![]() |
|
[Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Version imprimable +- Forum JRRVF (https://www.jrrvf.com/forum) +-- Forum : Au-delà de l’Œuvre (https://www.jrrvf.com/forum/forumdisplay.php?fid=4) +--- Forum : Les Adaptations et créations (https://www.jrrvf.com/forum/forumdisplay.php?fid=12) +--- Sujet : [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) (/showthread.php?tid=4674) |
[Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Matrok - 28/12/2013 La désolation de Smaug Le problème principal du film est la violence permanente, excessive, lourdingue, crasse. On décapite des orcs à tour de bras et à tout bout de champ, au point que cela devient le seul moteur de l'action dramatique. C'est pénible, écoeurant, cela n'a rien à voir avec "le Hobbit". Plus généralement, il y a un manque criant de fantaisie, d'humour, de légèreté. Ont été supprimés : les animaux de Beorn qui servent les nains à table, les chansons pour énerver les araignées, les lumières et les échos de fêtes elfiques dans Mirkwood... Même la scène des tonneaux a été surchargée d'un massacre d'orcs totalement inutile au récit. De très nombreuses libertés ont été prises avec le roman. Certaines sont heureuses car nourries par la lecture d'autres œuvres de Tolkien, ou par un souci d'intelligence du récit : ainsi l'attitude isolationniste du roi Thranduil n'est pas sans évoquer celle des seigneurs des Elfes du premier âge. La présence de Légolas n'a rien d'absurde, il était là bien sûr. Celle de Tauriel n'apporte pas grand chose et ses sentiments partagés pour Fili sont une bizarrerie dans un univers tolkiennien, mais après tout cela ne fait pas trop de mal au récit, et le fait que leur sympathie se montre par un dialogue sur la Lune et les Étoiles est à la fois joli et assez bien trouvé - l'attachement des Elfes sylvestres aux étoiles est évoqué dans le roman. Le personnage de Bard est très ettoffé et introduit beaucoup plus tôt dans le récit, mais sans faute. L'aspect politique de sa querelle avec le Maître de la ville est aussi modifié par rapport au roman, mais cela reste cohérent et bien montré. Le roman parle souvent du maître "et de ses conseillers" : on n'en voit qu'un ici, mais plutôt réussi encore. L'ajout d'un pendant sombre à la prophétie humaine du retour du Roi sous la Montagne est une trouvaille plutôt heureuse aussi. Mais si la branche principale du récit est plutôt bien racontée, modifications comprises, celle parallèle de Gandalf est incompréhensible et incohérente : pourquoi retrouve-t-il Radagast dans le tombeau d'un nazgul dans les monts du Rhuddaur ? Cela n'a aucun sens ou alors est très, très mal expliqué. Le combat de Gandalf et de Sauron est une débauche graphique spectaculaire mais sans intérêt narratif. On pourrait en dire de même pour le long affrontement des nains avec le dragon. Et plus généralement, les coupes et les modifications écrasent un peu le caractère de conte de fées du livre pour en faire un "bon film d'action". Rappelons que dans "le Hobbit" (le livre), plusieurs scènes se répètent et se font écho : ce côté répétitif fait partie du conte, il lui donne son caractère. Ainsi, l'arrivée des nains par petits groupes chez Bilbo au début du roman devrait se reproduire chez Beorn : mais ceci a été supprimé, et on a un peu de peine à comprendre comment l'ombrageux Beorn peut accepter sans problème la présence d'une quinzaine d'importuns chez lui. (Le personnage de Beorn, d'ailleurs, est très différent du livre, même s'il n'est pas raté). Le jeu des enigmes entre Bilbo et Gollum doit aussi se répéter avec Smaug : dans le film, cette scène a été tellement écourtée que seuls les lecteurs du livre peuvent retrouver cet écho. Le dragon est réussi, graphiquement et en termes de jeu d'acteur (si on peut dire). Mais son goût pour les flatteries et les enigmes est moins bien montré que dans le roman. Son personnage n'en est donc que plus primaire. L'impression générale est donc celle d'un film assez vain, inutilement violent, plus fait pour satisfaire un besoin de défoulement que pour émerveiller par son récit. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - shudhakalyan - 04/01/2014 Après moult hésitations, je vous faire part aussi de mon avis circonstanciel et circonstancié, bien entendu tardivement. Je vous ai bien lu (sauf la critique de Matrok, non encore lue) et beaucoup d'éléments m'ont intéressé. Je me sens beaucoup d'affinités avec les positions d'Hyarion et d'Aglarond qui s'efforcent de ne pas s'enfermer dans la jacksonophilie ou, plus probable, la jacksonophobie. Je remercie Silmo pour l'exemple de Rubens, mais je rejoins Aglarond pour ne pas voir là d'opposition entre artiste/réalisateur d'un côté, business man/producteur de l'autre, même si je trouve que cette déclaration jacksonienne a quelque chose de troublant qui demanderait à être creusé. Je remercie Laegalad pour le lien d'Odieuxconnard que je n'ai pas lu en entier mais qui m'a beaucoup fait rire et que j'ai abondamment cité sur ma page facebook. J'évoque mon compte facebook à dessein parce que, comme le sait Hyarion, c'est là que j'ai jeté quelques notes sur ma réaction à chaud sur le film. Comme je ne voulais pas augmenter la succession des critiques ici et sur Tolkiendil, je m'empêchais d'y poster la mienne, en convoitant une approche plus profonde qui rejoindrait une préoccupation de recherche qui me travaille avec chaleur : une étude de poétique comparée entre œuvre littéraire et adaptation cinématographique sur l'expérience sensible de la Terre du Milieu, qui implique donc d'attendre, comme le souligne souvent Hyarion, le troisième opus de l'adaptation du Hobbit. Une telle approche se voudrait donc plus poétique que critique, ou relèverait davantage d'une critique esthétique que de la critique de circonstance sur une œuvre actuelle. Sans vouloir, puisque je n'en ai plus tellement envie, et c'est un signe du temps (ou de ma propre maturation), défendre Peter Jackson, quand je vois la critique que fait Flaubert des Misérables d'Hugo, je me dis que les perspectives des uns et des autres et les circonstances de production et de réception pèsent extrêmement lourd, comme de juste, dans la critique de circonstance. Ceci dit, force m'est de reconnaitre qu'il est hautement probable que je n'écrirai pas ici, même sous forme synthétique, les éléments de cette approche plus profonde pour laquelle je manque de temps et d'énergie. Il est aussi probable, hélas, qu'elle ne reste qu'un fantasme de recherche supplémentaire — mais ça, ça dépend d'un long terme qui me laisse plus de marge. Or en attendant, l'époque, mon humeur et Hyarion, bref tout me ramène à Jrrvf dont j'ai dégusté hier de nombreuses interventions récentes. Et comme, parallèlement, j'ai eu l'occasion de relire et de reposter mon avis circonstancié, élaboré au cours d'une discussion Facebook qui impliquait aussi Foradan, il m'a semblé qu'elle contenait tout de même, à sa façon imparfaite, superficielle, rapide, circonstancielle, quelques éléments qui n'ont pas encore été dits ici ou là et qui sont complémentaires à ce qui s'est dit, et les germes, au moins, de cette fameuse approche poétique à laquelle je rêve. Voici donc la compilation qui forme mon avis sur La Désolation de Smaug et par rapport à laquelle vos éventuelles discussions seraient, comme toujours, les bienvenues. Elle date, à quelques retouches insignifiantes près, du 12/12 : Dans le genre Indiana Jones, c'est un beau moment de divertissement. Par rapport à l'esthétique de la Terre du Milieu, je trouve qu'on est loin du compte. Peter Jackson brise fréquemment le potentiel de l'histoire qu'il raconte, y compris dans certains de ses choix interprétatifs intéressants, soit par certains choix abusifs (la romance avec Tauriel, l'elfe femme qu'il a ajoutée au récit) soit uniquement pour favoriser le spectaculaire (course-poursuite et enchainement de cascades entre le dragon Smaug et Thorin ainsi que les autres nains). Il reste quelques beaux passages qui font sentir et percevoir la Terre du Milieu et ses histoires comme les premiers moments de Bilbo confronté au trésor des Nains.
Au-delà du problème, à mes yeux fort circonstanciel, de la fidélité à la lettre tolkienienne, c'est la fidélité à l'esprit (ou mieux, à l'esthétique) de la Terre du Milieu et la valeur cinématographique de l'œuvre sur un plan esthétique qui m'intéressent prioritairement dans les adaptations de PJ. Sur ce plan, la mort d'Haldir (dans Les Deux Tours) me faisait éprouver une sensation à mon sens puissamment tolkienienne : le rapport d'un elfe à la mort et au monde auquel il est attaché en principe jusqu'à sa fin. De ce point de vue, c'était à mes yeux un grand moment. En revanche, dans La Désolation de Smaug, bien qu'il y ait à mon sens quasiment moins d'erreurs de réalisation que dans le SdA 2 et 3, et que certains développements me paraissent plus intéressants dramatiquement que le récit de Tolkien dans la mesure où je ne suis que très moyennement pris affectivement par la modalité narrative du Hobbit, le divertissement l'emporte quasi systématiquement sur l'apport du récit en Terre du Milieu ("to amuse in the highest sense"). De ce point de vue, pour sortir du problème de la fidélité à la lettre tolkienienne, King Kong me semble, par exemple, largement supérieur au Hobbit 2, parce que j'y sens une élévation, quelque chose d'inspiré, une émotion qui atteint à l'état d'idée esthétique. Ici, c'est un enchainement de prouesses techniques, de péripéties en feu d'artifice et de recettes narratives qui ne parviennent pas, au bout du compte, à faire une belle et forte histoire. Par exemple, qu'est-ce qu'une longue course-poursuite pleine de rebondissements et de cascades apporte à la connaissance des Nains ou du dragon Smaug ? Ou mieux : de l'être-nain, ou de l'être-dragon. Ou mieux encore : du devenir-dragon de Thorin, c'est-à-dire "the dragon sickness" qui est bien thématisée par Jackson (je la trouve presque plus sensible que dans le livre) mais qui est ensuite brisée par l'enchainement des cascades contre Smaug (sans parler des Orcs qui se baladent sur le territoire de Thranduil, du comportement de drag queen de celui-ci, de Tauriel et Legolas qui jouent les commandos anti-orcs et se baladent, avec ceux-ci en plein Lacville, etc., etc.)
[Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Silmo - 05/01/2014 C'est chouette de te relire ici Shu. :-) Il me semble qu'au cinéma, la part de création propre à l'artiste relève du réalisateur et que cette création est souvent entravée par la volonté du commanditaire qu'est le producteur. Les exemples sont innombrables de combat acharnés d'un artiste/réalisateur luttant pied à pied contre son ou ses producteurs. Quand l'un et l'autre sont une même personne ou quand le réalisateur se soumet de bonne grâce aux priorités mercantiles de la production, cela ne peut être qu'au détriment de la création artistique.
La comparaison que j'ai faite avec Rubens est d'un autre ordre.
Pour en revenir au sujet de ce fuseau, c'est un peu comme ça que je verrais Peter Jackson, un homme de métier sans génie, un artiste OK mais secondaire dont les meilleurs morceaux ne sont désormais plus de sa main mais de son "atelier" Weta. Silmo [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - shudhakalyan - 05/01/2014 C'est toujours un plaisir de reprendre l'échange avec toi, Silmo. Merci pour cette brillante réponse. Ce qui me trouble précisément dans la déclaration de PJ par rapport au "business" dans le Figaro, c'est l'impression que PJ aujourd'hui, avec Le Hobbit, accepte davantage de se soumettre à certaines exigences des sociétés de production (il évoque La Warner) que lors du Seigneur des Anneaux. Je ne sais pas dans quelle mesure c'est vrai ou non, mais j'ai lu l'évocation d'un influence de ce type pour la romance, navrante, Kili/Tauriel. Or dans les making of du SdA, que j'ai beaucoup consultés, il soulignait toujours ses résistances et ses victoires généralement à l'arrachée par rapport aux diktats des sociétés de production (comme pour la présence du long Prologue au début du 1, ou l'importance de la présence de Gollum dont les premiers tests n'avaient pas remporté l'adhésion). Je comprends parfaitement ta position, qui est limpide, mais, évidemment, cela ne m'entraine pas à la partager. Bien sûr, pour moi aussi, le cinéma est un art à part entière. Dans cet art, j'aime des films assez contrastés. Certains films à l'audience assez confidentielle, comme Few of us de Sharunas Bartas ou l'excellent Sátántangó de 7 heures de Béla Tarr ; et certains films populaires à grand spectacle comme King Kong ou Avatar. Ce n'est pas non plus, comme ces exemples pourraient le laisser croire, un changement de période dans mes gouts. J'ai été bouleversé par Nobody knows de Kore-Eda, peu après la grande vague de la première trilogie jacksonienne. Il reste une question d'importance : le cinéma est un art, oui. Considère-t-on également qu'une œuvre grand public, spectaculaire, à fort investissement et fort succès commercial, puisse également être une œuvre d'art ? De la part d'amateurs de Tolkien, je suppose qu'on serait tous d'accord pour dire que oui. Néanmoins, j'ai souvent eu le sentiment, sur Jrrvf, que la critique des adaptations PJ souffraient d'une dichotomie, en amont, blockbuster/œuvre d'art qui ne sévissait pas, par exemple, là où opérait le charme vintage d'un Conan le Barbare. C'est d'autant plus fort, bien sûr, qu'ici il s'agit de Tolkien et qu'on sait les dégâts produits par le rouleau compresseur médiatique, auxquels je repensais en lisant le beau post d'Isengar sur le décès de Saul Zaentz (tout en demandant, sur le mode de l'humour, si PJ, une fois mort, pourrait bénéficier d'une telle nuance de jugement sur une personnalité paradoxale). Après avoir entendu l'un des "special guests" de Cerisy, j'ai été convaincu qu'il fallait résister à la submersion jacksonienne. J'ai donc eu moins à cœur de le défendre, ce dont il n'aurait guère eu besoin en général, au sein d'une intelligentsia tolkienienne. Et néanmoins, j'aurai toujours tendance à résister face à des interventions comme celle qu'avait eue Vincent alors en soutenant que les qualités de l'adaptation, on les doit à la mise en images de John Howe et Alan Lee d'un côté, à la Nouvelle-Zélande de l'autre. À mon sens, la Nouvelle-Zélande n'est rien si on ne fait pas croire qu'elle est la Terre du Milieu. Les dessins de Howe et Lee ne sont rien si on ne leur donne pas vie : Fendeval (Fondcombe) hier, aujourd'hui Erebor, etc. Ce qui m'impressionne toujours autant dans les adaptations PJ, c'est la façon dont elles donnent vie à la Terre du Milieu, c'est la façon dont elles créent une expérience sensible de la Terre du Milieu de type cinématographique, qui entre en écho avec l'expérience littéraire, d'une toute autre nature. N'oublions pas que le cinéma, ce n'est pas l'image seule, mais le mouvement (ou, dirait Deleuze dans des ouvrages que je n'ai pas lus, l'image-temps et l'image-mouvement). Je me demande encore si PJ s'est, paradoxalement, davantage soumis aux producteurs cette fois-ci, alors qu'il jouit maintenant de son succès passé et qu'il a remporté une victoire non négligeable lors du soutien de sa candidature au poste de réalisateur du film par sa communauté de fans, ou si c'est un discours pour se mettre à l'abri de la critique des films par les livres. Car, aussi bien, on peut lire la déclaration de PJ comme un aveu courageux mais révélant, après coup, son cynisme depuis longtemps décrié par des chevaliers inexorables de la critique comme Isengar, mais on peut également y lire, avec la notoriété acquise, une déclaration de modestie suite à la lassitude et à l'usure provoquées par les critiques légitimes qui montrent en permanence la supériorité des livres sur les adaptations. Auquel cas le scout néozélandais aurait fini par vaciller, au-delà de ses variations kilogrammatiques déjà révélatrices de son humeur interne, sous les coups de butoirs répétés du fils aventureux du Vieux Touc qui contribue à la gloire de ces pages jrrvéfiennes. Quoi qu'il en soit, il est aisé de trouver, chez de grands artistes, toutes disciplines confondues, des déclarations de modestie voire de cynisme qui ne préjugent en rien de la qualité artistique de leur travail. Tolkien lui-même déclare qu'il n'a cherché qu'à divertir... Le fait est que pour Le Hobbit, PJ n'est ni le commanditaire ni le producteur du film, puisqu'il a rudement à faire à ces autres parties. En revanche, je comprends qu'on puisse développer l'image d'un PJ-producteur vs le véritable artiste-réalisateur et je m'accorde pleinement à cette affirmation que tu as eue, Silmo : "Quand l'un et l'autre sont une même personne ou quand le réalisateur se soumet de bonne grâce aux priorités mercantiles de la production, cela ne peut être qu'au détriment de la création artistique." Il est même possible que je sois d'accord jusqu'à ce point-ci avec toi : plus PJ crée comme un producteur, moins il est un réalisateur. Ce serait une bonne façon, à mes yeux, de décrire tout ce qu'il y a d'insuffisant et de décevant pour moi dans ses adaptations. Isabelle Pantin, de son côté, opposait l'image d'un ingénieur habile en mécanique à celle du créateur sensible à l'organique : PJ pour le premier ; JRRT pour le second. Il est facile de montrer qu'il y a aussi de la création organique chez PJ et de l'ingéniosité mécanique chez JRRT, mais on comprend bien la tension polarisée qui est en jeu. Où et pourquoi ne suis-je pas, alors, du même avis ? C'est que pour moi, si je me place du côté des œuvres et non pas de leur auteur, La Communauté de l'Anneau ou, pour sortir des adaptations, King Kong sont, à mes yeux, des œuvres d'art du cinéma, même si ce sont aussi des blockbusters (encore que le succès du second ait peut-être été relatif). Bref, des œuvres d'art du cinéma populaire. Les 4 autres volets actuels des adaptations, non. On voit que le passage de la ligne esthétique que je trace à titre personnel reste délicat, et propre à l'expérience sensible de chacun. Mais ce n'est pas tout : PJ reste, à mes yeux, un grand réalisateur et un artiste par moments, dans certains fragments de l'ensemble des films de son adaptation. Et c'est, au fond, ce qui fait que je continue à aller les voir et à en tirer beaucoup de choses, malgré tout ce que ces adaptations ont de navrant, et malgré les dégâts qu'elles font en tant que blockbusters. De ton côté, Silmo, tu soulignes que ce qui fonctionne bien vient de Weta. Du coup, tu pourrais me rétorquer plus haut : si la Nouvelle-Zélande et les dessins de JH & AL prennent vie, c'est grâce à Weta. En partie, sans doute, mais cela n'enlève rien au rôle de PJ dans la réalisation. D'après les making off, il apparait très clairement que PJ est présent à tous les stades de la réalisation complexe d'une œuvre cinématographique, a fortiori de cette ampleur. La plus grandes partie des choix essentiels viennent de PJ. C'est lui, pour commencer, qui a choisi la NZ, JH et AL. C'est aussi lui qui est en amont de chaque recherche et de chaque production par l'équipe artistique du film, ainsi que de son scénario. Enfin, c'est lui qui est en aval. Dans les makings off du SdA, on voit continuellement apparaitre le sceau "PJ approved", sans lequel rien ne passe la ligne de la proposition. Enfin, et surtout, c'est PJ qui décide du story-board du film, c'est-à-dire de sa composition globale et de son mouvement, qui me paraissent être au cœur de la réalisation cinématographique, et c'est encore lui qui dirige, contrairement à de nombreux autres réalisateurs, la post-production du film déterminant notamment les choix du montage. Du coup, c'est bien PJ le premier responsable de tout ce que les films ont de navrant. J'ai trouvé l'Armée des Morts, Minas Morgul et l'Orque au visage de chewing-gum rose complètement navrant dans RoK. Cette fois, j'ai trouvé le look de drag queen de Thranduil et le regard de vampire de Legolas complètement déplacés. À chaque fois, j'en incrimine, à juste titre, le maitre d'œuvre, i.e. PJ. Pourquoi, alors, n'acclamerais-je pas, au premier rang, le même homme qui m'a fait sentir les rues de Minas Tirith et sa structure spiralaire et conique, ou qui m'a fait percevoir la situation stratégique et géopolitique de Lacville ? Après, je trouve cela désolant de bâcler la résolution de la Bataille des Champs de Pelennor, et de briser ce qu'il a installé en montrant la difficulté d'entrer dans Lacville, une fois que, par pur volonté de faire du spectacle, il dépeint l'invraisemblable course-poursuite des Orcs et des Elfes sur les toits de Lacville sans que le moindre gardien ou badaud ne s'en aperçoive et ne crie "à la garde !". PJ a pour moi le profil que Deleuze & Guattari attribuaient à Freud par rapport à l'inconscient : dès qu'il a découvert quelque chose de génial, il s'empresse de le corrompre et de le briser. Mais je lui reconnais, en ce qui me concerne, cette part de génie cinématographique. Je regretterai juste à vie qu'elle soit si partielle et si facilement gâchée par ses autres aspects, notamment celui du business man, du producteur ou de l'ingénieur qui préfère quelques effets de manche pour épater la galerie à la préservation de la consistance du monde qu'il a mis en mouvement et de la cohérence de l'histoire qu'il est en train de raconter. Heureusement, Tolkien, tout en étant un homme qui pouvait s'en tenir à une formule comme "art ou cash" en matière de droits d'adaptation de son œuvre, n'avait jamais ce genre d'ambigüité une fois qu'il créait. Là, l'art est maitre et toute velléité de domination attendra.
S. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Hyarion - 05/01/2014 Merci d'avoir ici fait part de ton avis, Shudhakalyan. :-) Shudhakalyan a écrit :
Merci de souligner notamment cet effort de garder un point d'équilibre, exercice très difficile par rapport à contexte trop souvent dominé par des discours excessivement passionnels dans un sens ou dans un autre selon les lieux de discussion (ce n'est évidemment pas une critique, mais juste un constat, que d'affirmer qu'ici, sur JRRVF, c'est évidemment le discours jacksonophobe qui domine, et ce depuis de nombreuses années, comme n'importe qui peut s'en apercevoir en parcourant le forum et en particulier la section consacrée aux adaptations ainsi que l'espace libre). Entre les discours ne faisant qu'exprimer du mépris pour Jackson sans grande considération pour l'art cinématographique, ou les discours ne faisant qu'exprimer une adoration pour ledit Jackson sans grande considération pour la littérature, je n'ai pas envie d'avoir à choisir, car je ne me retrouve dans aucun d'entre-eux. Le cinéma est, à la suite notamment de l'opéra wagnérien, une des expressions artistiques s'apparentant le plus à ce que l'on appelle l'art total, par les sens de l'être humain qu'il mobilise à la savoir la vue et l'ouïe, et par sa capacité d'emporter le spectateur dans une autre réalité que la sienne à travers un montage au service d'un scénario structurant le travail du cinéaste et de ses collaborateurs. Sur JRRVF et ailleurs, on aime bien parler de rapport privilégié au mythe, d'univers fictif qui prend vie, de monde secondaire immersif, s'agissant d'un écrivain tel que Tolkien, mais on a tendance à oublier que le cinéma s'inscrit très bien dans cette thématique, en ce qu'il peut très bien servir d'intermédiaire, de façon volontaire ou non, entre un mythe et notre réalité, entre un univers de fiction pouvant être très vaste et notre monde dit primaire. Voila pourquoi les discours plus ou moins anti-cinéma qu'il m'est arrivé de lire jusqu'à aujourd'hui encore, singulièrement sur JRRVF, me dérangent, en ce qu'ils semblent nier toute valeur et tout intérêt à un art - le septième, parait-il - qui n'a pas à être méprisé par rapport au travail que Tolkien a pu réaliser de son côté (sans être complètement seul lui-même, ne l'oublions pas également). *** Silmo a écrit :
Le cas de Pierre Paul Rubens est en effet bien connu pour ce qui est de l'histoire de la peinture, et on pourrait citer avant lui le cas de Lucas Cranach l'Ancien et de l'atelier qu'il fonda pour pouvoir répondre à de nombreuses demandes d'oeuvres et où ses fils travaillèrent : ainsi Cranach l'Ancien put-il contenter un certain nombre de clients en faisant produire des variantes de son travail en parallèle de ses propres productions et celle de son fils Lucas Cranach le Jeune, le style de ce dernier étant du reste très proche de celui du père, au point de rendre difficile une distinction franche entre les deux. Il y aurait beaucoup à dire sur les relations pouvant être établies entre peinture et cinéma, mais c'est un très vaste sujet... En ce qui concerne Jeff Koons, c'est un escroc, tout comme son collègue Damien Hirst : chez ces gens-là, la création artistique avec ce qu'elle suppose de savoir-faire artisanal, a complètement disparu au profit d'une production en série quasi-industrielle (et pas forcément franchement assumée), dont le succès n'est dû qu'à un invraisemblable délire spéculatif financier. Je veux croire que l'histoire de l'art s'écrit ailleurs que dans les (petits) milieux idolâtrant ses "artistes contemporains", même si ceux-ci sont tout-à-fait à l'image de notre époque consumériste obsédée par le langage publicitaire et de facto soumise à la tyrannie de l'urgence et des apparences. Silmo a écrit :
Dans ma critique du premier film de la nouvelle trilogie, j'avais déjà évoqué une "adaptation certes sans génie mais néanmoins plutôt de bonne tenue en soi et en l'état" (avis du reste forcément provisoire, exprimé en attendant d'avoir vu toute la trilogie), et j'ai plusieurs fois écrit ici et ailleurs, me semble-t-il, que Peter Jackson me paraissait être plus un bon artisan-technicien du cinéma plutôt qu'un véritable créateur visuel et narratif. On ne peut pas faire semblant de découvrir la lune en lisant les déclarations de Jackson rapportés par le Figaro : le cinéma est une industrie commerciale et tout cinéaste travaillant avec un financement de grands studios ne peut qu'inscrire son travail dans cet état de fait. Cependant, le cinéma est aussi un art par définition largement collectif, et reprocher, sur le principe, à Peter Jackson de ne pas être le créateur des "meilleurs morceaux" de ses films me parait être un peu hasardeux, dans la mesure où il est censé faire, seul, des choix de coordination par rapport à ce qu'on lui propose dans le cadre de ses équipes. Ce que je veux dire, c'est que s'il est indéniable, par exemple, que la réussite visuelle de ses films est notamment dû aux talents de John Howe et Alan Lee, plus qu'aux qualités propres à Jackson à mon sens, il faut tout de même bien reconnaître que c'est Jackson, in fine, qui reste le maître d'œuvre dans le cadre d'un tel projet, collectif parce que cinématographique mais dans lequel le réalisateur est censé imposer bel et bien sa marque à un moment ou à un autre par les choix d'options qu'il fait, ce en quoi je rejoins le point de vue de Shudhakalyan exprimé dans son deuxième message. Ceci étant dit, Silmo, au-delà de ta critique du travail du seul Peter Jackson, puisque tu fait partie des JRRVFiens qui s'intéressent au cinéma, j'aimerai que tu me dises ce que tu penses du cinéma d'aujourd'hui ainsi que de la question d'adapter Tolkien au cinéma. Trop souvent, ici, on se contente de vouer Jackson aux flammes de l'enfer avec un mélange de mépris et de sarcasmes, et quand on évoque le cinéma, on dirait que c'est presque une autre planète pour les tolkieniens, que ce soit en bien ou en mal... Est-on cependant obligé d'opposer presque systématiquement, ici, création tolkienienne et création cinématographique ? Et je pourrais, bien sûr, aussi poser la question à JR (Isengar)... Il y a quelque temps, celui-ci a écrit sur Tolkiendil : "Il arrive parfois que je tombe, ici ou ailleurs sur le web, sur des dithyrambes en faveur du travail de Peter Jackson et de ses acolytes. Elles me heurtent et brutalisent mon intellect de vieux tolkienien intégre (-iste?) bien plus que mes piques contre les films ne pourraient agacer les visiteurs du forum." Or, je ne sais pas si JR se rend toujours compte du réel degré d'agacement que ces piques régulières peuvent susciter selon les circonstances, et très honnêtement, même si je sais faire preuve de sens de l'humour, je préfère lire ce qu'il écrit sur le pays des Hobbits de Tolkien (notamment dans un livre publié à la faveur du phénomène médiatique jacksonien, quoiqu'on en dise et ce dont je ne me plaindrais pas pour ma part) plutôt que ce qu'il écrit contre les films de Jackson (même si j'ai déjà salué, sur Tolkiendil, le fait qu'il ait mis un peu d'eau dans son vin depuis l'époque de la première trilogie). En tout cas, l'avis de tous m'intéresse... à condition que l'on se décide un peu à sortir, au moins de temps en temps, d'un "Jackson-bashing" que la volonté de défense de l'œuvre de Tolkien ne me parait pas justifier (je l'ai déjà écrit ailleurs) et qui ne me parait que peu constructif dans le cadre des échanges qu'est censé permettre un forum comme celui-ci. :-) *** Shudhakalyan a écrit :
Le Seigneur des Anneaux a été écrit parce qu'une suite au Hobbit à été demandé par l'éditeur à l'auteur, ce dernier n'ayant jusqu'alors jamais envisagé de suite : même dans le cas de Tolkien, la création artistique n'est pas forcément d'une "pureté" originelle propre au seul esprit d'un écrivain que l'on imagine encore trop souvent enfermé dans une tour d'ivoire. ;-) *** Amicalement à tous, :-) Hyarion. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Silmo - 05/01/2014 Yep, N'ayant pas vu "Lovely Bones" je ne peux pas en parler et dans un tout autre genre (de "Bad Taste" à "Fantôme contre fantômes") qu'en dire, sinon que c'est peut-être le genre où PJ était le plus à son aise. shudhakalyan a écrit :
Hi, hi, hi :-D shudhakalyan a écrit :
Farpaitement ! C'est d'ailleurs là que PJ est le plus faible quand il est lui-même derrière la caméra tandis que ça marche mieux lorsque les petites mains virtuoses de chez Wéta s'amusent comme des fous (à eux les étincelles de génie, pas à PJ). C'était d'ailleurs bien sympa dans la Communauté de l'Anneau mais c'est devenu du nimportnaouak dans le Hobbit. Les petites mains se sont cru derrière leur console de jeu et c'est pénible au lieu d'être excitant. NB : quand on dit que le cinéma, c'est le mouvement, point n'est besoin d'avoir l'impression d'être sur des montagnes russes. Un traveling de Raúl RUIZ m'émeut autant qu'un spleen de Baudelaire; une plan de Sorrentino, autant qu'une construction baroque. Rien que d'y penser, j'en ai des frissons. Silmo [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Silmo - 05/01/2014 Hyarion a écrit :
Vaste question et question double en plus! Silmo [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - shudhakalyan - 05/01/2014 Merci Hyarion pour ces compléments, ces prolongements, ces envolées.
Silmo : Pour les gouts, je suis convaincu qu'ils sont à lire au sein d'un véritable perspectivisme : chaque critique nous en apprend autant sur la perspective du critique que sur l'objet concerné. J'avais évoqué Flaubert sur Les Misérables, je crois qu'il est assez à propos. Flaubert (lettre à Edma Roger des Genettes en juillet 1862) a écrit :
Ne trouvez-vous pas que cet avis critique (tiré d'une version en ligne des Misérables par les soins du Figaro et de Jean d'Ormesson...) n'aurait pas dépareillé dans un post de jrrvf et qu'à quelques remplacements onomastiques près, on aurait pu le mettre sous le doigté d'Isengar à destination du Kiwi ? Certes, cela ne prouve pas que PJ soit un héritier de VH, mais ça fait réfléchir sur les perspectives impliquées. Par ailleurs, si je n'ai pas encore la chance d'avoir vu un Raúl Ruiz (mais je suis preneur de tout bon conseil venant de toi, Silmo), depuis 2013, moi aussi j'ai des frissons rien qu'en lisant ton évocation d'un plan de Sorrentino. S.
À propos de Sorrentino, il y a sur Youtube une "scena tagliata", seulement en italien, et qui exige de coupler bizarrement deux vidéos en trois temps pour en voir l'ensemble. 2. Vidéo 2 : tout l'entretien. Le final est ce que l'on cherche tous...
3. Retour à la vidéo 1 : à partir d'1:51.
Si vous faites cet exercice un peu pompant avec suffisamment de familiarité vis-à-vis de l'italien, dites-moi ce que vous en pensez [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - shudhakalyan - 05/01/2014 Silmo : nos posts se sont croisés. Merci pour toutes ces références alléchantes que je vais ajouter à ma liste d'à voir. Tes exemples montrent à l'envi que tu n'es pas enfermé dans une dichotomie stérile cinéma d'arts et d'essais/cinéma commercial. Content de lire que tu as aimé Gatsby le Magnifique, que j'ai très envie de voir (quelle misère de l'avoir manqué sur grand écran). Je suis preneur si tu recommandes d'autres films de Ruiz et de Sorrentino et, dans la lignée du dernier, d'autres grands films italiens récents. Mais on sort de plus en plus du fuseau. Bien fait pour Jackson :p . Quant à Ang Lee, j'ai adoré sa version de Hulk, dont j'ai peu lu/entendu de bien... (outre d'autres beaux films de lui). Et La Reine des Neiges, puisque tu évoques Moi, moche et méchant 2 ? [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Silmo - 05/01/2014 Pas vu la Reine des Neiges :-) [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - ISENGAR - 05/01/2014 Hyarion a écrit :
Heureusement, la situation n'est pas si tranchée... il y a beaucoup de monde entre ces deux clans qui semblent irréconciliables, à te lire. Pour ma part, je ne me reconnais pas non plus dans l'une et surtout pas dans l'autre. Shou a écrit :
Je pense - cela surprendra-t-il quelqu'un - que notre bon Peter Jackson, malgré les délicieuses roucoulades auto-promotionnelles des appendices des DVD version longues, a toujours été soumis aux exigences des studios. Il le dit d'ailleurs en filigrane en évoquant la différence avec le pouvoir limité d'un jeune réalisateur : il parle de lui en 1995. C'est le lot de tout metteur en scène, comme l'évoquait Silmo. L'Arwen guerrière de la Communauté de l'Anneau est l'exemple le plus lisible. Ceci-dit, cette même Arwen, qui change du tout au tout dans les deux films suivants, montre aussi la capacité de résistance de Jackson, qui a su se débarrasser de la guerrière (au détriment de la très fragile cohérence scénaristique de sa trilogie), comme il avait su imposer le format "trilogie", avec l'aide de New Line en 1995.
Après avoir œuvré ces 15 dernières années à façonner une image positive auprès d'une très vaste communauté de fans, Jackson change bizarrement son fusil d'épaule dans cette récente interview au Figaro. - cette déclaration, il l'a faite à un journaliste français, pour un journal français. Je n'ai pas retrouvé de déclarations semblables dans la presse internationale (sur le net) de sa part (mais je n'ai pas fait de recherches approfondies, car j'ai autre chose à faire...). En fustigeant "les fans", les "puristes" (encore que ce sont les termes utilisés par le journaliste), est-ce que ce n'est pas une façon indirecte de répondre aux remarques de Christopher Tolkien, publiées également dans un média français ("L'Anneau de la discorde", Le Monde du 7 juillet 2012) ? - Il le souligne à plusieurs reprises dans son interview, et on le sait bien ici sur JRRVF, l'adaptation du Hobbit s'inscrit dans un contexte beaucoup plus difficile que la première trilogie : accumulation des difficultés (juridiques notamment), critiques beaucoup plus nombreuses sur ses choix scénaristiques, techniques, artistiques... C'est à une énième question sur Tauriel que Jackson semble réagir de cette façon. - Enfin, Peter Jackon baigne, beaucoup plus qu'il y a dix ans, dans le business, et ce sur fond de crise économique. Dans l'interview, il n'a échappé à personne que c'est le businessman qui parle avant l'artiste. Mécaniquement, ce rôle très différent de celui qu'il assumait pour le SdA. La pression est certainement gigantesque et il en beaucoup plus conscience aujourd'hui, car il a beaucoup plus à perdre. Dans cette façon de se dévoiler, on lit depuis nos lorgnettes franco-belges jrrvfiennes, filtrées par la traduction-reformulation de Jean-Paul Chaillet (le journaliste du Figaro), beaucoup de cynisme et ras-le-bol à la fois (. Entre les lignes, ce sont les grandes difficultés devant lesquelles se trouve aujourd'hui l'industrie cinématographique qui se dévoilent tristement. Quelque part, ce cynisme et ce ras-le-bol, je peux le comprendre. Des aventures qui courent sur deux décennies et qui se terminent dans un flot de dollars, de fatigue physique et de critiques, ça a de quoi rendre amer. Tout ça pour ça ?
I. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - shudhakalyan - 05/01/2014 Merci Silmo & Isengar ! Que du bonheur à vous lire [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - shudhakalyan - 05/01/2014 Matrok : j'ai enfin lu ta critique, et bien m'en a pris. J'apprécie beaucoup l'évaluation narrative des choix scénaristiques que tu opères, notamment par rapport aux scènes coupées et à la surenchère des cascades et des combats. Ce qui montre bien que l'argument de la trop grande longueur de 3 films pour un livre comme Le Hobbit ne suffit pas : il y a plein d'éléments fascinants dans l'ouvrage que Jackson aurait pu exploiter et développer, mais qu'il a choisi d'écourter ou de supprimer pour les remplacer par du remplissage de bas étages ou des lignes secondaires mal raccordées à l'intrigue principale. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Elendil - 05/01/2014 Bonsoir Silmo,
C'est toujours un plaisir de te lire ici, ainsi d'ailleurs que Shudhakalyan. Même si je le dis peu, je n'en pense pas moins. Silmo a écrit :
Je suis globalement d'accord avec toi, hormis pour cette affirmation, qui me semble méconnaître en partie les éventuelles compétences artistiques des commanditaires. On connaît bon nombre de romans qui ont été sensiblement améliorés par les exigences des éditeurs, quand bien même ceux-ci ne songeaient pas qu'à l'importance du choix des mots, mais avaient aussi à l'esprit des questions mercantiles comme le coût du papier. Évidemment, il doit aussi se trouver de pur requins, dont les appétits financiers vont au détriment de la qualité des livres qu'ils éditent, mais sans doute pas plus que de vrais passionnés qui risqueront de mettre en faillite leur entreprise en éditant un livre invendable mais qui les a bouleversés. Bien que je connaisse moins l'industrie du cinéma, je ne doute pas qu'il en aille de même là aussi. Typiquement, le désir de Robert Shaye de produire trois films à partir du SdA devait aussi bien être motivé par des questions financières qu'artistiques et je ne doute pas qu'en l'espèce il ait eu raison de contredire Jackson qui plaidait pour deux films. À l'inverse, la décision de faire trois films à partir du Hobbit a été revendiqué par Jackson comme un choix personnel. J'ai le sentiment que c'était une erreur, vu la longueur des séquences inutiles dans les deux premiers opus. Un producteur puissant et talentueux aurait dû s'opposer à une telle décision, qui va au détriment de la qualité artistique du film. Le fait que ce n'ait pas été le cas semble justement témoigner d'un accroissement d'influence de Jackson auprès des studios, qui semble en phase avec la notoriété que Jackson s'est acquise grâce à sa première trilogie. shudhakalyan a écrit :
C'est effectivement parfois mon sentiment à la lecture de certaines critiques négatives, mais je ne partage pas cette opinion, bien que j'ai piètre estime pour les deux derniers films et de fortes réticences pour les trois premiers. Il existe de merveilleux films à grand public, conçus comme tels et néanmoins sans une once de concession pour l'aspect artistique de la réalisation. C'est le cas d'un des mes films préférés, tous genres confondus : Les Sept Samouraïs, d'Akira Kurosawa. shudhakalyan a écrit :
Remarque très pertinente, à laquelle j'adhère entièrement depuis que j'ai vu le dernier opus de Jackson. J'ai en effet eu l'impression à plusieurs reprises que la machinerie des plans larges sur les paysages de Nouvelle-Zélande commençait à tourner à vide. L'accroissement énorme des distances entre la vision que Thorin & Cie ont de Beorn sous forme ursine et leur arrivée à sa demeure me semble dénuée de fondement. Pourquoi faire changer ainsi les paysages (tout en faisant un faux raccord sur la hauteur du soleil) pendant la course ? Croira-t-on vraiment qu'un groupe de Nains accompagné d'un Hobbit court plus vite qu'un ours géant lors d'un marathon ? Problème inverse avec un passage qui a plu à beaucoup, la vision des papillons au sommet de Mirkwood. On voit une forêt de taille raisonnable, entourée dans toutes les directions par les montagnes. C'est magnifique, mais ce n'est pas la Terre du Milieu. D'ailleurs, si la Montagne était aussi près que cela, on comprend d'autant moins que les Aigles ne les y aient pas mené directement... Bref, deux exemples où on voit de magnifiques paysages, mais des paysages qui distraient l'esprit plutôt que de donner un sentiment d'immersion en Terre du Milieu. shudhakalyan a écrit :
Je suis d'accord avec cette dichotomie, mais aurait tendance à renverser les termes de l'équation : moins PJ se cantonne à son rôle de producteur exécutif, dans lequel il excelle visiblement, plus il est convaincu de ses talents artistiques de réalisateur et prend des libertés avec l'histoire, moins le résultat me semble convaincant. Et de même pour l'image d'Isabelle Pantin, d'ailleurs — une image qui, avec tout le respect que j'ai pour elle, me semble refléter un certain mépris de la part des littéraires pour la mécanique. J'aurais tendance à soupçonner que Jackson comme Tolkien sont deux être passionnés par la beauté de la nature et viscéralement opposés à sa destruction. En revanche, Jackson semble avoir minimisé le talent d'horloger avec lequel Tolkien a réglé la mécanique de son conte et être passé à côté du fait que changer le cours de certains événements détruit l'équilibre et le fonctionnement de l'ensemble.
Bonne année cinématographique à tous [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - shudhakalyan - 05/01/2014 Quel plaisir aussi de te relire Elendil. Pour l'opposition d'Isabelle Pantin, que j'ai sans doute simplifiée voire forcée, il faut la resituer dans son contexte. Il s'agissait pour elle de reconnaitre une grande qualité à PJ : son habileté dans l'ingéniosité mécanique que lui semblaient manifester les films. C'était donc un compliment de sa part. Je ne pense pas qu'elle souffre du mépris symptomatique de certains littéraires pour la mécanique, même si c'est un bonheur de t'entendre réagir sur ce point, vu sa spécialisation liée à l'astronomie dans l'histoire des idées au 17e siècle si je me souviens bien. Elle essayait de pointer ce qu'il pouvait y avoir de spécifique de l'art tolkienien à côté de quoi PJ passait complètement. Elle songeait à l'idée de Tolkien laissant son œuvre croitre de sa propre énergie et à son propre rythme comme un arbre. Il n'empêche que j'apprécie ta précision sur la mécanique de l'ensemble. Cette comparaison est issue de son intervention à Rambures en juin 2008 (in Tolkien aujourd'hui). Elle m'a moins frappé à l'écrit que lorsque je l'ai entendue dans sa conférence. Pour l'opposition producteur/artiste, tu ne la renverses qu'à condition de prêter à Jackson une prétention artistique erronée. Tu es mauvais joueur. C'est sans doute en pensant à toi que PJ s'est empressé d'affirmer que les livres sont des chefs d'œuvre, mais pas ses films (ce qui est, au passage, remarquable puisqu'on a pointé sa lucidité ou son honnêteté par rapport au business, j'ai souligné sa modestie, mais dans la même déclaration il professe aussi avec véhémence son admiration de l'œuvre littéraire de JRRT).
Je parlais, bien sûr, de la nature d'artiste et non pas de ce que Jackson croit être ou non. Mais tu fais une boutade, parce que pour toi, comme pour Silmo, PJ n'est ni un artiste ni un génie. Pour moi, si. Il sera difficile d'y changer quelque chose. Ceci dit, ce n'est bien sûr pas la personne qui est en jeu, mais l'œuvre. Je reconnais dans l'ensemble des adaptations de PJ de l'art et du génie, même s'ils étouffent sous de la frime digne des plus basses préoccupations commerciales qui soient, dont j'excepte La Communauté de l'Anneau et King Kong qui ne me paraissent pas exempts de défaut, mais suffisamment inspirés en tout et en parties que pour être proprement ce que j'appelle des œuvres d'art. Mais je ne peux ni ne veux en convaincre personne, en tout cas personne qui a déjà ses propres convictions sur le sujet J'en profite aussi pour répondre à Hyarion par rapport à la "pureté originelle" de la création chez Tolkien. Je ne pensais pas, bien sûr, à une pureté originelle, encore moins du côté du motif de la création de l'œuvre. Au contraire, je suis ravi que tu rappelles la commande de l'éditeur qui montre à quel point l'œuvre émerge des contingences. Mais l'œuvre d'art s'arrache aux circonstances de sa production et atteint une sorte de perfection en elle-même qui en fait ce que Deleuze et Guattari caractérisent comme "un monument". À mon sens, l'adaptation de PJ est largement inaboutie sur un plan artistique. En revanche, dans Le Seigneur des Anneaux (et je n'en dirais certainement pas autant, d'ailleurs, du Hobbit), on ne prend jamais Tolkien en défaut. Qu'est-ce à dire ? L'œuvre est toujours pleinement une œuvre, jamais un faux-semblant, une supercherie, un tour de passe-passe. Peut-être que cette absolutisation est le produit d'une intensité : au-delà d'un certain degré de hauteur et de beauté, l'œuvre me semble parfaite, peu importe qu'elle ne le soit pas. C'est une façon de dire qu'on y est, totalement. Dans la scène coupée que j'ai renseignée de La Grande Bellezza, un réalisateur dit que les gens réfrènent leur curiosité. Pourquoi, demande le héros (Jep Gambardella) ? Réponse : "sono pigri, moralisti, indolenti, sono scettici... o dio, e anche ignoranti" ("ils sont paresseux, moralistes, ils sont sceptiques... oh mon dieu, et aussi ignorants"). Moi qui suis tout cela, je ne jetterai pas la pierre à PJ, mais, c'est dommage, car il a, selon moi, un puissant souffle qui rendait hommage à Tolkien.
Pour le reste, je suis largement d'accord avec toi, Elendil, et je me dis : diantre, je n'ai toujours pas vu non plus Les 7 samouraïs (ou pas revu ? :o) [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Hyarion - 06/01/2014 Silmo a écrit :
Merci pour cet effort de concision, exercice que je sais être difficile (surtout pour moi). ;-)
Pour ce qui est d'adapter Tolkien au cinéma, on ne va effectivement pas revenir sur plusieurs années de commentaires, ;-) mais si je me permets d'aborder le sujet, c'est que la question reste forcément centrale pour ce qui est d'appréhender le travail de Jackson, désormais étalé sur une vingtaine d'années avec ses deux trilogies.
S'agissant du cinéma d'aujourd'hui, j'avoue sentir, pour ma part, une sorte de glissement qui s'est opéré depuis une quinzaine d'années. Le cinéma me parait aujourd'hui fortement concurrencé, en matière de créativité en général et de capacités d'immersion dans un univers fictif, par les séries télévisées et même désormais, d'après ce que je lis et entend ici ou là, par les jeux vidéos. Est-ce là le signe d'un déclin du septième art ? Je ne le pense pas. Mais c'est sans doute là le signe d'un réel changement à l'œuvre s'agissant de la place qu'occupe le cinéma dans notre univers culturel et mental. Nous verrons bien à quoi cela aboutira... *** ISENGAR a écrit :
Il y a évidemment beaucoup de monde qui, comme moi-même, ne se reconnait pas du tout dans ces deux tendances extrêmes. Mais le fait est que les discours respectifs desdites tendances me paraissent être, hélas, ceux qui sont les plus visibles. Ceci dit, ce n'est évidemment qu'une impression que je perçois à travers ce miroir souvent déformant qu'est la Toile. ISENGAR a écrit :
Allons, JR, ne te tourmente pas : quelles que soient les circonstances, l'essentiel est qu'il y ait eu des ventes... ;-) :-) *** shudhakalyan a écrit :
Je comprends bien ce que tu veux dire s'agissant de l'œuvre d'art qui s'arrache aux circonstances de sa production et qui atteint une sorte de perfection en elle-même : c'est évidemment à cette aune que l'on peut mesurer la qualité des grandes œuvres traversant les âges et les frontières de toutes sortes. *** Il est grand temps d'aller faire de beaux rêves... Amicalement à tous, Hyarion. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Elendil - 06/01/2014 Silmo a écrit :
Merci Silmo pour ces extraits, absolument magnifiques. Voilà précisément ce que j'appelle un maître de la caméra. Dommage que selon moi on ne trouve jamais de scène aussi inspirées chez Jackson, à l'exception de certains plans larges sur le paysage.
Shudhakalyan, si tu n'as pas encore vu Les Sept Samouraïs, je ne peux que t'inviter une fois de plus à les regarder. Je n'ai hélas pas trouvé d'aussi belles vidéos que Silmo, mais je t'invite du moins à jeter un œil sur celles-ci, aussi bien pour la caméra que pour la gestion des mouvements de foule : Elendil [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Silmo - 06/01/2014 ...et j'ai oublié de mentionner l'excellente série suédoise "Real Humans" de Lars Lundström. Super scénario. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - shudhakalyan - 06/01/2014 Merci à Hyarion pour sa réponse, et à Elendil & Silmo pour les liens et surtout les références. Je vous avoue que je préfère attendre de voir les films en entier dans les meilleures conditions possibles (je sens que je vais réactiver mon abonnement médiathèque) plutôt que de prévisualiser des extraits. Séb. ps : Pour GoT, sans doute... mais l'histoire est très addictive ^^. Et le texte, dont je n'ai lu que le début en vo, vaut la peine aussi d'être lu (au moins en partie). [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Silmo - 06/01/2014 Merci Elendil pour les extraits de Kurosawa [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Elendil - 07/01/2014 Rashomon, encore un film formidable, je suis bien d'accord. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Semprini - 07/01/2014 Votre discussion me rappelle les débats de 2001. A mon sens, les oppositions romancier/cinéaste, littéraire/cinéphile ou producteur/cinéaste ne suffisent pas à expliquer les insuffisances des adaptations de Peter Jackson. On aura beau avancer des explications d'ordre contextuel (elles sont toujours utiles et j'avais essayé de le faire parfois dans mes éditos), on aura beau faire tous ses efforts pour ignorer les arguments relevant de la fidélité au légendaire tolkienien (cela, je l'avais un peu moins fait, et c'est un postulat que je ne saurais tenir même s'il se défend), il faudra toujours dresser le même constat : Peter Jackson est un réalisateur sympathique et enthousiaste mais ce n'est pas un grand cinéaste et ni ses adaptations de Tolkien (malgré les qualités visuelles de son Seigneur des Anneaux, énergique film d'aventures qui trahit Tolkien mais a ses moments de grandeur (et aussi ses potacheries de collégien hélas)) ni ses autres efforts (son King Kong par exemple est bien long et complaisant avec des tics de mise en scène - ah, ces ralentis dans la cale du bateau - qui nuisent à l'ensemble) ne sont de grands films. A partir de là, on ne peut pas lui demander la lune.
PS : pour un amateur de cinéma, ne pas avoir vu Les Sept Samouraïs, ce n'est pas sérieux [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Hyarion - 08/01/2014 Elendil a écrit :
Je n'ai pas encore vu Les Mystères de Lisbonne, film repéré à sa sortie en 2010 en France mais qui n'est pas resté assez longtemps à l'affiche pour que je puisse le voir dans une salle obscure. Les brillants extraits dont les liens ont été donnés par Silmo m'ont toutefois rappelé un autre film de Raúl Ruiz, que j'avais vu au cinéma à sa sortie en 1999, et que Silmo a également cité : Le temps retrouvé, d'après la dernière partie d'À la recherche du temps perdu de Proust. On peut y voir notamment la même virtuosité s'agissant de la maîtrise de la caméra. Je ne peux donc que recommander également ce très beau film de Ruiz (cinéaste disparu en 2011). *** Silmo a écrit :
Si je devais citer à mon tour une série scandinave que j'ai trouvé excellente, ce serait Borgen, une série politique danoise que j'ai trouvé très pertinente tant sur le fond que sur la forme. *** Pour en revenir à la responsabilité de Peter Jackson "de faire en sorte que le studio [Warner] récupère sa mise", j'ai appris hier que The Hobbit : The Desolation of Smaug, à la fin de l'année 2013, a déjà rapporté 756,6 millions de dollars au box office mondial, et qu'il manquerait encore 250 millions pour égaler The Hobbit: An Unexpected Journey, qui avait terminé sa carrière en salles à 1 milliard de dollars. Amicalement, Hyarion. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - shudhakalyan - 08/01/2014 Quelle joie de lire que nos débats rappellent ceux de 2001, cette période jrrvéfienne dorée que je ne connais que par ouï-lire, et ce sous les doigts de l'auteur des illustres éditos d'alors, que j'ai dégusté un à un des années plus tard en découvrant Jrrvf, et qui ont été pour moi comme la vitrine de ce site de référence. À l'époque, je croyais qu'il ne me serait plus possible, sur Internet, de parler de ces éditos avec le fameux Semprini, qui semblait alors avoir disparu de la circulation pour le moins fluctuante de ce Web qui rouille... Certes, c'est une honte de n'avoir pas encore vu Les Sept Samouraïs et j'espère bientôt m'en amender. Sans d'abord aggraver mon cas : j'en suis même à me demander si je n'ai pas vu ce grand film qui, dans ce cas, ne m'aurait pas laissé de très nette impression... Mais bon, je l'aurais sans doute alors vu trop jeune et il est hautement probable que mes souvenirs confus résultent d'un mélange malheureux, dans mon adolescence ignare, entre quelques fragments du classique de Kurosawa et le visionnage complet des 7 mercenaires... Toujours est-il que j'avancerais, pour ma défense, que je suis, en matière de cinéma, un amateur du type du curieux, de l'intéressé, du sensible mais non de l'amateur éclairé. Ce pourquoi c'est un bonheur de profiter, ici, de vos lumières et, s'agissant du 7ème art, ce n'est pas peu dire. J'ajoute donc le trio de tête 2013 de Semprini à ma liste d'à voir, après le grand classique nippon. Ceci dit : sont-ce ces lumières qui permettent ainsi au grand Semprini de s'élever, tel le réalisateur sur la plateforme d'une caméra-grue, au-dessus du débat aux effluves nostalgiques à ses narines divines, pour nous asséner, par delà les nuages artificiels du théâtre amateur dans lequel nous nous agitons, que quels que soient les arguments avancés, il est un fait avéré contre lequel nous ne pourrons rien : Peter Jackson n'est ni un génie ni même un grand cinéaste, et aucun de ses films n'est un grand film. Je force le trait pour le plaisir. Non celui de la position de Semprini, qui apparait presque atténuée dans ma reformulation, mais celui de sa position divine et du débat en contrebas. Je force les traits puisque tout le monde ici semble d'accord pour dire que Peter Jackson n'est pas un grand cinéaste — sauf moi. Du coup, ce n'était pas essentiellement l'objet du débat, et je ne pense même pas que ce puisse l'être. Et si je ne trouvais pas, à titre personnel, que Les 7 Samouraïs soit un grand film et, en revanche, que La Communauté de l'Anneau et King Kong bien ? Serait-ce une preuve irréfutable de mon ignorance en la matière ou, osons le mot, de mes gouts ? Encore qu'il faudrait ajouter aux films que je considère comme de grands films des œuvres cinématographiques sans le moindre rapport avec les films de PJ. Je ne suis pas un relativiste absolu, ce qui serait une contradiction dans les termes. Je pense qu'il y a des propriétés objectives (au sens uniquement de "relatives à l'objet") qui font que Les 7 Samouraïs est un grand film, que je le perçoive ou non, que je le veuille ou non. Étrange cette dernière proposition : il y a bien quelque chose qui caractérise le jugement esthétique qui tend à nous faire passer de notre perception à un vouloir. Je veux que les propriétés de ma perception (qui est le fruit d'une relation à l'objet) ne soient rien d'autres que les propriétés de l'objet. Déjà dans tes superbes éditos, Semprini, moments d'anthologie extrêmement formateurs pour l'amateur peu éclairé que je suis et que je relirai au plus tôt, il était manifeste, bien avant la sortie du film, sur base des trailers et autres types d'informations qui filtraient et que Jrrvf guettait rigoureusement, Veilleur devant l'abime obscur de l'adaptation jacksonienne, que tu attendais un autre type de cinéma que celui qui s'apprêtait à déferler massivement et indéfiniment sur nos grands écrans. Quel que soit le crédit que je t'accorde en tant que cinéphile, et qui dépasse de loin celui que je m'accorde, il ne dépasse pas celui que j'accorde à Flaubert, non seulement pour son génie littéraire mais aussi pour sa pénétration critique. Or quand je vois comment Flaubert juge Les Misérables, chef d'œuvre du patrimoine littéraire mondial qu'en outre je révère à titre personnel, je ne peux m'empêcher de me dire qu'aucune autorité ne possède à elle seule le dernier mot sur la qualité d'une œuvre. Dans le cas de Flaubert, le conflit de perspectives est transparent : Hugo est encore romantique, Flaubert plus du tout, ou plutôt de la façon la plus critique qui soit. Je n'essaierai pas à mon tour, et je l'ai dit, de convaincre qui que ce soit de la grandeur des deux films que j'excepte de la production jacksonienne. Mais si j'en parle encore, c'est à une autre fin : soutenir que c'est un jugement potentiellement aussi valide qu'un autre. Il arrive en effet qu'on trouve grand un film par ignorance, ou l'inverse. Mais j'ai par principe de considérer que celui qui peut montrer en quoi un film est grand, d'après les effets qu'il éprouve en lien avec des propriétés objectives de l'œuvre, a conquis le bénéfice du doute. Et j'ai même tendance à donner la priorité, dans ce genre de déploiement qui me semble l'un des enjeux de la critique esthétique, à l'argumentation qui s'attache à démontrer en quoi une œuvre n'est pas grande. C'est que celui qui a aimé une œuvre me parait a priori avoir eu une plus grande réceptivité à celle-ci que celui qui, pour des raisons tout aussi valables que la raison ignore sans doute, ne l'a pas aimée. Sauf, donc, si l'on pêche par ignorance et, c'est la même chose, par projection sur le film de qualités qui ne sont pas les siennes propres, ou qui ne sont pas remarquables. Encore que l'ignorance dont je parle est une ignorance esthétique, celle d'une sensibilité peu exercée aux œuvres du genre concerné, et non une ignorance de culture ou d'érudition. Auquel cas je rendrais les armes d'emblée en professant mon inculture crasse. Quand j'ai vu La Communauté de l'Anneau, presque par hasard et sans rien connaitre d'autres à l'époque que le nom de J.R.R. Tolkien (et oui...), je n'avais jamais rien vu de tel. J'ai eu le sentiment alors d'avoir attendu un film de ce genre toute ma vie et d'y être enfin confronté. Sentiment renouvelé et plus profond encore quand j'ai commencé à lire Tolkien en anglais (car le charme n'avait opéré à ce point, loin s'en faut, en français). Seulement, ce qui est vite apparu clairement, c'est que mon expérience esthétique incomparable, inédite et répétée au cours des sept fois où j'ai vu la CdA au cinéma, n'était en aucun cas réductible à l'œuvre source de Tolkien, aux paysages de la Nouvelle-Zélande, au talent inégalable de John Howe et Alan Lee, ni même au savoir-faire de Weta. C'était un ensemble, une composition, comme il se doit pour tout œuvre d'art, signée par un nom au-dessus de tous les autres : PJ. Le contraste, par exemple, entre ces longues minutes dans les couloirs de la Moria puis, au climax de la "mort" de Gandalf (que j'ai reçue tout entière puisque je n'en connaissais rien), la blancheur des Monts de brume retrouvé par les héros en pleurs, doublé par les variations musicales éminemment contrastées de ce passage (du chant grave et lourd des orques à celui, aérien, des elfes) m'a marqué durablement. L'intensité dramatique et le suspense permanent des premiers pas de Frodo et Sam en Comté avant même qu'il ne se passe quoi que ce soit de grave dans le film m'impliquait totalement dans une narration sans faute. Le moment de l'apparition du Balrog, uniquement nommé par Legolas, qui percevoir voir tour à tour chacune des races de la Communauté et chacune des sensibilités de ses protagonistes et produisait, dans un moment magique, un regard minéral, hors du temps, de Legolas, seul conscient avec Gandalf de ce danger d'un autre âge, m'a radicalement fasciné. Je me souviens aussi des montagnes russes incroyables depuis le fond souterrain de l'armée en construction de Saruman jusqu'au sommet d'Orthanc où gisait Gandalf, captif. Du duel des mages criant dans le ciel de part et d'autres de la montagne. Des mouvements tournoyants autour d'un Saruman et d'un Gandalf hiératique dans leur posture superbe d'istari en Terre du Milieu. Et j'ai trouvé peu de scènes plus mystiques que le départ à cheval de Gandalf abandonnant Frodo et Sam au milieu d'une nature soudainement inquiétante, peuplée de bruits d'oiseaux suspects et dangereux. Le volume sonore donnant du relief aux différentes scènes, le travail des matières, la construction de chaque milieu dans son environnement propre, l'étalonnage des couleurs... autant d'éléments de composition qui m'ont fait vivre la Terre du Milieu de la façon la plus intense. Et quoi qu'en dise JR, les milliers de détails qui fourmillent dans les dizaines d'heures de making off et de commentaires et qui explicitent le savoir-faire derrière les propriétés de l'œuvre qui m'ont marqué ne pourront jamais se réduire à la simple autopromotion par ailleurs évidentes de ces bonus. Non que le savoir-faire suffise à produire une œuvre d'art puisqu'il n'y a qu'un opus sur 5, et bientôt sur 6 sans doute, qui me semble réellement un grand film. Mais l'art de Weta n'est rien sans Peter Jackson pour le diriger et le faire vivre. Certes, le gorille de King Kong est plus vrai que nature, mais encore fallait-il le faire vivre dans toute sa bestialité tout en le rendant attachant, ce qui demande une narration impeccable, une composition, des angles de vue, un séquençage et un montage au service de l'ensemble. Cela ne rachète pas les scènes complètement creuses des adaptations suivantes ("Legolas, que voient vos yeux d'Elfe" ? ou le piètre retour de Gandalf le Blanc) mais faisait tout le génie du premier film et ce, dès son prologue. Quelle superbe dichotomie du combat de la lumière contre les ténèbres dans la masse grouillante de la vermine gris-noir des Orcs déferlant sur l'armée dorée des Elfes en rangées sous le commandement d'Elrond... Etc. Etc. Je quitte là, et sans me relire pour l'instant, en m'excusant tout en sachant que si c'était à refaire... Je n'hésiterais pas à une seconde. Shudha/Séb. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Silmo - 08/01/2014 Cher Shu. Il parait que le mauvais goût, ça n'existe pas, sinon peut-être de ne pas en avoir (comme la citrouille*) * je profite que Laegalad est pas là pour dire du mal du non-goût de la citrouille qui en a seulement grâce à ce qu'on y ajoute :-p A mon sens, mieux vaut un film horrible...donc, a priori, efficace à engendrer un sentiment d'horreur (par exemple, Prometheus) plutôt qu'un film fade, creux, vide même s'il est truffé de prouesses techniques (par exemple, Avatar)
Autre exemple, Eric Rohmer: supergrand réalisateur à ce qu'on dit, subtil et tout. Bah, pour moi, c'est émotion proche du rien du tout ! Rien à faire, ce cinoche là m'emm****. Donc absent du panthéon à Silmo. En fait, le premier critère ( le seul?) d'appréciation d'une œuvre, c'est celui de l'émotion et de son intensité (qu'elle soit positive ou négative, peu importe). Voila l'unité de mesure qui nous sert à hiérarchiser nos films préférés, bien avant de décortiquer pour savoir si c'est plutôt à cause de l'éclairage, de la focale ou de la palette. Ces considérations techniques ne prennent de l'importance que si, mal utilisées, elles perturbent fâcheusement la lecture d'une œuvre. De cela, on peut discuter à l'envie sur les mérites que toi, moi, nous trouvons à un film... Par contre, à chacun son barême d'émotion, c'est une unité de mesure qui ne peut s'harmoniser même dans notre belle Europe :-) Silmo =>Hyarion. Tu devrais pouvoir emprunter "les Mystères de Lisbonne" version ciné, au Dragon et à sa Dame. Je sais qu'ils ont ça dans leur dvdthèque (sauf s'ils l'ont refourgué) :-) [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - shudhakalyan - 08/01/2014 Bravo Silmo ! Ah ah, quand je pense que j'ai aussi aimé Avatar... Je suis vraiment incurable mais promis, je ne m'en excuserai même pas :p. S. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Silmo - 08/01/2014 J'ai pas aimé Avatar mais j'ai bien aimé Pacific Rim ... qui, du point de vue de Semprini, vaut pas tripette. CQFD
Avatar, entre autre à cause d'un scénario haltérophile et d'un acteur principal du même métal avec l'expressivité d'un parpaing. Silmo [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Semprini - 08/01/2014 En lisant ton très chouette post, shu..., je me suis cru transporté un instant dans un roman de Jack Vance, chez qui abondent les dialogues formalistes où la flatterie le dispute à l'ironie. Je suis confus de répondre succintement à ta longue et riche intervention, mais je me suis forgé avec les années une conviction sur les films de Jackson, que je n'ai plus trop envie d'éprouver dans le feu des discussions. Ce qui fait, qu'effectivement, je sois passé au travers des failles d'Internet sur ce sujet là. Par ailleurs, Genette ou pas, je crois qu'il existe des canons esthétiques propres au cinéma (sur la composition des plans, le découpage, le montage, etc.) établis par les oeuvres des cinéastes classiques (canons portés par des milliers de films depuis le début du 20e siècle et une longue historiographie critique). J'ai été éduqué au cinéma en voyant d'abord ces oeuvres classiques, à la Dernière Séance ou ailleurs. Jackson, qui vient du cinéma d'horreur indépendant (d'où son goût si peu tolkienien pour les monstres, la violence et le gore), a une conception de la mise en scène qui va souvent à rebours de ces canons classiques. Cela fait le bonheur de certains - pas le mien. J'ai aussi lu Tolkien avant de voir Jackson - ce qui explique là aussi bien des choses, de même qu'explique aussi bien des choses le fait que tu aies pour ta part découvert Jackson avant Tolkien (car je ne nie pas non plus l'importance de l'histoire personnelle et du sentimentalisme de chacun dans ces affaires-là). Je n'arrive plus à voir les films de Jackson en DVD aujourd'hui. Mais je suis très heureux qu'ils t'aient enchanté et qu'ils aient permis à beaucoup de gens de découvrir Tolkien.
Silmo, [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - ISENGAR - 08/01/2014 Semprini a écrit :
J'adhère farpaitement à ce que vient d'écrire Semprini.
A la lecture de ton post, je me suis même surpris , cher Shou, à être un peu jaloux de l'effet de la vision du premier opus de la "trilogie du siècle" en termes d'émotion et d'intensité (pour reprendre la formule de Silmo). Comme Semprini, j'ai certains marqueurs, certains référentiels cinématographiques. De fait, je suis aujourd'hui incapable de déceler une part de qualité dans ce premier film (que j'ai revu récemment en version longue avec mes enfants), alors que j'en extirpait pourtant naguère quelques passages intéressants (hors de la mauvaise foi globale qui caractérisait mes analyses d'il y a dix ans).
J'aimais bien Cul de Sac et les premières minutes dans la Comté et aussi l'intervention du Balrog, par exemple. Je ne les apprécie plus aujourd'hui. Les défauts du style de Jackson dans ce film me sont devenus insupportables et ont avalé avec le temps, les rares passages qui trouvaient grâce à mes yeux. ...et je ne parle que de la Communauté de l'Anneau, camarades. Difficile dans ces conditions de s'approprier avec objectivité la deuxième trilogie, en ce qui me concerne.
Mais je tiens à préciser que tout ceci ne relève pas de l'antijaxonisme primaire : la preuve, mois aussi je suis content que tu aies aimé la Communauté de l'Anneau et que le succès de ces films aient amené tant de monde à Tolkien
... épatants, ces petits champignons mexicains que je viens de manger I. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Semprini - 08/01/2014 Moi, j'aime toujours les scènes que j'avais aimées en 2001, 2002 et 2003. Et je les revois parfois avec mon fils avec plaisir. J'aime toujours le Gandalf de McKellen et le Boromir de Sean Bean. Mais je ne peux revoir que des petits bouts. C'est sur la durée que je ne tiens plus - les regards embués du duo mièvre Elijah Wood/Sean Astin, qui surjoue chaque scène, cette focalisation manichéenne sur les monstres, les interminables et redondantes scènes de bataille avec le trio de terminators Legolas-Gimli-Aragorn et cette mise en scène si lourde qui accentue chaque effet et flêche chaque émotion, au bout de quelques minutes, malgré les qualités que je peux reconnaitre au film par ailleurs, je ne peux plus. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - shudhakalyan - 08/01/2014 Vous m'épatez, comme les champignons d'Isengar (a shortcut to them ?) J'ai aimé Avatar (y compris l'inexpressivité de l'acteur que je trouve précisément magnifique) et Terminator 2, s'agissant de Cameron... En revanche, je ne supporte pas Titanic :p. Mais je crois qu'on vient de faire un beau tour des gouts, de leurs caprices, de leurs incongruités, de leurs inconvenances. Pour les référents du cinéma classique, j'en ai quelques-uns, mais plus épars, plus chaotiques. Je suis un grand passionné de La Honte de Bergman, de L'évangile selon Mathieu de Pasolini, et d'Antonioni en général (mais surtout L'avventura, parce que c'est là que je suis tombé amoureux de Monica Vitti). Quoi qu'il en soit, et c'est l'essence même de ces échanges : vous me donnez un immense désir de cinéma, là où PJ n'est plus parvenu qu'à me donner soif depuis longtemps. Par ailleurs, je tiens à poser quelque chose d'insignifiant et d'important parce que personnel. Si j'écris un jour quelque chose d'un peu fouillé sur PJ, j'espère sincèrement pouvoir vous compter dans mes premiers lecteurs (et détracteurs !) de qualité, de ceux qui ne vous laissent passer aucune bêtise (sauf l'incurable), vous Hyarion, Silmo, Semprini, Isengar, ce serait vraiment un honneur. Là-dessus, je sens, moi qui suis aussi un lecteur très erratique, que le désir de quelques Promenades au pays des Hobbits m'appelle à son tour. Vivement la disponibilité de m'y vouer. S. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - shudhakalyan - 08/01/2014 Semprini : Ceci dit, moi non plus je ne peux plus
ps : à la liste de mes lecteurs/détracteurs d'honneur, j'ajoute Elendil bien sûr [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Semprini - 08/01/2014 shudhakalyan a écrit :
Ah, il avoue ! La preuve en est faite ! :p Un vrai chef-d'oeuvre par définition ne peut provoquer la saturation car il ne fatigue pas les yeux. Il est des films que j'ai vus 20 fois toujours avec le même plaisir grâce à leur forme fluide et classique (Ford, Renoir, Hawks, Hitchcock, Mizoguchi, Kurosawa, Satyajit Ray, Tarkovski, Powell & Pressburger, etc... comment se lasser de voir certains de leur film dont la mise en scène est comme un onguent pour les yeux ? [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - shudhakalyan - 08/01/2014 Ah ah Cette remarque sur la saturation des chefs d'œuvre, même si elle se voulait malicieuse s'agissant de Jackson, m'en rappelle une autre, à nouveau liée aux Misérables (je prépare un cours en fait :p) : Jean d'Ormesson a écrit :
Du coup, j'en viens à penser ceci à propos de la remarque de Jackson dans le Figaro au début de ce fuseau, qui m'a beaucoup touché : j'ai d'abord cru que PJ était fatigué des critiques, et qu'il avait besoin de s'en extirper... mais c'est peut-être beaucoup plus profond : n'était-il pas fatigué, à ce moment-là, à la faveur de l'exception française qu'Isengar a magnifiquement rendue, d'être "Peter Jackson", le "Peter Jackson" qui avait adapté ces œuvres de Tolkien, a fortiori s'il les a vraiment aimées ? J.R.R. Tolkien (traduit par Ledoux) a écrit :
J.R.R. Tolkien a écrit :
[Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Semprini - 08/01/2014 Je suis un immense fan des Misérables et lorsque j'avais découvert les critiques de Flaubert, j'en avais été très peiné. Mais aujourd'hui, je vois mieux où Flaubert voulait en venir et je trouve que sa position n'est pas dénuée de logique par rapport à la littérature réaliste qu'il défendait, là où Hugo, emporté par le lyrisme de son génie, et son goût des contrastes (ses encres...), utilisait des archétypes pour mieux faire voir la lumière en faisant fi de tout réalisme. Il faut voir avec quelle fougue ou rage Hugo parle des juges et des avocats lors du procès Champmathieu, mais emporté par le verbe, sa rage est alors injuste. Moi, je pense que la mise en scène de certains films classiques, une mise en scène fluide, posée, en retrait, en roides diagonales où passent de doux voiles, n'épuisera jamais ses charmes. Les tempêtes peuvent fatiguer. Pas les douces brises. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - sosryko - 08/01/2014 Ah la la, moi, je vous propose de vous retrouver autour d'un verre de vin lorsque vous serez lassés comme PJ lui-même de revenir encore et encore sur la trilogie... et mince, il est là aussi, le bougre ! ;-) Pour la suite de l'explication, voir Chroniques de la Vigne de Fred Bernard
S. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Cédric - 08/01/2014 Me concernant, j'ai vu la première trilogie une fois à la sortie en cinéma, une autre fois il y a an. Point trop n'en faut. De fait, je n'en suis pas lassé :p Si un mérite est à attribuer à PJ, c'est outre les personnes qui se sont intéressés par la suite à Tolkien, le "boom littéraire" (et notamment en France) que cela a suscité. Et, par là, mieux faire découvrir l'Oeuvre. Ce point, je crois qu'on ne peut lui enlever (nous ne l'avions pas attendu mais cela a tout de même facilité certaines choses, je crois).
[Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Hyarion - 09/01/2014 Silmo a écrit :
Je prend bonne note de cela. En y repensant, il me semble que Romaine m'en avait parlé, en effet, mais il y a déjà fort longtemps... Bref, je leur demanderai à l'occasion. :-) Silmo a écrit :
James Cameron, comme j'ai déjà l'occasion de l'écrire sur ce forum, m'a toujours fait l'impression d'être d'abord un capitaine d'industrie, toujours à la pointe de la technique, avant d'être un artiste ou le démiurge que l'on célèbre aujourd'hui. Je peux me tromper, mais je pense qu'il restera avant tout dans l'histoire du cinéma pour son rôle en matière d'évolution technique du septième art, de même peut-être que Peter Jackson. Titanic m'a toujours donné l'impression, depuis la première fois que je l'ai vu en salles, d'être un modèle en matière de reconstitution historique avec force moyens, plus que d'histoire racontée. Même chose pour Avatar : le scénario (qui a quelque peu coupé l'herbe sous le pied du John Carter d'Andrew Stanton, malheureusement pour ce dernier) est assurément cousu de fil blanc, tandis que la capacité d'immersion dans la fiction permise par la technique fait sans doute de ce film une référence pour le cinéma de demain. Cameron aura bientôt l'occasion, du reste, d'enfoncer le clou à ce propos, avec ses suites à Avatar qui vont régulièrement se succéder en salles dans les prochaines années, à la suite (et probablement aussi à la manière) de la deuxième trilogie de Jackson. *** Pour le reste, il est difficile de réagir à tout ce qui a été écrit depuis mon précédent message...
J'aimerai simplement souligner ici que si je me suis lancé dans l'exercice consistant à écrire des critiques sur la deuxième trilogie, je l'ai fait en ayant gardé en mémoire, bien entendu, les éditos de Semprini dédiés à la première trilogie et publiés sur JRRVF. Semprini — dont TB disait affectueusement, dans le temps, qu'il était "notre monsieur cinoche" ;-) — avait placé la barre assez haut à l'époque en matière d'analyse et de critique, le résultat contrastant d'ailleurs singulièrement avec le commentaire laissé sur le forum l'année dernière à propos du premier volet du Hobbit de PJ : ce message Semprini a écrit :
Ces propos me font penser à mon propre rapport aux films de Jackson. J'ai moi aussi lu Tolkien avant d'avoir vu les films, et ne le regrette pas, surtout s'agissant du Hobbit. Cependant, pour ce qui est du Seigneur des Anneaux, je dirais que les films m'ont sans doute aidé, de façon assez décisive, à revenir à Tolkien alors que le Seigneur des Anneaux, à la lecture, ne m'avait initialement pas autant plu que le Hobbit. Cependant, une fois l'intérêt de circonstance passé, et les souvenirs esthétiques bien inscrits en mémoire, je n'ai guère eu envie, par la suite, de revoir régulièrement la première trilogie. Semprini a mis des mots sur ce que j'ai longtemps eu du mal à définir : le cinéma de Jackson n'est pas la même chose que le cinéma que j'ai appris à apprécier, en lui-même, avec le temps. Le fait que je ne suis pas du tout amateur de cinéma d'horreur explique peut-être pourquoi un certain nombre de codes dudit cinéma d'horreur dont est issu Jackson ne "marchent" pas sur moi, contrairement à ce qu'il en est pour d'autres cinéphiles pour qui l'horreur va naturellement avec la SF, le fantastique et la fantasy (pour faire simple), alors que pour moi un tel mélange ne va pas forcément de soi, fusse dans le cadre général de ce que l'on appelle le cinéma de genre, et bien que les catégorisations ne soient vraiment ma tasse de thé par ailleurs. J'aime l'esthétique apportée par des artistes comme John Howe et Alan Lee sur les films de PJ, et j'aime ces tableaux portés à l'écran qui en découlent, même quand ils sont le théâtre de scènes supposées "kitsch" comme celle du baiser au clair de lune entre Aragorn et Arwen dans la Communauté de l'Anneau. Cependant, les choix de Jackson en matière de mise en scène et de structure narrative ne m'a jamais marqué en eux-mêmes comme peuvent le faire, à chaque fois que je les revois, les choix faits pour des films comme The Good, the Bad and the Ugly de Leone ou Excalibur de Boorman. En dehors de l'esthétique, restent chez PJ des choses réussies que je continue à apprécier d'une part (comme Semprini, je trouve toujours très convaincants le Gandalf de McKellen [surtout le Gris, plus que le Blanc] et surtout le Boromir de Sean Bean, excellent acteur) ainsi que, d'autre part, des scènes que je n'aime pas du tout (notamment les scènes ridicules de prouesses guerrières de Legolas que j'ai évoqué dans ma critique sur le présent fuseau, ainsi que "les regards embués du duo mièvre Elijah Wood/Sean Astin, qui surjoue chaque scène" dont parle Semprini et qui "gâche" un peu en particulier la conclusion de la Communauté de l'Anneau), avec au milieu, entre ces deux tendances de goût, un ensemble qui m'a toujours paru tenir la route dans l'ensemble, malgré les faiblesses constatées par ailleurs et notamment dans les Deux Tours et le Retour du Roi. Personnellement, je continue de considérer la Communauté de l'Anneau comme étant le meilleur volet, le plus prenant, de la première trilogie, mais le Dragon Didier m'a toujours dit, lui, qu'il préférait les Deux Tours. Bref, à chacun son barème d'émotion, comme l'a justement écrit Silmo... Semprini a écrit :
Cela me fait penser que j'ai la Rue de la honte de Mizoguchi dans ma vidéothèque et que je n'ai pas encore pris le temps de voir ce film, dont on m'a dit du bien. Parmi tous les autres grands cinéastes cités, j'avoue qu'il y en a deux dont je ne connais pas le travail, à savoir Satyajit Ray (je connais très mal le cinéma indien) et Tarkovski (dont l'aura particulière m'a toujours un peu effrayé, je l'avoue). *** ISENGAR a écrit :
J'avoue, cher JR, que je suis curieux de savoir quels sont précisément ces référentiels, dans la mesure où, sauf erreur de ma part, tu n'en as jamais beaucoup parlé. :-) J'avoue ne pas avoir tout relu de ce que tu as pu écrire contre les films de PJ, mais il me semble que tes propos, généralement, portaient davantage sur le rapport à établir (ou plutôt, à te lire, à ne pas établir... ;-) ...) entre Tolkien et PJ, plutôt que sur le rapport à établir ou non entre le cinéma de PJ et celui d'autres cinéastes vis-à-vis de la question de l'adaptation. *** Amicalement à tous, :-) Hyarion. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Elendil - 10/01/2014 Hyarion a écrit :
De Tarkovski, je ne connais que son Andrei Roublev, mais quel chef d'œuvre absolu du cinéma ! Un des très rares films que je revois périodiquement pour le pur plaisir esthétique. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - shudhakalyan - 10/01/2014 Quant à moi, mon pseudo relève davantage du Salon de Musique que de toute évocation anglosaxonne ou néozélandaise ^^. J'ai d'ailleurs toujours rêvé trouver un enregistrement d'Ustad Salamat Ali Khan tel qu'on l'entend dans ce grand film de Satyajit Ray, en chanteur solo, mais il est quasiment toujours accompagné de son frère Nazakat et l'harmonie n'est pas le point fort de la tradition vocale hindustani et des ornementations raffinées du khayal... mais si, vous me suivez encore S. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Semprini - 13/01/2014 Hyarion a écrit :
Je suis désolé que tu aies été "déçu". A vrai dire, j'avais commencé à écrire un texte sur le Hobbit, mais je n'en aimais pas le ton - trop aigre, trop critique. D'où la lassitude ou la fatigue que j'avais confiée sur le forum à l'époque. Je n'avais jamais conçu les éditos comme un moyen détourné de m'en prendre à Peter Jackson, mais plutôt comme un prétexte pour parler du Seigneur des Anneaux de Tolkien en réfléchissant à la question de son adaptation. J'ai le sentiment que les films de Jackson m'ont permis de mieux comprendre ce qui faisait l'originalité du livre de Tolkien. Ses deux premiers films (La Communauté de l'Anneau et Les Deux Tours) avaient suffisamment de qualités pour susciter des discussions intéressantes - c'est à partir du Retour du Roi que cela s'est vraiment gâté. Or, m'en prendre directement à Peter Jackson non, cela ne m'intéresse pas - et c'est ce qui se serait passé si j'avais écrit des éditos sur Le Hobbit de Jackson, car c'est moins une adaptation du livre de Tolkien qu'une redite du Seigneur des Anneaux de Jackson en moins bien et plus régressif . Je préfère parler de ce que j'aime. Je craignais également de ressasser sans plus-value ce que j'avais déjà écrit.
Sinon de Satyajit Ray, il faut voir en priorité son chef-d'oeuvre La Trilogie d'Apu - il s'agit de trois films (La Complainte du Sentier, L'Invaincu, Le Monde d'Apu) qui racontent la vie d'un homme de l'enfance à l'âge adulte. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Hyarion - 13/01/2014 Merci pour tes précisions, Semprini. Je comprends tout-à-fait que tu aies eu à cœur de préférer parler de ce que tu aimes, et de ne pas ressasser des choses déjà écrites par le passé. :-) Merci également à tous pour les conseils cinéphiles. :-) Amicalement, Hyarion. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Laegalad - 14/01/2014 Silmo a écrit :
Les citrouilles, c'est bon. Guillaume Long est d'accord avec moi, y compris sur la nécessité de la découper au sabre-laser. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Silmo - 14/01/2014 Laegalad a écrit :
Les Sith Rouille, eux seuls au sabre-laser, découper tu dois ! Silmo, qui préfère les navets en cuisine plutôt qu'au cinéma :-D [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Lenidem - 19/01/2014 Un peu intimidé par toutes ces références cinématographiques, je vous propose à la place de la mienne cette merveilleuse critique vidéo : http://www.howitshouldhaveended.com/content/videos [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Cédric - 20/01/2014 J'ai vu la chose hier. Je vais pouvoir lire vos critiques et vous faire mon propre retour (si tant est qu'il apporte quelque chose ;-))
++ [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Aglarond - 29/01/2014 Eh bien eh bien eh bien... Que de réflexions depuis six semaines ! C'est un gros travail de concentration de vous lire, mais quel plaisir aussi ! Décidément, il ne faudra pas que je m'absente plus d'une semaine lors de la sortie du dernier volet. Et il y a encore tout le reste du forum à aller voir...
Amicalement, PS : quand même, Cameron... Avatar est à voir en ouvrant en grand les yeux mais en débranchant à tout prix le cerveau tant les ficelles scénaristiques sont grosses et usées, et pour Abyss on touche vraiment le fond - et il est à - 5000 m ! Je me souviens qu'avec mes cousins, au bout d'1h30 on n'était resté devant le film que pour voir s'il resterait aussi nul jusqu'à la fin... Quant à Titanic, il m'a globalement laissé assez froid - du moins, jusqu'à une réminiscence non dénuée de frissons lorsque j'ai vu le premier iceberg surgir du brouillard et se dresser devant l'étrave ce jour de Noël... J'avais toujours rêvé de crier "Iceberg droit devant !) [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - Hyarion - 02/02/2014 Le 18 décembre dernier, Hyarion a écrit :
En consultant le programme du cinéma dans lequel je suis allé voir The Desolation of Smaug, je me suis dernièrement rendu compte qu'en fait, le 11 décembre dernier, j'ai dû voir le film en version française, en 3D... et en "high frame rate" (HFR) de 48 images par seconde, alors que j'avais écrit que je l'avais vu 24 images par seconde : comme quoi, il semble que je me sois vite habitué à cette innovation technique (maintenant que j'y pense, il me semble me souvenir de certains effets visuels déjà perceptibles lors de mes visionnages du premier film de la nouvelle trilogie, mais j'avoue que cela ne m'a pas beaucoup marqué)... Seule la version audio originale en anglais m'aura donc finalement manqué, mais vu que l'exploitation du film en salles touche à présent à sa fin, le rattrapage aura peut-être lieu plus tard, en DVD ou Blu-ray... *** Pour celles et ceux que cela intéresse, et comme cela a déjà été proposé l'année dernière pour An Unexpected Journey, sachez que vous pouvez répondre, à partir d'aujourd'hui, à un sondage sur Tolkiendil concernant le deuxième volet de l'adaptation cinématographique du Hobbit : http://forum.tolkiendil.com/thread-7442.html Amicalement, :-) Hyarion. [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - ISENGAR - 03/03/2014 C'est tout simplement scandaleux... après 6 nominations (trois pour "un voyage inattendu" et 3 pour "la désolation de Smaug"), la seconde trilogie du siècle n'a toujours pas eu le moindre oscar ??? [Critiques] The Hobbit: The Desolation of Smaug - Peter Jackson (2013) - ISENGAR - 10/04/2014 Hello, un petit mot pour une confirmation : est-ce que ce paysage, visiblement tiré du film, représente le domaine de Beorn ?
Merci I. |