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Le sens du Conte - Version imprimable +- Forum JRRVF (https://www.jrrvf.com/forum) +-- Forum : L'Œuvre - Etudes & réflexions (https://www.jrrvf.com/forum/forumdisplay.php?fid=3) +--- Forum : Hors du Légendaire (https://www.jrrvf.com/forum/forumdisplay.php?fid=10) +--- Sujet : Le sens du Conte (/showthread.php?tid=3356) |
Le sens du Conte - Vinyamar - 01/07/2003 Mj a écrit :
Question plutôt personnelle, donc plus facile d'y répondre (quoique). comme je le disais au moment où la question fut posée, il y a dans ce forums d'autres (et vrais, eux !) auteurs, je les encourage à répondre à ces questions, qui ne s'adressent pas forcément qu'à une personne croyante Le sens du Conte - Vinyamar - 01/07/2003 (Tiens lambertine, figure toi que depuis que je suis rentré des philippines, j'ai eu tout le temps de m'y remettre à plein temps. J'ai donc achevé il y a deux jours le premier tome (dont il faut que je reprenne encore les dix derniers chapitres pour revoir le style, qui issu d'un premier trait n'est pas terrible. Mais c'est quand même ma troisième version du tome I !). Le tome II, déjà écrit, est à reprendre aussi sérieusement, mais si j'ai du temps ces vacances, je devrais avoir avancé. Restera le tome III, le plus dur, qui me demandera au moins un ou deux ans. Le sens du Conte - Mj du Gondor - 01/07/2003 Merci de ta réponse Vinyamar! je la juge honnête et ne peux demander mieux que la reconnaissance d'une erreur de Tolkien sur ce sujet. Le sens du Conte - Vinyamar - 02/07/2003 Mj a écrit :
Au sujet de la tentative de Tolkien, je n'ai pas dit que Tolkien avait commis une erreur, mais qu'il avait eu tort, qu'il s'était trompé en pensant (s'il l'a cru) que son public discernerait son motif chrétien, que sa foi serait perçue dans son roman. Et comme je l'ai dit, que les lecteurs passent à côté n'est pas très grave je pense, mais qu'ils y lisent le contraire l'est énormément. Je ne pense pas qu'il existe d'obligation morale de laisser apparaître sa foi dans l'oeuvre d'un chrétien. Je suis sûr que de nombreux hommes du XVIe siècle, pour tout chrétiens qu'ils étaient, ont écrit de purs divertissements sans connexion avec la foi. Par contre, je pense qu'un auteur, surtout aujourd'hui, imprégné de sa foi ne pourra pas éviter de la laisser apparaître dans son oeuvre. Je dirai, sa foi "transpirera", il n'y pourra pas grand chose. Par contre, elle pourra être ou non explicite, ce sera là un choix de sa part. Mais je ne vois aucune obligation morale de laisser apparaître sa foi dans une oeuvre. Toutefois un auteur a toujours (ou du moins souvent) quelque chose à dire dans ce qu'il écrit. Pas forcément de manière préméditée, mais il profitera très certainement d'une situation dans laquelle se retrouvent ses personnages pour déposer son petit message personnel sur ce sujet (d'où un grand paquet de livres modernes qui y vont tous de leur couplet, un moment ou à un autre, sur leur perception de la religion - pour prendre un exemple très répandu - même si l'auteur n'a pas fait exprès d'aborder cette question). Toute oeuvre d'un fervent chrétien doit-elle être apostolique ? Hum. Voici une autre formulation de la question à laquelle je répondrais moins directement. Je pense en tout cas qu'un vrai chrétien aura son oeuvre en haine s'il découvrait qu'elle servait à éloigner les gens de la foi, à les égarer. Il serait au contraire flatté d'apprendre qu'elle peut mener les gens à la foi. Mais est-ce que toute oeuvre chrétienne devra tendre vers ce but... ? Non, même dans la simple conscience (ou inconscience) de l'auteur. Par contre elle a le devoir moral de ne pas éloigner de la foi. Le sens du Conte - Mj du Gondor - 02/07/2003 Je pensais bien que tu n'en resterais pas là ;-)))) Le sens du Conte - Mj du Gondor - 03/07/2003 J'ai fini par retrouver "la parabole des talents" ;on peut je crois l'interpréter aussi dans ce sens ? Le sens du Conte - Vinyamar - 03/07/2003 Salut Mj, je comprend très mal ton dernier message, j'ignore s'il manque une partie ou quoi. Mj a écrit :
Tolkien a parfaitement réalisé ce qu'il a voulu faire. Son talent n'est absolument pas en cause (sauf si tu veux dire qu'il aurait pu faire mieux avec le talent qu'il avait), car c'était bien un choix de sa part d'agir de la sorte dans son oeuvre. C'était même pour lui très important que la foi soit présente de manière implicite seulement. Je trouve au contraire qu'il y a mis un formidable talent, et une culture chrétienne et légendaire absolument remarquable pour marrier ainsi les deux.
Non, car cet aspect de la foi ne résume pas son oeuvre, et n'est pas à mon avis la fin de son oeuvre. Elle a d'autres buts, qui ont été tout à fait rempli au sein de ses lecteurs. Par contre je dis que la subtilité de son procédé religieux n'était accessible (qu'il en ait eu conscience ou non, et je crois que non) qu'à des personnes ayant la culture religieuse qu'il fallait (qu'ils partagent ou non la même religion que lui).
Il me semble avoir répondu à ce point là. Si tu restes convaincue du contraire, qu'ai-je à ajouter ?
Hum... L'entreprise de Tolkien était très audacieuse en effet. Mais le mot d'artifice ne lui aurait guère plu ! De plus, ce n'est pas le matériel qui est ambigü, mais le procédé, s'il s'agissait effectivement d'évangéliser. Mais ce n'est pas son BUT ! Son but, c'est la légende ! Mais il la veut en accointance avec sa foi, et c'est là que cela peut devenir ambigü... sauf quand on a le génie de Tolkien... sauf quand il n'est pas compris.
Que veux-tu dire ? Est-il possible de toute façons de répondre à pareille question ? (je ne saisis pas ta perche :-( )
Euuh, quel rapport avec la choucroute ? Quel est CE sens d'interprétation dont tu parles ? Celui d'égarer par des artifices ambigüs ? Le sens du Conte - Mj du Gondor - 04/07/2003 Vinyamar a écrit :
Evidemment, Vinyamar, si tu n'accordes pas le sens dont je pensais me souvenir à propos de cette célèbre parabole mes efforts de recherche d'arguments dans tes propres sources sont vains ! Le sens du Conte - Vinyamar - 04/07/2003 Pardonne moi Mj si je t'ai offensé sur ce coup là. Il n'y avait pas d'ironie, je suis réellement un peu largué là sur tes deux derniers messages. Cela vient sûrement de moi... pourrais-tu simplement éclaircir ta pensée ? J'en profite pour continuer à répondre à tes excellentes questions: Mj a écrit :
Oeuvre de l'Eglise, certainement pas. L'Eglise n'a pas et ne prétend pas être la source du beau. Ne pas croire que le beau provienne de Dieu n'est cependant absolument pas un sacrilège. Le beau peut servir à amener vers Dieu, c'est tout. Donc le dire n'est pas davantage sacrilège. Nier explicitement que le beau vienne de Dieu est par contre, pour un chrétien, non pas sacrilège (c'est autre chose de bien plus grave) mais offensant. Il serait donc dommage pour un chrétien de dire explicitement que le beau ne provient pas de Dieu, mais il n'y a aucun reproche à adresser à celui qui ne dirait pas que le Beau provient de Dieu ni même celui qui le laisserait croire par son silence. Ou bien la vie du chrétien serait proprement infernale, obligé de rendre témoignage aux moindres attributs de Dieu (alors qu'on le connait si mal), et contraint à évangéliser au canon là où il est si doux de laisser la personne découvrir Dieu elle-même, doucement. Le sens du Conte - Vinyamar - 04/07/2003 OK, après réflexion, j'ai compris quel lien tu faisais entre la parabole des talents et tes propos précédents: Mj a écrit :
C'est bien ça ?
Je répondrais en disant que Tolkien a mis à profit son génie d'une manière plus fine pour réconcilier les mythes païens avec le christianisme. A travers on essai sur les contes de fée, nous comprenons bien qu'il y a là une entreprise d'évangélisation: révéler ce qui dans les légendes anciennes - et parce qu'elles nous touchent (surtout Tolkien) - reflète la vérité de la vraie religion. Le sens du Conte - Yyr - 04/07/2003 Ylla a écrit :
Je trouve dommage de parler de "guerres de religions" ; les religions ont souvent eu bon dos ... mêmes les quelques véritables "guerres de religions" ne sont jamais venues qu'au secours d'intérêts politiques parce qu'incapables seuls de transporter les troupes ... passons ... mais ici peut-être serait-il plus humble de parler de "querelles de clocher" ? :)
Hum ... entre Cynewulf et moi ? Mais il se trouve que Cynewulf et moi partageons peut-être la même foi :) :) :) ; c'est assez amusant, je trouve : cela ne montre-t-il pas combien il est devenu habituel de parler de "guerre de religion" lorsqu'on comprend mal de quoi il retourne ? mmm ... :) :) :) ?
Si tu entends par tranquille discussion, éviter à tout prix de confronter ses idées ou/et convictions, effectivement tu auras de la tranquillité ... mais c'est tout ce que tu auras : le débat n'ira pas plus loin non plus ; il n'existera plus ;). Je suis d'accord pour dire qu'un débat sain exige le respect de l'autre ... il exige l'amitié (et je suppose que c'est ce qui amenait ta réaction) ; mais il exige la vérité tout autant. Le tout est de ne pas trahir l'un ou l'autre (et pour un chrétien cela fait écho à : vivre la Charité dans la Vérité, et vivre la Vérité dans la Charité). Si j'ai donné l'impression de manquer à l'amitié envers Cynewulf, je le regrette sincèrement, et je prends note :| MJ a écrit :
Certes, mais c'est justement ce que nous mettons derrière vocation de roman, conte, légende, qui nous fait débattre
Certainement que non :) Lis Faërie Tirno a écrit :
Quelles certitudes ! © Yoda.
Mon cher Grégory :) D'une manière générale, j'avoue être un peu surpris en vous lisant ici quand MJ et toi vous livrez, pour MJ à juger des "erreurs de foi" de Tolkien, et pour toi de la "foi en Terre du Milieu", pour vous savoir athées (ou agnostique pour MJ, si celle-ci se pose la question de Dieu ?) convaincus, car la Foi est tout de même "relation à Dieu" ! Comment celui qui nie sa relation à Dieu peut-il en juger ? Non seulement, il en va de la Foi comme de toute disposition humaine (et l'étude est indispensable pour en parler ; imagine, Greg, un petit nouveau, qui n'aime pas la linguistique, après avoir lu le Seigneur des Anneaux, parler des éléments les plus fondamentaux du quenya !) mais aussi spirituelle : la Foi est la relation entre Dieu et l'homme, entre l'homme et Dieu : on ne peut parler de la foi sans Dieu. Il y a ici des "Edouard Kloczko" de la question spirituelle en Arda. Vous pouvez leur faire confiance. Ainsi, Greg, quand tu dis :
, j'ai peur que tu entrevois les victoires terrestres, et alors cela n'a rien de chrétien. C'est heureux que les gens de Bien vainquent parfois physiquement les Ténèbres ; mais pas plus souvent en Arda que chez nous. Parle-en à Finrod Felagund le Bien-Aimé. Le fait que le Seigneur des Anneaux s'achève sur une victoire visible du Bien préfigure la victoire spirituelle à venir et à rechercher, l'eucatastrophe du Conte d'Arda, tout comme dans notre histoire on peut lire des signes visibles d'un Salut Invisible ... Ni plus. Ni moins. Si Tolkien avait effectivement "forcé" le christianisme, cela n'aurait plus été le christianisme, qui n'existe que par et dans la (liberté de la) Foi. S'il n'y avait pas de foi en Arda, le Conte d'Arda n'offrirait pas un iota de lecture chrétienne possible. S'il avait "truqué" quoi que ce soit, en outre, il n'aurait pas sous-créé comme il le souhaitait, un monde libre et donc réaliste. Jérôme PS : Je rejoins avec enthousiasme Vinyamar dans ses réponses à MJ ;) Si je puis me permettre un pinaillage : Vinyamar a écrit :
Ils ne sont donc pas inutiles puisqu'ils servent à à la beauté et ainsi à la gloire de Dieu ;) non ? mais je suppose que tout dépend de ce qu'on entend par utile ... PPS : Et j'oubliais ...
serais-tu prophète mon ami ;) ? Le sens du Conte - Vinyamar - 05/07/2003 Salut Yyr !
Je songeais en fait (suite à la lecture de quelques pages d'un des derniers livres de Jean d'Ormeson) à ces millions de beautés extraordinaires présentes dans l'univers, des profondeurs sous-marines que nous n'atteignons pas aux galaxies boréales que nous ne verrons jamais: il existe un nombre incalculable (si on ajoute le facteur temps) de merveille que l'homme ne voit pas et ne verra pas et qui pourtant existent. Dans quel but ? Celui de répondre au désir que Dieu a de créer, de faire du beau, de surprendre un jour un unique explorateur qui peut-être en découvrira un échantillon ? Mais cela dépend en effet du sens à donner au mot inutile :-)
Trop facile... Il y a des choses qui changent, et il y en a qui ne changent pas (c'est pas comme ça qu'il dit dans Matrix ?) Le sens du Conte - Lambertine - 05/07/2003 Ce serait me semble-t-il un grand orgueil de la part de l'Homme de penser que toutes les meuveilles de la création ont été créées pour lui et lui seul.
Le sens du Conte - Mj du Gondor - 05/07/2003 En effet et il serait aussi juste de dire que l'homme en bénéficie par hasard à moins que cette beauté n'existe que par la perception de l'homme.
Vinyamar: La choucroute est un plat quelque peu indigeste mais enfin elle a fini par passer ! Depuis les ténèbres de ma vie, tellement frustrée, je place devant toi la seule chose à chérir sur terre : le Saint Sacrement… Là tu y trouveras la romance, la gloire, l’honneur, la fidélité et le véritable chemin de tous tes amours sur la terre, et plus que cela : la Mort : selon le divin paradoxe, qui arrête la vie et demande la capitulation en tout, et pourtant selon le goût (ou l’avant-goût) de ce qui seul peut maintenir ce que tu recherches dans tes relations terrestres (amour, fidélité, joie), [de ce qui seul] [peut] se charger de cet aspect de la réalité, d’une durée éternelle, que le cœur de chaque homme désire. L n°43 Je comprendrai tout à fait quand vous me répondrez qu’il n’y a pas de rapport car je pense qu’il s’agit là d’une divergence fondamentale et que seul un athée peut se poser ce genre de question , celui-ci ne pouvant voir dans le mysticisme que l’expression d’un amour passionné et exclusif.
Il va de soi que ce raisonnement ne s’applique pas aux croyants traditionnels ! Mais probablement contesterez-vous le mysticisme de Tolkien dont je vous rends innocemment responsables ! Mj Le sens du Conte - Ylla - 05/07/2003 Hou là, je suis partie en vacances au mauvais moment, il s'en sont passées des choses! Jérôme, quand je parlais de guerres de religions, je ne me suis pas spécialement interrogée sur le terme, je tenais simplement à faire remarquer qu'on pourrait essayer de parler de religion dans Tolkien sans dériver sur la religion toute seule, surtout que je soutiens quand même que laisser le débat s'échauffer et chacun camper sur ses positions envers et contre tous ne donne pas un climat très propice à l'échange. Enfin c'était une parenthèses, et puisque je voulais justement faire une tentative pour limiter le hors-sujet, je ne veux pas m'y lancer moi-même :) Mais puisque je suis ici je saisis l'appel de Vinyamar aux autres auteurs. Pour ma part je trouve curieux de parler du devoir moral d'un écrivain, quelles que soient ses convictions. Est-ce qu'un roman peut être contraint d'évangéliser, éclairer, ou ce que vous voudrez d'autre ? Est-ce le but de l'écriture que de faire passer ses convictions ? Ne trouvez-vous pas que c'est une vision quelque peu réductrice de l'art ? Je me ferais plutôt une idée de la chose un peu plus simple : l'auteur cherche la vraisemblance, je n'ai pas dit le réalisme, mais je crois que rares sont les auteurs qui n'accordent aucune importance à la capacité que leurs oeuvres auront d'êtres cohérentes, convaincantes, au moins lorsqu'elles prétendent se dérouler dans notre univers, ce qui est le cas pour l'oeuvre de Tolkien. Tolkien qualifiait justement le christianisme de "mythe vrai". Ne vous semblerait-il alors pas plus simple, voire plus crédible, qui sait, de penser que les allusions et éléments chrétiens sont simplement liés au fait qu'il s'agissait pour Tolkien de la vérité, et que par là ils étaient nécessaires à la vraisemblance de l'ensemble ? J'ai beaucoup de mal à voir dans le SdA une oeuvre apostolique, plutôt que la recherche d'une apparence de vérité, qui serait pour Tolkien forcément passée par l'inclusion d'éléments chrétiens. Je parle ici de mon expérience : mes propres textes sont sans doute profondément agnostiques, mais je ne veux convaincre personne, je ne vois simplement pas l'utilité pour moi de me raccrocher à des schémas que je considèrerais comme douteux. Tolkien ne pourrait-il pas en avoir fait de même ? Si convaincu que soit un auteur, il est rare cependant qu'il se soit senti un véritable devoir. Une conviction profonde, voire une certitude, peut largement suffir à introduire délibérément certaines idées dans une oeuvre. Le sens du Conte - Vinyamar - 05/07/2003 Ylla, je suis entièrement d'accord avec toi. Le sens du Conte - Mj du Gondor - 06/07/2003 Ylla: je pense que tu n'as pas tort;( tu vois Vinyamar j'évolue)tes textes en toute sérenité pourront être muets sur la religion sans toutefois s'opposer à celle-ci ; bien des auteurs ont suivi cette voie; Mais écrirais-tu des lettres comme celle que Sosryko a eu la gentillesse de nous traduire (et je l'en remercie encore une fois)et qu'il nous a données à lire sur le fuseau la foi de Tolkien ? Le sens du Conte - sosryko - 06/07/2003 merci ;-)) Le sens du Conte - Ylla - 06/07/2003 Mj, effectivement, j'ai lu le fuseau La foi de Tolkien. Et je crois que cela me donne même un argument supplémentaire. Tolkien parle de sa foi, celle-ci ne fait certainement aucun doute, mais je n'ai vu aucune allusion (ou alors je suis passée trop vite :)) à un quelconque sentiment d'une mission, d'un devoir, de transmettre sa foi dans ses textes. Par contre, dans une lettre citée par Cathy, il affirme que les mythes et les légendes qu'il crée expriment mieux que tout sa propre nature. Sa nature, pas sa biographie (bien que le mot intervienne dans la lettre), ni ses doutes : or une foi si profondément ancrée ne doit-elle pas être comprise dans la nature d'un homme ? Mais Tolkien parle d'exprimer sa nature, pas de transmettre sa foi. C'est pour cela que je pense que si ses textes ont pu refléter ses convictions, ce n'était pas parce qu'il entrait dans ses intentions de remplir un devoir moral, un auteur peut très bien exprimer ce qu'il pense être la vérité sans pour autant vouloir en convaincre les autres. Je ne parle même pas d'un texte qui évite d'aborder la religion (c'est peut-être ce que tu as compris quand j'ai qualifié mes propres textes d'agnostiques ? mais ils le sont parce que je suis agnostique moi-même; je pense que si j'étais chrétienne mes écrits le reflèteraient de la même façon); je dis seulement que je doute que le travail de l'écrivain comprenne le devoir de convaincre, même lorsqu'il permet à l'auteur de délivrer sa vision du monde. Rares sont les vrais auteurs "à message". Le sens du Conte - Mj du Gondor - 08/07/2003 Ylla a écrit :
Oui, c'est ce qu'on appelle je crois un auteur engagé! un choix de procédé littéraire qui ne s'impose pas à tout écrivain. Le sens du Conte - Coeur de Canard - 08/07/2003 Deux choses: - Le SdA connait un succes enorme chez toutes sortes de lecteurs. Il me parait difficile de presumer que necessairement une grande part des lecteurs n'en on necessairement qu'une approche superficielle. Cela me parait aussi presomptieux et insultants. Bon, le sujet a deja ete fort discuter, mais eci dit le SdA ne se veut pas, en tout cas explicitement, un texte religieux. Maintenant des tas gens s'interressent au pentateuque pour des raisons n'eyant pas de relations avec leur foi. Parmis eux ils y en a d'extremements savants et integres. De quel droit peut on dire que leurs approches est intrinsequement vicie par l'absence de foi (est de qu'elle foi d'ailleurs ?). N'est ce incroyablement presomptieux (il n'y pas d'autres chemins vers la verite que ceux de mon ecole de pensee) ? Ou totallement ego-centrique (ma foi, mon ecole de pensee est necessairement la bonne et l'unique puisque j'y adhere et que justement j'ai la foi) ? Ou du moins profondement insultants et meprisant pour autrui ? - A mon sens dans le SdA, JRR ne fait pas de proselytisme chretien, il illustre et il loue une certain nombre de valeurs fondamentales du christianisme (eg libre arbitre, sacrifice, etc ...). Apres il fait fort attention que son monde epique ne vehicule pas de principe contraire au dogme (eg si n'importe quel humains peut etre magicien, c'est un probleme pour le dogme catho mais si les seuls magiciens sont des creatures angeligues ou a la rigueur des serviteurs de l'enemi, ca pose beaucoup moins de probleme). Je pense que c'est justement par precautions pour eviter d'ecrire a l'encontre du dogme ou de faire de son roman un traite proselyte qu'il a gomme les references religieuses. CdC Le sens du Conte - Vinyamar - 11/07/2003 MJ, je n'ai pas fini de répondre à tes questions, qui deviennent de plus en plus intéressantes. Mj a écrit :
Difficile cette question, j'espère que de plus éminents spécialistes reprendront ça mieux que moi.
DONC: pourquoi restaurer les mythes et légendes (nous parlons de Tolkien) ? parce qu'il les aime, parce qu'elles le touche, et qu'il veut nous les faire partager. Mais Tolkien n'a pas restauré les mythes et légendes. Ils les a utilisées, pour en faire une oeuvre qui était son dessein: donner à l'Angleterre une mythologie qu'elle n'a pas en propre. C'est par amour de son pays, (sa patrie serait plus adéquat, patrie ayant un sens idéalisé tandis que pays a un sens politique), qu'il a agi ainsi. Cela lui semblait important, comme il peut être important de rendre son enfance à un adulte, même si en tant qu'adulte il paraît n'en plus avoir besoin. Le sens du Conte - Ylla - 11/07/2003 Si cela peut intéresser quelqu'un, voici ce que je viens d'exhumer dans le fuseau L'Ainulindalë fait la nique à la genèse : Theologically...I imagine the picture to be less dissonant from what some (including myself) believe to be the truth. But since I have deliberately written a tale, which is built on or out of certain 'religious' ideas, but it is not an allegory of them...and does not mention them overtly, still less preach them... Théologiquement [parlant]... j'imagine que la description s'accorde mieux avec ce que certains (dont moi-même) croient être la vérité. Mais néanmoins j'ai délibérément écrit un conte, construit dans ou hors [du cadre] de certaines idées "religieuses", mais qui n'en n'est pas une allégorie... et qui ne les mentionne pas ouvertement, et encore moins les prêche. L 211, p.283 C'est assez clair, non ? Le sens du Conte - Vinyamar - 12/07/2003 :-) non !
Pour commencer, dans la traduction: Théologiquement (si le terme n'est pas trop grandiose) j'imagine l'image {laquelle ? à suivre} être moins discordante que ce que certains (moi y compris) croient être la vérité. Mais depuis que j'ai délibérément écrit un conte, qui est bâti sur ou à partir de certaines idées "religieuses", mais n'est pas une allégorie de celles-ci (ni de rien d'autre) et ne les mentionne pas ouvertement, et les prêche encore moins, je ne m'écarterai pas à présent de cette modalité, et m'hasarder à des discussions {"disquisitions" ??? dissécations ?} pour lesquelles je ne suis pas taillé.
Donc, premièrement, on découvre qu'en se trompant sur les textes, les choses paraissent nécessairement plus claires que dans la réalité. Puis-je dire que tout ceci est "mythique", et aucunement une de ces nouvelles religions ou visions. Autant que je le sache, c'est simplement une invention imaginative pour exprimer, de la seule façon dont je suis capable, certaines de mes (obscures) appréhensions du monde. N'est-ce pas assez clair là par contre ?
Il dit ensuite, pour continuer à traduire ce passage qui même en français reste obscur, à travers une longue phrase, que: Les virgules qu'il met partout n'aident pas bien à comprendre le nœud de sa phrase, mais il semblerait qu'il dise qu'il refusera à présent de changer son point de vue sur son monde: il restera un autre temps et non pas un autre lieu, parce qu'il a écrit ce conte. Depuis que j'ai écrit délibérément un conte, je ne changerai pas maintenant de mode pour m'aventurer sur des disséquations théologiques pour lesquelles je ne suis pas taillé.
Il est modeste, quand on lit Home X, on regrette qu'il ne s'y soit pas mis quand même. Le sens du Conte - Ylla - 12/07/2003 Vinyamar a écrit :
Ou moins...:-)
Il va peut-être falloir faire appel à un troisième avis. D'accord pour "out of", je suis passée un peu vite. Mais il me semble que : Enfin, il me faudrait le reste de la lettre pour voir, je dois avouer que j'ai quelque peine à comprendre ton post sans avoir le texte. Et je maintiens l'appel à angliciste/anglophone/avis compétent quelconque pour lever le doute sur cette traduction. Le sens du Conte - Mj du Gondor - 12/07/2003 Vinyamar :Grand merci de ce soin que tu apportes à me chercher des réponses. A ma question sur l’opportunité de restaurer des mythes et des légendes alors que l’Eglise a tant fait pour les effacer de nos mémoires et les reprendre à son compte en les christianisant, tu me réponds : Vinyamar a écrit :
Le christianisme n’a pas innové dans ce domaine ; je crois bien que Rome a été précurseur en la matière puisque le Panthéon romain après s’être hellénise s’enrichissait des divinités des pays conquis : dans leur grande sagesse (ou leur grande prudence) nos empereurs latins avaient compris qu’ils ne perdaient rien à s’assurer les faveurs de tout ce qui pouvait éventuellement les servir (on ne sait jamais !) On a souvent vu au cours des siècles, la résurgence de la première méthode !!
Qu’en est-il des églises et des méthodes employées pour l’évangélisation des masses ? il me semble que c’est selon…. ! Selon que leur bras est armé ou non !
Je ne vois pas non plus où se situe le respect quand on puise dans la mémoire d’un peuple pour en dénaturer les sources à son profit. Je n’y vois que stratégie ou démagogie. Pour ce qui est du Père Noël, soit nos générations sont trop éloignées, soit je n’ai connu dans mon enfance que des intégristes ! car je ne me souviens que d’une ardente rivalité entre le Petit Jésus de la Crèche et le Bon vieillard à la barbe Blanche pour le 25 décembre! De même pour le « pendule » : je te garantis que mes très chères sœurs auraient crié au scandale ! Enfin pour ce qui est de l’amour de Tolkien pour les mythes et ce désir qui le poussait à vouloir donner une mythologie à son pays pourquoi ne pas rejoindre le fuseau initialisé par Cédric dans la section « Tolkien et la littérature ? Et encore cette question (si je ne l’ai pas déjà posée) :pourquoi vouloir donner à l’Angleterre une mythologie plutôt que la bible ?
Ylla : Merci de confirmer ce que dit plus haut CDC a savoir que Tolkien a délibérément extrait tout prosélytisme chrétien dans l’écriture de ses œuvres. CdC a écrit :
J’y trouve un écho à ces valeurs universelles dont je suis convaincue. Et j’ose attribuer à Tolkien la volonté de le démontrer en privilégiant ce passé mythique et son univers de légendes. Pour moi son objectif pouvait bien être de montrer que ces valeurs n’ont pas nécessairement besoin d’un support religieux et par là ne sont pas « intrinsèquement chrétiennes ». Si la religion quelle qu’elle soit peut aider à les développer ou les soutenir elles peuvent néanmoins apparaître hors d’un contexte religieux. (je dois me répéter !!!) et je reprends la belle remarque de Semprini du 19.6 sur ce fuseau : Semprini a écrit :
Je ne vois pas vraiment en quoi on ferait un procès à JRRT puisque lui-même, tout en admettant que son choix d’écriture était contestable s’est refusé à envisager de changer son point de vue sur son monde. Le sens du Conte - Vinyamar - 12/07/2003 Non, non. Ma dernière phrase où he fais parler le professeur est de moi. Tolkien n'a jamais dit ça (il n'y avait pas de guillemets).
Au sujet de l'élément romain, j'ai en effet failli ajouter une parenthèse sur la culture grecque, que j'ai finalement effacé, car cela aurait compliqué le sujet. C'est aussi anecdotique, et surtout ne rentre pas dans la même démarche que l'Eglise catholique. Pour les grecs, toutes le religions se valent, et ils sont toujours à l’affût de nouvelles religions et de nouveaux dieux (conscient sans doute au fond d'eux que leur panthéon ne répondait toujours pas à la vérité ). Pour le reste de ton message, j'en viens à désespérer. Je ne te demande pourtant pas d'être d'accord avec moi, il s'agit ici de foi. Mais je suis très gêné de te voir poursuivre dans ta voie sans aucun changement, de la même façon, comme si tout ce que j'avais dit n'avais absolument pas existé. Mj a écrit :
j'ai déjà assez parlé de ce point je crois. Mais si vous n'avez pas conscience de ce que peut signifier un mot comme "Vérité", je crois que toute poursuite est vaine. Je suis ennuyé que tu me ressortes le même refrain que plus tôt.
Au sujet du bras armé ou non de l'Eglise, tu as toi-même posé la solution du problème, et tu le vois pas (parce que ce serait trop facile, n'est-ce pas ??). Pourtant tout est là: qui arme l'Eglise ?? Quels sont ses intérêts dans la partie ? Au sujet du père Noël et du pendule (par exemple), il ne manque pas dans mon entourage de personnes qui combattent le vieux barbu au nom d'une catholicité pure. A leur guise, ce n'est pas la position de l'Eglise ! (qui n'approuve pas pour autant ce petit bonhomme devenu commercial, mais le regarde plutôt avec attendrissement quand il s'agit d'une légende qui fait briller les yeux des enfants). POURQUOI AVOIR VOULU DONNER A L'ANGLETTERRE UNE MYTHOLOGIE ? Tolkien s'explique là dessus, même s'il s'agit plutôt d'une histoire de goût personnel. Je tâcherai de retrouver... un jour, car je fini par me fatiguer à travailler en vain. les réponses ne vous conviennent pas, et lire
après tout ce qui a été dit ici et ailleurs, me pèse ! A quoi ça sert que Ducros y se décarcasse ?? C'est strictement ton point de départ !! Je travaillerai plutôt désormais à une étude de longue haleine (tellement longue que je n'en vois pas même la ligne d'horizon, et manque de temps, et de compétence, pour cela) qui pourra peut-être, non pas vous convaincre de l'inclusion de religieux et de foi dans l'oeuvre de Tolkien, vous le refusez, il faut croire, par idéologie ferme, mais de vous faire prendre conscience au moins que c'est ce que Tolkien a tenté de faire. Mj a écrit :
Je n'avais pas voulu répondre à cette remarque, pour ne pas pourrir le fuseau et par respect pour Semprini et tous ceux qui adhèrent à ces pensées, mais je ne vous surprendrais pas en vous disant que les thèmes qui nous transcendent tous sont spécifiquement des thèmes universaux, donc touchant à la Vérité... donc à la foi... chrétienne. Il est vrai qu'il est difficile de parler de religion sans finir par confronter non pas des avis, mais des vérités... qui n'ont aucune chance de se modofier mutuellement. Vinyamar, je ne crois pas avoir été touchée par une quelconque révélation, je n'ai pas fait la découverte de Dieu et par conséquent je ne crois pas en lui, bien que la possibilité de son existence ne me semble pas du tout absurde (je l'ai déjà dit, je suis agnostique, donc je ne crois pas que je serai capable de trancher la question par aucun argument que ce soit). Certes, j'ai cru comprendre que la foi n'était pas une question d'arguments... Ce que j'admets tout à fait, mais ce que je cherche à te dire, c'est qu'il est effectivement difficile de "débattre" (je mets entre guillemets parce que je ne suis pas toujours sûre que ces discussions soient un vrai débat) quand chacun est sûr du bien-fondé de sa croyance, qu'il s'agisse ou non de la vérité (avec ou sans majuscule...). Je ne crois donc pas qu'il faille trop t'étonner si on piétinne un peu : c'est exactement ce que je voulais dire un peu plus haut, quand j'ai écrit qu'à s'emballer sur la religion, on n'arriverait nulle part ! Discuter de la foi de Tolkien, et de lui seul, n'est-ce vraiment pas possible à faire sans entrer dans le cas de chacun de nous ? Vinyamar: ne te fâches pas ! j'ai pris soin avant d'éditer mon message de reprendre la totalité du fuseau! Et si je n'ai pas beaucoup progressé dans ton sens toi tu n'as pas fait un seul pas. Comme Cynewulf, vous ne répondez à mes questions que par des actes de foi ! moi j'ai admis que le sens caché de l'oeuvre de Tolkien pouvait être chrétien, que son mysticisme pouvait s'accomoder de l'écriture d'oeuvres laïques (en apparence), que son choix du monde légendaire était légitime par fidélité à la "faërie" ; j'ai le sentiment d'avoir amplement évolué !! mais je ne pense pas quand même que tu attendais mon illumination ! Non, on est à côté du sujet là.
j'ai bien tâché, il me semble, de répondre à tes question par tout autre chose que des actes de foi... sauf pour les questions qui ne portent que sur la foi (une bonne partie de tes questions n'est-ce pas ?) et son rapport avec un auteur.
La question dont il me semble que nous débattons est de savoir si Tolkien a réellement INCLUS sa foi ou des valeurs religieuses dans son oeuvre, ce qui vous pose problème puisqu'il affirme à la fois que son oeuvre est fondamentalement catholique et qu'il en a volontairement ôté toute référence explicite à une religion quelconque.
Et j’ose attribuer à Tolkien la volonté de démontrer [que les valeurs dont il traite sont universelles et non pas seulement chrétiennes] en privilégiant ce passé mythique et son univers de légendes. Pour moi son objectif pouvait bien être de montrer que ces valeurs n’ont pas nécessairement besoin d’un support religieux et par là ne sont pas « intrinsèquement chrétiennes ».
On frise l'absurde là... En tous cas tout ce qui a été dit jusqu'ici est réduit à néant par ce "j'ose attribuer" et ce "Pour moi...".
bon, la lassitude fait déraper la fin de ce fuseau, je suppose qu'il n'évoluera plus dans le sens du bien à présent, sauf intervenant extérieur pour cette petite question de l'anglais. Il me reste d'ailleurs à répondre à deux autre questions: La première question traite bien de la foi, il me semble, vous me pardonnerez d'essayer d'y répondre (si ça m'amuse en fin de compte) en traitant de la foi, non ? Mj, je ne vois pas en quoi les réponses que te fait Vinyamar relèvent des actes de foi. expliquer pourquoi l'Eglise a fait telle ou telle chose n'est pas question de foi mais d'histoire. quand il écrit que l'Eglise a vocation à étendre la foi qu'elle défend, c'est vrai, qu'on soit croyant ou non. après, on peut considérer que l'acculturation mise en place par l'Eglise est une manipulation, ou y voir une sagesse, il n'existe aucune preuve dans un sens ni dans l'autre. ton parti-pris : c'est de la démagogie, est autant un "acte de foi" que le parti-pris "c'est de la sagesse". question d'optimisme sur l'humain ? à propos d'histoire de l'Eglise, je corrigerai Vinyamar sur l'arbre aux fées de Jeanne d'Arc : le tribunal (d'Eglise, quels que soient les enjeux politiques du procès) qui la jugeait en a quand même bel bien fait tout un foin, de cet arbre aux fées, et le procès de réhabilitation a cherché par tous les moyens à prouver qu'il n'y avait rien de démoniaque par là dessous - en disant notamment qu'il n'y avait plus de fées dans ledit arbre depuis qu'on y avait lu l'évangile de Jean ! en revanche, il n'existe aucun moyen - si ce n'est une conviction d'ores et déjà faite - de dire que le grand effort contre les superstitions des XIVè-XVè siècle, dans lequel s'inscrit cette partie des procès, est fait par conviction "positive" : il faut éduquer, puisque la foi que nous défendons est celle qui mène au salut ; ou "négative" : il faut éradiquer toute différence pour asseoir notre autorité et assouvir notre soif de pouvoir. toute l'histoire des mentalités récentes tend plus vers la première hypothèse que vers la seconde, mais 1° pencher "plus" ne veut pas dire supprimer la seconde hypothèse comme radicalement invalide, eh non l'humanité n'a jamais été toute blanche ou toute noire, ça se saurait 2° l'histoire des mentalités est une discipline périlleuse et par là même extrêmement prudente, du fait qu'elle ne peut être faite honnêtement qu'en écartant toute conviction a priori. je constate que des questions sur la foi de Tolkien, on arrive systématiquement aux questions sur l'histoire de l'Eglise, ce qui ne laisse pas de m'intriguer, et que dans ces deux domaines la part d'interprétation personnelle l'emporte rapidement - et là, Mj, Vinyamar m'a toujours donné plus d'arguments que ses "opposants" ! il y a ce qu'on peut dire, grâce à telle ou telle source. ensuite, il y a ce qu'on en comprend avec notre rationnalité. enfin, il y a ce qu'on choisit d'interpréter, sans preuve que ce soit. Tolkien doutait-il de sa foi ? ma foi (!) on a cité des textes qui laissent penser que oui, d'autres qui laissent penser que non, on a réfléchi à partir des oeuvres littéraires et non des lettres, ou à partir des lettres et non des oeuvres de fiction ... je ne suis pas certaine qu'on puisse aller beaucoup plus loin dans la réflexion, chacun est désormais dans le registre des convictions. à propos des valeurs universelles/chrétiennes : je pense en bref (très bref) que le fait qu'une valeur telle que l'amitié (illustrée magnifiquement dans le SDA) soit considérée comme universelle, ne l'empêche pas d'être chrétienne. un chrétien ne peut rejeter cette valeur-ci (ce qui ne veut pas dire que moult chrétiens ne l'ont pas fait !), en fonction du contenu du message évangélique sur lequel se fonde sa foi ; cela n'empêche aucunement un non-chrétien de la partager également : la différence est du registre du rapport foi/conviction morale. la foi chrétienne implique la charité (Dieu = amour pour les chrétiens, donc être chrétien implique de croire en l'amour et l'évangile dit qu'aimer Dieu et aimer son prochain c'est pareil), mais la charité n'implique pas la foi (pour un chrétien, la charité implique l'existence de Dieu, mais la non-foi d'une personne n'empêche pas la charité d'exister ; pour un athée, la charité existe en elle-même, si on peut dire).
"less dissonant than": signifie 'moins dissonnant que' de manière comparative (this idea is less dissonant than this other one) Ben oui, j'ai précisément traduit par moins dissonnant de (ou s'accorde mieux à, ce qui revient exactement au même), quand tu traduis "moins discordant que".
Et je n'ai pas compris ce que tu voulais dire, est-ce que tu as complété la phrase par le texte original, ou la phrase et de toi ? Parce qu'il nous faudrait effectivement la fin originale de la phrase, pour tout comprendre (et surtout si c'était "depuis" ou "puisque"). Petite précision : "the picture" ici ne veut certainement pas dire "l'image", mais plus vraisemblablement "l'ensemble", "la description générale". Je vais tenter de me joindre au débat sans jeter de l'huile sur le feu des querelles religieuses ... Tout d'abord, chère Lothiriel, je ne suis pas vraiment d'accord quand tu parle de l' "acculturation" causée par l'Eglise en luttant contre les légendes locales ou les superstitions. Il y a plus "assimilation" que réelle acculturation. En bien ou en mal ? Je dirais à tout prendre que celà dépend des cas, mais je remarque que, lorsqu'on regarde l'expansion du christianisme, si le message reste le même partout ( enfin, globalement ) la façon de l'exprimer et ce qui "tourne autour" varie énormément. Le catholicisme d'un mexicain aura "assimilé" nombre de thèmes et de légendes Aztèques, comme celui d'un Irlandais la mythologie celtique ( il est d'ailleurs à remarquer que c'est dans un des pays les plus chrétiens du monde que la mythologie pré-chrétienne reste la plus vivante ). Et cette assimilation n'est finalement pas bien différente de la "récupération" des Dieux locaux par les Romains ( ou leur assimilation aux dieux du panthéon gréco-latin ; pourquoi assimiler Thor à Jupiter - même si ils ont une source indo-européenne commune - serait-il moins grave que d'assimiler le Graal celtique au calice de la Scène ? ). Au sujet des valeurs spécifiquement chrétiennes du SdA : la plupart de ces valeurs sont en effet bien plus "universelles", bien qu'un croyant puisse les rattacher à sa foi. Mais il en est une qui me semble quand même plus particulièrement chrétienne : la miséricorde. Là ou la plupart des peuples et des religions demandent la justice, Tolkien met en exergue le Pardon, que ce soit vis à vis de Gollum ou de Saruman. Un auteur chrétien se doit-il d'être engagé ? J'ai déjà répondu que non, mais je voudrais rajouter quelque chose : en général, les auteurs dits "engagés" ne sont jamais aussi bons que lorsqu'ils sortent de leur "engagement". Et les livres vraiment engagés ne convainquent souvent que les convaincus, simplement parce que leurs adversaires, soit ne les lisent pas, soit sont trop agacés par leur contenu. J'avoue même que, toute croyante que je suis, j'ai rarement été aussi agacée par un texte que je l'ai été il y a quelque s semaines par une "christianisation" médiévale de la matière de bretagne qui derrière chaque action des héros voyait, Dieu, Jésus, marie, Joseph, ou un ange du paradis. Dans l'engagement, point trop n'en faut. Petit HS au sujet du Père Noël : dans mon enfance, le Père Noël n'existait pas en Belgique. C'était son homologue et modèle Saint Nicolas qui faisait son travail le 6 décembre. Il continue à le faire, mais maintenant les petits reçoivent deux fois des cadeaux en décembre ... Je me souviens pourtant qu'à 4 ans ( eh oui, çà m'a marqué ) j'avais été très choquée par une chanson disant que Noël était "la fête des enfants". Noël, pour moi, élevée pourtant dans une famille non pratiquante, c'était l'anniversaire de Jésus, sans cadeaux, sans cotillons, avec la crèche sous le sapin. Je crois que ce qui m'est resté de cette réaction enfantine, et çà doit être le cas de nombreux chrétiens, c'est un rejet de la commercialisation outrancière de Noël, dont le Père Noël est en quelque sorte le symbole. Vinyamar :En quoi est-ce absurde que de dire : >>"Et j’ose attribuer à Tolkien la volonté de le démontrer en privilégiant ce passé mythique et son univers de légendes. Pour moi son objectif pouvait bien être de montrer que ces valeurs n’ont pas nécessairement besoin d’un support religieux et par là ne sont pas « intrinsèquement chrétiennes" Mais je préfère conserver sur le sujet le message de Lohiriel beaucoup plus convaincant ! N’y a-t-il pas d’intolérance à vouloir imposer sa vérité quand l’argumentaire n’a pour effet que de contester l’exclusivité ? Lothiriel : pour moi l’acte de foi consistait à ne répondre à mes questions que par l’argument de la foi ; j’ai peut-être bien fait une erreur et aurais dû employer le terme « profession de foi » ? Vinyamar : J’attendrai bien entendu tes réponses aux autres questions, surtout si tes réponses te procure autant de plaisir à les écrire qu’à nous de les lire !! Lambertine : je rejoins Lothiriel quand elle parle d’acculturation, car même si quelques mythes tenaces ont nécessité une assimilation, la plus grande partie de la culture spirituelle d’un peuple évangélisé disparait au profit de la nouvelle religion ; c’est donc bien de l’acculturation. Miséricorde : valeur essentiellement chrétienne Peut-être mais pas la faculté de savoir pardonner !! Mj, je trouve que Mission est un film magnifique, mais qui démontre surtout les enjeux politiques compris derrière une destruction culturelle, cette fois-ci. les jésuites des missions, eux, ont une attitude qui rejoint beaucoup plus la description qu'en fait Vinyamar. quant aux premiers temps de l'évangélisation, je me répète : il n'existe aucun moyen de mettre en doute la bonne volonté des apôtres et des missionnaires. enfin, pour revenir à Toto, et quitte à radoter ;-), je suis pour ma part à 100 % Vinyamar en disant que ce n'est pas parce que des non-chrétiens se retrouvent dans les valeurs défendues par le SDA, que Toto, lui, a voulu déconnecter lesdites valeurs de sa foi. je pense que l'argumentaire de plusieurs érudits de ce forum (Spazko, Sosryko, Vinyamar) est assez convaincant, pour ma part. sur la miséricorde comme valeur chrétienne : elle me semble l'exemple même de ces valeurs défendues par le christianisme et aujourd'hui adoptées beaucoup plus largement, déconnectées en partie des questions de foi. ceci dit, j'ai toujours un peu de mal avec cette idée de la miséricorde envers Gollum comme exemple du christianisme du SDA : cette miséricorde sauve tout le monde, sauf Gollum lui-mêmê, or il me semble que le discours chrétien sur la miséricorde est d'abord un discours d'espérance sur l'humain, toujours capable de se tourner vers le Bien, toujours capable d'aimer. le christianisme appelle à la miséricorde comme moyen de sauver l'autre, autant (plus ?) que comme moyen de se sauver soi-même. or, si Gollum avait été "sauvé" moralement, l'Anneau n'aurait pas été jeté ... c'est donc l'échec de la miséricorde qui sauve la TdM, quelque part, non ? Lothiriel : La politique excuserait-elle les erreurs religieuses ? Elle peut les expliquer mais certainement pas les absoudre.
il est actuellement très difficile de mettre en cause la "bonne foi" si j'ose dire des autorités ecclésiastiques, qui pour des raisons extrêmement complexes (et mal comprises malgré les nombreux travaux sur la question) ont vu dans le maintien de pratiques anciennes d'abord des superstitions mettant en danger le salut universel, puis des pratiques démoniaques, par définition encore plus dangereuses.
Dans une vision très simpliste, j’attribue les excès à l’hégémonie de l’Eglise sur la vie spirituelle de l’époque où la seule autorité en matière de pensée revenait à l’église et à ses prêcheurs avec la tentation simplement humaine de gommer tout ce qui n’est pas « sa vérité » ; parce que l’église en avait les moyens, ces penchants trouvaient l’occasion de s’affirmer à chaque tentative de rébellion (spirituelle) provoquée soit par les dissensions dans les hautes sphères menaçant l’unité, soit par de grands fléaux menaçant la crédibilité .
L’intérêt de ton message me fait reporter à la fin ce qui me tient le plus à cœur :toujours ces valeurs fondamentales !
la miséricorde comme valeur chrétienne : elle me semble l'exemple même de ces valeurs défendues par le christianisme et aujourd'hui adoptées beaucoup plus largement, déconnectées en partie des questions de foi.
comment expliques-tu « Le Grand Pardon de la religion juive » ? Qui demande le pardon à son Dieu est je crois capable de l’accorder à son prochain ? cette notion existait donc bien avant le christianisme. Nous pourrons être plus brefs sur ce chapitre car les principes de la morale bouddhique. se retrouveront presque inchangés dans la morale chrétienne… Les voies de la moralité
Il est un point qui a pris dans la morale bouddhique un développement caractéristique, c’est la doctrine de la non-violence. Le commandement essentiel du décalogue judaïque « tu ne tueras pas » est le premier du Pentalogue bouddhique. Le Christ en a rappelé la valeur impérative ... Le monde admire ces préceptes à juste raison mais il oublie volontiers que Bouddha les avait proclamé six siècles avant lui ... La haine ne peut être détruite par la haine, la haine ne peut être détruite que par l’amour.
Je vous fais grâce du développement mais de cette doctrine de Non–violence découle un grand nombre de valeurs partagées par les chrétiens :miséricorde, pitié, charité, etc..
Pour terminer sur Gollum avec Lothiriel, ne peut-on imaginer Sméagol jetant lui-même l’Anneau dans les flammes d’Orodruin ? si….. Je reviens sur l'acculturation/inculturation: Tout d'abord, au sujet des Aztèques : le grand Dieu blanc venu de l'Est était dans leur propre religion. Disons que les Espagnols en ont bien profités, mais que ce n'est pas eux qui se sont fait passer pour des dieux. Et qu'au Pérou, ils ont eu la chance de tomber en pleine guerre de succession ... Celà n'excuse rien, mais celà explique ... Au sujet de l'acculturation et de l'assimilation des rites, pratiques et traditions par la chrétienté/la religion romaine : je peux me tromper, et attirer les foudres de tous les latinistes, mais les régions/pays ou la religion chrétienne - du moins en Europe occidentale - a réussi à "éradiquer" non seulement les anciens cultes mais les anciennes mythologies sont celles où ceux-ci avaient déjà été assimilé par la "religion" helleno-latine ( sur laquelle je me pose aussi pas mal de questions quand je pense, non à l'absorbtion, mais à l'assimilation complète d'un panthéon divin par l'autre ). La Scandinavie, l'Irlande, l'Allemagne du Nord n'ont pas été moins christianisées que la Gaule ou la Bretagne ( au sens ancien ) mais leur mythologie et leurs légendes y on subsisté par delà les siècles, comme d'ailleurs le panthéon hellène. Les seuls endroits où les anciennes mythologies ont disparu ( qui sait aujourd'hui qui est Toutatis ? ) ce sont ceux où les dieux locaux ont été fondus avec la mythologie gréco-romaine, ce en quoi je voulais dire que cette assimilation là était peut-être plus grave que l'autre. Quant à ce que Tolkien devait appeler l'acculturation de la Grande Bretagne, elle était plus due à l'invasion Normande ( d'où son antipathie vis à vis des français ) et au fait que les Normands aient complètement francisé les légendes et l'histoire britannique - qu'à la christianisation de son pays . Mouais. On n'avance guère... mais je reviendrais très rapidement sur deux ou trois choses, en abandonnant pour l'instant le motif de répondre à la question initiale, les esprits s'étant suffisemment instruits les uns des autres pour conclure.
je constate que des questions sur la foi de Tolkien, on arrive systématiquement aux questions sur l'histoire de l'Eglise, ce qui ne laisse pas de m'intriguer
Et moi donc !! Comme si juger de la foi d'un homme nécessitait le procès de toute l'Eglise !!
less dissonant from
Ah oui, tiens, exact ! Je me suis planté sur le mot, j'aurais dû dire "de". J'espère que cela n'a pas trop changé de sens de la phrase.
Petite précision : "the picture" ici ne veut certainement pas dire "l'image", mais plus vraisemblablement "l'ensemble", "la description générale".
bon, je ne vais pas me battre sur l'anglais tout le long du fuseau. Rien ne te permet de donner au mot "picture" un sens aussi flou et général. J'ai la lettre sous les yeux, même si ce mot n'est pas explicitement très défini, il est fort probable qu'il désigne « Many reviewers seem to assume that Middle-Earth is another planet ». La seule chose qui m'en fait douter est la mise en paragraphe de la phrase suivante. C'est léger.
acculturation / Inculturation
je voudrais être certain que le distinction entre ces deux mots a bien été faite. Pour autant que je puisse le saisir, l'acculturation est le processus qui consiste à supprimer la culture (un bien grand mot en vérité, disons plutôt les religions et superstition d'une culture) d'un peuple (pour y mettre la sienne),
auteur engagé>
Lambertine, je suis assez d'accord avec toi sur ce point, pour des livres qui du moins prétendent s'adresser à tous. Mais cela dépend aussi de la subtilité mise en oeuvre dans l'énonciation de l'engagement. (mais je suis entièrement d'accord avec toi sur ton exemple, et même sur celui de ceux qui cherchent, comme on a pu le lire, à agir de la même manière abusive sur l'oeuvre de Tolkien, en tirant la couverture vers le christianisme là où il n'y a pas lieu !
Il ne voulait cependant pas que sa foi apparaisse : vrai
Non, non.
C'est décidément et pourtant au cœur même de la question et de sa réponse qu'il continue à y avoir un malentendu !!! Je ne suis pourtant pas le seul à y avoir répondu. Si vous ne voulez pas me croire, peu m'importe, mais si vous vous moquez de tous ceux qui ont répondu sur ce point, vous devenez lourds !
parce qu’il avait choisi le mode d’expression de la « faërie » : vrai et faux : tous les contes ne sont pas d’inspirations chrétienne mais sa conception de la « faërie » exclut l’apparition de sa foi qui pour lui est une réalité
Je ne comprend pas l'articulation de ta pensée ici, et les liens entre chacun des éléments de cette phrase.
Si Tolkien a fait de son œuvre romanesque une œuvre chrétienne mais ou le sens chrétien n’est perceptible que pour un chrétien, qu’y a-t-il d’absurde à dire que les valeurs ou les thèmes qu’il y développe sont cependant reconnus et partagés par des non chrétiens !
Et qu'y a-t-il d'absurde à répondre que des valeurs chrétiennes peuvent être partagées par des non-chrétien.
Quant à ta vision « angélique » de l’Eglise, qui te fait réduire ses erreurs à quelques petites mesquineries à propos du Père Noël ou d’un accessoire de superstitieux, l’exemple soigneusement et sagement argumenté par Lothiriel à propos de Jeanne D’Arc devrait te rappeler à un meilleur sens critique.
Je n'ai pas réduit les erreurs des clercs à quelques petites mesquineries. Mais je pense que tout ce sujet est largement hors sujet. Quand au coup de l'arbre aux fée de Jeanne d'Arc, je n'ai jamais dit que cela avait été réglé vite fait, mais que cela a été réglé. Cela ne retire rien à mon exemple (ni à mon sens critique, j'espère). Pour le reste je suis d'accord avec Lothiriel: les clercs se méfiaient (tout comme je me méfie parfois de la part de chrétiens) de tout ce qui pouvait être superstitieux, ou idolâtre, ou démoniaque.
je ne reviendrai pas sur les valeurs fondamentales de l'homme (de tout homme, n'est-ce pas ?? Indépendamment de se culture judéo-chrétienne, ou musulmane, païenne...), c'est un sujet beaucoup trop vaste et hors sujet (ici).
Je ne peux cependant m'empêcher de répondre à MJ sur le bouddhisme. Je connais un peu le sujet, et je suis très surpris que tu me parles de pitié et de miséricorde chez les bouddhistes, ou alors tu me parles du bouddhisme tibétain qui est excessivement minoritaire et de doctrine tardive. Le petit et le grand véhicule ne considère pas que l'autre mérite notre pitié. S'il est pauvre ou misérable, c'est qu'il a eu un mauvais Karma, c'est donc qu'il le mérite. la dessus s'ajoute dans beaucoup de pays le système des castes qui fait qu'un pauvre n'a pas à être aidé par un riche. Par contre, le riche peut acquérir un bon Karma en faisant preuve de générosité (d'abord et essentiellement envers les moines, ensuite, s'il se sent touché, envers un pauvre). Mais ce ne sera jamais par charité, ni pitié (en tout cas aucune pitié religieuse, sinon celle qui peut émouvoir tout homme (ces valeurs universelles dont nous parlions)), mais dans un but déterminé: acquérir un bon Karma, pour avoir une belle (et riche) prochaine vie.
J'espère que cette méga parenthèse de fond n'élèvera pas de nouveaux débats sans fin. Lambertine : Quelques petites nuances : Pour l’acculturation de l’Amérique Centrale : J. Babelon était plus catégorique : Ils (les rois) sont associés aux phénomènes cosmiques gouvernés par des êtres divins qui ont présidé à la formation du monde. Sur ce point nous pouvons avoir recours à des textes aussi prolixes qu’une Odyssée ou les écrits d’Hésiode, comparables aux livres sacrés des Hindous.
Trois manuscrits sont entre nos mains. C’est tout ce qui subsiste d’une littérature abondante, disparue par l’effet du zèle intempérant des missionnaires qui avaient pris à tâche d’abolir les bases d’une religion sans cesse renaissante sous ses formes multiples pour corrompre l’enseignement chrétien.
Pour les invasions normandes, cette époque en ces lieux m’a toujours posé des problèmes ! l’origine des normands n’était-elle pas « Viking » ? quid de la nationalité des envahisseurs de l’Angleterre après le couronnement de Guillaume le Conquérant ,puis avec les Plantagenets ? et les suivants jusqu’à la bataille de Bouvines ? De toute façon ils étaient tous chrétiens même si d’églises différentes (je pense que je vais faire frémir Lothiriel par mon ignorance !!!!)Ne me reste qu’une vague impression de puzzle à géométrie variable !
Je ne comprend pas l'articulation de ta pensée ici, et les liens entre chacun des éléments de cette phrase.
J’avais cru comprendre que la « faërie » ne supportait pas l’introduction de la réalité !
Et qu'y a-t-il d'absurde à répondre que des valeurs chrétiennes peuvent être partagées par des non-chrétien.
Sommes nous parvenus au dialogue de sourds ?
(et quand nous parlons de valeur, chrétien englobe généralement son frère aîné, le Juddaïsme, comme tu le fais justement remarquer au sujet du pardon. On parle en général de manière plus pompeuse mais plus proche de la vérité de valeur (et de culture) judéo-chrétienne.)
Tes valeurs s’étendent aux valeurs « judéo-chrétiennes » heureuse de voir que nous progressons !!! heureuse aussi que tu qualifies, les fils de Jéhovah de frères aînés. souhaitons que les temps de Caïn et Abel soient dépassés !
Je n'ai pas réduit les erreurs des clercs à quelques petites mesquineries. Mais je pense que tout ce sujet est largement hors sujet.
Je suis d’accord puisque j’ai déclaré que je ne voulais pas rallumer la guerre franche !
je ne reviendrai pas sur les valeurs fondamentales de l'homme (de tout homme, n'est-ce pas ?? Indépendamment de se culture judéo-chrétienne, ou musulmane, païenne...), c'est un sujet beaucoup trop vaste et hors sujet (ici).
Mais nous ne parlons que de cela depuis un bon moment !!
Je ne peux cependant m'empêcher de répondre à MJ sur le bouddhisme. Je connais un peu le sujet, et je suis très surpris que tu me parles de pitié et de miséricorde chez les bouddhistes, ou alors tu me parles du bouddhisme tibétain qui est excessivement minoritaire et de doctrine tardive
Moi aussi je connais un peu le sujet ! voilà 40ans que je vis avec le fils d’une bouddhiste ! (je ne dis pas avec un bouddhiste, il m’en voudrait de si peu de modestie,..)
Et qu'y a-t-il d'absurde à répondre que des valeurs chrétiennes peuvent être partagées par des non-chrétien.
Rien d'absurde, sauf que j'aurais, de beaucoup, préféré lire ici que.... des valeurs universelles peuvent être partagées par les chrétiens et les non-chrétiens... - c'est un peu différent!
Silmo Bon, on va en rester là pour le bouddhisme (mais il n'y a pas de contradiction dans ce que tu relèves, la charité ne naissant pas d'abord d'une émotion quelconque
Pourquoi vouloir donner à l’Angleterre une mythologie plutôt que la bible ?
Voyons d'abord que Tolkien a eu ce projet, mais qu'il en est quand même revenu : Ne riez pas ! Mais il fut un temps (ma cime s'est depuis longtemps affaissée ), j'avais en tête de constituer un corps de légendes plus ou moins connectées, s'étendant du large et du cosmogonique jusqu'au niveau des contes de fée romantiques - le plus large fondé sur le moindre au contact de la terre, le moindre tirant sa splendeur des vastes arrières-courts {backcloths ?} - que je pourrais dédicacer simplement à: l'Angleterre; à mon pays. Cela devait posséder le ton et la qualité que je désirais, de quelque façon frais et clair, être parfumé de notre "air" (le climat et le sol du Nord-Ouest, c'est à dire la Bretagne {Britain} et les plus hautes parties de l'Europe: pas l'Italie ou l'Égéen, encore moins l'Est), et bien que possédant (si je pouvais le terminer) la radieuse {fair} et fuyante beauté que certain appellent Celtique (bien qu'elle soit rarement trouvée dans les véritables et anciennes choses Celtiques), ce devait être 'élevé', largement épuré, et adapté pour l'esprit le plus adulte à une terre depuis longtemps aujourd'hui imbibée de poésie. Je dessinerais certains des grands récits en entier, et en laisserai de nombreux à l'état de projet, et esquissés. Les cycles seraient reliés à un tout majestueux, et pourtant laisseraient le champ libre à d'autres esprits et d'autres mains, maniant la peinture, la musique et le théâtre. Absurde. Lettre 131 - p.144
Il en est revenu, mais il demeure heureux de voir que certains lecteurs comprennent son oeuvre dans ce sens : M'étant moi-même assigné une tâche, dont j'ai absolument reconnu l'arrogance et devant laquelle je tremble: étant précisément de restaurer pour les Anglais une épique tradition et leur présenter une mythologie issue d'eux-mêmes: c'est une chose merveilleuse que d'entendre que j'y ai réussi, au moins avec ceux qui ont toujours le cœur et l'esprit non enténébré. Lettre 180 - p. 231
L'esprit non-enténébré !!... On pourrait disserter longtemps sur ce qu'il attend de ses lecteurs ici.
Dans la suite de cette lettre, il explique qu'il a toujours eut ce désir, ayant un goût esthétique pour les langues. Son projet est devenu consistant pendant la guerre de 1914, où il a découvert que « les légendes dépendent du langage auquel elles appartiennent; mais un langage vivant dépend également des 'traditions' qu'il véhicule par tradition ». Et il prend l'exemple des autres langues inventées (dont l'Espéranto) pour dire qu'elles sont mortes (et bien plus que les langues dites mortes) faute de légendes. Tolkien, en philologue, a donc commencé, à cause de son goût esthétique pour le langage, par inventer des langues, auxquelles il a ajouté, « inventé des légendes du même goût ». Puis il explique que tout cela lui est venu tout seul, les récits s'enchaînant les uns les autres naturellement, et il prend l'exemple de Silvebarbe qui est arrivé de façon nécessaire bien qu'il n'y ait jamais songé auparavant (qu'il dit ! L'article de Sébastien Mallet sur "la disparition des géant" dans la feuille 1 de la compagnie a tendance à montrer le contraire, mais dans l'esprit de Tolkien, bien que préparé, Sylvebarbe n'était pas prévu). Puis il reprend : Tout ceci est ennuyant, j'en suis sûr, parce qu'apparemment nombriliste; mais je suis assez vieux (hélas !) pour prendre un intérêt dispassionné {dispassionate} et scientifique, à proprement parler, dans ces matières, et me cite moi-même simplement parce que je suis intéressé dans 'l'invention' mythologique, et le mystère de la création littéraire (ou sub-création comme je l'ai ailleurs appelée) et je suis le plus facilement disponible corpus vile [=bon marché] pour expérimenter ou observer. Ibid.
Je répondrais en conclusion, et suite à certaines choses dites dans le fuseau L'Ainulindalë fait la nique à la genèse que Tolkien recherche la création poétique, et par goût de créer, et par goût esthétique. Or la bible ne lui permet pas de créer, et n'est pas forcément aussi poétique que ses oeuvres. Voilà en tous cas pourquoi répandre le message de le Bible ne répond pas à son désir profond, qui est plutôt de sub-créer. Je n'aime pas l’Allégorie {I dislike Allegory} - l'allégorie consciente et intentionnelle - pourtant toute tentative pour expliquer la portée d'un mythe ou d'un conte de fée doit utiliser le langage allégorique (et bien sûr, plus une histoire a de "vie", plus elle sera facilement susceptible d'interprétations allégoriques: tandis que le mieux une allégorie est délibérément faite, le plus près sera-t-elle acceptable juste comme une histoire). Quoiqu'il en soit, toute cette matière {all this stuff} est principalement au sujet de la Chute, la Mortalité, et la Machine. Avec la Chute, inévitablement, et ce motif revient sous plusieurs modes. Avec la Mortalité, plus spécialement en tant qu'elle affecte l'art et le désir de créer (ou devrais-je dire, de sub-créer), qui semble n'avoir aucune fonction biologique, et se tenir à part des satisfactions de la pure vie biologique, avec laquelle, dans notre monde, il est en effet habituellement en conflit. Ce désir se marrie aussitôt à un amour passionné du véritable monde primaire, et de là empli du sens de la mortalité, et pourtant insatisfait par lui. Lettre 131 - p.145
Suit un long et intéressant développement sur la Machine qu'il lie à la Magie, qui ensemble vont contre l'Art (le désir de reformer le monde, de dominer et de puissance contre celui de compléter, parachever, embellir).
On découvre ici d'abord une nuance très importante sur ce lieu devenu commun concernant la haine de Tolkien contre l'Allégorie: il ne déteste que l'allégorie (avec un petit "a") volontairement écrite telle quelle (telles qu'on peut en trouver dans les romans du Graal). Mais qu'il y a nécessairement interprétation allégorique pour comprendre le vrai sens d'un conte ou d'un mythe (Tolkien ajoutera ailleurs une autre nuance, source de tant de problème, avec la notion d'applicabilité, qui rend cette interprétation relative au lecteur).
Mais sachant que même en argumentant mieux et en m'appuyant sur les textes je ne vous convaincrais pas, je préfère passer le temps qui me reste à d'autres occupations.
Je fatigue, mais il me semble qu'on a presque répondu aussi aux deux autres et dernières questions.
A bientôt (mon modem a du mal à charger cette page, si on poursuivait ailleurs ?) Silmo: Si tu relis mes moults messages précédents, c'est bien sur ces valeurs fondamentales universellement partagées que j'ai tenté d'obtenir en vain un consensus Espérons que tu auras plus de succès que moi ! Vinyamar: Je pense effectivement que tu as répondu à toutes mes questions même si je ne suis pas toujours convaincue; le positif de cet intéressant débat (pour moi) est ailleurs mais cependant pas négligeable: nous connaissons réciproquement nos convictions et nos arguments; mais surtout nous avons réussi à discuter sans nous fâcher malgré nos positions extrêmes (enfin je l'espère !) Alors, si comme tu sembles le souhaiter, nous pourrions tourner la page.... Est-ce que ça te dirais de poursuivre sur le fuseau Une mythologie pour l'Angleterre ?
Mj Chère MJ, Au sujet de l'Amérique Latine : je n'ai pas voulu dire qu'il n'y avait pas eu là-bas de volonté d'acculturation de la part des missionnaires espagnols. J'ai simplement dit que le Dieu venu de l'Est faisait déjà partie des mythes fondateurs de leur propre religion ( et de leur propre capitale, d'ailleurs ). Et que les Espagnols n'ont pas eu besoin de l'inventer pour s'en servir. On peut remarquer cependant que dans de nombreuses régions d'amérique latine les croyances anciennent restent vivaces, et que le catholicisme mexicain est très différent de l'irlandais. Au sujet des invasions normandes : certes les ducs de Normandie étaient d'ascendance Viking, mais la culture qu'ils ont ensuite imposée à l'élite anglaise était bel et bien la culture française de l'époque ( je parle de culture, non de religion, les anglais comme les français de l'époque étant tous catholiques romains ). Mais comme les religions peuvent assimiler les mythologies locales, il en est de même avec les cultures, et les Normands ont en quelque sorte francisé un cetain nombre de légendes locales ( dont la Matière de Bretagne ) dans le but notamment de se donner eux-même une légitimité qu'ils refusaient aux rois saxons . Lambertine: ok pour les Amériques ! la comparaison de l'absorption des mythes et des cultures ainsi que leur adaptation est un sujet passionnant d'un point de vue sociologique ! Lothiriel: j'ai pris ce matin "Neropolis" à la Bibliothèque ! Hé bien, hé bien, on discute, on discute!! ah ben moi "valeur chrétiennes, universellement partagées", dit comme ça, ça me va très bien... :-)) |