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Frodon, Harry et les autres...
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lambertine
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le 15-07-2007
à 17:16

Harry Potter et compagnie : la veine anglo-saxonne

Madeleine, 11 ans, a tagué sa chambre avec les noms de ses héros : Lyra, Hagrid, Frodon, Lucy... Elle vit avec eux, dans une sorte de famille parallèle. En attendant la parution en français, le 26 octobre, de Harry Potter et les reliques de la mort, elle relit l'énorme compilation (1 024 pages) de A la croisée des mondes, de Philip Pullman, publiée chez Gallimard. Elle a essayé de lire d'autres livres, comme Peggy Sue de Serge Brussolo, mais, tranche-t-elle, "les meilleurs, c'est les Anglais".

Etonnant discernement. Car si l'on considère les plus grands succès de la littérature enfantine dans la catégorie "fantasy", tous ou presque sont britanniques : Harry Potter, de Joanne Kathleen Rowling, A la croisée des mondes, de Philip Pullman, Le Monde de Narnia, de Clive Staples Lewis et, bien sûr, Le Seigneur des anneaux, de J. R. R. Tolkien. Comment expliquer que les Anglais soient les champions de la "fantasy", terme difficilement traduisible, qui recouvre un mélange de fantastique, d'animisme magique et de merveilleux ? Un genre littéraire peut-il avoir à faire avec le génie d'un peuple ?

"Une thèse entière n'épuiserait pas la question", plaisante l'angliciste Jean Vaché, professeur à l'université Montpellier-III, qui voit dans la "fantasy" une "résurgence des littératures antiques et médiévales européennes". En Angleterre, cette veine ne s'est jamais éteinte. "Shakespeare n'a inventé ni Puck ni la reine Mab, très présents dans le folklore britannique, rappelle-t-il. Milton, dans son poème de jeunesse L'Allegro, met à nouveau en scène Puck, le lutin farceur qui vient de nuit boire la crème du lait et disparaît au chant du coq." Avant eux, l'Angleterre et l'Irlande avaient donné ce qui est, selon Jean Vaché, "le plus beau roman de "fantasy" jamais écrit", The Fairy Queen, immense poème narratif "plein de dragons, d'elfes, de sorcières, d'arbres enchantés (copiés par Tolkien), de preux chevaliers, de géants, de maléfices et de jardins enchantés". "Vous voyez, dit-il, Mrs Rowling est nettement enfoncée..."

RICHE SUBSTRAT LITTÉRAIRE

A ce riche substrat littéraire (auquel il faudrait ajouter la légende arthurienne), s'ajoute une propension toute britannique à passer de l'autre côté du miroir. "Les Anglais excellent à faire ce pas de côté, à montrer cette minuscule échancrure par où tout bascule", souligne Christine Baker, des éditions Gallimard. Basée à Londres, cette talentueuse éditrice a découvert Rowling et Pullman bien avant qu'ils ne soient connus : "Chez C. S. Lewis, c'est la traversée de l'armoire aux vieux manteaux qui vous propulse dans une forêt de pins enneigée. Chez Rowling, le mur de King's Cross dans lequel il faut foncer, les yeux fermés et les dents serrées, pour atterrir sur le quai 9 3/4", ou comme chez Lewis Carroll, le terrier du lapin blanc où Alice n'en finit pas de tomber, avant d'arriver à Wonderland. "L'ailleurs n'est pas forcément enchanteur : l'idée est qu'une autre réalité coexiste avec celle que nous voyons" et que le visible et l'invisible sont indissociables. Pourquoi les Anglais sont-ils si à l'aise dans ce parallélisme ? "Peut-être parce qu'ils n'ont aucun embarras à écrire pour la jeunesse, note Christine Baker. Voyez Stevenson ou Kipling : enfance et littérature, c'est le même univers et la capacité à entrer dans le rêve."

Pour expliquer cette dualité, Philip Pullman propose une hypothèse plus littéraire encore, évoquant "le côté double de la langue elle-même". "L'anglais est une chimère, précise-t-il. Moitié anglo-saxon moitié franco-normand, c'est un outil d'une magnifique flexibilité, capable d'exprimer dans la même phrase le coarse (trivial) et le subtil. Tout le théâtre de Shakespeare en regorge. Et de même que Claude Monet a trouvé dans le smog londonien quelques-uns de ses plus beaux effets, de même n'importe qui, écrivant en anglais, vous parlera de la puissance de suggestion, de la musique, du mystère de cette langue."

Philip Pullman, auteur des Royaumes du Nord, qui travaille actuellement à un livre intitulé The Book of Dust (le Livre de la poussière) - "un long roman où Lyra a 16 ans et où l'on retrouvera d'autres personnages de ma trilogie" -, dit avoir été influencé par Shakespeare et Milton, admirer Lewis Carroll mais ne trouver aucun intérêt à Tolkien, dont la prose est, selon lui, pudibonde et "truffée d'archaïsmes".

Des points communs relient Rowling, Pullman, Lewis et Tolkien. Le plus frappant est que tous relèvent de la school story. "Le pensionnat est le cadre idéal pour toute histoire destinée à la jeunesse", note Sara Poole, professeur de littérature à l'université de Reading. "C'est une vraie communauté d'enfants où les adultes n'ont qu'un rôle d'arrière-plan." D'où la fortune du genre depuis au moins sept décennies. "Aujourd'hui, on revisite des classiques comme The Chalet School Girls ou la série Dimsie, dit-elle. Mais le génie de Rowling - comme celui des trois autres, tous enseignants ou ex-enseignants à Oxford ou à Cambridge - est d'avoir réussi cet amalgame entre la tradition fantastique à l'échelle de l'épopée et celle de la school story. On se demande pourquoi on ne l'avait pas fait avant. Jill Murphy avait testé le genre apprenti sorcier avec The Worst Witch, mais pas avec le même talent."

Mais pourquoi ce qui est typiquement anglais s'exporte-t-il si bien ? Sans doute parce que ces oeuvres charrient des valeurs universelles : l'enfant incompris enfin révélé à lui-même et aux autres, une certaine vision du bien et du mal, un arrière-fond métaphysique présent chez tous... Une chose est sûre, en tout cas, si les Américains font des challengers honorables - notamment Christopher Paolini avec Eragon ou Lemony Snicket avec Les Orphelins Baudelaire -, les Français, eux, restent loin derrière les auteurs britanniques.

Florence Noiville
Article paru dans l'édition du 12.07.07.

Paru dans le Monde (et honteusement repiqué sur Tolkiendil par Votre Hobbitique servante ) pour les casaniers JRRFFiens.

Le débat est ouvert...

rebeca
Voir le profil de rebeca   Cliquer ici pour écrire à rebeca  

le 15-07-2007
à 22:13

Et un "up" lambertinien pour un fuseau de Lambertine ;) je participerai au débat quand ma conjonctivite post-moot me permettra de lire plus de deux lignes d'affilée ^^
Zelphalya
Voir le profil de Zelphalya   Cliquer ici pour écrire à Zelphalya  

le 16-07-2007
à 11:00

lambertine a dit :
Paru dans le Monde (et honteusement repiqué sur Tolkiendil par Votre Hobbitique servante ) pour les casaniers JRRVFiens.

Bouh ! bouh ! Huons la chapardeuse :P
Je me permets d'ajouter le lien pour la peine :P
http://forum.tolkiendil.com/showthread.php?tid=3933
Et les points de vue de non Tolkiendili http://www.coindeslecteurs.com/viewtopic.php?t=4912

Je vais m'abstenir de retourner dans le débat pour le moment, parce que je crois que je vais juste me répéter, ce qui n'enrichirait pas la discussion :P.

Godwin le Troll
Voir le profil de Godwin le Troll  

le 29-07-2007
à 14:41

Florence Noiville a dit :
les Français, eux, restent loin derrière les auteurs britanniques.

Je dirais que le problème ne vient pas des auteurs français, mais des éditeurs français. Heureusement, il y a des passionnés qui bousculent les habitudes et publient de la Fantasy française, mais le phénomène est récent (surtout si on compare à l'Angleterre), et encore marginal.

Sinon, merci à cette journaliste d'avoir associé le mot "honorable" au nom de Christopher Paolini, ça a illuminé ma soirée d'un inextinguible fou-rire.

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