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[Parution 04/01/2016] Pour la gloire de ce monde. Recouvrements... - Version imprimable +- Forum JRRVF (https://www.jrrvf.com/forum) +-- Forum : L'Œuvre - Etudes & réflexions (https://www.jrrvf.com/forum/forumdisplay.php?fid=3) +--- Forum : Tolkien et la Littérature (https://www.jrrvf.com/forum/forumdisplay.php?fid=11) +--- Sujet : [Parution 04/01/2016] Pour la gloire de ce monde. Recouvrements... (/showthread.php?tid=4839) Pages :
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[Parution 04/01/2016] Pour la gloire de ce monde. Recouvrements... - Fimbrethil - 02/03/2016 sosryko a écrit :
Bonjour sosryko, mais je te rassure: je m'en doutais bien, et pour les deux raisons que tu invoques. [Parution 04/01/2016] Pour la gloire de ce monde. Recouvrements... - Beruthiel - 03/03/2016 sosryko a écrit :
Oui, la "sophiologie pneumatologique", ça pique un peu... Mais il ne faut pas t'excuser, cela fait partie des plaisirs de l'exploration ! Et il en faut pour tout le monde... D'autres auront le cuir assez épais pour suivre sans dommage les sentiers que vous avez tracés. J'ai bien pris note du conseil de lecture... Beruthiel [Parution 04/01/2016] Pour la gloire de ce monde. Recouvrements... - Silmo - 04/03/2016
Mwarf !!! [Parution 04/01/2016] Pour la gloire de ce monde. Recouvrements... - Beruthiel - 04/03/2016 Je ne voudrais pas que ce que j’ai écrit donne une idée fausse de cet ouvrage. Les passages qui m’ont paru les plus difficiles étaient plutôt des citations comme cette fameuse « sophiologie pneumatologique » qui est d’ailleurs développée en note de bas de page. Mais par ailleurs les auteurs ont eu le souci de transmettre de manière la plus claire possible les éclairages qu’ils peuvent apporter sur l’œuvre de Tolkien. J’ai beaucoup appris en lisant ces articles de la richesse de l’œuvre, des structures que l’on peut mettre en évidence dans le récit, et du sens que Tolkien avait voulu apporter, en particulier en ce qui concerne la thématique du Marrissement et l’Estel. Bref, « quelques branches épineuses » mais surtout de bons sentiers dans une bien belle forêt… Beruthiel [Parution 04/01/2016] Pour la gloire de ce monde. Recouvrements... - Zelphalya - 19/04/2016 Hop un code
[Parution 04/01/2016] Pour la gloire de ce monde. Recouvrements... - Cirdan - 21/04/2016 Il est émouvant pour moi de venir parler ici un peu longuement (j'espère que je ne serai pas ennuyeux, mais le contenu étant si riche, je ne peux me résoudre à être concis!) afin d' évoquer ce livre, que j’attendais depuis de nombreuses années – plus d’une décennie, même – et qui paraît enfin. Voilà quatre mois qu’il est chez moi, et j’ai enfin le temps de m’y plonger. Je livrerai donc ici mes impressions de lecture, article par article. Venant d’achever le premier (dont j’avais déjà lu une première version), je vais me consacrer à sa recension en essayant d'en conserver l'esprit. Le seuil et le centre
Voilà un long article (presque un court livre à lui seul) qui montre comment une étude structuraliste dans le bon sens du terme peut apporter des éléments de profondeur sémantique au lecteur et enrichir sa lecture. C’est une démonstration de plus - pour ceux qui reprochent aux études structuralistes de vider le sens d’une œuvre en la disséquant telle une grenouille de laboratoire - qu’on peut parfaitement s’attacher à l’étude de la structure d’une œuvre en respectant ce qui fait son essence, sans « quitter les chemin de la raison » au sens où l’entend Gandalf. Son idée principale est que la structure d’organisation textuelle de type A/B/A’ et ses variantes constitue un principe d’écriture généralisée (au contraire de la structure en chiasme, apparemment proche mais en fait fondamentalement différente). Par ailleurs, quand bien même on ne voudrait pas suivre la totalité des structures concentriques soulignées dans cette étude, celles-ci auront systématiquement le mérite de rendre concret l’affirmation de Tolkien selon laquelle il a soupesé chaque mot du SdA. Une expression aussi commune en apparence que « clear voice » apparaît et réapparaît dans des situations qui se répondent, et le lien à la lumière primordiale y est toujours pregnant. Un élément de l’étude qui est à mes yeux particulièrement beau (et qui souligne, si besoin était, le caractère humaniste de l’écriture du SdA) se trouve être la mise en lumière de l’Anneau caché - miroir positif et opposé de l’Anneau de puissance – que constitue ce lien heureux dans lequel réside beaucoup de la victoire finale : la parole amicale partagée. La Voix divine, qui ne se manifeste que dans la vision de Sam sur Orodruin au climax de l’œuvre, mais qui peut prendre l’apparence d’un silence sans l’être (est-ce que l’ « étrange chance » dont parle Frodo et Gandalf n’est pas une manifestation paradoxalemet silencieuse du Logos à l’œuvre ?), cette Parole est également présente, de manière moins majestueuse mais tout aussi importante pour la réalisation de l’Eucatastrophe finale, dans les paroles amicales échangées : le son de la voix de Frodo (« ring in your voice » dit Baie d’Or ; on trouve la même expression pour évoquer la parole de Tom), mais à travers lui toute manifestation orale de lien aux autres et d’ouverture se rattache à ce lien qui sauve. Les manifestations discrètes de la Parole ne sont pas moins importantes que ses manifestations merveilleuses. Je ne veux pas décrire ici l’article point par point comme le font les revues critiques détaillées, afin de laisser à chacun d’entre vous un peu du bonheur de la découverte, car on avance dans cet article comme dans le Seigneur des Anneaux, à travers une alternance de forêts (de structures) et de clairières (de sens) bien agencées : le déroulement sherlockholmesque des premières (où intuition et logique s’entrelacent) aboutissant à l’éclaircissement dans la profondeur, éclair dans un ciel serein, puits ramenant l’eau transparente de la source à la surface. Le projet de l’article est mené à bien. Après sa lecture, on comprend mieux que la structure concentrique joue non seulement à toutes les échelles dans le SdA comme procédé architectural, mais aussi que cette structure est porteuse de sens : la mise en valeur d’un centre est en effet philosophique. Comme la maison de Tom Bombadil à l’égard des épreuves du monde qui l’entoure (Vieille Forêt et Haut des Galgals), le centre de l’homme, est sa seule manière d’affronter le vaste monde qui l’entoure. Je digresse sans doute trop, mais j’ajouterai ceci : l’homme sans centre intérieur peut-il aimer son prochain ? S’il doit l’aimer comme lui-même, il l’aimera fort mal. Voilà le recouvrement majeur que nous apporte cet article : dans notre société actuelle de l’extrême solitude, où la destruction du lien social sous ces diverses formes (au profit de réseaux sociaux, mais un réseau, qui plus est virtuel, n’est pas un lien !) a créé des humains « électrons-libres » sans centre « atomique » en eux-mêmes, la maison de Tom agit comme un contre-modèle à ce que l’on nous vend : loin d’être simple poncif d’une vie arcadique hors du monde, cette maison est le symbole d’une unité intérieure de deux cœurs pour affronter la complexité de notre monde. Je ne voudrais pas clore sans citer – si Jean-Philippe Qadri me le permet – la merveilleuse réflexion de Catherine Chalier sur la signification de l’appellation Lieu (en hébreu) pour désigner Dieu qu'on trouve à la fin de l'article : « Dieu ne (vient) pas s’installer dans tel ou tel lieu particulier, (mais c’est la notion même de lieu qui prend sens grâce à Lui. Ce qui est très précisément dire qu’un lieu (…) a besoin que celui qui le contemple, l’arpente (…) ou simplement y respire, debout et émerveillé, le fasse dans une allégeance à l’infini qu’il manifeste, à l’Invisible d’où vient sa clarté et son énigme, pour mériter le nom de Lieu (…). Or cette obligation de fidélité se fraye une voie là seulement où l’homme n’observe pas l’espace dans l’arrière-pensée de s’en saisir, par la représentation, par le concept ou plus banalement, par les haies dressées et fermées de ses domaines privées, mais où il se tient en arrêt devant l’énigme d’une signifiance que nulle parole n’épuise et qui éclipse la sereine ou troublante clarté des phénomènes. » En dix lignes inspirées de l’enseignement du sage de Troyes, cette Dame philosophe exprime une pensée qui tend à se rapprocher au moins partiellement de l’expérience poétique d’Yves Bonnefoy lequel a cherché à cerner dans toute sa poésie (et en particulier dans L’Arrière-Pays) et à exprimer l’essence du « Vrai Lieu » à travers l’expérience poétique de lieux réels (à ceci près que Bonnefoy, qui refuse l’espérance, ne nomme pas Dieu l’expérience du Vrai Lieu). Il y aurait à creuser, en suivant les sentiers débroussaillés ici par notre cher Sosryko, si l’on voulait s’intéresser aux description poétiques de certains autres lieux de Terre du Milieu (ou plus largement d’Arda) en analysant les marques d’un regard narratif placé « dans une allégeance à l’Infini ». Pierre Jourde l’a semble-t-il fait à sa manière, mais sans doute bien des lieux d’Arda méritent encore d’être explorés avec ce regard, qui n’est autre que celui de l’enfant. Círdan
[Parution 04/01/2016] Pour la gloire de ce monde. Recouvrements... - Yyr - 22/04/2016 J'ai trop peu de temps, hélas, faire plus que seulement lire JRRVF ces derniers temps (même si je compte bien dépasser cette fatalité).
Un très grand merci à vous, Beruthiel & Círdan, pour ces paroles. Yyr [Parution 04/01/2016] Pour la gloire de ce monde. Recouvrements... - sosryko - 23/04/2016 C'est une grande joie que de te lire Círdan. Dire autre chose que ce qu'a déjà pu dire Yyr serait difficile sans paraître présomptueux. Alors je contourne la difficulté et t'offre deux extraits de lectures récentes.
Et puis, pour le plaisir de la citer de nouveau, deux phrases de Catherine Chalier :
S. [Parution 04/01/2016] Pour la gloire de ce monde. Recouvrements... - Cirdan - 23/04/2016 Splendide poème, Sosryko, et tu me fais découvrir ce merveilleux auteur que je vais m'empresser d'approfondir. Merci pour la seconde citation également! Sur cette foi en la parole littéraire comme porteuse d'un message d'amour, plus puissant que l'écriture de l'Histoire, parole des vainqueurs, il existe là aussi un splendide témoignage. Un témoignage de l'efficacité de la parole poétique. Le grand poète russe Evgeni Evtouchenko a écrit ce poème après un voyage à Kiev où il découvrit horrifié, en 1961, que le lieu où se déroula le massacre de Babi Yar (il faut absolument lire sur ce massacre sans nom...) ne portait la trace d'aucun témoignage, d'aucun monument. L'oubli. C'est sous la pression de ce poème écrit par un grand poète déjà reconnu (un véritable scandale à l'époque) que les autorités soviétiques y feront construire un monument en 1966 (mais sans les victimes juives). Et même s'il faudra attendre 1991 (!!) pour qu'un monument spécifiquement juif soit accepté (réalisé seulement en 2001), le poème d'Evtouchenko a sans doute été un doigt de vérité pointé sur ce vide, et ayant contribué à ce travail de mémoire.
Un boutiquier sous mes yeux viole ma mère.
Et il me semble:
[Parution 04/01/2016] Pour la gloire de ce monde. Recouvrements... - Cirdan - 20/05/2016 Avant de revenir poster une lecture du second article de Jean-Philippe Qadri dans le recueil, « Un secours comme vis-à-vis », je voudrais me consacrer au texte plus court mais très beau de Jean Chausse : « Le pouvoir féminin en Arda ».
Un peu comme je renvoyais chaque interlocuteur à l’article de Semprini dans Tolkien trente ans après concernant les accusations de racismes, je pourrai désormais faire de même sur la question de la misogynie avec « Le pouvoir féminin en Arda ». Je mets au défi n’importe quel accusateur de répondre de manière cohérente à l’argumentaire de cet article : la visée en est claire, son propos simple, mais parfaitement traité : l’accusation de « rôle secondaire » des femmes au sein de la trame du SdA, voire en Arda peut être balayé à moins qu’on en reste à l’idée grossière du quantitatif. Or, c’est justement le nombre plus rare de personnages féminins qui est un indice de leur importance centrale – bien au-delà de simples figures inspiratrices (même si elles peuvent évidemment l’être par ailleurs) : en fait, la parcimonie des personnages féminins n’est pas si évidente que cela au regard de bien d’autres œuvres littéraires qu’on ne taxe guère de misogynie.
Par ailleurs, c’est justement cette (relative) parcimonie qui met en lumière leur importance : en brossant aussi bien des portraits de femmes humaines ou elfes, mais aussi maïa ou vala, l’auteur nous montre bien des aspects de leurs rôles dans l’histoire d’Arda (et donc dans la Musique) qui échappaient au premier abord. Et c’est d’ailleurs le propre de ce pouvoir féminin que d’être aussi puissant que discret. On a pu dire que les événements sont l'écume de l'Histoire : et bien on pourrait dire qu'il en va de même en Arda! Et la vague produisant cette écume est bien souvent féminine (et d'un rôle bien plus "actif" que la vague Hélène qui lança la guerre de Troyes par son rapt).
J’ai pour ma part, grâce à cet article pu clarifier la question de la nature du pouvoir de Galadriel, qui au fond restait assez confus (tout comme sa nature même notamment à cause de l’ambiguïté du texte la concernant dans Unfinished Tales) en particulier quand au rôle joué par sa possession de l’anneau Nenya. Jean Chausse m’a définitivement permis de voir combien la protection de la Lórien n’est pas un conséquence du pouvoir de cet anneau, mais est fondamentalement lié à la nature féminine de Galadriel.
Dernière remarque : j’attachais trop d’importance à l’anneau peut-être aussi, plus ou moins consciemment par une sorte de parallélisme de vocabulaire lié à l’expression d’ « anneau de Melian » dans les textes en français concernant le Premier Âge (pour traduire l’expression originale de « Girdle of Melian »). [Parution 04/01/2016] Pour la gloire de ce monde. Recouvrements... - sosryko - 20/05/2016 Je ne crois pas que cela a déjà été noté dans ce fuseau, mais l'essai de Jean est une reprise retouchée de l'essai rédigé pour JRRVF et qu'on peut toujours lire en ligne en ces lieux S. [Parution 04/01/2016] Pour la gloire de ce monde. Recouvrements... - jean - 21/05/2016 Cirdan> tu vas me faire rougir avec tant de compliments. Je ne sais pas si ce texte « clôt une fois pour toute la controverse de la soit-disant misogynie de Tolkien » mais j’espère qu’il contribue tout de même positivement au sujet. Sosryko> Quelle mémoire ! En effet ce texte a une histoire. Il a commencé avec un très bref article dans Amon Hen en 2000. Il avait attiré l’attention d’un membre de la TS espagnole qui m’avait demandé de le développer avant de le publier dans leur journal. Par un amusant aller et retour, cette version espagnole avait été remarquée par Ian Colier de la TS d’Oxford qui m’avait demandé de faire une conférence lors d’un Oxenmoot sur le même sujet. Ce que j’avais fait en 2004. A mon retour j’avais rédigé un compte rendu de cette conférence, à la demande de Cedric, pour JRRVF. Pendant 10 ans ce texte est resté en l’état. Le texte actuel est tout de même considérablement augmenté et développé comparé à celui de 2004 auquel tu renvoies. [Parution 04/01/2016] Pour la gloire de ce monde. Recouvrements... - Yyr - 21/05/2016 À nouveau, ce commentaire parfait de Círdan résonne en moi. Et en te lisant, cher ami, nous redire à quel point l'article de Jean nous montre que « les textes parlent pour eux-mêmes, [que] la prégnance de la place féminine en Arda est si notable » et qu'il s'agit d'un « caractère discret, mais puissant et fondamental du pouvoir féminin dans l'architecture du Conte d'Arda », je songe à un élément de cette architecture justement, qui l'éclaire déjà de la sorte : l'amilessë, ce nom donné par sa mère à un elda, parfois à sa naissance, parfois plus tard, est ce nom qui révèle souvent une carastéristique dominante de sa personnalité (essë tercenya) ou de son destin (essë apacenya). Aucune comparaison possible avec l'ataressë, le nom donné par le père (cf. HoMe X, p. 214-217). Du coup, je me sens un peu bête de n'y avoir pas songé lorsque j'ai lu et relu ton article, Jean (mais ce n'est pas bien grave non plus ; comme le dit Círdan, il se suffit plus que largement). D'où sans doute ce que la sagesse, qui conduit le Monde d'Arda (mais là, on anticipe sur « les couleurs du Monde »), peut avoir de féminin. [Parution 04/01/2016] Pour la gloire de ce monde. Recouvrements... - Yyr - 11/03/2020 Une petite remontée pour signaler ici : - En prolongement du « Secours comme un vis à vis » aussi bien que du « Pouvoir féminin en Arda » :
- En écho aux « Correspondances Mythopétiques », § 2, pp.324-326, où il est question de l'Espérance et de la Résurrection qui peuvent informer une histoire sans nécessairement y être narrées : Dans les compositions grandioses des Passions de Jean-Sébastien Bach que nous entendons chaque année pendant la Semaine Saint avec une émotion renouvelée, les événements incroyables du Vendredi saint semblent plongés dans une beauté irréelle et lumineuse. Ces passions ne parlent pas de la résurrection (elles se terminent par la mise au tombeau de Jésus), cependant, dans leur grâce si pure, elles vivent de la certitude de Pâques, de la certitude de l'espérance qui ne s'éteint pas, même dans la nuit de la mort. Cette sérénité apaisante de la foi, qui n'a pas besoin de parler de résurrection parce qu'elle vit et pense par la résurrection, nous semble aujourd'hui un peu étrange. Joseph Ratzinger, « Vendredi saint », Dogme et annonce, Parole et Silence, 2012, p.303 |