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Fuseau « Le Tournage - Edito n°13 - Vos réponses »
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Le Tournage - Edito n°13 - Vos réponses
- Les messages -
Cedric
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le 10-09-2002
à 07:50

Laissez ici vos commentaires après la lecture de l'Edito n°13 :
- Du détail et de l'ensemble.


Cédric.

Vinchmor
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le 10-09-2002
à 09:38

Encore un passionnant édito…

Je n’ai pas vu Andreï Roublev d’Andreï Tarkovski (malheureusement pour moi apparemment), mais si j’ai bien compris l’édito de Semprini, j’oserai le rapproché des « Rois Maudits » de Claude Barma : de par le talent du réalisateur et le jeu des acteurs on se retrouve plongé au XIV° siècle. Et pourtant, en y regardant de près, sans s’intéresser à l’Histoire, on découvre que les décors et les costumes sont minimalistes et beaucoup ne pourront pas accrocher à cette série justement parce que le foisonnement des détails « historiques » n’y est pas.

A l’inverse, il existe de grandes fresques historiques où la reconstitution est minutieuse et toute la magie du film se trouve brisée par la présence d’une montre bracelet (là, je pense à Ben Hur).

Dans le premier volet du SdA, PJ a réussi à mêler le détail à l'ensemble. Certe il a sacrifié certains passages du livre mais il est parvenu à recréer en partie Arda et rien que pour cela, je salue son adaptation.

Vinch'

Laegalad
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le 10-09-2002
à 16:02

Aaaaargh...
Je n'avais donc pas eu la berlue, il n'y aura donc pas que Legolas comme Elfe participant aux batailles... Zut et flûte, mais qu'est-ce qu'il lui a pris à Jackson? Enfin, pas de jugements précipités, ça sera peut-être bien qd même (me connaissant, je vais surement aller voir le film 2 fois de suite et en parler pendant 3 mois, voire beaucoup plus!). En tout cas, chapeau pour la culture cinéma, je ne savais même pas que Tartovski existait... Faut dire que question ciné, je ne connaîs pas grand chose.
Quant à la question de la fidélité de forme, j'avoues être énormément jalouse de tout l'entourage de Jackson: avoir été en Terre du Milieu devait être formidable. Je penses que s'il n'y avait pas eu ce travail de Titan au niveau des détails, le film n'aurait pas eu le m^me rendu, et aurait manqué de profondeur, peut-être.
Suilannad!
Laegalad
stonelas
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le 10-09-2002
à 19:04

En lisant ton édito, j'ai la sensation d'avoir manqué quelque chose à passer ma jeunesse devant les charlots :-))

Semprini > (...) Mais d’ores et déjà, il nous paraît possible d’affirmer, en se tenant aux Deux Tours, que la localisation géographique d’Edoras relève du détail exact alors que la venue d’Elrond et d’Arwen en Lórien et l’envoi d’un contingent d’Elfes au Gouffre de Helm (deux changements par rapport au livre permettant notamment à Peter Jackson d’asseoir davantage le personnage d’Arwen), qui prennent quelques libertés par rapport au mythos tolkienien, sont de l’ordre d’un ensemble différent de celui imaginé par Tolkien.

Ainsi et d'une certaine manière, PJ inscrit son travail de forme. Reste à savoir si cette dernière est qualitative. Bon, voici mon hypothèse qui, aussi farfelue soit-elle, n’épuise par le mystère de la création artistique. Bien au contraire et tu en conviendras ;-)

A mon humble avis, cette absence de fluidité dans la narration n'est pas la résultante d'une approche ordonnée. A savoir le fond puis la forme ou l'inverse. J'ai la sensation que PJ s'est consacré à ces deux mamelles dans le même temps et sans aucune hiérarchie créatrice clairement affirmée. C'est peut être cette "non approche" qui engendre ce que tu incrimines justement. Entendons-nous bien, je ne lapide pas le brave homme en place publique mais quelque chose tient du brouillon inachevé dans ce film. Un brouillon issu d'un travail colossal, qui se doit de concilier rigueur et passion artistique (fond et forme dans mon esprit limité) pour aboutir aux espérances de son instigateur. Jackson propose une page griffonnée dont l'inspiration côtoie le regrettable alors que les lecteurs attendaient une copie au propre dans l'espoir de lui appliquer la note maximale. Il en ressort une certaine frustration devant l'écran. A des passages étonnants succèdent des maladresses incompréhensibles. Partant de ce constat, mon hypothèse tordue m'empêche de songer à une éventuelle carence en matière de talent chez Jackson.

stonelas, dont l'inculture cinématographique oblige à accoucher d'hypothèses pour le moins obscures :/

NIKITA
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le 10-09-2002
à 19:52

>Semprini : Une fois de plus BRAVO pour cet édito ! Il est limpide et il a surtout le mérite de poser les bonnes questions, parmi lesquelles le processus créatif.

Je rejoins Stonelas (dont les explications me paraissent tout à fait incompréhensibles…Arrêtez de jouer les modestes, les garçons !) quand il émet l’hypothèse que Jackson n’a pas suivi une logique implacable : je crois aussi qu’il a voulu ménager la « chèvre et le chou », autrement dit le souci du Détail (avec une majuscule comme dans l’Edito de Semprini…) et l’inspiration personnelle.

Il y a cependant un point sur lequel je ne te suis pas, Semprini. c’est lorsque tu compares le travail créatif de Tolkien à celui de Jackson.
« Les détails ne lui ont servi en fin de compte qu’à historiciser son monde secondaire, créer l’illusion de sa réalité, et leur logique interne ne venait bien souvent que des relectures qu’il faisait. »
Tout le problème est là : quand Tolkien écrivait, il tenait le rôle du démiurge, tout était à inventer, nul doute qu’il se soit pris au jeu en écrivant « avec son propre sang » ! La page était blanche alors que pour Jackson, elle est déjà écrite : il ne doit plus créer mais recréer ! Et il sait qu’on l’attend au tournant ! Bien sûr il aurait pu faire fi de tout cela et planter son décor à notre époque, dans notre monde…mais n’aurait-on pas un peu perdu de cet émerveillement devant la nature et de cette magie si chers à Tolkien et partagés par nombre de ses lecteurs ? Or Jackson revendique haut et fort sa « filiation » envers Tolkien, il a choisi une voie difficile, celle de s’inscrire dans sa lignée !

Cela dit, je partage tes interrogations : est-ce le souci du Détail qui va faire la réussite de ce film ? Certes pas ! Il lui faut un souffle, une atmosphère au minimum cohérente et pour bien en juger, il faut attendre les deux volets restants. Il y a une chose qui m’agace personnellement : c’est lorsque pour la promotion d’un film, on nous rabat les oreilles avec la profusion d’effets spéciaux que l’on y trouvera ! Ce genre d’arguments me fait plutôt fuir : je ne vais pas voir un film pour me tenir au courant des dernières techniques d’images virtuelles mais pour y découvrir une histoire capable de déclencher en moi des émotions. Eh oui je trouve les trois premiers volets de la saga Stars Wars bien plus jouissifs avec leurs effets spéciaux démodés que les deux avatars auxquels nous avons eu droit ces dernières années ! Je m’écarte du sujet mais je tiens encore à redire qu’une trop grande attention accordée aux Détails ne doit pas nous faire oublier l’essentiel : l’émotion !

Nikita qui va tâcher de découvrir le cinéma russe à travers Andreï Tarkovski parce décidément tout cela a l’air alléchant…

TB
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le 11-09-2002
à 08:14

Excellent édito, as usual...! :)
Et c' est le passage relatif à la couleur capillaire de Legolas qui m' a incité à préciser quelques détails...
S' il serait vain de croire que la seule accumulation de détails suffit à permettre au spectateur d' atteindre, plutôt qu' une totale immersion quasi hypnotique, cet instant d' intemporalité que l' on éprouve quand on est confronté à une oeuvre ( picturale, cinématographique, ou littéraire...) aboutie, il est des détails dont l' importance peut engendrer un malaise suffisant pour dissiper cette émotion magique...Ceux reconnus, perçus, voire attendus, par une série d' automatismes découlant de nos pratiques et savoirs inconscients !
Par exemple, les peintres, ou les modelistes ( dont je suis ), apprennent rapidement que du fait de nos habitudes de lecture, de gauche à droite et de haut en bas, la perception de l' oeuvre par le spectateur en sera conditionnée...La partie droite sera perçue comme plus forte, et pourra engendrer, si l' on ne tient pas compte de ces automatismes, un dépréciation de l' ensemble ! Le secret résidant là dans un simple terme technique: la balance, ou équilibre...!
De même, au cinéma, un mauvais raccord au montage laissant tel détail, inconsciemment perçu comme anachronique par le cerveau du spectateur, peut ruiner l' effet recherché...Les trainées de condensation qui zébraient les ciels céruléens des péplums de mon enfance en sont un exemple inoubliable ! Les ténébreux sourcils de l' ami Légolas les ont, depuis, avantageusement remplacés...! :-D
Et s' ils ne peuvent, par leur insignifiante présence, créer le rejet, ils contribuent, additionnés aux incohérences physiques, narratives, et chronologiques, à la difficulté du spectateur à s' immerger dans une réalité alternative...!
Il est donc nécessaire, pour parfaire la critique du film que l' on visionne, de bien prendre en compte ces automatismes cachés...!
Ce qui donnera un utile prétexte à revoir, pourquoi pas, le film de Peter Jackson...Si vous en éprouvez le désir, évidemment !
TB
Cedric
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le 11-09-2002
à 09:52

Semprini, je me joins aux autres intervenants pour te remercier pour ce nouvel édito fort intéressant. Tu es l'un des seuls à te pencher sur le pourquoi de l'adaptation et non sur le comment, avec tout le profit que nous pouvons en tirer ;-)

Je suis parfaitement d'accord avec toi sur l'essentiel mais il subsiste peut-être un inconvénient majeur à ne pas s'intéresser (à tout le moins à ne pas y être très attentif) aux détails. C'est celui qui fera que le spectateur pourra prendre pour réel ce qui est montré dans le film alors que cela ne répond pas à l'oeuvre adaptée.
En ce sens, l'exemple de "Andrei Roublev" me gêne car il fait croire, à tort, au spectateur que les détails montrés sont une réalité historique.

De manière simple, quelles sont les deux difficultés majeures d'une adaptation ? :
- respecter le "scénario"
- restituer l'ambiance, une présence, une atmosphère présentes dans le livre. Bref, restituer les détails.

Je crois que les thèmes du "Seigneur des Anneaux" sont indissociables du monde dans lesquels ils sont exposés. Ne pas rendre les détails, c'est appauvrir l'ensemble car qu'apprécions-nous, entre autres, dans le Seigneur si ce n'est cette "richesse" ?
Mais on pourrait également s'interroger pour savoir où commence et finit le détail et ce qu'on doit considérer comme en faisant partie et devant être présent absolument dans l'adaptation ?

Mais, bien sûr, un film n'est pas une carte postale. Les détails d'ordre visuel ne doivent pas prendre le pas sur les détails de l'intrigue, les tensions psychologiques, etc. ni compenser un manque éventuel de talent et de conviction dans la restitution de ces derniers par le metteur en scène et les acteurs et toutes les personnes engagées dans une adaptation.


Cédric.

PS : J'adore la citation de Hugo !

stonelas
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le 11-09-2002
à 14:00

NIKITA >

Je rejoins Stonelas (dont les explications me paraissent tout à fait incompréhensibles (Arrêtez de jouer les modestes, les garçons !) (...)

De grâce, un peu de discrétion Nikita ! Souligner ma modestie superfétatoire risque de mettre à nu mon égocentrisme démesuré ;-)

Cedric >

Les détails d'ordre visuel ne doivent pas (...) compenser un manque éventuel de talent et de conviction dans la restitution de ces derniers par le metteur en scène et les acteurs et toutes les personnes engagées dans une adaptation.

Certes et si pierre je dois finalement jeter, le metteur en scène pourrait bien hériter de la première ecchymose ! La seule pensée de Kate Blanchet dirigée comme une coque de noix perdue dans le pacifique par une nuit sans étoiles me permettrait un lancé d'une précision chirurgicale ! Et si mon esprit se tourne vers Christopher Lee, réitérer le même exploit risque fort d'être une formalité. Mais cet accès de violence teinté de subjectivisme me fait dévier du sujet :/

Vinyamar
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le 11-09-2002
à 16:06

Semprini

je pensais justement à la question que Cédric avait posé ailleurs demandant s'il nous semblait important que Tolkien ai écrit son roman dans un univers merveilleux (il disait 'de fantasy'), et si son message aurait pu passer autrement.
La réponse, il me semble, est d'un oui technique, mais d'un non poétique.
Or ce n'est pas le cas d'oeuvres comme celles de Shakespeare, que l'on a avec succès (presque toujours) transposé allègrement dans d'autres mondes, il ne peut en être ainsi pour Tolkien. plus que pour d'autres oeuvres, le détail y a de l'importance. je dirai même qu'elle e a plus que l'histoire exacte. C'est l'ambiance avant tout qui touche le lecteur du SdA, le monde en background dont l'aventure est le prétexte de la découverte. Evidemment, il reste des éléments scénaristiques tout à fait incontournables: qu'un petit Hobbit prenne l'Anneau de puissance, que le roi ait une tête de bandit, que Boromir soit tenté et racheté, que Frodon 'échoue' à la fin, et d'autres faits majeurs. Le reste, le détail de l'histoire a peu d'importance, moins en tout cas que les détails du monde d'arrière plan, qui se doit d'être parfaitement cohérent (et je rejoins là l'analyse de notre TB retrouvé, concernant nos automatismes, plus ou moins sensibles chez certains)

Mais le point de vue de cet edito est, comme tu l'as promis, tout différent et très bien vu. Le souci du détail doit certes se fondre dans le talent, mais je crois que la technique peut suppléer au talent (art). Si PJ n'a pas l'art pour transposer le livre, il a raison de se fier aux techniques: restituer le monde à l'aide des détails, restituer l'histoire par dessus. Mais dans les deux cas, il reste l'écran de sa propre interprétation.

Bon, cette fois c'est moi qui finis de façon incompréhensible.

NIKITA
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le 11-09-2002
à 17:39

Toutes vos remarques m’ont fait penser à un intéressant article de Vincent Ferré (visible ici) dans lequel il donne sa critique du film de Jackson. A cette occasion il rappelle quel était le point de vue de Tolkien concernant une éventuelle adaptation cinématographique de son livre.

<.font color="blue">« Il est toutefois conscient des difficultés soulevées (« the risk of vulgarization », et convient de la nécessité de réduire : « un abrègement par sélection, avec de belles images, serait agréable ». Apparaît ici un des premiers critères de son jugement sur le projet de film d’animation que lui présente un agent américain, Forrest J Ackerman : les images (montagnes et déserts, dans doute américains) retiennent particulièrement son attention, parce qu’elle lui semblent convenir à son œuvre. Cet intérêt pour le visuel est confirmé un peu plus tard, lorsque Tolkien explique que ce sont les décors qui pourraient constituer l’intérêt de l’adaptation cinématographique qu’on lui soumet. »<./font>

Il est intéressant de noter que le Maître attache un souci particulier aux « décors » et à l’esthétique de l’image. Rien d’étonnant ! En attendait-on moins de lui ? Cela dit, l’auteur d’un livre n’est pas toujours le meilleur réalisateur qui soit. Je me souviens d’une interview de Jackson dans laquelle il disait qu’il voulait faire un bon film et pas seulement une bonne adaptation. Un vœu pieux ?
Voilà de quoi relancer le débat…

NIKITA
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le 11-09-2002
à 17:40

Désolée, mon tag pour changer de couleur ne marche pas! Il faut que je revoie ma copie...
Semprini
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le 11-09-2002
à 19:44

Merci à tous pour vos commentaires. :) Permettez-moi pour y répondre brièvement (j'ai peu de temps) de citer l'édito:

"On ne défend pas ici la thèse d’une inutilité des rouages et des différentes pièces du puzzle épique que constitue le Seigneur des Anneaux, bien au contraire. Le particulier et l’ensemble, la minutie et la vision du tout sont indissociables chez Tolkien, et leur concorde ne fait pas le moindre charme du livre. C’est le sens du cheminement de l’un à l’autre que nous interrogeons et la conviction que la transposition exacte d’un détail visuel d’un roman dans un film est impossible qui nous guide."

Le détail, qu'il relève du visuel ou du détail scénaristique, reste donc important, surtout chez Tolkien, ce dont nous sommes d'accord (quoique l'on sous-estime peut-être l'universalisme du récit en le considérant inséparable de la Terre du Milieu). C'est simplement l'obsession du détail que je voulais comparer avec l'approche contraire de Tarkovski, qui nous a donné Andrei Rublev. Cette comparaison me paraissait propre à nourrir le débat, et je n'avais pas tort, on dirait, TB est même sorti de sa tanière. ;-)

Quant au fait que Peter Jackson n'a pas suivi une approche à la lettre, j'en suis aussi persuadé. Il n'en demeure pas moins qu'il est frappant de voir à quel point, comme le dit justement Stonelas, le meilleur cotoie le pire dans son adaptation. Le fait qu'il ait tourné son film avec 5 équipes différentes y est peut-être aussi pour quelque chose. Enfin, pour terminer, n'oublions pas qu'une adaptation cinématographique, même si elle doit tendre vers une fidèlité idéale, n'en est pas moins une création à part entière, dans un nouveau langage artistique. :)

Lothiriel
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le 11-09-2002
à 23:11

j'ai trouvé l'édito fort intéressant, évidemment, et les réactions tout autant. je tiens à dire à Stonelas et Vinyamar qu'ils sont tout à fait compréhensibles, quoique leur modestie naturelle en dise ;-)
en regardant les bonus du dvd, j'ai effectivement été tout à fait frappée du soin mis par PJ dans les détails - ce qui ne laisse pas de surprendre devant une énormité comme le pseudo croisement entre orques et gobelins, du coup, d'ailleurs.
il reste que ce goût du détail n'occulte pas les faiblesses du film - faiblesses que nous percevons tous avec plus ou moins d'acuité. la construction d'ensemble est alors fautive, semble-t-il? peut-être.quoiqu'il en soit, le problème d'une adaptation littéraire reste un peu différent de celui du film historique (quelle que soit par ailleurs "'historicité"de l'oeuvre de Tolkien), au sens où l'absence de détail historique me semble plus facilement "pardonnée" que la mauvaise transposition d'une création antérieure. la précision de l'oeuvre de Tolkien est une partie incontestable de son charme pour le commun des lecteurs, si je puis dire, alors que la coupe de cheveux de Jeanne d'Arc laisse froids les fans de la Pucelle, par exemple (quoique...). la re-création dans le domaine artistique pose d'autres problèmes que la transposition sur le mode artistique d'une réalité historique - parce que les attentes des spectateurs ne sont pas tout à fait identiques.
mais l'une et l'autre entreprise demandent, au bout du compte, une vision d'ensemble, construite de détails en détails...
Turin Turambar
Voir le profil de Turin Turambar  

le 13-09-2002
à 21:51

Quel plaisir de lire l'édito de quelqu'un qui sait écrire ! Mais si, cela existe encore, la preuve... Merci Semprini.
Les impressions qu'il me laisse sont toutefois nuancées. Je m'interroge sur le soin apporté au détail par Peter Jackson. Avait-il le choix ? pouvait-il raisonnablement faire autrement ?
Tant de dessinateurs se sont penchés sur l'Oeuvre de Tolkien que la plupart des images nécessaires au storyboard avaient été élaborées avec un grand luxe de détail il y a déjà longtemps. Tolkien lui-même a donné dans ses ouvrages des indications esthétiques assez précises. Autrement dit, le travail de préparation, incluant une vision graphique voire même le choix entre de très nombreuses visions quasiment scène par scène, avait été "maché". Partant de là, Peter Jackson n'aurait eu aucune excuse s'il n'avait pas inclus à "sa" vision un tel luxe de détails.
Il y a un autre facteur à ne pas négliger : pour exister et s'imposer dans le grand public autrement que comme un film commercial ou une simple commande, ce film a besoin de la caution morale de tous ceux qui l'ont attendu et connaissent leur sujet sur le bout des doigts, c'est à dire nous. Comment aurions nous réagi sans une telle débauche de détails ? Nous guettons, traquons et dénonçons le moindre écart par rapport à l'Oeuvre écrite. Chaque liberté prise par Peter Jackson fait l'objet sur ce forum (et de nombreux autres...) de débats passionnés ou les "pour" s'opposent aux "contre". Si nous réagissons comme cela, c'est que nous avons accordé un certain crédit à cette adaptation. Peter Jackson a donc gagné. Nous reconnaissons à son film le droit de porter son nom ainsi que le titre d'adaptation.

La question suivante serait : le luxe de détail fait-il la qualité de l'adaptation ? Pas sûr... Je pense que nous nous rejoignons sur ce point.
Je te renvoie à une nouvelle de Tolkien : "Feuille de Niggle". Tolkien y parle d'un homme insignifiant mais qui année après année peint un arbre en accordant moins d'importance à l'effet produit par l'ensemble qu'au soin mis à peindre chaque feuille - d'où le titre. Niggle en anglais signifie par ailleurs "fignoleur".
A titre personnel et tout en saluant l'effort fourni par Peter Jackson et le soin mis aux décors, je suis resté sur ma faim quant à l'effet d'ensemble que dégage le premier opus. Peut-être le second corrigera-t-il par son souffle épique cet arrière goût d'inachevé que m'a laissé le premier.
Le problème de ce film est bien qu'il existe ! Il offre une vision qui s'impose à nous et peut altérer celle que chacun se faisait du "Seigneur des Anneaux". Mais lequel d'entre nous peut en toute honnêteté affirmer qu'il a refusé de voir le film de Peter Jackson pour éviter que sa propre vision ne déloge la sienne ? Et lequel d'entre nous pourra relire la trilogie sans rechercher quelque part la preuve indéniable que Legolas n'est pas blond ? Il ne l'est pas et je vous défie tous de me prouver le contraire, tout comme je vous mets au défi de me prouver qu'il n'est pas roux ou brun.
Ce film ne permet aucune comparaison tout simplement parce qu'il est le seul qui existe (exception faite de l'intéressante mais inachevée version animée produite par Saul Saentz il y a 20 ans !).
Peter Jackson a mis suffisamment de détails pour nous séduire, mais peut-être trop pour nous avoir vraiment convaincus.
La force des "Rois Maudits" était que le texte et la qualité des acteurs faisait vivre l'histoire. On ne se perdait pas en observation de la concordance des détails par rapport à nos attentes.
Peut-être qu'une vision d'ensemble plus aboutie, servie par moins de détails, n'aurait pas altéré le fond du film de Peter Jackson et aurait mieux servi l'Oeuvre de base et son auteur.

romaine
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le 13-09-2002
à 23:54

Il me semble que le luxe de détails est moins important, pour la qualité d'une adaptation que le fait de réussir à recréer l'ambiance de l'oeuvre.
A titre d'exemple, une des meilleures adaptations de ces dernières années (enfin, il y a déjà assez longtemps...)que je connaisse est à mon avis celle du Nom de la Rose, ou Annaud avait ouvertement revendiqué qu'il ne présentait que sa vision personnelle (le terme employé était celui de palimpseste) du bouquin de Eco.
A savoir ce qui fait l'ambiance ou non...je n'ai pas la réponse...
Pour le film de jackson, une des choses qui, pour moi, ont fait l'ambiance, c'est la manière dont sont rendues les relations entre les personnages, en particulier la relation d'amitié entre Gandalf et Frodon, ou en général la solidarité qui unit la Communauté.
Truc
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le 14-09-2002
à 09:39

C'est la première fois que je m'exprime sur ce forum. Et quoi de mieux que ce sujet pour donner son premier avis ?
Le problème ici je pense, c'est que dans le cas d'Andreï Roublev (que je n'ai pas vu, désolé), qui se déroule dans une période historique précise et un environnement réel, le spectateur arrivera devant le film avec tous ses préjugés et toutes ses idées reçues (même extrêmement vagues) sur l'époque en question. Je pense que dans ce cas le réalisateur a donc comme charge principale de détacher son spectateur de ces préjugés pour "recréer" un univers qui, bien que réaliste, ne distraiera pas (par des détails superflus par exemple) le spectateur de l'histoire, du sens du film.
Parcontre je ne pense pas que ce problème se soit posé à Peter Jackson : en effet, la représentation de l'univers de la Terre du milieu est inédite au cinéma (à l'exception de celle du dessin animé) : le spectateur lambda arrive donc devant l'écran avec beaucoup moins de préjugés sur l'univers visuel du film... Le problème principal de Jackson serait donc de fournir un monde visuel assez riche pour paraître pouvoir exister indépendamment du film. D'où peut-être une surabondance de détails.

Voilà. Merci de m'avoir lu.

P.S : Parcontre je pense qu'il faut garder à l'esprit qu'une version longue remontée du film est en prévision. Peut-être les quelques mois qui nous séparent de sa sortie sont nécessaries à Peter Jackson pour mettre son "brouillon" au propre ?

Semprini
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le 14-09-2002
à 13:06

Bienvenue Truc! :)

Une petite précision sur Andreï Roublev s'impose.

Je ne connaissais rien du 15e siècle russe, et je n'avais aucun préjugé ou image en tête avant de voir le film. En outre, Andreï Roublev, avec ses moines orthodoxes, ses envahisseurs tartares, ses rites païens, ses séquences mélangeant le rêve et la réalité, tient plus du monde secondaire fantaisiste que de la reconstitution historique (que Tarkovski voulait éviter à tout prox). C'est pourquoi la comparaison est possible, je crois.

Certains des points que tu évoques sont traités dans l'édito 6, Turin.

Truc
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le 14-09-2002
à 15:57

Mais même en n'y connaissant rien,je pense qu'en tant que spectateur on a tous une petite et très vague idée de ce à quoi peut ressembler le 15e siècle russe, ne serait-ce qu'en se référant à l'imagerie classique du moyen-âge de nos livres d'Histoire. De là l'intérêt de Tarkovski de tirer son film à l'opposé des clichés... Enfin comme j'ai pas vu le film, c'est sûr que ça ne rend pas mes commentaires très précis ou perspicaces.
Lothiriel
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le 14-09-2002
à 23:04

Semp', à propos d'Andreï Roublev (je connais le peintre mais pas le film, et mieux le XVè siècle, même russe, que le cinéma de Tarkovski ;-) ce que je voulais dire, c'est qu'il est plus simple de broder sur un film "historique", quitte à en faire tout sauf un film historique, que sur une adaptation d'une déjà-oeuvre-d'art. on pardonne plus facilement les adaptations fantaisistes sur un plan historique, en matière de détails, à cause de la liberté de l'artiste, que dans le cadre d'une adaptation d'une oeuvre littéraire. au hasard, tout le monde (sauf les historiens intégristes, ça doit bien exister aussi) a pardonné à JJ Annaud la vierge sulpicienne (XVIIIè siècle) qu'il place dans un monastère italien du XIVè siècle. a-t-on la même "indulgence" quand il s'agit de mettre à l'écran un texte comme le SDA? puisqu'il y a déjà création artistique à l'origine, la re-création par le changement de support implique du spectateur un regard autre, notamment sur ces fameux détails sur lesquels nous glosons. il n'est qu'à voir les débats sans fin qu'ont pu provoquer les oreilles des elfes du film...

Un film qui n'adapte pas une oeuvre déjà existante crée ses propres détails, en tant qu'oeuvre d'art.
je me rend compte en tapant ceci que je surestime sans doute la capacité du "corps historien" à se détacher de son savoir dans une salle de ciné...
reste que, comme tu le soulignes tout à fait justement, il y a dans le SDA comme ensemble bien plus qu'une masse de détails, si remarquables soient-ils, et l'adaptation de PJ souffre sans doute d'un manque de cohésion, de liant. je pense ici qu'il est important aussi d'attendre l'ensemble des trois films, ensemble qui exprimera le regard complet du réalisateur sur un livre que nous, lecteurs, concevons de toutes façons comme un tout.
tout ça pour dire que je suis d'accord avec Semprini, en fait ;-)

Semprini
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le 17-09-2002
à 18:05

Lothiriel>>>"il est plus simple de broder sur un film "historique", quitte à en faire tout sauf un film historique, que sur une adaptation d'une déjà-oeuvre-d'art. on pardonne plus facilement les adaptations fantaisistes sur un plan historique, en matière de détails, à cause de la liberté de l'artiste, que dans le cadre d'une adaptation d'une oeuvre littéraire."

Entièrement d'accord Lothi, c'est bien ainsi que les films historiques et les adaptations sont reçues. Mais je crois que c'est en fin de compte une erreur. A ce titre, les débats sur les oreilles des elfes me semblent faire fausse route. Il s'agit dans les deux cas d'évoquer par le biais du langage cinématographique un lieu qui n'existe pas/plus, et que l'on ne peut imaginer qu'à partir de récits et de représentations picturales. On devrait aussi pardonner aux adaptations les détails inexacts si l'essence est restituée. J'espère que l'historienne me pardonnera ce rapprochement hasardeux. :)


Lothiriel
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le 17-09-2002
à 19:48

Semprini > J'espère que l'historienne me pardonnera ce rapprochement hasardeux. :)

faut bien que je te le pardonne puisque je suis entièrement d'accord.
faut que je voies Andreï Roublev, un de plus dans la liste..

romaine
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le 17-09-2002
à 20:22

Andreï Roublev passe la semaine prochaine sur Ciné Cinémas/Auteurs, pour les chanceux qui l'ont.
odan2
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le 11-10-2002
à 14:33

Les détails, lorsqu'ils prennent une part importante dans le message adressé au spectateur/lecteur/etc..., ainsi que dans l'attention captée de celui-ci,
se transforment souvent en ce qu'on appelle ailleurs de 'la poudre aux yeux".
J'ai eu cette désagréable sensation à plusieurs reprises en regardant le premier volet.
Jackson est encore un junior, et comme Semprini (et d'autres bien sûr), je suis dans l'expectative des 2 suivants pour y découvrir une cohérence d'ensemble.
On peut être sceptique, car comme dans un dessin d'escher, on s'attend à retrouver cette cohérence aux différentes échelles de la structure.
Mon pari est qu'on pourra y observer une évolution à l'intérieur même de l'ensemble, ce qui en soit est intéressant... Faute de mieux?
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Fuseau « Le Tournage - Edito n°13 - Vos réponses »

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