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Revue de presse - Hyarion - 19/07/2024 Elendil a écrit :
Merci pour ces précisions, Elendil. Je commençais à me demander quand est-ce que l'on finirait par en parler, même si je me doutais que la parution officielle serait pour le mois d'août prochain. Elendil a écrit :
Le monde est petit, et j'avoue que découvrir dans le même sommaire notre ami Vincent et Marylin Maeso m'a interpellé, compte tenu de ce qui a pu être écrit, ici même, l'année dernière (j'avais moi-même réagi au propos de Vincent)... ;-) Ceci dit, je note que Marylin Maeso, sur le réseau d'Elon M., a précisé hier mercredi qu'elle interroge, pour sa part, la question du mal non seulement dans l'univers de Tolkien, mais aussi dans ceux de Star Wars et de Harry Potter, univers auxquels sont également spécifiquement consacrés deux numéro hors-série « 2 en 1 » du 1, à savoir les n°508 et 509 paraissant ce mois-ci : sa participation au n°509 consacré à Tolkien n'est donc pas isolée mais conjointe avec celles aux deux autres numéros, même si je suppose que chaque article pour chaque numéro se suffit à lui-même. Une petite partie du contenu est accessible en ligne sur le site du journal. Maxence Collin termine ainsi son papier « zakouski » (soit son éditorial), « Méfions-nous des rêveurs ! » : « Nourri par d’abondantes parutions posthumes et des retraductions vivifiantes, l’intérêt pour cette œuvre [c.-à-d. celle de Tolkien] ne semble pas près d'être démenti, même s'il est parfois quelque peu malmené, entre les sursollicitations idéologiques – la Première ministre italienne Giorgia Meloni déclarant récemment y voir « un programme » – et un certain reformatage par les majors du divertissement. En témoigne encore cette année la sortie du second volet des Anneaux de pouvoir. La série, très libre, d'Amazon rend-elle justice à la hauteur de vue de Tolkien et aux questionnements que son univers adresse au nôtre ? Aux amoureux de l'œuvre de s'en faire une idée. Une chose est sûre : on ferait bien de se méfier de ces rêveurs ; sait-on jusqu'où l'espoir, le courage et le sens du devoir rapportés de la Terre du Milieu peuvent les mener ? » Cet appel à la méfiance se veut sans doute positif, mais quand je vois ce que les êtres humains sont capables de faire, au nom de ce qu'ils perçoivent de la réalité à travers leur imagination, je me dis que la tolkienophilie, comme n'importe quel centre d'intérêt lorsqu'il finit par relever d'une passion excessive, comme toute idéologie politique ou religieuse avec laquelle on meuble psychologiquement sa vie sans mesure, peut fort bien mener à tout et n'importe quoi. À chacun de juger, à cette aune, jusqu'à quel point l'œuvre de Tolkien peut éventuellement « aider à vivre (ensemble) » comme notre ami Vincent l'a affirmé, le mois dernier, sur le réseau d'Elon M. : pour ma part, vu comment les choses paraissent évoluer dans le monde comme il va, j'avoue être dans le doute. Disons simplement que si les « vieux livres » peuvent encore apporter, de nos jours, quelque-chose de stimulant pour la pensée, pour nos esprits saturés d'informations urgentes et d'images superficielles, ce sera déjà bien. Amicalement, B. P. S. (19/07/2024, 14h39) : toujours sur le réseau d'Elon M., Vincent a dit ce matin être curieux de découvrir les autres textes du numéro 509. Je suppose donc que chaque auteur d'article aura été sollicité individuellement, et aura travaillé sans échanges avec les autres en amont. Mais tant mieux si cela reste une occasion, fut-ce après coup, de mieux connaître le regard d'autrui. ^^ Revue de presse - Hyarion - 31/07/2024 Ayant finalement trouvé un exemplaire de ce numéro en deux feuilles du magazine Le 1 ce mardi 30 juillet, je l'ai lu et sans surprise le contenu m'a semblé de bonne tenue. Même si ce que j'appelle la « planète Tolkien » n'en est pas le sujet (mais pourrait l'être, notamment dans le sillage de la thèse de notre amie Forfirith, dédiée aux lecteurs de Tolkien pré-internet et soutenue en 2020), je signale par ailleurs au passage, et puisque, apparemment, l'on n'en parle pas même dans la presse et autres médias spécialisés, la parution, sous la direction de notre ami Vincent, d'actes d'un colloque universitaire francilien de novembre 2021 consacré aux communautés interprétatives des textes littéraires : Communautés interprétatives. Autour de Stanley Fish (dir. Vincent Ferré), paraissant chez Brill ce jeudi 1er août 2024, dans la série des Cahiers de recherche des instituts néerlandais de langue et de littérature française. La publication est ainsi présentée : « Ce volume interroge les conditions de l'interprétation des textes littéraires, à la lumière des propositions de Stanley Fish sur L'autorité des communautés interprétatives (1980) : leurs présupposés, leurs compétences et croyances, conditionnent l'activité herméneutique, interrogée ici par des spécialistes de littérature française, espagnole ou comparée. Réfléchir au fonctionnement concret de telles communautés – création, renouvellement, adhésion, dissidence, relation concurrentielle entre communautés, volonté d'imposer une interprétation… –, amène à envisager des implications en termes de libre arbitre et d'individualité essentielles pour nos disciplines, et à repenser les relations entre texte, auteur et lecteurs, parfois en opposant des objections nouvelles aux postulats de Fish, parfois en proposant des alternatives. »
Le prix du volume est hélas prohibitif, mais une partie du contenu est accessible en ligne sur le site de l'éditeur, dont l'introduction par notre ami Vincent, laquelle, il est vrai, était déjà aussi accessible sur Academia depuis quelque temps (« Introduction : « Dis-moi comment tu lis, et je te dirai qui tu es ». D'une communauté à une autre ») : Il y aurait sans doute, à cette aune, bien des choses à dire concernant les communautés interprétatives tolkieniennes (au-delà donc de l'aire linguistico-culturelle anglo-américaine, fut-elle dominante : on ne saurait dès lors forcément parler d'une seule communauté interprétative) et leur rapport aux textes de Tolkien, notamment depuis le début de ce siècle, sachant que l'on a affaire de plus en plus à ce que Anne appelle, justement dans son entretien paru dans Le 1 précédemment évoqué, « l'expansion de l'univers tolkiénien » via le « côté transmédiatique » de la fantasy telle qu'elle est de nos jours exploitée par l'industrie culturelle. Amicalement, B.
P. S. (01/08/2024) : la parution des actes du colloque a finalement bien été signalée sur le site de Fabula : Revue de presse - Hyarion - 01/08/2024 Signalée cet après-midi par Vincent sur le réseau d'Elon M., une série d'articles (« Tolkien et les paysages ») mis en ligne ce matin sur le site du média The Conversation, série consacrée aux paysages de la Terre du Milieu, par Blandine Gourcerol, ingénieur(e) chercheuse et chef de projet au BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) :
Peace and Love, B. Revue de presse - Cédric - 01/08/2024 Merci Hyarion pour ces derniers messages et cette belle collection de liens ! Revue de presse - vincent - 08/08/2024 oui, merci beaucoup ! Revue de presse - Hyarion - 09/08/2024 vincent a écrit :
Merci à toi pour ces précisions, cher Vincent. Cédric a écrit :
You're welcome, cher Cédric. Cela fait plusieurs jours, et même plusieurs semaines maintenant, que j'ai prévu de partager d'autres choses en ces lieux, mais outre le fait qu'écrire en juillet-août est devenu difficile depuis quelques étés, cette année c'est pire que tout... Ceci dit, j'espère encore arriver à quelque-chose dans les prochains jours... Amicalement (à tous les deux), B. Revue de presse - Cédric - 21/08/2024 Pas vraiment dans la presse mais un petit article plutôt intéressant : C. Revue de presse - Hyarion - 05/09/2024 La maison d'édition Christian Bourgois Éditeur vient de faire l'objet d'un accord de rachat par le groupe d'édition Madrigall, groupe présidé par Antoine Gallimard, lequel a conclu l'accord de rachat avec Olivier Mitterrand. Ce dernier, en tant que dirigeant du fonds d'investissement de la famille Mitterrand, avait pris le contrôle de Christian Bourgois Éditeur en janvier 2019. Pour mémoire, c'est dans ce contexte que son frère, Frédéric Mitterrand, avait temporairement dirigé la maison d'édition Bourgois, ce dont on avait alors un peu parlé en ces lieux : Frédéric Mitterrand, décédé le 21 mars dernier, avait en fait simplement assuré, pendant quelques mois, du printemps à la fin de l'été de l'année 2019, la transition de la direction éditoriale de la maison Bourgois, entre le départ de Dominique Bourgois et l'arrivée de Clément Ribes, lequel a lui-même quitté depuis ladite maison (en 2021). Bourgois faisant désormais partie de l'empire de l'édition de Gallimard, on verra bien si la situation, devenue assez peu glorieuse ces dernières années, de la maison d'édition historique de Tolkien en France s'en trouvera éventuellement améliorée...
Peace and Love, B. P.S. : Je persiste à penser, comme je l'avais écrit à l'époque, que Frédéric Mitterrand était un bon documentariste et écrivain. Pour qui ne connaitrait pas et serait curieux, je recommande Les Aigles foudroyés, qui est à la fois une série documentaire diffusée à la télé en 1997 et un livre paru également en 1997 (réédité en 2016), le tout consacré à la décadence et la chute des empires et dynasties des Habsbourg, des Romanov et des Hohenzollern, durant le dernier quart du XIXe siècle (à peu près) et le premier quart du XXe siècle (une partie du propos est aussi consacré à d'autres souverains européens de la période, notamment au roi britannique francophile Édouard VII, oncle du kaiser Guillaume II et de l'épouse du tsar Nicolas II, Alix de Hesse). C'est bien raconté, et bien écrit : mes bons souvenirs en ce sens remontaient à loin (j'avais découvert la série de Mitterrand à l'époque de sa première diffusion télévisée, puis son livre assez peu de temps après, lors de sa première parution en format de poche, vers 1998), mais ils ont été ravivés durant cet été, par le re-visionnage (malgré la très modeste qualité des images des vidéos sur YouTube, repiquées de vieilles cassettes VHS) et par la replongée dans l'écrit (je suis tombé sur la nouvelle édition de 2016 du livre en poche, chez une bouquiniste en juillet dernier), et ce malgré la morosité générale... Revue de presse - Hyarion - 08/09/2024 En juillet dernier, votre serviteur a écrit :
Suite à un clin d'œil de notre ami JR/Isengar dans un autre fuseau, je trouve le courage d'aborder enfin ce point, après avoir longtemps reporté (comme pour plein d'autres choses...). Voila ce dont il s'agit : la publication récente d'un numéro thématique de la série « Collection » (n°103, avril-juin 2024) du magazine L'Histoire consacré à l'Espagne de Franco. La parution de ce numéro trimestriel coïncide avec l'organisation d'une exposition, « Anatomie du franquisme », présentée à Toulouse du 4 avril au 22 septembre 2024 au Musée départemental de la Résistance & de la Déportation de la Haute-Garonne, première exposition générale en Europe sur le sujet.
Ce numéro thématique trimestriel a été assez récemment précédé, vers la fin de l'année 2022, par la parution, dans un numéro mensuel habituel de L'Histoire (n°502, daté de décembre 2022), d'un entretien (p. 12-22) avec l'historien François Godicheau à propos des enjeux mémoriels autour de Franco, suite à la parution en français d'un ouvrage espagnol révisionniste (anti-républicain) concernant la guerre d'Espagne.
François Godicheau fut ATER en histoire contemporaine à l'Université Toulouse II-Le Mirail dans la première moitié des années 2000, du temps où j'étais moi-même étudiant en histoire dans cette université, devenue aujourd'hui l'Université Toulouse II-Jean Jaurès et où ledit Godicheau est maintenant, depuis 2015, professeur d'histoire contemporaine (et membre du laboratoire de recherche FRAMESPA, que j'ai fréquenté dans le temps...). Spécialiste de l'histoire de l'Espagne contemporaine, auteur notamment de La guerre d'Espagne : de la démocratie à la dictature, paru dans la collection « Découvertes » de Gallimard en 2006, il est le coordonnateur du projet de cycle scientifique et mémoriel sur le franquisme auquel appartient l'exposition présentée actuellement à Toulouse (pour encore quelques jours), exposition dont il est aussi le commissaire général. Le numéro mensuel de L'Histoire de décembre 2022 avait proposé un entretien avec Godicheau pour analyser la controverse autour de l'ouvrage très polémique de l'essayiste Pío Moa, Les mythes de la Guerre d'Espagne (Los orígenes de la guerra civil), publié il y a plus de vingt ans en Espagne où il a connu un grand succès de librairie mais publié en français seulement en mars 2022. Ancien marxiste-léniniste et maoïste repenti, Moa est devenu un polémiste très conservateur, cherchant à réhabiliter Franco et à faire du camp républicain le responsable du déclenchement de la guerre civile en 1936, guerre civile pourtant notoirement provoquée par la tentative de coup d'État de généraux nationalistes (dont Franco) contre le gouvernement légitime de la IIe République espagnole. La démarche de Moa n'est pas celle d'un historien, puisqu'il ne retient des documents et faits historiques que ce qui lui est utile pour appuyer sa thèse antéposée. Cela n'avait pas empêché notamment Le Figaro de faire la promotion du livre lors de la parution de sa traduction en français, en particulier en publiant en juillet 2022 dans Le Figaro Histoire un entretien avec Pío Moa, ce pourquoi le magazine L'Histoire avait notamment réagi en publiant dès le mois d'août une critique du livre par Benoît Pellistrandi, puis donc un entretien avec François Godicheau dans son numéro 502 de décembre 2022 susmentionné. L'entretien accordé par Godicheau à L'Histoire en 2022 était accompagné – comme toujours dans ce magazine auquel je suis abonné depuis maintenant presque un quart de siècle –, d'une riche iconographie, ainsi que d'une infographie consacrée au bilan des victimes de la guerre civile espagnole et de la dictature franquiste qui lui a succédé, pour rétablir l'exactitude des chiffres face aux affirmations de Pío Moa. Une bonne partie de l'entretien allait au-delà de la polémique autour du livre de Moa, et à cette occasion Godicheau a évoqué notamment la question de la nature du franquisme. Je me permets de reproduire un extrait de l'entretien, qui expose bien les données du problème : [...] L'Histoire : Le franquisme est-il un fascisme ?
François Godicheau : Un historien espagnol expliquait de façon humoristique que parler du franquisme comme fascisme était un peu comme « prononcer les mots qui allaient ouvrir les sept sceaux » du livre de l'Apocalypse(*). Le débat existe, tout à fait sérieusement, et se développe sur la base de très nombreux travaux, avec des arguments raffinés. [...] (*) Cf. J. Rodrigo, « La naturaleza del franquismo: un acercamiento desde la perspectiva comparada de los fascismos europeos », C. R. Salvado, Universo de micromundos. VI Congreso de historia local de Aragón, Saragosse, Prensa de la Universitad de Zaragoza, 2009, p. 61. (**) C. Molinero, M. Sala, J. Sobrequés i Callicó (dir.), Una inmensa prisión. Los campos de concentración y las prisiones durante la guerra civil y el franquismo, Barcelone, Crítica, 2003. (***) G. Gómez Bravo, Geografía humana de la represión franquista. Del Golpe a la Guerra de ocupación, 1936-1941, Madrid, Cátedra, 2017. (****) Cf. B. Chamouleau, mémoire inédit d'HDR, « Politique des savoirs sur l'ordre civil post-franquiste : une histoire des droits humains en Espagne, années 1940 à 1990 ». « Franco : l'histoire comme champ de bataille », entretien avec François Godicheau (propos recueillis par François Mathou), in L'Histoire n°502, décembre 2022, p. 17-19. Cet entretien de 2022 avec Godicheau apparait, avec le recul, annonciateur du tout récent numéro thématique de L'Histoire paru cette année (L'Histoire « Collection », n°103, avril-juin 2024) et que j'ai d'abord évoqué plus haut. Entièrement consacré au sujet de l'Espagne de Franco (1936-1975), du début de la guerre civile à la mort du dictateur (et même au-delà, jusqu'aux questions mémorielles toujours actuelles), ce numéro de 132 pages contient de nombreuses contributions, avec la participation de François Godicheau, mais aussi d'autres spécialistes français et internationaux, dont l'historien britannique Paul Preston, auteur notamment du livre majeur Une guerre d'extermination. Espagne, 1936-1945 (Paris, Belin, 2016, rééd. Tallandier, coll. « Texto », 2019) dont j'ai déjà eu l'occasion de parler en ces lieux (dans un autre fuseau, il y a quelques années). Ce magazine, qui est en fait un mook (ou livre-magazine), apparait, du reste, par son contenu écrit et par ses nombreuses illustrations, cartes et infographies, comme faisant un peu office de catalogue de l'exposition toulousaine dont j'ai parlé plus haut (plusieurs exemplaires étaient en vente à la boutique du musée lors de ma visite, en juillet dernier), et en tout cas, il accompagne le propos de l'expo de manière très complémentaire (en reproduisant notamment des documents, objets et œuvres d'art présentées dans cette exposition). Les contributions que contient ce numéro thématique abordent de nombreux aspects de ce vaste sujet : la personnalité de Francisco Franco Bahamonde et son entourage, la guerre civile (1936-1939) qui fut une guerre d'extermination ayant permis l'établissement de la dictature, l'exil (la Retirada) des républicains espagnols ayant pu s'enfuir à l'étranger et en particulier en France, la résistance désespérée des maquis républicains jusqu'en 1952, la terrible famine et les pénuries que connurent les Espagnols entre 1939 et 1952 du fait de la politique autarcique d'un gouvernement nationaliste, les piliers du franquisme (armée, parti unique, Église catholique, figure de Franco, terreur et répression, nationalisme, castillan comme langue privilégiée), le contexte géopolitique international qui permit au régime de Franco de survivre dans l'Europe de la guerre froide, les quarante ans de répression épouvantable pratiquée par la dictature franquiste avec des mesures punitives dépassant les dictatures italienne (fasciste, au sens premier du terme) et portugaise (salazariste), la politique familiale espagnole sous contrôle de l'Église catholique, la modernisation malgré tout de l'Espagne dans les années 1960, les oppositions au régime qui persistèrent après la fin de la lutte armée, la lente agonie de Franco en 1975, l'amnistie et la transition démocratique entre 1975 et 1982, la guerre des mémoires jusqu'à nos jours... À noter que parmi les infographies proposés dans le mook, l'une d'elles présente à nouveau le bilan des victimes de la guerre civile espagnole et de la dictature franquiste, en corrigeant « légèrement » à la baisse le nombre de victimes des franquistes durant la guerre civile (130 000) par rapport au nombre donné dans l'infographie de 2022 évoquée plus haut (140 000), mais sans que cela modifie le caractère accablant du bilan des victimes du franquisme (180 000, dont 50 000 sous la dictature après la guerre civile), bilan qui reste bien plus élevé que celui des victimes attribué aux républicains (49 000 durant la guerre civile). Les statistiques comparées n'expliquent pas tout, évidemment, et ne dispensent pas d'entrer dans le détail de ce bilan des victimes concernant l'un et l'autre camp (ce qu'a notamment fait Paul Preston dans son ouvrage susmentionné), mais ledit bilan général doit sans doute, à l'évidence, régulièrement être rappelé (quitte à l'affiner en fonction de l'état de recherche) face à certaines tentations révisionnistes visant à réhabiliter Franco... La question « Le franquisme est-il un fascisme ? », déjà abordée en 2022 dans l'entretien avec François Godicheau que j'ai cité plus haut, est reposée à nouveau en 2024 dans ce magazine, mais cette fois-ci à trois historiens en proposant les points de vue de Godicheau (plus succinct que dans l'entretien de 2022) et ceux de Marie-Anne Matard-Bonucci (laquelle voit dans le franquisme une forme de traditionalisme totalitaire, caractérisé idéologiquement notamment par un national-catholicisme) et de Gutmaro Gómez Bravo (qui considère le franquisme comme étant une dictature militariste et antimoderne). Pour une approche plus spécifiquement tolkienienne des choses, sachant que le positionnement pro-franquiste de J. R. R. Tolkien fut notoirement motivé par sa foi catholique conservatrice sur fond d'anti-communisme par ailleurs répandu au Royaume-Uni, les articles les plus intéressants de ce numéro thématique sont sans doute ceux concernant l'attitude de l'Église catholique durant toute cette période (de 1936 jusqu'à la fin de la dictature), principalement l'article de Benoît Pellistrandi « L'Église, du soutien à la dissidence » (p. 78-83). On y développe un propos qui complète largement ce qui est dit à sur ce sujet particulier dans l'exposition toulousaine, expo dont je partage ici un extrait du commentaire accompagnant les documents et objets présentés, notamment une affiche franquiste datant des environs de 1939 (année de la victoire militaire de Franco, qui reçu des félicitations du pape Pie XII pour cela) et célébrant la croisade national-catholique aboutissant à l'« Espagne, guide spirituel du monde » :
L'Église catholique espagnole fut la première allié de Franco dans sa Croisade contre « l'anarchie », « le socialisme » et le « laïcisme » qu'incarnait à ses yeux la IIe République. La majorité de ses ministres appuyèrent le coup d'État dès le départ et offrirent à ses auteurs une couverture morale, bénissant l'épuration sanglante de l'Espagne par Franco, le « Caudillo d'Espagne par la Grâce de Dieu ». Au cours de ces quatre décennies, l'Église, âme de l'État Nouveau, marcha main dans la main avec le dictateur, légitimant son pouvoir, le protégeant et contribuant à réduire au silence la voix des centaines de milliers de victimes. Cependant la « faveur de Dieu » et l'alibi national-catholique avaient un prix. En échange du masque religieux qui prétendait cacher la nature violente et totalitaire du régime, l'Église et la religion catholique inondèrent tous les espaces de la société : l'éducation, les mœurs, l'administration, les fêtes, les traditions, les symboles. L'objectif était la re-catholicisation de l'Espagne. L'Église récupéra ses privilèges institutionnels que la République avait réduits, tout en négociant avec le régime de nouveaux accords. Le nouveau concordat signé avec le Vatican en 1953 réaffirma le caractère confessionnel de l'État, proclama l'unité catholique et confirma, en vertu des accords signés avec les États-Unis, la réhabilitation internationale de la « démocratie organique » et catholique de Franco. Pourtant, dans les années qui suivirent, la hiérarchie ecclésiastique, le catholicisme et le clergé espagnols furent affectés eux aussi par les changements sociaux, économiques et culturels qui touchèrent le pays et défièrent la dictature. Extrait du propos de l'exposition « Anatomie du franquisme », présentée à Toulouse du 4 avril au 22 septembre 2024 au Musée départemental de la Résistance & de la Déportation de la Haute-Garonne.
L'article de Pellistrandi dans le numéro thématique de L'Histoire, rappelle utilement pour sa part que si l'Église catholique fut très longtemps un des piliers fondamentaux de la dictature franquiste, laquelle dictature lui ayant permis, par sa mainmise politico-religieuse sur l'éducation, la politique familiale et jusqu'à l'état civil, d'imposer son ordre moral ultra-conservateur dans tout le pays (et notamment au détriment des femmes), un délitement de l'alliance étroite entre l'Église et l'État espagnol se produisit dans les années 1960, avec une entrée en dissidence d'une grande partie de l'Église espagnole vis-à-vis du national-catholicisme : un certain progressisme chrétien catholique favorable à la démocratie émergea, via les mouvements de l'Action catholique diffusant progressivement la doctrine sociale de l'Église héritée des papes Léon XIII et Pie XI, tandis que le concile Vatican II et l'élection de Paul VI en 1963 entrainèrent des changements dans les relations entre l'Église et Franco, le Vatican devenant de moins en moins complaisant avec ce dernier et la dimension national-catholique de son régime dictatorial. Je terminerai en signalant un autre article de ce numéro thématique, par l'historienne de l'art Paula Barreiro López, qui enseigne à l'Université Toulouse II-Jean Jaurès, Résister par la peinture malgré tout (p. 84-89), article dans lequel elle évoque le travail d'artistes figuratifs espagnols ayant bravé, dès les années 1940 et 1950, les menaces de censure et de répression de la dictature franquiste à travers des oeuvres engagées. L'article est accompagné de reproductions commentées d'œuvres présentes dans l'exposition toulousaine (sous leur forme originale ou en fac-similé), par exemple L'Odeur de la corde (Olor de soga), tableau surréaliste peint par Aurelio Suárez en avril 1947, qui exprime notamment la peur générale de subir une condamnation à la potence, suivant le caprice d'une justice franquiste s'imposant brutalement à tous dans la société espagnole de l'époque.
En 2003, Joseph Pearce prétendait justifier une opinion pro-franquiste, telle que fut notamment celle de J. R. R. Tolkien, concernant Franco et la guerre d'Espagne en affirmant que le conflit aurait simplement opposé « christianisme et athéisme ». Ledit Pearce préférait en effet interpréter ainsi, de façon univoque, les points de vue échangés entre C. S. Lewis et le poète et satiriste sud-africain Roy Campbell, devant Tolkien ayant pris le parti de Campbell, lors de leur rencontre oxonienne d'octobre 1944 évoquée dans la Lettre 83 de Tolkien à son fils Christopher : « En voyant la guerre en Espagne comme un combat à mort entre Chrétienté traditionnelle et athéisme séculier, Campbell était plus proche de la réalité que ne l'était Lewis avec sa représentation simplifiée d'une bataille entre « gauche » et « droite ». La guerre était au-delà de la politique. C'était un combat pour l'âme et le coeur religieux de l'Europe. » (Cf. Joseph Pearce, C.S. Lewis And The Catholic Church, San Francisco, Ignatius Press, 2003, 5. “Inklings and Reactions”, traduction de votre serviteur. VO : “In seeing the war in Spain as a fight to the death between traditional Christianity and secular atheism, Campbell was closer to reality than was Lewis with his simplified depiction of a battle between 'left' and 'right'. The war was beyond politics. It was a struggle for the religious heart and soul of Europe.”). Voila notamment pourquoi il me paraitra toujours important de rappeler les faits historiques, dans toute leur complexité et tels que les historiens aident à mieux les connaitre par leurs travaux de recherches, face aux tentations de n'avoir qu'un point de vue « supérieurement » (?) spirituel, religieux, idéologique, pour prétendre comprendre le passé et les témoins de celui-ci... Peace and Love, B. [EDIT: correction de fautes] Revue de presse - ISENGAR - 09/09/2024 Merci pour cette revue très intéressante, Hyarion. I. Revue de presse - Hyarion - 14/09/2024 You're welcome, Isengar. ^^ ISENGAR a écrit :
Tu sais bien que, au-delà même de l'expression, je ne cherche pas à imposer mon point de vue, mon cher JR, mais simplement à faire réfléchir sans vouloir chercher la vérité tout seul (ou prétendre l'avoir trouvé). ;-) Pour compléter mon message précédent, même si, j'en conviens volontiers, les indices d'une sympathie en soi ne valent pas preuve d'une « adhésion » formelle, je pense que J. R. R. Tolkien avait assez clairement une préférence pour un des camps en présence durant la guerre d'Espagne, en l'occurrence le camp de Franco : le peu d'éléments que nous avons, même s'ils sont fragmentaires, me paraissent aller dans ce sens, et cela sans avoir besoin de « tordre » les faits ou de les surinterpréter. Le catholicisme conservateur de l'écrivain a logiquement motivé cette préférence, particulièrement sans doute en raison des violentes exactions anticléricales et antireligieuses commises du côté du camp républicain. Je pense aussi, à cette aune, que Tolkien a pu probablement lire, entre autres et pour se forger une opinion, la « Lettre collective de l'épiscopat espagnol aux évêques du monde entier », datée du 1er juillet 1937 et dans laquelle l'ensemble des évêques espagnols (seuls les évêques de Vitoria, Tarragone et Orihuela [Murcie] ne signèrent pas cette lettre collective) ont entendu justifier leur « position face à la guerre », en accréditant notamment l'idée que la rébellion des nationalistes franquistes de juillet 1936 contre le régime républicain aurait été un mouvement préventif et défensif face à un soulèvement communiste qui aurait été en préparation avant ladite rébellion du camp d'en face (thèse franquiste jouant un rôle central dans la propagande du régime, et à partir de laquelle furent fabriqués des faux grossiers). Dans ce contexte, l'épiscopat espagnol de l'époque a présenté le conflit comme un affrontement manichéen opposant, d'un côté, un « mouvement national » prétendant défendre « l'ordre », « la patrie », « la civilisation traditionnelle » et « la religion », et d'un autre côté, « une révolution communiste », « matérialiste », « cruelle », « anti-espagnole » et surtout « anti-chrétienne ». Cette lettre collective des évêques espagnols contient tous les éléments nécessaires, notamment « spirituels », pour façonner une opinion catholique conservatrice « mondiale » en faveur d'un parti pris politique (évidemment franquiste) vis-à-vis de la guerre civile espagnole, au-delà même d'une inclinaison intellectuelle de ladite opinion a priori déjà plutôt favorable sur le principe. Par ailleurs, même si on ne saura jamais ce que Francis Xavier Morgan aurait pensé de la guerre d'Espagne, puisqu'il est mort en 1935, il semble que celui-ci ait eu a priori plutôt tendance à considérer le régime de la IIe République espagnole comme étant illégitime, du moins si l'on en croit la critique qu'il fait, dans un passage d'une lettre citée par José Manuel Ferrández Bru, des élections municipales espagnoles d'avril 1931 dont les résultats sont à l'origine du changement de régime, avec la chute de la monarchie et le départ en exil du roi Alphonse XIII (un Bourbon catholique accommodant avec les pratiques dictatoriales du pouvoir en Espagne durant les dernières années de son règne, mais aussi, incidemment [©Elendil], un pícaro, comme le révèle un petit documentaire très court d'ARTE, mis en ligne en février dernier, au contenu explicite interdit en libre accès entre 06h00 et 22h00, mais disponible jusqu'en octobre 2028). La République étant perçue par ses adversaires comme l'antichambre de la révolution, je ne serais pas surpris que le père Francis Morgan ait eu un avis similaire. Or sur ce sujet, comme sur d'autres concernant l'Espagne et sa société, quelle influence aura pu avoir, sur le regard de J. R. R. Tolkien, celui qui fut son tuteur tenu en très haute estime, un prêtre catholique hispano-britannique vivant au Royaume-Uni mais ayant gardé des liens familiaux forts avec l'Espagne et vraisemblablement bien plus conservateur que libéral ? Cela fait partie des (quelques) éléments à prendre en compte, tant bien que mal. Je ne suis pas sûr en tout cas que Tolkien ait été bien conscient, par exemple, de la dimension paradoxalement en partie religieuse du ressentiment suscité par les représentants de l'Église chez des populations chrétiennes pauvres se sentant trahies par le clergé, dans un contexte de tensions sociales extrêmement fortes en Espagne durant les décennies précédant la guerre civile. Cela a fait partie des motivations à l'origine de la violence anticléricale observée durant les premiers mois de l'affrontement provoqué par le coup d'État nationaliste de juillet 1936, dans un contexte d'exactions relevant aussi cependant et clairement de la terreur révolutionnaire. Voici ce qu'écrit François Godicheau, que je cite donc à nouveau, à propos de ce qui s'est passé du côté républicain, fut-ce durant une période plus courte et pour un bilan de victimes nettement moins élevé qu'en ce qui concerne la camp franquiste, ainsi que je l'ai évoqué dans mon précédent message : [...] l'écroulement de l'État républicain [dans le contexte chaotique du début de la guerre civile] et la disparition de sa force coercitive ont entraîné une privatisation de la violence entre les mains des organisations politiques, mais aussi d'individus isolés mus par des motifs strictement personnels. Des dizaines de milliers de civils sont victimes d'une terreur révolutionnaire dont la violence est partout la réponse à la brutalité de la domination sociale : ceux qui sont assassinés derrière le mur du cimetière ou au bord d'un fossé par les hommes armés des comités locaux sont des propriétaires et des patrons s'étant distingués par leur intransigeance lors des conflits récents, des militants d'extrême-droite, phalangistes et carlistes, considérés comme des ennemis à abattre dans une guerre qui, pour tous ceux qui portent des armes, ne se réduit pas à un lointain front. François Godicheau, La guerre d'Espagne. De la démocratie à la dictature, Paris, Gallimard, collection « Découvertes », 2006, chapitre 1, p. 30-32. Bien évidemment, je préfèrerai que l'on puisse en savoir bien davantage sur l'opinion de Tolkien, sachant que sa fille a témoigné que la guerre d'Espagne avait été, en tout cas, une importante source de préoccupation pour lui. L'écrivain étant mort deux ans seulement avant Franco, quelle évolution ou quelle absence d'évolution a pu connaitre son opinion sur le temps long ? Georges Bernanos et François Mauriac ont prouvé, par des textes très clairs, que l'on pouvait, dès l'époque de la guerre civile, être catholique conservateur et condamner le camp franquiste, et notamment ses prétentions à se réclamer de la foi catholique, fut-il soutenu par la majorité de l'Église espagnole. Ce qui fixa notre attitude, ce fut la prétention des généraux espagnols de mener une guerre sainte, une croisade, d'être les soldats du Christ. Ici, je voudrais qu'on nous comprît enfin. D'aimables confrères ont écrit plaisamment que je regrettais qu'il n'y ait eu que quinze mille prêtres massacrés et que je trouvais que ce n'était pas assez. Parlons sérieusement : les sacrilèges et les crimes commis par une foule armée et furieuse, au lendemain d'une rébellion militaire réprimée, sont d'une horreur insoutenable. Nous disons seulement que les meurtres commis par des Maures [des troupes marocaines franquistes venues du Maroc espagnol] qui ont un Sacré-Cœur épinglé à leur burnous, que les épurations systématiques, les cadavres de femmes et d'enfants laissés derrière eux par des aviateurs allemands et italiens au service d'un chef catholique et qui se dit soldat du Christ, nous disons que c'est là une autre sorte d'horreur, dont vous avez le droit d'être moins frappés que nous ne sommes ; mais il ne dépend d'aucun de nous que les conséquences n'en soient redoutables pour la cause qui devrait nous importer par-dessus toutes les autres, et qui est le règne de Dieu sur la Terre. François Mauriac, « Mise au point » (juin 1938), in Mémoires politiques, Grasset & Fasquelle, 1970 (1re éd.: Paris, Grasset, 1967), p. 90. À qui me reproche de mettre en cause les gens d'Église qui ont payé déjà de tant de sang leurs erreurs ou leurs fautes, je pourrais répondre qu'il est difficile de les mettre autrement en garde contre ces erreurs et ces fautes. [...] Supposez que la Croisade tourne mal. Vous lirez dans une future histoire de l'Église que la lettre collective de l'Épiscopat espagnol n'a été qu'un emportement du zèle de Leurs Seigneuries, une maladresse regrettable, qui n'engage nullement les principes. Pour écrire la même chose à présent, je vais m'attirer la désapprobation de M. Paul Claudel. Eh bien, quoi ! j'en ai assez de ces niaiseries. Qui sait ? Peut‑être l'auteur de la future histoire de l'Église utilisera‑t‑il un jour ces modestes pages pour appuyer son argumentation, prouver que l'opinion catholique unanime n'était pas avec ces gens‑là. Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune (1938), III, Le Castor astral, 2008, rééd. Paris, Points, 2014, p. 112-113.
Nous ne sommes pas en mesure, en l'état des connaissances, de dire si Tolkien a exprimé une réflexion aussi poussée que nos deux écrivains français (qui se sont, eux, largement exprimés publiquement dès l'époque des faits). Rien ne prouve, en tout cas, qu'il soit allé aussi loin qu'eux, même seulement en privé. En octobre 1944, en tout cas, plus de cinq ans après la victoire militaire de Franco, Tolkien semblait toujours disposé à trouver des qualités à son action face aux « Rouges », et il restait vraisemblablement marqué avant tout par le souvenir des violences anticléricales du camp républicain, à une époque pourtant où, comme je l'ai écrit précédemment, la répression du régime franquiste national-catholique battait déjà son plein, et dans des proportions sanglantes qui allaient se révéler jamais atteintes, ni par le camp républicain espagnol, ni même par le régime fasciste italien, comme l'a dit François Godicheau dans l'entretien pour L'Histoire cité dans mon précédent message. Bien entendu, il faudrait évoquer largement la situation internationale, de plus en plus tendue depuis le début des années 1930, qui participa au façonnement des opinions publiques vis-vis des évènements d'Espagne auxquels furent mêlées les grandes puissances européennes, contexte international ce que je ne ferais ici que succinctement aborder, à travers le point de vue français et en citant, une fois de plus, Godicheau : ...dès le 19 juillet [1936], le Premier ministre [espagnol] Giral envoie un télégramme à son homologue Léon Blum, chef de file du Front populaire français, pour lui demander de lui vendre armes et avions. Les deux pays sont liés par un accord d'assistance en cas d'agression. Mais en dépit de l'inclination personnelle de Léon Blum, la France n'intervient pas : le tollé soulevé par la droite qui dénonce l'aide apportée à la « république rouge », à la « révolution sanguinaire » espagnole est relayé au sein même de la majorité par le Parti radical qui s'oppose résolument à toute aide. Mais l'hostilité de l'opinion publique n'est pas la seule raison de la neutralité française dans ce conflit : l'allié anglais pèse de tout son poids pour que la France n'intervienne pas, allant jusqu'à menacer, si elle passe outre ses avertissements, de ne pas lui venir en aide en cas d'agression allemande. L'Angleterre, qui, depuis 1931, considère avec méfiance la République espagnole et avec une réelle hostilité le gouvernement du Frente popular, souhaiterait que les militaires [rebelles nationalistes] l'emportent rapidement. En effet, le mouvement révolutionnaire qui se développe dans le camp républicain et affecte des intérêts britanniques relance en Angleterre la peur de l'expansion du communisme, un des deux fondements de sa politique extérieure avec la prudence face à Hitler et à la menace de guerre. François Godicheau, La guerre d'Espagne. De la démocratie à la dictature, Paris, Gallimard, collection « Découvertes », 2006, chapitre 2, p. 48-49.
En juillet 1947 à l'Assemblée Nationale, dans sa déposition devant la commission parlementaire d'enquête « sur les évènements survenus en France de 1933 à 1945 », Léon Blum, chef du gouvernement français tout récemment arrivé au pouvoir lorsque débuta la guerre civile en Espagne, a raconté lui-même dans quel contexte et quelles circonstances il fut entravé dans sa volonté initiale d'apporter un soutien gouvernemental de la République française à la République espagnole : il évoque ainsi notamment « la campagne de presse et la campagne de couloirs parlementaires » en France en août 1936, lesquelles notamment « s'alimentaient des articles de la presse anglaise qui, dans sa très grande majorité, montrait plutôt de la sympathie au coup de main franquiste ». Léon Blum parle également des échanges qu'il a eu à l'époque avec notamment le député travailliste britannique Philip J. Noel-Baker, venu le voir à Paris, etc., mais je ne développerai pas ici : toute la déposition de Blum (faite en deux auditions en 1946 puis 1947) est passionnante, abordant non seulement « les affaires d'Espagne », mais plus largement toutes les questions diplomatiques et militaires, du point de vue français, relatives aux origines du déclenchement de la Deuxième guerre mondiale en 1939, et je ne peux que recommander la lecture de ce texte, remarquablement écrit (fut-ce sous une forme retranscrite), comme toujours avec Léon Blum – ah, comme nous sommes loin de cette qualité de la langue (et de l'esprit) aujourd'hui, avec nos pitoyables pantalonnades parlementaires actuelles en France ! –, ledit texte figurant dans le volume IV-2 (1937-1940) de L'Œuvre de Léon Blum (Albin Michel, 1965). Je n'ai guère de preuves directes des atrocités de la guerre civile espagnole. Je sais qu'un certain nombre ont été commises par les républicains, et un nombre bien plus grand – ce nombre ne cessant de s'accroître – par les fascistes. Mais ce qui m'a frappé alors, et qui continue à me frapper, c'est que le crédit qu'on accorde aux récits d'atrocités dépend exclusivement des choix politiques de chacun : on croit aux atrocités ennemies et on refuse de croire à celles de son camp, sans même prendre la peine d'examiner les faits. J'ai récemment dressé une liste des atrocités commises depuis 1918. Il ne s'est pas passé une seule année sans qu'il s'en commette ici ou là, et l'on chercherait en vain un seul cas où la gauche et la droite ont cru simultanément aux mêmes histoires. Plus curieux encore, la situation peut à tout moment se renverser brutalement, et les atrocités parfaitement prouvées d'hier devenir un mensonge ridicule pour la seule raison que le paysage politique a changé. George Orwell, « Retour sur la guerre d'Espagne » (« Looking Back on the Spanish War », écrit en août 1942, partiellement publié en juin 1943 dans la revue londonienne New Road), in Sur le nationalisme et autres textes, traduit de l'anglais par Françoise Bouillot, Paris, Payot & Rivages, 2021, II, p. 76-77.
Je terminerai cette longue digression historique (sur un sujet dont nous avons déjà parlé ailleurs, dans un contexte extérieur alors plus tendu, me concernant), en signalant que le magazine L'Histoire a aussi, avant les deux numéros précédemment évoqués relatifs en tout ou partie au franquisme, consacré un dossier spécifique à la guerre civile espagnole (« Guerre d'Espagne : pourquoi la république a perdu ») dans son numéro 427 daté de septembre 2016. Dans ce dossier figure un autre entretien accordé par François Godicheau (oui, encore lui, mais c'est un des meilleurs spécialistes, du moins à ma connaissance, et il renvoie toujours lui-même à de nombreuses autres sources pour qui voudrait aller plus loin), publié sous le titre « Guerre d'Espagne : la fin des légendes » et qui est aujourd'hui accessible en ligne sur le site de la revue : La carte de la guerre d'Espagne accompagnant cet entretien mis en ligne est, de mon point de vue, une remarquable synthèse pour un conflit aux implications si complexes. Je ne doute pas, mon cher JR, que tu sois déjà familier de toutes ces choses (sauf peut-être des petits secrets du pícaro Alphonse XIII ?), mais qui sait... tout cela, même partagé un peu en vrac, pourra peut-être servir à d'autres... Amicalement, B. Revue de presse - sosryko - 19/09/2024 A l'occasion de quelques articles dans la presse, dont Le Point, et d'un documentaire d'Arte qui sera diffusé en octobre, on nous rappelle (puisque cela remonte au moins à 2017) que Le Hobbit a inspiré un paléontologue du CNRS de Toulouse, Ludovic Slimak, pour nommer les restes d'un homme de Néandertal : le chercheur a donné le nom de Thorin à ce représentant d'une lignée humaine disparue. Revue de presse - Hyarion - 30/10/2024 À l'occasion de la parution ce mois-ci d'un recueil de récits choisis de H. P. Lovecraft dans la Pléiade, prestigieuse collection de l'empire éditorial Gallimard déjà plusieurs fois évoquée précédemment en ces lieux, je comptais signaler ici un récent article à ce propos de l'écrivain et chroniqueur littéraire Louis-Henri de La Rochefoucauld, article mis en ligne sur le site du magazine L'Express le 20 octobre dernier, et dans lequel il est aussi un peu question de Tolkien, et notamment du « fameux » projet de parution d'écrits de ce dernier dans ladite Pléiade, projet que d'aucuns ont pu penser qu'il serait tout-à-coup facilité suite au rachat des éditions Christian Bourgois par le groupe Madrigall d'Antoine Gallimard (rachat déjà évoqué ici le mois dernier). Interrogé à propos de ce contexte éditorial, supposé plus favorable maintenant qu'il ne l'était il y en encore quelques mois (j'en avais aussi parlé précédemment), le directeur éditorial de la Pléiade, Hugues Pradier, est resté en fait assez évasif : « Oui, certainement, on peut l'imaginer... »
Mais de toute façon, l'article de L.-H. de La Rochefoucauld étant logiquement consacré avant tout à l'entrée de Lovecraft à la Pléiade, et puisqu'il existe un fuseau dédié au créateur de Cthulhu, il m'a semble plus indiqué d'évoquer plus en détail, entre autres, ledit article dans ledit autre fuseau : Peace and Love, B. Revue de presse - Beruthiel - 04/11/2024 Il a déjà été question dans ce fuseau de la société Palantir, spécialisée dans l’analyse de données et utilisée entre autres par les services secrets. J’ai appris dans l’émission Secrets d'info de ce samedi sur France Inter qu’il existe une émanation de Palantir qui travaille sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le domaine de l’armement. Voir aussi ici. Céline Revue de presse - Yyr - 05/11/2024 Beruthiel a écrit :
Tolkien aurait apprécié :/ Revue de presse - Yyr - 16/11/2024 J'ai déporté sur un fil dédié ce qui concerne l'actualité en cours avec les éditions CBÉ, depuis le communiqué de Vincent et les messages de Hyarion et Sosryko initialement sur ce fil. Revue de presse - vincent - 17/11/2024 merci - amicalement, vincent Revue de presse - Eva - 30/12/2024 Un article publié hier par la BBC : A Tolkien trail: Where to find the real-life Middle-earth
Pas de surprise pour les connaisseurs. De belles photos et des liens qui conduisent vers des lieux qui font rêver. Revue de presse - ISENGAR - 31/12/2024 Bonjour Eva,
merci pour ces liens et ces (re)découvertes I. Revue de presse - Cédric - 06/01/2025 Un article à vocation commerciale, mais un chiffre tout de même qui m'interpelle, c'est le nombre de jeux inspirés (cela dit, ils n'en donne pas la liste...) : Revue de presse - Hyarion - 07/01/2025 Signalé le 21 décembre dernier par notre ami Vincent (Ferré), sur le réseau d'Elon M., un article de l'historien médiéviste Florian Besson (du laboratoire Framespa de l'Université Toulouse II Jean-Jaurès, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler ici précédemment) évoque les relations parfois très dures entre, d'une part, les universitaires et, d'autre part, ce que j'appelle le fanariat et que d'autres appellent les « fandoms ». Comme l'indique le titre de l'article, il n'est pas question de ce que j'appelle la « Planète Tolkien », mais ce que l'on pourrait appeler la « Planète Kaamelott » : « “La médiévaliste woke qui n'a rien compris à ce que fait Astier” : quand le fandom de Kaamelott s'en prend à une universitaire au nom du réalisme historique ».
Voici le résumé de l'article, paru dans la revue universitaire Questions de communication et mis en ligne le 3 décembre dernier :
L'article lui-même est consultable à cette adresse : Personnellement, j'avoue n'avoir jamais été très réceptif à Kaamelott, que ce soit à la télévision ou au cinéma, car tout simplement, et depuis le début, ma vision de l'univers fictionnel arthurien ne se retrouve pas dans ce que fait Alexandre Astier, notamment en matière humoristique : même si je suis conscient du travail important dudit Astier notamment en matière d'adaptation, le résultat est, disons, trop « français décalé (supposé tel) » par rapport à ma propre vision des choses, y compris en matière d'humour, même « décalé à la française ». Globalement, et sans entrer dans les détails, s'agissant des adaptations de l'univers arthurien à l'écran, pour ce qui me concerne et même si je reste ouvert, en dehors de Monty Python and the Holy Grail de Terry Gilliam et Terry Jones, et surtout en dehors d'Excalibur de John Boorman, point de salut. Bref, en soi, Kaamelott est un sujet qui m'intéresse peu. Cependant, en signalant l'article en question sur X (ex-Twitter), Vincent a ainsi commenté : « je mesure ma chance avec le fandom de Tolkien & P. Jackson... » Et de fait, cela m'a fait penser à la question de ce qui caractérise « humainement » la « Planète Tolkien »...
Je me souviens qu'en novembre 2020, lors de la soutenance de sa thèse sur la réception fanique de l'œuvre de J. R. R. Tolkien aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France, des années 1950 aux années 1990 (jusqu'à la généralisation d'Internet), interrogée par un de ses jurés (Christian Le Bart), sur la question du genre et sur le caractère très masculin de l'univers de Tolkien, notre amie Forfirith, tout en admettant que la fiction tolkienienne est très masculine et parle peu des femmes bien que qu'elle contienne des figures féminines marquantes, avait répondu que les communautés de fans tolkieniens sont assez mixtes, sans être paritaires mais avec une ordre de grandeur de la répartition estimable à 60 % de masculin et 40 % de féminin... ce qui n'est certes pas toujours le cas dans le détail, Forfi ayant rappelé que la FÉE en France, en son temps, était assez masculine, ce qu'elle mentionne du reste dans sa thèse de doctorat. On pourrait ajouter, par rapport à ce que l'article de Florian Besson met notamment en évidence, une autre donnée importante qui est sans doute la présence, semble-t-il assez significative, d'un tropisme « intellectuel » au sein du fanariat tolkienien, ce dernier dès lors étant de facto plutôt peu enclin à critiquer par essence les regards universitaires sur l'objet du « culte ». Toujours est-il que la mixité de la réception fanique tolkienophile doit, entre autres, sans doute aider à ce que l'on évite, du moins en général, et du moins en France, les situations de tension que l'on a constaté dans le cas de Justine Breton malheureusement confrontée à la misogynie (entre autres méphitiques travers) de certains fans de Kaamelott et d'Astier... Ceci dit, je ne prétendrai pas avoir réfléchi plus que cela à ces questions, mais pour qui serait intéressé, il y a sans doute là matière à articles et thèses. Peace and Love, B. Revue de presse - Silmo - 07/01/2025 Plutôt fan mais trop de rediffusions sur plusieurs chaines TV, ça lasse. Revue de presse - ISENGAR - 25/01/2025 Une tempête baptisée Eowyn* fait l'actualité ce week-end !
En ce qui concerne la France, la "bombe météorologique" annoncée prématurément par de nombreux journaux et sites internet n'est heureusement qu'un phénomène (une "cyclogenèse explosive" provoquée par un creusement brutal de la dépression sous l'influence de forts contrastes de température entre le grand froid venu d'Amérique du Nord et un temps plus doux sur l'Atlantique) qui s'est enclenché loin au dessus de l'océan.
Bref, pas de quoi décoiffer un nazgûl ! ]
*pour le nom Eowyn donné à la tempête, il s'agit d'un nom tiré d'une liste alphabétique : la cinquième tempête porte logiquement un nom commençant par E. Les noms ont été choisis par le British Met Office à partir d'une liste basée sur des suggestions du public. I. Revue de presse - Cédric - 25/01/2025 Tolkien est vraiment entré dans notre vie quotidienne, les allusions sont fréquentes désormais;
Eowyn a été plus violente outre-Manche. D'ailleurs, cela a inspiré à John Garth un parallèle : C. Revue de presse - ISENGAR - 25/01/2025 En effet ! I. Revue de presse - Yyr - 25/01/2025 Cédric a écrit :
Oui et les allusions sont souvent discutables. And anyway, I’m sure it’s already occurred to other Lord of the Rings fans that Éowyn is an excellent name for a storm – especially one riding from the west. John Garth
???? Pour une allusion plus cohérente avec un phénomène météorologique, Serge Zaka, agro-météorologue, avait proposé d’appeler Balrog la vague de chaleur de l'été 2022 (Aujourd’hui en France, jeudi 16 juin 2022, réf. dans la thèse d'un certain J.-P. Qadri ;)). Là oui, il y avait un rapport. Revue de presse - ISENGAR - 17/03/2025 Tolkien et les Bernardins sont cités dans le site du magazine Livres Hebdo, ce matin, avec une belle illustration :
Amusant d'évoquer cet événement dans ce fuseau initié par Jean himself il y a plus de 20 ans I. Revue de presse - ISENGAR - 25/03/2025 Signalé par Druss sur le forum de Tolkiendil, Telerama publie aujourd'hui un article à propos du désaccord entre Vincent Ferré et les éditions Bourgois. Un désaccord qui a été récemment porté en justice et pour lequel JRRVF s'est clairement positionné, aux côtés de Tolkiendil et de nombreux lecteurs de Tolkien, d’universitaires ou de chercheurs indépendants, en soutien à Vincent. I. Revue de presse - Silmo - 25/03/2025 Sait-on si Bourgois a été récemment racheté par Elon Musk ?? Revue de presse - Elendil - 25/03/2025 Récemment racheté par Madrigall, plutôt. Mais les ennuis de Vincent ont commencé après le rachat antérieur, par Olivier Mitterrand, en 2019. Revue de presse - Silmo - 25/03/2025 Argg, je blaguais mais ne connaissais pas l'affaire initiale et soutiens bien sûr Vincent. S'il y a une pétition, je signe. Revue de presse - Yyr - 26/03/2025 Silmo a écrit :
C'est donné dans le lien d'Isengar — plus exactement ici ;) Revue de presse - Hyarion - 26/03/2025 Yyr a écrit :
Sauf erreur de ma part, François a déjà signé cette pétition, il y a plusieurs semaines... Amicalement, B. Revue de presse - Silmo - 26/03/2025 Alors tout va bien, javais oublié. "Bis repetita ne placent pas toujours" :lol: Revue de presse - vincent - 30/03/2025 Chères et chers vous tous Revue de presse - Hyarion - 30/03/2025 Voila déjà plusieurs mois que je projetais de partager ce qui suit, mais le temps et surtout le moral m'ont manqué pour ce faire, en sus de diverses contraintes personnelles... Mais venons-en aux faits. À moins d'avoir vécu dans une autre galaxie ces derniers mois, chacun sait que Donald J. « FakeNews » Trump est finalement revenu au pouvoir aux États-Unis d'Amérique, puisqu'il a remporté l'élection présidentielle de novembre 2024 face à Kamala Harris et qu'il a été investi président le 20 janvier dernier. Le nouveau vice-président de Trump, élu et investi avec lui, est un certain James David Vance, dit J. D. Vance, avocat et « capital-risqueur » avant de devenir politicien, tandis que s'agissant du Congrès des États-Unis, en parallèle de l'élection présidentielle, l'ensemble de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat ont été renouvelés : les démocrates ont perdu la fragile majorité qu'ils détenaient et les républicains conservent la majorité à la Chambre des représentants... bref, le camp de Trump dispose plus ou moins de tous les leviers du pouvoir depuis le 20 janvier, avec les conséquences déjà très importantes que l'on a pu observer depuis, que ce soit au niveau national américain ou international. Je n'ai pas été surpris de ces résultats électoraux, mais j'avais trouvé plutôt juste, par exemple, l'avis de l'acteur et ancien gouverneur Arnold Schwarzenegger, avis que ce républicain anti-trumpiste notoire avait exprimé quelques jours avant le scrutin : il disait aller voter pour le ticket démocrate Harris/Waltz, même par défaut et en étant en désaccord avec le programme (puisque lui est resté un républicain « à la Reagan »), surtout pour éviter les divisions et la haine entre Américains si Trump était réélu, car dans ce cas-là, disait-il, ce serait partir à nouveau pour quatre ans de “bullshit” sans politique sérieuse pour les gens, et avec in fine toujours plus de divisions et de haine dans le pays. Au lendemain de la victoire du ticket républicain Trump/Vance, un commentateur français sur X (ex-Twitter) avait plutôt bien résumé la situation électorale en une formule, que je complète légèrement (en mettant certains guillemets et une mention entre parenthèses) : Inflation + « wokisme » + immigration + réseaux sociaux (et podcasts orientés) = Trump Je rajouterai aussi la religion dans l'équation, car en France, c'est quelque-chose dont on sous-estime toujours un peu l'impact sur la vie politique aux États-Unis, même si le nombre de personnes se disant « sans religion » a plutôt tendance à augmenter, dans ce grand pays aux réalités toujours si contrastées. J'ai noté que d'après des études d'opinion, la défaite des Démocrates aurait été encore plus sévère si la candidature du président sortant Biden n'avait pas été remplacée par celle de sa vice-présidente Harris, même s'il était sans doute déjà trop tard lorsque cela a été fait durant l'été 2024. Trump fait peur, mais je crois que ce que l'on appelle le « wokisme » a fait peur encore davantage, même si ce n'est évidemment pas la seule cause du vote pour le ticket républicain Trump/Vance... Il faudrait en tout cas en tirer des enseignements, surtout quand on se prétend « progressiste »... C'est de J. D. Vance, né en 1984 et notamment converti au catholicisme il y a quelques années, dont il sera question ici, à partir d'une revue de presse datant donc déjà de quelques mois, mais qui pourra peut-être éclairer un peu l'actualité plus immédiate. Pour mettre les pieds dans le plat, et dire d'emblée franchement les choses à propos d'un politicien quel qu'il soit, rien ne vaut la presse satirique, et je commencerais donc par évoquer le regard du Canard enchaîné, journal dans lequel Anne-Sophie Mercier a plusieurs fois évoqué J. D. Vance l'année dernière, lors de la campagne présidentielle américaine, et journal pour lequel Ferdinand Guiraud, dit Kiro, l'un des derniers grands dessinateurs satiristes français (dans la lignée historique de Charles Philipon et Honoré Daumier), a réalisé en prenant pour sujet Vance un de ses portraits-charges dont il a le secret.
Le problème, avec les vieux potes de fac, c'est qu'ils ne sont pas toujours fiables. Un coup de trop, un moment de blues, et les voilà qui balancent... J. D. (James David) Vance en a fait l'amère expérience en 2016, lorsqu'il a découvert dans les journaux le texte d'un SMS qu'il avait envoyé à l'un d'eux : « J'hésite : est-ce que Donald Trump est un trou du cul cynique comme Nixon ou est-ce qu'il est le Hitler de l'Amérique ? » Anne-Sophie Mercier, « Vice et versatile », in Le Canard enchaîné n°5427, 13 novembre 2024, p. 7. Mercier fait ici allusion au livre autobiographique de Vance intitulé Hillbilly Elegy: A Memoir of a Family and Culture in Crisis (traduit en français sous le titre Hillbilly Élégie), publié en 2016, et qui a fait l'objet d'une adaptation cinématographique – Hillbilly Elegy (Une ode américaine) – réalisée par Ron Howard et diffusée en 2020 par Netflix. Simon Riaux, rédacteur et critique pour le média en ligne Écran Large, avait alors écrit à propos du film : « complaisant et pauvrement raconté, Une ode américaine est un safari social embarrassant où le gratin hollywoodien rivalise de cabotinage ». S'agissant du propos du livre, il est centré sur le destin de Vance, natif de l'Ohio, à partir de ses origines de “hillbilly” (« plouc » à l'américaine) de la Rust Belt : « rejeton délaissé d'une famille ouvrière blanche déclassée, shootée aux médocs et à l'alcool, élevé par sa grand-mère, une forte en gueule détentrice de 19 armes à feu, il parvient à effectuer sa scolarité à Yale, devient avocat et fait fortune dans la Silicon Valley », ainsi que le résume Anne-Sophie Mercier dans un autre article du Canard datant lui du mois de septembre. Pour en revenir à son article du Canard du 13 novembre, Mercier y évoque les difficultés de Vance après avoir cru pouvoir fanfaronner vis-à-vis de Trump et s'être finalement « grillé » lui-même par ses déclarations et son excès d'assurance suite à son succès de librairie. Il a dû ainsi « ramer sec » pour entrer en grâce auprès de celui qui était devenu le 45e président des États-Unis d'Amérique, en le brossant désormais dans le sens du poil (ou de la chevelure laquée) et en ne lésinant pas sur les déclarations les plus flatteuses, voire énamourées, à l'égard de Trump. La flagornerie ne suffisant pas, Vance a aussi dû activer son réseau, sachant qu'il a connu un certain Elon M. (grand fan de Trump, comme on le sait, au point d'être devenu un de ses collaborateurs à la Maison-Blanche) lorsqu'il travaillait dans la Silicon Valley, qu'il connait depuis 2016 le fils aîné de Trump, lequel a apprécié sa Hillbilly Elegy, et que Peter Thiel, le milliardaire cofondateur de PayPal et de la « fameuse » société de big data Palantir Technologies, est à la fois le financier de sa carrière politique à partir de 2021 et un autre proche de Trump. Tous ces gens l'ont ainsi fortement soutenu, avant que Trump finisse par faire de même. Trump accepte enfin de soutenir « J. D. » en 2022, pour en faire un sénateur de l'Ohio, non sans régler ses comptes avec une rare perversité. Dans un meeting, il le qualifie de « patriote incroyable », avant d'ajouter qu'il lui a « beaucoup léché le cul ». Vance a souri et avalé la couleuvre avec beaucoup de classe. Anne-Sophie Mercier, « Vice et versatile », in Le Canard enchaîné n°5427, op. cit.. Dans un autre article, auquel j'ai déjà fait allusion plus haut, précédemment publié dans le Canard le 4 septembre dernier (n°5417, p. 7) et consacré à un portrait croisé à J. D. Vance et Tim Walz en tant que colistiers respectifs de Trump et Harris alors non encore départagés dans les urnes, Anne-Sophie Mercier a évoqué plus précisément, sur le terrain de la « pensée » politique, le fait que Vance, s'il n'a pas particulièrement brillé comme parlementaire durant la période où il a été sénateur de l'Ohio, « en revanche, il a fait un carton sur Fox News et ailleurs quand il balance ses déclarations tout en subtilité sur le conflit en Ukraine — « Franchement, je m'en fiche » —, sur les femmes sans enfants, dépeintes comme des mémères à chats dépressives désireuses de plonger le pays dans le même état, sur l'avortement, qu'il souhaite interdire au niveau fédéral même en cas de viol ou d'inceste, faisant passer les conservateurs polonais pour des centristes mollassons. » Pour aller plus loin, la consultation de la presse américaine était indispensable, et j'évoquerais donc maintenant des articles parus aux États-Unis durant la campagne présidentielle, et en particulier à l'époque où Vance a été désigné, en juillet 2024, comme candidat à la vice-présidence en association avec Trump.
Paul Elie a ainsi consacré un article paru, le 24 juillet dernier, sur le site du journal The New Yorker, et intitulé “J. D. Vance’s Radical Religion” : On y apprend notamment que la conversion de J.D. Vance au catholicisme « apparaît à la fois sincère et opportune » (“His conversion to Catholicism seems at once sincere and opportune.”). Selon Vance lui-même, il étudiait le catholicisme depuis au moins 2016, période durant laquelle il a créé une organisation à but non lucratif contre l'addiction aux opioïdes et rejoint une société de capital-risque. Ses premières conversations informelles avec des frères dominicains, notamment le père Henry Stephan du prieuré Sainte-Gertrude de Cincinnati, auraient mené à « une période d'étude plus sérieuse » (“a more serious period of study”). Il a finalement été baptisé par Stephan en août 2019. Dans un essai de 2020 (“How I Joined the Resistance” [« Comment j'ai rejoint la résistance »]) publié dans la revue catholique The Lamp, Vance explique qu'il était athée à l'université, influencé par Christopher Hitchens et Sam Harris. Sa transformation intellectuelle et son évolution vers une « résistance post-libérale », a été marquée par la lecture d'Augustin d'Hippone (en particulier La Cité de Dieu) et par une conférence de Peter Thiel à la Yale Law School en 2011, qui critiquait la culture élitiste des milieux juridiques américains et une compétition professionnelle constante. Ces idées étaient ancrées dans la pensée de René Girard (longtemps professeur à Stanford) sur le « désir mimétique », une théorie selon laquelle les individus se retrouvent plus ou moins piégés dans des cycles d'imitation et de rivalité. Bien que la conversion de Vance au catholicisme soit présentée comme une façon de résister à la « classe dirigeante méritocratique » (“meritocratic master class”), Paul Elie suggère que Vance s'est simplement déplacé d'une élite à une autre. Dans la Silicon Valley, il a travaillé pour Mithril, une société de capital-risque cofondée par Thiel. Après avoir été financé par ledit Thiel pour sa campagne sénatoriale, il est passé d'une critique acerbe de Trump à des positions très proches de l'ancien président mégalomane (comme on l'a vu plus haut), au point que Steve Bannon a suggéré que Vance pourrait être « Saint Paul au Jésus de Trump — le converti zélé qui répand l'évangile du trumpisme plus loin que Trump lui-même ne pourra jamais le faire » (“St. Paul to Trump’s Jesus—the zealous convert who spreads the gospel of Trumpism further than Trump himself ever could.”). Ces dernières années, Vance est devenu une figure importante parmi les catholiques conservateurs aux États-Unis, participant à des conférences à l'Institut Napa et à l'Université franciscaine de Steubenville (Ohio). Il s'est rapproché d'intellectuels catholiques comme Adrian Vermeule, défenseur de l'« intégralisme » (“integralism”, soit la subordination du pouvoir temporel à l'Église catholique), et Patrick Deneen, promoteur du « post-libéralisme » (“post-liberalism”). Lors d'une discussion à l'Université catholique d'Amérique (Catholic University of America), Vance s'est identifié comme membre de la « droite post-libérale » (“postliberal right”). Sur la question de l'avortement, quoique pouvant être inconstant, il a été explicite en se décrivait comme « 100% pro-vie », s'opposant à l'avortement même en cas de viol et d'inceste, et soutenant une interdiction nationale, mais la « résistance post-libérale » va bien au-delà de la restriction de l'avortement légal, puisque les post-libéraux catholiques souhaitent établir une vision plus « communautaire » de la société, dans laquelle les institutions démocratiques seraient subordonnées à une vision morale « supérieure » du « bien humain », c'est-à-dire, pour beaucoup d'entre eux, à l'autorité de l'Église catholique. Pour Patrick Deneen, « le post-libéralisme implique de promouvoir « les dirigeants qui font partie de l'élite mais se considèrent comme des « traîtres de classe » prêts à agir comme « les régisseurs et gardiens du bien commun » » — et à mettre en œuvre leurs points de vue sur l’avortement, le mariage et le divorce, l’euthanasie, le libre exercice de la religion et d’autres questions sans les contraintes de la jurisprudence ou du processus démocratique. De toute évidence, Vance correspond à ce profil. » (“For Deneen, post-liberalism involves elevating “leaders who are part of the elite but see themselves as ‘class traitors’ ready to act as ‘stewards and caretakers of the common good’ ”—and to enact their views on abortion, marriage and divorce, euthanasia, the free exercise of religion, and other issues without the constraints of legal precedent or the democratic process. Evidently, Vance fits the bill.”). L'article de Paul Elie se termine en évoquant le fait que cette dimension religieuse pourrait logiquement influencer les politiques publiques en cas de réélection de Trump, car tout comme Ronald Reagan avait placé en son temps des catholiques conservateurs à des postes clés, une administration Trump-Vance pourrait offrir aux post-libéraux un canal pour faire entrer leurs idées à la Maison-Blanche. À l'époque de l'article, Trump n'était pas encore revenu au pouvoir, mais maintenant nous y sommes, même si le nouveau mandat dudit Trump n'en est qu'à ses débuts...
Toujours en juillet 2024, Adam Wren a consacré lui aussi un article à J. D. Vance, et plus précisément à sa tolkienophilie qui aurait influencé son conservatisme. Ledit article, intitulé “How Lord of the Rings Shaped JD Vance’s Politics”, a été publié le 19 juillet sur le site du média politique américain Politico : Je me permets de proposer ici une traduction partielle dudit article (les mentions entre crochets sont miennes [sauf la mention “I saw”/« J'ai vu » au dixième paragraphe]) : Comment le Seigneur des Anneaux a façonné la politique de JD Vance Lorsque Donald Trump a choisi JD Vance comme colistier, il a promu le premier "millennial" qui apparaîtra sur un ticket présidentiel. Cela fait de Vance le premier politicien à avoir atteint sa majorité pendant la guerre en Irak et la Grande Récession, un natif d’Internet dont l’ascension politique a coïncidé avec le développement d’un nouveau groupe de conservateurs qui allait devenir la Nouvelle Droite. Mais peut-être que le trait le plus "millennial" de Vance est à quel point il est geek à propos du Seigneur des Anneaux. La trilogie de romans [sic] est depuis des décennies une préférée des nerds, mais elle est devenue le centre de la culture pendant les années de lycée de M. Vance grâce aux films de Peter Jackson. Vance lui-même a indiqué que les épopées fantastiques de Tolkien lui permettaient de comprendre sa vision du monde. Dans un épisode archivé du défunt podcast « Grounded » de 2021 qui n'apparaît plus dans les flux de podcasts, le représentant [parlementaire] Jim Banks de l'Indiana, qui était assis à côté de Vance dans la loge des amis et de la famille de Trump lors de la convention [républicaine d'investiture de Milwaukee] mardi soir [16 juillet 2024], a demandé à Vance de nommer son auteur préféré. « Je dirais Tolkien », a répondu M. Vance. « Je suis un grand fan du Seigneur des Anneaux et je pense, sans m'en rendre compte à l'époque, qu'une grande partie de ma vision conservatrice du monde a été influencée par Tolkien quand j'étais jeune. Il a ajouté à propos du collègue de Tolkien : « Grand fan de C.S. Lewis - j'aime beaucoup cette époque d'écrivains anglais. Je pense qu'ils étaient vraiment intéressants. Ils étaient aux prises, en partie à cause de la Seconde Guerre mondiale, avec de très gros problèmes ». Dans les livres, l'avenir de la civilisation repose sur la recherche et la destruction de l'Anneau Unique. Alors que Frodon et Gollum se disputent l'anneau unique, les vrais fans savent qu'il existe au total 20 anneaux de pouvoir. Vance fait apparemment partie de ces rangs, puisque la société de capital-risque qu'il a fondée en 2019 s'appelle Narya, du nom de l'un des autres anneaux portés par Gandalf. Le mentor de Vance, Peter Thiel, a également baptisé sa société Palantir, d'après la boule de cristal utilisée par Saroumane dans Le Seigneur des Anneaux, et Vance a investi dans la startup de défense Anduril, nommée d'après l'épée d'Aragorn. « À l'époque de la trilogie [sic] du Seigneur des Anneaux, Narya a été confiée à Gandalf pour résister à l'influence corruptrice du mal, préserver le monde de la décadence et donner de la force à son détenteur », a déclaré John Shelton, spécialiste de Tolkien, qui, lorsqu'il ne se consacre pas à la littérature fantastique, est directeur politique de l'organisation Advancing American Freedom, fondée par l'ancien vice-président Mike Pence. « Gandalf, contrairement aux autres grandes puissances du Seigneur des Anneaux, s'occupait des hobbits et des autres humbles habitants de la Terre du Milieu. Il n'est donc pas surprenant que Vance se considère comme une sorte de Gandalf, s'occupant des oubliés de sa ville natale et veillant sur eux pour les protéger des effets corrupteurs du monde ». Il n'est pas trop surprenant que le Seigneur des Anneaux ait fait forte impression sur Vance. Les trois films, sortis entre 2001 et 2003 alors qu'il était au lycée, ont rapporté 2,9 milliards de dollars au box-office et ont obtenu 28 nominations aux Oscars et 17 victoires. Luke Burgis, auteur d'un livre sur René Girard (un autre héros intellectuel de Vance) et professeur à l'Université catholique d'Amérique, a déclaré qu'il soupçonnait que « l'appréciation de Tolkien par Vance n'est pas sans rapport avec sa conversion au catholicisme en 2019 ». Parmi les nombreuses façons dont l'œuvre de Tolkien illustre l'imagination catholique, l'une d'entre elles est la relation entre le visible et l'invisible. Je pense qu'il est juste de dire que Vance croit qu'il existe un véritable mal spirituel dans ce monde, et qu'il peut s'incarner dans des rites et des rituels ». (Lors d'un discours à huis clos en septembre 2021, Vance a déclaré : « Je crois que le diable existe et qu'il accomplit des choses terribles dans notre société »). Vance a probablement retenu de Tolkien « un état d'esprit apocalyptique », m'a dit Burgis, une bataille finale et globale entre le bien et le mal. (Un porte-parole de Vance n'a pas répondu à une demande de commentaire pour cette histoire). Bien qu'il y ait consacré une grande partie de sa vie, Tolkien a écrit la mythologie de la Terre du Milieu alors qu’il servait dans les tranchées pendant la Première Guerre mondiale. Après le succès du Hobbit, il a commencé à travailler sur une histoire suivante dans ce même monde et a écrit une grande partie des romans de l'Anneau [sic] alors que son pays d'origine, la Grande-Bretagne, combattait pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces livres ont une tendance clairement anti-guerre. Dans Les Deux Tours, le deuxième tome de la trilogie [sic], Tolkien écrit [faisant parler Faramir]: « La guerre doit avoir lieu, tant que nous défendons nos vies contre un destructeur qui dévorerait tout ; mais je n'aime pas l'épée brillante pour son tranchant, ni la flèche pour sa rapidité, ni le guerrier pour sa gloire. Je n'aime que ce qu'ils défendent. » [(SdA, IV, chap. V)] Vance a déclaré que son propre séjour dans les Marines déployés en Irak avait été formateur pour son approche isolationniste et pacifiste de la politique étrangère. « J'ai servi mon pays honorablement, et j'ai vu quand je suis allé en Irak qu'on m’avait menti », a raconté Vance un jour. « [J'ai vu] que les promesses des responsables de la politique étrangère de ce pays étaient une véritable farce. » Mais sa ferveur est également en contradiction avec certaines des idées de Tolkien sur la manière dont les États-nations devraient aborder le monde extérieur. Les livres sont, à bien des égards, anti-isolationnistes. Frodon veut ignorer les mauvaises nouvelles et rester chez lui, mais il finit par se rendre compte que la Comté n'est pas épargnée par les troubles qui sévissent ailleurs (comme, par exemple, le fait que l'OTAN soit amenée à défendre l'Ukraine contre Sauron Poutine). En fin de compte, le Rohan, le Gondor, les elfes, les ents et les nains doivent tous s'unir et mettre fin à leurs petites querelles nationalistes. Ils se rendent compte que leurs vies sont interconnectées. [...] Adam Wren, “How Lord of the Rings Shaped JD Vance’s Politics”, Politico.com, 19 juillet 2024, traduction avec DeepL et Gogol. L'article se poursuit en signalant, sans surprise, que « l'amour de Vance pour le Seigneur des Anneaux est en harmonie avec les nationalistes de droite » dans d'autres pays. En matière de dirigeants nationalistes et/ou conservateurs, l'auteur ne pouvait manquer d'évoquer la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni « qui avait l'habitude [étant plus jeune] de se costumer en hobbit » : « « Je pense que Tolkien pourrait dire mieux que nous ce en quoi les conservateurs croient », a-t-elle déclaré, bien que contrairement à Vance, elle ait soutenu l'aide à l'Ukraine. » Adam Wren évoque ensuite un entretien qu'il a eu avec Jessica Hooten Wilson, titulaire de la chaire “Fletcher Jones Chair of Great Books” à l'université de Pepperdine, a enseigné Tolkien dans ses cours et a passé du temps avec Vance en 2019 lors d'une conférence consacrée à l'écrivain catholique Walker Percy (1916-1990) : « Elle m'a dit que Vance avait peut-être intériorisé le message selon lequel l'Amérique, contrairement à Frodon, n'est pas appelée à intervenir à l'étranger. « Je pense que c'est là que Tolkien ne voulait pas que son œuvre soit qualifiée d'allégorie parce qu'il ne voulait pas d'une seule façon de lire son texte », a-t-elle déclaré. Elle a ajouté : « J'espère aussi que ceux qui lisent le Seigneur des Anneaux et Walker Percy sont prêts à en tirer des leçons plutôt que de leur faire dire ce qu'ils veulent ». » Wren s'est également entretenu avec l'ancien sénateur et candidat présidentiel républicain Rick Santorum, lui-même catholique et fervent admirateur de l'œuvre de Tolkien (qu'il a lu à ses enfants, du moins semble-t-il s'agissant du Seigneur des Anneaux, à propos duquel il a « toujours rêvé d'être interviewé ») : « « Je suis un grand fan de Tolkien » [a déclaré Santorum au journaliste]. « Je suis aussi quelqu'un qui croit que le message de Tolkien est que le mal doit être affronté. L'idée est donc que nous pouvons attendre qu'il arrive dans la/le Comté, mais ce n'est pas une très bonne stratégie. Il faut aller au Mordor. » » Wren met ainsi ici en évidence les contradictions et tensions – intellectuelles et spirituelles, mais aussi de facto politiques – que Vance « semble toujours devoir résoudre ». Relativement novice en politique avec peu d'expérience sénatoriale jusqu'à sa désignation comme candidat à la vice-présidence, et sans engagement politique majeur auparavant, Vance serait selon Santorum « un type intelligent mais [qui] est encore en cours de développement », et que cela pourrait être « l'une des raisons pour lesquelles Trump l'a choisi » comme colistier. Se poursuivant en rapportant que les proches de Vance disent qu'il aurait connu un « réveil » (“awakening”) depuis sa conversion au catholicisme en 2019, l'article de Wren se termine en évoquant le témoignage de Rod Dreher, un écrivain conservateur « que Vance a invité à son initiation à la foi en 2019 » et qui fut également présent à sa première communion, qui déclare à Wren que Vance « réfléchit largement à la manière dont tous doivent se joindre à la grande lutte contre les ténèbres – il n'y a pas moyen d'éviter la lutte – et à la manière dont Dieu peut utiliser les humbles et les gens de basse extraction pour faire de grandes choses » , une réflexion que l'on peut supposer faire écho au destin de personnages de Tolkien. Et Dreher de conclure ainsi : « Pensez-y : qui aurait imaginé que ce petit garçon triste et effrayé de l'Ohio vivant dans une famille en ruine aurait surmonté tout cela et se serait élevé aux portes du pouvoir politique suprême ? Que pourrait bien faire Dieu de lui ? J.D. Vance pourrait être Frodon des Vallons, un véritable hobbit de la cambrousse. » Depuis l'investiture du 20 janvier dernier, devant les médias aux États-Unis comme lors de déplacements intempestifs en Allemagne ou au Groenland, on a pu voir J. D. Vance à l'oeuvre, très présent et très actif (du verbe) pour un vice-président américain dont le rôle constitutionnel est traditionnellement plus effacé. Je me méfiais déjà instinctivement de lui dès son élection avec Trump, et il ne fait que confirmer à mes yeux depuis qu'il n'est, au moins politiquement mais peut-être aussi moralement, qu'un petit personnage, au sens évidemment le plus négatif du terme « petit », et non pas dans un quelconque sens mélioratif « hobbitesque ». Nous verrons bien toutefois comment les choses évoluent... Si Vance espère prendre rapidement la place d'un Trump vieillissant, dans quel état récupèrera-t-il la gouvernance du pays, déjà fort ébranlée ? En attendant, il entend bien continuer à être au service de ce pauvre type qu'est Trump, bouffi de narcissisme et de cupidité, avatar de Mammon parmi tant d'autres. Or, pour un catholique revendiqué comme Vance, il est un passage des Évangiles qui devrait tout de même lui parler, j'imagine : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent » (Matthieu 6:24). Pour ce qui est précisément de la question religieuse, Vance est le représentant d'une tendance que je juge, cela ne surprendra sans doute personne, très négativement, sa tolkienophilie (sur fond de « pop culture » devenue enjeu électoral) constituant même, à cette aune, une circonstance aggravante. La foi religieuse n'est pas en soi un problème, je l'ai toujours dit. De culture catholique (depuis bien plus longtemps que Vance), je ne suis pas athée, et nous avons sans doute tous besoin, d'une manière ou d'une autre, de spiritualité. Mais comme on peut le voir par ailleurs dans des débats comme celui sur le voile islamique en France, deux régimes anthropologiques s'opposent, l'un limitant autant que possible le religieux à l'espace privé, intime, l'autre, cher à Vance, considérant le religieux comme indissociable du politique, du social, du visible (soit le « retour du religieux » évoqué plus haut et ailleurs ici ou là). Ce dernier régime, promu par des gens comme Vance aux États-Unis et par d'autres ailleurs (les islamistes en France et plus largement en Europe notamment) n'est pas un régime sous lequel j'ai envie de vivre. Et maintenant, vite, un peu de musique (ancienne, « classique », symphonique...) : j'ai besoin de penser à autre chose... Bonne nuit. B.
[EDIT: corrections de fautes et coquilles diverses...] Revue de presse - Hyarion - 31/03/2025 Il a été annoncé aujourd'hui, 31 mars, que Le Seigneur des Anneaux va être réédité prochainement chez Folio, la collection de poche généraliste des éditions Gallimard : L'empire Gallimard dévoile semble-t-il peu à peu ce qu'il veut faire de Tolkien... À noter que, généralement, ce sont des éditions/traductions d'auteurs parus d'abord dans la Pléiade qui finissent par être republiées de façon plus abordable chez Folio (au moins partiellement), et non l'inverse... Peace and Love, B. Revue de presse - Silmo - 03/04/2025 Je ne me prononcerai pas sur la dimension religieuse aux Etats-Unis, bien compliquée, on s'y perd.
Vivement les élections de mi-mandat car sans Parlement à sa botte, Trump ne pourra plus faire n'importe quoi. Quant à élire Kamala Harris, 'baptiste' donc chrétienne évangélique, les américains n'allaient tout de même pas voter pour une démocrate, femme, noire religieusement minoritaire - donc quadruple handicap dans la course à la Maison Blanche - faut pas se faire d'illusions avec le vote des grands électeurs par états, du Nevada au kentucky et du Montana au Texas (à part les côtes atlantique et pacifique plus à gauche !).
Plutôt que renommer le Golfe du Mexique "Golfe d'Amérique" (refus des géographes du monden entier) ou vouloir annexer le Canada* et le Panama, voire le Mexique pris en sandouiche, Trump pourrait rebaptiser les Etats des USA : état démocrate de Californie, état conservateur du Texas, etc...., les surfeurs contre les cowboys
Dans l'esprit US, c'est logique que tout territoire puisse se vendre et que tout s'achète. NB : l'archipel d'Hawai n'a pas été acheté mais annexé pendant la 2WW avant de devenir état US en 1959. En revanche, l'Alaska a déjà été achetée par les USA au Canada vaste teritoire auparavant cédé à l'Angleterre en 1762 (traité de Fontainebleau) par Louis XV de France (triste sire, , le Bien-Aimé, mon oeil, qui mena à la Révolution plus que Louis XVI) en même temps que la France cédait une grande partie de la grande Louisiane française à l'Espagne à partir de de 1762 (la rive droite en descendant le fleuve et en remontant jusqu'aux frontières du Canada), tout ça pour éponger les dettes de la Guerre de 7 ans. La partie Est de la Louisiane (donc à gauche en descendant le fleuve) sera ensuite cédée en secret aux Angliches par Louis XV en 1763. Guerre de Sept ans stupide et dépenses somptuaires à Versailles qui firent perdre à la France un royaume aussi vaste que la Chine, entre Canada et Grande Louisiane, un gâchis territorial, colonnial, agricole et minier.
La Grande Louisiane que j'évoque était alors bien plus vaste qu'aujourd'hui puisque cette zone comprenait dix États américains actuels (Arkansas, Dakota du Sud, Dakota du Nord, Iowa, Kansas, Missouri, Montana, Nebraska, Oklahoma, et la Louisiane actuelle) ainsi que des parcelles des futurs Colorado, Wyoming, Minnesota et Texas. Le Canada et la Grande Louisiane sont abandonnés par la France après la Guerre de Sept Ans (impossible de se battre sur deux fronts), mais la France rachète son ancien territoire à l'Espagne en 1800 (traité de San-Idelfonso). En 1803, Napoléon revend ce qui équivaut au tiers des USA actuels (traité de Washington) pour un montant ridicule de 80 000 000 de francs (15 000 000 de dollars). Une misère pour une zone si immense. Pas plus futé que Louis XV.
Pour conclure, c'est dès lors dans l'esprit US, assez logique que tout territoire puisse se vendre et que tout s'achète. Curieusement, ils ne réclament pas Saint-Pierre-et-Miquelon ou Tahiti, pas pour leurs archipels mais pour les droits maritimes immenses (la France est le deuxième pays côtier après les USA avec une vaste façade maritime et zone d'exploitation sous-marine - 12 à 24 miles autour des côtes soit pour la France près de 11 M° de Kms² plus 580 000 kms² de plateaux contineaux avec consommation exclusive des gisements à découvrir - grâce à ses iles) et la Nouvelle-Calédonie pour les gisements internes de nickel et métaux rares.
Bref, nos anciennes fondations valent plus que le provisoire fondement de Trump qui peut y carrer ses véléités expansionnistes. Autant de territoires portuaires où l'on peut nous aussi augmenter les droits de douane (si accord de l'UE) sans oublier que nous sommes champiosn du monde des normes et des contraintes. ps : dernière minute, Trump veut surtaxer Saint-Pierre-et-Miquelon. Je suis pour surenchérir. :-) Revue de presse - Eva - 03/04/2025 Silmo a écrit :
Petite correction qui ne change pas grand chose à la vente et à ton impressionnant inventaire mais mon sang canadien est susceptible. Revue de presse - Silmo - 03/04/2025 Oops, souvenirs un peu anciens et erronés. Encore un coup des Russes :-) Revue de presse - Eva - 03/04/2025 Ah c'est malin ! Maintenant j'ai faim. Cela fait des années que je n'ai pas mangé d'omelette norvégienne. Revue de presse - Elendil - 04/04/2025 Puisque la question de l'Alaska a été réglée, je noterai un dernier point de désaccord avec Silmo, concernant l'appartenance de Kamala Harris au baptisme : en l'occurrence, elle fait bien partie de la majorité protestante, le baptisme étant la principale dénomination protestante aux Etats-Unis (et si l'on compte indépendamment les différentes variantes du protestantisme, la seconde dénomination religieuse après le catholicisme, loin devant les méthodistes et les luthériens). E. Revue de presse - Silmo - 04/04/2025 J"avais cru lire, moins de 30% des protestants qui représentent moins de 30% de la population.... 30% de 30%, c'est tout de même assez minoritaire :-) Revue de presse - Elendil - 06/04/2025 D'après Wikipédia, les Baptistes américains se regroupent en quatre obédiences distinctes, qui représentaient ensemble 15,4% de la population américaine en 2015. C'est la plus large dénomination protestante américaine, de très loin. E. Revue de presse - Hyarion - 06/04/2025 Silmo a écrit :
En 1803, le montant n'était pas si ridicule que cela si l'on songe au PIB des jeunes États-Unis d'Amérique de l'époque, la Louisiane ayant en fait alors été vendue à crédit, sauf erreur de ma part... mais ce n'était certes pas une somme énorme pour la vente d'un territoire de cette ampleur, vente qui fut décisive dans le développement de la puissance des États-Unis.
L'ambition de Napoléon Bonaparte, futur empereur Napoléon Ier et alors encore Premier consul, était initialement, pour reprendre les mots de l'historienne Cécile Vidal dans un bref article en ligne de 2021, de « restaurer l'empire français d'Ancien Régime aux Amériques », après son échec en Égypte pour prendre le contrôle de la route des Indes face à l'impérialisme britannique. Il ne s'agissait pas seulement de ce que tu appelles la Grande Louisiane, cher François, mais aussi des Caraïbes, et en particulier de l'île de Saint-Domingue, lieu d'une colonie française dont le contrôle était indispensable pour assurer, entre autres, une continuité de liaison maritime entre la Louisiane et la France métropolitaine. La colonie en question, gouvernée alors par Toussaint Louverture, échappait depuis quelque temps aux autorités françaises, et c'est l'échec de la reprise en main de Saint-Domingue par la France qui conditionna la suite des événements, un échec qui ne se fit pas au profit de Toussaint Louverture (lequel, capturé, mourut déporté en France en cette même année 1803) et fut causé dans une large mesure par une dévastatrice épidémie de fièvre jaune. On notera que le calcul des Russes et des Américains sera semblable en 1867 concernant la vente de l'Alaska : déjà affaiblie par les conséquences de la guerre de Crimée perdue face à l'Angleterre de Victoria Ire alliée à la France de Napoléon III, la Russie du tsar Alexandre II s'entendit avec les États-Unis pour faire en sorte que l'Alaska échappe aux Britanniques contrôlant le Canada (tandis que les Français finissaient d'évacuer militairement le Mexique, mais c'est une autre histoire). Loin de toute vision téléologique des événements historiques, notons simplement que tous ces choix stratégiques de dirigeants étatiques, quel que soit la part de pragmatisme qui les ont orientés, sont autant de coups de poker diplomatiques, coups de poker qui caractérisent assez fortement, entre autres facteurs, l'expansion territoriale des États-Unis, ainsi que l'évoque Raphaël Lahlou dans un vieil article en ligne de 2002 consacré au « rêve américain et caraïbe de Bonaparte ». Pour en revenir au sujet de départ, évoqué précédemment dans mon message du 30 mars : Silmo a écrit :
À mon humble avis, ce n'est pas parce que le catholicisme, auquel s'est converti J. D. Vance, est minoritaire aux États-Unis, que l'influence d'un politicien idéologue comme Vance ne peut pas être significative, compte tenu du poste qu'il occupe désormais, et auquel il donne plus de visibilité que d'habitude : comme tu le sais, quelqu'un de notoirement moins idéologue que lui, un certain Donald J. « FakeNews » Trump, a déjà trouvé un moyen, lors de son premier mandat présidentiel, de remettre en cause la jurisprudence liée au fameux arrêt Roe v. Wade de 1973 en matière de droit à l'IVG. Je doute que Vance renonce à aller plus loin s'il devait avoir, un jour, la possibilité d'imposer ses idées politico-religieuses, quand bien même notamment les conservateurs religieux protestants (de toutes sortes) ne voudraient pas forcément le suivre sur tous les sujets, notamment sur le terrain spécifique de l'« intégralisme » promu au sein d'une minorité conservatrice catholique. Et la tolkienophilie affichée du personnage, même si elle n'est peut-être avant tout qu'un affichage, dans la mesure où Vance n'insiste pas non plus énormément là-dessus a priori, ne me parait pas non plus un fait totalement anodin, notamment s'agissant de l'avenir de la réception de l'œuvre d'un écrivain comme Tolkien. Amicalement, B. Revue de presse - Silmo - 09/04/2025 PS : Prolongeons un peu, juste pour rire... Après que les Anglais aient perdu contre les nouveaux Etats-Unis (traité d'Indépendance, signé à Paris en 1783), ils ne savaient plus où envoyer leurs plus mauvais sujets en guise de colons, c'est pourquoi leur toute première grande flotte envoyée en Australie en 1788 (après que Cook en ait cartographié les côtes orientales en 1770), fut pour installer à Sydney Cove une grande colonie pénitentiaire dite de Nouvelle-Galles du Sud, comme quoi ce WE, Laurent Wauqier n'a pas réinventé l'eau tiède puisqu'il veut envoyer outre-mer les OQTF à Saint-Pierre-et-Miquelon, mais il n'est pas seul à faire du réchauffé, Nicolas Dupont-Aignan avait déjà proposé en 2016 puis en 2020 de créer aux Iles Kerguelen un 'Guantanamo à la Française', centre pénitentiaire le plus loin possible de la métropole (reprenant en cela une idée émise par René de Semallé en 1893) avec l'avantage qu'à part une équipe de scientifiques à la station permanente de Port-aux-Français (45 personnes l'hiver, 120 l'été), la Grande-Terre - principale ile de l'archipel avec 6675 km², soit les 3/4 de la Corse - n'a strictement aucune population et un climat presque moins froid que Saint-Pierre-et Miquelon, un peu moins glacé mais beaucoup plus venteux. Bref, les idées moisies poussent sur le même genre de terreaux infertiles et ce n'est pas nouveau. Tiens l'exil des indésirables en contrée hostile, ça me rappelle la fin de "La Folie des Grandeurs"... Aux Barbaresques !!! Revue de presse - Hyarion - 11/04/2025 Silmo a écrit :
C'est vrai... Cette première flotte débarqua alors, parait-il, 750 prisonniers, 210 soldats et 40 femmes et enfants. Il fallu attendre que la survie de la première colonie soit assurée et que des immigrants libres la rejoignent, pour que l'exploration du vaste territoire australien soit lancée, par le gouvernement et les pionniers. Silmo a écrit :
Je dois avouer que j'avais oublié cette « plaisanterie » de Dupont-Taigneux (ou Dupont-Gnan-Gnan pour les intimes) à propos des Îles Kerguelen : rien n'est jamais sérieux dans ce que raconte ce type, sa dernière « blague » programmatique ayant récemment consisté à jouer au « pacifiste » des années 1930 avec une proposition de « plan de paix » pro-russe concernant la guerre en Ukraine... Quant à Laurent Wauquiez, sa propre « blague » toute récente concernant Saint-Pierre-et-Miquelon n'est effectivement que du recyclage (à base de « guano » populiste), dans le contexte d'une campagne politique interne du parti LR. C'est sans doute un bon moyen pour faire parler de lui, mais ça ne devrait pas a priori améliorer grand-chose quant à son image depuis longtemps bien écornée. Le problème de Wauquiez, au fond, c'est que personne ne l'aime. Il faut dire qu'il s'est tellement renié, a tellement trahi, s'est fait tellement d'ennemis, en méprisant tout le monde, en médisant sur tout le monde : pire que Sarkozy dans ce registre, tout de même, il fallait le faire... Wauquiez est la preuve vivante que l'on peut être bardé de titres et diplômes (normalien, reçu premier à l'agrégation d'histoire, diplômé de Science-Po Paris, titulaire d'un DEA de droit public, major de sa promotion à l'ENA...) est se révéler être un petit (tout petit) personnage, non seulement antipathique et n'inspirant aucune confiance mais aussi assez largement dépourvu de sens politique, sans quoi il serait peut-être un peu moins détesté par ses congénères politiciens, notamment dans son propre camp, « la droite ». En février 2018 déjà, le Canard enchaîné avait révélé que Sarkozy lui-même avait dit ceci à Wauquiez, suite à des « punchlines » médiatisées de ce dernier le concernant : « Beaucoup de monde me disait que tu n'étais qu'une grosse m**de. Aujourd'hui, je n'ai d'autre choix que de penser comme eux ». À vrai dire, pour ce qui est d'être « une grosse m**de », il s'y connait, le Sarko, mais pour tous ces gens très égocentrés, il est évidemment toujours un peu difficile de reconnaître franchement la vérité les concernant : on peut notamment aisément le vérifier lorsque les intéressés, acteurs (sur)jouant perpétuellement le même numéro, ne finissent plus que par se produire devant les tribunaux (ainsi Sarkozy de nos jours, comme Pasqua jadis, entre autres)... Silmo a écrit :
Ta conclusion ne manque pas d'ironie, quand on songe au sinistre esclavage blanc des États barbaresques d'Afrique du Nord, avec Alger, Tunis et Tripoli comme lieux principaux de cette épouvantable pratique durant plusieurs siècles. Je recommande à ce sujet l'ouvrage de l'historien américain Robert C. Davis, publié en français il y a déjà presque vingt ans : Esclaves chrétiens, maîtres musulmans. L'esclavage blanc en Méditerranée (1500-1800), paru aux Éditions Jacqueline Chambon en 2006, puis réédité en poche en 2007 chez Actes Sud (collection « Babel »). Un compte rendu en ligne de l'ouvrage par Carmen Bernand pour la revue Archives de sciences sociales des religions lors de la parution de la première édition, commence par évoquer une allusion à cet esclavage figurant dans les Fourberies de Scapin de Molière : Ironie de l'histoire, c'est notamment du côté d'Alger, capitale d'une dictature obsédée par le souvenir de la colonisation française (souvenir qu'elle manipule à l'envi) mais oublieuse du sombre passé barbaresque algérois, que l'on souhaiterait pouvoir renvoyer un certain nombre d'individus faisant l'objet d'OQTF, en particulier ceux coupables en France de délits et de crimes parfois extrêmement graves. D'où le sempiternel manège diplomatique hypocrite entre l'État français et la dictature algérienne, laquelle retient prisonnier l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal et tant d'autres opposants, tout en trainant des pieds pour récupérer ses ressortissants indésirables sur le territoire de l'ancien puissance coloniale, la France que ladite dictature aime tant détester... C'est notamment dans ce contexte que des poseurs « vraiment de droite » comme l'ex-villiériste et actuel ministre Retailleau et le pitoyable Wauquiez, candidats à la présidence du parti LR (ex-UMP, ex-RPR...), font de la surenchère en matière de propositions démagogiques concernant la pourtant très sérieuse question migratoire et celle non moins sérieuse du communautarisme en France. Tout cela est à l'image de l'ensemble de notre cirque médiatico-politique français, dépourvu en l'état de crédibilité... et cela vaut aussi bien pour la prétendue « vraie droite » que pour la prétendue « vraie gauche », ou même pour « le centre » sans colonne vertébrale : à l'instar de Trump aux États-Unis, les individus toxiques comme Sarkozy (narcissique délinquant en col blanc) ou Mélenchon (démago-mégalo et antisémite « d'opportunité », qui ressemble de plus en plus à Doriot) sont évidemment pires que tout, mais globalement en l'état, s'agissant de la qualité générale des acteurs politiques se voulant de premier ordre, tout ou presque est, au mieux, médiocre. On pourra trouver mon ton sarcastique et quelque peu amer... Il faut dire que j'ai passé une mauvaise journée, ce vendredi, et que la fatigue accumulée est là : quelques jours de repos ne seront pas de trop pour me changer un peu les idées et revenir en ces lieux parler d'autres choses (notamment de musique et du Louvre) plutôt que de toute cette fange... Mais pour finir ici tout de même sur une note drolatique, puisque j'ai partagé ici précédemment un portrait satirique de J. D. Vance par Kiro, mon cher François, je t'offre une autre tronche par le même dessinateur, celle toute récente de Wauquiez, publiée dans le Canard enchaîné du 2 avril dernier. Les trognes politiciennes de Kiro sont vraiment, de mon point de vue, les dignes héritières des poires louis-philippardes et autres portraits-charges du XIXe siècle par Philipon et Daumier. Amicalement, B. [EDIT (12/04/2025, 08:07): correction de fautes diverses et ajout de la première partie de ma réponse, initialement oubliée (fatigue...), concernant l'Australie...] Revue de presse - Silmo - 16/04/2025 A propos des Bernardins, Le Monde republie aujourd'hui (au moins en ligne pour les abonnés - en version 'papier' je ne suis pas allé vérifier) un article du 31 décembre 2023. S. Revue de presse - Hyarion - 17/05/2025 Silmo a écrit :
J'avais oublié de réagir sur le moment, mais je confirme que l'article en question, de Fabien Trécourt, mis en ligne le 16 avril dernier (seulement en ligne a priori), est une reprise d'un article un peu plus ancien, mais avec une mise à jour notamment vis-à-vis de l'actualité culturelle.
Extrait : « Le Seigneur des anneaux, et par extension la mythologie de Tolkien, est une œuvre catéchétique, avance pour sa part l'essayiste espagnol Diego Blanco Albarova dans un livre paru en 2023 (Un chemin inattendu. La somme sur Tolkien, Cerf). Elle contient dans ses pages l'annonce explicite de l'Évangile et la conséquence de l'acceptation de cette annonce dans la vie des personnes, c'est-à-dire la vie de foi en communauté. » L'auteur espagnol déplore même que le catholicisme soit souvent considéré comme « un élément anecdotique » de la saga. Néanmoins, cette interprétation est loin de faire l'unanimité et plusieurs spécialistes contestent que la foi de Tolkien – bien établie en ce qui concerne sa vie privée – ait une vocation si forte dans les romans. « Il s'est au contraire efforcé d'écrire une histoire qui ne soit ni apologétique ni prosélyte, insiste ainsi Leo Carruthers, professeur émérite de littérature et auteur de Tolkien et la religion. Comme une lampe invisible (PUPS, 2016 [rééd. 2024]). C'est certes une histoire profondément spirituelle et compatible avec le catholicisme, mais elle ne s'y réduit pas. » L'article mis à jour se termine avec une évocation des évènements de ce printemps aux Bernardins : l'exposition des tapisseries d'Aubusson (qu'accompagne la parution du livre Le Dieu de Tolkien de Jean [Chausse], commissaire de l'exposition), la conférence « Tolkien et le mystère », qui a eu lieu le 24 avril dernier, et enfin le colloque interdisciplinaire et international « La consonance chrétienne en Terre du Milieu » qui a lieu actuellement (16, 17 et 18 mai). Amicalement, B. Revue de presse - Hyarion - 29/05/2025 Le 3 avril dernier, Silmo a écrit :
Quelques semaines plus tard, en tout cas, Elon M. annonce la fin de sa « mission de réduction de la dépense publique » auprès de Trump, à propos duquel il se dit « déçu », du moins s'agissant de sa politique budgétaire : Je signale au passage, qu'après mure réflexion, j'ai procédé ici à une refonte d'une partie de mon message du 30 mars dernier, consacré à J. D. Vance : voir à ce propos mon « EDIT 2 » de ce jour au bas dudit message. Amicalement, B. |