Expositions temporaires & musées - Silmo - 21/09/2020
Aujourd’hui, c’est le 21 septembre, jour de Saint Mathieu
Navré pour le style, j’écris au fil des pensées en essayant de réduire, mais là, c’est du lourd. Je me lâche un peu.
Difficile de tarder encore pour une ancienne promesse de visite romaine (quoiqu’ils soient fous ces Romains) car tout gaulois qui se rend dans la plus belle ville du monde - à l’exception de Lutèce - doit commencer son séjour par Saint-Louis-des-Français, c’est obligatoire, na !
L’église compatriote même pour les mécréants tels que moi (ensuite, y a d’autres incontournables et d’autres idées de messages à venir).
Prévoyez de la monnaie, la chapelle dont on va parler est peu éclairée sauf par un distributeur pas trop onéreux.
C’est la chapelle Contarelli qui permet un hommage à un évangéliste, à la France de l’Ouest, à un mécène et à un artiste.
A la charnière du 16e et du 17e siècles, un religieux français veut investir dans sa carrière et dans la réputation de son pays. Il s’appelle Matthieu Cointrel, nommé cardinal à Rome change vite son nom en Matteo Contarelli (on dit que ce serait aussi la famille « Cointreau », celle des spiritueux).
Religieux autant que diplomate, il doit rabibocher le Vatican avec Henri IV.
L’habile homme fait d’une pierre 5 coups :
1 / il finance une nouvelle chapelle dans l’église des français sous prétexte de la dédier à son prénom en vue d’un futur tombeau ;
2 / il en passe la commande à un protégé du cardinal del Monte qui a les grâces du Pape. Michelangelo Merisi qu’on surnomme déjà Caravage à cause de ses origines (Carravagio comme avant lui Da Vinci). Ce n’est qu’un jeune artiste moins connu que Banksy de nos jours, moins encore que Picasso au début du 20e s. C’est un risque, un pari audacieux de faire dans le contemporain car si nous regardons ces œuvres avec 320 ans de décalage, à l’époque c’était le must de l’innovation.
3 / Il demande au peintre d’évoquer la vie de Mathieu sur des toiles alors que la tradition est celle des fresques : d’abord, la Vocation en grand format puis le Martyr de mêmes dimensions. Au fond un tableau provisoire sur l’écriture de l’évangile en attendant une sculpture, les deux rejetés par le Chapitre, et remplacé par une nouvelle version de l’Ange inspirant Mathieu.
4 / il fait un acte politique fort car la Conversion de l’apôtre est un message direct envers le Vatican à propos du retour du roi de France parmi les fidèles – sans que le cardinal le sache, ce roi sera aussi victime d’une lame, comme Mathieu ;
5 / il atteint la postérité avec ce cycle majeur et bâtit sur une pierre sa renommée.
D’une pierre, cinq coups, superpetrus !
Alors visitons cette chapelle. Je vous épargne les détails que vous trouverez sur le Net et vous invite à regarder les deux tableaux principaux qui sont des chefs-d’œuvre d’un peintre qui n’a pas trente ans.
D’abord, la Conversion de l’évangéliste, à gauche de la chapelle.
Mathieu est le seul témoin des faits d’après les écritures. Jean n’en parle pas, Marc et Luc disent sans y avoir été. On sait que Mathieu était un douanier ou contrôleur, que le Christ est entré dans son office de fonctionnaire, l’a interpelé et sans aucune question, il l’a suivi.
Alors, quand on voit l’œuvre, on se pose mille questions sur un motif dont on sait si peu de choses.
D’abord, l’environnement : le bureau de douane est bien sobre, coupé en diagonale par un rai de lumière venant de droite. C’est presque un luxe au 17e, il y a une fenêtre sans verres car réservés à la noblesse mais des papiers huilés, l’un d’eux ne tient plus que par un fil, l’autre étant usé ou coupé (pourquoi ce tout petit détail ? l’artiste s’interrogeait-il sur la fragilité du fil de la vie ?). On sait qu’il eut son atelier au bas du Palazzo Madama, chez son protecteur Del Monte… peut-être y peint-il ce tableau ?
Le Mobilier est sobre : une table, une chaise curule à gauche, un banc au fond, une escarpolette devant. Le jeune artiste ne devait guère posséder plus chez lui et peignait ce qu’il avait sous les yeux.
Passons maintenant aux personnages… Laissez-vous 20 ou 30 minutes d’observation, prenez votre temps.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/87/Caravaggio_%281571-1610%29_-_De_roeping_van_Matte%C3%BCs_%281599-1600%29_-_Rome_San_Luigi_dei_Francesi_10-01-2011_12-07-56.png
C’est fait ?
Ils sont 7 et qu’avez-vous noté ? Les deux de droite sont vêtus à l’antique (toge et manteau), quatre autre sont en vêtements modernes – aujourd’hui, on dirait en costume pour les vieux, jeans et baskets pour les jeunes – le dernier intemporel et indéterminé, binocles sur le nez crochu, peut-être une regrettable allégorie de l’envie ou de l’avarice, difficile à dire. L’important est la distance, non physique mais temporelle entre les différents acteurs de la scène.
Revenons aux autres, n’est-il pas curieux ce mélange ? Franchissons quelques générations et imaginons un peintre associer des types en toges et d’autres en costards, cravattes ?
Jésus ne vient plus interpeler un quidam antique… il vient chercher ceux de l’époque de la commande (of course Henri IV – c’est l’idée du Cardinal, Mathieu et ceux qui sont autour mais aussi toutes et tous).
Eh bien, c’est ce qu’ose Caravage ce jeune artiste, ce que paie son commanditaire, ce que valide la censure, ce qui réjouit le public, une petite bombe artistique.
Allons encore plus loin dans le jeu de « qui est qui » que Sosryko connait et que j’ai essayé d’approfondir.
Jésus côté droit, c’est fastoche, en rouge et bleu comme Superman (ou réciproquement).
Il tend la main et le doigt pour désigner Mathieu et cette main est, au fait, la copie de celle d’Adam au plafond de la Sixtine par Michel-Ange… Un premier signe vers la Conversion.
Le second est la présence de Pierre, non prévue au départ mais qui témoigne l’intercession de l’Eglise dans la Conversion, encore un message vers le Roi Henri.
Deux antiques dans un décor contemporain. Mais au fait, qui est désigné ? Tout le monde dit que c’est le barbu !
Pourtant il semble interloqué alors que son évangile dit qu’il ne se pose pas de questions, se lève et part.
On se dit aussi que trois personnages ont des chapeaux alors qu’on n’est pas couvert quand on est chez soi. On voit encore que le barbu à la même livrée, les mêmes couleurs, que son voisin (un page sans doute). Ce ne sont pas des fonctionnaires douaniers, ni les acolytes armés.
Le Seul douanier près de ses sous, c’est celui qui n’a pas de chapeau, a déjà les couleurs du Christ sur son habit, occupe le siège curule du maitre de céans, même jeune, il tient les comptes, et qui dans une seconde va se lever à l’appel sans avoir à s’interroger quoique l’avarice lui susurre aux oreilles.
En résumé, Mathieu c'est lui qui vieillira dans la tableau d’en face qui n’est pas forcément le vieillard qui s’interroge mais plutôt le jeune. En tout cas la scène interpelle.
Nous discuterons des autres tableaux après celui-ci et une autre visite romaine (fous mais doués ces romains !).
S.
PS: Jean-Philippe, nous avons lu et relu les mêmes articles mais il aura fallu tellement de temps pour que ce qui va de soi saute aux yeux en plein milieu du tableau : les manches des bras de la même couleur, le commerçant et son fils ou son page, la même livrée, le barbu ne peut pas être le douanier et il désigne celui que Jésus interpelle, pas lui-même. La vérité dans les couleurs. 
Expositions temporaires & musées - sosryko - 21/09/2020
Rahh, c'est beau :)
Mwarf, évidemment que Matthieu est le personnage le plus à gauche, et tu ajoutes des arguments colorés qui viennent confirmer une telle lecture :)
L'argument le plus fort pour moi demeure la temporalité : Caravage n'est plus un peintre de la temporalité des tableaux classiques. On lui demande un tableau sur l'appel de Matthieu et lui répond par un tableau sur la confusion qui a pu suivre l'appel.
Le tableau n'est pas une illustration du « Suis-moi » mais des questionnement qui ont suivi.
Le jeu des pieds et des mains confirme ce décalage. Les pieds de Jésus sont en train de partir, sa main retombe, son index sur le point de se replier est comme celui de l'index du Dieu de Michel-Ange en effet, qui ne nous est pas montré donnant la vie mais comme celui qui vient de la donner à Adam : dans le brouhaha des paroles et le cliquets des pièces, on s'interroge et les mains des personnes qui vont converser prennent le relais de celle de Jésus :
Le riche barbu, en train de payer son dû à Matthieu, sa main sur sa poitrine : « Quoi ? Il me demande de le suivre, moi ? »
Pierre, sa main désignant Matthieu, qui n'a rien entendu : « Non, pas toi, lui... »
Ce qui est beau c'est que Caravage peint l'intervalle temporel entre l'appel et la réponse à l'appel, mieux, entre l'appel et sa reprise.
Caravage ose imaginer que Matthieu n'a pas entendu l'appel de Jésus !
Il en rajoute puisque Matthieu, absorbé dans les comptes, n'entend pas même la conversation entre le vieil homme riche et Pierre...
Il faudra donc qu'un autre que lui vienne le sortir de son quotidien pour l'interpeller : « Es-tu donc sourd ? Le Maître t'appelle ! »
Ce temp là n'est pas représenté et on devine qu'alors, Jésus aura repris son chemin (il est déjà en train de partir), avec Pierre. Matthieu devra donc courir pour les rattraper...
Et là, la lecture des couleurs et des vêtements de Silmo rend le tour de force encore plus beau : assurément, le Matthieu peint par Caravage, comme ceux avec qui il interagit autour de la table n'est pas habillé à l'antique.
Tout s'éclaire si nous comprenons qu'en fait, il ne s'agit pas du Matthieu des évangiles qui fut appelé par Jésus mais de l'homme d'aujourd'hui absorbé dans ses activités (pour le visiteur de saint Louis des Français, ce sera peut-être l'absorption dans un guide de Rome qui vous indique tous les bons coins et vous précise accessoirement que le célèbre Matthieu est le vieil homme riche du tableau devant qui tout le monde s'attroupe !), qui n'a peut-être jamais entendu parler de l’Évangile, qui se trouvera interpellé tout à nouveau, à chaque fois qu'il contemplera ce tableau : « Tu n'as pas entendu ? Le Maître t'as appelé ! »
A droite, la peinture d'un appel lancé alors il y a près de 1570 ans (la Vocation de saint Matthieu date de 1600) ; à gauche, l'écho de cet appel qui résonnait au temps de Caravage, avec la possibilité encore donnée de demeurer assis et de poursuivre ses comptes dans la pénombre ou de se lever et de suivre le rabbi de Nazareth dans la lumière.
S.
PS : hep, Silmo, lors d'un retour à Rome, j'espère que tu as l'intention de passer (pour diverses raisons) par Santa Maria del Popolo ;-)
Expositions temporaires & musées - Hyarion - 22/09/2020
Merci (à tous les deux) pour tout ce partage.
Ma découverte de l'église Saint-Louis-des-Français de Rome remonte à 2002... C'est loin, mais je me souviens de la série de chefs d'œuvre du Caravage qu'elle contient, et que j'avais d'ailleurs découverte presque par surprise (ma curiosité avait d'abord été piquée surtout par le caractère apparemment francophile du nom de l'église)... Accessoirement, je me souviens même d'avoir acquis un exemplaire des Promenades dans Rome de Stendhal dans une librairie française qui, si j'ai bonne mémoire, se trouvait à côté de l'église (peut-être est-ce toujours le cas ?)... ^^'
En passant, je me permets de signaler ici une possible, voire probable, source d'inspiration caravagesque en ce qui concerne un tableau tolkienien de Donato Giancola : The Tower of Cirith Ungol, peint en 2012. Je vous laisse chercher l'œuvre (avec une coquille dans le titre) dans la page dédiée à la Terre du Milieu sur le site de l'artiste : https://www.donatoarts.com/middle-earth
Je peux bien sûr me tromper, mais il m'a toujours semblé que la composition de ce tableau, de même qu'une répartition inversée du nu et du vêtu, tendait à faire écho à la partie plus ou moins centrale du fameux tableau Le Martyre de saint Matthieu (Il Martirio di san Matteo) que le Caravage peignit également pour la chapelle Contarelli de l'église Saint-Louis-des-Français, et dont François nous parlera peut-être plus tard. Qu'en pensez-vous ?
B.
P.S. : concernant le tableau de Lorenzo Lippi du musée d'Angers, il apparait que, jusqu'à présent, François a sélectionné des œuvres qui se trouvent être étudiées dans une partie de ma bibliographie de travail... donc même si j'entends jouer le jeu et mettre en avant mon propre regard, difficile pour moi de jouer totalement les ingénus ! ^^' Ceci dit, en essayant de rester spontané, il y a évidemment de toute façon des choses à dire... mais on verra plus tard.
Expositions temporaires & musées - Silmo - 22/09/2020
Hyarion a écrit :
... jusqu'à présent, François a sélectionné des œuvres qui se trouvent être étudiées dans une partie de ma bibliographie de travail
Pur hasard pour des choix communs ou des évidences partagées car je ne connais pas ta bibliographie Sosryko a écrit :
hep, Silmo, lors d'un retour à Rome, j'espère que tu as l'intention de passer (pour diverses raisons) par Santa Maria del Popolo ;-)
Of course, c'était l'entrée de Rome pour les pèlerins et visiteurs venus du Nord et donc de France, j'y vais toujours mais après Saint-Louis des Français (par patriotisme :p ). Lors de mon premier séjour, je ne pus accéder à la chapelle des Caravage sans attendre la fin de l'office, mais, pour paraphraser le roi Henri dont je parlais hier, Rome vaut bien une messe. :/
D'autres incontournables :
- l'église du Gesu à 17h00 pétantes pour le son et lumières de 17h30 (surprenant surtout pour la découverte de la statue de Saint Ignace
- à propos de saint Ignace, l'église qui porte son nom est précédée d'une place en forme de théâtre ou de scène d'opéra et surtout y aller pour sa voûte vertigineuse par Andrea Pozzo)
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Ignace-de-Loyola#/media/Fichier:Frescos_of_Ignatius_of_Loyola_HDR.jpg
- l'église Saint-Pierre aux liens pour le Moïse de Michel-Ange
- La basilique des Quatre-Saints-Couronnés si on s'intéresse à l'histoire de la Donation de Constantin
- Sainte Praxede pour ses mosaïques, ses fresques et la relique de la colonne de la flagellation
- l'église Sainte-Croix-de-Jérusalem pour les chasseurs de reliques
- etc, etc
- et tous les lieux où il y a des peintures de Caravage ou des sculptures de Bernin à commencer bien entendu par le Palais Borghese (faut réserver et même deux réservations dans la même journée car c'est limité à 2h00 de visite dont une heure dans la galerie des peintures... c'est pas assez).
- et tous les sites antiques dans la ville et hors la ville...
Bref, jamais de quoi se lasser et même quand un site est fermé, on se retourne et il y en a un autre.
Et je n'ai même pas parlé des musées et palais et monuments historiques, ni des paysages, ni du Vatican, de la villa Hadriana, du Colisée ou du circus Maximus... arg

Expositions temporaires & musées - Yyr - 22/09/2020
Grand merci, Silmo, pour tout cela, à nouveau.
J'ai toujours aimé m'appliquer sur les mains dans mes dessins ;).
Sur l'Appel de saint Matthieu, je vous suis, Sosryko et toi, d'autant plus facilement que vous m'aviez commenté ce tableau en privé.
J'ajouterai que, d'après moi:
- l'homme aux lunettes, intemporel comme l'argent et le pouvoir qu'il exerce, en effet, est à mon avis le seul à compter encore les sous ; c'est du reste, selon moi, le seul qui n'ait rien entendu (ou qui ait refusé d'entendre quoi que soit) et ne soit pas vivant si vous voyez ce que je veux dire : il n'est pas là, il n'est pas à ce qui se vit en cet instant ;
- l'homme à la barbe ne se désigne pas lui-même mais il désigne bien Matthieu ; son index et même sa main ne seraient pas positionnés de la sorte pour se désigner lui-même ;
- Matthieu n'est plus en train de compter les sous ; ses mains sont positionnées comme quand on s'est interrompu et qu'on les pose, presque accablé (les épaules à la Charlie Brown ;)).
C'est là mon interprétation différente de Sosryko : pour moi, il est clair que Matthieu a très bien entendu ; je suis saisi par l'intensité qui se concentre en sa personne.
[Édit : Arf, je regarde à nouveau et je ne suis déjà plus d'accord ou plus si sûr :) J'essaie de me pencher, de rentrer dans le tableau, pour voir son regard ... Et je me demande aussi ce qu'il tient dans sa main gauche, peut-être une bourse (?)]
Encore bravo et un très grand merci pour ce partage de richesse, Silmo, à commencer par la tienne.
Hyarion : bien d'accord avec toi pour l'écho entre le tableau de Donato Giancola et Le Martyre de saint Matthieu du Caravage.
Expositions temporaires & musées - sosryko - 22/09/2020
Cher Yyr,
Je trouve que Matthieu ramène les pièces vers lui mais effectivement l'index de l'homme riche pointe plus vers Matthieu que vers lui-même (ce qui fait qu'il pourrait être en train de dire « C'est à qui de nous deux que ton maître a parlé ? »), mais ta proposition est tout aussi valable et belle : Caravage qui peint la décision en train de se prendre, Matthieu entré en lui-même après avoir entendu l'appel, saisissant la rupture que cela implique et tiraillé par des désirs contraires.
@ Hyarion : très bien vu !
Expositions temporaires & musées - Silmo - 22/09/2020
La suite viendra avec plaisir chers amis, patience, ne soyons pas en hâte du martyre de Mathieu plus compliqué à commenter, et chacun peut y aller de sa plume ou de son clavier.
Là encore sans faire des copier/coller de gougueule, ouiki ou autre - un effort de lecture et des idées personnelles svp .
Je joue moins le jeu puisque j'ai déjà des billes en poche mais comme dans Donjon et Dragon, chacun lance ses dés.
Voici l'image du tableau en vis-à-vis de la Vocation, celle du Martyr dans la chapelle (quasi même format) tranquillité à gauche de la chapelle, violence à droite, déjà ça interpelle :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Martyre_de_saint_Matthieu#/media/Fichier:Caravaggio_-_Martirio_di_San_Matteo.jpg
et derechef à propos de martyr, gaffe aux détails avant de conclure...
Tout bien regarder soi-même. Ayant déjà dialogué sur cette œuvre, plusieurs se sont fait leur idée qu'ils peuvent compléter.
Affaire à suivre pour Matthieu et d'autres.
FrA
ps: vos remerciements font plaisir, pourtant, je n'invente rien qui n'ait déjà été dit (sauf peut-être les coloris du costume) ou écrit, pour le peu que je sache. Il n'y a aucune découverte et seulement une autre lecture, au départ pour mes neveux et nièces en leur parlant de commerce, de support d'image, de couleurs, de format, d'objectif, etc. Ce changement de perspective vint de l'ainé de mes neveux à moins de 10 ans, pressé au Louvre de voir la Joconde, et qui me disant en avoir vu une photo à l'école, qu'elle avait plein de marrons différents et lui n'en avait qu'un dans son tube de peinture. Une révélation sur le regard, celui des jeunes et comment leur parler d'art (et d'ailleurs les écouter avant que de parler, c'est pourquoi je me tais).
Expositions temporaires & musées - Hyarion - 22/09/2020
Yyr a écrit :Hyarion : bien d'accord avec toi pour l'écho entre le tableau de Donato Giancola et Le Martyre de saint Matthieu du Caravage.
sosryko a écrit :@ Hyarion : très bien vu !
Merci pour vos retours. ^^
B.
Expositions temporaires & musées - Silmo - 22/09/2020
le rapprochement de Hyarion entre Donato Giancola et Caravaggio est probable et j'aime l'idée.
Pourtant je ne ferais pas forcément le lien avec le cycle de Mathieu à Saint-Louis des Français, même si l'influence caravagesque convient... plutôt une position proche de la Conversion de Saint-Paul à Santa Maria del Popolo (évoquée ci-dessus) : corps en diagonale et tête en bas à droite. Peu de tableaux sont ainsi construits.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/8c/Caravaggio_-_La_conversione_di_San_Paolo.jpg?uselang=fr
Peut-être un mélange de tout cela.
S.
Expositions temporaires & musées - Yyr - 22/09/2020
sosryko a écrit :Caravage qui peint la décision en train de se prendre, Matthieu entré en lui-même après avoir entendu l'appel
Oui, c'est beaucoup mieux exprimé ainsi.
Ainsi l'appel est-il peint : là où il est entendu, à l'intérieur d'une âme.
Petite blague à vous partager. Tout à l'heure j'étais à l'église quelques minutes, assis devant l'autel avec un vitrail du Christ au fond, et je pensais à Silmo qui pourrait m'expliquer ses couleurs. Peu de temps pour prier : deux paroissiennes dont une religieuse m'aperçoivent et viennent me saluer, car cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus. À la sœur qui me demande des nouvelles, je dois lui annoncer la naissance et aussi la maladie de Sailendil. « Pauvre petite » me dit-elle. « Non non lui réponds-je, ce n'est pas aussi grave quand même, c'est un garçon » :). Elle n'a pas entendu (fichus masques). Pas grave, je me suis dit que François serait plié ;). Quant au Seigneur, je pense qu'il a souri. L'ennui, c'est qu'il est imbattable : rentré ici, je montre l'Appel de Saint Matthieu à ma moitié et je lui demande de me dire où est Saint Matthieu (elle n'a jamais vu le tableau) ... et elle me le montre immédiatement !!! ;)
Pour le Martyr, je n'arrive fichtrement pas à distinguer ce qui se passe derrière.
En attendant, je note que cette fois, les épées, transparentes, sont futuristes. :)
Comme dirait Isengar : je sors :)
Expositions temporaires & musées - Hyarion - 22/09/2020
Silmo a écrit :le rapprochement de Hyarion entre Donato Giancola et Caravaggio est probable et j'aime l'idée.
Pourtant je ne ferais pas forcément le lien avec le cycle de Mathieu à Saint-Louis des Français, même si l'influence caravagesque convient... plutôt une position proche de la Conversion de Saint-Paul à Santa Maria del Popolo (évoquée ci-dessus) : corps en diagonale et tête en bas à droite. Peu de tableaux sont ainsi construits.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/8c/Caravaggio_-_La_conversione_di_San_Paolo.jpg?uselang=fr
Peut-être un mélange de tout cela.
C'est surtout au Martyre de saint Matthieu que la composition de Giancola continue à me fait penser, mais tu as raison d'évoquer aussi une position du corps plus en diagonale et tête en bas que celle de Mathieu, et en cela plus proche de celle de Paul dans la Conversion de saint Paul : on peut ainsi envisager un certain mélange caravagesque dans l'inspiration, en effet.
Merci pour ton retour. ^^
B.
Expositions temporaires & musées - Silmo - 22/09/2020
Ne regarde pas les épées, quoique..., mais voyez d'abord les vêtements, les mouvements, les regards et les lumières.
Dans la Vocation, quand je parlais de "tous et toutes", bien sûr c'est le message du tableau souligné par Sosryko pour les contemporains.
Nous n'avons pas parlé du personnage de dos au centre, pas dans la même livrée mais armé, prêt à bondir, on ne sait pour défendre qui (le douanier ou le notable). Selon moi, le doigt de Pierre ne répète pas la désignation du Christ qui se suffit à elle seule, mais intime au soldat (aux armées) de se rasseoir et se cantonner là. C'est peut-être pousser la lecture mais sinon, à quoi bon ce personnage avec épée ?
Je ne sais et continue de lire.
Bravo à Sonia Marple qui a vu judicieusement :/
S.
Merci pour le message Jérôme. Un éclat de rire à retardement en pensant à ce vitrail et ta discussion cordiale avec ces ferventes et toujours autant de belles pensées pour vous cinq.
Expositions temporaires & musées - Silmo - 23/09/2020
Nous reparlerons vite du Martyr de Mathieu et de Rome.
Mais les voyages se poursuivent...
Un qui va faire cogiter le jeune Esteldil, j'espère... au musée Condé de Chantilly, les Très Riches heures du Duc de Berry, avec plein de détails à fouiller (faut mettre les zimages en grand format : vêtements, couleurs, saisons, animaux, flore, villes et châteaux, etc...). On décrypte les miniatures avant de regarder les notices en ligne.
Je rajoute aussi par plaisir le Puits de Moïse à Dijon (idem, voir toutes les photos agrandies): six bonhommes qui se tournent le dos sous un calvaire disparu et prophétisent la même religion. une merveille, une rareté avec ses couleurs encore visibles, à aller voir absolument.
Mon préféré, Moïse, avec ses cornes (retour vers Rome à Saint-Pierre aux liens ou à Naples, Bucéphale, j'aime les bêtes à cornes)
FrA (espérant inspirer des idées de voyages ou excursions post covid). Peut-être (sans doute) est-ce aussi dans la biblio de Benjamin 
Expositions temporaires & musées - Silmo - 09/10/2020
Par Bélénos, Toutatis, et Cie, il faut bien un jour un l'autre se coller à l'exercice de ce Martyr de Mathieu.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/94/Caravaggio_-_Martirio_di_San_Matteo.jpg
Pas facile car le peintre lui-même s'y reprit plusieurs fois comme en attestent ses repentis et il fallait à l'époque rester au cordeau envers le Saint-Siège.
Une fois de plus, on observe l'image.
Plus d'une douzaine des personnages dans des costumes d'époques différentes, on a déjà vu combien c'était important.
Mais resituons le lieu et le pourquoi.
On a déjà décrit à gauche de la chapelle la tranquille et immédiate vocation. Ici, en face, le violent martyr.
Si la vocation est décrite dans l’évangile de Mathieu, et si on lui consent en être l'auteur, il lui aurait été bien difficile d'écrire son propre supplice qu'on ne retrouve ni chez les autres Évangélistes ni dans dans les Actes des Apôtres, uniquement dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine. On passera sur l’étymologie déjà en ligne, pas besoin de répéter. La Légende dorée fut néanmoins une source d'inspiration féconde aux temps anciens.
Selon la légende, donc, Mathieu se fâche avec le roi d’Éthiopie qui refuse la conversion au catholicisme de sa fille. Ce dernier envoie des soldats tuer Mathieu pendant qu'il officie. Il meurt en martyr et devient Saint.
Revoyons l'image : il s'agit d'un baptistère, une piscine pour recevoir les nouveaux convertis : une margelle, trois marches, de l'eau.
Les nouveaux baptisés se sont dénudés, ils n'ont qu'un froc pudique. Un diacre ou un un enfant de chœur s'enfuit en criant au lieu de porter secours.
Le Saint, tombé à terre, va succomber . Il est en habits sacerdotaux.
Un ange lui tend la palme du Martyr (un commentaire à ce propos en ps)
Les quatre candidats au baptême sont quasi nus et souvent, on considère le personnage central, le plus visible, comme le bourreau de Mathieu...
Comme avec la conversion, c'est une erreur.
Un peu comme dans une série policière, cherchez le criminel, ce n'est pas le plus évident !
On regarde plus à gauche, des personnages en tenue moderne, les uns effarés, les autres fuyant.
Un tout petit détail : parmi ceux qui s'enfuient, l'un lâche une épée (il a le visage -autoportrait - du peintre qu'on connait par ailleurs) tandis que le présumé bourreau, figure centrale du tableau, semble non lâcher mais s’être saisi de l'arme du crime.... il a même l'air effaré, tente de tenir Mathieu comme en secours pendant que les assassins s'enfuient.
Oui, le personnage central, c'est le baptisé qui tient la main de Mathieu. Le désespéré est celui qui jette l'objet du meurtre (et c'est le peintre lui-même). Les autres ne sont que des gandins qui l'accompagnent (blousons de cuir brodé), signe de vanité.
Et puis regardons encore...
Si l'on es d'accord que le type au centre n'est pas le bourreau, que d'autres s'enfuient lâchement, il reste que le vrai assassin, Presque au centre - Caravage himself - n'est pas apeuré, ne s'enfuit pas, mais se pose autant de questions que nous... son visage est plein d'interrogations.
Je livre encore une autre question insoluble... quid du cierge à la verticale du présumé ou non bourreau. Aviez-vous noté cette petite flamme ? Argh, ce chef-d’œuvre est complexe.
C'est marrant.
Comme je le disais à propos d'un simple vase, on peut discuter des heures.
S.
ps: ayant dit que je parlerais de Palmes, je ne suis pas allé gougueuler, mais j'ai songé ce matin à la Palme de ce Martyr, aux palmes académiques et aux palmes du Festival de Cannes, en prenant le café et me demandant quel rapport entre ces récompenses palmées (et je ne parle même pas des des palmes nautiques pour les nageurs) et suis-je bête, j'oubliais les palmes de la Pentecôte... en résumé, pour beaucoup (Jésus, Mathieu et tous les martyrs), qui reçoit des palmes va sitôt passer Ad Patres... du coup, pas envie de Cannes, ni d'académie
pps : le baptisé central, ce n'est qu'un hasard, porte au front un bandeau comme celui qu'Hector offrit à Ajax évoqué plus haut... des hasards ou des thèmes répétés, comme les palmes ???
Expositions temporaires & musées - sosryko - 10/10/2020
Cher Silmo,
Tu as dit l'essentiel, mais tu sembles hésiter entre un Carvage-personnage qui fuit ou qui ne fuit pas ; pour moi, il ne peut que fuir. C'est son regard et l'attitude de son visage qui m'interroge. Il semble écoeuré, mais de quoi ? De son acte ? De sa lacheté qui le porte à ne pas l'assumer ? Ou bien de la dévotion accordé à Matthieu ? Mais dans ce dernier cas, j'attendrais du mépris.
Et si l'expression sur le visage du Caravage-personnage n'était autre que la lassitude du Caravage-peintre qui ne peut peindre le tableau tel qu'il le souhaitait ou qui n'arrive pas à peindre le tableau qu'il voudrait ?
Merci en tout cas pour cette nouvelle description-enquête d'un tableau où, à nouveau, Caravage se joue des codes du classicisme pour interroger le regard de l'observateur et lui proposer de multiples point de vue.
Pour ma part, j'y vois de nombreux ronds dans l'eau...
Tout d'abord ceux qui irradient du centre du tableau, qui est exactement le point du noeud du pagne du catéchumène entre lumière et ténèbres :

En ce centre, la colère nue (ou presque). A la périphérie : la tête du Caravage-personnage. Au-delà encore la tête de Matthieu, mais déjà dans le centre, la main droite de Matthieu et la main gauche du Caravage-personnage qui se répondent, diamétralement opposées.
Le cierge posé sur le côté de l'autel à la verticale de la tête du catéchumène furieux est à mettre en parallèle avec la croix pattée au milieu de l'autel dont la verticale est au-dessus de la tête de Matthieu.
Indice (en plus des vêtements et du Caravage-personnage fuyant) que le premier n'est pas le bourreau de l'autre.
Le centre de la Croix attire à son tour le regard et de nouveau ronds dans l'eau font vibrer la toile :

La ligne horizontale qui part de ce nouveau centre associe la main du Caravage-personnage à celle du catéchumène qui tient l'épée.
Ce qui est quand même dingue, c'est que le bout de la palme soit dans les deux cas à une frontière (soit de l'horizontale qui partage le tableau en deux parties égales, soit d'une des diagonales centrées sur la croix). Dès lors, d'autres centres encore sont possibles, dont le point intermédiaire entre la main de Matthieu et le bout de la palme. Mais évidemment, le centre décentré par Caravage et qui fait l'objet du tableau est la tête de Matthieu lui même.
Des deux figures de catéchumènes en bas à droite, l'une m'est insupportable : le visage appuyé sur le dos de sa main (laquelle se tient fixe on ne sait comment), elle semble se complaire du spectacle qui s'offre à ses yeux. Inversement, le personnage au couvre-chef emplumé semble être ailleurs, indifférent à l'agitation ; certainement il était déjà ailleurs au cours de la cérémonie... et il sera le dernière à se rendre compte de ce qui se passe.
Et puis il y a les mains de Matthieu. Dans sa jeunesse, elles se fermaient sur l'argent qu'elles ramenait à lui ; au moment du dernier souffle, elles sont ouvertes et dirigées vers l'extérieur : la main droite pour recevoir le don (la palme), la main gauche qui semble offerte, prêt de l'eau du baptistère. Cette main ouverte, c'est la vie qu'on ne peut retenir, comme l'eau coule à travers les doigts, mais j'aime aussi voir cette main gauche faire pendant à la main gauche du Caravage-personnage : la main offerte du pardon en regard de la main honteuse du coupable.
Enfin, mon regard suit des figures géométriques, les mains répondant aux mains, les visages aux visages.
Une dernière réflexion : les plumes et la palme. Matthieu, au moment de mourir, peut à la fois voir la tête emplumée qui évoque les deux autres têtes emplumées du tableau de son appel, qui fait face à celui-ci, et la palme. Les plumes, qui évoquent le milieu opulent et vain dans lequel il évoluait, et la palme qui évoque la victoire accordée à celui qui a été fidèle à l'appel entendu dans sa jeunesse.
Encore une fois le tableau de Caravage n'est que temporalités télescopées et regards multipliés à partir d'un espace constitué essentiellement de lumière, d'obscurité et de corps.
Tant de tableaux dans le tableau ! Le mystère de la beauté demeure.
S.
Expositions temporaires & musées - Silmo - 10/10/2020
Arf, pourquoi pas?
Je saisis ton idée, mais je ne serais pas allé jusque là dans la lecture.
Et j'avais effectivement oublié de parler de la croix. J'ai fait trop rapide.
Est-ce toi qui a réalisé ces diagrammes ? ou les as-tu trouvés sur le net?
Je suis toujours circonspect entre la lecture d'une œuvre et les intentions que nous voulons y ajouter.
J'en reste au plus simple : le baptisé au centre ne peut pas être un bourreau.
Je persiste et signe... l’assassin véritable fuit avec le reste de ses potes, MAIS, il se retourne et constate l'horreur de ce qu'on lui a ordonné, et j'y vois un tardif regret. Mais, bon, chacun sa lecture.
Un regret, une confession ?? toute l’ambiguïté (l'humanité) du Caravage.
Une bonne occasion d'aller revoir ces chefs-d’œuvre et toujours n'y rien comprendre (avec des pièces de quelques centimes pour avoir de la lumière électrique mais point de lumières au cerveau).
S.
Expositions temporaires & musées - Silmo - 10/10/2020
ps : rien à voir avec la choucroute mais un ami d'ici franchissant en ce moment les Pyrénées, je ne me souviens pas du film dans lequel A. de Vigny était cité (le Cor) : "Tranquille cependant, Charlemagne et ses Preux, descendaient la Montagne et se parlaient entre eux". J'ai gougueulé sans trouver et ma mémoire défaille (a priori, ni Resnay, ni Sautet, ni Y. Robert, ni Oury..). si quelqu'un s'en souvient, je lui offre un kg de cacahouètes. Promis :-)
Expositions temporaires & musées - sosryko - 10/10/2020
Très cher Silmo, droites et cercles sont les miens,
Pour toi tout fraîchement tracés de ce matin ;-)
Expositions temporaires & musées - Silmo - 10/10/2020
Merci Sosryko. Belle façon de regarder Caravage.
Expositions temporaires & musées - sosryko - 11/10/2020
Un dernier regard pour la route, qui cherche les volumes du lieu, visible ou supposés (étant entendu qu'il y a de l'eau dans le baptistère et que le pied du catéchumène comme la main gauche de Matthieu n'y sont pas plongés). Il apparaît que le tableau se termine sur la droite au niveau de la courbe de la dernière marche visible avant d'entrer dans l'eau.
Revenant sur le regard du Caravage-personnage : bien que la perspective (malmenée de toute manière) du tableau ne l'autorise pas vu sa position vis-à-vis des marches (quand on regarde sa jambe), en zoomant, il est clair que le Caravage ne regarde ni par terre, ni son épée, ni celui qui a ramassé son épée, ni vers Matthieu, ni dans le vague, mais vers la croix de l'autel, à moitié dans la lumière, à moitié dans l'ombre portée de la nuée.
S.
Expositions temporaires & musées - Silmo - 11/10/2020
Pourquoi pas, cher ami... mais je n'aurais pas écrit "il est clair" Plutôt, en l’occurrence, "il est clair-obscur"
Bravo pour le diagramme des volumes. Tu as dû y passer du temps et c'est très bien vu.
Cependant,je ne saurais dire ce qui est calculé ou non, mathématique ou pas. Voulu ou pensé.
Ce qui est inné ou pas dans la tête d'un artiste. La création a ses mystères non comptés.
Tu es mathématicien, Caravage l'était-il à son jeune âge ? de manière innée, réfléchie ou non, hasard, nécessité.
Son historiographie, avec tous ses talents, n'en fait pas un étudiant studieux en trigonométrie
donc point trop de mesures et plus de mesure. .
S.
ps : et c'est bien sûr un clin d'oeil aux jeux de mots :|
Expositions temporaires & musées - Yyr - 12/10/2020
Pfiou ...
Bon c'était vraiment dur, j'avoue que j'avais un peu laissé tomber et je m'y suis remis avec vos participation.
Merci beaucoup beaucoup beaucoup :)
Alors, pouvez-vous éclairer ma lanterne ?
D'abord, je ne vois toujours pas bien ce qui se passe au fond ici :

Il y a bien un homme (plan moyen) entre Caravage (dernier plan) et le bras gauche armé d'un autre (premier plan) ? Mais je suppose qu'on ne peut rien en dire de plus ?
Ensuite, c'est bien une jambe, ici :

Mais elle appartient à qui ? Je ne puis la rattacher à personne :)
Enfin, ce personnage est particulièrement mis en valeur je trouve :

S'agit-il d'un notable de l'époque de Caravage ?
Pour l'énigme, je sèche.
Je veux bien que le catéchumène central ne soit pas nécessairement l'assassin, mais pour Caravage je me retrouverais plutôt dans cette interrogation : Sosryko a écrit :
Et si l'expression sur le visage du Caravage-personnage n'était autre que la lassitude du Caravage-peintre qui ne peut peindre le tableau tel qu'il le souhaitait ou qui n'arrive pas à peindre le tableau qu'il voudrait ?
Tout comme Sosryko encore, le catéchumène qui assiste au spectacle m'est insupportable.
Mais du coup, pourquoi pas un ou plusieurs faux catéchumènes ayant ourdi l'assassinat ? (mais il n'y a pas de tradition en ce sens, donc bof)
Yyr
Silmo a écrit :
Pourquoi pas, cher ami... mais je n'aurais pas écrit "il est clair" :) Plutôt, en l’occurrence, "il est clair-obscur" :D
Hi ! Hi ! Hi ! :) :) :)
Expositions temporaires & musées - Silmo - 12/10/2020
Content que ma petite blague à Sosryko t’amuse
La photo n'est pas très bonne, hélas, et il faudrait aller sur place, le barbu (Caravage) jette l'outil du martyr. On doit trouver de meilleures reproductions sur la toile, un autre peut-être tente de le rattraper, un s'en fiche (celui avec le blouson de cuir, un rocker du siècle d'antan), un est stupéfait mais dans quel sens?
Il faut bien distinguer les vêtements et les postures.
Les quasi-nus baptisés, intemporels tels que les héros antiques, des innocents, y compris le central sont des éthiopiens ( blancs encore à cette époque où les chrétiens n'étaient pas multicolores chez les peintres et leurs commanditaires, ça n'évoluera que tardivement).
L'évêque martyr, idem par définition.
L'enfant de chœur qui fuit à droite, apeuré, aussi, quelle que soit sa peur. Peut-être reviendra-t-il une fois la peur passée.
Tous ceux-là, même apeurés , sont dans le Salut.
Et tous les autres, à gauche en costume moderne, ils son déjà condamnés ou peuvent encore choisir.
Ici encore, on distingue l'assassin (probablement Caravage) puis ses complices tournant le dos mais aussi d'autres spectateurs effarés.
Qui se déballonne? qui hésite? qui reste coi? qui regrette déjà? Tous ne sont pas voués aux gémonies.
Il est inimaginable qu'à cette époque, avec une commande aussi importante, Le bourreau ai pu être le personnage central fraichement baptisé (et ce n'est pas non plus dans la Légende dorée).
La justice vaticane était alors si rigoureuse qu'elle n'aurait pas laissé accuser un nouveau baptisé de meurtre. Impossible, mes amis.
Ni le commanditaire cardinal n'aurait pu laisser croire au Saint--Siège qu'il y aurait tromperie, sa carrière étant en jeu. Je redis, pour mémoire le contexte, rabibocher Henri IV et Rome, un certain Mathieu s'y sacrifie.
Cependant, je ne sais pas identifier celui ayant un habit vert qui ne fuit pas, est stupéfait, et porte un habit moderne, pour l'époque.
Cet habit vert et moderne doit avoir un sens. D'autres ici le sauront mieux.
La partie gauche avec ses personnages 'contemporains' pour l'époque me semble une leçon de conjugaison à tous les temps et tous les modes selon chacun des personnages : "qu'ais-je fais? Qu'a-t-il fait? que n'avons-nous pas fait? Que puis-je faire?
Une variation sur l'impuissance... et pourtant !
Et pourtant la palme est là car le sujet n'est pas le meurtre, c'est le Martyr.
S.
Expositions temporaires & musées - Hyarion - 13/10/2020
Merci, encore une fois (à tous) pour tout ce partage.
Quelques mots, rapidement, car ici comme ailleurs, le temps me manque pour participer... Silmo a écrit :La photo n'est pas très bonne, hélas, [...]. On doit trouver de meilleures reproductions sur la toile...
Voici une reproduction du tableau où le clair-obscur apparaît moins assombri, permettant de mieux voir les détails : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:The_Martyrdom_of_Saint_Matthew-Caravaggio_(c._1599-1600).jpg
Ci-joint, une « petite » copie maison, au cas où il faudrait se passer de sources externes :

Michelangelo Merisi, dit Caravage (Caravaggio) ou Le Caravage (1571-1610).
Le Martyre de saint Matthieu (Il Martirio di san Matteo), 1599-1600.
Huile sur toile, 323 x 343 cm.
Rome, San Luigi dei Francesi, Chapelle Contarelli.
Attention, le fichier original sur Wikimedia Commons est, lui, vraiment très gros (12,439 × 10,928 pixels) ! Silmo a écrit :Les quatre candidats au baptême sont quasi nus et souvent, on considère le personnage central, le plus visible, comme le bourreau de Mathieu...
Comme avec la conversion, c'est une erreur.
Yyr a écrit :Je veux bien que le catéchumène central ne soit pas nécessairement l'assassin...
Pourquoi pas, en effet, mais j'avoue que je n'y crois pas beaucoup...
La façon ferme dont le personnage central saisit, de la main gauche, le bras droit de Mathieu, ainsi que son visage exprimant la violence... ces détails en particulier ne me paraissent guère plaider en la faveur de l'hypothèse d'un catéchumène découvrant un assassinat. Et l'épée me parait aussi fermement tenue... À noter que la nudité ici peut elle-même exprimer en soi une force brutale, agressive, souvent traditionnellement associée au nu masculin (une bonne raison, parmi d'autres, de préférer les nus féminins, pour ce qui me concerne), l'effet étant souligné par le fait que la victime est, elle, largement habillée, ce qui par nature ne sera pas le cas dans une scène de flagellation du Christ à la colonne, par exemple.
Cependant, le fait que le corps du bourreau soit placé à ce point en pleine lumière donne à réfléchir... de même que la proximité de l'autoportrait du peintre tout près du bras tenant l'épée, par delà la perspective... Peut-être faut-il voir là quelque sous-texte sexuel typiquement caravagesque...
Voici, dans son style bien à lui, quelques lignes d'Éric Walter, dit Hector Obalk, qui a beaucoup étudié le peintre en question : On a longtemps associé l'homosexualité bien connue du Caravage à la présence répétée d'éphèbes qui, torses nus et bouches ouvertes, peuplent les débuts de son œuvre. C'est à l'âge de 25 ans environ que le Caravage délaisse ce registre festif de la mythologie pour celui, nettement plus « hétérosexuel » et dramatique des deux Testaments. Mais on peut aussi penser que Caravage révèle dans ces peintures sombres, ferventes et théâtrales de la maturité, une libido spécifique qui, sans être forcément homosexuelle, dévoile l'hypersensibilité d'un narcissisme prépubère, lequel confine, dans son cas, au pur génie. Hector Obalk, Aimer voir, Paris, Hazan, 2011, chapitre physionomie, 17., p. 52.
Amicalement,
B.
P.S. : Jean-Luc Martinez, le président-directeur du Louvre, vient encore d'en prendre pour son grade, ces jours-ci, sur le site de La Tribune de l'Art > https://www.latribunedelart.com/jean-luc-martinez-l-ennemi-du-louvre
Didier Rykner en fait sans doute un peu trop dans la forme et dans le ton, mais s'il est vrai que les nouvelles réserves du musée du Louvre, désormais installées à Liévin (ce qui, depuis longtemps, me parait déjà être en soi une mauvaise idée, et qui n'a pas de sens : pourquoi si loin ?), ne servent finalement qu'à rendre invisibles des tableaux pour convenance personnelle, alors c'est bien triste que nôtre Louvre en soit arrivé là...
Expositions temporaires & musées - Elendil - 13/10/2020
Merci beaucoup, cette version du tableau est nettement plus lisible. Si l'ensemble est somptueux, j'avoue être déconcerté par la posture étrange du personnage doté de la figure du Caravage, dont on dirait même qu'il est incomplet : entre l'épaule et la main dont nous parlons, on dirait que le bras n'a pas été peint ou est entièrement effacé. On pourrait en effet se demander à l'instar d'Yyr si cette main lui appartient bien, mais il ne me semble pas y avoir d'alternative possible. Même problème pour la semelle de la chaussure de ce personnage, même si dans ce cas cela ne nuit guère à la lisibilité du tableau.
E.
Expositions temporaires & musées - Silmo - 13/10/2020
Je persiste et signe... impossible que la censure vaticane accepte qu'un nouveau baptisé soit un bourreau et la Légende dorée évoque des soldats envoyés par le roi.
La livraison du tableau aurait été rejetée.
Nous n'avons pas encore parlé du 3e tableau refusé uniquement parce que Mathieu avait les pieds sales. Obligé d'être refait.
Caravage, même protégé par son mécène, le puissant cardinal Del Monte*, n'aurait pu, lors d'une première commande officielle, aller si loin, aussi audacieux fut-il.
Donc non, le baptisé central ne peut pas être l'assassin.
Quand à la libido du Caravage, ses œuvres comme sa bio témoignent plus son intérêt pour la jeunesse (on retrouve souvent les mêmes têtes) que pour les robustes gaillards contre lesquels, hélas, il se battait plutôt en duel.
Obalk est bien gentil dans sa tentative d'effacer l’homosexualité de Caravage. Je préfère de loin Dominique Fernandez qui la raconte "La Course à l'Abime" (2002) même s'il en fait des caisses dans l'autre sens... et c'est tellement mieux écrit.
S.
* Six fois électeur au Conclave et qui faillit être pape sans le véto espagnol.
ps : Et merci pour la photo bien meilleure
Expositions temporaires & musées - Silmo - 13/10/2020
Voici donc le troisième - et le troisième bis - tableau de la chapelle Contarelli dont le commentaire sera plus court...
Première livraison loupée... la commission du Vatican et la congrégation n'apprécient pas l’œuvre, officiellement dit-on parce que Matthieu tend un pied sale au dessus de l'autel de la chapelle, plus probablement parce que l'évangéliste et l'ange qui inspire son écriture sont un peu trop collés-serrés (sujet évoqué plus tôt)
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Le_Caravage_-_Saint_Mathieu_et_l%27ange.jpg?uselang=fr
Ceci dit, les circonstances du remplacement et des étapes des installations des trois tableaux sont aujourd'hui encore discutées.
La seconde livraison sera acceptée.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Tableaux_de_la_chapelle_Contarelli#/media/Fichier:The_Inspiration_of_Saint_Matthew-Caravaggio_(1602).jpg
L'ange s'est éloigné. Il vole. Ses ailes ne sont plus blanches mais noires.
Mathieu l'écoute avec attention (comme le peintre, il reçoit la leçon et l'accepte).
Les meubles sont ceux du premier tableau, la table et l'escarpolette - donc probablement ceux du logement du Caravage chez Del Monte.
L'ange compte sur ses doigts... je voudrais bien savoir quoi !?
Enfin l'escarpolette est bancale, prête à basculer sur la margelle.
Est-ce uniquement pour donner la 3D ?
S.
ps : la première version a fini au musée de Berlin où elle est réputée avoir été détruite dans les bombardements de la fin de la seconde guerre mondiale. Pourtant, on peut toujours prier pour une bonne surprise et sa redécouverte dans un musée russe, comme pour le Trésor de Troie.
pps: à propos de Troie, je rebondis sur ton ps Hyarion à propos du Louvre et du coup de la mise en réserve à Liévain de l'Histoire d'Esther de Jean-François de Troy qui mérite mieux et mieux aussi que la salle des Sept Cheminées au Louvre où on les distinguait à peine comme les Guillon-Lethière du Salon central. Il faut trouver des lieux pour remettre ces œuvres à hauteur du public et puisque Rykner parle aujourd'hui d'Arras dans la Tribune de l'Art, exposer enfin les Mays de Notre-Dame qui y sont en réserve depuis 1936. Cadeaux annuels de la confrérie des orfèvres, j'ai lancé l'idée sans succès afin qu'un May soit restauré et exposé chaque année à la biennale des antiquaires avec le financement des joaillers, surtout après le drame de Notre-Dame... un jour peut-être ! Le musée d'Arras est malheureusement à l'abandon mais la ville, pauvre, a peu de moyens et d'autres priorités pour renflouer ses caisses. L'inaliénabilité et l'imprescriptibilité évitent au moins aux musées français d'en être réduits à vendre les collections comme actuellement aux USA et au RU.
Expositions temporaires & musées - sosryko - 14/10/2020
Silmo a écrit : L'ange compte sur ses doigts... je voudrais bien savoir quoi !?
On peut proposer trois solutions mesurées ;-).
(1) il énumère la généalogie de Jésus-Christ qui ouvre l'évangile de Matthieu, avec probablement référence au verset qui la clôture : Il y a donc en tout quatorze générations depuis Abraham jusqu’à David, quatorze générations depuis David jusqu’à la déportation à Babylone, et quatorze générations depuis la déportation à Babylone jusqu’au Christ.
(2) il se prépare à énumérer les noms des douze apôtres. Trois arguments de poids en faveur de cette seconde hypothèse :
- au vu des folios déjà écrits, le travail d'écriture n'en est manifestement pas à son commencement comme la première solution le réclamerait ; or l'institution des Douze figure au chapitre 10, soit au tiers de l'ouvrage que finira par écrire Matthieu ;
- l'ange est bien sur le point d'énumérer puisqu'il désigne son index ; or, des Douze, seul le premier est désigné par un adjectif numéral dans la liste ;
- et quoi de plus normal que ce texte soit suggéré par le Caravage puisque c'est le seul texte de tous les Nouveau Testament à mentionner le nom de « Matthieu le publicain » en tant qu'apôtre (Marc, Luc et les Actes ne mentionnent qu'un « Matthieu » ; Luc connaît l'appel du publicain, mais il le nomme Lévi) : Voici les noms des douze apôtres. Le premier, Simon appelé Pierre, et André, son frère ; Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère ; Philippe, et Barthélemy ; Thomas, et Matthieu, le publicain ; Jacques, fils d’Alphée, et Thaddée ; Simon le Cananite, et Judas l’Iscariot, celui qui livra Jésus. Tels sont les douze que Jésus envoya [...]
(3) Il est en train de rappeler à Matthieu les deux commandements qui résument toute la Loi et les Prophètes, selon la parole de Jésus au docteur de la loi qui, cherchant à le mettre en défaut, lui demandait « quel est le plus grand commandement de la loi » (Mt 22,35) : Jésus lui répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes.
Quant au premier tableau, je ne regrette pas son refus : Matthieu a vraiment l'air d'une benêt dans cette version.
S.
Expositions temporaires & musées - Silmo - 15/10/2020
Je préfère tes idées 1 et 2. Merci de cette érudition Sosryko.Ca marche bien.
Et contrairement à toi, je regrette la première version du tableau si c'est un Caravage perdu (dommage tout de même, mais qui sait, la Russie réserve encore des surprises).
Il n'était censé être que provisoire le temps de recevoir une sculpture de Mathieu qui ne fut pas livrée puis remplacée par le second tableau que je préfère aussi dans sa composition avec l'ange matheux / Mathieu, hi, hi .
Tout bien réfléchi, je vote pour l'option 1 bien mesurée, la généalogie moderato.
S.
Expositions temporaires & musées - sosryko - 15/10/2020
Merci pour le festival des jeux de mots Silmo : )
Rq : Je ne regrette pas le refus de la part des commanditaires, le comprenant, mais je regrette sa perte assurément ;-) !
Expositions temporaires & musées - Silmo - 15/10/2020
Bigre, ccouvre-feu et pas plus de six au diner à partir de samedi...
Pas plus de six à table.... on n'y est pas ! Il ne reste que deux soirs pour organiser un Avant-dernier Souper comme ici :
https://www.youtube.com/watch?v=hcDmj7ilADY
Mais tout de même, bien plus que six, le double hommage des Monty Python :
La Cène de Léonard :
https://fr.wikipedia.org/wiki/La_C%C3%A8ne_(L%C3%A9onard_de_Vinci)#/media/Fichier:The_Last_Supper_-_Leonardo_Da_Vinci_-_High_Resolution_32x16.jpg
et le Repas chez Levi de Veronese :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Repas_chez_Levi#/media/Fichier:The_Feast_in_the_House_of_Levi_by_Paolo_Veronese_(edited_2).jpg
On s'y retrouve, Levi étant le nom hébreu de Mathieu qui offre ce festin (d'après l'évangile de Luc)
Voir ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Repas_chez_Levi
La controverse qui inspira les humoristes en y mêlant Michel-Ange.
Bon couvre-feu pour les villes ciblées
S.
Expositions temporaires & musées - Silmo - 15/10/2020
et rattrapé par Plantu dans le Monde de ce soir :-) Mwarf.
https://twitter.com/plantu/status/1316664746431713280/photo/1
et sur le même sujet, François Morel à 8h55 ce matin sur France Inter de Molière à Beckett ;-)
https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-francois-morel/le-billet-de-francois-morel-16-octobre-2020
pourtant, à sa place, et même s'ils sont douze acteurs, j'aurais, juste pour le chiffre, ajouté Pirandello et ses ""Six personnages en quête d'auteur... un oubli ou un manque de temps cher Morel, avec lui, on n'est jamais en quête d'auteur, pourvu que ça dure bien après LE covid.
S.
Expositions temporaires & musées - Silmo - 18/10/2020
A propos de couvre-feu depuis hier 17/10/2020, allez voir la très bonne émission d'Arte "Quand l'histoire fait date" qui nous rappelle, fort à propos, que le précédent couvre-feu à Paris eut aussi lieu un 17 octobre, date pour date, sur ordre de Papon, en 1961, pour massacrer des Algériens. https://www.arte.tv/fr/videos/086127-011-A/quand-l-histoire-fait-dates/
A revoir ainsi que les autres épisodes de ce programme de qualité : Mort de Saint-Louis, la Prise de Constantinople, la Conquête du Pôle sud, Alesia, Rome, Pompei,Mandela, Pékin, Socrate, la Peste, Constantin, etc... c'est très bien documenté et illustré.
S.
ps : et toujours sur Arte, François Morel à propos de Vermeer et de chasse aux castors, c'est mieux que de revoir les rediffusions de Peter Jackson.
https://www.arte.tv/fr/videos/090613-000-A/le-monde-dans-un-tableau-le-chapeau-de-vermeer/
Expositions temporaires & musées - Yyr - 18/03/2021
Retour sur la Vocation de saint Matthieu
Je ne me souviens pas que nous ayons évoqué le tableau de Hendrick Ter Brugghen :

Oh ! j'ai laissé mon curseur au moment de faire la copie d'écran ! :) :) :)
Il est possible d'agrandir un poil en cliquant dessus, mais l'idéal est encore de se rendre ici et de cliquer sur la commande « IMAGE HAUTE DÉFINITION ».
Il s'inspire clairement du Caravage, au point que l'on retrouve exactement la même figure de l'avarice, et, il me semble, le même quiproquo quant à savoir qui est Matthieu.
Pour moi, le tout jeune qui se tient derrière le présumé Matthieu, barbu, serait là encore le meilleur candidat. Je trouve (en haute résolution de l'image) que son regard et celui du Christ sont sur la même trajectoire, trajectoire qui passe au-dessus des différents leurres — obstacles à la vocation. Cependant, vu les essais précédents du peintre, où son Matthieu était mûr et barbu, je ne suis pas sûr que ça tienne. À moins que Ter Brugghen ait saisi l'ambiguïté du Caravage et ait voulu la reproduire lui aussi, autre clin d'œil au Caravage ?
Voir une discussion sur le sujet, avec notamment une annexe sur le débat de l’identification de Matthieu chez Caravage (vous allez rire : au 5) le geste du doigt, le Caravage qui ne sait pas dessiner !! arf arf arf :) :) :)) — où j'apprends que le pape François soutient l'interprétation de notre François à nous ;).
Jérôme
Expositions temporaires & musées - Silmo - 15/05/2021
Le message de Yyr le 18 mars m'avait totalement échappé. Désolé camarade.
Oui, la Vocation devrait être immédiate selon Mathieu et c'est une bonne idée de considérer la reprise de la composition de Caravage, pourtant l'élu cette fois c'est un autre ou bien c'est tous.
Autrement dit, quelle que soit l'image, ce n'est pas le même tableau, pas la même lecture, pas la même commande, pas la même volonté.
Il n'y a qu'une demi-génération entre les deux peintres et pourtant des différences notables, voire géographiques considérant l'époque de la Réforme et de la Contre-Réforme.
Au départ, Ter Brugghen semblerait moins subtil... les deux seuls qui n' "entendent" pas (aux deux sens de ce verbe) sont clairement des caricatures d'un Juif et d'un Arabe : le Juif errant avec son bâton de marche ses chausses percées et ses lorgnons de comptable, l'Arabe avec son turban orné d'un bijou ou d'une médaille (comme le pseudo Mathieu de Caravage)
Chez Caravage, c'est le personnage jeune comptant ses monnaies qui dans un instant va entendre l'appel et n'a pas levé la tête.
Tandis que Ter Brugghen (sauf ces deux païens pour le commanditaire) se moque de qui est qui. Tous sont candidats à la vocation.
Certes le petit jeune en arrière-plan correspond à "tout le monde" mais dans l'iconographie, Mathieu serait un douanier, ce n'est donc pas lui spécialement mais tous.
Chez Caravage, c'est un jeune sans chapeau (il est chez lui) qui deviendra évangéliste.
Chez Ter Brugghen c'est un appel plus général auquel n'adhèrent pas les autres religions sourdes au Christ.
Autrement dit, c'est probablement un tableau devenu assez politique, récupérant une œuvre antérieure plus subtile.
Autre détail important sans doute lié à la Réforme et à la nationalité du peintre Ter Brugghen et de la transition du Siècle d'Or .... chez Caravage le personnage de Saint Pierre fait intercession entre Jésus et Mathieu (il parait qu'il fut peint plus tard à la demande d'un cardinal), bref l'Eglise de Rome intervient, tandis que Ter Brugghen conserve le personnage de Pierre, symbole de l'Eglise, mais lui fait ostensiblement tourner le dos au Christ (encore un changement Réforme / Contre-Réforme) ???
Expositions temporaires & musées - Silmo - 15/05/2021
ps : et au rythme actuel une demi génération semble rapide avec internet mais c'était beaucoup à la charnière du 17e s. sans les mêmes communications.
Expositions temporaires & musées - Yyr - 16/05/2021
Merci François !!
Pour ces riches commentaires !!!
Jérôme :)
Expositions temporaires & musées - Silmo - 17/05/2021
"Pauvres commentaires" aurait mieux convenu. J'ai fait vite, il en manque beaucoup...
- la partie gauche qui s'efface presque... en fait deux personnages qui s'éloignent. Pierre et Paul ??. Le Caravage serait très revisité. intercession chez lui, dos tourné chez Ter Brugghen.
- le morceau de bravoure du peintre au centre (la manche de chemise et ses plis immaculés).
- l'autre morceau de bravoure dans la palette osée des couleurs sur les vêtements du barbu, vert, violet, bleu rouge et blanc avec des cheveux de jais et une barbe blonde. Qui est-ce?
- Des erreurs comme la main du gandin aussi grosse que sa tête,
- les objets d'or et d'argent sur la table, leur nombre?
- les rubans aux mollets du jeune homme pour tenir ses chausses. Un riche voyageur?
- la gourde, le chien,
- le sac noué entre le Christ et les autres personnages sans doute posé sur une balance, pour peser quoi? les denrées de la douane de Mathieu?
- les parchemins suspendus, mystère.
En tout cas, il n'y a pas l'équilibre de Caravage. Chez Ter Brugghen, les proportions ne sont pas respectées et les nuances sont moins subtiles et c'est pourtant un beau tableau.
S.
Expositions temporaires & musées - Elendil - 17/05/2021
Pour moi, sur la tête du barbu, j'ai plutôt l'impression de voir un genre de toque (à fourrure ?) Après, peut-être que c'est dû à la photo.
E.
Expositions temporaires & musées - Silmo - 18/05/2021
A voir sur pièce mais une toque ne serait pas ajustée ainsi, frange et bord des oreilles. Pas un postiche non plus mais peut-être une mode de l'époque de se décolorer la barbe ?
Expositions temporaires & musées - Hyarion - 09/06/2021
Dans un autre fuseau, il y a déjà quelque temps, Silmo a écrit :Je l'ai déjà dit à Benjamin en toute amitié, il faut qu'il s'efforce d'être concis. Je lis volontiers ses posts mais pas des messages de 15.000 mots. On en revient toujours à Boileau "ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément :) Faut faire court cher Hyarion, sinon, on te zappe.
Et j'imagine que le grand zappeur que tu es, cher François, sera passé à côté d'un de mes longs messages de l'hiver dernier, dans lequel j'évoquais notamment un tableau de Tintoret. Tant que j'y pense, je reproduit donc ici le passage dudit message correspondant : Ailleurs sur le forum de JRRVF, en janvier dernier, votre serviteur a écrit :
Jacopo Robusti, dit Tintoret ou Le Tintoret (1518/1519-1594).
Le Péché originel, c.1551-1552.
Huile sur toile, 150 x 220 cm.
Venise, Gallerie dell'Academia.
Le Péché originel est un de mes tableaux préférés du grand Tintoret. À défaut de pouvoir me rendre à Venise, j'ai pu le voir à Paris en mars 2018, à l'occasion de l'exposition « Tintoret, naissance d'un génie » au Palais du Luxembourg. Il fait partie des œuvres peintes par l'artiste entre 1551 et 1556, caractérisées par la place essentielle qu'y occupe le nu féminin, dans un contexte de probable concurrence avec Titien, en ce milieu du XVIe siècle. À l'époque, Tintoret n'est pas encore marié, et certains se demandent si les nus féminins de cette période du peintre ne pourraient pas avoir un rapport avec la maîtresse de l'artiste, mère de sa fille Marietta. Il est probable que J. R. R. Tolkien a vu ce tableau, lors de sa visite (matinale) de la Gallerie dell'Academia le 4 août 1955, durant son séjour à Venise avec sa fille : il évoque, dans son journal de voyage, “the Tintorettos” comme comptant parmi les tableaux qui l'ont intensément intéressé, ému, ou les deux à la fois, mais sans que l'on sache précisément ce qu'il pensait de tel ou tel tableau en particulier.
J'ai longtemps été intrigué par le regard d'Ève... Un regard si mystérieux, vague, comme dans un rêve... ou un mythe (cela fait penser un peu, en ce sens, à l'effet de la brume dans le film Excalibur, chef d'œuvre de John Boorman). Je n'étais pas certain que les reproductions du tableau dans les livres, que j'avais vues depuis l'enfance, soient fidèles à ce regard, mais une fois enfin devant la toile originale à Paris, j'ai pu constater combien le pinceau du Tintoret avait su effectivement donner cette impression de vague et de mystère, à peu près indescriptible... Chef-d'œuvre.
Adam fait a priori ici figure de repoussoir vis-à-vis du spectateur : c'est hors du tableau, dans le dos du (supposé) premier homme que nous voyons la scène. Ève est, au contraire, une figure d'ouverture, et c'est à peu près au-dessus de sa tête qu'apparait, assez discrètement, celle du serpent. Un détail savoureux ajoute au plaisir que l'on peut avoir à contempler la scène : la nuque d'Adam est halée, alors que la peau de son dos est d'une couleur plus pâle. Le premier homme, qui apparaît ainsi plus dévêtu que nu, est-il vraiment le premier homme, celui qui ignorait le vêtement — au sens le plus prosaïque du terme — avant la Chute ? On a pu voir dans ce détail un élément caractéristique de l'humour un peu impertinent du Tintoret et je suis d'accord avec cette analyse, car si Tintoret était incontestablement catholique, il n'en était pas moins un esprit autonome et audacieux, fin lecteur de la Bible, sans doute notamment en langue dite vulgaire — avant que l'Église catholique n'interdise les traductions du Livre développées sous l'influence de la Réforme protestante. L'humour du Tintoret — que l'on pourra aussi retrouver dans un tableau comme La Princesse, saint Georges et saint Louis (1551), autre chef d'œuvre du maître vénitien conservé à la Gallerie dell'Academia (et également exposé à Paris en 2018) — fait partie des aspects de son art de peintre que j'apprécie le plus.
Un peu plus sérieusement, cette nuque halée d'Adam peut être in fine de nature à relativiser le côté repoussoir du personnage s'agissant du spectateur : ce dernier peut s'identifier à Adam dans le sens où le fruit défendu peut symboliser non seulement la source du Péché originel, mais aussi le choix supposé devoir être celui du chrétien depuis lors, par ce que Tolkien appelle lui-même le « mystère du libre arbitre ».
Je me permets, par ailleurs, de partager ici une reproduction d'un des dessins du maître Ingres, que j'ai revu avec plaisir (car on ne s'en lasse pas) lors de la réouverture du musée Ingres-Bourdelle de Montauban, il y a déjà environ deux semaines. C'était ma première visite dans un musée depuis presque un an, confinement oblige...

Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867).
Baigneuse (étude pour Le Bain turc), 1861-1862.
Graphite sur calque, 23 x 13 cm.
Montauban, musée Ingres-Bourdelle.
Peace and love,
B.
Expositions temporaires & musées - ISENGAR - 14/06/2021
Je profite de ce fuseau pour poser une question à la cantonade à nos amis du sud-ouest.
Il y a en ce moment* à la Bibliothèque patrimoniale de Cahors une exposition Tolkien, visiblement tournée vers le thème "Tolkien et les sciences".
Les panneaux de cette exposition ont été conçus par l'Espace des sciences Rennes en 2020.
Est-ce que vous avez eu l'occasion d'y faire un tour ?
I.
* EDIT : Sur certains agendas, l'expo semble terminée depuis le 31 mai. Mais ce n'est pas très clair...
Expositions temporaires & musées - Elendil - 14/06/2021
J'ignorais que cette exposition avait eu lieu à Cahors. Je peux en revanche signaler qu'elle sera donnée à nouveau à Auxerre pendant l'automne, et qu'il y aura en plus deux ateliers d'écriture elfique (tengwar) qui devraient être donnés par certains des calligraphes parisiens de Tolkiendil.
E.
Expositions temporaires & musées - Druss - 14/06/2021
Il s'agit de l'expo Carnets de sciences, adaptée du livre Tolkien et les sciences parus fin 2019 :
https://www.espace-sciences.org/prets-expositions/expositions/carnet-des-sciences-en-terre-du-milieu
Expositions temporaires & musées - Hyarion - 14/06/2021
ISENGAR a écrit :Je profite de ce fuseau pour poser une question à la cantonade à nos amis du sud-ouest.
C'est gentil d'avoir pensé à nous... mais comme tu as pu le voir dans les messages qui précèdent, les infos ne sont finalement pas venues du sud-ouest... ^^' ISENGAR a écrit :Est-ce que vous avez eu l'occasion d'y faire un tour ?
Pour ma part, j'avoue que je ne savais pas que la Bibliothèque patrimoniale de Cahors avait accueilli une telle exposition. ISENGAR a écrit :...l'expo semble terminée depuis le 31 mai.
De fait, les pages en ligne ayant évoqué le sujet et apparaissant encore dans les résultats des moteurs de recherche semblent, pour la plupart, renvoyer désormais à des contenus remplacés par du « 404 not found » ou assimilé...
Peace and love,
B.
Expositions temporaires & musées - ISENGAR - 14/06/2021
Merci beaucoup à tous les trois, et merci pour le lien avec le catalogue.
C'est exactement ce que je cherchais 
I.
Expositions temporaires & musées - ISENGAR - 21/06/2021
Bon, on a raté l'expo de Cahors, mais on a encore le temps d'aller voir celle de Hauterives (plutôt dans le sud-est, du coup).
La démarche de cette expo est originale, je me suis permis de la signaler dans la page d'actualités de JRRVF.
I.
Expositions temporaires & musées - ISENGAR - 20/08/2021
Vu chez nos amis de Tolkiendil, une nouvelle expo Tolkien en perspective.
Mais il faudra prendre l'avion...
https://forum.tolkiendil.com/thread-9740-post-190593.html#pid190593
I.
Expositions temporaires & musées - Silmo - 21/08/2021
Chic, un nouveau catalogue d'expo à acquérir... par contre, faut attendre un an !
Expositions temporaires & musées - Silmo - 17/09/2021
Rien à voir avec la choucroute, message plutôt pour les parisiens et alentours, à l'occasion des journées du patrimoine, une suggestion de promenade qui change des traditionnelles résidences de l’État (Elysée, Matignon et Cie).
Autrefois, on disait, à pieds, à cheval ou au galop, aujourd'hui ce serait "en voiture à vélo ou en trottinette", découvrez les 13 kms (à vol d'oiseau, un peu plus en vrai) du circuit de l'Aqueduc de Marie de Médicis depuis Rungis jusqu'au 14eme arrondissement
avec des éléments étonnants à découvrir ici
https://fr.wikipedia.org/wiki/Aqueduc_M%C3%A9dicis
et là
https://paris-promeneurs.com/la-maison-du-fontainier/
Idéal pour les petits et grands, pour raconter l'histoire de l'approvisionnement en eau de la capitale*, s'inspirant de la Rome des Papes et, bien avant des empereurs (avec un aqueduc à Cachan sur le même tracé que celui de Lutèce)
On ne peut plus voir tous les 27 "regards" mais encore certains et raconter leur histoire parfois étonnante comme le 25ème inspiré de l'architecture du mausolée de Cyrus, fondateur de la Perse, une architecture qui inspirait encore la Renaissance.
Après des travaux dans Paris, on en fit une copie pour le 26ème "regard"
Une histoire de plus
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mausol%C3%A9e_de_Cyrus
Quant au dernier Regard qu'on appelle la Maison du Fontainier, près de l'Observatoire, il n'est ouvert qu'aux journées du Patrimoine et il y a diverses versions sur la distribution des eaux, on dit parfois un tiers pour les jardins de la Reine (le Luxembourg), un tiers pour le couvent des carmélites et un tiers pour les fontaines des parisiens! d'autres articles évoquent une plus grande générosité pour les parigots de la rive gauche (voire une canalisation pour une fontaine rive droite)
Quoi qu'il en soit, si la météo s'y prête, c'est un super parcours pour les JdP.
S.
* sur ce sujet, lire "l'éclairage, le chauffage et l'eau au 17e et 18e siècles" très bon livre sur cette "économie" du confort bien avant l’eau courante, l'EDF, les chaudières et autres tuyaux tels internet
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