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Contes et métamorphoses
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Laegalad
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le 13-07-2005
à 11:44

Bien, nous ne sommes pas jeudi, mais peut-être que vous avez eu le temps de faire quelques recherches… Donc plutôt que de vous restreindre, je détache donc ce qui nous intéresse du fil précédent, pour commencer à filer celui-ci.

Intitulé "Contes et métamorphose", puisque c'est essentiellement à ces types de contes l'on s'attachera, vu comme c'est parti :)
Et placé dans Tolkien et la littérature, parce qu'il y aura des liens à tisser, d'une façon ou d'une autre, qu'elle soit "carnassière" ou féérique... Les deux ont leur intérêt, de toute manière : la "carnassière" pour les clins d'oeil, la féérique parce qu'il y a des chances que l'on tombe en plein dedans :)

Melilot le 10-07-2005 à 17:04

Pour (ne pas) répondre à ta question récurrente, Vinyamar : "qu'est-ce qu'une culture?"
Hé bé, comme tous les concepts qui relèvent des sciences humaines, celui-ci est extrêmement difficile à cerner et échappe toujours aux cadres rigides et limitatifs que toute définition impose. Si je te dis qu'elle se circonscrit pas la langue, les croyances et les pratiques sociales, par l'organisation familiale, politique et religieuse, ça reste toujours très large. Avec la définition du Larousse : "Ensemble des structures sociales et des manifestations artistiques, religieuses, intellectuelles qui définissent un groupe, une société par rapport à une autre", on n'est pas plus avancé.
Deux vérités à intégrer :
- Toute culture évolue,
- Toute culture subit des influences.
Même les cultures de chasseurs-cueilleurs contemporaines ou récemment disparues ne sont pas assimilables aux cultures préhistoriques, bien qu'elle s'en rapprochent évidemment davantage que les cultures industrielles. Ces peuples ont une histoire, et ont eu des contacts - peu importe ici qu'ils soient violents ou pacifiques - avec d'autres populations porteuses d'autres éléments culturels. Il n'existe pas de "culture pure" ou de "première culture de l'humanité". Même les Aborigènes d'Australie, vus d'ici comme un ensemble homogène, représentent plusieurs groupes, qui parlent plusieurs langues, et pratiquent des rites différents. Par ailleurs, il y a trop de lacunes, dans la recherche des origines, pour espérer pouvoir reconstituer les premières manifestations culturelles humaines. Non seulement toutes matières organiques ont disparu (bois, végétaux, peaux et cuirs, os s'il n'est pas fossilisé), mais comment peut-on prétendre reconstituer le système de croyance, la langue, la représentation du monde de ces peuples, à partir seulement de quelques traces matérielles? Ca nous échappe, ça nous échappera encore longtemps.
Les mythes voyagent, indépendamment des cultures et des peuples, comme les gens et les marchandises ont toujours voyagé (pas attendu la mondialisation, oooooh non!). Un exemple : un conte de fée russe - la princesse-cygne. On retrouve pratiquement la même histoire dans les contes thaïlandais et indonésiens : une princesse-oiseau qui perd son vêtement de plumes et est forcée de rester sur terre et d'épouser l'humain qui le lui a volé (rassurez-vous, c'est un beau jeune prince, tout de même).
Autre question : "Un écrivain peut-il créer une culture,"
Selon moi, oui et non. Oui dans la mesure où il réussit à nous dépayser, à nous faire croire en un monde où les référents sont tellement éloignés des nôtres que le lecteur en est désarçonné. (mais pour que le lecteur puisse s'identifier aux personnages, il lui faudra pourtant les rendre suffisamment proches de nous. On ne peut pas se passionner pour les aventures d'une méduse mauve avec des tentacules fluos! Pas moi, en tout cas!)
Non, dans la mesure où, quelque soit son talent, sa création ne pourra jamais être complète. même si, pour les besoins du déroulement de l'histoire, il ne nous livre ses informations que partiellement, même si, hors publication, il a élaboré pour lui même un monde beaucoup plus foisonnant et complexe, il y aura toujours des domaines qu'il ne pourra ou ne voudra traiter.
Dans le cas de Tolkien par exemple : sauf son respect, et nonobstant tous les additifs, appendices, notes de travails et ébauches publiés par son fils, ses lettres etc... il reste encore et toujours des questions en suspens, comme en témoignent les nombreux fuseaux de discussion et de question sur tel ou tel point de son oeuvre : qu'est-ce que ça mange un Elfe, à part du lembas? Comment construisaient-ils leur maisons? et leurs bateaux? Avaient-ils des champs cultivés? Et qu'y cultivaient-ils? A quoi ressemblait leur musique? (On sait qu'elle est très belle, c'est tout.) Quelle était leur organisation sociale (on parle toujours des princes, jamais des "ploucs" Elfes, sauf un peu dans Bilbo) ? Comment dit-on "Excusez-moi, pouvez-vous m'indiquer les commodités" en Sindarin, etc...
Et non aussi parce que, comme on l'a déjà dit, quelle que soit la richesse de son imagination, il puisera toujours dans quelque chose d'existant, quitte à la malaxer un peu pour ne pas décalquer. Encore chez Tolkien : oui, il a créé plusieurs cultures, mais les Rohirrims rappellent les Saxons, les Hobbits des campagnards anglais, et les Gondoriens, de son propre aveu, sont inspirés par l'Égypte ancienne (et je ne les voyais pas du tout comme ça, d'ailleurs).
Tout ça pour dire : si on peut prendre un petit coin d'Angleterre rurale du début du 20e siècle, le détacher pour l'envoyer en Terre du Milieu, bidouiller un peu en leur collant des pieds poilus, trois pieds de haut et appeler ça une Comté peuplée de Hobbits, et en plus les intégrer dans un univers de légende aux yeux duquel ils deviennent eux-même une légende (Quoi? Vous existez vraiment? Mais je croyais ...!), alors pourquoi ne pas prendre un dragon, grosse bête cracheuse de feu, dévoreuse de princesses innocentes, gardienne de trésor au regard qui tue, barbecueuse de chevaliers, et le balancer dans un univers différent où il peut être apprivoisé et utilisé comme monture?
Je n'ai lu ni les livres de Robin Hobb, ni Eragon, je ne peux donc pas discuter de leurs mondes et de leurs dragons. Mais je crois que je commence à comprendre où tu veux en venir. Si un auteur prend pour base un cadre existant - historique ou littéraire -, il ne peut pas en changer les lois, s'il crée son univers personnel, il y fait ce qu'il veut. C'est ça? Par exemple, au hasard : Lambertine. Si elle écrit une fan fics qui se passe dans la Comté, elle ne peut pas transformer le Dragon Vert en snack pakistanais, ni le Père Magotte en érudit oxfordien, ni faire de Smaug un vieux copain de Bilbo. Mais lorsqu'elle construit son propre univers, avec influences ou pas, elle est libre d'y mettre ce qu'elle veut, tant qu'elle reste cohérente avec elle-même. (hein, Lambertine? ;-P ). T'ai-je bien compris?

lambertine le 10-07-2005 à 17:33
Warf.. le Dragon Vert en snack pakistanais... tu me donnes des idées, Melilot...

Melilot le 10-07-2005 à 17:55
Le pire ... telle que j'te connais ... t'en es ben capâb'! :-D

Laegalad le 10-07-2005 à 20:18
Mélilot : Un exemple : un conte de fée russe - la princesse-cygne. On retrouve pratiquement la même histoire dans les contes thaïlandais et indonésiens : une princesse-oiseau qui perd son vêtement de plumes et est forcée de rester sur terre et d'épouser l'humain qui le lui a volé (rassurez-vous, c'est un beau jeune prince, tout de même).

Hmmm ; puis-je me permettre ? Pour la fiancée-animale (presque toujours oiselle, mais je crois qu'il existe une version africaine où c'est une guenon), on a deux types de contes : ceux où oui, c'est un prince qui capture la princesse (ou tout du moins un noble), et ceux que j'ai rencontré beaucoup plus fréquemment où c'est quelqu'un du "bas-peuple", pêcheur ou paysan, qui l'attrape. Mais de toute manière, la jeune fille finit toujours par retourner chez les siens, quand l'époux brise l'interdit (implicite ou explicite, et qui généralement concerne la nature féérique de la jeune fille qu'il ne faut pas révéler). Et il est très rare que l'époux puisse la rejoindre à la fin, et il est très rare que ça se finisse en "et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants". Généralement le bonhomme meurt très vite et dans la misère.
Par contre, dans l'autre sens, c'est à dire le conte du fiancé-animal, le fiancé reste jusqu'à sa mort avec la jeune femme, une fois les embûches passées. Alors que la fiancée animale conserve son statut de fée, le fiancé animal, lui, est souvent l'objet d'un mauvais sort dont la femme le libérera... Je connais très peu de fiancé-fé, à part celui d'un lai de Marie de France, le lai d'Yonec, où l'amant de la mère d'Yonec est un homme-oiseau venu de l'autre monde, ou plutôt du monde des "autres". Mais les fiancés "enféés" fourmillent, qu'ils soient serpents, loup, ours, taureaux ou tout ce qu'on veut suivant la région du globe, du moment qu'ils symbolisent la puissance et soient assez effrayants...
Et c'est là que je rejoins le sujet : c'est que le thème du/de la fiancé(e) animal(e) se rencontre dans tous les coins du globe, et qu'à de rares exceptions près (à ma connaissance, tout du moins), ils respectent ces deux schèmes, à savoir : la fiancée-animale est fée et rejoint son monde à la fin, le fiancé-animal est enféé et reste avec celle qui l'a libérée jusqu'à sa mort.
Et la question cruciale alors : y'a-t-il UNE culture initiale d'où dérivent tous ses contes ? M'est avis que non... seulement les humains restent humains, et gardent toujours un peu la même manière de penser :)

Melilot le 10-07-2005 à 21:22
puis-je me permettre ?
Mais sois la bienvenue! :-)
Pour ce qui est des contes eux-mêmes, de leur matière et de leur symbolisme, tu dois être plus calée que moi. Dans ce cas-ci, j'ai été frappée par la similitude des deux histoires, dans des contextes éloignés et très différents : une femme-oiseau et ses compagnes. Une rencontre la nuit au bord d'un lac. Le vol de la parure de plumes pendant que les fées se baignent. Par un beau jeune prince dans ces deux cas. La fée forcée de rester et d'épouser le prince. Sa fuite définitive suite à une inattention du prince.
Je sais qu'il en existe une version Inuit, avec une femme-phoque et, ici oui, un pauvre pêcheur. Mais dans celle-ci, la femme fait plusieurs aller-retour entre la mer et la terre, avant de plonger définitivement. Elle laisse un fils à l'homme. Il existe aussi, dans plusieurs contrées montagneuses d'Europe et du Proche-Orient (en fait, de la Turquie aux Pyrénées!), un récit de mariage femme/ours. Mais ici, la femme est capturée par l'ours qui la force à devenir sa compagne. A la fin, soit elle s'enfuit, soit elle est délivrée par des hommes qui tuent l'ours. Dans certains récits, elle a des enfants avec l'ours, qui sont parfois tués, parfois emmenés par leur mère.
Pour l'analyse symbolique du conte, je te laisse la parole :-)
Pour ce qui est des rapports et épousailles humains-animaux dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, je peux dire ceci. La frontière humanité/animalité est floue chez les peuples animistes; la plupart se revendiquent d'un ancêtre animal, mais cet animal, dans les mythes est raconté pensant et agissant comme un humain. Ils attribuent une âme ou un eprit, disons une faculté de penser, de ressentir, une volonté personnelle, à tous les phénomènes naturels qui les entourent : non seulement les animaux - qu'ils peuvent appeler "peuple" ou "gens", mais aussi les végétaux, les rochers, le vent, la pluie, les cours d'eau, absolument tout. Même les objets qu'ils fabriquent peuvent être dotés d'une personnalité. Les personnes considérées comme possédant le pouvoir de parler aux esprits, intermédiaires entre l'autre monde et celui-ci, sont censés, au cours d'une transe, avoir été unis avec un - ou une - esprit ou animal/esprit, qui restera son époux(se) jusqu'à sa mort. Ce qui ne les oblige pas systématiquement au célibat dans ce monde-ci. Parce que, évidemment, les épousailles avec un animal ou un esprit restent toujours au niveau du mythe, ou du rituel. Dans la réalité quotidienne, les humains s'épousent entre eux.
La chasse à la baleine, par exemple, chez les Inuits du Groenland, est considérée, organisée et ritualisée comme un mariage entre la baleine et l'épouse du capitaine de la baleinière.
Ce substrat animiste se retrouve effectivement dans toutes les cultures de chasseurs-cueilleurs autour du monde : Asie, Afrique, Europe, Australie, Océanie et les deux Amériques. Peut-on parler pour autant d'une unité culturelle primitive? Il est actuellement certain que les ancêtres de TOUS les Homo sapiens vivant partout sur le globe sont issus d'Afrique. Pour ces très vieux ancêtres (150 à 180 mille ans, nous n'avons aucune trace de mythe, uniquement des vestiges matériels. Ce qui ne signifie rien : on ne peut ni prouver qu'ils en avaient, ni affirmer qu'ils n'en avaient pas. d'autre part, est-il permis d'imaginer que le système animiste ait pu se perpétuer depuis l'Afrique de cette époque, et se répandre dans des milieux aussi physiquement différents, sans subir ni changements ni adaptation? D'après ce que nous savons actuellement des sociétés humaines, cela semble impossible. (Mais on a parfois de ces surprises!)
Cette réalité est troublante, en tout cas, et fascinante. A ce stade, je ne peux rien affirmer. J'attends plus amples informations de la part d'un spécialiste de l'origine des mythes. :-)

Laegalad le 11-07-2005 à 10:13
Si je me lance dans la symbolique, on dérive affreusement du sujet, parce qu'il faudrait que je donne des exemples qui n'auront plus rien avoir avec Eragon :) Mais on peut en discuter ensemble... je deviens intarissable avec ce genre de conte, mes préférés (parce que le genre Belle au Bois dormant et Blanche Neige... pfff...), et il y en a quelques uns que je peux te faire découvrir, que j'aime beaucoup ; ils sont du nord, évidemment :)
Il existe aussi, dans plusieurs contrées montagneuses d'Europe et du Proche-Orient (en fait, de la Turquie aux Pyrénées!), un récit de mariage femme/ours. Mais ici, la femme est capturée par l'ours qui la force à devenir sa compagne. A la fin, soit elle s'enfuit, soit elle est délivrée par des hommes qui tuent l'ours. Dans certains récits, elle a des enfants avec l'ours, qui sont parfois tués, parfois emmenés par leur mère.
Ah, je ne connais pas ceux-là ! Mais le schéma est différent, non ? L'ours est vraiment un ours, pas un homme transformé en ours, il semble... C'est intéressant, comme situation inversée... Faudrait que je les lise pour avoir une vue plus claire :)
Parce que... non... faut pas que je me lance... sinon je ne pourrai plus m'arrêter !
Cette réalité est troublante, en tout cas, et fascinante. A ce stade, je ne peux rien affirmer. J'attends plus amples informations de la part d'un spécialiste de l'origine des mythes. :-)
Heu... chuis p'têt' pas spécialiste, moi :) Mais j'aime bien, sûr... Cependant, là, je n'ai pas de réponses, ou plutôt, les mêmes explications que toi :) Mais ce n'est pas le plus important... c'est fascinant, certes, de se rendre compte que les contes-types sont semblables de partout, avec évidemment les variations normales, puisque le conte s'adapte au milieu où il est conté : le fiancé-animal ne sera pas chameau en Suède :) Mais l'important, c'est que les hommes se sont toujours posés les mêmes questions, et que la "réponse", ou du moins la conceptualisation de la question sous forme de conte, est semblable de partout... et après, la question-clé, mais qui à mon sens restera toujours une question, c'est : "pourquoi ?" :)

Kendra le 11-07-2005 à 12:43
Pour Melilot et Laegalad
La femme-phoque existe aussi dans les pays celtes, on l'appelle la selkie, un pauvre pêcheur lui vole sa peau de phoque tant il la trouve belle, elle l'épouse, lui laisse deux enfants mais finit par retourner auprès des siens, après avoir trouvé la peau de phoque cachée dans un coffre.
Même chose pour les femmes-cygnes : exactement la même version que le conte russe cité par Melilot, mais une version irlandaise, tout exactement en commun.
De quoi donner un peu plus d'eau au moulin de l'universalité des mythes.
Cela dit il est plus facile à un grec ou a un irlandais d'imaginer des sirènes qu'à un habitant du Tchad pour qui la première mer est à 2000km...
Kendra le 11-07-2005 à 12:49
Désolée pour le double post, je n'avais pas lu vos partie sur les ours.
Dans Arthur l'Ours et le Roi Philippe Walters donne les explications que vous cherchez sur l'ours qui enlève une femme pour "l'épouser" (enfin plutôt la violer...) mais je n'ai plus l'explication en tête.
Il y a aussi une analyse très détaillée sur les femmes-cygne. En fait de cygne ce peut très bien aussi être une oie ou une cane, et c'est toujours une femme qui prend cette apparence. Mais je vous en dirai plus quand j'aurais le livre sous la main.

Saivh le 11-07-2005 à 13:29
Eh Kendra, les grands esprits se rencontrent, j'allais justement parler de ces chères Selkies. Et c'est vrais que les palmipèdes sont (et les oiseaux en général, regardez la Morrigane) associes aux femmes, et ce depuis au moins l'Age du Bronze, même si c'est vraiment flagrant a l'Age du Fer. Des centaines de légendes galloises et irlandaises y font référence et ces femmes-oiseaux sont aussi bien bénéfiques (cygnes, Cuchulainn et la femme-cygne qu'il blesse d'un coup de fronde; MacOg ou Oghma et sa bien-aimée) que negatives et destructrices comme le sont les grues. D'ailleurs, le signification est telle que l'on se demande si tous les mors de chevaux de l'Age du Fer en Irlande (hi hi, ca me fait rire, j'ai écrit une thèse là-dessus l'année dernière et je n'aurais jamais cru y retourner, ah ah :-D), et qui sont caractéristiques, justement parce qu'ils portent des représentations de palmipèdes, n'avaient pas en plus de leur but pratique une "protection magique" grâce a ces représentations. Comme en plus, le cheval est lui aussi associe a la femme... La boucle est bouclée. (Je me relis et je trouve que dans le feu de la passion je manque de structure mais zut, l'ordi va bientôt s'éteindre et je n'ai pas le temps de corriger). C'est vrai que ces femmes-palmipedes se retrouvent dans de nombreux lieux en Europe, l'exemple le plus flagrant est un exemple historique: les oies du Capitole, dédiées a Junon (les sales bêtes :-)). Bon, les nets cafés imposent leur timing, mais c'est un plaisir de lire ce fuseau (mis a part quelques dérapages) et j'ai hâte d'avoir le temps de revenir vous lire.

Melilot le 11-07-2005 à 20:23
dérapages? Quels dérapages? :D Quelqu'un a parlé de Tom Bombadil??? ;-P

Melilot le 12-07-2005 à 12:25
Quelques précisions complémentaires concernant l'union femme/ours.
Une référence incontournable : la thèse de Jean-Dominique LAJOUX, parue chez Glénat en 1996, L'homme et l'ours. Vous pouvez trouver un compte-rendu critique en ligne ici. (Utile, parce que malgré une appréciation positive, il signale toutefois quelques erreurs, approximations, amalgames et omissions, bonnes à connaître).
Oui, Laegalad, dans ce cas, il s'agit bien d'un ours, pas d'un humain enféé, ni d'un homme-fé sous une peau d'ours. Le récit lui prète pourtant une personnalité humaine : l'ours est doté de parole, de pensée, de volonté, de sentiments.
Je l'ai refeuilleté vite fait ce matin : cette légende est répandue également hors d'Europe, et il en existe plusieurs variantes. Parfois il s'agit bien du viol d'une femme par un ours, mais dans certains cas, c'est plutôt comme Eol et Aredhel : elle est kidnappée, mais ravie de l'être, et choisit de rester avec l'ours. Dans certaines versions, il s'agit même d'un sauvetage : la femme est perdue, seule et en danger. Elle est recueillie et nourrie par un ours et reste avec lui par reconnaissance et affection. D'après l'auteur, le conte de Boucle d'Or serait une descendance édulcorée de cette dernière version.
Dans plusieurs cas l'ours et la femme ont une progéniture. C'est ici qu'on rejoint les dragons, et que le compte-rendu où je vous envoie apporte des précisions : le fils de cette union est un personnage connu "de l'Europe à l'Indonésie" qui va "dans l'Autre Monde combattre un dragon et délivrer une princesse"(p. 301).
'tferdekke! ça devient passionnant! les filles : j'en attends plus sur les femmes-oiseaux autour du monde. (Oui-oui, je chercherai aussi!) :-)

Melilot le 12-07-2005 à 12:30
Mgnuff? mais pourquoi ce *** lien ne marche pas? je croyais pourtant avoir appris à les faire! Même que ça m'a pris une matinée!!! Bon je réessaie, et pour plus de sureté, je vous donne aussi l'adresse.
http://www.persee.fr/showPage.do?zoom=0&urn=hom_0439-4216_1998_num_38_148_370618&pageId=hom_0439-4216_1998_num_38_148_T1_0301_0000
et le lien : gnnnnlà!

Kendra le 12-07-2005 à 12:30
LOL et ça y est, on tient les parents de Beorn !
Est-ce que les hommes-ours ont un quelconque lien avec les bearsekers ?

Melilot le 12-07-2005 à 12:31
Ah! TOut de même!

Melilot le 12-07-2005 à 12:32
Oups! Kendra ... on s'est marché dessus! :-)
Je ne sais pas. Les Berserkers ne sont-ils pas plutôt assimilés aux loups?
Laegalad le 12-07-2005 à 13:01
Non, berserk, c'est bien lié aux ours... mais il existait aussi des guerriers qui revêtait une peau de loup et luttait de la même manière qu'eux, en meute, alors que les berserker avaient plutôt tendance à lutter à la façon des ours, en solitaire... Je ne trouve pas leur nom (ou plutôt, je ne tombe que sur des trucs de jeu de rôles ou des machins ésotériques à la noix, donc niveau légitimité des dires, on fait mieux...), mais celui des guerriers-loups doit être lié à une racine ulf ou dans le même genre. Mais arg, je ne suis pas chez moi, je n'ai plus aucune référence ! Et je propose de créer un nouveau fil, ailleurs... Voulez-vous attendre jeudi, que j'ai le temps de faire ça propre et beau avec de jolis codes bien lisibles ? J'essaye ce soir, mais je doute trouver le temps, entre le jardin et les bestioles...

sosryko le 12-07-2005 à 13:06
Je sors mon Rudolf Simek -- le merveilleux dictionnaire est heureux de vivre à nouveau (t. I, p. 61) :
Berserkr (vieux norrois, pl. berserkir) vient de ber- : « ours » et de serk : « chemise, peau »
À ne pas confondre avec les Úlfheđnar, « ceux qui sont dans une peau de loup », fréquemment cités avec les berserkir, au point que Snorri Sturlurson semble les confondre dans l’Ynglingasaga, §6 : « les hommes d’Óđinn allaient (à la bataille) sans cuirasse et ils étaient enragés comme des chiens et des loups, mordaient leurs boucliers et étaient plus forts que des ours ou des taureaux. Ils abattaient les gens, mais eux-mêmes, ni le feu ni le fer ne les blessaient ; on appelle cela “fureur de berserkr” (berserksgangr) ».
(rque : l'élément ber- a été mal interprété par Snorri et par la recherche ancienne qui l'ont compris comme berr : "nu" ("ils allaient sans cuirasse") et le fait que Tacite ait mentionné des guerriers germaniques nus a étayé cette interprétation, mais il s'agit en fait de guerriers habillés de peau tels qu'ils sont déjà représentés sur les plaques de casques suédois de l'époque de Ventel (Torslunda: VIe-VIIe s.))

sosryko le 12-07-2005 à 13:07
Croisé, Stéphanie, nous avons ;-)

Melilot le 12-07-2005 à 13:37
Yesss! OK, on attends t'attends, Stéphanie, et jeudi on ouvre un fuseau là-dessus.
Ohlala! Ohlala! c'est fou comme ça redémarre. On va attirer du monde avec ça, les gars!
Kendra le 12-07-2005 à 22:19
Comme promis, le contenu sur l’ours du livre de Philippe Walters. Bon évidemment il y en a pour une quinzaine de pages, donc c’est pas évident à retranscrire en court.
Je commence par confirmer l’origine des bearsekir, les « guerriers à la chemise d’ours ». L’ours est le symbole du guerrier, même dans les îles britanniques où on ne rencontre pas cet animal, il avait déjà cette réputation. Arz est la racine celtique, à rapprocher de l’islandais art et de l’indo européen *rktos.
Je vais citer la suite, puisque je ne connais pas le livre dont il est question « dans la Folie d’Oxford, les habitants de Tintagel présentent e fou Tristan comme le fils d’Urgan le Velu. Ce personnage dont le nom est à mettre en relation avec celui de l’ogre est une créature ursine à l’origine mythique très marquée. Lancelot, Tristan et Arthur seraient autant de Bärensohn, c'est-à-dire de « fils de l’ours », ce qui semble être la désignation générique d’un type particulier de héros indo-européen, fils d’une femme enlevée et violée par un ours équivalent d’une figure divine ».
Chez les peuples comme les Lapons, les Sibériens, et les Aïnous au Japon l’ours est un animal sacré. Les sibériens le désignent toujours par paraphrase « le vieux noir », « le maître de la forêt », « la bête noire ». En fait ils évitaient de désigner l’animal par son vrai nom, à cause de son caractère sacré.
Au carnaval d’Ebense en Autriche on promène un ours conduit par un homme qui remplace le chamane. Pour Walters « le montreur d’ours n’est que la forme folkloruisée d’un antique rapport au sacré où le guide chamane pouvait entrer en communication avec les esprits et conquérir grâce à l’ours des pouvoirs surhumains, de guérison par exemple ».
Je n’arrive plus à retrouver l’origine, mais j’ai lu quelque part une tradition de carnaval où des garçons se déguisent en ours avec des tissus bruns et poilu et effrayent les jeunes filles en leur courrant après et en les arrosant. Le texte où je l’ai lu donnerait cette habitude comme une version édulcorée et folklorisée du viol d’une femme par un ours pour donner naissance à un héros.

Sur les femmes palmipèdes, Walters rapproche le nom d’Ygraine du gaulois « garan » c'est-à-dire grue. Les trois grues seraient une personnification de la triade des visages de la déesse-mère. Dans la mythologie grecque Gerana, une femme pygmée recevait des honneurs divins, et comme elle ne reconnaissait pas les autres dieux, Héra l’a changea en grue.
Il fait d’autres rapprochements avec les noms orthographiés différemment Yguerne, Igerne, Iguerne, Igraine seraient proches du vieil irlandais « gigren »c’est à dire « oie ».
La fée-oie est pour les celtes une des figures de la déesse-mère.
Brigit, déesse celtique christianisée en sainte porte des noms associés aux oiseaux : Fand, hirondelle, Bodb, corneille, Dana qu’il rapproche du latin « anas » c'est-à-dire canard.
Des témoignages archéologiques confirment : dans les sources de la Seine a été retrouvée une petite déesse celtique sur un bateau à tête de cane !!!! (Galadriel ?), et la « Brigit du Ménez-Hom » porte un casque à cimier représentant un cygne ou une oie prenant son envol.
Pour Walters toujours, en mythollogie, cygne, oie et canard sont équivalents. Le sanskrit « hamsa » désigne aussi bien le sygne, l’oie ou le canard.
On se rappellera des enfants de Lyr, changés en cygnes par leur belle mère, et c’est la sœur aînée qui veille sur ses trois frères cadets en les abritant sous ses ailes et sa poitrine.
La walkyrie Svanhit était elle aussi une femme-oiseau.
La cigogne serait aussi un de ces oiseaux mythiques, Walters associe son rôle de porteur de bébé parce qu’elle est un oiseau migrateur qui fait le lien entre deux mondes, que les anciens auraient pris comme le monde des vivants et celui du séjour des âmes. En effet les animaux qui disparaissaient en automne pour réapparaître au printemps étaient considérés comme des « psychopompes » c'est-à-dire qu’ils faisaient circuler les âmes. On considérait plus ou moins que les oies ramenaient le printemps et donc la vie. Une légende normande dit que le château de Pirou se sont changées en oies pour échapper aux envahisseurs normands, et reviennent au château tous les ans en mars pour y faire leur nid.
Bon...y'avait un peu de berserk par ici mais c pas grave on continuera avec Laegalad plus loin.

Amusez-vous en m’attendant :) Je sais où chercher pour ma part, mais il faudra que je fasse un tour à la bibliothèque de chez moi, il me manque des textes… Ou du moins, je les ai en anglais, mais autant avoir un corpus français…

Laegalad
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le 13-07-2005
à 11:46

J'oubliais : quelques sujets avaient été effleurés sur le forum :
Qu'en est-il des Loups-Garous, où l'on retombe sur Beorn.
Et Beorn (par ailleurs, une intervention de ta part, Mélilot… t’es-tu procurée l’étude sur Beorn de Anders Stenström ?)
Saivh
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le 13-07-2005
à 12:36

Puisqu'il parait que c'est ici qu'on a demenage... Je transporte donc ce que j'ai ecrit ailleurs:

"C'est vrai que dans les "Iles Britanniques" (vraiment desuet et politiquement depasse comme terme) on ne trouve plus d'ours. Mais comme les sangliers et les loups, si, a une epoque il y en a eu. Ils ont depuis allegrement passe l'arme a gauche, mais, oui, il y en avait.
Des petites deessees (de type gallo-romain en plus) comme la Sequana que Kendra mentionne (qui est, elle aussi, une ravissante petite statuette gallo-romaine) sone en effet courantes sur le Continent, mais on en trouve aussi en UK. Les cours d'eau sont aussi associes a des divinites feminines, donc voila d'une pierre deux coups.

Et les grues sont bien entendu des oiseaux dits negatifs car il representent l'apect destructeur de la divinite qui, si elle peut donner la vie donne aussi la mort car les deux sont bien entendu lies, l'une suivant l'autre. Il etait d'ailleurs interdit en Irlande (encore mentionne dans la Brehon Law) de manger de la grue. Quoique je doute que ce soit tres goutu de toute facon."

Melilot
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le 13-07-2005
à 13:07

Kendra : "Je n’arrive plus à retrouver l’origine, mais j’ai lu quelque part une tradition de carnaval où des garçons se déguisent en ours avec des tissus bruns et poilu et effrayent les jeunes filles en leur courrant après et en les arrosant. Le texte où je l’ai lu donnerait cette habitude comme une version édulcorée et folklorisée du viol d’une femme par un ours pour donner naissance à un héros. "

J'ai ça : c'est dans le bouquin de Lajoux. Je vérifie ce soir et je poste postem. :-)

"Dans la mythologie grecque Gerana, une femme pygmée recevait des honneurs divins, et comme elle ne reconnaissait pas les autres dieux, Héra l’a changea en grue." Dans la mythologie grecque, idem, et c'est étrange : il existe une mythe, souvent représenté sur les vases (combat d'un pygmée et d'une grue), concernant les pygmées qui seraient en guerre perpétuelle contre les grues.

"On se rappellera des enfants de Lyr, changés en cygnes par leur belle mère, et c’est la sœur aînée qui veille sur ses trois frères cadets en les abritant sous ses ailes et sa poitrine." Il existe également un conte de fée reprenant ce thème, probablement issu de là : sept frères changés en cygnes. C'est leur soeur qui les protège et finalement les délivre. je dois l'avoir chez moi aussi. je vérifie ce soir et ... (oh! misère! ...)

"les animaux qui disparaissaient en automne pour réapparaître au printemps étaient considérés comme des « psychopompes » c'est-à-dire qu’ils faisaient circuler les âmes." La, j'ai une réminiscence, mais pas de référence exacte, mais ça peut se chercher (plus ce soir! déjà trop!) : dans les croyances folkloriques russes, le cygne, - et paticulièrement les vols de cygnes en migration, - est censé emporter les âmes des morts vers le paradis.

Enfin, dans l'Europe de l'âge du Bronze, les palmipèdes, les oiseaux d'eau - canards, oies, cygnes - étaient des symboles solaires, ou associés au soleil.

....

Ah oui, Laegalad, j'allais oublier : Beorn, Anders Stenström. Nope, pas encore. Je ré-écris (demain).

romaine
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le 13-07-2005
à 13:57

Au sujet de la tradition folklorique ours/carnaval, dans le coin de montagne dont ma môman est originaire, on fait effectivement une fête de l'ours au début du carnaval.
Vous en avez une description sur

ce site

Saivh
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le 13-07-2005
à 14:05

Enfin, dans l'Europe de l'âge du Bronze, les palmipèdes, les oiseaux d'eau - canards, oies, cygnes - étaient des symboles solaires, ou associés au soleil.
>>En effet, et il y a d'ailleurs de trse jolies figurines AB d'Europe de l'Est representant cela. Je peux aussi faire quelques recherches ce soir et approfondir cela...

rebeca
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le 13-07-2005
à 14:11

Kendra "On se rappellera des enfants de Lyr, changés en cygnes par leur belle mère, et c’est la sœur aînée qui veille sur ses trois frères cadets en les abritant sous ses ailes et sa poitrine."
Melilot "Il existe également un conte de fée reprenant ce thème, probablement issu de là : sept frères changés en cygnes. C'est leur soeur qui les protège et finalement les délivre. je dois l'avoir chez moi aussi. je vérifie ce soir et ... (oh! misère! ...)"

Je ne sais pas si c'est celui dont tu parles, Agnès, mais il y a un conte allemand, noté par les frères Grimm et également par Bechstein, qui raconte cette histoire: "die sieben Schwäne". C'est l'histoire d'un chevalier qui chasse dans la forêt et rencontre une jeune et belle vierge dont il tombe amoureux, il l'a ramène donc en son chateau et l'épouse... le hic, c'est à chaque coup la belle-mère jalouse et pas contente de devoir partager son autorité sur la maisonnée, mais pas de bol pour elle, le couple est trop uni pour qu'elle puisse y semer la zizanie. Au bout d'un certain temps la jeune femme est enceinte et accouche de sept enfants, 6 garçon et une fille, chacun portant un collier d'or pur. Mais, avant que son mari ne puisse venir la voir, la belle-mère fait disparaitre les enfants et les remplace par des chiots... le mari croyant que sa femme à accouché de chiens écoute pour finir sa mère et fait enterrer sa femme dans une fosse (jusqu'a la poitrine, et on s'essuyait les mains à ses cheveux, et on la nourrissait comme un clebs). Cependant, le valet chargé de tuer les enfants dans la forêt ne le fait évidemment pas et les y abandonne, ils sont du coup élévés et nourris par un viel ermite...Passent sept années pendant lesquels souffre la jeune femme dans sa fosse et grandissent ses enfants... Un jour le chevalier passe devant un lac et y voit les 7 enfants et leurs colliers d'or, et il raconte cela à sa mère, qui évidemment se met à stresser. Elle envoie donc le valet voler les colliers d'or et les faire fondre en une coupe. Ce que fait prestemment ce dernier, pendant que les garçons se baignent dans le lac, transformés en cygnes parce qu'ils ont enlevés leur collier. Il n'arrive par contre pas a prendre celui de la petite fille. Mais l'orfèvre se refuse de fondre un or d'une telle qualité, il garfe donc les colliers, sauf un dont il fait une bague, et il donne la bague et une coupe correspondant au poids des 5 colliers au valet, qui rapporte le tout à la mauvaise mère. Les cygnes élisent domicile sur un lac au pied du chateau, et leur père les nourris abondamment parce qu'il les trouve si beaux, tandis que la petite vient mendier au palet et se lie d'amitié avec la femme dans la fosse. Elle partage les restes qu'on lui donne avec sa mère et ses frères qu'elle va voir tous les jours. La belle-mère toujours pas satisfaite, veut que le valet tue la fillette, mais le chevalier surprend la tentative de meurtre, fait tout avouer au valet, jette sa mère dans la fosse et en ressort sa femme, va chercher les colliers et les donne au cygnes qui redeviennet tous humais, sauf le dernier dont le collier avait été fondu... (ceci étant la version de Bechstein)

Une autre histoire de cygne est très répendue en Allemagne: c'est la femme-cygne "Die Schwanenfrau". Il en existe plusieurs variantes, je connais celle de Saxe, notée par Josef Haltrich, et quelques autres dont je ne connais as l'auteur... il s'agit toujours soit d'une princesse, soit de trois soeurs princesses ensorcelées qu'un jeune homme aperçoit leur de leur baignade, sous forme humaine, tandis que leur(s) plumage(s) de cygne sont déposés au bord de l'eau. Soit il emporte directement un des plumages, soit il doit vivre certaines épreuves avant que la robe lui soit remise, toujours est-il qu'il ramène chez lui celle qu'il aime, mais elle ne peut voir sa robe de cygne. ce qu'elle finit inévitablement par faire, et du coup il l'a perd... mais il est si désespéré qu'il part à sa recherche (et à celle de ses soeurs selon le cas). Elle est à chaque coup sur une ile lointaine, gardée par un dragon à sept têtes (avec un de neuf et de douze têtes en plus si elles sont trois soeurs), et le jeune homme doit trancher toutes les têtes d'un coup pour pouvoir délivrer les dames de leur encantements. Ensuite il s'installe avec elle (ou elles et ses frères) dans le chateau du dragon et ils sont roi et reine de cette terre, et très heureux ;)

Il y a également un conte lituanien qui parle d'une femme-cygne: il est un couple de vieillards vivant près de la forêt où ils vont chaque matin couper du bois. Un cygne s'habitue peut à peu à leur compagnie, et les suit chez eux, où il se transforme en jeune fille en enlevant ses ailes et leur fait tout le ménage, pour ensuite s'envoler à nouveau, et cela se reproduit chaque jour. Triste qu'elle ne veuille pas rester humaine, le viellard brule un jour ses ailes, et la jeune fille est obligée de rester avec eux. Mais elle se languit de ses frères et soeurs, ses parents, et de son amoureux. Un jour le roi du pays passe par là, et voyant la jeune fille, s'écrie qu'il donnerait un million de pièces d'or pour elle. Les vieux la vendent donc, et le roi la prend pour épouse, et bientôt elle met au monde un petit garçon. Mais l'un après l'autre, son père, sa mère, ses frères et soeurs viennent la trouver sous forme de cygnes, et lui disent que si elle acceptent d'abandonner son enfant, ils lui donneront une de leurs plumes, et ainsi elle pourrait redevenir cygne, mais elle ne peut s'y résoudre. Jusqu'au jour où vient son fiancé, elle n'y tient plus et part avec lui. Mais ce dernier meurt peut après, tandis que le roi épouse une mauvaise femme. Chaque nuit la femme-cygne vient allaiter et bercer son enfant, et il s'endort à son départ pour ne se réveiller qu'à son retour la nuit suivante. Le roi s'étonne de ce sommeil, observe son enfant la nuit, voit venir et repartir la femme-cygne, ne sachant que faire, demande conseil auprès d'un vieux qui passe dans son chateau. Celui-ci lui conseille d'enduire la fenêtre de sa chambre de poix, et le roi fait ainsi, attrape la femme, qui redevient humaine. Il chasse la seconde femme et ils vivent à nouveau unis.

D'après ce que j'ai lu, les germains pensaient que dans certaines circonstances de jeunes vierges se transformaient en cygnes, et devenaient prophétesses, et très sages. On dit encore aujourd'hui (bien que de moins en moins) en allemand "Es schwant mir" (Schwan=cygne) pour dire qu'on a un (souvent mauvais) pressentiment...

Hm, voila que je me mets à faire des tartines, dangereux ce fuseau :) Je m'en vais bercer le mien, de fils, et reviens après...

Laegalad
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le 13-07-2005
à 15:02

Mélilot : c'est peut-être ça que tu cherches :) :
Les Six Corbeaux ou les Sept Cygnes : Une jeune fille voit ses 6/7 frères transformés en oiseaux (corbeaux ou cygnes) à cause d'un mauvais sort (lequel varie suivant les contes). Elle finit par apprendre que c'est à elle de les sauver en leur tissant une chemise chacun (selon les versions : de fleurs d'étoiles ou en fibre d'ortie) avant que sept ans ne se soient écoulés, tout en restant muette. Un prince la trouve à cette occupation, et enchanté par sa beauté, la ramène à son château et l'épouse. Elle continue son oeuvre, sans décrocher un mot. Une jalouse quelconque (la mère du prince, ou une dame écartée) finit par lui faire croire que c'est une sorcière malfaisante, et elle finit par être placée sur un bucher. Viennent à ce moment les 6/7 frères, sous forme d'oiseaux, et la fille, alors que le feu va être mis, leur jette les chemises qu'elle a finit de tisser et qu'elle portait au bras. Ils redeviennent humains, sauf un qui gardera une aile d'oiseau puisque sa soeur n'avait pas pu finir la manche. La jeune fille peut parler et s'explique, le prince est heureux, la méchante mise sur le bûcher et tout est bien qui finit bien.

Mise à part la métamorphose, je ne crois pas que ce soit le même type de contes que celui des sept enfants changés en cygnes... ou alors, vu du point de vue des parents, qui sont complètement absents du conte précédent.

Mais heu... ça commence à devenir vraiment vaste et à partir dans tous les sens.
ça vous dirait de mettre en évidence le sujet du message (je veux dire, le type du conte, par exemple), histoire que ce soit plus facile à suivre ? On passe des hommes-ours aux femmes-cygnes sans cesse, j'ai du mal à raccorder les bouts :)

Saivh
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le 13-07-2005
à 15:35

Waow! Merci Rebeca. En voila un message sur lequel rebondir...

Il y a une histoire similaire de 7 enfants changes en cygne (tres, tres, treeeees similaire a celle des enfants du roi Lear), 6 garcons et 1 fille. Les 6 garcons sont changes donc en cygnes par la mechante maratre habituelle. La fille y rechappe et doit filer et coudre des chemises d'orties pour ses freres dans le plus grand silence. Au bout de la periode donnee, elle recouvre les cygnes de ces chemises. L'une d'entre elle n'est pas achevee, il manque un bras et l'un des freres aura donc toujours une aile. Bien entendu, comme elle doit rester silencieuse et erre les forets/campagnes a la recherche d'orties, elle tombe sur un beau prince qui pense qu'elle est une paysanne muette. Il en tombe amoureux, elle a donc des problemes supplementaires avec sa belle-mere, etc... (Juliet Marillier s'en est inspiree pour ecrire "Daughter of the Forest". Tres beau.)

chacun portant un collier d'or pur
>> C'est un element que l'on retrouve aussi dans les Iles. C'est tres courant, car en general cela signifie que l'on est face a qqch de l'autre monde. La majeure partie du temps, ce sont des cygnes, justement, qui sont relies par ces colliers ou des chaines d'or. Aengus et sa bien-aimee, qu'il recupere apres des aventures sans fin, s'en vont dans son domaine de Bru Na Boyne (Newgrange) sous la forme de 2 cygnes relies par une chaine d'or et leur chant est si melodieux que tous s'endorme sous leur passage. Souvent, lorsque l'on frappe ou atteint ces cygnes relies par une chaine, en tombant au sol ils se transforment en femmes. Cuchulainn et des amis sont au bord d'un lac. Deux cygnes relies par une chaine d'or volent au-dessus d'eux. Cuchulainn les vise avec sa fronde et en touche un. Les cygnes tombent pres des hommes et se transforment en femmes, l'une blessee. Cuchulainn suce le caillou hors de la blessure et Eimear (c'est le nom de le j.f.) lui dit qu'elle venait a lui car elle l'aime. Pas de bol, comme il ont echange du sang par la blessure, ils sont comme frere et soeur et Cuchulainn la donne donc a son meilleur ami (sympa).

la belle-mère fait disparaitre les enfants et les remplace par des chiots... le mari croyant que sa femme à accouché de chiens écoute pour finir sa mère et fait enterrer sa femme dans une fosse (jusqu'a la poitrine, et on s'essuyait les mains à ses cheveux, et on la nourrissait comme un clebs).
>> Ca fait furieusement penser a Rhiannon (P.d.G) ton histoire... Elle aussi est faussement accusee. Avec elle, la ou les chiens entrent en jeu c'est parceque son fils a disparu la nuit et on barbouille sa bouche du sang de jeunes chiots. Et elle aussi se voit punie de facon degradante: elle porte les visiteurs du chateau sur son dos et est arnachee comme une jument et doit raconter son "crime" a tous ceux qui demandent (Mabinogion). Ce qui est interessant avec les chiens, c'est que Rhiannon est Rigantona en Irlande et Epona sur le Continent et quem si c'est une deesse equide, elle est aussi tres souvent representee de chiens, ou de chiots, en plus des chevaux/poulains qui l'accompagnent (cfr. la tres vaste statuaire et multiples representations gallo-romaines).

Une autre histoire de cygne est très répendue en Allemagne: c'est la femme-cygne "Die Schwanenfrau". (...) toujours est-il qu'il ramène chez lui celle qu'il aime, mais elle ne peut voir sa robe de cygne. ce qu'elle finit inévitablement par faire, et du coup il l'a perd...
>> C'est une histoire qui existe ici aussi et la version la plus connue est celle transmise par Yeats. La variante avec la femme-phoque (aussi dans une version de Yeats qui s'est penche et sur la femme-cygne et sur la femme-phoque, Selkie), c'est qu'elle donne 2 filles a un pecheur qui lui a donc vole sa peau pour s'appropirer cette belle femme. Des annees plus tard, les 2 enfants decouvrent cette peau et la montrent a leur mere qui les emmene avec elle sur la plage, plonge dans la mer et retourne dans son "pays" avec ses 2 filles, laissant un homme perdu et a 1/2 fou sur le rivage. (J. Mariller a aussi repris cette legende dans son roman.)

Dans le cas de la femme-cygne, souvent dans la version ou la jeune femme aide le jeune homme qui lui a vole sa peau de cygne a venir a bout de 3 epreuves, le jeune homme commet une c****, perd la memoire, oublie qui est la jeune femme et est sur le point d'en epouser une autre. Elle doit donc retourner au village de l'imbecile et par un stratageme lui fait retrouver la memoire et l'epouse.

rebeca
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le 13-07-2005
à 16:07

Comme ça Laegalad? Je sais pas mettre en gras, alors je mets en orange ;)

Les 7 corbeaux
Une version allemande, quelque peu différente de celle de Laegalad...

Il était une fois ;) une femme qui vivait avec ses sept fils et sa fille, et qui était extrèmement pauvre... ses fils devenant de sales garnements, elle dit un jour à voix haute qu'elle souhaiterait qu'ils soient corbeaux et s'envolent pour qu'elle ne les revoie jamais, et ils se transforment à l'instant et s'envolent. La petite devient une jeune fille, sage, bonne et belle (eh oui, pas comme nous, hein Agnès ;), enfin, pour ce qui est de "sages et bonnes" :)) mais après de nombreuses années elle et sa mère voudraient revoir les sept frères. La jeune fille part donc à leur recherche et marche très longtemps. Epuisée elle arrive au bord d'une montagne très abrupte, et voit une maisonnette à son sommet, et c'est là que vivent ses frères. Mais elle n'arrive pas à grimper, alors elle coupe les ailes et les pattes de l'oie blanche qu'elle avait emportée, et se les cout sur elle. Ensuite elle s'envole vers le sommet, et quand elle est fatiguée, elle marche avec les petites pattes d'oie. Elle arrive en haut, et dans la maisonnette c'est un peu du style Blanche-Neige, elle goute un peu à chaque assiette et verre, puis va dormir. Les sept frères-corbeaux reviennent, ils sont tous heureux, ils lui disent leur remords, et ils retournent chez leur mère, en portant à tour de rôle leur soeur. La mère leur pardonne, ils redeviennent humains, se marient etc, le jeune fille aussi, sauf que ses frères sont tellement heureux de l'avoir retrouvée qu'ils veulent qu'elle reste vivre avec eux.

Voilà, je peux juste dire que c'est une version du début du XIXième, sans doute pas mal édulcorée...

Melilot
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le 13-07-2005
à 21:09

Laegalad, oui, ça part en tous sens, mais on a pluieurs thèmes :
- métamorphose humain/animal en général
- la femme-cygne (en particulier)
- l'homme et l'ours
On va faire une petite mise en ordre de toute la matière déjà récoltée (mais pas tout de suite, moi, me falta el tiempo!)

Rebeca, pour mettre en gras, tu fais <.b> (et tu enlèves le ".")

les cygnes
Pour l'histoire des frères cygnes, c'est celle de Laegalad que je connaissais. Merci pour les variantes, Rebeca, :-) faudra voir si on peut en tirer des thèmes communs.

L'intérêt, ici, c'est qu'on a une inversion du motif : des hommes-cygnes au lieu de femme. Mais comme tu le signalais, laegalad, ce sont des hommes ensorcelés. Les femmes-oiseaux, jusqu'ici, sont fées.

les ours
Merci pour le lien romaine :-). C'est à peu près comme ça que Lajoux décrit ce carnaval de l'ours, qui a lieu à la Chandeleur en Catalogne, en Ariège, et dans toutes les Pyrénées.

Lejoux relève des thèmes récurrents :
- l'ours (joué par un homme), se précipite systématiquement sur les filles. Parfois, un homme déguisé en femme joue la fiancée de l'ours.
- il est tué par les hommes ou par un chasseur, puis ressuscite
- le rasage de l'ours, que Lejoux interprète comme un passage de l'état anial, sauvage, naturel, à l'état humain, civilisé, socialisé.

Toutes les versions vues jusqu'ici parlaient de l'union d'un mâle ours avec une femme humaine. J'en ai trouvé une qui inverse : dieu mâle/femme-ourse.

L'histoire de Callisto, dans les métamorphoses d'Ovide.

Callisto est une nymphe de Diane qui a fait voeu de virginté. Violée par jupiter, elle en tombe enceinte. Diane s'en aperçoit et la chasse. Elle accouche d'un fils, Arcas. Junon, jalouse, comme d'habitude, la transforme en ourse, et la pauvre petite chose s'enfuit en pleurant dans les bois.

Arcas est recueilli et élevé par son grand-père, Lycaon, un vieux pervers qui, pour éprouver Jupiter, l'invite à un repas où il lui sert ...son fils Arcas en rôti. Jupiter, pas dupe mais pas content, ressuscite Arcas et transforme Lycaon en loup.

Arcas grandit, devient un beau jeune homme, et part un jour chasser dans la forêt. Il aperçoit une ourse qui ne le fuit pas, mais s'arrête en face de lui et le regarde droit dans les yeux. Il s'apprète à la flécher, mais Jupiter intervient à temps et les envoie tous les deux dans le ciel, transformés en constellations.

Merci d'avance, Rebeca, pour ce qui va suivre! :-)))))

Laegalad
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le 13-07-2005
à 21:30

Juste en passage rapido : deux bouquins qui peuvent être utiles: La femme dans les contes de fées de Marie-Louise von Franz, et Psychanalyse des contes de fées de Bettelheim. Oui, je sais, sous l'angle de la psycho/psycha, mais on n'est pas obligé d'adhérer, c'est comme dans les contes : Vassilia la belle doit séparer le son du blé dans la cabane aux pattes de poules de Baba Yaga... où, pour faire un clin d'oeil à mes parents qui ne liront pas ça, trier les cailloux des lentilles (bah, oui, sont en Auvergne... :)). N'empêche qu'il y a quelques pistes interessantes... que je vous exposerai, mais plus tard (peut-être même pas demain, je rejoins les traditionnels coins frais du Pilat, et s'il y a des myrtilles, je risque de m'en baffrer comme une ourse... encore que je les préfère en tarte :)... ou des framboises sauvages, farcies aux artisous !).

Stéphanie - dont la prof vient de lui envoyer les "recommandations du département info-com quant à la rédaction du rapport de stage", ça tombe bien, je l'ai presque fini, faut que je restructure :( enfin, une fois que j'aurais compris leur jargon... "3ème partie : problématisation d'un aspect du terrain (20-30 pages maxi). Il s'agit de s'interroger sur un point particulier et de tenter d'apporter des réponses en se référant à une bibliographie et au terrain du stage (cette partie est centrée sur votre principale mission mais sous l'angle d'une problématique pour laquelle vous allez apporter des réponses théoriques et pratiques)"... Huu ??? Moi Troll des Cavernes rien comprendre... Mission a moi pas théorique, mission pratique, claire, nette, logique. Pas sorcier, juste besoin neurones. Pas besoin compliquer affaire avec mots et grandes idées. A la limite, y'aurait même pas besoin de rapport, mais je pense qu'ils tiqueraient, les grands pontes.

Moraldandil
Voir le profil de Moraldandil  

le 13-07-2005
à 22:09

Pour en revenir aux ours, j'avais dans ma bibliothèque quand j'étais gaminet un recueil de contes esquimaux que j'aimais beaucoup - il y est d'ailleurs toujours, même si ça fait très longtemps que je ne l'ai aps ouvert.. Ca fourmille aussi de transformations animales, en oies, en cygnes, en phoques et évidemment en ours (blancs, évidemment). Je me souviens notamment de celui qui suit, à gros traits.

Un jour, une femme est enlevée par un ours qui l'emmène dans un iglou solitaire au milieu de nulle part. Elle est terrifiée, mais lorsque vient la nuit, l'ours se transforme en un bel homme qui annonce qu'il veut l'épouser. Bon gré mal gré elle devient sa femme - en fait, je crois que le choix ne lui est pas franchement laissé ! - et petit à petit elle s'habitue à sa situation. Le soir, son mari rentre de la chasse ou de la pêche en rapportant toujours à manger à profusion, et lorsqu'il franchit le seuil, il se change d'ours en homme. Le matin, il se retransforme en ours et part, la laissant seule à la maison. Il la traite toujours avec douceur et prévenance et petit à petit la femme s'attache à son étrange mari. Ils ont finalement un enfant, un beau garçon doté de la même double nature que son père, et qu'il emmène toujours chasser avec lui. La mère aime beaucoup son fils mais souffre de le voir chaque jours se changer en ours.

Un jour, un chaman vient à passer dans la journée, en l'absence des deux hommes. Enfin, je ne me souviens plus trop comment le chaman arrive dans l'histoire, mais disons que ça serait logique que ça se passe ainsi. La femme lui offre l'hospitalité et lui raconte son étrange histoire. Le chaman lui donne alors une recette : "Si tu veux que ton fils et ton mari restent hommes en tout temps", lui dit-il", "fais ceci : le matin, lorsqu'ils partent et revêtent leur peau d'ours, arrache-leur à chacun une touffe de poils que tu brûleras en recueillant la cendre. La nuit, lorsqu'il dormiront, parsème cette cendre sur eux. Mais attention, pas une pincée ne doit tomber à côté."

La femme écoute sans mot dire, et le chaman repart avant le soir. Je ne sais pas si c'est tout de suite ou après quelque temps, mais un matin, lorsqu'elle conduit son fils et son mari sur le seuil, elle leur arrache à chacun une touffe de poils. Elle les brûle chacune à part et recueille soigneusement les cendres. La nuit, elle attend qu'ils dorment profondément. Et les mirant dans leur sommeil elle les voit comme elle les aime : son fils, maintenant un jeune gars dans la toute première fleur de la jeunesse, et son mari, qui grisonne mais garde encore la vigueur de son âge mûr. Elle épand sur son fils les cendres qu'elle a tirées de son pelage d'ours. Puis elle fait de même avec son mari - mais vers la fin, elle est tellement émue que, sans qu'elle s'en rende compte, une pincée lui échappe et s'éparpille sur le sol. Elle se recouche et se rendort, anxieuse de voir si la recette du chaman produira son effet.

Le lendemain, lorsqu'ils se lèvent, tout va bien. Puis, comme à l'accoutumée, les deux hommes sortent pour chasser. Alors, on entend un cri. "Femme, qu'est ce que tu as fait ?", s'écrie le mari. La femme sort de l'iglou, et là, elle voit que son fils est resté sous forme humaine. Mais si son mari a bien gardé le haut d'un homme, en revanche, il a gardé les pattes d'un ours et il hurle sa colère et sa peine. La femme est bien obligée de confesser ce qu'elle a fait. Alors son mari lui dit : "à cause de toi je suis devenu un monstre, ni homme ni bête". Il s'enfuit en hurlant, et disparaît à jamais.

C'a beau être bien loin de chez nous, on reste bien au pays des contes, et ça pourrait se transposer partout sans grands changements :)

Au fait, il y a un conte français qui s'appelle Jean de l'Ours et qui parle d'un jeune homme quelque peu simplet et sauvage qui a la force d'un ours. Mais je ne me souviens plus de ce qui peut s'y passer - hors que ça me rappelle toutes les histoires de simples d'esprit que l'on trouve dans les contes. Est-ce quelqu'un connaîtrait mieux et pourrait reraconter ? :)

B.

lambertine
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le 13-07-2005
à 22:37

En tarte ? J'aime bien les tartes, mais rien ne vaut les fruits qu'on mange sitôt cuellis...

(bon, je l'ai déjà dit dans Repentance, mais je me répète : les fruits ne sont jamais meilleurs qu'une seconde après avoir été ôtés de leur branche. Surtout s'il fait soleil...)

rebeca
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le 13-07-2005
à 22:40

Bertrand, je ne connais pas ce conte de l'ours, mais j'ai trouvé une description sur le net, je vais tenter un lien ;) jean de l'ours
rebeca
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le 13-07-2005
à 22:51

Ou est-ce celui-ci que tu voulais dire? En gros le même, avec quelques variantes: encore jean
lambertine
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le 13-07-2005
à 23:10

la base du conte de Jean, ce n'est pas si différend du conte d'Eol et Aredhel, il me semble...

Sinon...

On peut aussi aller vers la comtesse de Ségur, et ses contes "Blondine, Bonne Biche et Beau Minon"... où la biche est une fée et le chat un prince, et surtout "Ourson", variation qui vaut le coup sur le thème de la Belle et la Bête.

rebeca
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le 14-07-2005
à 12:17

Melilot "L'intérêt, ici, c'est qu'on a une inversion du motif : des hommes-cygnes au lieu de femme. Mais comme tu le signalais, laegalad, ce sont des hommes ensorcelés. Les femmes-oiseaux, jusqu'ici, sont fées."
Hm, les femmes-cygnes allemandes, c'est des princesses, pas des fées ;)

Pour ce que tu disais des inversions il me semble qu'il y a un conte japonais La femme-grue qui fait également une inversion: c'est l'histoire, si je me souviens bien, d'une grue qui se transforme en femme pour pouvoir vivre avec l'homme qu'elle aime. Mais avec le temps cet homme devient cupide, et veut devenir de plus en plus riche, alors elle l'aide à confectionner de belles étoffes, en lui demandant juste de ne pas entrer dans la chambre ou elle travaille la nuit. L'homme ne pense plus qu'a la richesse, et la femme-grue dépérit... Une nuit il entre dans la chambre, et la voit, transformée en grue, qui arrache son plus fin duvet pour faire les étoffes qu'il vent si cher. Meurtrie par sa trahison, je crois qu'elle s'envole à jamais...
C'est donc une grue qui se transforme en femme, et non une femme ensorcelée ou une fée.


J'ai trouvé la référence d'un autre livre qui pourrait être utile, mais je ne sais pas ce qu'il vaut, mais je donne le nom au cas ou quel qu'un l'aurait sous la main: Des Belles et des Bêtes. Anthologie de fiancés animaux, Collection Merveilleux n°23, par Fabienne Raphoz, Corti, 2003, et on en parle ici, avec quelques textes sur cette thématique.


Et puis, en bonus tout spécialement pour Agnès :) :
Le cygne rouge, conte indien (nordaméricain) d'une femme-cygne. Je préviens, ça va être un peu long.

C'est l'histoire de trois jeunes orphelins, qui deviennent malgré leur statut tous trois de bons chasseurs. Pour pouvoir se confectionner de grands carquois, ils partent chacun à la chasse pour pouvoir utiliser la peau de l'animal qu'ils abatteront.
Le plus jeune, Adjibwe, a beaucoup de chance, car peu avoir quitté ses frères il tue un grand ours. Tandis qu'il enlève la peau de l'ours, une créature rouge le survolle, et il entend un chant qui l'attire au bord du lac. Là il aperçoit un magnifique cygne rouge, qu'il tente immédiatement d'abattre, mais il gaspille en vain toutes ses flèches, sans même blesser l'oiseau. Il retourne alors chez lui chercher les flèches restantes de ses frères, mais là aussi il rate sa proie. Il se souvient alors que son père leur avait laissé trois flèches magique dans son sac-médecine. Il s'en va les chercher et, alors que les deux premières manquent leur but, la troisième atteind le cygne à la gorge. L'oiseau s'envole, la flèche dans la gorge, vers le soleil couchant, et Adjibwe, poussé par la peur de la réaction de ses frères lorsqu'ils constateront la disparition des flèches magique, le suit dans l'eau. Il récupère ainsi deux des flèches, et décide de partir à la recherche du cygne rouge pour reprendre la troisième.
Il marche longtemps à travers forêts et prairies, monts et vallées. Le lendemain il arrive en vue d'une ville, et on l'amène devant la tente du chef. Celui-ci, impressionné par le jeune homme,le marie à sa fille (l'a rien contre, l'Adjibwe, la femme étant si belle ;)) Le lendemain son épouse lui indique la direction qu'a prise le cygne. Il arrive dans une seconde ville le soir, et il devient à nouveau l'époux d'une jeune demoiselle encore plus belle que la précedente, qui lui indique également le lendemain la direction de l'envol du cygne.
Il reprend donc son voyage, et arrive le soir devant la cabane d'un vieux sorcier, qui le prévient des dangers de sa quête, dont nul n'est encore revenu. L'histoire se répète jusqu'au troisième sorcier qui lui raconte que ce cygne est la fille ensorcelée d'un grand homme-médecine, dont on a volé par ruse le scalp-wampun (Me demandez pas ce que c'est, c'est Agnès la spécialiste des indiens ;)) et a donc promis la main de sa fille, le cygne rouge, à celui qui le délivrerait, ce que personne n'a pu faire. Adjibwe par contre y arrive, en se changeant en colibri pour distraire les détenteurs du scalp, puis en insecte pour détacher et emmener le scalp. Il ramène celui-ci à l'homme-médecine, qui lui donne sa ravisante fille, sous forme humaine ;) comme épouse.
Le jeune indien s'en retourne donc chez lui, avec des cadeaux des trois sorciers, et récoltant au passage ses deux épouses précédentes, qu'il offre ensuite à ses frères. Mais après quelques temps ceux-ci le jalousent parce qu'ils veulent posséder la femme-cygne, mais leur ruse pour l'éliminer échoue, il les tue et vécu heureux...

Voilà, un peu long, mais je pouvais pas trop faire de lien vers la version web, elle est en allemand ;). Par contre, le fait d'être cygne et femme a l'air d'être le statut "normal" de la jeune fille, elle n'appartient visiblement pas à un autre monde. Mais sans doute qu'Agnès comprendra bien mieux que moi ce compte, et ptêt que tu pourrais nous l'expliquer un peu, du point de vue des mythologies indiennes, s'il entre dans la thématique de se fuseau...

Et maintenant je file au lit... aah, j'ai l'impression que c'est sur un certain article que j'aurais dû travailler jusqu'à c't'heure, avec un homme-lion paléolithique, et pas une femme-cygne indienne... tout ça c'est la faute d'Agnès, toujours là à m'attirer vers ici ;)

lambertine
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le 14-07-2005
à 01:25

Quid du fameux "Lac des Cygnes" dans ces histoires ( je suis moins calée que vous... je l'admets..)
rebeca
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le 14-07-2005
à 01:40

Michèle, j'ai lu il y a quelques jours que Tschaïkowsky s'était insipré d'un conte allemands mis par écrit par Johan Musäus (il fait partie, avec les frères Grimm et Bechstein, des auteurs allemands les plus connus pour les contes populaires qu'ils ont mis par écrit), mais je n'en sais pas plus, et je n'ai pu retrouver le conte... va falloir attendre le passage des spécialistes demain ;)

Mais dites, Dame Lamberte, j'espère bien que si vous êtes encore assise devant votre écran si tard dans la nuit, c'est au moins pour m'offrir une petite suite du précepteur ;) Moi j'avais dit que j'allais dormir il y a plus d'une heure, mais j'ai encore lu plein de contes d'homme-oiseaux (russes entre autres) et de femmes-ours (indiennes), du coup j'espère que d'autres que moi pourront mettre un peu d'ordre dans tout ça... hein Agnès ;) Et maintenant, zou au lit :) Qu'on m'éteigne cet ordi et me referme mes bouquins!

Melilot
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le 14-07-2005
à 11:37

Mettre de l'ordre dans tout ça! Tu rigoles! Avec tous les liens que tu m'as envoyés hier-nuit! Et tout ce qui a été posté ici-même. Et je suis aussi censée travailler sur un article! (au secours!!!)

Vite-vite, pour Lambertine : l'argument du ballet Le lac des Cygnes, est effectivement tiré de la version russe du conte de la princesse-cygne, mais avec variante libre et romantisée : un beau prince atteint l'âge de se marier, mais refuse toutes les prétendantes qui lui sont présentées. Un jour, parti à la chasse, il aperçoit un cygne blanc qui la nuit venue, se change en princesse et lui raconte sa triste histoire : elle est victime de l'enchantement d'une méchante magicienne et ne sera délivrée que par l'amour d'un homme. Le prince lui dit de se présenter la nuit suivante au château, où son père va faire défiler de nouvelles prétendante et l'obliger à épouser l'une d'elle. Il lui dit que ce sera elle qu'il choisira. La nuit venue, le prince voit arriver au palais une femme vétue de noir qui ressemble trait pour trait à la femme-cygne de la veille. Il la choisit pour épouse. Mauvaise pioche et manque de bol! Ce n'est pas la bonne, c'est la fille de la méchante magicienne, déguisée pour tromper le prince. La femme-cygne blanc, abandonnée, meurt de chagrin et le prince meurt de même. Je crois que cete version n'a plus de valeur ... euh ... "ethnographique". Elle a été adaptée pour être montée en ballet et en musique, et pour plaire à un public cultivé mais un peu "précieux".

Un wampun, c'est ... disons ... un mathom, (:-D ) dans un système tournant d'échanges de bien - ou Potlatch : une tribu ou un homme important accumule durant une année un maximum de biens possédant surtout une valeur de prestige. Le jour venu, la tribu ou l'homme invite un clan rival et lui offre un gigantesque banquet et tous les biens qu'il a accumulé. Plus il y en a, plus il en retire de prestige. L'année suivante, le récepteur doit en faire de même au donneur, dans une logique d'émulation. Dans ce système, un wampun est un cadeau rituel - souvent une pièce de vêtement décorée avec grand soin - ceinture, collier pectoral, paire de mocassin, etc...-.

Ca peut être aussi un cadeau fait d'une famille à l'autre ou d'une tribu à l'autre lors d'une alliance ou d'un mariage.

Un wampun célèbre peut aussi servir en quelque sorte de "sceau" ou de signature dans une culture orale. Un chef qui envoie un message à un autre, enverra le messager porteur d'un objet bien reconnaissable, que tout le monde sait lui appartenir, pour authentifier le message.

Un scalp, vous savez tous ce que c'est, je suppose. D'après les précisions que m'a donnée Rebeca sur le conte, l'homme-médecine a lui-même perdu son scalp d'origine et utilise le scalp-wampun comme bonnet. Sans lui, il se retrouve chauve. Et il parle de sa propre épouse qui lui est chère parce qu'elle est elle-même un "wampun".

(Mais ce wampun nous éloigne du sujet. C'est déjà assez foisonnant comme ça.)

Dior
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le 14-07-2005
à 14:02

Dites, dans vos besaces-à-contes, vous auriez pas une histoire sur une femme-mouette ? Faudrait pas oublier ma chère fille non plus :-)
Melilot
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le 14-07-2005
à 18:13

Femme-mouette? Pas encore, mais on cherche, on cherche! On a d'abord pensé à ta chère maman : on cherchait une femme-chauve-souris. Mais là non plus, encore rien (à part la fiancée de Dracula) (Heu ... pardon Dior! ... :-D )

Saivh : tu parlais du rapprochement fait par Walters entre Igerne/Ygraine et les femmes-oiseaux. Son fils, Arthur, est associé à l'ours, non? Voilà qui reprocherait nos deux thèmes.

Encore que, après avoir exploré avec Rebeca cet après-midi ('tferdomme! Et on avait bien ôt'chose à faire! Oyoyoyoyoyoyoyoy!), exploré, donc, le thème du fiancé animal, on s'est rendu compte que la base du conte restait semblable - un homme ensorcelé, délivré par l'amour d'une femme, après moult péripéties - tandis que la forme animale pouvait changer d'un conte à l'autre : ours - oiseau - grenouille - même ver! (de terre, oui). Donc cette forme n'aurait peut-être qu'une signification secondaire.

Le mauvais sort est presque toujours jeté par une méchante belle-mère, la mère de la "seconde" fiancée, celle pour qui le prince, par oubli ou malentendu, trahit la première.

Euh ... je dois vous laisser, là. Rebeca aura peut-être le temps de développer tout-à-l'heure.

Melilot
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le 14-07-2005
à 20:35

... je reviens ... je reprends, donc. Première mise en ordre, à revoir et corriger;

Le fiance-animal
Plusieurs motifs récurrents :

Eros et Psyché. Le (la) fiancé(e) est animal le jour et humain la nuit. Il est fait interdiction à son conjoint de le voir dans la nuit, sous sa forme humaine. l'époux(se) en est tenté plusieurs fois , par un personnage présenté comme "un bon conseiller", ou par sa propre mère. Soit il (elle) résiste durant un certain laps de temps (trois ans souvent). Et le (la) fiancé(e) est sauvé et retrouve définitivement sa forme humaine. Soit il (elle) succombe à la curiosité, et dans ce cas le perd. définitivement dans certaines versions. Momentanément dans d'autres, mais à partir de là, il (elle) doit traverser un certain nombre d'épreuves pour le récupérer

La Fiancée vendue.Une jeune fille est échangée par ses parents, contre richesse ou avantages, à un animal. C'est le début de la Belle et la Bête. Généralement, elle accepte volontiers de suivre la Bête, au grand dam de ses parents qui espéraient s'exonérer de leur part du marché grâce au refus de leur fille. Elle vit heureuse avec sa Bête. Après un certain temps, ils retournent visiter les beaux-parents, mais ceux-ci, tentent de séparer leur fille du monstre, souvent par un conseil du type de celui vu en 1°.

La fausse TrahisonUne jeune fille fréquente en cachette un fiancé-animal, - prince transformé par une sorcière - qui lui apporte avantages et présents. Un de ses proches, jaloux (généralement une sœur, belle-sœur, ou belle-mère), découvre la liaison et tend un piège au fiancé-animal. celui-ci se croit trahi et s'enfuit, ou bien oublie tout sous l'effet d'un sort. Il retombe au pouvoir de la sorcière et doit épouser la fille de celle-ci. Parfois le motif est inversé : c'est un jeune homme et une fiancée-animale.

le fiance racheté Ce thème-ci fait souvent suite aux motifs 1°, 2° et 3°, lorsqu'ils ne se terminent pas abruptement avec la perte. Celui ou celle qui a perdu son amant(e) par erreur, maladresse ou trahison, va s'efforcer de le regagner, soit par des actes et des épreuves. Pour un homme, il s'agit souvent de tuer un dragon, ou un mauvais magicien, un démon ou une sorcière, ou d'aller récupérer un objet fabuleux dans un lieu difficile ("aller je ne sais où pour y chercher je ne sais quoi"). Pour une femme, l'épreuve est différente : souvent, elle reçoit trois objets magiques - soit de sa mère, soit d'une sorcière - et doit les échanger un par un pour revoir son fiancé et le délivrer. Donc, le "racheter".

Voili-voila. A suivre ...

rebeca
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le 14-07-2005
à 23:30

Melilot "Saivh : tu parlais du rapprochement fait par Walters entre Igerne/Ygraine et les femmes-oiseaux. Son fils, Arthur, est associé à l'ours, non? Voilà qui reprocherait nos deux thèmes."

Dis-donc, Dame Lamberte, me semble que tu pourrais nous filer des indices là-dessus, non? J'crois savoir que tu le connais pas mal, l'Arthur, alors ne nous laisse pas si ignorantes ;)

Hm, Agnès, je sais pas si j'aurai le courage, ce soir, malgré ma promesse de c't'aprem, de raconter l'histoire de l'homme-ours blanc (ni celle de l'homme-ver ;)), sinon j'arriverai à nouveau pas à me décoller de cet écran... et je suis sensée vraiment bosser, moi :p, demain, pas comme aujourd'hui où on a dévalisé le rayon "contes" de la bibliothèque de l'unif... argr ;)

lambertine
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le 15-07-2005
à 12:04

Arthur est effectivement associé à l'Ours, qui serait d'ailleurs à l'origine de son nom (Ars, en latin il me semble, mais faut que je revérifie). Je ne crois pas pourtant qu'il y ait de version de la légende dans laquelle il jouerait les Beorn bretons...
rebeca
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le 15-07-2005
à 12:38

Avant de m'en aller au pays des rêves... ;)

Dior " Dites, dans vos besaces-à-contes, vous auriez pas une histoire sur une femme-mouette ? Faudrait pas oublier ma chère fille non plus :-)"

'tschuldigung, j'ai juste un homme-mouette dans ma besace, une sombre histoire entre un sorcier et son apprenti qui se métamorphosent en plein de machins pour essayer d'éliminer l'autre (et évidemment, c'est l'apprenti qui gagne, et il a la princesse en prime ;))... pour les femmes, j'ai juste trouvé ça ;)

Gute Nacht :)

Dior
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le 15-07-2005
à 15:20

Eh ! y a même la tour blanche !! ;-)
Laegalad
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le 15-07-2005
à 21:36

La fiancée animale, l’oiselle fée


Un seul des thèmes abordé pour le moment, mais il y a déjà beaucoup à en dire… Je réduis la figure de la fiancée animale à celle de l’oiselle, la plus courante. Evidemment, cela vaut pour les autres métamorphoses, mis à part la symbolique de l’oiseau, mais la structure est identique. Et si je la nomme « fée », c’est par raccourci. J’y reviendrai :)
Autre chose, soulignée par Tolkien lui-même dans On Fairy stories :
“[Folklorist or anthropologist] are inclined to say that any two stories that are built round the same folk-lore motive, or are made up of a generally similar combination of such motives, are “the same stories.” We read that Beowulf “is only a version of Dat Erdmänneken”; that “The Black Bull of Norroway is Beauty and the Beast,” or “is the same story as Eros and Psyche”; that the Norse Mastermaid (or the Gaelic Battle of the Birds and its many congeners and variants) is “the same story as the Greek tale of Jason and Medea.”
Statements of that kind may express (in undue abbreviation) some element of truth; but they are not true in a fairy-story sense, they are not true in art or literature. It is precisely the colouring, the atmosphere, the unclassifiable individual details of a story, and above all the general purport that informs with life the undissected bones of the plot, that really count.”

Ce en quoi il a raison. Mais il est indéniable qu’il y a des thèmes communs ; pour bien faire, il faudrait étudier tous les contes un par un, qu’ils soient plus ou moins réussis… Mais le plus troublant, c’est qu’on ne trouvera jamais la version que l’on a gardé en mémoire, quand bien même on croira se souvenir parfaitement de son emplacement dans le livre, et l’emplacement du livre dans la bibliothèque. Si. Choisissez le conte qui vous « parle » le plus ; il dépend des individus. Maintenant, retrouvez le bouquin où vous vous souvenez l’avoir lu. Table des matières si besoin est. Relisez… Vous voyez que ce n’est pas le même ! Les contes ont cette faculté d’absorber notre symbolisme, notre rêverie, et d’en prendre la couleur. Pour faire encore mieux, il ne faudrait parler que de notre conte « préféré »… car unique.
Je ne remets pas de contes ici : on en a répertorié plusieurs plus haut, vous voyez de quoi il s’agit. De plus, tous ne contiennent pas tous les éléments dont je vais parler : il s’agit parfois d’une rivière plutôt que d’un lac, d’une oie sauvage plutôt que d’un cygne… Ces « détails » sont importants, mais leur interprétation dépend de chacun de nous.

Bibliographie et abréviations


Ce sont des bouquins utiles à la réflexion, même si je ne les citerai pas tous par la suite.
— BACHELARD Gaston, L’eau et les rêves, essai sur l’imagination de la matière, éd. José Corti, (coll. Le livre de poche), Paris, 1942. [ER]
— BACHELARD Gaston, L’air et les songes, éd. José Corti, (coll. Le livre de poche), Paris, 1943. [AS]
— BETTELHEIM Bruno, Psychanalyse des contes de fées, éd. Robert Laffont, (coll. Pocket), Paris, 2002. [Bettelheim]
— DURAND Gilbert, Les structures anthropologiques de l’imaginaire, introduction à l’archétypologie générale, éd. Dunod, 10e édition, Paris, 1984. [Durand]
— FRANZ, Marie-Louise (von), La femme dans les contes de fées, éd. Albin Michel, (coll. Espaces libres), Paris, 2000. [Franz]
— GALLAIS Pierre, La fée à la fontaine et à l’arbre, un archétype du monde merveilleux et courtois, éd. Rodopi, Amsterdam, 1992.
— HARF-LANCNER Laurent, Les fées au Moyen-Age — Morgane et Mélusine, la naissance des fées, éd. Honoré Champion, Suisse, 1984.
— PROPP Vladimir, Morphologie du conte, éd. Seuil, (coll. Poétique/Seuil), Paris, 1970 [Propp]
— TOLKIEN J.R.R., On Fairy-stories, vous connaissez :)
— WINDLING Terri, Married to Magic: Animal Brides and Bridegrooms in Folklore and Fantasy [en ligne]. http://www.endicott-studio.com/rdrm/rrMarriedToMagic.html
— Folklore and Mythology Electronic Texts: http://www.pitt.edu/~dash/folktexts.html (une vraie mine ! Mais en anglais… les français n’ont pas l’air de savoir faire…)

Commentaires


Les 31 fonctions de Monsieur Propp


Vladimir Propp est (était) un folkloriste russe qui s’est intéressé aux contes populaires (et non littéraires, qui présentent, d’un point de vue « folkloriste », un intérêt assez limité… surtout si c’est du style de la Comtesse de Ségur ! Parce que faut voir la liberté qu’elle avait, la pauv’ dame, avec son éditeur Hachette ! Je comprend que ce soit si insipide, fallait pas choquer le bourgeois… Hachette et ses correcteurs faisaient de sacrées coupes franches dans les manuscrits, effrayant) et a tiré de son immense corpus 31 « fonctions », ou étapes, ou actions, dans ces récits. Elles ne sont pas toutes obligatoires, plusieurs peuvent se dérouler en même temps, certaines se répètent. Parfois le conte s’arrête en plein milieu.
La lecture du bouquin est assez aride, mais comme dès que l’on s’intéresse aux contes, le nom de Propp revient quasi-inévitablement, je vous présente ses 31 fonctions ; on pourra ou non les utiliser par la suite, au moins on les aura :) Elles sont normalement abrégées par des signes bizarroïdes, empruntés ou non à l’alphabet grec, mais je ne sais pas comment les mettre en HTML et c’est quasiment illisible quand on n’est pas spécialiste : il faudrait toujours avoir le tableau sous le nez. Je les numérote, c’est plus simple.

Situation initiale (elle ne compte pas comme une fonction ; c’est la présentation de la famille et du héros).
Préparation :
1. Eloignement : un des membres de la famille s’éloigne de la maison
2. Interdiction : le héros se fait signifier une interdiction
3. Transgression : l’interdiction est transgressée
4. Interrogation : l’agresseur essaye d’obtenir des renseignements
5. Information : l’agresseur reçoit des informations sur sa victime
6. Tromperie : l’agresseur tente de tromper sa victime pour s’emparer d’elle ou de ses biens
7. Complicité : la victime se laisse tromper et aide ainsi son ennemi malgré elle
Complication
8. Méfait : l’agresseur nuit à l’un des membres de la famille ou lui porte préjudice ; ou manque : il manque quelque chose à l’un des membres de la famille ; l’un des membres de la famille à envie de posséder quelque chose.
9. Médiation, moment de transition : la nouvelle du méfait ou du manque est divulguée, on s’adresse au héros par une demande ou un ordre, on l’envoie ou on le laisse partir
Acquisition d’un objet magique / auxiliaire
10. Début de l’action contraire : le héros-quêteur accepte ou décide d’agir
11. Départ : le héros quitte la maison
12. Première fonction du donateur : Le héros subit une épreuve, un questionnaire, une attaque… qui le prépare à la réception d’un objet ou d’un auxiliaire magique
13. Réaction du héros : le héros réagit aux actions du futur donateur
14. Réception de l’objet magique : l’objet est mis à la disposition du héros
Lutte
15. Déplacement dans l’espace entre deux royaumes, voyage avec un guide : le héros est transporté, conduit ou amené près du lieu où se trouve l’objet de sa quête
16. Combat : le héros et son agresseur s’affrontent dans un combat
17. Marque : le héros reçoit une marque
Retour
18. Victoire : l’agresseur est vaincu
19. Réparation : le méfait initial est réparé ou le manque comblé
20. Retour : le héros revient
21. Poursuite : le héros est poursuivi
22. Secours : le héros est secouru
23. Arrivée incognito : le héros arrive chez lui ou dans une autre contrée
24. Prétentions mensongères : un faux héros fait valoir des prétentions mensongères
25. Tâche difficile : on propose au héros une tâche difficile
Reconnaissance
26. Tâche accomplie : la tâche est accomplie
27. Reconnaissance : le héros est reconnu
28. Découverte : le faux héros ou l’agresseur, le méchant, est démasqué
29. Transfiguration : le héros reçoit une nouvelle apparence
30. Punition : le faux héros ou l’agresseur est puni
31. Mariage : le héros se marie et monte sur le trône

Avec ces 31 fonctions, on obtient un kaléidoscope de contes inimaginable, en fonction des variantes, répétitions (souvent une séquence est triplée), omissions…

Le conte de la femme-cygne


…Et des autres de même acabit.
Et d’abord, pourquoi disé-je que les fiancées animales sont des fées. Oui, certes, pas des fées à la Fée-bleue ou Marraine-la-bonne-fée (comme dans Schrek :op), avec la « bagette maguique » comme l’écrivit ma sœur il y a quelques années, pas des fées exauceuses de souhaits, pas ces fées de notre folklore actuel déclinées en Barbies avec ses accessoires électriques et magnétiques. Non. Par contre, ce qui est indéniable, c’est qu’elles sont d’un autre monde. Diable, c’est pas normal qu’y ai des bonn’femm’ qui s’font oiseau d’un coup puis dame puis oiseau, à volonté !
Je prends le bouquin de Harf-Lancner, du moins les notes que j’en ai prises (vu le prix du bouquin…), qui parle peut-être des fées du Moyen Age, mais on peut élargir. D’abord, la fée ne peut qu’être de grande beauté, et « les femmes les plus féériques qui soient […] ne sont jamais désignées comme telles ». Les fées sont de deux registres : les fées marraines (celles qui ont le plus de succès de nos jours, lointaines héritières des Nornes et des Parques, celles qui tissent la destinée), et les fées-amantes… celles-là sont plus difficiles à retrouver, à part dans les récits du moyen age et quelques contes. La plus « médiatique » est Mélusine, dont je ne parlerai pas ici… elle a une littérature assez imposante pour la présenter, et s’apparente aux femmes-serpents, voire vouivres et autres dragonnes…
Il semblerait, d’après le bouquin d’Harf-Lancner, que Dumézil parle quelque part d’un « schéma mélusinien ». Je n’ai pas encore lu Dumézil, je ne sais même pas duquel de ses livres ça vient, mais il désigne par « schéma mélusinien » les récits dans lesquels un hommes s’éprend « d’un être d’une autre nature » (ce que je nomme « fée »), qui après avoir mené une vie humaine à ses côtés (régulièrement en lui donnant des descendants) disparaît après « un certain évènement » (l’époux la frappe, l’insulte, ne lui fait pas confiance…)

Le schéma classique de type « mélusinien » se repère tant par les actions que par les lieux : d’abord la rencontre, puis le pacte, puis sa transgression. Très rarement assiste-t-on à une réconciliation des époux.

La rencontre


Un homme (riche ou pauvre, peu importe) part à la chasse ; s’il chasse d’abord avec d’autres, il finit par se retrouver seul, à un moment ou à un autre : la chasse est le prétexte à cet isolement ; s’il est prince et qu’il a ses chiens, ce sont eux qui vont le perdre et le laisser seul. Car pour voir la fée, il faut que l’homme soit solitaire, dans la forêt et/ou près de l’eau. Forêt et eau, deux éléments marquant la frontière entre le monde mortel et le monde féérique, seuls endroits où la rencontre des deux peut se voir : ils isolent, dissimulent et révèlent aux seuls solitaires. Plus encore l’est le lac: leur aspect circulaire en fait une point central, un concentré de chemins entre les deux mondes. Son aspect circulaire évoque déjà l’œil qui verra les femmes fées, mais c’est l’œil naturel et vivant de la forêt. Il n’y a pas de pudeur à avoir pour les femmes fées que de se dévoiler au lac : le lac ne fait que les refléter… La forme animale de la fée appartient le plus souvent à l’un de ces deux mondes : cygne, louve, tortue marine, phoque, biche… J’avoues que le cas des grues et des oies me surprend, mais je l’ai rencontré souvent aussi (surtout les oies) : je suppose qu’elles sont à lier à l’eau…
L’homme est seul, dans la forêt/au bord de la mer/devant un lac. Apparaissent alors une troupe de cygnes, qui vont se baigner nues dans l’eau. Le spectacle est magnifique, et même s’il n’est quasiment jamais décrit, on l’imagine sans peine. La blancheur des plumes induit la blancheur de la peau, et leur beauté toujours mirifique laisse le bonhomme pantois. Elles ne sont jamais décrite, jamais nommées (comme la plupart des personnages dans les contes) : leur présentation est dépouillée à l’extrême, et c’est ce qui fait leur force. Si l’homme a le temps de reprendre ses esprits avant leur départ, il saisira la vêture animale de la plus belle (la plus jeune, forcément, nous verrons pourquoi dans peu) et pourra la conserver. Sinon, il reviendra : on remarquera que quand l’évènement a lieu deux fois, c’est que l’homme est passé inaperçu la première.

Le pacte


La peau cachée, la fille prisonnière, l’homme l’épouse. Mais il y a un pacte implicite. Pourquoi l’homme garde la peau dans un coffre, dans un tronc d’arbre, dans une pièce secrète ? Il craint qu’elle ne s’en aille… Mais l’interdit n’est pas là. L’interdit n’est pas dans le fait que la femme ne doit pas retrouver ce qui fait d’elle un oiseau, où la transgression serait qu’elle la redécouvre. Depuis le départ, elle est innocente : sa blancheur le prouve. L’interdit est ailleurs. Et on s’en rend compte une fois qu’il est transgressé…

La transgression du pacte


Dans d’autres versions du thème de la fiancée-animale apparaît un interdit clairement prononcé. Je connais un autre conte, que je n’ai pas réussi à retrouver, où un paysan ayant épousé une femme-fée (je ne me souviens plus des circonstances de la rencontre) fut averti que s’il la traitait une seule fois de linotte, elle disparaîtrait pour toujours. Il se trouve que la fée était un peu étourdie, et évidement, alors qu’il se trouvait avec un compère, il s’aperçoit qu’elle a oublié quelque chose, et s’exclame « Mais quelle tête de linotte, celle-ci ! » Malheur ! Sitôt les mots sortis de sa bouche, il court jusque chez lui, à l’effarement du compère… mais la femme est partie, laissant ses enfants dans la masure. C’était bien évidement une femme-oiselle, et il n’est pas difficile de deviner la forme animale qu’elle prenait.
Il est ici évident que le véritable interdit est celui du dévoilement de la nature de la fée, de la révélation de son statut « d’étrangère ». Ce n’est pas tant le fait que l’homme la voit ainsi, fée, qui gène (lui le sait bien, qu’elle est fée, puisqu’il l’a vu sous sa forme animale), mais le fait qu’il y ai des témoins : l’enfant qui retrouve le manteau de plume ou la peau de loup de sa mère (l’histoire de la femme-louve est Croate) signe sa disparition. Le simple fait de ne pas fermer la cachette de la peau est un moyen sûr de perdre la fée : n’importe qui pourrait la trouver (l’un de ses enfants, la plupart du temps).
La fée court alors se revêtir, et la voilà, liberté retrouver, qui ouvre les ailes pour s’envoler au loin. A peine a-t-elle une pensée pour les enfants. Parfois elle revient les soigner, mais jamais le mari ne la reverra.

Rêverie pour bois et vent


Partons maintenant pour… je n’oserai pas le terme « analyse », mais pour une improvisation autour du thème mélusinien, pour tenter d’en percevoir les résonances déraisonnables.
« Quelle est donc la fonction sexuelle de la rivière ? C’est d’évoquer la nudité féminine. Voici une eau bien claire, dit le promeneur. Avec quelle fidélité elle reflèterait la plus belle des images ! Par conséquent, la femme qui s’y baignera sera blanche et jeune ; par conséquent elle sera nue. L’eau évoque d’ailleurs la nudité naturelle, la nudité qui peut garder une innocence. Dans le règne de l’imagination, les êtres vraiment nus, aux lignes sans toison, sortent toujours d’un océan. L’être qui sort de l’eau est un reflet qui peu à peu se matérialise : il est une image avant d’être un être, il est un désir avant d’être une image. » [ER/45]

L’eau, la femme, la blancheur, la jeunesse (la plus jeune des jeunes belles sera la plus belle), la lumière : souvent c’est au couchant qu’elles apparaissent, et le lac, l’eau, reflète l’embrasement du ciel. Les images ont beau être battues et rebattues, pour peu qu’elles soient sincères et justes, elles touchent toujours. La fée est ainsi porteuse de lumière, porteuse de vie et de joie, de bonheur et de richesse. Mais surtout, surtout, l’élément clé de tout ceci est l’innocence. En cela les femmes-cygnes se différencient des vouivres : elles ne s’exposent pas volontairement au regard du voyeur. A peine se sentent-elles observées qu’elles s’envolent affolées : la pauvrette condamnée à garder forme humaine est la seule à rester clouée au sol, cherchant en vain à se revêtir, et il faut bien que l’homme soit insensible pour résister à son malheur, à ses larmes ! La vouivre, elle, s’expose volontairement au regard, feint l’innocence et sourit à celui qui la regarde, l’aguiche d’un mouvement qui la dévoile encore plus : elle sait qu’il ne résistera pas et qu’elle pourra s’en repaître. La femme-cygne pleure et veut se cacher. Et n’a guère le choix, étrangère en ce pays, que d’épouser celui qui l’a capturé. Elle ne sera pas totalement malheureuse : ils auront des enfants, elle finira par l’apprécier, le bonhomme. Elle vivra dans la communauté des hommes…
Mais que pouvaient penser les gens de ces mariages humains/animal, ou tout du moins (car la fée n’est pas vraiment un animal, tout comme elle n’est pas vraiment humaine, elle participe des deux, est autre) humain/être féérique ? Car ce qui me marque dans ces contes, pour peu qu’ils n’aient pas été recueillis par quelqu’un voulant coller dessus une morale bien-pensante (ce qui fait perdre tout intérêt à l’histoire et en fait quelque chose de frelaté), c’est que, si cela est étrange, ce n’est jamais perçu comme mauvais, néfaste.
“In old folktales, marriage between humans and animals broke certain taboos, and could be dangerous, but these relationships weren't generally portrayed as wicked or immoral. Even when such marriages were doomed to failure (selchie wives returning to the sea, for example), often a gift was left behind in the form of children, wealth, good fortune, or the acquisition of magical skills (such as the ability to find fish or game in plentiful supply). By the Middle Ages, however, animal–human relationships were viewed more warily, and creatures who could shift between human and animal shape were portrayed in more demonic terms.”
WINDLING Terri, Married to Magic: Animal Brides and Bridegrooms in Folklore and Fantasy
« Dans les anciens contes, le mariage entre humains et animaux brisait certains tabous, et pouvait être dangereux, mais ces relations n’étaient généralement pas décrites comme et immorales. Même quand de tels mariages étaient condamnés à l’échec (les femmes-silkies retournant à la mer, par exemple), un don était souvent laissé derrière, sous la forme d’enfants, de santé, de chance, ou par l’acquisition de facultés magiques (telles l’habileté à trouver du poisson ou du gibier en quantité largement suffisante). Au Moyen Age, cependant, les relations animal-humain étaient regardées plus sévèrement, et les créatures qui pouvaient passer d’une forme humaine à une forme animale étaient décrites dans des termes plus diabolisants. »

Il semble que c’est surtout à cette période que la figure de la femme dévoreuse et diabolique s’est étendue. Je n’irai pas dire qu’elle n’existait pas avant ! Comme tout, l’image féminine a deux aspects, positif et négatif, et cela depuis toujours : les déesses grecques, par exemple, n’étaient pas piquées des vers, et des « femmes » telles Méduse ou la Gorgone n’étaient pas spécifiquement sympathiques, si ce n’est une fois tuées. Mais c’est ce que j’interprète de cet article… avis aux plus spécialistes que moi…
Ceci pour marquer la différence entre la femme-oiselle, qui se pose en victime, et la Vouivre ou Jenny-les-Dents-Vertes, qui elles provoquent et chassent (entre les deux points de salut ? Si… mais pas dans ce type de conte… pour cela, c’est un autre genre de récit qu’il faut étudier) : ce n’est pas qu’une différence de personnalité, mais aussi une différence dans l’esprit des conteurs et de ceux qui l’écoutent. Ne jamais oublier que les contes sont toujours un reflet de nous-même.
« L’être qui sort de l’eau est un reflet qui peu à peu se matérialise : il est une image avant d’être un être, il est un désir avant d’être une image. »

Jamais décrite, toujours imaginée, la femme-cygne n’est jamais vue telle qu’elle est, mais telle qu’on se la représente : elle est l’image du désir de pureté, celle qui change à loisir de forme pour peu qu’elle en soit libre. La femme oiseau ne restera pas ad vitam dans sa cage, la femme oiseau ne vit que pour être libre, que pour s’échapper, un jour, de celui qui la captura. C’est même plus fort qu’elle : il arrive qu’elle soit triste de partir, mais toujours elle le fait, jamais elle ne résiste à retrouver sa nature véritable. Et si elle est triste, ce sera plus pour les enfants qu’elle abandonne que pour son geôlier, quand bien même elle aura fini par l’apprécier. Si le lac ne fait que refléter sa blancheur, si le lac est un œil neutre, il n’en est pas de même pour l’œil de l’homme : lui y superpose ses propres fantasmes (à prendre au sens « fantômes de l’imagination ») et désirs… et en particulier celui de possession. Prend-il en compte les sentiments de la fée ? Non. Il s’en moque. Que lui importe ses larmes ? L’important étant qu’il tienne entre ses mains la clé qui pourrait la libérer, son vêtement de plume, l’important étant qu’elle soit à lui comme un joli caillou. Se préoccupe-t-il de la spolier de la moitié de son identité ? Jamais. Et quand bien même il l’aime sincèrement, cet amour est égoïste, à sens unique. C’est parce que l’homme n’a pas su le comprendre que la fée s’en ira un jour ou l’autre. Quel intérêt de rester dans ce monde où quoi qu’elle fasse, elle sera étrangère ?

Femme-oiseau, elle est liée à l’air, au vent ; et le vent est insaisissable. Il n’y a que dans les contes que le vent peut être enfermé dans un sac. Justement, nous sommes dans un conte. Alors la femme-oiselle est enfermée dans une maison. Mais de même qu’on finit toujours, par erreur, par destin, parce qu’il ne peut en être autrement, par ouvrir le sac du vent, de même l’oiselle reprendra son vol. La première vision que l’on a d’elle, c’est quand elle arrive en volant avec ces sœurs, au lac où elle se révèlera. La dernière que l’on garde d’elle, c’est celle d’un élan d’aile puissant de joie s’élevant au-dessus de la masure. Le conte est le récit d’une chute suivit d’une ascension. L’homme n’est finalement qu’un retardateur, qu’un obstacle à l’envol. Au lieu de s’envoler par habitude, une fois le bain prit, au lieu de s’envoler par peur, une fois l’homme aperçu, la fée s’envolera libérée… Ce n’est pas le même état que d’être libre. La sensation de délivrance est un puissant élan, un prélude à autre chose, une renaissance. De la même manière qu’après une éreintante journée de marche, il suffit de poser son sac et les vingt kilos de nécessaire et superflu qu’il comporte pour se sentir de nouveau léger et près à marcher jusqu’à la nuit tombée, pour se sentir pousser par une force inconnue jusqu’à lors, donnant la bizarre impression de ne peser plus rien. Ce conte est lui aussi de double face : on peut s’apitoyer sur le sort de l’homme, ou être heureux de la délivrance de la fée. Choisir l’aspect humain ou l’aspect féérique. Être malheureux comme la pierre ou joyeux comme un pinson à la fin.
Mais sans l’étape de privation, la fée ne serait pas libérée, et ne connaîtrait pas cette sorte de joie de l’élévation, marquée par l’oiseau… Il n’y aurait pas de conte. Après tout, il n’est pas très grave qu’elle soit emprisonnée un temps, du moment que l’histoire finit bien et qu’elle retrouvera sa liberté. On est triste un temps, pour peu qu’enfin le cygne, barque blanche ailée, flèche de nouveau le ciel pour retrouver les siens.

De l’oiselle à la louve


La forme d’oiseau est-elle nécessaire à l’idée de liberté ? Pas forcément… l’eau rempli très bien cette fonction : trouve-t-elle un interstice qu’elle s’échappe ; et alors nous avons la belle image de l’animal marin bondissant enfin dans l’eau retrouver son mari aquatique. La forêt est elle aussi l’appel à l’échappée : l’image de la femme-louve du conte croate filant à travers la plaine pour retrouver ses bois est forte de sensation de délivrance, d’une ivresse de la course sauvage. Le « règne » élémental importe finalement peu ; qu’il soit du ciel, de la mer ou de la forêt, l’important réside dans le caractère naturel de l’être féérique. L’être fantastique est fée car appartenant à la nature. Que le conteur choisisse un animal familier est normal ! Sa symbolique est propre au lieu où l’histoire est chantournée. La fée n’est pas fée car elle est oiselle. La fée est telle car elle est naturelle, comme le souligne Tolkien :
“Supernatural is a dangerous and difficult word in any of its senses, looser or stricter. But to fairies it can hardly be applied, unless super is taken merely as a superlative prefix. For it is man who is, in contrast to fairies, supernatural (and often of diminutive stature); whereas they are natural, far more natural than he.”

C’est cette naturalité que l’homme échouera à conserver. Cette naturalité qu’il a perdu le jour où il a voulu la capturer ; car dès lors elle était en sursis. Être de Faërie, la femme-oiselle en conserve l’aspect inaccessible : on est toujours voué à la perdre…
Suivant l’humeur du conteur, il peut en rester un souvenir : les enfants que la fée a laissé.

De fées en princesses ensorcelés…


Rebeca :
Melilot "L'intérêt, ici, c'est qu'on a une inversion du motif : des hommes-cygnes au lieu de femme. Mais comme tu le signalais, laegalad, ce sont des hommes ensorcelés. Les femmes-oiseaux, jusqu'ici, sont fées."
Hm, les femmes-cygnes allemandes, c'est des princesses, pas des fées ;)
Le glissement est ici intéressant… car dans l’histoire que tu cites, Rebeca, nous ne sommes plus vraiment dans le schéma mélusinien... La « rationalisation » du conte lui fait perdre le tragique, et surtout son aspect… plus… sauvage, dirons-nous :). Les princesses sont victimes d’un sort. Elles n’ont plus d’attribut féériques, ne sont que de banales humaines sans pouvoir quelqu’il soit.

Rebeca : (à propos du conte japonais de la femme-grue)
C'est donc une grue qui se transforme en femme, et non une femme ensorcelée ou une fée.
Du fait que l’être est capable de passer à loisir du stade animal au stade humain, je le considère comme fée… on ne sait pas quelle est sa véritable nature… ce conte est beau, et cruel… Je ne le connaissais pas :)
Quant à ta petite-fille, Dior, elle ne rentre pas dans la catégorie des femmes fées… l’image est très belle, d’Eärendil trouva son aimée à ses côtés au matin :
“For Ulmo bore up Elwing out of the waves, and he gave her the likeness of a great white bird, and upon her breast there shone as a star the Silmaril, as she flew over the water to seek Eärendil her beloved. On a time of night Eärendil at the helm of his ship saw her come towards him, as a white cloud exceeding swift beneath the moon, as a star over the sea moving in strange course, a pale flame on wings of storm. And it is sung that she fell from the air upon the timbers of Vingilot, in a swoon, nigh unto death for the urgency of her speed, and Eärendil took her to his bosom; but in the morning with marvelling eyes he beheld his wife in her own form beside him with her hair upon his face, and she slept.” (Silmarillion)
… mais… il n’est pas marqué que c’est une mouette, il me semble… ou j’ai manqué le passage… Un grand oiseau blanc… C’est une très belle image, pour moi aussi forte que celle de la fée retrouvant son plumage et s’élançant en joie dans les airs :)
Et l’on retrouve les éléments qui en font une image à forte résonance : l’oiselle, sa blancheur, la lumière, « une petite flamme sur les ailes de la tempête »… et recueillie par Eärendil, recueillie, protégée, et non capturée ! comme aurait voulu le faire Maedhros, ce qui provoqua sa fuite, elle retrouve forme humaine… « and she slept »… La compassion, et non la possession : peut-être cela eut-il suffit à l’homme pour garder sa fée auprès de lui…

La suite un autre jour, sur le fiancé animal… ça fait des heures que je planche sur le sujet, j’ai colonisée toute la salle à manger avec mes bouquins, le ventilo, le broc d’eau et la pile de CD :)

Hisweloke
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le 15-07-2005
à 22:13

Vladimir Propp? Juste un petit rappel... -- D.
Dior
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le 16-07-2005
à 15:05

Wouaw ! C'est un plaisir de vous lire, ô reine des marmelades et confitures :-)

Mais j'ai quand même deux choses à dire :-)

Quant à ta petite-fille, Dior,

Tenterais-tu de me rendre plus vieux que je ne le suis déjà ? ;-) Elwing est bien entendu ma fille.

… mais… il n’est pas marqué que c’est une mouette, il me semble… ou j’ai manqué le passage… Un grand oiseau blanc… C’est une très belle image, pour moi aussi forte que celle de la fée retrouvant son plumage et s’élançant en joie dans les airs :)

Voilà qui me préoccupe. J'ai donc parcouru les HoMes à la recherche de cet oiseau, et voici les résultats :

- HoMe II : a seabird (The Tale of Eärendel, p. 259), a seamew (idem, p. 261);
- HoMe IV : a white sea-bird (The earliest Silmarillion, p. 38, et The Quenta, p. 150), a bird (The earliest Annals of Beleriand, p. 308);
- HoMe V : a bird (The later Annals of Beleriand, p. 143); et
- HoMe XI : a bird (The Tale of Years, p. 348).

La seule fois que cet oiseau est spécifié, il s'agit d'un seamew, ce que mon dico traduit par "mouette" ou "goéland".

Laegalad
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le 16-07-2005
à 15:49

Mes excuses, gent seigneur :) Je n'avais pas fait la recherche dans le HoME II (que je viens de lire, pourtant... aaah, la Chute du Gondolin, mon moment préféré...).
Sea mew : Mouette ou goéland, en effet... Je m'incline :)

Didier : oui, tu fais bien de pointer le lien :)

Melilot
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le 16-07-2005
à 17:10

Wow, Beau morceau Laegalad :-) (Et chapeau pour le boulot aussi! Pfiouwww!) Et remplacer le chagrin de la perte par la joie de l'envol! Ouah! Je te reconnais bien là! mercimercimerci! :-)

Concernant les ours, je viens juste de mettre la main sur un bouquin prometteur qui étudie les relations hommes/ours durant la préhistoire (représentations, sépultures, et autres traces diverses). Mais ... euh ... un mois de patience, siouplait ... je ne PEUX pas m'y mettre maintenant (ou j'en connais un qui va me massacrer).

(Et d'abord, qu'est-ce que ce vieux gronchon de Tolkien avait contre l'anthropologie? grrmmmlbbbggrrr! Sans blague!)

Didier, merci aussi pour le rappel. 'tcheu! Comment se fait-t-il qu'on oublie toujours de chercher l'évidence?! ;-P

(Bon. On repart à la chasse aux contes.)

rebeca
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le 16-07-2005
à 17:56

Je fais vite, je suis entre mon sac pour aller chez Lamberte et le petit lutin qui veut pas être oublié, il veut des histoires et des chansons avant que j'aille faire la fête ;)

Tout d'abord, vraiment wow, Laegalad :)

Tu dis "Le glissement est ici intéressant… car dans l’histoire que tu cites, Rebeca, nous ne sommes plus vraiment dans le schéma mélusinien... La « rationalisation » du conte lui fait perdre le tragique, et surtout son aspect… plus… sauvage, dirons-nous :). Les princesses sont victimes d’un sort. Elles n’ont plus d’attribut féériques, ne sont que de banales humaines sans pouvoir quelqu’il soit."

Je crois que ce n'est pas tout à fait ça, en fait, mais c'est moi qui n'ai pas mis tous les détails: je pense que les princesses allemandes ne sont pas des simples humaines, parce qu'il est systématiquement dit qu'elles viennent du royaume de la montagne de verre, montagne qui dans tous les types de contes où elle apparait se situe toujours loin après le bout du monde, à l'est du soleil et à l'ouest de la lune...
Ensuite, le sort dont elles sont victimes, est de vivre sous la garde d'un dragon à au moins 7 têtes (qu'il faut couper toutes en temps, sinon elles repoussent ;)), et c'est justement l'homme qui les aime et vit un moment avec elles qui les libère. De plus, c'est rarement lui qui capture la demoiselle, en général elle lui est donnée après de nombreuses épreuves, et au moment ou elle aperçoit son plumage soit par erreur, soit parce que quelqu'un lui montre, c'est toujours involontairement qu'elle s'envole. Dans de nombreuses versions elle dit même au jeune homme qu'elle est obligée de repartir, et que lui seul peut la sauver de ce sort qui l'oblige à le quitter alors qu'elle l'aime. Il franchit donc tout l'espace qui les sépare et réussi un certain nombre d'épreuves, au bout duquel il la retrouve, et ils règnent tout deux sur le royaume de la montagne de verre, ils ne retournent pas en ce monde-ci...

Je n'arrive pas à très bien concilier ça avec ce que tu as dit plus tôt, vu qu'il est dit ici qu'elle veut rester avec l'homme et part à cause du sort et contre son gré, mais peut-être que tu y vois plus clair :) dis-moi si tu veux bien :)

C'est peut-être un scénario uniquement allemand, je ne sais pas (mais c'est vrai que dans les contes d'autres origines que j'ai lu, ça se passe comme tu le dit plus haut), mais il est identique en Allemagne quand c'est l'homme qui est victime du sort et que c'est lui qui est originaire de la montagne de verre: le femme le suit et traverse certaines épreuves avant de pouvoir vivre avec lui dans ce royaume. Là non plus pas de captures, c'est souvent même l'homme ensorcelé de la montagne de verre qui vient demander, sous forme animale, la femme humaine en mariage.


Par contre, le seul personnage dans les contes allemands dont il est expressément dit qu'elle n'est pas humaine (ein "Wünschelweiblein" aucune idée comment on traduit ça ;)), c'est la maman des 7 cygnes...

Anardaiel
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le 16-07-2005
à 18:09

Pas eu le temps de tout lire alors que ça a l'air passionnant! snif! mais bon je suis rentrée de roumanie mardi soir et je repare pour Lyon (vive les oraux de l'ens:-() demain donc pas mal de choses à faire et pas le temps de tout lire.
J'ai saisi au vol "métamorphose" "femme", "cygne", "ours"...
Quelques petites idées comme ça, en espérant ne pas être totalement hors sujet.

A propos des ours : j'ai vu qu'il a été question de la légende de Callisto, changée en ourse par Artémis. Je voudrais ajouter quelque chose à ce propos, qui ne relève pas du conte mais bon, ça reste deans la lignée. Un des rites de passage pour les jeunes filles grecques de la bonne société consistait à devenir "ourse" au sanctuaire de Brauron, dédié à Artémis. Les jeunes filles choisies se déguisaient en ourse pour rendre le culte à la déesse, l'ourse symbolisant apparemment la virginité. Ca peut peut-être vous intéresser.

Quand aux métamorphoses en oiseaux : il y a aussi la sombre histoire de Térée, Philomèle et Procnée. Térée est l'époux de Procnée mais s'éprend de sa belle-soeur Philomèle. Il la viole et lui coupe la langue pour qu'elle ne raconte pas l'outrage qu'elle a subi. Mais elle brode son histoire (vive la tapisserie chez les grecs!)et ainsi sa soeur Procnée est au courant. Pas contente (doux euphémisme), Procnée tue l'enfant qu'elle a eu de Térée et le fait dévorer en ragout à son mari. Mari qui poursuit les deux soeurs. Bref pour mettre fin à l'histoire les dieux change Philomèle en rossignol (oiseau symbole de malheur et de tristesse chez les grecs) et Procnée en hirondelle. Térée quant à lui devient huppe.

Bon voilà, excusez le hors sujet s'il y a lieu.

Elodie qui va faire sa valise

rebeca
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le 16-07-2005
à 18:14

Ah oui, juste parce qu'il a tant fait rire Melilot: le conte suisse des trois oiseaux blancs.

C'est l'histoire d'un jeune gardien de chèvre, qui vit avec sa mère dans une petite cabane dans la forêt. Un beau jour, alors qu'il mène ses chèvres au bord d'un grand lac, il aperçoit trois merveilleux oiseaux, d'un blanc de neige, avec un long cou et un bec jaune. Il en attrape un et le tire à terre. Aussitôt celui-ci se met à parler, et explique qu'ils sont en fait trois jeunes vierges, une princesse (l'oiseau au bec d'or) et ses deux suivantes, ensorcelées par un méchant sorcier qui voulait forcer la princesse à l'épouser. Il leur fois trois herbes pour pouvoir être délivrées. Le garçon retourne chez sa mère, qui s'y connait fort bien en herboristerie, et elle lui montre où cueillir ces plantes. Il les rapporte aux oiseaux, qui pour le remercier, lui propose de l'emmener dans leur royaume merveilleux. Et lui il répond "bé non, j'préfère rester vivre avec ma mère et garder mes chèvres!"

Je compte sur Laegalad pour l'explication, moi je sais juste en dire "euh????";)
Et puis faut que je file, c'est la fête chez Lamberte ce soir :)

Laegalad
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le 16-07-2005
à 18:51

Rebeca :
Je crois que ce n'est pas tout à fait ça, en fait, mais c'est moi qui n'ai pas mis tous les détails: je pense que les princesses allemandes ne sont pas des simples humaines, parce qu'il est systématiquement dit qu'elles viennent du royaume de la montagne de verre, montagne qui dans tous les types de contes où elle apparait se situe toujours loin après le bout du monde, à l'est du soleil et à l'ouest de la lune...
Ensuite, le sort dont elles sont victimes, est de vivre sous la garde d'un dragon à au moins 7 têtes (qu'il faut couper toutes en temps, sinon elles repoussent ;)), et c'est justement l'homme qui les aime et vit un moment avec elles qui les libère. De plus, c'est rarement lui qui capture la demoiselle, en général elle lui est donnée après de nombreuses épreuves, et au moment ou elle aperçoit son plumage soit par erreur, soit parce que quelqu'un lui montre, c'est toujours involontairement qu'elle s'envole. Dans de nombreuses versions elle dit même au jeune homme qu'elle est obligée de repartir, et que lui seul peut la sauver de ce sort qui l'oblige à le quitter alors qu'elle l'aime. Il franchit donc tout l'espace qui les sépare et réussi un certain nombre d'épreuves, au bout duquel il la retrouve, et ils règnent tout deux sur le royaume de la montagne de verre, ils ne retournent pas en ce monde-ci...
Je n'arrive pas à très bien concilier ça avec ce que tu as dit plus tôt, vu qu'il est dit ici qu'elle veut rester avec l'homme et part à cause du sort et contre son gré, mais peut-être que tu y vois plus clair :) dis-moi si tu veux bien :)
En l’état actuel de mes connaissances :), je me demande si ce genre de conte n’est pas plus tardif que celui que j’ai présenté… Parce qu’il me semble beaucoup plus « développé », plus « socialisé », en quelque sorte… Je ne vois pas trop. « L’est du soleil et l’ouest de la lune », c’est Norvégien au départ, il me semble… L’expression a été reprise abondamment par la suite… je n’arrive plus à trouver ma source, où l’on disait que ça intriguait beaucoup les Romantiques (et le Romantisme a commencé en… Allemagne ;)), et qu’ils l’ont beaucoup utilisé par la suite.
Ah oui, juste parce qu'il a tant fait rire Melilot: le conte suisse des trois oiseaux blancs. […]Je compte sur Laegalad pour l'explication, moi je sais juste en dire "euh????";)

Hi hi hi :) En voilà au moins un qui a compris ! Ou alors… ou alors, il n’était pas encore sorti des jupes de sa môman, et n’a pu se résoudre à quitter la Mère pour obtenir l’Epouse… L’était un peu jeunet, quoi :)
Elodie : non non, tu n’es pas HS :) Dans l’histoire de l’ourse, je verrai plutôt l’équation dans le sens Artémis = Virginité, Artémis = Ourse, donc Ourse = Virginité, que Ourse = Virginité, Artémis = Virginité, donc Ourse = Artémis… Enfin, c’est mon point de vue :) Mon dictionnaire des symboles, en tout cas, n’associe pas l’ourse à la virginité mais à « l’aspect dangereux de l’inconscient » « monstrueux, cruel et sacrificateur »…
Pour l’histoire de Térée et cie, on tombe dans un autre aspect : la métamorphose est le fait des Dieux et clôt le conte, ou du moins l’histoire ; alors que dans les contes de la femme-oiselle, la métamorphose est le fait de la fée elle-même (hors le cas de Rebeca sur lequel je m’interroge), et conditionne tout le conte.
Et puis faut que je file, c'est la fête chez Lamberte ce soir :)

C’est comme ça qu’on avance le boulot ?!!! Bonne soirée… et, heu… hrm… pensez à moi… pour... et pour... hmm ? :oD
Melilot
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le 16-07-2005
à 22:18

Rassure-toi, Laegalad, Lambertine pense ENORMEMENT au bonheur de Callixa... :-P

Qu'est-ce qu'il a cè conte zwiss? Il è trè pien, chè troufe, cè karson! C'è in pon vils, k'il feut rèzté ché za mérr!

Aknèss, Yiddishe Mamma.

Saivh
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le 17-07-2005
à 19:43

Aknèss, Yiddishe Mamma.
Oyoyoy....
Kendra
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le 18-07-2005
à 12:29

Est-ce que quelqu'un aurait ouï d'une histoire de fille changée en mule ? pour ceux qui étaient à Paimpol, il y a eu une chanson (avec Bertrand et Jérôme comme choristes entre autres) sur le sujet. Il s'agit de la Mule du groupe Malicorne (qui comprend Gabriel Yacoub, un ex-compère de Stivell)
Dis-moi, dis-moi forgeron
Combien pour ferrer ma mule?
C'est 5 sols mon prince
Cinq sols et un denier

Dis-moi, dis-moi forgeron
Si tu tiendras ma mule?
J'en ai tenu d'autres
Celle-ci je tiendrai

Au premier fer que tu mettras
Elle va t'appeler père
Au premier clou qu'il plante
Mon père elle l'appelait

Qui est donc cette mule
Qui m'appelle père?
Votre fille Jeanne
Qui est morte et enterrée

Dis-moi, dis-moi Jeanne
Qui t'a changée en mule?
Le curé de Lalande
C'est lui qui m'a fait damner

Le long de la Bruyère
Quand j'étais jeune fille
Une fois la semaine
Il venait m'y trouver

A ma soeur allez dire
Ne va pas à la Bruyère
Autrement mon père
Elle ira se damner

Mes habits à la maison
Que jamais ne les porte
Prenez-les bien vite
C'est pour les faire brûler

Vous mettrez les cendres
Dans un drap de toile blanche
A la lune montante
Au vent faut les jeter

Est-ce que cette chanson est inspirée d'un légendaire similaire à ce qu'on a vu plus haut ? Le fait qu'il faille brûler les habits de la fille pour la dé-damner est-il un motif mythique ?
On ne sait pas trop si le curé a damné la fille parce qu'elle se refusait à lui ou parce qu'elle lui a accordé ses faveurs non plus...

Saivh
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le 18-07-2005
à 19:25

Des que j'ai deux minutes, j'etudie le texte et j'essaie de dire quoi. Mais en attendant (je cours et je ne fais que survoler), ton histoire ressemble vraiment a celle de Rhiannon. Si ton texte est Breton (je n'ai mme pas le tps de bien lire ce que tu as dit a mon aise), ce ne serait pas etonnant. L'histoire de Rhiannon est Galloise et les liens entre le PDG et la B sont bien connus, de mme que l'influence du PDG sur la B. Voila, je vole.
Kendra
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le 18-07-2005
à 22:35

Le PDG ;o) Mais le PDG de quelle entreprise ?

bon je sais.... c'est pourri.

Saivh
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le 19-07-2005
à 17:12

Warf warf ;-)
Anglin
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le 03-08-2005
à 09:21

Me demandes avant si parmi tout ceci je vais arriver à apporter quelquechose ...

Je voudrais revenir sur Hrolfr Kraki' Saga (dont malheureusement je ne possède que l'interprétation anglaise de Poul Anderson) et sur Björn et Bjarki ...

Un vieux roi(Hring) perd sa femme
Il n'a qu'un fils (Björn)
Le peuple presse Hring de se remarier, il n'a qu'un fils .. Hring envoie des missionaires hors du pays pour trouver sa femme ... Les bateaux envoyés sont soient coulés soient perdus dans les flots, sauf un qui semble guidé ... le capitaine du bateau trouve donc au pays des Finns une maison ou vivent deux femmes Ingebjörg et Hvit sa fille (sorcières ...) ,finalement et après quelque temps passé, le capitaine ramène la sorcière (fille) à son roi. Le roi l'épouse.

Non loin de là vivait Gunnar, et sa fille Bera
Bera et Björn s'étaient rencontré jeune et étaient attirés l'un apr l'autre.
Les enfants avaient grandi et leur amour aussi.

Mais belle maman (la fille-sorcière) est arrivée.

Belle maman voit que son mari est vieux, elle tente de seduire son fils. Refus. Grosse colère de Belle-maman. Tu me traite en ours, alors seulement un ours tu seras ....

Et voilà Björn condamné à vivre en ours le jour et en Björn la nuit ...

Mais l'Amouuuuuuuuuuuuur ... Et oui Bera rencontre l'ours si gentil avec elle, et le suit jusqu'au soir ou (comme par hasard ...) il redevient le beau Björn.

Bera vit donc dès ce jour la nuit chez son poilu, et le jour comme si de rien n'était ...

Mais Belle maman veille au grain, et Björn sent que son heure est arrivée ... Björn donne trois enfants (d'un coup !!!) à Bera, il lui dit qu'il va mourir demain, qu'il a caché un trésor pour chacun de ses fils, qu'elle devra les nommer Frodhi Thori et Bjarki ... (petite malediction dure à resumer mais en gros Belle maman oblige Bera à manger de l'ours, de l'ours-björn après qu'il fut tué, ce que Björn avait dit "pas bien, pas bien ...") et les trois enfants sont corrompus.
Les trois seront liés aux bêtes
Elk-Frodhi (Frodhi l'élan qui en dessous du nombril à le corps d'un élan)
Thori Houndfoot (Dont les pieds étaient ceux d'un chien)
et Bjarki qui juste lors de la dernière bataille qu'il livrera apparaitra lui même en ours ...

La suite, vous n'avez qu'à l'acheter ;)
Mais c'est drôle les resonnaces possibles avec la 'siberienne' violée par l'ours (aux yeux des autres ...)

Melilot
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le 03-08-2005
à 09:44

Excellent, merci Anglin. Une pièce en plus à verser au dossier. :-)
Reste à se procurer l'original ... heu ... traduit si possible.
Anglin
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le 03-08-2005
à 10:00

Tom Shippey en parle p.80 (The road to ME ...)

Mais c'est surtout Douglas Anderson (proche de Poul Anderson ????) dans Annotated Hobbit qui te donne cet indice p. 165 note 5

Tolkien knew The saga of Hrolf Kraki very well. One of his student at Leeds, Stella Mils, translated it under the supervision of Tolkien's colleague and close friend E.V.Gordon. Several years later, Mills's translation was published as The saga of Hrolf Kraki (1933, with an introduction by gordon. This edition is dedicated to Gordon, Tolkien, and C.T.Onions, the lexicographer of the OED. Stella Mills received her B.A. at Leeds in 1924. She was a close friend of the Tolkien family for many years

Forfirith
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le 12-06-2006
à 10:50

> Dites, dans vos besaces-à-contes, vous auriez pas une histoire sur une femme-mouette ? Faudrait pas oublier ma chère fille non plus :-)

L'histoire de Ino dans les Métamorphoses d'Ovide mentionne la métamorphose justement des Sidoniennes, compagnes d'Ino : elles croient leur maîtresse morte et veulent se jeter à la mer à sa suite, certaines se transforment en rocher d'autres en mouettes :

D'autres sont transformées en oiseaux; aujourd'hui encore, au-dessus de la même mer, cesIsméniennes effleurent les vagues du bout de leurs ailes.

Livre IV, v. 520-574

Pour les chauves-souris, il y a une histoire aussi, mais il s'agit d'une métamorphose de punition par Bacchus, ça va pas tellement dans le contexte...:/ (Au cas où ça intéresse quelqu'un : Livre IV v. 410-433).

Forfi, qui retourne à sa lecture d'Ovide...

Laegalad
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le 12-06-2006
à 11:26

Waow, c'est génial, ça ! Ovide... Merci Forfi ! :)

S. -- justement... en train de relire tout ce qui a trait à Tuor et sa descendance :)

Forfirith
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le 16-06-2006
à 16:09

Je ne suis pas certaine que ce soit entièrement dans le sujet, mais en fouinant un peu, je suis tombée sur qui m'a fait pensé que nous pourrions nous pencher aussi sur le cas de Drûgs, même s'il ne s'agit pas à proprement parler de métamorphoses...
En tout cas à propos d'une métamorphose en pierre, y en a un paquet dans les Métamorposes d'Ovide !
Forfirith
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le 16-06-2006
à 16:12

Roo, m'apprendra à pas me relire, il faut lire:
"e suis tombée sur ça qui m'a fait pensé ..."
Laegalad
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le 16-06-2006
à 16:18

Arf, erreur de lien :) : sur ça, voulais-tu dire :)
Les Drûg ne se transforment pas vraiment en pierre... à mes souvenirs, ils peuvent mettre de leur âme dedans, ou du moins les animer, mais ils ne se transforment pas en pierre. Dans le conte :) il me souviens que l'homme était présent physiquement ailleurs alors que la statue-gardien combattait. C'est plutôt une sorte de dédoublement, ou de détachement de l'âme (comme si, d'un côté, le corps physique tombait en "fausse mort", pendant que l'âme allait animer la pierre... ça sonne un peu chamanique tout ça :)). La croyance en leur métamorphose est surtout dûe au fait qu'ils pouvaient être complètement immobiles en méditation, et pendant longtemps. Mais c'est un effet de leur concentration, ils ne se transforment pas réellement.
Laegalad
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le 16-06-2006
à 16:19

Hi hi hi :) Croisées nous nous sommes :)
lambertine
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le 16-06-2006
à 18:59

De l'origine de certaines pierres-mémoire, Laegalad ?
Laegalad
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le 17-06-2006
à 14:57

Est-ce un discret appel du pied pour me dire de continuer ? :D
En fait, non... Je ne sais pas d'où ça vient, si ce n'est qu'une pierre m'a toujours parue idéale pour conserver les souvenirs.
Et je veux bien continuer, moi, la preuve, j'y ai même retravaillé, mais je n'ai PAS LE TEEEEMPS :( :( :(
Laegalad
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le 29-04-2011
à 09:55

Je relisais ce riche fuseau il y a peu et, par un effet de coïncidence, voici un article de Tilkalin qui vient d'être publié chez Tolkiendil :
SELLIC SPELL, OU LE CONTE ÉTRANGE DE FILS D’OURS.

Riche lecture... Lilotte, faut définitivement qu'on se repenche sur nos oiselles, nous... un jour ^_^

Yyr
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le 29-04-2011
à 15:26


Merci pour le lien Stéphanie :)
Décidément, que de choses intéressantes à lire et à développer encore ... Merci à Éric !


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Section « Tolkien et la Littérature »
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