![]() |
|
Tolkien dans la Revue des deux mondes - Version imprimable +- Forum JRRVF (https://www.jrrvf.com/forum) +-- Forum : L'Œuvre - Etudes & réflexions (https://www.jrrvf.com/forum/forumdisplay.php?fid=3) +--- Forum : Tolkien et la Littérature (https://www.jrrvf.com/forum/forumdisplay.php?fid=11) +--- Sujet : Tolkien dans la Revue des deux mondes (/showthread.php?tid=1670) |
Tolkien dans la Revue des deux mondes - sosryko - 22/01/2004 Une nouvelle fois, merci beaucoup pour cette suite, Vinyamar ;-)) Deux remarques, une courte, une plus longue.
Premièrement, attention à ne pas forcer le(s) texte(s) !
Deuxièmement :
Déjà, les références que tu donnes devraient suffire (Ps130:6, Esaïe 62:6); il se trouve qu'elles ne sont pas les seules, loin de là! 1 (…) en apprenant que la réparation des murailles de Jérusalem avançait et que les brèches commençaient à se fermer.
9 Lorsque nos ennemis apprirent que nous étions avertis, Dieu anéantit leur entreprise, et nous sommes tous retournés à la muraille, chacun à son ouvrage. Le guetteur/sentinelle a conduit vers deux images fondamentales dans l'Ancien testament : (1) le gardien de la cité comme image du gardien des âmes ; Ezékiel 3:17 : Fils d’homme, je t’établis comme sentinelle sur la maison d’Israël. Tu écouteras la parole qui sort de ma bouche et tu les avertiras de ma part. Cf. la célèbre, importante et impressionnante "prophétie de la sentinelle" en Ezéchiel 33:1-9 (4 mentions) Ou encore en Ésaïe 21 : 11 Menace (sur) Douma. On me crie de Séir: Sentinelle, qu’en est-il de la nuit? Sentinelle, qu’en est-il de la nuit? Jérémie 6:17 : J’ai suscité pour vous des sentinelles: Soyez attentifs au son du cor! (2) le gardien de la cité comme visionnaire et prophète : celui qui "se tient sur la tour de guet" est celui qui a la meilleure vision, la meilleur perspectives des choses; en se tenant à l'écart, en un lieu élevé, il est capable de voir ce qui vient, d'annoncer "l'aurore" à ceux qui sont encore dans la nuit : Ésaïe 21 : 6 Car ainsi m’a parlé le Seigneur: Va, place le guetteur; Qu’il annonce ce qu’il verra. Ésaïe 52 : 7 Qu’ils sont beaux sur les montagnes, Les pieds du messagers de bonnes nouvelles, Qui publie la paix! Du messager de très bonnes nouvelles, Qui publie le salut! Qui dit à Sion: Ton Dieu règne! Jérémie 31 : 1 En ce temps-là, —Oracle de l’Éternel, Je serai Dieu pour toutes les familles d’Israël, Et ils seront mon peuple. J'ai gardé ce texte de Jérémie 31 pour la fin, car il confirme que nous ne nous sommes pas (trop) éloignés de notre propos : après la guerre, "les rescapés de l'épée" sont témoins d'une déclaration "d'amour éternel", de la reconstruction de la Cité, sous la protection des gardes et dans "l'espérance pour l'avenir" (Estel) ! Sosryko Tolkien dans la Revue des deux mondes - vincent - 22/01/2004 quel fuseau ! sur la mer et la mort, voici d’autres éléments - si j'ai bien lu tout (Rivages, p. 180) : « […] de la mer (ou de l’eau en général), présentée d’emblée comme « un mot redoutable, un signe de mort », ce que confirme le récit de la fin du père de Frodo, sur qui « il n'y a jamais eu grand-chose à dire jusqu'au jour où il s'est noyé » avec sa femme . Puis cette valeur se renforce par l’assimilation de la mort avec « les Mers Séparatrices » ou « l'eau profonde » , « la noyade » , par l’évocation de la Submersion de Númenor, par la comparaison des armées ennemies avec « une mer grossissante », par l’expression même de « flot de la mort » , ou par l’image de la barque de Boromir . On pourrait ajouter que l’Anneau, mortifère, a été trouvé au fond d’un fleuve, mais on distinguera partiellement la mer et l’eau, dans la mesure où celle-ci peut se révéler bénéfique, comme lorsqu’elle sauve Frodo des Nazgûl à la fin du Livre I , tandis qu’on pourrait en revanche multiplier les preuves du lien qui unit la mer et la mort - proches jusque dans leurs sonorités en français, comme jadis la mer, l’amer et l’amour . Ainsi, la fascination qu’exerce la mer sur les Elfes Legolas et Haldir (« aucun des miens ne l’a contemplée ; mais nous nous en souvenons encore dans nos chants » ) évoque la fascination de la mort qu’ils ne connaissent pas non plus, ce parallélisme étant souligné par la mise en garde qu’adresse Galadriel à Legolas (« Prends garde à la Mer ! ») et qu’il interprète comme un message funeste . notes : L’arbre peut être intéressant.
Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 22/01/2004 Erratum: il n'y a pas de fragrance sur Aragorn au moment de son sacre, elle est sur Arwen au moment de son arrivée finale. Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 22/01/2004 4-6 Le Mariage4-6-1 Quels mariages ? Le « sacrement » du mariage est-il présent dans le Seigneur des Anneaux ? Pour y répondre, voyons tout d’abord le chapitre qui traite justement du mariage d’Aragorn : l’Intendant et le Roi. La première chose qui marque dans ce chapitre, c’est qu’on y trouve en fait plusieurs mariage : celui de Faramir et d’Eowyn, et celui d’Aragorn et d’Arwen. Mais une autre chose frappe davantage encore : ces mariages ne sont absolument pas décris. Comment ?! Le moment le plus heureux de la vie de ces héros, le but ultime vers lequel tendait Aragorn, « le couronnement des exploits auxquels [nos héros] ont eu part », selon les propres mots d’Aragorn, n’est décrit que par cette simple (et sublime) phrase : Aragorn, Roi Elessar, épousa Arwen Undómiel dans la cité des Rois le jour du Solstice d’Été, et l’histoire de leur longue peine se trouva achevé. T3, Ch. V, L’INTENDANT ET LE ROI, p.343
Rien de plus, ni dans les annexes racontant l’histoire particulière d’Aragorn et d’Arwen, sinon la mention répétée que cela est « l’achèvement » ! Dès lors, rien ne nous interdit de penser que ce couronnement s’inscrit peut-être dans la même dynamique de mariage, en réalité, et de découvrir qu’en effet, c’est peut-être bien là, dans ce triple mariage, (mais surtout celui d’Aragorn avec son peuple) que ce situe le sacrement. 4-6-2 Faramir et Eowyn Voyons tout d’abord en quoi les fiançailles d’Eowyn et de Faramir peuvent évoquer le sacré : - (…) Je serais guérisseuse, et j’aimerais tout ce qui pousse et n’est pas stérile. (…) - (…) J’épouserai pourtant la Dame Blanche de Rohan, si telle est sa volonté. Et si elle le veut, alors traversons le Fleuve pour demeurer, en des jours plus heureux, dans la belle Ithilien, où nous ferons un jardin. Toutes choses pousseront là avec joie, si la Dame Blanche y vient. - Dois-je abandonner mon propre peuple, homme de Gondor ? dit-elle (…) - Oui, je le voudrais, dit Faramir. Il la prit dans ses bras et il l’embrassa sous le ciel ensoleillé. T3, Ch. V, L’INTENDANT ET LE ROI, p.332 Ce passage n’est pas sans rappeler le fondement du mariage religieux, tiré du livre de la genèse : Dieu dit: Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. Et cela fut ainsi. Dieu appela le sec terre, et il appela l'amas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon. Puis Dieu dit: Que la terre produise de la verdure, de l'herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi. La terre produisit de la verdure, de l'herbe portant de la semence selon son espèce, et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le troisième jour (…)
Dieu créa l'homme à son image, Genèse 1,9-13 ; 27-29 C'est pourquoi l'homme quitte son père et sa mère et s'attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair. Gn 2,24
Ce mariage primordial arrive dans le jardin d’Eden, et l’on y voit comme en refrain l’importance que Dieu donne à la fécondité, des plantes, des animaux, puis de l’homme et de la femme. Ce mariage entre Faramir et Eowyn ressemble fort à un retour à cet état originel, dans un jardin fécond. 4-6-3 Aragorn et Arwen
Au sujet du mariage d’Aragorn, nous y reviendrons, mais remarquons deux choses : Qui a l'épouse est l'époux; Jean 3,29 4-6-4 le couronnement : épousailles Maintenant que nous avons introduit le concept le plus chargé de sens, à savoir l’image du Christ comme époux de l’Eglise, qui fait écho à l’image de Dieu comme époux de son peuple dans l’Ancien Testament, voyons comment le couronnement et la royauté d’Aragorn se vit pleinement dans cette même vision. Tous les préparatifs furent alors fait dans la Cité ; et il y avait un grand concours de gens, car les nouvelles s’étaient répandues dans toutes les parties du Gondor, de Min-Rimon jusqu’à Pinnath Gelin et aux côtes lointaines de la mer, et tous ceux qui pouvaient venir à la Cité se hâtaient d’y arriver. Et la Cité fut de nouveau remplie de femmes et de beaux enfants qui revenaient vers leurs maisons chargés de fleurs ; et de Dol Amroth vinrent les harpistes les plus habiles de tout le pays ; et il y avait des joueur de viole, de flûte, de cors d’argent, et des chanteurs à la voix claire venus des vallées du Lebennin. T3, Ch. V, L’INTENDANT ET LE ROI, p.333 Les lecteurs de la bible n’auront pas eu de peine à reconnaître l’évocation de la nouvelle Jérusalem chez Isaïe, cité sainte où viendront toutes les nations : « Debout! Resplendis! car voici ta lumière, et sur toi se lève la gloire de Yahvé.
les bateaux de Tarsis ont pris la tête pour ramener de loin tes fils, Isaïe 60 Jusqu’à cette petite mention de veilleurs guettant l’aube : Enfin vint un soir où l’on put voir du haut des murs les tentes dans la campagne [celles d’Aragorn qui revient] et, toute la nuit, des lumières brûlèrent, tandis que les hommes guettaient l’aube. T3, Ch. V, L’INTENDANT ET LE ROI, p.333 Et quand l’aube arrive, c’est cloches, bannières, étendards d’argent, pour accueillir les armées scintillantes comme l’argent sous le soleil. Ces veilleurs ne sont pas sans rappeler ceux d’Isaïe (qui font eux-mêmes échos à ceux du psaume 130 : mon âme attend le Seigneur, plus que les veilleurs l'aurore) : A cause de Sion je ne me tairai pas, Isaïe 62 Notons aussi dans ce texte le nom nouveau dont sera appelé l’époux de le nouvelle Jérusalem, celui qui sera une couronne, ainsi que le nom nouveau du Roi Aragorn, qui sera connu sous le nom du Roi Elessar. Le nom avait déjà été dévoilé, certes, mais toujours en rapport avec cette royauté qu’il devait reconquérir ! Le voilà roi, ou plutôt époux de la cité du Gondor, et le voilà avec ce nom nouveau.
Nous avons beaucoup comparé le couronnement d’Aragorn à des épousailles entre lui et le peuple du Gondor, entre lui et la cité du Gondor, devenue comme la nouvelle Jérusalem, ou Église sainte et régénérée. Où voyons-nous les traces d’une telle comparaison, et où, en quel lieu sacré, ce mariage prend-il place ? Relevons immédiatement que c’est Aragorn le premier qui personnifie la Cité du Gondor (il est d’ailleurs à noter qu’elle n’est plus jamais appelée Minas Tirith, mais simplement la Cité, avec une majuscule) : - (…) moi aussi je deviendrais vieux. Qui alors gouvernera le Gondor et ceux qui regardent vers cette Cité comme vers leur reine T3, Ch. V, L’INTENDANT ET LE ROI, p.341 Il est donc bien permis d’imaginer la Cité comme une reine que vient épouser son roi. Ces épousailles prennent place devant ses portes, lorsque Faramir accueille Aragorn., pour son couronnement. Aragorn lui rend son sceptre, afin qu’il officie pour la cérémonie, ce qu’il va faire de la manière la plus simple : par une demande de consentement : - Hommes de Gondor (…), voici Aragorn, fils d’Arathorn (…). Sera-t-il roi, et entrera-t-il dans la Cité pour y demeurer ? Le peuple n’acquiesce pas, il ne crie pas de joie n’importe quoi, il dit : « OUI » . (« yea », un oui solennel !) De même, au moment où Aragorn prend la couronne, il pose son propre serment : - De la Grande Mer en Terre du Milieu je suis venu. En ce lieu, je me fixerai, moi et mes héritiers, jusqu’à la fin du monde. Serment qui rappelle toujours celui de Dieu à son épouse, son peuple, dans Isaïe : et je conclurai avec eux une alliance éternelle. Isaïe 61 Les vêtements de salut, et le roi drapé de justice peuvent aussi être évoqué par les vêtement d’Aragorn et la cape immaculée fermée par sa pierre verte, qu’il porte lors de son couronnement, salut et justice qu’il offrira en effet lors de son règne. Mais pour clôturer la cérémonie, il demande à Gandalf de le couronner, comme l’évêque, qui ajoute une bénédiction sur les Valar : - Maintenant viennent les jours du Roi, et puissent-ils être bénis tant que dureront les trônes des Valar. Et voilà que Tolkien change soudain le nom d’Aragorn, et ne parle plus que du Roi Elessar. Curieux changement en milieu de passage, alors qu’il ne parlait jusqu’ici que d’Aragorn ! Dans la foulée, Tolkien nous explique ce que devient la cité sous son règne, se projetant dans l’avenir à ce moment précis du récit. « De son temps, la Cité fut rendue plus belle qu’elle n’avait jamais été, fût-ce aux jours de sa gloire première, elle fut emplie d’arbres et de fontaines ; ses portes étaient de mithril et d’acier, et ses rues étaient pavées de marbre blanc ; les gens de la montagne y travaillaient, et ceux de la forêt se réjouissaient d’y venir ; tous étaient guéris et tout était réparé ; les maisons étaient pleines d’hommes et de femmes et de rires d’enfants ; aucune fenêtre n’était aveugle, aucune cour vide, et après le passage du Troisième Âge du monde dans le nouvel age, il garda le souvenir et la gloire des années disparues. » T3, Ch. V, L’INTENDANT ET LE ROI, p.337 Ce passage rappelle bien sûr encore le passage le l’apocalypse où il est fait référence à la nouvelle Jérusalem : Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle -- car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n'y en a plus. Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu; elle s'est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. J'entendis alors une voix clamer, du trône: "Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux: de mort, il n'y en aura plus; de pleur, de cri et de peine, il n'y en aura plus, car l'ancien monde s'en est allé." Apocalypse 21,1-4
La description se poursuit plus loin, présentant une ville faite d’or et de pierreries, et d’où coulent des fleuves dont les arbres qui poussent contre ses eaux procurent la guérison. L'esprit du Seigneur Yahvé est sur moi, Isaïe 61
Cette justice et ce salut dont nous avions déjà parlé, ne sont-ils pas pleinement manifestés dans la pardon que le Roi accorde aux Orientaux, qu’il rend libre ? Il fait d’autres paix, et libère encore les esclaves du Mordor, et leur donne des terres. « La sagesse se montrait sur son front, et la force et la guérison étaient dans ses mains, et une lumière l’environnait » T3, Ch. V, L’INTENDANT ET LE ROI, p.336 4-6-5 La fécondité Le mariage d’Aragorn avec la Cité est donc officialisé, mais il n’est pas un sacrement valide sans l’union des époux, une union qui soit ouverte à la fécondité, et qui de par la grâce de Dieu peut ouvrir sur la vie. Où est-elle donc cette vie, et où se déroule cette scène sacrée ? Elle a lieu vers la fin du mois de Mai, mais la fécondité n’apparaîtra qu’au mois de Juin. Il s’agit de ce jour mystérieux où Gandalf emmène de nuit Aragorn hors de la Cité, et comme dans le récit de l’Apocalypse, l’emmène sur le haut d’une montagne pour contempler son royaume et la Cité : « Vint le jour où Gandalf fut introuvable, et les Compagnons se demandèrent ce qui se préparait. Mais Gandalf emmena de nuit Aragorn hors de la cité, et il le conduisit au pied sud du mont Mindolluin ; et là ils trouvèrent un sentier fait dans un temps lointain et que peu de gens osaient à présent fouler. Car il montait dans la montagne à un haut champ sous les neiges qui recouvraient les pics,e t ce champs dominait le précipice qui se trouvait derrière la Cité. Debout là, ils contemplèrent la pays, car le matin était venu ; et ils voyaient les tours de la Cité loin en contrebas, tels des pinceaux blancs touchés par la lumière du soleil » T3, Ch. V, L’INTENDANT ET LE ROI, p.340 "Viens, que je te montre la Fiancée, l'Epouse de l'Agneau." Il me transporta donc en esprit sur une montagne de grande hauteur, et me montra la Cité sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, de chez Dieu, avec en elle la gloire de Dieu. Elle resplendit telle une pierre très précieuse, comme une pierre de jaspe cristallin. » Apocalypse 21,9-11 Et tandis qu’Aragorn s’inquiète de son avenir et de celui du Gondor, il demande un signe, et voilà que Gandalf l’invite à se retourner, pour découvrir un rejeton de l’aîné des Arbres. Il récolte la pousse, et Gandalf explique que ces lieux sont « consacrés » (ou ‘sanctifiés’ (« ancient hallow »)), et que cela explique la survie de cette pousse pour le moment propice. Nous voici en un lieu séparé comme il se doit, un lieu que Tolkien défini lui même comme sacré, et en lequel survient la descendance du Gondor, l’Arbre Blanc signe de la royauté ! il sera planté dans le jardin de la cour, et il donnera du fruit en Juin, comme signe de l’arrivée d’Arwen, et du temps pour Aragorn (et le Gondor) d’une autre descendance, de chair cette fois. Il dispose à nouveau « des guetteurs sur les remparts » (ce thème est très utilisé en liturgie, bien qu’il n’apparaisse peut-être pas aussi fréquent dans la bible). Et « Aragorn, Roi Elessar, épousa Arwen Undómiel dans la cité des Rois le jour du Solstice d’Été, et l’histoire de leur longue peine se trouva achevé ». Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 25/01/2004 Vincent, merci pour ces détails sur la mer, (qu'il me semble avoir déjà lu quelque part, (pas dans ton livre, hélas, que je ne possède toujours pas) sur ce forum). Mais cela m'invite à distinguer deux formes de la mer, celle qui en effet représente la mort, et celle qui représente le passage. C'est pourquoi je distinguerai la mer comme élément liquide, et la mer comme lieu de traversée; comme un marin qui se respecte, je distinguerai la mer et sa flotte, de la mer et son vent ! D'ailleurs, Galadriel en avertissant Legolas ne parle pas de la mer à proprement parler. En tous cas, elle ne fait pas référence à l'eau, qui est la mort, mais bien au vent, à la surface, avec el chant des mouettes (c'est ce dont elle met en garde Legolas, et ce sont bien les mouettes qui appellent Legolas à partir "oversea". il faudrait en débattre mieux, mais sans doute sur un autre fuseau :-)
Sosryko:
Sinon, concernant le "nom nouveau", je n'ai en effet pas fait assez attention en l'utilisant, et ai donc relu le texte attentivement, dans plusieurs traductions annotées. ------------------------------- (nous entrons ici dans un débat qui ne concerne pas directement le sujet, avis aux lecteurs, ils peuvent sauter les passages qui suivent si ce débat exégétique ne les passionnent pas) A cause de Sion je ne me tairai pas, Isaïe 62 (je ne prend pas ici la traduction que j'utilise (Osty), mais elle est proche et surtout elle est sur mon ordi :-D ) En fait, comme je lisais Apocalypse en même temps, le nom nouveau a fait assez naturellement tilt chez moi pour désigner sinon l'époux en tous cas celui. On trouve en effet : Celui qui a des oreilles, qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Eglises: au vainqueur, je donnerai de la manne cachée et je lui donnerai aussi un caillou blanc, un caillou portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit. Ap 2,17 Le vainqueur, je le ferai colonne dans le temple de mon Dieu; il n'en sortira plus jamais et je graverai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la Cité de mon Dieu, la nouvelle Jérusalem qui descend du Ciel, de chez mon Dieu, et le nom nouveau que je porte. Ap 3,12
Oui, dans Isaïe, le nom nouveau est attribué à Jérusalem, ce dont témoigne le "ton bâtisseur t'épousera". Mais ce nom nouveau, il me semble opportun de le signaler quand même chez Aragorn, car même s'il est l'époux, il ne figure pas Dieu lui-même, mais est lui-même celui que Dieu épouse au travers de son sacre. Then Aragorn, being now the Heir of Isildur, was taken with his mother to dwell in the house of Elrond; and Elrond took the place of his father and came to love him as a son of his own. But he was called Estel, that is "Hope", and his true name and lineage were kept secret at the bidding of Elrond ; for the Wise then knew that the Enemy was seeking to discover the Heir of Isildur, if any remained upon earth. Appendices: Histoire d'Aragorn et d'Arwen, p. 429
Ce nom secret, c'est le dernier nom qu'Arwen utilisera pour nommer Aragorn pendant qu'il meurt. Le changement de nom reste un geste religieux (puisque nous sommes dans le monde du sacré), qu'il s'applique à Minas Titith (qui d'ailleurs change aussi de nom, pour ne plus s'appeler que La "Cité du Roi"), ou à Aragorn ! Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 25/01/2004 ---------------------------------------------------
Quant à l'eucharistie, j'ai bien peur de ne pas trouver d'éléments assez convaincants. Mais rien de tout cela n'évoque suffisemment ce qu'est réellement l'eucharistie, à savoir la présence réelle de Dieu, et surtout l'offrande à Dieu du Christ par le Christ. Aucun signe d'offrande ne s'y retrouve. Trop d'éléments manquent donc, pour oser parler d'eucharistie dans le roman. Je vais continuer de chercher, peut-être aussi du côté de la Lorien, que certains me reprochent d'avoir écarté d'un lieu sacré. Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 28/01/2004 Bon, j'abandonne donc la piste de l'eucharistie. Je concluerai donc cette étude et expliquerai le sens qu'on peut lui donner.
Tolkien dans la Revue des deux mondes - Yyr - 02/03/2004 Yyr (Ecrit le 10-01-2004 17:19) : * Marrissement qui vient ici traduire Marring, comme expliqué bientôt dans un article. L'article en question est en ligne sur Hiswelókë ici :) Yyr Tolkien dans la Revue des deux mondes - Philippe Perrier - 09/03/2004 Mon article est paru dans le numéro de mars de la revue des deux mondes. Merci à tous ceux à qui j'avais promis un exemplaire de me faire parvenir leur adresse afin que je puisse le leur envoyer. Amitiés tolkieniennes, Philippe Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 09/03/2004 Chouette !! :-)) Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 20/03/2004 Et voilà, j'ai lu l'article de Philippe dans la revue des deux mondes. D'abord, je suis admiratif devant son sens de la formule. Le thème de la pureté et de la miséricorde est très bien traité, mieux et plus simplement formulé qu'on a pu le faire ici, de même que l'excellente phrase sur l'antipathie de Tolkien pour l'allégorie, qui résume rès bien aussi le sujet ! (quoique selon moi, Tolkien soit plutôt flou en vérité sur la question de l'allégorie, mais cela demanderait à être étudié). Vient ensuite la partie sur les sacrements. Je ne l'avais glissé dans le forum que parce qu'on m'avait demandé de déployer ce thème, et je me susi surpris à y découvrir plus de parrallèles que ce que je pensais d'abord. Mais je crois pour le coup que le sujet est mal ammené dans le sein de l'article. On parlait de la pureté et de l'imaginaire, de l'anti allégorisme de Tolkien, et vient celle des sacrements. J'en suis coupable, bien sûr, mais cela vient un peu mal. je suis content que tu mentionnes aussi une part d'arbitraire dans cette vision. Je n'ai pas eu le temps (ou le courage) de 'matteler à une conclusion pour cette partie, mais j'y aurais dit que Tolkien n'avait probablement pas voulu consciemment glisser les 7 sacrements (6 d'ailleurs) dans son oeuvre. peut-être que oui (il est bien assez malin pour ça), mais peut-être pas. Voilà, c'est une conclusion dans ce style que j'aurai fait si on m'y avait poussé. :-)
Sinon, j'aime beaucoup aussi l'idée d'un Sam qui est le vrai Roi du récit. C'est bien trouvé ! Et en passant, les autres articles ont l'air pasionnants aussi ! je découvre avec joie cette revue, et je pense que tu viens de gagner un adepte (comment on s'abonne ?) |