aussi son frère Lot et ses biens »). C’est alors que Melchisédek entre en scène, personnage important, puisqu’au centre d’une construction en chiasme avec, en périphérie le roi de Sodome (v.17.21) [Abraham, p.164]:

17 Après qu’Abram fut revenu vainqueur de Kedorlaomer et des rois qui étaient avec lui, le roi de Sodome sortit à sa rencontre dans la vallée de Schavé, qui est la vallée du roi.
18 Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin: il était prêtre du Dieu Très-Haut.
19 Il bénit Abram, et dit:
        « Béni soit Abram par le Dieu Très-Haut, créateur du ciel et de la terre!
20       Béni soit le Dieu Très-Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains! »
Et Abram lui donna la dîme de tout.
21 Le roi de Sodome dit à Abram: « Donne-moi les personnes, et prends pour toi les richesses. »

22 Abram répondit au roi de Sodome:
        « Je lève la main vers l’Eternel, le Dieu Très-Haut, créateur du ciel et de la terre,
23 je ne prendrai rien de tout ce qui est à toi, pas même un fil, ni un cordon de soulier, afin que tu ne dises pas: J’ai enrichi Abram. Rien pour moi! »


À l’acte d’Abraham, motivé par l’attachement familial et la justice, répond l’apparition de Melkisédek don le nom signifie « Roi de Justice ». Cette même apparition marque la fin de la guerre puisque Melkisédek est le « roi de Salem », c’est à dire le roi de la Paix (par l’homophonie entre shalem et shalom ; cf. He 7 :2 et Philon Leg All III 25-26 §79-82)
Melchisédek est « prêtre du Dieu Très-Haut, créateur du ciel et de la terre ». Cette invocation au Dieu « créateur » a toute une tradition à interpréter le personnage de Melkisédek comme modèle du « prêtre païen, idolâtre, qui a été frappé par la vision du ciel et de la terre et a découvert l’existence d’un dieu créateur » [La Bible d’Alexandrie, 1.La Genèse, Marguerite Harl, p.161].
Hormis ces trois aspects, le texte ne nous dit rien d’autre de la personne de Melchisédek. Ce qui surprend le plus, c’est l’absence de généalogie. La Bible est tellement habituée à cerner un homme par sa descendance (« A engendra B, B engendra C… ») ou bien ses ancêtres (« A, fils de B, fils de C ») qu’en ce qui concerne Melchisédek, le texte crie par son silence.
Les traditions juives et chrétiennes, bibliques comme extrabibliques ont beaucoup glosé sur ce silence, le considérant comme un mystère.
Le Psaumes 110 présente Melkisédek comme type du Messie, sous entendant que les deux sont éternels (« Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisédek » (v.4)) et les représentants d’un autre type de sacerdoce que celui des prêtres institués : en effet, Melchisédek semble connaître et servir Dieu par une révélation « naturelle » ou « intérieure », jamais explicitée dans le texte et sans rapport avec la révélation faite à Abraham ou à Israël sur le Mont Sinaï, celle qui instituera, bien plus tard, la prêtrise « officielle », de père en fils, de la tribu de Lévi.
On comprend alors également l’utilisation de la figure de Melchisédek par l’auteur de l’épître aux Hébreux pour en faire un type du Christ, se servant à de multiples reprises de Ps.110:4 pour l’appliquer à Jésus [He 5:6.10, 6:20, 7:11.15.17]. Rapportons He 7 :1-3 pour notre propos, car ces versets reprennent la tradition de Gn 14 en comblant ses silences, tout particulièrement au verset 3 :
1 Ce Melchisédek était roi de Salem, sacrificateur du Dieu Très-Haut; il alla à la rencontre d’Abraham qui revenait de la défaite des rois, et il le bénit;
2 c’est à lui qu’Abraham donna la dîme de tout. Et, en interprétant son nom, il est tout d’abord roi de justice, puis aussi roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix.
3 Il est sans père, sans mère, sans généalogie; il n’a ni commencement de jours, ni fin de vie. Et, rendu semblable au Fils de Dieu, il demeure sacrificateur à perpétuité.

À cette même période, nombreuses sont les littératures à prendre position sur la nature de Melchisédek : Philon et Josèphe voient en lui un homme valeureux et juste, mais simplement un homme, en opposition à l’exégèse de la l’épître aux Hébreux ou au courant essénien dont le manuscrit principal (11QMelch = Écrits Intertestamentaires, p.423-430) décrit un Melchisédek angélique, voire divin, dont les paroles font dire à de nombreux exégètes qu’il n’est autre que l’archange Michel ou l’Ange de l’Éternel [cf. La croyance des Esséniens en la vie future : Immortalité, résurrection, vie éternelle ?, Émile Puech, Gabalda, 1993, t.II, p.546-561]. Un autre texte retrouvé parmi les manuscrits de Qoumran fait de Melchisédek un être sans père, fils divin de la femme de Nêr, frère de Noé, placé en Éden pour le soustraire à la méchanceté des hommes et au déluge à venir (cf. Annexe B). Certaines versions du Talmud de Babylone (Codex de Munich) identifient les « quatre forgerons » [Za 2:3] au Messie fils de Davdi, au Messie fils de Joseph, à Élie et à Melchisédek, semblant impliquer par là que Melchisédek, tel Élie, fut transporté au Ciel et qu’il réapparaîtra aux temps messianiques. D’autres traditions rabbiniques identifient Melchisédek à Shem, le fils de Noé…[cf. Anchor Bible Dictionary, IV.684-686, Doubleday, 1992]

Sosryko

sosryko
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le 18-08-2003
à 18:15


III.2 – Tom couronné

On le voit, le personnage de Melchisédek, par sa mystérieuse description initiale et les interprétations multiples de sa nature qui ont suivi, évoque irrésistiblement Tom Bombadil et la volonté de découvrir un autre personnage qui se cacherait derrière ce nom.
Que l’un comme l’autre soient « sans père » et « sans âge » est encore plus intéressant ; surtout lorsque d’autres points de contact s’ajoutent.

Le texte dit bien que Melchisédek avait offert, dans un signe d’hospitalité toute orientale, un repas constitué de « pain et de vin », c’est-à-dire un repas digne d’un roi (comme le remarque Vogels en renvoyant à 1S 16:20 [Abraham, p.165]). Nous trouvons un repas similaire dans la section bombadilienne. Certes, sous le toit de Tom Bombadil, viande et alcool sont exclus, la viande car signe de violence, l’alcool parce qu’il risquerait de conduire à une joie factice. Aussi, la boisson qui accompagne le « pain blanc » {142, 147} n’est pas le vin mais l’eau. Pourtant, Tolkien précise que si « la boisson dans leurs bols semblait de la simple eau fraîche », « elle leur montait au cœur comme du vin » [123]{147}.
En gardant à l’esprit que le repas entre Melchisédek et Abraham a lieu en terre promise, ce « pays où coulent le lait et le miel », nous avons là quatre aliments chers à Bombadil. La récolte, en réalité, est plus importante que cela.
Le nombre de références « au pays ruisselant de lait et de miel » est trop important pour qu’elles soient toutes citées ici, mais d’autres références bibliques méritent une pause dans notre comparaison entre le contexte de Melchisédek et celui de Bombadil. Elles confirmeront en effet que, si les aliments de Tom se rencontrent dans le Kalevala ou dans les contes, ils sont également un écho de textes bibliques qui éclaireront en retour Bombadil et ses amis ; je pense en particulier à une prophétie d’Ésaïe que Tolkien ne pouvait pas ne pas connaître tant elle à son importance dans le Nouveau Testament (elle apparaît dès le premier chapitre de l’évangile selon Matthieu [Mt 1:23]) :

14 Aussi bien le Seigneur vous donnera-t-il lui-même un signe: Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel.
15 De crème et de miel il se nourrira, sachant rejeter le mal et choisir le bien.
(…)
22 et à cause de l’abondante production de lait, on mangera de la crème; oui, c’est de crème et de miel que se nourriront ceux qui resteront dans le pays.

Ce qui est intéressant ici, c’est que l’ordre crème/miel se rencontre à l’identique et en tête des trois listes de repas de Bombadil : « de la crème jaune et des rayons de miel » ({142, 147} et ATB 113). L’Emmanuel d’Ésaïe est rempli de paix et de douceur, à l’image de la crème et du miel dont il se nourrit ; par conséquent, il « sait rejeter le mal et choisir le bien ». Or, c’est exactement ce que Tom Bombadil fera face à la tentation de l’Anneau : Tom est tellement et naturellement bon que l’Anneau n’a aucun pouvoir sur lui.
Citons également ce passage sensuel d’une des « repas » du Cantique des cantiques (constitué non seulement de vin, de lait, de miel mais aussi de « rayon de miel ») placé sous le signe de l’amour des fiancés et de la joie du partage entre amis [Ct 5:1] :
1 J’entre dans mon jardin, ma soeur, ma fiancée; Je cueille ma myrrhe avec mes aromates, Je mange mon rayon de miel avec mon miel, Je bois mon vin avec mon lait
Mangez, amis, buvez, enivrez-vous d’amour!

Comment ne pas voir dans ce chant où « la nourriture et la boisson des amants ne sont que la métaphore de leur plaisir d’amour » [Le Cantique des Cantiques, Othmar Keel, Cerf, 1997, p.200] l’équivalent de l’invitation pressante faite à Baie d’Or à céder aux avances de Tom qui, lui aussi, associe le chant sémantique du manger et l’amour ?
But one day Tom, he went and caught the River-daughter,
in green gown, flowing hair, sitting in the rushes,
singing old water-songs to birds upon the bushes.

He caught her, held her fast! Water-rats went scuttering
reeds hissed, herons cried, and her heart was fluttering.
Said Tom Bombadil: « Here's my pretty maiden!
You shall come home with me! The table is all laden:
yellow cream, honeycomb, white bread and butter;
roses at the window-sill and peeping round the shutter.
You shall come under Hill! Never mind your mother
in her deep weedy pool: there you'll find no lover! »

[ATB 106-116]

Quant à la fin du verset (« Mangez, amis, buvez, enivrez-vous d’amour! » [Ct 5:1]), ses impératifs adressés aux « amis » (ou encore « compagnons » [TOB] ou « bien-aimés » [BJ]) évoquent les invitations de Tom ( « Venez gai dol ! Sautez, mes braves ! (…) Que le plaisir commence! Chantons en chœur ! » {143}) ou de Baie d’Or (« Venez, chers amis ! (…) Riez et soyez joyeux ! » {145}).

Revenant au repas entre Abraham et Melchisédek, il faut remarquer que « les mains qui apportent le pain et le vin sont les mains du prêtre, et la nourriture et la boisson ne peuvent être séparées de la bénédiction dont Melchisédek dispense Abraham au nom de son Dieu. » [Genesis 12-36, Claus Westermann, Fortress Press,1995, p.205] En effet Melchisédek répète par trois fois le verbe « bénir » [Gn 14:19]. A notre tour, il n’est pas exagéré de décrire la rencontre de Tom Bombadil par les Hobbits comme une véritable bénédiction. Il suffit, pour s’en convaincre, de revenir au vocabulaire de l’enchantement et de l’émerveillement ou, plus directement, de remarquer que le texte lui-même parle en deux endroits de bénédiction.
Ainsi, face aux « averses douces sur les collines desséchées » qui empêchent les Hobbits de poursuivre leur route et les ‘oblige’ a demeurer un jour de plus dans la maison de Tom, « Frodon, heureux en son cœur, bénit le temps bienveillant qui les empêchait de partir » [127]{151} Le jour de la séparation arrive malgré tout, mais Baie d’Or, dans ses dernières recommandations, ne les laisse partir qu’après les avoir béni :

— Hâtez-vous maintenant, bons hôtes! dit-elle. Et tenez-vous-en fermement à votre dessein! Le nord avec le vent dans l’œil gauche et une bénédiction sur vos pas! Hâtez-vous, tant que le soleil brille!
[133]{158}

Cette bénédiction, c’est la paix du cœur malgré l’épreuve et la fatigue. Une telle paix, Baie d’Or sait la dispenser par sa présence (« Soyez en paix maintenant, dit-elle, jusqu'au matin! » [123, 125]{147, 150}), tout comme Tom (« Ne craignez pas d'aulnes noirs! Ne vous souciez pas des saules chenus ! Ne craignez ni racine ni branche! Tom va devant vous » [118]{142}) ; et cela, à l’image de Melchisédek, qui la dispense en tant que « roi de paix ».

Nous pourrions croire que Melchisédek, présenté comme un « roi », s’éloignerait sur ce point du personnage de Tom, mais il n’en est rien. Tom n’est-il pas le « Maître » de son domaine ? de plus, Tolkien a laissé des indices associant cette maîtrise à la notion de royauté ; en effet, en deux occasions discrètes, Tom est présenté non pas avec son chapeau mais comme étant couronné de la végétation du domaine dont il est le Maître : lors de son mariage avec Baie d’Or, il est « couronné de boutons d’or » (ATB 118) tandis qu’il vient accueillir dans sa maison Frodon et ses amis avec « son épaisse chevelure brune (…) couronnée de feuilles automnales » {147}. Enfin, baie d’Or, son épouse, est comparée par les Hobbits à « une belle jeune reine-elfe » {145}. Autant de traits qui participent à l’aspect royal de Tom. De fait, les propos de Baie d’Or qui présente Tom comme le Maître sans peur (« Tom Bombadil est le Maître. (…) Il n’a aucune peur. Tom Bombadil est maître » {146}) renvoient doublement au « roi de paix » qu’est Melchisédek.

Bien entendu, comparant Tom Bombadil à Melchisédek, nous sommes conduits dans une lecture chrétienne particulière de Tom : Tom serait l’homme qui, face à la Nature, découvre Dieu et la religion « naturelle » ; on pourrait même voir en Tom, immortel et enfantin, l’unique représentant de l’homme d’avant la Chute, l’homme tel qu’il devait être dans son rapport avec la Nature dans le Jardin d’Éden. À ce propos, nous découvrirons des arguments qui me semble essentiels dans la section suivante.

En attendant, deux détails peuvent être donnés qui justifient cette lecture.
Le premier est un argument externe qui nous ramène au point de départ de notre recherche. En effet, il est temps de rappeler que le Kalevala n’est pas un recueil de ‘pure’ mythologie finnoise ; Lönnrot, de lui même, a fait entrer ces poèmes « timidement dans le monde chrétien » [Kalevala, t.II, Rebourcet, p.456]; et Väinämöinen est entraîné dans cette christianisation du mythe. L’annexe C est consacré à ce sujet. Pour nous, il nous suffit d’en rappeler le résultat : si Väinämöinen se réfère souvent, par des prières, à Ukko, le « Dieu au dessus des dieux », c’est-à-dire le « Très-Haut », « Dieu par-dessus les nuages » et Dieu « Créateur », il n’en reste pas moins indépendant de toute religion instituée, au point de se retirer de la société humaine lorsqu’une révélation nouvelle apparaît. Ainsi, de manière surprenante, Melchisédek partage avec Väinämöinen le fait que tous deux sont des adorateurs très particuliers du « Dieu Très-Haut, créateur du ciel et de la terre » car individualistes avant tout !
Le second argument est un argument interne et concerne le songe de Frodon lors de la première nuit passée sous le toit de Tom Bombadil. Ce fait me semble être capital, surtout en se souvenant que c’est juste après la rencontre avec Melchisédek qu’Abraham aura une vision, recevant une prophétie et expérimentant une impressionnante théophanie nocturne [Gn 15].
Mais il faut revenir au texte du Seigneur des Anneaux, et chercher à mieux cerner l’importance du songe de Frodon. cette étude a déjà été faite : elle se trouve dans le fuseau "Rêves et Télépathie"
(je m'abstiens de faire un lien html vers ce fuseau parce ma dernière tentative a déjà corrompu ledit fuseau :-(((...peut-être reprendrai-je cela sur ce fuseau)

Sosryko

Laegalad
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le 21-08-2003
à 08:59

Et bien voilà un exposé qui mériterait de retrouver les articles déjà présents sur ce site ! Et en plus qui me donne envie de lire ce livre sur Merlin/Laïloken, en plus des Eddas ;-)
Cedric
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le 28-08-2003
à 18:46

Bis repetitae : merci Sosryko ! ;-)

Ton analogie, ou tout au moins, la mise en évidence des ressemblances entre Merlin et Tom est particulièrement convaincante !
Saurais-tu me dire si, dans la littérature qui lui est consacré, Merlin a toujours été considéré comme un simple humain ? Comment son personnage et ses pouvoirs sont-ils acceptés et compris par ses contemporains ?
Cela pourrait, peut-être, permettre de comprendre encore un peu plus le rapprochement Merlin/Tom.


Concernant le lait et le miel, le mouvement des Croisades a connu la "popularité" que l'on sait grâce à la "confusion" que faisait les hommes d'alors entre la Jérusalem céleste et terrestre, prénant en effet cette dernière pour celle où coule, justement, en abondance le lait et le miel ?
Dès lors (attention : conclusion hâtive, sans référence aucune et certainement erronée), peut-on assimiler le Havre de Paix où "règne" Tom avec cette Jérusalem céleste, Terre Promise ???


Cédric.

sosryko
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le 28-08-2003
à 22:44

Désolé, je ne crois pas que la comparaison Jérusalem céleste / maison de Tom soit valable, car les rôles sont radicalement différent (une telle interprétation satisfairait peut-être ceux qui voient en Tom rien moins qu'Eru, mais certainement pas moi!)
Par contre, c'est de l'autre côté du temps qu'il faut regarder : il y a dans le comportement de Tom et de Baie d'Or, dans leur tolérance de tous les êtres de la Vieille Forêt et dont Tom est le Maître, dans leur innocence également, il y a là l'inocence du Jardin d'Eden, pays où l'on a vu également couler le lait et le miel, où l'ont avait un régime végétarien (n'oublions pas que Dieu avait initialement donné à l'homme toutes les herbes vertes des champs pour nourriture; or les "herbes vertes (et baies mûres)" font partie du régime de Tom!...je reviendrai sûr ce point dans une autre partie que j'ai intitulé Ouvertures, quittant les analogies mythologiques pour m'arrêter sur des détails plus discrets encore qui n'ont pas encore été traités (mais là, ce ne sera pas pour demain :-()

Quant à Merlin, à ma connaissance (mais actuellement, je ne suis pas en mesure de vérifier), il n'a jamais été un humain "normal", puisque toujours prophète et mage, ce n'est pas ce que j'appellerai un "simple humain" ;-)

Sosryko

TB
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le 30-08-2003
à 14:19

Bien que fervent défenseur, dans la très zen interrogation sur l' identité bombadilienne, de l' hypothèse d' un Eru venu jouir de sa création, je partagerai, avec Sosryko, son refus de voir, dans la gentille bicoque du brave Bombadilon, une quelconque analogie avec la très chrétienne Jérusalem Céleste...
C' est qu' on quitte, là, le stricte espace geographico-intellectuel, où se déroule le roman, pour aborder un terrain plus complexe mêlant l' auteur ( et sa réalité biographique ) et son oeuvre ( et les personnages, lieux, et événements qui la composent )...Terrain devenu, depuis quelques temps déjà, rien moins qu' habituel sur ce forum ! En d' autres termes, si on peut conjecturer à l' infini, dans le cadre restreint du seul roman, sur une possible identité masquée d' un Tom Bombadil, ne faisant d' ailleurs en cela que poursuivre une interrogation initiée par les personnages du roman ( cf: le conseil d' Elrond ), il est plus difficile, et même franchement absurde, à mon niveau de connaissance tout du moins, de faire partager cette hypothèse par l' auteur même du roman...Tolkien ne laissant, en effet, rigoureusement AUCUN indice qui pourrait, de quelque manière que ce soit, faire croire au lecteur du SdA que Tom Bombadil serait l' incarnation d' Eru ( par ailleurs quasiment absent, si ce n' est par quelques vagues allusions, du roman ) !
L' hypothèse Bombadil/Eru ne peut être envisageable qu' en TdM, à l' exclusion d' une quelconque analogie Eru=Dieu...Ce dernier étant définitivement trop humain ! ( pour ne pas dire réel...Athée, je suis, athée, je reste ! ) :)
Quant à ce que peut représenter, pour Tolkien, Tom Bombadil et son environnement, j' y verrai, pour ma part, ce que je pourrais nommer la " tentation libertaire "...Mais ceci dépasse quelque peu l' objet de ma présente intervention !
En attendant de vous infliger la démonstration d' une filliation Bakounin/Tolkien, je me joins à la multitude pour féliciter Sosryko pour ses brillantes, et colorées, interventions...! :)
TB
Laegalad
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le 28-04-2004
à 16:26

Juste pour faire remonter le bijou :)

Stéphanie - en pause pour quelques minutes, avant d'aller goûter parce que cette présentation donne faim :)

sosryko
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le 28-04-2004
à 19:30

O, Merci Stéphanie :-)))
Tu ne pouvais pas me faire plus plaisir en ce jour terrible où une année s'ajoute à la somme des années...

Sosryko
(et figure toi qu'aujourd'hui
je travaillais encore le sujet, musant
et m'amusant avec Tom : le sujet est loin d'être épuisé :-))

Laegalad
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le 28-04-2004
à 20:35

Chic :) J'étais tombée juste :) Et comme Silmo, je regrette que tu ne puisses venir à Paimpol... parce que j'ai un brouillon qui sera peut-être terminé d'ici là sur une certaine promenade en bateau... :)
Laegalad
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le 01-05-2004
à 10:11

J'ai pensé à toi, Sosryko, en plongeant avec délice dans les méandres d'un livre enfin reçu :

La plus belle des demeures serait pour moi au creux d'un vallon, au bord d'une eau vive, dans l'ombre courte des saules et des osières. Et quand octobre viendrait, avec ses brumes sur la rivière...

Te laisserais-je, te laisserais-je deviner l'auteur de ces si belles phrases, digne d'un Tom Bombadil ? Oh sans doute, sans doute le connais-tu... mais sait-on jamais :)

Stéphanie – qui va retourner avec moult grimaces à ses cours de droit...

sosryko
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le 01-05-2004
à 00:50

Génial!! :-))
Inutile que j'écrive la suite de mon étude alors ;-) si tu as découvert par toi-même l'homme ""né dans un pays de ruisseaux et de rivières, (...), dans le Vallage", dont le "
sosryko
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le 01-05-2004
à 13:03

" le plaisir est (...) d'accompagner le ruisseau, demarcher le long des berges, dans le bon sens, dans le sens de l'eau qui coule, de l'eau qui mène la vie ailleurs ", c'est-à-dire vers les autres, vers ceux qui me sont distincts, ce qui sont différnets de moi, un "moi" qui reste à sa place, qui ne convoite pas la richesse de l'autre, qui ne se dilue pas dans l'autre (en devenant eau avec l'eau, sulae avec le saule, colline avec la colline). Mais un "moi" qui accompagne et qui marche le long des berges, contemplant et s'extasiant devant la riche diversité et la beauté de la Nature, avec patience, avec sagesse, avec mesure, car également avec la conscience qu'une vie, même infinie, ne suffit pas pour embrasser "le rayon de l'infini"; une vie éternelle ne suffirait pas même pour embrasser la Colline ou le Vallage. Car "le Vallage a 18 lieues de ronde et 12 de large". C'est donc un monde." Et pourtant, ce monde, l'homme de l'eau et des rêves "ne le connai[t] pas tout entier :[il n'a] pas suivi toutes ses rivières."
Laegalad
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le 01-05-2004
à 17:31

>Inutile que j'écrive la suite de mon étude alors ;-)

Comment ça ? Mais bien sûr que si, ne crois pas t'en tirer comme ça :) Je ne l'ai reçu qu'hier, je dois en être à la quinzième page... mais la lecture coule de source, et... me servira pour autre chose que j'ai en tête... peut-être se rejoindra-t-on sur quelques chemins, Faërie est bien assez vaste pour qu'on s'y retrouve :) Car cet homme est un Poète, assurément, et il sait où trouver le Lumineux Passage, à n'en pas douter... qui sait, alors, si son livre ne me réserve pas un terrain fertile pour y laisser germer mes graines en dormance ? Ta brassée de lis d'eau rejoindra alors mon modeste petit lis, ou plutôt l'inverse, j'aime à le croire :)

Dior
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le 26-05-2004
à 10:21

J'ai enfin eu le temps de lire ce magnifique fuseau en entier. Waouw !!! A quand la suite ?
sosryko
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le 27-05-2004
à 00:17

Oulala-lala, cela fera bientôt un an que j'ai initié ce fuseau, et plus d'un ans après mes premières ballades dans la Vieille Forêt, je ne suis toujours émerveillé par la discrète beauté de VBaie d'Or et la sagesse euphorisante de Tom.
Je n'ai pas abandonné mes recherches, au contraire...mais plutôt que de poursuivre (ça démange, ça jubile, ça bouillonne, ça crépite!), c'est à une refonte que je travaille actuellement, lorsque je peux, pour poser des fondements plus solides (et étoilés [?...Non, pas que pour faire plaisir à maître yyr!])... et c'est long ;-)
Mais pour celui qui est en manque de miel et de mielée, il y a de bien belles remarques à glâner dans le forum autour de la personne de Tom et du rôle de la section bombadilienne dans le SdA (Isengar sur la section Film et bientôt ici, comme il l'a promis [merci Isengar ;-)] et Moraldandil dans la section Langues Inventées).

Sosryko
tout heureux de découvrir,
presqu'un an après, un fuseau chéri
vivant de lecture et donnant de la joie

Dior
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le 27-05-2004
à 13:18

J'ai déjà lu ces fuseaux, il ne me reste donc plus qu'à attendre ...

Soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?

ISENGAR
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le 16-08-2006
à 16:59

A retravailler discrètement mes Promenades, l'envie m'a pris de relire ce beau fuseau... ô surprise : à quelques heures près, maître Dior a également tissé un lien vers le forum Tolkiendil...

Autant le faire partager à ceux qui ne le connaissent pas encore.
Bonne (re-)lecture :o)

I.

Laegalad
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le 17-08-2006
à 09:02

...ou (re)(re)(re)(re)(ad lib.)-lecture :)
plus je le lis, plus j'apprécie, mieux je comprends... c'est un trésor qui se bonnifie avec le temps :)
Merci Isengar, et énièmes remerciements à l'auteur, même si j'ai cru un moment (contre toute attente) qu'il y avait vraiment du nouveau (ce qui, en cette période, m'eût étonnée : diantre, il y a un festin à préparer :D))

S. -- évidemment, je met ma jolie jupe violette toute neuve et des sandales, il flotte, et le train est à la bourre, exeprès pour que je me trempe bien les pieds... :)

Laegalad
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le 02-03-2008
à 20:04

Cette fois-ci, ce n'est pas Dior mais Tilkalin qui a tissé un lien vers Tolkiendil ;) Et gourmande comme je suis, vous vous doutez bien que je redévore le fuseau :D Du coup je le remonte, zou, pour le plaisir ! (et signaler qu'on ne l'a pas oublié ;))

Amusant aussi de voir qu'il y a deux ans, Isengar retravaillait déjà ses Promenades, et qu'il y a quatre ans je devais avoir une idée en tête qui m'a échappée depuis...

S. -- coïncidence ? Je parlais de jupe violette deux ans auparavant... et j'en porte une aujourd'hui :) Sans compter le joli bouquet de violettes qui embaume tout mon appart' -- ramassées à l'ombre, leurs tiges sont plus longues, leur couleur plus foncée, leur parfum plus prononcé...

sosryko
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le 05-03-2008
à 15:06

Décidément, depuis quelques années et essentiellement grâce à toi Laegalad (combien tu possèdes de jupes violettes ? ;-)), ce fuseau aime jouer au saut à l'élastique ;-)

Je suis étonné de constater que Tom et Baie d'Or accompagnent mes rêveries en Terre-du-Milieu et ailleurs depuis bientôt 5 ans ! Bien des expéditions en Vielle Forêt ont été entreprises depuis, et j'espère qu'il ne faudra pas attendre 5 autres années pour vous en faire part ;-)

Peut-être sauras-tu retrouver ton idée d'alors pour notre plus grand plaisir (mais ne nous dispersons pas trop, un autre projet de saule et de bouleau, est dans l'air il me semble ;-))

S.
dont la gorge fatiguée savoure doublement le miel bombadilien

Laegalad
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le 05-03-2008
à 15:34

Hi hi :) mais je ne suis pas la seule à le relire fréquemment, il semble ;) Et j'espère, oui, qu'il ne faudra pas languir encore 5 ans avant de voir le résultat de tes... Promenades en Vieille Forêt (et plus loin encore ?), pour reprendre le titre d'un ouvrage bien connu en ces lieux :D

Quant à l'idée, je pense avoir retrouvé ce que c'était, mais pas trop de choses d'un coup, comme tu dis :D Le saule et le bouleau m'occupent assez en ce moment ;)

Soigne bien tes cordes vocales, et si le miel ne suffit pas, le lait chaud -- plutôt que la crème ;) -- fait du bien aussi :)

S. -- De jupes violettes ? Une en lin pour l'été, et une en velours pour l'hiver, sans compter la robe d'été en lin aussi ;)

Laegalad
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le 26-06-2008
à 08:41

Up jubilaire +8h ;)
... un des plus beaux joyaux de JRRVF, ce pourquoi je le fais rebondir encore :D
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Section « Le Légendaire »
Fuseau « de la crème jaune et des rayons de miel... »

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