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Et vous, qu'écoutez-vous ? - ISENGAR - 11/09/2024 Coucou Silmo I.
Et vous, qu'écoutez-vous ? - Silmo - 11/09/2024 Salutations Isengar qui veille Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 16/09/2024 J'étais persuadé d'avoir déjà évoqué Francis Poulenc (1899-1963) en ces lieux, mais aucune trace de message de ma part à ce sujet... C'est étonnant, car s'il est un compositeur qui m'a marqué cette année, c'est bien lui. Qui plus est, il entretient avec notre thème général un lien chronologique étroit, puisqu’il est un contemporain presque exact de C.S. Lewis, et que, comme lui, il est revenu à la religion de sa jeunesse -- dans son cas le catholicisme -- brutalement et à la même époque, quoique pour des raisons entièrement différentes : en 1931 pour Lewis, en 1935 pour Poulenc. On peut dire que c'est un compositeur que j'ai quasiment ignoré pendant longtemps, au point que j'avais tendance à le confondre avec Messiaen (je vous reparlerai de Messiaen un autre jour). Mais en avril, j'ai eu la curiosité d'écouter son Stabat Mater (FP 148). Et là, que dire ? C'est une des plus belles partitions pour voix et orchestre qu’il m’ait été donné d’entendre. Une pièce que l’on souhaite écouter encore et encore pour essayer d’en saisir toute la subtilité. Nul doute que cela est aussi dû à l’excellente interprétation de la soprano Michèle Lagrange, accompagnée par le Chœur et l’Orchestre national de Lyon, sous la direction du trop méconnu Serge Baudo. Le CD d’Harmonia Mundi où figure cet enregistrement comporte aussi deux autres pièces de musique sacrée de Poulenc, par les mêmes interprètes, le Salve Regina (FP 110) et les Litanies à la Vierge noire (FP 82), deux compositions éminemment recommandables. Le Salve Regina est intensément mystique et introverti, tandis que les Litanies, qui constituent la toute première œuvre sacrée de Poulenc, sont une parfaite expression musicale de la dévotion populaire qui a conduit à édifier le sanctuaire de Rocamadour. Cet été, souhaitant découvrir plus avant ce qu’avait composé Poulenc, je me suis tourné vers ses pièces pour ballet, dont l’essentiel a été enregistré par Charles Dutoit avec l’Orchestre national de France (Decca). Il est vraiment difficile de croire que la musique néoclassique légère et exubérante de la Suite pour orchestre des Biches (FP 36) soit du même compositeur que les austères œuvres vocales sacrées composées deux décennies plus tard. Et pourtant ! Juste après avoir révisé les Biches et en avoir extrait une adaptation orchestrale, Poulenc composa un autre ballet en un acte, les Animaux modèles (FP 111), d’après six fables de La Fontaine. Cet enregistrement en propose à nouveau la Suite pour orchestre qui en est tirée. Chaque morceau est traité comme une miniature bien caractérisée. Si « Le Petit jour (Très calme) » et « Le Repas de midi (Très doux, calme et heureux) », qui ouvrent et ferment le ballet, sont dans une veine plus méditative, « Le lion amoureux (Passionnément animé) » et « L’Homme entre deux âges et ses deux maîtresses (Prestissimo) » sont aussi joyeux et pleins d’humour que les Biches. Quant aux « Deux Coqs (Très modéré) », il est dans une veine burlesque particulièrement réussie, tandis que « La Mort et le bûcheron (Très lent) » révèle la nostalgie qui se cache derrière l’humeur souvent facétieuse de Poulenc. (Notons au passage que dans cette pièce créée à Paris en 1942, Poulenc avait hardiment intégré un passage de Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine. Fort heureusement pour lui, les officiers allemands ne reconnurent pas l’air en question…) Poulenc contribua aussi à de nombreuses œuvres collectives. Il composa ainsi un court morceau intitulé « Matelote provençale » (FP 153) pour la Guirlande de Campra, une « Pastourelle » (FP 45) pour le ballet l’Éventail de Jeanne, ainsi que les morceaux « Le Discours du général » et « La Baigneuse de Trouville » pour la farce de Cocteau les Mariés de la Tour Eiffel. Enfin, il écrivit une brève « Valse » (FP 17) pour l’Album des Six, composé en collaboration avec Auric, Durey, Honegger, Milhaud et Tailleferre. Tous ces morceaux illustrent à merveille le talent de miniaturiste de Poulenc. Aubade (FP 51), en revanche, est une œuvre beaucoup plus conséquente. Poulenc sous-titra ce ballet dont Diane est le principal protagoniste « Concerto chorégraphique pour piano et dix-huit instruments ». Si elle ne fait pas partie de ses œuvres les plus connues, c’est à mon sens une des plus réussies. Ici, Poulenc ne se contente pas de mettre en valeur son talent de mélodiste et d’orchestrateur, mais nous ouvre son cœur. Ce CD se conclut avec bonheur avec Deux Préludes posthumes et une Gnossienne (FP 104), des orchestrations de Poulenc sur des pièces pour piano de Satie. Des trois, c’est la Gnossienne que je préfère : le style de Satie y est immédiatement reconnaissable, et l’orchestration met particulièrement bien la mélodie en valeur, avec le détachement et la nostalgie nécessaires. Je mentionnerai au passage la subtile et virtuose Sonate pour flûte et piano (FP 164), que je connais dans une interprétation de Jean-Pierre Rampal à la flûte et de Robert Veyron-Lacroix au piano, laquelle figure dans un intéressant coffret de deux CD intitulé Chefs d’œuvre pour flûte du XXème siècle et édité par Erato, mettant en valeur le talent de ce très grand flûtiste qu’était Rampal. J’ai également fait l’acquisition d’un double CD de Decca où figurent la plupart des grands concertos de Poulenc, avec une belle variété d’interprètes. Le Concerto pour piano et orchestre (FP 146), ici interprété par Pascal Rogé, accompagné par l’Orchestre Philharmonia, qui est dirigé par Charles Dutoit, témoigne de l’immense talent technique de Poulenc, mais j’avoue qu’il m’a moins convaincu par ses changements brusques de style. Par contre, le Sextuor (FP 100) est une pièce superbe, ici interprétée par Pascal Rogé au piano, Patrick Gallois à la flûte, Maurice Bourgue au hautbois, Michel Portal à la clarinette, Amaury Wallez au basson et André Cazalet au cor. Vient ensuite la Sonate pour deux pianos (FP 156), interprétée par Bracha Eden et Alexander Tamir, qui sont aussi les solistes du Concerto en Ré mineur pour deux pianos et orchestre (FP 61) qui lui fait suite (ils sont là accompagnés par l’Orchestre de la Suisse romande, dirigé par Sergiu Comissiona). Ce sont deux œuvres plus légères, mais très agréables à l’oreille, et qui méritent amplement l’écoute. Le second CD de coffret est pour moi de beaucoup le plus intéressant : le Concerto en Sol mineur pour orgue, cordes et timbales (FP 93) est une pure merveille, un miracle de dialogue où tant l’orgue que l’orchestre sont mis en valeur. Pour moi qui suis un admirateur de la Symphonie n° 3 de Saint-Saëns, je m’avoue ici absolument bluffé. Sans doute le talent de l’organiste George Malcolm et de l’orchestre de l’Académie de St-Martin-in-the-Fields, sous la baguette d’Iona Brown, n’y sont-ils pas pour rien. Ce sont d’ailleurs eux aussi les interprètes du Concert champêtre (FP 49) pour clavecin qui lui fait suite. Depuis que Mendelssohn a contribué à faire redécouvrir Bach, quel autre compositeur s’est-il aventuré à composer un concerto pour cet instrument ? Pourtant, c’est là encore une réussite remarquable, qui conduit à se demander pourquoi cet instrument est quasi-absent de la musique classique moderne. Sans doute le clavecin manque-t-il de puissance face à un orchestre, mais Poulenc semble avoir anticipé cette difficulté, et le résultat est remarquable. Ce CD se conclut avec son Gloria en Sol majeur (FP 177), qui lui aurait, paraît-il, été inspiré par la vue de moines bénédictins jouant au football et par les fresques de Gozzoli « où les anges tirent la langue ». De fait, nous sommes là dans une vision solaire, joyeuse et enthousiaste de la gloire divine, sans nulle pompe, ni pesanteur. C’est clairement dans les œuvres chorales que Poulenc montre le plus son génie, et peut-être spécialement dans les œuvres pour chœur a cappella, dont il a composé un grand nombre. La plupart d’entre elles figurent sur un double CD enregistré par The Sixteen et Harry Christophers pour Virgin Classics. On y trouve notamment la remarquable cantate profane pour double chœur mixte Figure humaine (FP 120), sur un texte de Paul Éluard, où l’on décèle sans mal l’horreur et l’espoir qui habitaient Poulenc au plus noir de la Seconde guerre mondiale – ce morceau ne fut créé qu’en mars 1945 à Londres. Éluard était manifestement un des poètes que préférait Poulenc, puisqu’il est aussi l’auteur des paroles d’Un soir de neige, petite cantate de chambre (FP 126) pour chœur mixte, composition d’une aveuglante noirceur, là encore influencée par la guerre, qui fut créée à Paris en avril 1945. Quant aux Quatre Motets pour un temps de pénitence (FP 97) pour chœur mixte, composés en 1938 et 1939, ce sont eux aussi des merveilles de déploration, particulièrement le troisième « Tenebrae factae sunt ». Il faudrait encore mentionner plusieurs pièces plus brèves, qui d’une piété intense : les Laudes de Saint Antoine de Padoue (FP 172) et les Quatre petites Prières de Saint François d’Assise (FP 142), toutes deux pour chœur d’hommes, ainsi que l’Ave verum corpus (pour les saluts du Très Saint-Sacrement) (FP 154) pour chœur de femmes, vraiment splendide. L’Exultate Deo, motet pour les fêtes solennelles (FP 109) pour chœur mixte, est d’une belle inspiration mélodique, mais donne l’impression qu’il aurait été encore plus intéressant s’il avait été orchestré. Les Quatre Motets pour le temps de Noël (FP 152) pour chœur mixte ont un côté mystérieux, comme il sied, avant que la joie n’éclate dans le motet final « Hodie Christus natus est ». Le couronnement de cette série est la très pure Messe en sol majeur (FP 89) pour chœur mixte, qui se conclut par un « Agnus Dei » absolument céleste. Mais Poulenc a aussi composé des pièces profanes a cappella, dans la tradition des chants polyphoniques de la Renaissance, à l’instar de Chansons françaises (FP 130) pour chœur mixte et de la Chanson à boire (FP 31) pour voix d’hommes. Aucun point commun avec les pièces sacrées, si ce n’est le talent mélodique de Poulenc, mais avouons-le : si les plus emportées ne m’ont pas forcément convaincu, j’ai particulièrement apprécié « C’est la petit’ fill’ du prince » et « Ah ! mon beau laboureur ». Enfin, Poulenc a réalisé une superbe mise en musique de poèmes de Guillaume Apollinaire et Paul Éluard dans ses Sept chansons (FP 81) pour chœur mixte. Les contrastes harmoniques accentuent les aspérités de ces textes. Si ma préférée reste « Belle et ressemblante », d’Éluard, je dois bien dire que « Luire » (du même) est splendide aussi et que la musique semble prêter une évidence à un poème dont le sens n’apparaît qu’en coin et se dérobe dès qu’on cherche à l’approcher. E. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 20/09/2024 Faute de temps, je comptais plus évoquer la suite de mes écoutes à propos de compositeurs que j'avais déjà mentionnés ici plutôt que d'ouvrir de nouveaux « chapitres », mais je me sens obligé de remercier Hyarion pour m'avoir corrigé (je ne sais plus trop où) à propos de la Chauve-souris, opérette dont je trouve la musique d'une insupportable sucrerie et que j'attribuais erronément à Richard Strauss plutôt qu'à Johann Strauss fils (d'autant qu'il n'y a aucun lien de parenté entre les deux). Cela m'a incité à m'intéresser de plus près à Richard Strauss, que j'avais largement négligé jusqu'à cette année. En fait, j'ai déjà mentionné en passant son opéra Salomé, qui est une vraie splendeur. Plus récemment, j'ai fait l'acquisition d'un coffret regroupant l'intégrale de ses œuvres symphoniques enregistrées par Rudolf Kempe avec la Staatskapelle de Dresde. Très beau coffret, avec un son magnifique et un chef qui connaît intimement Strauss. Il y a de vraie gemmes là-dedans, notamment les poèmes symphoniques Ainsi parlait Zarathoustra (Op. 30) ou Mort et Transfiguration (Op. 24). Toutefois, c'est Une vie de héros (Op. 40) que je voudrais mentionner, car il est intéressant de voir les similitudes entre les différents mouvements, qui reflètent la conception qu'il avait de la carrière d'un héros, et la vie d'Aragorn selon Tolkien. Le thème principal du premier mouvement « Le héros » est particulièrement marquant, sans grandiloquence, et me semble éminemment adapté à un personnage dont l'héroïsme est déjà présent, mais qui n'est pas encore reconnu comme tel aux yeux du monde. De même, l'aspect cacophonique du deuxième mouvement « Les adversaires du héros » me paraît être une très bonne représentation musicale des Orques de Tolkien. Vient ensuite « La compagne du héros », qui évite adroitement toute mièvrerie et me semble pouvoir assez bien s'accorder avec l'aspect de belle étrangeté des Elfes. La musique passe alors au « Champ de bataille du héros », qui évoque évidemment la rencontre avec les adversaires, la lutte et la victoire finale. La musique ne s'arrête pas là, mais continue avec « L'œuvre de paix du héros » et se termine avec le « Retrait du monde du Héros et son accomplissement », thèmes éminemment tolkieniens s'il en est. (La partition a été critiquée pour la longueur de cette dernière partie, qui n'en finit pas de se finir, et sans doute Strauss aurait-il dû l'abréger un peu, mais cela m'évoque tout de même la scène de la chevauchée des Porteurs à la toute fin du SdA.) Notons tout de même deux bémols à cette description : en réalité, la partition serait au moins en partie autobiographique, évoquant la vie personnelle de Strauss d'une manière assez « romancée », et les titres des morceaux ont en fait été donnés après coup par Lawrence Gilman, après différents entretiens qu'il avait eu avec Strauss. N'empêche, si une adaptation du SdA avait été mise en musique par Strauss, je suis persuadé que ça aurait eu de la gueule... P.S. : Et puis trois choses encore qu'il serait dommage de passer sous silence : d'abord la Symphonie alpestre (Op. 64), qui n'est pas tant une symphonie qu'un immense poème symphonique sur le thème d'une ascension en montagne, d'un réalisme idéalisé. On visualise parfaitement les différents moments de l'ascension, et l'on peut même faire le parallèle avec la fameuse randonnée en Suisse à laquelle Tolkien a fréquemment fait allusion (sous réserve de transposer « Sur le glacier » en « sur l'éboulis », car Tolkien ne s'est pas aventuré sur les sommets). Qui plus est, ce morceau contient la description musicale d'un orage la plus réussie qu'il m'ait été donné d'entendre, et de très loin. Ensuite, j'aurais mauvaise grâce à omettre le poème symphonique Aus Italien (Op. 16), qui adopte quant à lui la structure d'une symphonie classique, bien qu'il s'inspire explicitement des paysages italiens que le compositeur put voir lors d'un séjour qu'il fit dans la péninsule en 1886. Je ne le connaissais pas, mais c'est une très belle découverte. Enfin, j'ai déjà mentionné mon amour pour le cor, et mes réserves vis-à-vis de l'ensemble des concertos pour cor du répertoire, qui s'efforcent bien souvent de donner à ce dernier un rôle plus virtuose que ce qui convient à sa sonorité. Ces réserves, Strauss les surmonte parfaitement dans son Concerto pour cor et orchestre n° 1 en Mi bémol majeur (Op. 11), œuvre de jeunesse pourtant, et plus encore dans son Concerto n° 2 en Mi bémol majeur (TrV 283), composé dans les dernières années de sa vie, où il démontre sa grande sensibilité harmonique et sait révéler la poésie propre à cet instrument. (NB : J'ai appris au passage que le père de Strauss avait été un des meilleurs cornistes solo de son temps ; ceci explique certainement cela.) E. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 29/09/2024 Bon, j'espère que ces explorations musicales, fautes de susciter des réactions, intéresseront au moins un peu Silmo ou Hyarion. Tout de même, j'avais promis de vous parler un peu d'Antonio Salieri (1750-1825), alors je tiendrai parole. Celui-ci est aujourd’hui bien plus connu pour la légende de sa rivalité avec Mozart que pour les œuvres qu’il a composées ou pour les pupilles qui ont suivi son enseignement (au rang desquels on compte, excusez du peu, Beethoven, Meyerbeer, Hummel, Schubert et Liszt). Commençons donc par tordre le cou aux idées reçues : il semble véridique que Salieri se soit accusé d’avoir assassiné Mozart, mais cela daterait des dernières années de sa vie, à une période où il est acquis qu’il était devenu en grande partie sénile. Les enquêtes historiques les plus serrées rejettent fermement cette possibilité. Au demeurant, Salieri n’était rival de Mozart que pour les opéras, puisqu’il ne composait quasiment que cela, et ceux de Salieri rencontraient un bien plus grand succès de son vivant que ceux de son jeune collègue. Salieri était de plus grand admirateur des œuvres orchestrales de Mozart, dont il reconnaissait pleinement le génie. Il s’est efforcé de mieux le faire connaître et lui a transmis des commandes d’opéra qu’il ne pouvait ou ne souhaitait pas composer lui-même, comme Così fan tutte ou La clemenza di Tito. Enfin, Salieri a été l’une des rares personnes à assister à l’enterrement de Mozart et a pris comme élève son dernier fils, Franz-Xaver, ce qui n’aurait certainement pas été envisageable si Constance, la veuve de Mozart, avait eu le moindre doute sur une éventuelle inimité de Salieri envers feu son époux. Salieri n’a composé que deux concertos pour pianoforte, tous deux en 1778, le premier en Ut majeur, le second en Si bémol majeur. Ce sont deux œuvres brillantes et ornementées, qui sont tout à fait comparables aux œuvres contemporaines de Mozart. Si le premier est assez classique, le second est particulièrement remarquable pour son mouvement central, qui s’inspire du style de la sérénade de l’opéra napolitain. Là encore, Andreas Staier et le Concerto Köln font merveille pour redonner vie à ce répertoire méconnu. Salieri a par contre composé au moins une quarantaine d’opéras, ce qui est assez remarquable, en dépit de la longueur de sa carrière musicale (36 ans environ, car il cessa de composer à partir de 1804). L’Orchestre symphonique de la radio slovaque, dirigé par Michael Dittrich, nous propose une sélection d’une douzaine d’ouvertures tirées de ces opéras dans un CD édité par Naxos. Ce sont pour la plupart des pièces brèves, la plus longue d’entre elles n’atteignant pas tout à fait sept minutes. Elles sont toutefois orchestrées avec brio et méritent pour la plupart le détour. J’ai particulièrement apprécié celle d’Eraclito e Democrito, un opera filosofico-buffa, où un père se prend de passion pour la philosophie et essaie en vain de marier sa fille à l’un des deux philosophes du titre (que la pièce rend contemporains l’un de l’autre, ce qui n’a pas de fondement historique). Je mentionnerais volontiers aussi La sechia rapita, opéra-bouffe qui relate l’histoire d’un seau volé qui déclenche une guerre entre Modène et Bologne, ce qui force les dieux de l’Olympe à intervenir. La satire qui sous-tend l’œuvre est particulièrement bien rendue par la musique. Salieri vécut trois ans à Paris, entre 1784 et 1787, et y composa plusieurs opéras notables, à commencer par Tarare, en collaboration avec Beaumarchais. L’ouverture de cette œuvre ne figure pas dans cet enregistrement, qui propose à la place celle d’Axur, re d’Ormus, révision dudit opéra sur un livret de Da Ponte, destinée à la cour de Vienne. En revanche, l’ouverture des Danaïdes, qui se fonde sur la légende bien connue des cinquante filles de Danaos, est une des plus dramatiques et des plus marquantes de cette série. Celle de Don Chisciotte alle nozze di Gamace est tirée d’un épisode de Don Quichotte et a été écrite en collaboration avec Giovanni Boccherini, librettiste qui est le frère aîné du célèbre compositeur Luigi Boccherini. Sa musique m’a semblé d’un goût très mozartien, de même que celle de l’opéra comique La grotta di Trofonio. Le premier opera seria de Salieri est intitulé Armida et reprend le célèbre épisode d’Armide et Rinaldo dans la Jérusalem délivrée du Tasse, épisode qui a d’ailleurs eu un grand succès à l’opéra, puisqu’il a également été adapté par Lully, Haendel, Haydn et Gluck, entre autres. C’est sans doute le morceau que j’ai préféré dans cet enregistrement. Pour finir, je mentionnerai encore l’opéra-bouffe l’Angiolina, ossia Il matrimonio per sussuro, librement adapté d’une pièce de Ben Johnson, qui clôt le CD sur une mélodie brillamment orchestrée (notons au passage que ladite pièce de Johnson a bien plus tard donné lieu à un autre opéra, par Richard Strauss, Die schweigsame Frau, sur un livret de Stefan Zweig). J’ai gardé le meilleur pour la fin, avec le CD Symphonies, Overtures & Variations, enregistré par les London Mozart Players, dirigés par Matthias Bamert (Chandos). On y retrouve quatre ouvertures assez brèves, à savoir celle des drammi giocosi que sont La locandiera et Falstaff, ossia Le tre burle. La première est variée et pleine d’allant, la seconde joyeuse et teintée d’ironie, en particulier dans le solo de basson au milieu du morceau. L’ouverture de l’opéra héroïco-comique Cublai, gran kan de Tartari, quant à elle, est particulièrement dynamique, mais ses harmonies sont fort peu orientalisantes, évidemment. Enfin, ce CD comporte aussi un enregistrement de l’ouverture d’Angiolina, sauf que… ce n’est apparemment pas le même morceau que celui de Dittrich. En fait, Salieri aurait donné certaines représentations de son opéra en le faisant précéder de l’ouverture d’une œuvre antérieure, Il mondo alla rovescia. Bamert donnant celle spécialement composée pour Angiolina, je présume que celle de Dittrich est l’autre, bien que ce ne soit pas précisé par le livret de Naxos (très succinct, comme toujours chez cet éditeur). Dans l’enregistrement de Bamert se trouvent aussi deux courtes symphonies : la première, qu’un musicologue a surnommée la Sinfonia Veneziana, est en fait composée de deux ouvertures d’opéra que Salieri a rassemblées, l’une pour La scuola de’ gelosi, l’autre pour La partenza inaspettata. La seconde symphonie, la seule que Salieri semble avoir inscrite au catalogue de ses œuvres, est intitulée Il giorno onomastico. Subtile et enlevée, elle est d’un goût que je qualifierais volontiers de mozartien. Toutefois, le principal intérêt de cet enregistrement est la série de vingt-six variations sur La folia di Spagna, qui déploient aussi bien virtuosité orchestrale qu’habileté mélodique : s’il y a un chef d’œuvre de Salieri, je pense que c’est celui-là. E. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Menalque - 29/09/2024 Une petite contribution https://www.youtube.com/watch?v=m0YWZVDQtwI ( Henri Texier) https://www.youtube.com/watch?v=0nmEhydMdZM&list=OLAK5uy_lPLK45e-OnPe6lXFpO0ms_3T4dNjw-1iE&index=3 (Renaud Garcia-Fons) https://www.youtube.com/watch?v=8O5eX6ZOscA (Daniel Goyone) https://www.youtube.com/watch?v=CvHI7HUaf1g (Sophie Solomon) https://www.youtube.com/watch?v=HY2VfzBWKXM (Terry Callier) Et vous, qu'écoutez-vous ? - Hyarion - 29/09/2024 Cela fait maintenant plus de trois mois, presque quatre, que je retarde de mon côté, pour diverses raisons, de nouvelles interventions dans le présent fuseau, sachant que j'écoute ou réécoute de nombreuses œuvres de divers compositeurs depuis le début de cet été... saison estivale qui s'est achevée en ce mois de septembre (avec beaucoup de mauvais temps et des températures au demeurant peu estivales...). L'automne étant ma saison de naissance, peut-être sera-t-il propice pour à présent favoriser davantage le partage me concernant, que ce soit sur ce fuseau ou dans d'autres. Un hasard professionnel m'a, par ailleurs, récemment fait retrouver, dans une bibliothèque scolaire au fonds un peu ancien, une édition du Dictionnaire de la musique : Les hommes et leurs œuvres en deux volumes (Bordas, 1979, édition mise à jour [1re éd. : 1970]) dirigée par le musicologue Marc Honegger (1926-2003), un ouvrage de référence classique, apparemment assez largement diffusé dans les bibliothèques de collège dans les années 1980, que cependant je devais déjà être (au milieu des années 1990) sans doute à peu près le seul élève à consulter dans mon établissement lorsque j'étais collégien (j'y relevais notamment les dates de composition et/ou de publication des œuvres de compositeurs qui m'intéressaient), mais dont la redécouverte m'a, en tout cas, rappelé des souvenirs et motivé pour reprendre enfin un peu les échanges ici... Je vais commencer par répondre au dernier message de Silmo, posté le 11 septembre dernier : Silmo a écrit :
Le Concerto pour piano nᵒ 2 en fa mineur, opus 21, de Frédéric Chopin était justement au programme d'un des derniers concerts symphoniques auxquels j'ai pu assister cette année, en mai dernier : j'espère pouvoir en parler à l'occasion d'une évocation prochaine d'ultimes souvenirs de concerts (pour au moins quelque temps sans doute), où il sera notamment question de Wagner, Debussy, Ravel, Saint-Saëns, Fauré, Respighi... et aussi Chopin, donc. En ce qui concerne le quatrième mouvement Adagietto de la Symphonie nᵒ 5 en do dièse mineur de Gustav Mahler, dont j'avais parlé moi-même précédemment en ces lieux, en mai dernier, en signalant ma version de référence, celle du Berliner Philharmoniker dirigé par Simon Rattle, j'ai pris le temps récemment de comparer à l'écoute cette version avec celle proposée par Silmo, avec le Wiener Philharmoniker sous la direction de Pierre Boulez. Si j'ai constaté que la version de Boulez était effectivement un peu plus lente que celle de Rattle, je n'ai pas pour autant senti une différence significative, probablement parce que dans les deux cas, le mouvement de la symphonie m'a paru être exécuté en respectant profondément la partition... et parce que, ce faisant, ce mouvement de la cinquième symphonie, comme je l'avais déjà écrit ici en mai dernier, touche toujours au cœur en ce qui me concerne... Les mots manquent pour en dire plus...
Pour composer cet Adagietto, Mahler a vraisemblablement été influencé par son amour pour son épouse restée célèbre, Alma Maria Mahler, née Schindler, ce qui me donne du reste l'occasion de signaler un bon podcast en sept épisodes de la radio France Musique, podcast que j'ai écouté en feuilleton cet été, intitulé « Alma et Gustav Mahler, la recherche de l'Absolu », diffusé du 15 au 21 juillet derniers, et disponible à la réécoute sur le site de la radio : (J'aurai peut-être d'ailleurs l'occasion de mentionner ce podcast dans un autre fuseau, consacré à la correspondance de Tolkien, dans quelque temps...) Je remercie Elendil pour son partage à travers ses derniers messages en date sur le présent fuseau, depuis juin dernier... jusqu'à aujourd'hui encore, avec son évocation intéressante de l'œuvre du compositeur vénitien Antonio Salieri.
Je connais mal l'œuvre de William Walton – mentionnée le 6 juin dernier –, seulement un tout petit peu à travers ses musiques de films pour la trilogie shakespearienne de Laurence Olivier – Hamlet de 1948 en particulier –, ses Variations sur un thème de Hindemith et ses marches que l'on a jouées lors du couronnement de Charles III l'année dernière. J'ai eu par ailleurs ce mois-ci l'occasion d'entendre dans l'émission de radio « Stars du classique », sur France Musique, le premier mouvement (Andante tranquillo) du Concerto pour violon de Walton, brillamment interprété par Nigel Kennedy en soliste avec le Royal Philharmonic Orchestra de Londres dirigé par André Previn :
Concernant l'œuvre de Clara Schumann née Wieck – évoquée le 7 septembre dernier –, je la connais un peu mieux, quoique moins que celle de son époux Robert Schumann, mais j'ai assez régulièrement l'occasion d'entendre à la radio certaines des compositions de cette très grande musicienne, à laquelle un podcast de France Musique en cinq épisodes (« Clara Schumann, la virtuose amoureuse ») a d'ailleurs été consacré et mis en ligne ce mois-ci sur le site de la radio : Pour ce qui est de l'œuvre de Josef Antonín Štěpán – abordée également par Elendil le 7 septembre dernier –, je ne la connaissais pas du tout : merci pour cette découverte. Je connais toutefois l'œuvre d'un des confrères contemporains de Štěpán (ou Steffan) également originaire du royaume de Bohême (soit l'actuelle Tchéquie, approximativement), à savoir Josef Mysliveček (1737-1781), plus jeune d'une dizaine d'années mais mort prématurément une quinzaine d'années avant Štěpán, à seulement 43 ans. J'en avais dit quelques mots l'année dernière, ailleurs, à l'occasion de la sortie en salles de l'excellent film Il Beomo de Petr Václav, consacré à la partie de la vie de Mysliveček passée en Italie, mais ce compositeur mériterait que l'on parle plus précisément de sa production : j'essaierai éventuellement, si je peux et si cela intéresse, de le faire ici à l'occasion... Quant à Francis Poulenc, que pourrai-je ajouter à ce qu'en a dit Elendil précédemment ce mois-ci ? Sa musique m'est assez familière à l'écoute depuis de nombreuses années, mais sans que je l'ai pour autant beaucoup explorée, je l'avoue, au-delà de certaines de ces compositions parmi les plus célèbres et mémorables : à cette aune, je connais surtout Poulenc à travers, par exemple, certaines pages musicales de son Concerto pour piano (FP. 146) et de celui pour deux pianos (FP. 61), le charmant mouvement inaugural Allegro malincolio de sa célèbre Sonate pour flûte et piano (FP. 164), le rondeau extrait des Biches, la valse musette L'Embarquement pour Cythère pour deux pianos, et sa célèbre mélodie pour soprano et piano Les Chemins de l'amour, à la mélancolie poignante, composée sur des paroles de Jean Anouilh.
En ce qui concerne en particulier le Concert champêtre (FP. 49) pour clavecin et orchestre, qu'Elendil semble, entre autres compositions de Francis Poulenc, avoir particulièrement apprécié, il se trouve que j'ai eu l'occasion de l'entendre en concert à La Halle aux Grains, le 7 avril de l'année dernière (2023), avec le célèbre claveciniste Jean Rondeau en soliste et l'Orchestre National du Capitole de Toulouse (ONTC) dirigé par le chef japonais Kazuki Yamada. Outre Poulenc, le programme de la soirée de concert proposait le Concerto pour orchestre de Akira Miyoshi, et deux fameuses compositions pour orchestre de Claude Debussy, Jeux et surtout La mer. De fait, c'est surtout la présence de Debussy au programme qui m'avait incité à assister à ce concert, mais l'écoute du Concert champêtre de Poulenc s'était révélée intéressante, avec une remarquable prestation des exécutants, Jean Rondeau en tête (lequel nous joua en bis, en soir-là, une pièce pour clavecin de François Couperin, pièce bien connue des amateurs de musique baroque, et peut-être aussi de certains lecteurs d'une œuvre de fantasy pré-tolkienienne appréciée par Tolkien lui-même... mais j'aurai peut-être l'occasion d'en reparler une autre fois). Il faudrait que j'en vienne à présent à un gros dossier, sur lequel j'ai semble-t-il incité Elendil à se pencher : l'œuvre de Richard Strauss, que j'ai beaucoup réécoutée récemment, encore ces derniers jours... Mais il est déjà tard ce soir, et il me faut être raisonnable. Encore quelques mots pour saluer la contribution de Menalque, ce soir, dont le contenu me paraitrait digne de figurer, entre autres, au programme assez éclectique d'une émission de France Musique qui s'appelle « Banzzaï », par Nathalie Piolé, une émission de jazz au sens musicalement très large du terme. Et concernant Salieri, l'évocation qu'en a fait Elendil, notamment en se focalisant sur sa musique orchestrale, me fait penser qu'il va être temps, aussi, de parler de l'œuvre d'un autre compositeur ayant vécu entre XVIIIe et XIXe siècles (plus jeune que Salieri mais qui ne lui a survécu que très peu de temps), que j'ai écouté et réécouté cet été, très estimé par Berlioz qui manqua de peu de le rencontrer, et notamment plus tard apprécié musicalement par Tolkien : Carl Maria von Weber. Et puis il y a également ceci : Précédemment, votre serviteur Hyarion a écrit :
Là encore, je vais essayer de faire au mieux pour un prochain partage... avec un peu de César Franck et de Dvořák aussi, sur fond de modestes souvenirs de voyages européens... et puis avec même aussi, pourquoi pas, quelques pages de certaines musiques de film que je réécoute également régulièrement, depuis plusieurs semaines, dans le sillage de la disparition d'Alain Delon... Bref, à bientôt j'espère... ^^' Peace and Love, B. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Menalque - 01/10/2024 Merci à Hyarion pour me faire découvrir Banzzai. J'écoute effectivement pas mal de Jazz ( moderne sens large) sans en être un dévoreur exclusif. Disons qu'ayant fait mes études à Amiens , j'ai été nourri avec le Label Bleu ( https://www.maisondelaculture-amiens.com/label-bleu ) Et vous, qu'écoutez-vous ? - Cédric - 01/10/2024 Menalque a écrit :
Je ne peux que faire miens les propos de Menalque (à une réserve près, je suis "spécialiste" de Vivaldi ayant la quasi-totalité - 63 volumes sur 66, mais les 3 derniers vont bientôt rejoindre ma médiathèque - de la Vivaldi Edition, par le label Naïve). Sachez donc que vous nous lisons, à défaut de réaction !
D'ailleurs, en ce qui me concerne, après discussion avec un collègue la semaine dernière, j'écoute Max Richter. Et, pas de hasard, j'ai commencé par sa version "recomposed" des Quatre saisons de Vivaldi. En attendant d'écouter le reste de ses compositions Cédric. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 01/10/2024 Hyarion a écrit :
Pour Weber, je te laisse bien volontiers en parler, c'est un compositeur que je connais fort mal -- et Respighi moins encore. Quant à Magnard, c'est également grâce à toi que je l'ai découvert, et je n'ai pas encore eu le temps d'entendre grand chose de lui, mais je te remercie déjà, car c'est probablement le compositeur le plus sous-estimé que je connaisse. Cédric a écrit :
Je n'ai clairement pas autant d'œuvres de Vivaldi que toi dans ma médiathèque personnelle, mais elle doit quand même compter une douzaine de CD du Prêtre roux, compositeur que j'aime beaucoup. Si tu apprécies Vivaldi, je ne peux que t'engager à écouter les transcriptions pour orgue qu'a fait Bach de trois des concertos de celui-ci. J'avais justement fait jouer le Concerto pour orgue en La mineur BWV 593 (qui transcrit le Concerto pour deux violons et basse continue RV 522 de Vivaldi) pour la sortie de mon mariage. Dans l'immédiat, je parlerai plutôt d'un compositeur né deux générations plus tôt que Magnard, mais dont la misanthropie n'avait apparemment pas grand-chose à envier à la sienne, et dont les œuvres ont été longtemps négligées, en partie pour les mêmes raisons. Un compositeur qui était de plus un virtuose à l'égal de Liszt, et qui entretenait avec lui des relations d'amitié : Charles-Valentin Alkan (1813-1888). Il a essentiellement composé pour le piano ou pour le piano-pédalier seul, à de rares exceptions près. Ses pièces sont d’une virtuosité assez inégalée, ce qui explique aussi qu’elles soient encore aujourd’hui assez peu jouées. Un critique aurait même dit de certaines d’entre elles qu’elles semblaient composées pour une espèce éteinte de pianistes virtuoses dotés de sept doigts à chaque main... J’ai justement fait l’acquisition récente d’un très beau coffret de 13 CD édité par Brilliant Classics, qui couvre les plus grandes œuvres d’Alkan. Parmi celles-ci, il faut impérativement mentionner en premier le véritable chef d’œuvre que sont les 12 études dans tous les tons mineurs Op. 39, qui sont ici interprétées avec brio par Vincenzo Maltempo. Parmi ces études, d’une ambition formidable, la première, intitulée « Comme le vent, prestissimamente », en La mineur, donne le ton : seul un virtuose absolu parviendra à jouer la moyenne de 16 notes à la seconde que requiert le tempo de 160 bpm. Le sommet de l’œuvre, selon moi, est constitué par les études 4 à 7, réunies sous le titre de Symphonie pour piano seul et qui portent bien leur titre. Mais il ne faudrait pas pour autant négliger les études 8 à 10, encore plus virtuoses, qui portent quant à elles le titre de Concerto pour piano seul : rien que l’étude n° 8 en Sol dièse mineur, qui en constitue le premier mouvement, comporte plus de mesures que l’immense sonate n° 29 Hammerklavier de Beethoven. Et que dire de la superbe étude n° 11 « Ouverture : Maestoso » en Si mineur, si ce n’est qu’on a envie de l’écouter et de la réécouter ? La douzième étude « Le festin d’Ésope : Allegretto senza licenza quantunque » en Mi mineur, qui clôt la série, forme une série de variations de moindre ampleur, mais qui ne sont pas moins intéressantes. Toutes les œuvres d’Alkan ne sont pas aussi mémorables. À vrai dire, je trouve que bon nombre d’entre elles penchent trop du côté de la pure virtuosité, à l’instar du Grand Duo concertant pour violon et piano en Fa dièse mineur Op. 21, qui est ici interprété par Kolja Lessing au violon et Rainer Klaas au piano. Mais en revanche, j’ai beaucoup apprécié les 12 études dans tous les tons majeurs Op. 35, jouées par Mark Viner, et qui valent bien les Études d’exécution transcendantale de Liszt. J’ai trouvé plus remarquables encore les Trois Grandes Études pour les deux mains séparées et réunies Op. 76, avec Alessandro Deljavan au piano. Si on l’ignore, il est difficile d’imaginer que le premier mouvement « Fantaisie » en La bémol est pour la main gauche seule, et plus encore que le deuxième « Introduction, variations et finale » en Ré est pour la main droite seule. Quant au troisième et dernier « Mouvement semblable et perpétuel (Rondo-Toccata) » en Ut mineur, pour les deux mains réunies, il est tout bonnement époustouflant. Toujours dans le registre de la virtuosité, la brève Toccatina Op. 75 mérite amplement l’écoute, d’autant que son interprétation par Alan Weiss est très réussie. Dans un style plus narratif, la Grande sonate les Quatre Âges Op. 33, ici à nouveau sous les doigts de Vincenzo Maltempo, est une très belle œuvre aussi, qu’il conviendrait volontiers d’écouter face à la série de tableaux The Voyage of Life de Thomas Cole. Les Esquisses Op. 63, interprétées par Laurent Martin, constituent une belle série de miniatures, très variées, mais très agréables à écouter. Quant aux 25 Préludes dans tous les tons majeurs et mineurs Op. 31, toujours par Laurent Martin, il s’agit là d’une œuvre beaucoup plus introspective, voir méditative (le n° 4 en Fa dièse mineur est ainsi intitulé « Prière du soir : Assez lentement », et dans les suivants, nous trouvons aussi « Psaume 150e : Avec enthousiasme » (n° 5), « Ancienne mélodie de la synagogue : Andante flebile » (n° 6 ; notons qu'Alkan était d'origine juive et apparemment pratiquant), « J’étais endormie, mais mon cœur veillait… (Cantique des Cantiques 5:2) : Lentement » (n° 13), « Prière du matin : Vite » (n° 19), enfin « Prière : Lentement » (n° 25), qui revient à la tonalité d’Ut du premier prélude, d’où le fait que cet opus contienne 25 morceaux. C’est sans doute une des pièces d’Alkan les plus accessible aux pianistes. Pour conclure ce rapide survol de sa musique pour piano seul, j’ai trouvé splendide le 1er nocturne Op. 22, du même niveau que les meilleurs de Chopin. Alan Weiss en donne ici une très belle interprétation. Alkan a beaucoup moins composé pour la musique de chambre. Notons tout de même la très belle Sonate de concert pour violoncelle et piano en Mi Op. 47, où œuvrent Berhard Schwarz au violoncelle et Rainer Klaas au piano. Le Trio avec piano en Sol mineur Op. 30 est encore plus réussi, d’autant que le Trio Alkan en donne une interprétation superlative. Enfin, les trois Concerti da camera Op. 10 méritent eux aussi qu’on s’y intéresse, notamment le n° 1 en La mineur et le n° 2 en Ut dièse mineur. Ces morceaux sont ici interprétés par l’Orchestre de Padoue et de la Vénétie, dirigé par Roberto Forés Veses, qui s’en tirent plutôt honorablement. E. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Hyarion - 07/10/2024 Menalque a écrit :
Mes goûts en matière de jazz ont toujours été plutôt « classiques » (j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer ici Duke Ellington l'hiver dernier, dans un contexte très personnel, mais disons que plus généralement, à choisir, je préfère, par exemple le Miles Davis de l'album Kind of Blue à celui des productions de jazz-fusion des années 1980, même si celles-ci peuvent se laisser écouter), mais je garde cependant l'esprit ouvert à l'égard des productions jazzistiques plus contemporaines (le jazz, au sens large, est en perpétuel mouvement), avec notamment l'écoute plus ou moins régulière des émissions de jazz de France Musique : en semaine, « Banzzaï » de Nathalie Piolé, déjà citée donc, et « Au cœur du jazz » de Nicolas Pommaret (qui vient de succéder à la mythique émission « Open Jazz » d'Alex Dutilh, laquelle a duré seize ans jusqu'à l'été dernier, mais ayant en fait succédé à d'autres émissions sur le jazz, sur France Musique, que Dutilh aura produit et animé à l'antenne au total pendant quarante-deux ans), et le week-end, « Les légendes du jazz » de Jérôme Badini (et « Jazz Club » de Nathalie Piolé le samedi). Menalque a écrit :
Le contenu de ma discothèque « classique » se retrouvant plus ou moins sur YouTube depuis quelques années, il est devenu très simple aujourd'hui de le partager, en ces lieux, alors que cela aurait été presque inimaginable il y a quinze ans. Je ne me permettrai sans doute pas d'écrire autant sur la musique dite classique sur ce fuseau (et parfois dans d'autres), si je ne pouvais pas illustrer sonorement mon propos (en sus de l'illustrer tout court avec des couvertures d'albums, entre autres). J'espère, à cette aune, que les liens hypertexte vers les enregistrements disponibles en ligne que j'intègre dans mes messages sont effectivement bénéfiques. :-) La musique est un si puissant vecteur d'émotions, comme je l'ai encore constaté me concernant, ces derniers mois, par exemple en apprenant la disparition de Françoise Hardy, évoquée dans le fuseau dédié, ou en réécoutant le bel album Earth de Vangelis que j'ai mentionné ici précédemment en juin dernier, qu'il n'est pas toujours facile, à cette aune, même en ayant des connaissances, de trouver les mots pour en parler, ou continuer à en parler comme nous le faisons depuis quelque temps dans le présent fuseau. Mais d'un autre côté, en parler et partager à son propos aide à « aller de l'avant », alors je continue... Elendil a écrit :
Merci d'évoquer ici ce compositeur méconnu. L'étude « Comme le vent » est effectivement très impressionnante, rien qu'en voyant la partition et a fortiori en écoutant son exécution par un pianiste, forcément virtuose. Elendil a écrit :
You're welcome. Il faut encore que je finalise mon propos sur tous ces compositeurs... mais ça avance peu à peu. Weber mériterait un traitement à part, mais on verra... Cédric a parlé de Vivaldi, qui mériterait aussi quelques mots, mais chaque chose en son temps. ^^' En attendant, je viens de voir un documentaire sur ARTE consacré à Schönberg, né il y a 150 ans (« Arnold Schönberg - L'inlassable visionnaire », disponible jusqu'au 05/11/2024), dont je recommande le visionnage : https://www.arte.tv/fr/videos/119574-000-A/arnold-schoenberg-l-inlassable-visionnaire/ Amicalement, B. P.S. (7 oct., 16h14) : ayant appris l'information la semaine dernière par une newsletter, je me permets de signaler du nouveau concernant ce dont j'avais parlé précédemment ici, en juin dernier, à propos de La Vie parisienne d'Offenbach... Dans le présent fuseau, le 10 juin dernier, votre serviteur Hyarion a écrit :
Finalement, plutôt qu'une mise en ligne d'une captation en vidéo du concert auquel j'avais assisté, c'est une publication qui a eu lieu, il y a quelques jours (le 4 octobre dernier), d'un enregistrement de cette première version de 1866 de La Vie parisienne, réalisé du 10 au 13 janvier 2023 à la Halle aux Grains, en parallèle du concert et avec les mêmes interprètes. Ledit enregistrement est édité sous forme de livre-disque, soit en album double CD avec un beau livre (contenant notamment le livret original de l'œuvre) en édition bilingue français/anglais, par les éditions musicales du Palazzetto Bru Zane (basées à Venise), spécialisées dans ce type de publications (centrées sur le patrimoine musical français du XIXe siècle, dans un sens chronologique large [1780-1920]) et dont le travail est très soigné : J'y retrouve à l'écoute et à la lecture ce que j'ai pu découvrir en concert à l'époque, ne connaissant pas jusqu'à cette représentation cette toute première version du célèbre opéra-bouffe. À noter que l'ouverture pour orchestre de cette version est bien plus courte que celle, déjà brève (environ 5 minutes), de la version retravaillée qui est la plus courante et la plus connue, mais qu'en additionnant l'ouverture et les pages instrumentales des quatre entractes de cette première version, on obtient tout de même de quoi faire une suite orchestrale d'une douzaine de minutes, sans compter les quelques mesures de l'orchestre accompagnant les trois pantomimes sur Don Giovanni de Mozart dans le cinquième et dernier acte. J'ai également appris par hasard, en écoutant une émission de « Musique matin » sur France Musique la semaine dernière, la sortie d'un autre album en rapport, sur le fond et au moins en partie sur la forme, avec un autre concert toulousain, wagnérien celui-là, auquel j'avais assisté à la Halle aux Grains en 2023, mais j'aurai en principe l'occasion d'en parler plus tard. B. [EDIT (nov. 2024): précisions concernant la longévité des émissions d'Alix Dutilh sur l'antenne de France Musique jusqu'à l'été dernier] Et vous, qu'écoutez-vous ? - Menalque - 07/10/2024 @ Hyarion Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 30/10/2024 Faute de temps, je n’ai pas grand-chose à partager avec vous pour l’instant sur le plan musical. Peut-être cependant me faudrait-il mentionner quelques compléments liés à deux compositeurs anglais dont je vous ai déjà parlés. En effet, si j’ai déjà évoqué la musique instrumentale d’Elgar et de Walton, je n’ai pas dit grand-chose de leur musique vocale, à l’exception du Songe de Gerontius pour l’un, ainsi que du Festin de Balthazar et du Te Deum du couronnement pour l’autre. Or Elgar, en particulier, a été un grand compositeur de musique vocale sacrée. Il a notamment écrit deux autres oratorios : The Apostles (Op. 49) et The Kingdom (Op. 51). Comme le Songe de Gerontius, ces deux pièces ont été composées pour le Festival triennal de musique de Birmingham. Dès la commande initiale, en 1898, Elgar avait songé à un oratorio inspiré par le Nouveau Testament, mais avait fini par adapter le poème de Newman, faute de disposer du temps nécessaire pour établir le texte et composer la musique en parallèle. Si la première représentation de Gerontius avait été désastreuse, celles qui suivirent, à Londres, puis à Düsseldorf en traduction allemande, furent de franc succès. Le festival de Birmingham commanda donc un autre oratorio à Elgar. Celui-ci envisagea d’abord une œuvre qui couvre la totalité de l’action des Apôtres, depuis leur appel jusqu’à la Pentecôte, mais devant l’ampleur pris par son œuvre, décida de la diviser en deux : les Apôtres s’arrête après l’Ascension, tandis que le Royaume poursuit le récit avec la naissance de l’Église nouvelle jusqu'aux événements qui suivent immédiatement la Pentecôte. Ces deux œuvres virent le jour à Birmingham, en 1903 pour la première et en 1906 pour la seconde. J’ai pour ma part opté pour l’enregistrement en ont fait pour Chandos le Chœur et l’Orchestre symphoniques de Londres, dirigés par Richard Hickox, ce qui permet de mettre l’accent sur la continuité entre les deux oratorios (voir ici et là sur YouTube). Pour moi, le plus intéressant dans les Apôtres est qu’Elgar s’intéresse avant tout aux réactions humaines des disciples du Christ plutôt qu’au contenu de la prédication de celui-ci. Ainsi, chaque élément des Béatitudes est-il commenté mezzo voce par Pierre, Jean, Judas ou Marie, chacun soulignant les points auxquels il est le plus sensible. Je soulignerais volontiers aussi le fait que Marie Madeleine se voit donner un rôle largement aussi important que celui des disciples masculins, et qu’Elgar intègre habilement sa décision d’aller à la rencontre de Jésus à l’épisode de la tempête sur le lac de Tibériade. La plus belle trouvaille, je trouve, reste toutefois de narrer en creux les épisodes de la Passion par le biais du personnage de Judas. Il s’intéresse d’abord à la motivation profonde de sa trahison, qu’Elgar ne rattache pas au lucre, explication assurément trop simple. Il lui attribue en effet un désir de faire advenir immédiatement le royaume céleste sur Terre, en voulant forcer Jésus à se tirer d’affaire après son arrestation en accomplissant un miracle qui serait vu de tous et qui ne pourrait être nié ou réfuté par les prêtres ou les Pharisiens. Le désespoir de Judas est d’autant plus prenant lorsqu’il réalise que Jésus a choisi de marcher au supplice, sans percevoir le moindre espoir par-delà la mort de celui-ci. L’action ne revient vers les autres disciples qu’après le suicide de Judas, placé au même moment que la mort de Jésus. L’action passe ensuite à la découverte du tombeau vide par la Vierge Marie et Marie Madeleine, puis au retour de Jésus parmi ses disciples et à la scène de l’Ascension. La musique d’Elgar excelle à rendre les émotions des disciples au contact de Jésus et brille par sa richesse orchestrale. L’entremêlement des prières et des chœurs angéliques de la fin est superbe. La seule réserve que je serais tenté d’émettre réside dans le choix d’avoir fait de Pierre, Judas et Jésus des voix de basse, ce qui n’aide pas à les différencier lorsqu’ils sont présents tous les trois, et nécessite donc d’avoir le livret à portée de main. Le Royaume permet de retrouver les Apôtres cloîtrés au Cénacle après le départ de Jésus, dans l’attente de la Pentecôte. Je trouve malheureusement cette première partie plombée par des paroles assez ineptes, qui feraient volontiers passer le chœur des disciples pour des victimes d’un gourou moderne (l’effet est encore plus patent avec la musique, je trouve) : Mary, Mary Magdalene, John and Peter Remember the words of the Lord Jesus. The Kingdom, Op. 51, 1re partie Cela reste malgré tout un bel oratorio dans l’ensemble, bien qu’un cran en retrait de Gerontius et des Apôtres. Le duo entre la Vierge Marie et Marie Madeleine dans la section « At the beautiful gate » est d’une grande sensibilité. Certains chœurs sont absolument splendides, à l’instar de « O ye priests », qui fait suite au choix de Matthias pour remplacer Judas parmi les Apôtres. L’épisode de la Pentecôte elle-même met remarquablement en musique la confusion et la joie des disciples, ainsi que la surprise qui frappe ceux qui sont témoins de la scène. Cela dit, le passage le plus émouvant reste sans doute la grande prière de la Vierge Marie, « The sun goeth down », qui intervient au moment où Pierre et Jean sont arrêtés par les prêtres et les Sadducéens. L’oratorio se clôt dans une atmosphère de gratitude et d’espoir que je trouve cette fois parfaitement rendue, avec une mise en musique parfaitement appropriée du Notre Père et une conclusion partagée entre Jean, Pierre et les autres disciples qui fait écho au passage introductif, mais qui réussit à toucher la note juste. L’enregistrement du Royaume est accompagné par Sospiri (Op. 70) et Sursum Corda (Op. 11), une musique pour l’Offertoire. Je vous ai déjà parlé de la première. La seconde, composée pour cordes, cuivres et orgue, était destinée à un service de la cathédrale anglicane de Worcester auquel devait assister le duc d’York, le futur roi George V. Si je ne trouve pas qu’elle compte parmi les vrais chefs d’œuvre d’Elgar, elle donne un aperçu assez intéressant de sa musique d’église. À ce propos, il me faut signaler l’enregistrement Sacred Choral Music, par la Chorale du St John’s College de Cambridge, dirigée par Christopher Robinson, avec Jonathan Vaughn à l’orgue. Elle comprend certaines des plus belles œuvres chorales d’Elgar, à commencer par Give unto the Lord (Psalm XXIX), Op. 74, ainsi que Great is the Lord (Psalm XLVIII), Op. 67, deux antiennes qui marient admirablement l’orgue et les chants. On y trouve aussi les trois antiennes de l’Op. 2 : « Ave, verum corpus », destinée à l’offertoire, ainsi qu’une mise en musique de l’Ave Maria et de l’Ave maris stella. Ces trois chants sont beaucoup plus méditatifs et furent à l’origine composés pour l’ordinaire de la messe catholique de l’église de St George de Worcester, dont Elgar fut organiste entre 1885 et 1889. Il en va de même de l’antienne O salutaris hostia, là encore destinée à l’offertoire ou à la communion. Du fait de la célébrité ultérieure d’Elgar, il me semble assez vraisemblable que ces pièces aient été assez largement diffusés et que Tolkien ait eu l’occasion de les entendre. L’atmosphère de l’antienne d’offertoire O hearken Thou (Op. 64) est similaire, mais sa construction est nettement plus complexe, ce qui n’est guère étonnant puisqu’elle fut composée pour le couronnement du roi George V. Le diptyque Te Deum Laudamus et Benedictus (Op. 34), composé pour le Festival des trois chœurs, est en revanche beaucoup plus solennel, de caractère brillant pour le Te Deum, plus recueilli pour le Benedictus. Bien que ce soient indiscutablement de belles pièces chorales, ce n’est sans doute pas là le plus marquant des Te Deum du répertoire. Quant à Go, song of mine (Op. 57), une mise en musique d’un poème de Guido Cavalcanti, traduit par Dante Gabriel Rossetti, il s’agit de la seule pièce pour chœur a cappella de cet enregistrement. Ce n’est certes pas la moins expressive de ces pièces, et c’est sans doute celle dont je recommanderais le plus volontiers l’écoute après la mise en musique des Psaumes 39 et 48. Pour finir, on trouve dans ce CD trois extraits d’oratorios, dont le mouvement d’ouverture de The Apostles, intitulé « The Spirit of the Lord is upon me », ainsi que deux autres tirés de The Light of Life (Op. 29), « Seek him that maketh the seven stars » et « Light of the World ». The Light of Life est le premier oratorio d’Elgar, composé pour le Festival de Worcester en 1896. Il relate l’histoire de l’aveugle guéri par Jésus telle qu’elle figure dans l’Évangile selon st. Jean. Je n’ai pas eu l’occasion d’entendre la totalité de cet oratorio, mais les deux chœurs retenus ici sont de belles pièces, quoique je les trouve un peu moins élaborées sur le plan mélodique que les chœurs des Apôtres ou du Royaume. (Notons au passage que le motif musical de Jésus en tant que donneur de lumière qui figure dans cet oratorio est précisément repris dans l’ouverture des Apôtres, ce qui explique certainement pourquoi ces trois pièces ont été mises en regard). J’ai également pris un petit complément similaire pour Walton, avec un CD d’Hyperion intitulé Coronation Te Deum and other choral music, par le chœur Polyphony et The Wallace Collection, dirigés par Stephen Layton, avec James Vivian à l’orgue. On y retrouve notamment une version pour chœur, cuivres et orgue du Te Deum du couronnement d’Elizabeth II : ma préférence reste à la version orchestrale, d’autant que je trouve l’orgue trop en retrait sur cet enregistrement (les autres pièces avec orgue du CD ne souffrent pas de ce souci, sans doute parce qu’elles ne comportaient pas la difficulté supplémentaire d’équilibrer cuivres et orgue). Le reste du CD est consacré à différentes pièces sacrées, notamment les trois versions connues de A Litany, l’antienne Set me a a seal upon thine heart, un Magnificat et Nunc Dimittis, ou Where does the uttered music go ?, une belle pièce chorale à la mémoire du compositeur Sir Henry Wood. Mentionnons encore une Missa brevis, quatre chants de Noël, ainsi que le Cantico del Sole, une mise en musique du Cantique des créatures de saint François d’Assise. La pièce la plus remarquable de cet ensemble est The Twelve, une antienne « pour la fête de n’importe quel Apôtre », sur un texte de W.H. Auden. Je conclurais cette petite revue en revenant à la musique instrumentale afin d’évoquer un autre enregistrement du concerto pour violoncelle et orchestre de Walton. Comme l’œuvre m’avait vraiment plu, mais que j’avais regretté que l’enregistrement ne fasse pas suffisamment ressortir l’instrument solo, je me suis tourné vers une version plus récente du virtuose Jamie Walton (chez Signum Classics), que j’avais particulièrement apprécié pour son interprétation des Concertos pour violoncelle et orchestre de Saint-Saëns. Il est ici accompagné par l’Orchestre Philharmonia, dirigé par Alexander Briger. William Walton avait tardivement révisé la fin de son concerto, sur la suggestion du grand violoncelliste Gregor Piatigorsky, qui en avait donné la première. Toutefois, cette révision avait été achevée peu de temps après la mort de Piatigorsky et n’avait jusqu’alors jamais été enregistrée, peut-être parce qu’elle donne le premier rôle à l’orchestre dans le final et fait alors passer le soliste à l’arrière-plan. Au demeurant, Jamie Walton donne la version originale du troisième mouvement de ce concerto en bonus à la fin du CD. Son interprétation est remarquable et cette fois, la prise de son donne clairement le premier rôle au violoncelle, ce qui est très appréciable. Le concerto de Walton est suivi du premier Concerto pour violoncelle de Chostakovitch, une de mes pièces favorites pour cet instrument. Là encore, Jamie Walton nous en donne une interprétation superlative. E. P.S. : Cette fois, j’ai pris le temps de mettre des liens vers YouTube pour tous les morceaux dont je parle. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Hyarion - 07/01/2025 Quelque temps plus tard... Finalement, les semaines ont passé, et l'automne aussi, durant lequel j'ai écouté et réécouté beaucoup de musique, mais sans avoir encore été en mesure de reprendre le partage ici. L'année qui vient de s'achever aura été laborieuse de bout en bout... et nous voici donc au début de janvier et d'un nouvel an... On va essayer de tenter une reprise progressive... Le 7 octobre dernier, Menalque a écrit :
You're welcome. :-) Ce documentaire, sur lequel je suis tombé le soir de sa diffusion par hasard en regardant ARTE, était très intéressant, a fortiori compte tenu du caractère souvent perçu comme difficile d'accès de l'œuvre de Schönberg. Dommage que sa période de disponibilité en replay soit déjà terminée, depuis maintenant plusieurs semaines. Le 30 octobre dernier, Elendil a écrit :
De fait, on ne peut pas dire que lesdits compléments ne soient « pas grand-chose »... Merci pour ce partage d'il y a deux mois concernant Elgar, Walton et Chostakovitch. Elendil a écrit :
Et c'est très appréciable. ;-) Je reviendrai dans les prochains jours sur ce que j'avais annoncé précédemment en matière de partage, en commençant par répondre enfin à ton message du 20 septembre dernier, concernant Richard Strauss. Viendrons ensuite les autres annoncés, autant que faire ce peut... Pour cette nuit, je me permets de partager seulement un peu de Dvořák... J'avais déjà eu l'occasion en ces lieux en mai dernier d'évoquer une version au disque du célèbre Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur, op. 104, du compositeur tchèque, mais il en existe bien d'autres, parmi lesquelles une avec la violoncelliste soliste Alisa Weilerstein et l'Orchestre philharmonique tchèque dirigé par Jiří Bělohlávek, version éditée dans un album CD paru chez Decca il y a une dizaine d'années. Le contenu de l'album est complété par des enregistrements de plusieurs pièces de Dvořák interprétées par la violoncelliste, dont une qui, en version instrumentale, et bien que de courte durée, me bouleverse toujours à l'écoute, quels que soit ses interprètes et la façon dont cette mélodie, initialement pour voix et piano, a été arrangée selon les instrumentistes : Songs My Mother Taught Me (Chansons que ma mère me chantait), op. 55, no. 4. Ce ton mélancolique associé au souvenir maternel... Les mots manquent pour en dire davantage : la musique parle d'elle-même (particulièrement depuis ce lundi matin me concernant, en cette semaine particulière).
Amicalement, B. [EDIT (09/01/2025): corrections et précisions concernant les références de la mélodie de Dvořák] Et vous, qu'écoutez-vous ? - Hyarion - 13/01/2025 Dans le sillage de mon message précédent, je me permets d'évoquer cette nuit « Clair de lune », la troisième et sans doute la plus célèbre des quatre pièces de la Suite bergamasque pour piano que Claude Debussy composa puis révisa de 1890 à 1905, année de leur publication. Il y a un an ce dimanche, c'est avec cette pièce « Clair de lune », dans un arrangement pour violon et piano, que se concluaient les obsèques de ma mère, qui adorait le violon. L'interprétation émouvante de cette pièce par le violoniste Daniel Lozakovich, accompagné au piano par Stanislav Soloviev fait partie d'un album de Lozakovich intitulé Spirits, sorti en avril 2023 chez Deutsche Grammophon mais, hélas, sans avoir fait l'objet d'une édition en CD.
Concernant le version originale pour piano seul de « Clair de lune », j'ai eu l'occasion de l'entendre merveilleusement jouée en concert par Maria João Pires à Toulouse en 2023, ainsi que j'avais déjà eu l'occasion de l'évoquer dans un message précédent en avril dernier. Au disque, il existe un grand nombre d'interprétations de cette pièce, seule comme avec l'ensemble de la Suite bergamasque. Même si j'ai déjà mentionné l'album correspondant ici en juin dernier, je me permets de signaler l'interprétation de Zoltán Kocsis (1984) figurant dans la compilation en album double CD parue en 2012 chez Decca (Clair de Lune - Debussy Favourites) pour les 150 ans de la naissance de Debussy.
Amicalement, B. [EDIT (13/01/2025): ajout de la couverture de l'album de Daniel Lozakovich chez DG, même s'il n'existe pas d'édition en CD] Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 19/01/2025 Voilà déjà un certain temps que je n’ai rien écrit ici, pourtant cet automne et ce début d’hiver ont été fertiles en découvertes pour moi, notamment Tallis, Corelli, Boccherini, Cherubini, Schmitt ou Villa-Lobos. Hélas le temps me manquerait pour chroniquer tout cela, d’autant que je n’ai pris aucune note sur le moment. Par conséquent, je me contenterai à nouveau de deux petits compléments, cette fois du côté de la musique française. En premier lieu, j’aimerais revenir à Fauré, car si je vous ai déjà parlé de ses œuvres instrumentales, je n’avais rien pu vous dire de ses mélodies, faute de connaître ce domaine. Et pourtant, si Fauré est célèbre à juste titre, c’est en grande partie à cause de son talent pour la musique chantée, qui éclate dans son Requiem, mais qui est tout aussi visible dans les très nombreuses mélodies qu’il a écrites au cours des ans. Il s’avère justement que le ténor Cyrille Dubois et le pianiste Tristan Raës en ont récemment proposé la première intégrale, qui a été publiée par Aparte, avec le soutien du Palazetto Bru Zane (il faudra qu’à l’occasion nous évoquions l’immense contribution de la Fondation Bru Zane à la redécouverte de la musique classique française du XIXe siècle). Cette intégrale comprend quelques mélodies transcrites par les interprètes, parce qu’elles avaient à l’origine été composées pour voix de femme, mais il semble que Fauré lui-même était favorable à des transcriptions de cet ordre, aussi la démarche n’a-t-elle rien de choquant. Au demeurant, ces transcriptions sont particulièrement réussies. Impossible pour moi de discerner à l’écoute quel morceau est originellement pour voix d’homme ou de femmes. Difficile d’ailleurs de faire un choix dans cet ensemble, qui est pourtant d’une grande variété, car Fauré n’a cessé de réinventer sa musique. J’ai particulièrement apprécié certaines de ses mélodies de jeunesse, notamment Puisque j’ai mis ma lèvre (Op. posth., mais écrit en 1862), sur un poème de Victor Hugo, Les Matelots (Op. 2 n° 2), sur un poème de Théophile Gautier ou encore Clair de lune (Op. 46 n° 2), sur un poème de Paul Verlaine. Toutefois, il me semble que c’est la poésie d’Armand Silvestre que Fauré appréciait particulièrement à cette époque, et tous les textes de cet écrivain qu’il a mis en musique mériteraient d’être cités. Je n’en mentionnerais qu’un, le Pays des rêves (Op. 39 n° 3), mais c’est un choix assez arbitraire de ma part. Fauré n’a commencé à écrire de véritables cycles de mélodies qu’à partir des Cinq mélodies « de Venise » (Op. 58), mais les cycles qu’il a composés dans sa maturité sont d’une immense sensibilité et n’importe quel mélomane devrait écouter la Bonne Chanson (Op. 61), sur des textes de Verlaine ou la Chanson d’Ève (Op. 95), sur des poèmes de Charles Van Lerberghe. Quant au cycle de l’Horizon chimérique (Op. 118), sur des textes de Jean de la Ville de Mirmont, c’est assurément l’un des chefs d’œuvre de Fauré, à l’égal de son Requiem. Voilà pour ce bref aperçu, mais je ne peux que vous inviter à aller plus loin et à écouter aussi toutes les mélodies que je n’ai pas citées : il est difficile de se tromper, car ce sont presque toutes de magnifiques œuvres. Il n’y a guère que C’est la paix (Op. 114), œuvre de commande sur un poème (assez médiocre) de Gilette de Besgador, pour fêter la victoire des alliés en 1919, qui ne soit guère une réussite. Si je reviens maintenant une génération et demi avant Fauré, j’aimerais évoquer la troisième compositrice – et deuxième Française – qui est entrée dans mon audiothèque, Louise Farrenc (1804-1875), qui a été la première femme de toute l’Europe à devenir professeur titulaire d’une classe instrumentale (le piano) dans un Conservatoire (et celui de Paris, rien de moins). Pianiste talentueuse, elle a pris des cours avec les virtuoses Johann Nepomuk Hummel et Ignaz Moscheles lors de leurs séjours à Paris. Pour la théorie musicale, la composition et l’orchestration, elle a aussi suivi l’enseignement du célèbre Antoine Reicha (élève de Salieri, ami de Haydn, qui a aussi enseigné à Berlioz, Liszt, Gounod et Frank, entre autres…) Toutefois, les cours de composition du Conservatoire n’étaient alors pas ouverts aux femmes, et elle a donc dû avoir Reicha comme professeur à titre privé, ce qui témoigne du soutien sans faille que lui apporta son mari, le flûtiste et musicologue Aristide Farrenc. Il est manifeste que l’époque n’était encore guère favorable aux femmes compositrices, particulièrement à celles qui se lançaient dans la musique symphonique, comme le fit Farrenc, car elles ne pouvaient diriger elles-mêmes la première représentation de leurs œuvres (ce que durent faire Berlioz et bien d’autres). Au surplus, c’était alors l’opéra qui était le genre de prédilection à Paris, et il existait fort peu d’orchestres qui se consacraient à la musique symphonique, hormis le fameux Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire, réputé pour son conservatisme. Tout cela permet de mesurer le talent de Louise Farrenc, puisqu’en dépit de toutes ces difficultés, elle parvint à faire créer sa première symphonie à Bruxelles, puis à Paris, et surtout pour faire donner la première représentation de sa troisième symphonie par l’Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire en 1849. Après la mort de sa fille Victorine en 1859, Louise Farrenc ne composa quasiment plus, mais elle se tourna en revanche vers la musicologie et devint l’une des pionnières de la recherche et de l’édition de la musique ancienne. Entre 1861 et 1872, elle publia avec son époux les vingt-trois volumes du Trésor des pianistes, une des premières anthologies de la musique pour clavier, proposant des éditions fidèles d’œuvres allant du XVIe au XIXe siècle. Pour parler maintenant de sa musique, j’ai découvert Louise Farrenc au travers d’une intégrale de sa musique symphonique enregistrée par Insula Orchestra sous la direction de la talentueuse Laurence Equilbey, chez Erato. Il y a là ses trois symphonies, ainsi que ses deux ouvertures de concert, genre alors récent, puisqu’il fut inventé par Mendelssohn et Berlioz ; Farrenc fut d’ailleurs la première à proposer des ouvertures de concert qui ne fassent pas appel à un contenu extra-musical. L’Ouverture n° 1 (Op. 23) en Mi mineur est une belle pièce, mais je dois dire que j’ai encore plus apprécié l’Ouverture n° 2 (Op. 24) en Mi bémol, plus dramatique, où les blocs orchestraux dialoguent avec un talent consommé. Mais c’est vraiment avec ses symphonies que Louise Farrenc rivalise avec les meilleurs compositeurs français du XIXe siècle. Son style est très beethovénien, sans la moindre influence de Brahms, et c’est peut-être la seule des compositeurs que je connaisse qui parvienne à combiner la légèreté et la transparence mélodiques dont Beethoven sait faire preuve avec son talent pour les passages orchestraux denses et puissants. Cela est peut-être dû à au talent tout particulier de Louise Farrenc pour composer les passages destinés aux bois. L’introduction des thèmes successifs de sa Symphonie n° 1 (Op. 32) en Ut mineur pourrait presque faire penser à la manière dont Tolkien décrit l’Ainulindalë, tandis que les symétries et les motifs doubles font de sa Symphonie n° 2 (Op. 35) en Ré une œuvre originale et mémorable. Toutefois, c’est incontestablement sa Symphonie n° 3 (Op. 36) en Sol mineur qui constitue son véritable chef d’œuvre. L’ouverture du premier mouvement Andante – Allegro par le hautbois et le développement du second thème par les bois sont déjà remarquable, mais le troisième mouvement Scherzo : Vivace possède une évidence mélodique rare, qui évoque par moment les symphonies de Mendelssohn. Quant au final Andante – Allegro, il conclut avec bonheur une œuvre injustement oubliée, qui mériterait amplement de figurer au répertoire des grands orchestres européens. E. P.S. : J'ai indiqué les liens vers YouTube pour toutes les interprétations que j'évoque. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Silmo - 19/01/2025 Merci de ces bonnes suggestions :8 Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 01/04/2025 A trois jours des concerts Tolkien aux Bernardins, ne parlerions-nous pas encore un peu de musique en ces lieux ? J'aurais sans doute pu évoquer Dutilleux, Hindemith, Glazounov, Albinoni ou Palestrina, mais le temps me manque. Je mentionnerai donc un seul CD, mais qui le double avantage de grandement contribuer à la féminisation de ma collection et de concerner pas moins de cinq compositrices françaises, du XVIIIe au XXe siècle : Hélène de Montgeroult (1764-1836), Cécile Chaminade (1857-1944), Mélanie "Mel" Bonis (1858-1937), Armande de Polignac (1876-1962) et Blanche Selva (1884-1942). Il s'agit d'un enregistrement en direct de pièces pour piano par Laurent Martin, grand concertiste à qui l'on doit la redécouverte de bien d'autres joyaux du Romantisme français, publié par le label Ligia Digital en 2019 (et disponible ici sur YouTube). Dans le détail, Laurent Martin commence avec quatre études de Montgeroult (n° 38, 62, 101 et 110) tirées de son Cours complet pour l'enseignement du forte piano, publié en 1816. Ce sont des pièces d'un grand classicisme, mais empreintes d'une sensibilité remarquable, dont la première et la quatrième m'ont irrésistiblement évoqué certains mouvements lents des sonates pour piano de Beethoven. Viennent ensuite trois morceaux de Chaminade, la Lisonjera (op. 50), Automne, la deuxième pièce des Six études de concert (op. 35) et Les Sylvains (op. 60). Des trois, Automne me semble être la plus virtuose, mais ce sont les Sylvains que je préfère. Est-ce le titre ? Je trouve que ce morceau a une grâce elfique où percent tour à tour gaieté et nostalgie. Les Six préludes de Polignac, écrits vers 1900, sont des pièces brèves de belle facture, mais c'est surtout son Nocturne, composé en 1907, qui révèle l'originalité de son inspiration. Deux pièces de Selva figurent au programme de ce CD, Cloches dans la brume (Cloches d'Ardèche) et Cloches au soleil (Cloches d'Italie), toutes deux écrites en 1904. Elles portent bien leur titre. La première est d'une grande mélancolie, tandis que la seconde évoque à merveille la joie d'un printemps méridional. Laurent Martin conclut ce panorama avec trois agréables miniatures de Bonis, Gai printemps (op. 11) et Églogue (op. 12), toutes deux tirées de Cinq pièces musicales, ainsi que la Romance sans parole en sol bémol majeur (op. 56). Bref, ce CD est une parfaite occasion de faire la connaissance de cinq représentantes majeures de l'école française de piano, qui n'a pas grand-chose à envier à la tradition allemande. Bien qu'il s'agisse d'un enregistrement de concert, la prise de son est excellente et le livret fourmille d'informations intéressantes sur ces compositrices encore trop méconnues. Je salue au passage l'effort musicologique de l'interprète et de ceux qui l'ont aidé : si l'œuvre de Bonis recommence timidement à être appréciée à sa juste valeur depuis les années 1990, le renouveau d'intérêt pour les grandes pianistes qu'étaient Montgeroult et Chaminade est nettement plus récent. Quant à Polignac, bien qu'elle ait laissé une œuvre considérable derrière elle, il s'agit apparemment du seul enregistrement dont elle bénéficie jusqu'à présent. Pour Selva, c'est même pire, puisqu'une grande partie de ses compositions semble à jamais perdue. E. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Hyarion - 03/04/2025 Merci pour ce nouveau partage, Elendil. Elendil a écrit :
Concernant Cécile Chaminade, pour mémoire et simplement pour compléter, les pièces citées figurent avec d'autres, dont la totalité des Six études de concert, sur un CD dont j'avais parlé en ces lieux il y a un peu plus d'un an, en mars 2024 : Le 22 mars 2024, votre serviteur Hyarion a écrit :
Pour revenir un peu à ce qui a été écrit et partagé plus tôt : Le 19 janvier dernier, Elendil a écrit :
J'ai moi-même écouté et réécouté beaucoup de choses ces derniers mois d'automne et d'hiver, différentes versions de Daphnis et Chloé de Ravel par exemple, et tout ce dont j'avais dit précédemment en ces lieux que j'en reparlerai ici un jour prochain... et bien sûr tout le reste, y compris les concerts du soir sur la radio France Musique... Bref, dans la mesure du possible, il va falloir essayer de trouver le temps et l'énergie pour, progressivement, évoquer enfin un peu tout cela... En ce qui concerne Tallis cité par Elendil, c'est un nom qui me rappelle deux références : d'une part le compositeur et organiste anglais Thomas Tallis (c.1505-1585) et, d'autre part, à l'ensemble vocal britannique de musique ancienne The Tallis Scholars, nommé d'après le compositeur et créé en 1973.
S'agissant de Thomas Tallis, sa vie et son parcours coïncide avec cette période de l'histoire anglaise particulièrement marquée par des bouleversements politico-religieux qu'est le XVIe siècle. Ayant séjourné dans plusieurs monastères jusqu'à leur dissolution achevée en 1540 sur ordre du roi Henri VIII, Tallis fut ensuite le principal organiste et compositeur de la Chapelle royale : resté fidèle au catholicisme toute sa vie, marié sans postérité, il composa ainsi cependant pour l'Église réformée d'Angleterre sous le règne d'Édouard VI (1547-1553), selon le rite catholique restauré sous le règne de Marie Ire (1553-1558), puis enfin à nouveau pour la religion réformée anglicane rétablie sous le règne d'Élisabeth Ire (1558-1603). Une de ses œuvres les plus connues est le motet à quarante voix Spem in alium, que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer en ces lieux en mai 2016, une œuvre contrapuntique de premier ordre que l'on a pu supposer, entre autres hypothèses non confirmées, avoir été composée pour le 40e anniversaire d'Élisabeth Ire.
Concernant The Tallis Scholars, on reste, comme le nom de cette formation réputée l'indique, dans le même domaine de la musique vocale ancienne de la Renaissance, le répertoire de ladite formation correspondant en fait à une période un peu plus large allant du XVe siècle à la première moitié du XVIIe siècle, comme en témoigne les quelques références suivantes au disque que je me permets de recommander, les réécoutant moi-même à l'occasion. Du côté du début de la période dudit répertoire, on trouvera ainsi Josquin des Prés (c.1440-1521), et notamment ses deux seules messes composées en étant entièrement fondées sur des canons : la Missa Ad fugam, œuvre de jeunesse de Josquin, et la Missa Sine nomine, composée vers la fin de sa vie. Une interprétation de ces deux messes, par The Tallis Scholars dirigés par Peter Phillips, a été enregistrée pour le disque en 2008 et édité en album CD par Gimell Records. L'illustration de la couverture de la pochette du CD est assez originale pour un enregistrement de musique sacrée ou religieuse, puisqu'il s'agit d'un détail de la figure de la Vanité du panneau central du Triptyque (double ou Polyptyque) de la Vanité terrestre et de la Rédemption céleste de Hans Memling (c.1433-1494). Pour des raisons qui m'échappent, les plages originales de l'album CD ont été divisées en plages plus courtes sur YouTube...
Pour la fin de la période du répertoire couvert par The Tallis Scholars, on trouvera Gregorio Allegri (1582-1652), que j'avais également déjà évoqué en 2016. Compositeur natif de Rome, il fut notamment d'abord enfant de chœur à St-Louis-des-Français entre 1591 et 1596, devint prêtre, et fut nommé plus tard chantre de la Chapelle papale en 1629, sous le pontificat d'Urbain VIII, devenant finalement maître de chapelle en 1650. C'est dans ce contexte qu'il composa, en 1638, son célèbre Miserere, écrit pour neuf voix et interprété à l'époque par deux chœurs durant la Semaine Sainte. Le pape menaçant d'excommunication quiconque copierait cette œuvre, il fallut les talents du jeune Mozart, de passage à Rome à 14 ans, pour la transcrire de mémoire. Avec d'autres œuvres vocales polyphoniques de William Mundy (c.1529-1591) et de Giovanni Pierluigi da Palestrina (c.1525-1594), The Tallis Scholars ont interprété ce Miserere d'Allegri en 1980, pour un enregistrement réalisé par Gimell Records qui a été édité en album CD en 2005. C'est cette version du Miserere que j'avais fait entendre lors des obsèques de ma grand-mère maternelle, il y aura bientôt quatorze ans... C'est la meilleure version que je connaisse. Elle est proposé en une seule plage d'une douzaine de minutes dans l'album CD, et en plusieurs plages sur YouTube.
Le 19 janvier dernier, Elendil également a écrit :
Oui, et j'ai d'ailleurs déjà commencé à le faire un peu l'année dernière, notamment dans un P.S. à mon message du 7 octobre dernier à propos de La Vie parisienne d'Offenbach :
Je voulais, par ailleurs, également partager dans le présent message, ou un message supplémentaire dans la foulée, quelques considérations sur le compositeur Carl Maria von Weber (1786-1826), ainsi que je l'avais évoqué ici précédemment le 29 septembre dernier, et a fortiori avant les concerts des Bernardins où deux ouvertures d'opéras de Weber (Oberon et Der Freischütz) sont au programme... Mais je me rends compte que j'ai passé trop de temps, ces derniers mois, à réécouter et étudier la musique orchestrale dudit Weber (ouvertures, symphonies, concertos...) ainsi que les livrets de ses plus célèbres opéras (Oberon, Euryanthe et Der Freischütz) pour « balancer » maintenant des considérations à la va-vite pour simplement « être dans les temps », vis-à-vis de concerts dont j'ignorais l'existence et la programmation lorsque j'ai envisagé de parler des œuvres de Weber en ces lieux au début de l'automne dernier. Amicalement, B. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 04/04/2025 Splendide ensemble que celui des Tallis Scholars, que je n'ai pourtant découvert que l'an dernier. E. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 09/05/2025 J'avais complété mon évocation de Fauré en parlant de ses mélodies. Il me semble qu'il faudrait en faire autant pour Franck. Or justement, il existe un splendide double CD regroupant l'intégrale des mélodies et des duos composés par Franck, interprétés par le baryton Tassis Christoyannis, accompagné par la soprano Véronique Gens pour les duos (celle-ci interprète aussi une version alternative de la mélodie « S'il est un charmant gazon », mise en musique du poème « Nouvelle Chanson sur un vieil air », qui figure dans le recueil les Rayons et les Ombres de Victor Hugo) et par le pianiste Jeff Cohen pour l'ensemble des pièces. Ce petit coffret qui est tout simplement intitulé Complete Songs and Duets (et qui est disponible ici sur YouTube) est édité (encore !) par le Palazzetto Bru Zane, accompagné par un livret d'une exceptionnelle richesse. Il est véritablement difficile de lister mes préférences, car sur le plan musical, toutes ces mélodies sont des réussites, de la première, « L'Emir de Bengador », adaptation du poème du même nom, publié dans le recueil Mélodies poétiques de Joseph Méry, que Franck composa alors qu'il avait une vingtaine d'années, jusqu'à la dernière, « La Procession », mise en musique d'un poème tiré du recueil Histoires poétiques d'Auguste Brizeux, publiée l'année qui précéda la mort de Franck. Toutes cependant n'ont pas la même valeur littéraire. L'une des plus émouvantes, je trouve, est « Le Vase brisé », troisième poème du recueil La Vie intérieure (première partie de Stances et poèmes) de Sully Prudhomme. Dans un autre style, mais tout aussi réussi, « Ninon » est une sérénade extraite de la comédie A quoi rêvent les jeunes filles (qui appartient à l'ensemble Un spectacle dans un fauteuil) d'Alfred de Musset. Parmi les mélodies qu'il faut absolument mentionner se trouvent encore « Lied », mise en musique d'un poème tiré de Lacrymae rerum de Lucien Paté, ainsi que « Le Sylphe », sur un poème d'Alexandre Dumas initialement paru dans la revue de poésie la Psyché, seule mélodie requérant un accompagnement de violoncelle et piano (le violoncelliste est Enrico Graziani). Notons encore « Passez, passez toujours ! », vingt-cinquième poème (dépourvu de titre) des Rayons et les Ombres, d'autant plus intéressant qu'il a aussi été mis en musique par Saint-Saëns, lequel a ensuite orchestré sa propre mélodie. Les deux approches sont diamétralement opposées : l'éternité de l'instant présent pour Franck, renforcé par l'emploi des deux derniers quatrains en guise de refrain, la fuite inexorable des années chez Saint-Saëns. J'aime particulièrement la version orchestrale de Saint-Saëns, dont l'accompagnement est tout en transparence. Et cela ne gâche rien que l'enregistrement dont je dispose soit interprété... par Tassis Christoyannis, décidément remarquable dans ce répertoire. Les duos de Franck sont de facture plus simple, manifestement destinés à l'interprétation par des artistes amateurs dans un cadre privé. Toutefois, « La Chanson du vannier » vaut largement le détour. Elle met en musique des vers d'André Theuriet qui proviennent de son livre de poésie le Chemin des bois. Enfin, il y a une douceur et un amour touchant dans « La Vierge à la crèche », poème qui provient du recueil Les Amoureuses d'Alphonse Daudet. E. P.S. : Demain, on change de style, d'époque et de continent. J'ai un coffret de Leonard Bernstein à écouter. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 04/06/2025 Cher Jérôme, Vu que tu affirmais dans un fuseau voisin : Yyr a écrit :
et que tu me disais cependant apprécier les Quatre Saisons, je pourrais bien te conseiller d'écouter le reste des concertos du Prete rosso, puisqu'il en a composé plus de 500 (et personnellement, je ne dois pas en connaître plus d'un cinquième, et encore). Cela dit, si tu souhaites t'intéresser à d'autres compositeurs, je te recommanderais en tout premier lieu Jean-Sébastien Bach, qui, s'il est de l'école allemande, a été considérablement influencé par Vivaldi. Et dans mon panthéon personnel, Bach est le seul que je mette sur un pied d'égalité avec Beethoven* Si tu apprécies le clavecin, je te suggérerais de commencer avec le concerto de Bach que je préfère, BWV 1052, ici dans une très belle interprétation de Pierre Hantaï sous la direction de Jordi Savall, enregistré à l'Abbaye de Fontfroide, qui plus est. Et si tu n'aimes pas cet instrument, alors pourquoi pas la version pour piano de Glenn Gould, avec le Columbia Symphony Orchestra dirigé par Leonard Bernstein (Gould est le seul pianiste qui rend pleinement justice aux pièces pour clavecin de Bach, à mon sens) ? Et sinon, il y a encore la version BWV 1052r, reconstruction de la version pour violon que Bach avait composée pour ce même concerto, par exemple dans cette interprétation de Franck Peter Zimmermann avec les Berliner Barock Solisten. Cela dit, j'apprécie aussi beaucoup le concerto pour clavecin BWV 1056, notamment dans cette interprétation de Gustav Leonhardt, accompagné du Leonhardt-Consort. Et sinon, toujours au piano avec Gould ou au violon dans la reconstruction BWV1056r, ici avec Pinchas Zukerman et l'English Chamber Orchestra, c'est très bien aussi. Enfin pour un concerto pour violon dont on a conservé l'original, ma préférence irait au BWV 1041, notamment dans l'interprétation qu'en donne Andrew Manze avec l'Academy of Ancient Music.
Et si tout cela ne te convient pas, je serais tenté de dire que Bach n'est sans doute pas ton style. E. * A tel point que la musique pour mon mariage était un programme d'orgue 100% Bach. Et sur les grandes orgues Cavaillé-Coll -- facteur d'orgue d'extraction toulousaine -- de la Basilique Saint-Sernin, qu'est-ce que ça rendait bien ! Pour les curieux, il y avait le Prélude et Fugue BWV 538 -- le prélude pour l'entrée, la fugue pour la communion --, le Choral « Allein Gott in der Höh sei Ehr » BWV 675 pour l'Offertoire et le Concerto BWV 593 d'après Vivaldi pour la sortie. Que ce soit ici l'occasion de rendre justice à ma cousine Hélène Castel (quadruple médaille d'or du Conservatoire, y compris à l'orgue), qui s'est acquittée haut la main d'un programme dont je ne soupçonnais pas encore toute la virtuosité technique. Les enregistrements que je signale ici sont tous tirés de la splendide intégrale de l'œuvre pour orgue qu'avait enregistrée André Isoir dans les années 1980. Je crois bien que c'est le premier coffret de musique classique que j'ai acheté de mes propres deniers... Et vous, qu'écoutez-vous ? - Yyr - 04/06/2025 J'ai l'impression que je t'ai volé ta pause de midi ;). Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 04/06/2025 It's a gift! :p
En plus, il y aurait tant à dire sur Bach que je ne pensais pas avoir l'occasion de m'y mettre un jour. Je n'ai parlé là que des œuvres concertantes les plus classiques. Il faudrait au moins évoquer aussi la musique sacrée, mais j'y viendrai plus tard, quand j'aurai l'occasion de juger de tes goûts sur pièce. Je n'ai pas parlé de la musique pour instrument seul, parce que du peu que tu m'as dit, je n'ai pas le sentiment que c'est ce qui te touche le plus. N'empêche, s'il fallait ne citer que trois œuvres, je mentionnerais bien le Concerto italien BWV 971, dont j'apprécie particulièrement l'interprétation par Leonhardt comme celle par Gould (ici dans l'enregistrement de 1981). Mais mieux encore, il y a les Variations Goldberg BWV 988, et notamment... par Leonhardt ou par Gould (là encore dans sa version de 1981). Et si vous trouvez que ces deux noms reviennent plus souvent qu'à leur tour, je dois bien dire qu'il y a un petit côté madeleine proustienne avec ces deux musiciens, en ce qui me concerne : les Variations Goldberg par Gould sont probablement le premier morceau de musique classique qui m'ait vraiment touché. Quant à Leonhardt, c'était un immense claveciniste et c'est avec ses enregistrements que j'ai découvert son instrument. De plus, je garde un très vif souvenir d'avoir assisté à un de ses derniers concerts, dans les années 2000, dans une modeste église de Genève. Quelle formidable dextérité était encore la sienne, alors qu'il devait avoir passé les 80 ans ! Pour conclure sur un autre instrument, je ne peux manquer d'évoquer le sommet absolu du répertoire pour violoncelle seul que sont les 6 Suites per violoncello basso senza basso, et notamment la première d'entre elles BWV 1007, spécialement dans le superbe enregistrement de Peter Wispelwey. E. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Hyarion - 04/06/2025 Très rapidement (avant d'aller au lit)... Elendil a écrit :
Oui, et d'ailleurs j'avais personnellement apprécié notamment le fait que l'on entende ainsi de la musique d'un compositeur luthérien lors d'un mariage catholique... ;-) Puisque Jérôme, dans son message dans le fuseau voisin évoqué par Elendil, s'est également adressé à moi, j'y vois un encouragement à suivre le mouvement à la suite dudit Elendil... sauf que vous ne m'aurez pas deux fois tous les deux, comme lors de la nuit de lundi à mardi derniers, avec cet autre message posté alors, bien trop tard, dans ledit fuseau voisin ! ;-) Par ailleurs, les Quatre Saisons de Vivaldi renvoyant à des souvenirs personnels et Vivaldi faisant partie des compositeurs que je comptais évoquer ici dès que possible, Elendil en outre n'ayant pas mentionné des œuvres de J.-S. Bach que je t'aurais citées, Jérôme, si tu me l'avais demandé (Damien et moi persistons ici apparemment à être plus ou moins complémentaires, fut-ce involontairement, ou du moins sans concertation ! ^^'), voila autant de raisons pour lesquelles il vaut mieux réserver au week-end prochain un message conséquent de ma part sur tout cela. :-) Bonne nuit à toutes et à tous. Amicalement, B.
Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 05/06/2025 Hyarion a écrit :
Comme j'avais sans doute eu l'occasion de te le dire alors, Bach a des résonances très particulières pour moi. Au demeurant, même si j'apprécie beaucoup les œuvres pour orgue de Couperin, Franck ou Widor et maintenant aussi celles de Poulenc, Messiaen ou Duruflé (que je ne connaissais pas encore), je trouve Bach absolument insurpassable sur cet instrument, sauf évidemment pour les œuvres pour orgue et orchestre, qu'il n'a pas expérimentées. Et puis il ne faut pas être plus royaliste que le roi... Après tout, Bach lui-même, l'archétype du bourgeois luthérien dans toute sa rigueur n'a-t-il pas composé l'exceptionnel chef d'œuvre qu'est sa Messe en Si mineur (BWV 232) suivant la liturgie catholique (et ne l'a-t-il pas dédié au très catholique Frédéric-Auguste II de Saxe) ? Hyarion a écrit :
Oh, je me suis forcé à être très sélectif. Du côté des pièces pour instrument seul, j'aurais bien cité aussi l'une ou l'autre pièces pour luth, sans parler des splendides sonates et partita pour violon seul (qui sont toutefois plus difficiles d'accès que les suites pour violoncelle seul). Et que dire de l'Art de la fugue dans son intégralité ou de ce formidable tour de force qu'est le Clavier bien tempéré ? Du côté concertant, j'ai aussi dû faire l'impasse sur les Concertos brandebourgeois comme sur l'Offrande musicale, mais j'avais résolu d'emblée de me limiter... E. [EDIT : petite correction.] Et vous, qu'écoutez-vous ? - Yyr - 05/06/2025 J'ai commencé et ça me plaît ;).
@Hyarion : je sais pouvoir compter aussi sur toi, bien sûr, pour m'accompagner sur ce chemin ! Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 05/06/2025 Alors quelques références de mieux : pour la Messe en Si mineur, j'apprécie beaucoup l'interprétation du Collegium Vocale Ghent, dirigé par Philippe Herreweghe (mais je reviendrai sur les compositions sacrées ultérieurement, ai-je dit).
Pour le luth, je dois bien dire que je ne connais réellement que l'interprétation de Hopkinson Smith, qui est un immense luthiste. Pour la mélodie, je recommanderais en premier lieu la Partita al liuto Composta dal Sig. J. S. Bach BWV 997, mais comme le son est un peu moins bon que pour ses autres enregistrements, je signalerais en complément les petits morceaux que sont le Praelude in C Mol pour La Lute di Johann Sebastian Bach BWV 999 et la Fuga del Signore Bach (BWV 1000) -- oui, je trouve sympa que mon coffret CD donne le titre original de ces morceaux. Du côté du violon seul, j'apprécie sans réserve la magistrale, mais austère vision qu'en donne Nathan Milstein. Et puisqu'il s'agit de se limiter, alors autant conseiller en première écoute la Partita n° 2 BWV 1004, qui se conclut par la célébrissime Chaconne. Pour Die Kunst der Fugue (BWV 1080), j'ai déjà donné le lien vers l'interprétation de Leonhardt, mais voici qui permet de commencer directement au Contrapunctus 1. Je n'ai pas l'impression que Gould l'ait enregistré dans sa totalité, mais cette vidéo permet de le voir jouer les quatre premiers contrepoints. Si l'on veut écouter Das Wohltemperierte Clavier (BWV 846-869) par les mêmes, le lien est toujours le même pour Leonhardt (mais ça commence ici), tandis que pour Gould, ce sera là. Sinon, pour poursuivre le côté concertant, puisque j'ai cité les Six Concerts à plusieurs instruments (en français dans le texte, mais on les connaît aujourd'hui sous le nom de Concertos brandebourgeois, BWV 1046-1051). Et comme pour une fois, je n'ai pas envie de choisir, voici un enregistrement des six concertos par Il Giardino Armonico, sous la direction de Giovanni Antonini. Ce n'est pas le seul qui vaille la peine d'être écouté, mais il tient une place particulière dans l'histoire de l'interprétation musicale, car il figure dans la célèbre édition Bach 2000, la toute première intégrale des œuvres du Cantor de Leipzig, qui fut jadis éditée par le label Teldec. Je terminerai pour ce soir avec la Musikalisches Opfer BWV 1079, par exemple dans cet enregistrement, qui est un peu le Who's Who des interprètes baroques néerlandais dans les années 1970 : Barthold Kuijken à la flûte traversière, Sigiswald Kuijken et Marie Leonhard au violon, Wieland Kuijken à la basse de viole, Robert Kohnen au second clavecin... et Gustav Leonhardt au premier clavecin. E., qui est bien parti pour réécouter Bach pendant plusieurs soirs d'affilée EDIT : Ajout de quelques images. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Hyarion - 09/06/2025
Virtuose du violon, Vivaldi a porté au plus haut niveau le concerto pour instrumentiste soliste, sans du reste se limiter à son propre instrument de prédilection. De fait, comme l'a écrit Riccardo Allorto pour l'entrée dédiée au musicien dans le Dictionnaire de la musique : Les hommes et leurs œuvres dirigé par Marc Honegger (Bordas, rééd. 1979, volume 2, p. 1160), « Vivaldi doit sa célébrité à ses concertos, si différents des concertos de Torelli, Corelli ou Albinoni. On comprend d'ailleurs mieux les innovations qu'il a introduites dans sa musique instrumentale si l'on confronte ses œuvres avec celles de ses prédécesseurs : autant ces dernières apparaissent aimables, légères, charmantes, spirituelles, autant celles-ci sont dramatiques et riches de contrastes. La forme du concerto est définitivement fixée selon le schéma tripartite Allegro-Adagio-Allegro issu de la symphonie d'opéra ; les proportions s'équilibrent autour du mouvement lent central. Vivaldi accroît la différence expressive entre les trois mouvements : il marque des oppositions dynamiques, joue du clair-obscur et introduit dans sa mélodie des éléments lyriques suggestifs. » Avec ses concertos des Quatre Saisons (opus 8, n°1 à 4, RV 269 en mi majeur « Le Printemps », RV 315 en sol mineur « L'Été », RV 293 en fa majeur « L'Automne », et RV 297 en fa mineur « L'Hiver »), Vivaldi a composé ce qui est généralement considéré aujourd'hui comme un hymne universel à la Nature, accompagné de sonnets évoquant chacune des saisons (le texte de ces sonnets est consultable dans l'article dédié de la Wikipédia francophone).
La célébrité de ces quatre concertos, acquise durant le siècle dernier, doit beaucoup d'une part à la redécouverte et reconnaissance de l'ensemble de l'œuvre musicale de Vivaldi, longtemps oubliée après sa mort, et d'autre part aux très nombreuses interprétations desdits concertos enregistrées pour le disque à partir de la seconde moitié du XXe siècle. De fait, il existe aujourd'hui tant de versions enregistrées des Quatre Saisons, que l'on ne peut avoir que l'embarras du choix en matière d'interprétations de référence, d'autant plus que l'œuvre a connu des modes au fil des décennies, notamment celle d'un style d'exécution « nerveux », voire « violent », popularisé depuis les années 1990-2000. On pourra se faire une idée de la variété d'interprétations plus ou moins récentes (de 1992 à 2024) en écoutant l'émission de France Musique « La Tribune des critiques de disques », consacrée aux dites Quatre Saisons et diffusée à la radio le 4 mai dernier : À titre personnel, et sans que cela soit du reste bien original sans doute, la découverte des Quatre Saisons est un de mes premiers souvenirs musicaux, dans le domaine de la musique dite « classique », à travers l'écoute, quand j'étais enfant, d'un disque vinyle de la discothèque de ma mère, dans le courant des années 1980 (l'écoute ayant d'ailleurs déjà pu commencer pour moi in utero... ^^' ...). Le disque en question, que j'ai encore, avait été édité chez Philips dans une collection de vinyles à destination du grand public, dédiée à la musique classique dans les années 1970, et intitulée tout simplement « Invitation à la Musique ». L'interprétation des Quatre Saisons sur ce disque est un peu oubliée aujourd'hui : il s'agit de celle de Henryk Szeryng jouant du violon et dirigeant l'English Chamber Orchestra en 1969. Violoniste polonais juif naturalisé mexicain, Henryk Szeryng (1918-1988) était un virtuose, « un musicien discret et profond » ayant « traversé le XXe siècle avec une constance remarquable, celle du service rendu à la musique, préférant toujours l'honnêteté du geste et la sobriété du style », ainsi que l'a rappelé assez récemment Aurélie Moreau, sur France Musique, dans son émission « Stars du classique » consacrée au musicien et diffusée à la radio le 14 avril dernier. De fait, Szeryng se distingue par son style d'interprétation, à la fois rigoureux et précis, mais aussi élégant et accessible. C'était l'idéal pour découvrir les Quatre Saisons en néophyte quand j'étais plus jeune. Cela ne surprendra personne, je pense, que la version de Szeryng reste ma version de référence, héritée de ma mère qui adorait le violon, mais cette version a depuis été largement éclipsée par quantité d'autres interprétations enregistrées dans les décennies suivantes, avec un renouvellement ayant suivi des modes que j'ai évoquées plus haut. De fait, la retrouver en CD n'est pas forcément évident de nos jours, mais elle a cependant bien été rééditée dans ce format chez Philips Classics, notamment au tournant du siècle en Allemagne dans une collection intitulée “Klassik für Millionen”, en ajoutant à l'enregistrement des Quatre Saisons de 1969 deux interprétations plus tardives (1976), toujours par Henryk Szeryng et l'English Chamber Orchestra de deux autres concertos de Vivaldi, extraits d'un autre série de concertos, L'estro armonico (L'invention harmonique) opus 3, éditée à Amsterdam en 1711 (le Concerto n°6 en la mineur pour violon RV 356 et le Concerto n°9 en ré majeur pour violon RV 230, ce dernier ayant par ailleurs fait l'objet d'une transcription en ré majeur pour clavecin par J.-S. Bach [BWV 972]). Quelques extraits, parmi mes mouvements de concertos des Quatre Saisons préférés (en ce qui concerne le troisième mouvement du concerto de « L'Automne », je trouve l'association de la musique avec un thème cynégétique assez contre-intuitive, du moins pour un esprit comme le mien peu porté sur la chasse) :
Parmi les centaines de concertos composés par Antonio Vivaldi, et pas seulement pour le violon soliste, quels autres que ceux des Quatre Saisons me paraissent mériter une attention particulière ? Je recommande notamment l'écoute de Concertos pour flûte, cordes et basse continue parmi ceux réunis dans son opus 10 édité à Amsterdam en 1728, et en particulier par exemple le Concerto n°3 en ré majeur RV 428 “Il gardellino” (« Le chardonneret »), très évocateur du chant de l'oiseau associé. Ma version de référence est celle du grand flûtiste Jean-Pierre Rampal (1922-2000) avec l'ensemble I Solisti Veneti dirigé par Claudio Scimone, enregistrée en 1982 et qui notamment figure dans une compilation double CD, de chez Sony Classical, dédiée aux “Great Flute Concertos” de Vivaldi, J.-S. Bach, Telemann et Mozart interprétés par Rampal en soliste (avec notamment les deux concertos de Mozart pour flûte et orchestre ainsi que son magnifique et célèbre Concerto pour flûte, harpe et orchestre, joué par Rampal et la harpiste Marielle Nordmann, concertos de Mozart dont j'avais déjà parlé ici dans un précédent message en janvier 2024).
Si l'on souhaite se faire une idée de la variété des concertos de Vivaldi pour divers instruments, solistes, en duo ou plus nombreux, avec ensemble de cordes (et éventuellement basse continue), il y a beaucoup de possibilités, mais à choisir, je recommande le travail, fait surtout dans les années 1980, de l'ensemble The English Concert, sur instruments originaux et dirigé du clavecin ou de l'orgue par Trevor Pinnock. Une compilation de divers enregistrements d'interprétations de concertos par cette formation a été édité en CD en 2011, par Deutsche Grammophon dans sa « Collection du millénaire », avec au programme divers concertos pour mandolines, flûte, hautbois et violon... et notamment le Concerto en sol majeur pour deux mandolines, cordes et basse continue RV 532, qui fait partie des très nombreuses œuvres de Vivaldi qui ne furent pas éditées et publiées de son vivant.
Il existe un ensemble de concertos de Vivaldi connu sous le nom de “Concerti di Parigi” (« Concertos de Paris »), du fait qu'ils sont conservés à Paris depuis le XVIIIe siècle (aujourd'hui à la BnF). Il s'agit d'une douzaine de concertos pour cordes et basse continue qui sont en fait un assemblage habile d'œuvres déjà composées « à l'avance » et de musique inédite spécialement écrite pour un commanditaire à qui cet ensemble d'œuvres vivaldiennes fut ainsi livré. On pense que ce commanditaire des “Concerti di Parigi” était probablement l'ambassadeur de France à Venise, Jacques-Vincent Languet, comte de Gergy, connu comme mécène de diverses œuvres de Vivaldi, et dont le peintre Canaletto a immortalisé dans un tableau (reproduit plus haut) l'entrée publique comme ambassadeur dans la Cité des Doges en 1726. Vivaldi était à la fois capable de travailler très rapidement, en tenant compte des goûts particuliers de ses commanditaires vénitiens ou étrangers, tout en étant un gestionnaire avisé de sa production artistique, ce dont semble témoigner ces « Concertos de Paris ». Au milieu de concertos plus anciens et déjà prêts, il a inclus deux concertos nouveaux, un peu plus longs que les autres, écrits dans un langage un peu plus moderne et marqués par des éléments stylistiques français, se distinguant ainsi comme un hommage spécifique au commanditaire : il s'agit des Concerti II et V sur les douze, soit le Concerto II en mi mineur, RV 133, dont le dernier mouvement offre un rare exemple de menuet en rondeau déguisé en Allegro à l'italienne, et le Concerto V en do majeur, RV 114, notamment commençant avec une « entrée française ». Ces “Concerti di Parigi” ont fait l'objet en Italie d'une interprétation, sur instruments originaux, enregistrée à Florence avec l'ensemble Modo Antiquo dirigé par Federico Maria Sardelli en 1999, édité en CD la même année puis réédité en 2019 chez Tactus. Je recommande cette version.
Enfin, bien que cela ait déjà été évoqué ici précédemment, en particulier par Cédric, comment ne pas évoquer l'exercice encore assez récent de recomposition des Quatre Saisons de Vivaldi par Max Richter en 2012 ? Musicien et compositeur germano-britannique né en 1966, Richter a réalisé un travail remarquable, qui se révèle à la fois fidèle à Vivaldi et apportant à cette musique, si connue, un souffle nouveau et très contemporain, sans que cela dépasse pour autant l'œuvre originale par ailleurs, ce qui, du reste, n'était sans doute pas le but. L'album CD intitulé Recomposed by Max Richter : Vivaldi, the Four Seasons, sorti donc en 2012 chez Deutsche Grammophon (DG), a été réalisé avec Daniel Hope au violon, le Konzerthaus Kammerorchester Berlin dirigé par André de Ridder, et Max Richter lui-même au synthétiseur Moog. Une deuxième édition du même album, incluant Electronic Soundscapes By Max Richter, est sorti en 2014, ainsi qu'une troisième édition la même année, Recomposed: Vivaldi, the Four Seasons - Remixes, avec en sus des remixes et un DVD : c'est l'édition chez Deutsche Grammophon que je connais et qui est dans ma discothèque (plus récemment, en 2022 est sorti The New Four Seasons Vivaldi Recomposed, toujours chez DG, mais j'avoue que je ne sais pas ce que ça change). Voici quelques extraits de l'album de 2012 réédité en 2014, correspondant aux mouvements originaux des Quatre Saisons précédemment évoqués :
Et voila... c'est assez pour cette fois-ci... Je voulais également parler non seulement de Jean-Sébastien Bach, mais aussi de François Couperin (dont Tolkien a dû au moins entendre parler...), de Jean-Philippe Rameau et de Domenico Scarlatti : comme d'habitude, j'ai voulu trop en faire en une seule fois. Le XVIIIe siècle en musique, c'est vaste, même en se concentrant sur la première moitié ! Et puis, il y a tout le reste, y compris Weber que je n'oublie pas, entre autres... Bref, pour la suite, on verra (un peu) plus tard, dès que possible. Bonne nuit à toutes et à tous. Amicalement, B.
Et vous, qu'écoutez-vous ? - Silmo - 12/06/2025 Ma version 'madeleine' des Quatre Saisons est celle de La Petite Bande avec Sigiswald Kuijken au violon, sans doute en raison de tendre souvenirs de jeunesse en écoutant cette version. S.
PS : sinon LE disque classique qui accompagne ma vie depuis près de quarante ans, j'ai déjà dû l'écrire, ce sera toujours Chopin, le deuxième concerto pour piano et orchestre (Chopin: Piano Concerto No. 2 in F Minor, Op. 21: I.) avec Claudio Abbado à la baguette du Chicago Symphony Orchestra et Ivo Pogorelich maestroso au piano, monstrueuse performance de technique et de virtuosité. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Beruthiel - 12/06/2025 Je picore à mon rythme très lent ce que vous proposez...
@Elendil :
@Hyarion : Toujours à propos des Quatre Saisons, je signale l’existence un moyen métrage intitulé Les 4 Saisons d’Antoine qui permet de faire découvrir cette œuvre aux jeunes enfants. C’est un mélange de prise de vues réelles et d’animation. Le point de départ est l’histoire d’un enfant qui se rend au cours des différentes saisons chez son grand-père luthier (le grand-père est joué par Pierre Richard). On voit aussi les musiciens jouer. Cela a bien plus à mon fils. On peut voir un extrait ici. C. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Yyr - 16/06/2025 Je n'ai pas encore achevé de parcourir vos recommandations Elendil & Hyarion. Mais en attendant je me suis dit que je pouvais partager ici deux titres qui m'enchantent ces derniers temps (liens temporaires) : Le premier est tiré de l'album « la Maîtrise de Reims chante Noël » (*). Il a accompagné une bonne partie de la préparation de mon travail pour le colloque des Bernardins.
(*) Comme convenu, Damien, je mets au courrier ce jour ledit album (mon ami de la maîtrise m'a ré-approvisionné). Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 21/06/2025 Cher Jérôme,
Je te remercie beaucoup pour cette découverte de la Maîtrise de Reims, dont je n'avais encore entendu aucun enregistrement. C'est vraiment un très beau chœur d'enfants, avec un répertoire remarquablement étendu.
Je ne te propose donc qu'une seule autre référence de Bach en la matière : son Magnificat (BWV 243) et la splendide cantate sacrée Jauchzet Gott in allen Landen (BWV 51), ici dans un enregistrement du Monteverdi Choir et des English Baroque Soloists dirigés par John Eliot Gardiner. Si ça te plaît, c'est que je me suis trompé (et je t'en proposerais deux ou trois autres). E. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Silmo - 21/06/2025 Elendil a écrit :
Je plussoie, j'ai la même version Et vous, qu'écoutez-vous ? - Hyarion - 22/06/2025 Bon... Comment faire pour éviter de partir dans tous les sens ? Je vais essayer d'aller à l'essentiel en un seul message pour tout le monde. Beruthiel a écrit :
Mis à part les chants d'oiseaux chez Max Richter, il y a effectivement des similitudes entre le début de son Shadow 1 et celui de Music for 18 Musicians (1974-1976) de Steve Reich. Il faut dire que Richter connait bien, depuis ses débuts, le travail de Reich, qui l'a certainement influencé.
Concernant Recomposed by Max Richter : Vivaldi, the Four Seasons, il se trouve que dans le cadre de sa célébration télévisée, ce samedi soir (hier), du tricentenaire des Quatre Saisons, ARTE vient justement de diffuser le film documentaire allemand « "Les quatre saisons" de Vivaldi recomposées » d'Isabel Hahn, documentaire de la ZDF tout récent entièrement consacré à ce grand travail de Richter, avec des extraits commentés d'un enregistrement filmé en 2014 de ces Quatre Saisons recomposées avec l'ensemble L'Arte del mondo dirigé par Werner Ehrhardt, et toujours Daniel Hope au violon ainsi que Max Richter lui-même au clavier (documentaire disponible en ligne sur arte.tv jusqu'au 17/12/2025 et rediffusé à la télé le 6 juillet prochain) : Yyr a écrit :
Merci pour le partage, Jérôme. :-)
En ce qui concerne cette dernière œuvre, j'avoue que son écoute m'a promptement rappelé des souvenirs télévisuels des années 1990. En effet, la musique de Cantate Domino est en fait une reprise par Jenkins lui-même d'une de ses compositions, Adiemus, titre éponyme de son premier album (Adiemus: Songs of Sanctuary) sorti en 1995 : Or Adiemus est devenu très connu dès 1994, cette composition pour chœur et orchestre étant alors utilisée dans une publicité télévisée, avec des avions et des dauphins, célébrant le sens de la synchronisation de la compagnie américaine Delta Air Lines vis-à-vis de ses liaisons aériennes entre l'Europe et les États-Unis d'Amérique : eh oui, je m'en souviens encore ! ;-) Adiemus avait alors, et du moins dans mon esprit, une notoriété musicale assez comparable à Conquest of Paradise, très célèbre extrait de la bande originale composée par Vangelis pour le film 1492 : Christophe Colomb (1492: Conquest of Paradise) de Ridley Scott, sorti en 1992, soit à peu près à la même époque. La comparaison entre les compositions de Jenkins et de Vangelis a ses limites, mais disons que la tonalité « atmosphérique » et la dimension chorale grandiose étaient dans les deux cas assez caractéristiques d'une même période de la fin du siècle dernier.
Toujours est-il que la musique d'Adiemus a été réemployée par Jenkins, dans un sens plus directement religieux, une vingtaine d'années plus tard pour Cantate Domino, intégré à l'album Motets sorti en 2014, regroupant des œuvres a cappella interprétés par le chœur mixte britannique Polyphony dirigé par Stephen Layton, cet album étant sorti en 2014 chez Deutsche Grammophon. Sur Youtube, la pièce a cappella de cet album est référencée avec un titre évoquant le réemploi de la musique par le compositeur, “Adiemus - Songs Of Sanctuary: Cantate Domino” : Yyr a écrit :
Il est vrai qu'en tous les cas, il te faut une mise en jour sur ce point. ;-) Silmo a écrit :
Le Magnificat de J.-S. Bach serait-il donc revenu en grâce auprès de notre ami Silmo ? ;-) Dans le fuseau "In Memoriam", le 7 mars 2016, Hyarion a écrit :
Dans le fuseau "In Memoriam", le 7 mars 2016, Silmo a écrit :
Alors, cher François : neuf ans plus tard, tu maintiens ou pas ? ;-)
En attendant, puisque j'avais à l'époque signalé mes préférences musicales, instrumentales, concernant Bach (ainsi que cela apparait dans la citation de mes propos supra), voici ici mes versions de références :
En ce qui concerne la musique religieuse ou sacrée, il y aurait sans doute beaucoup à dire, mais ce serait un peu long... J'ai découvert énormément d'œuvres dans ce registre en m'abonnant, lorsque j'étais encore collégien, à une collection de disques CD des défuntes éditions Atlas intitulée « Éblouissante Musique Sacrée », envoyée par correspondance de 1995 à 1997. C'est ainsi que j'ai notamment découvert des œuvres de musique religieuse méconnues de Gabriel Fauré, dont j'ai récemment parlé ailleurs, et de nombreuses autres œuvres de nombreux compositeurs, dont évidemment J.-S. Bach (Magnificat en ré majeur BWV 243, Messe en si mineur BWV 232, Passion selon saint Jean BWV 245, Passion selon saint Mathieu BWV 244, Cantate de la Visitation BMV 147, Cantates BWV 57, 80, 104, 151...) et Vivaldi (Gloria en ré majeur RV 589, Magnificat RV 611, Stabat Mater RV 621, pages célèbres de l'oratorio Judith triomphante [Juditha Triumphans...], motets...). De fait, à cette époque, j'en savais plus, par exemple, sur la musique religieuse méconnue de Donizetti et Puccini que sur leurs célèbres opéras ! Il arrivait parfois que je ne reçoive pas certains numéros, concernant généralement certaines des œuvres de musique sacrée les plus connues du répertoire (comme le Messie de Haendel ou le Requiem de Fauré), mais ce n'était là que quelques "trous" dans une grande collection, et j'ai complété ensuite avec des disques d'autres éditeurs. De nos jours, des CDs d'« Éblouissante Musique Sacrée » peuvent encore se trouver sur le marché de l'occasion en ligne, parfois en lots. À noter qu'il manque un certain nombre de numéros de cette collection dans la liste du site Discogs... Beruthiel a écrit :
Ah, c'est peut-être un peu embêtant pour (une partie de) la suite, ça... ^^' Ceci dit, si Jérôme et toi avez été intéressés par l'évocation ailleurs de l'œuvre pour piano de Martin Romberg, il me faudra aussi revenir notamment ici à Debussy et à Ravel, que j'écoute et réécoute tous deux très régulièrement ces temps-ci (de même que Berlioz, dans un autre registre)... Amicalement à toutes et à tous, B.
Et vous, qu'écoutez-vous ? - Druss - 22/06/2025 Hyarion a écrit :
Dans l'ensemble, cela ressemble, mais les instruments et les arrangements sont un peu différents (et je crois l'ensemble est aussi plus court), donc c'est intéressant à écouter. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Silmo - 22/06/2025 Hyarion a écrit :
Documentaire vu l'hiver dernier, reprogrammé pour la Fête de la Musique 2025 et toujours disponible en ligne pour quelques semaines jusqu'au 20 juillet Hyarion a écrit :
Faut croire qu'à cette époque là, j'étais mal luné (hi,hi) ou bien que la version proposée ne me plaisait pas et que celle dirigée par Gardiner m'a ensuite plus touché. Seuls les andouilles ne changent jamais d'avis. Dans mon enfance, je disais que Vivaldi et ses Quatre Saisons me faisaient penser à des scieurs de bois
J.S. Bach, j'aime bien sûr la Toccata et Fugue BWV 565, qui ne l'aime pas ? Ah, le générique de Il était une fois l'Homme S.
ps ; et comme il en faut pour tous les goûts, Arte propose aussi en direct la dernière journée ou déjà en replay les trois premiers jours du Hellfest 2025. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Hyarion - 22/06/2025 Druss a écrit :
Les extraits de la version de 2022, diffusés régulièrement sur France Musique en alternance avec des extraits de la version de 2012, ne m'ont pas donné jusqu'ici l'impression d'une grande différence, mais il est vrai que seule une écoute complète des deux versions pourrait sans doute permettre de se (me) faire une idée plus juste de leurs qualités respectives. Silmo a écrit :
Attention, cher François, car j'ai failli moi aussi confondre en écrivant mon précédent message : bien que consacrés au même sujet, au même concert, avec le même titre, et diffusés tous deux sur ARTE, nous parlons de deux films documentaires allemands différents ! ^^
Le documentaire dont j'ai parlé a été réalisé par Isabel Hahn, et il est disponible en ligne jusqu'au 17 décembre prochain : Le film de George Scott est en fait celui du concert de 2014 de l'ensemble L'Arte del mondo avec Werner Ehrhardt, Daniel Hope et Max Richter, tandis que le film de Isabel Hahn propose des extraits dudit concert commentés, quelques années plus tard, par d'autres musiciens et Daniel Hope lui-même. Silmo a écrit :
J'ai failli en parler dans mon précédent message, mais c'est bien que tu le fasses : j'ai justement vu cette belle chorégraphie filmée, intitulée « Les saisons de la danse », hier soir à la télé, ARTE l'ayant diffusée... juste avant le film d'Isabel Hahn. ;-) Silmo a écrit :
Tant mieux, si c'est le cas. ^^
À l'heure où j'écris, est diffusée, sur France Musique, l'émission de radio « Repassez-moi l'standard » de Laurent Valero, qui reçoit ce dimanche le pianiste et historien du jazz Philippe Baudoin :
Amicalement, B.
Et vous, qu'écoutez-vous ? - Silmo - 22/06/2025 Hyarion a écrit :
A moins que ce soit Silmo qui ait écrit... Et vous, qu'écoutez-vous ? - Hyarion - 22/06/2025 Silmo a écrit :
Exact, erreur d'attribution de citation de ma part : c'est bien toi qui a écrit cela ! Amicalement, B. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Yyr - 25/06/2025 Merci à tous pour les prolongements. En effet, même si les œuvres de Bach présentées ici ne me déplaisent pas, elles ne m'enchantent pas autant que les œuvres partagées plus haut (et que Benjamin a utilement référencées, merci ;)). Œuvres auxquelles je puis ajouter, du même album de « l'ange au sourire » :
Ou, de « la Maîtrise de Reims chante Noël » :
Mes deux guides devraient avoir reçu le CD ;) Et vous, qu'écoutez-vous ? - Hyarion - 26/06/2025 Yyr a écrit :
Pas encore, en ce qui me concerne... mais peut-être aujourd'hui ? ;-)
Si tu as une attirance particulière pour la musique chorale religieuse, peut-être serais-tu intéressé par les œuvres polyphoniques des XVe, XVIe et XVIIe siècles – notamment le motet Spem in alium de Thomas Tallis par le Huelgas Ensemble, la Missa Sine nomine de Josquin des Prés et le Miserere de Gregorio Allegri par The Tallis Scholars – que j'avais évoquées en ces lieux en avril dernier, juste avant le festival des Heures musicales aux Bernardins ? Amicalement, B. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Beruthiel - 26/06/2025 Merci Hyarion pour le signalement du documentaire sur Recomposed: Vivaldi, the Four Seasons. J’ai poursuivi mes picorages. J’ai particulièrement apprécié :
- de Bach : Concerto italien BWV 971 (surtout l’andante), la Partita n°3 pour violon seul BWV 1006, la Suite pour Luth BWV 997 ; Même pour les artistes qui me sont familiers, j’ai parfois besoin de plusieurs écoutes pour apprécier un morceau. Il me faudrait beaucoup de temps pour vraiment explorer tout ce que vous proposez ! @Silmo : la Toccata et Fugue BWV 565 me fait aussi immédiatement penser au générique d’ Il était une fois l’Homme (générique pas très optimiste sur l’avenir de l’humanité d’ailleurs...). @Hyarion : je ferai un effort pour le clavecin... Et vous, qu'écoutez-vous ? - Silmo - 12/09/2025 Quelques-uns des Tolkiendili connaissent déjà par d'autres canaux de communication, une video à partager, passée inaperçue le 11 juillet dernier, un splendide flashmob enregistré à Paris le 10 juillet place de la Contrescarpe dans le 5e arr. de Paris, video ressurgie depuis 2 jours sur les réseaux sociaux et qui fait un gros 'buzz'.
Six minutes de bonheur. Paris est magique :p Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 18/09/2025 Cela fait longtemps que je ne suis pas intervenu ici, non pas que j'écoute moins de musique en ce moment (de fait, je n'en ai jamais écouté autant que ces deux dernières années), mais trouver le temps d'en parler, c'est autre chose... Toutefois, je partagerais volontiers ma découverte de trois compositeurs assez peu connus en France, mais qui valent largement la peine qu'on s'intéresse à eux. Chronologiquement, le premier d'entre eux est Carl Nielsen (1865-1931), surnommé le Sibelius danois. Il est notamment l'auteur d'un très beau cycle de symphonies, composé entre 1890 et 1925. Si les trois premières (op. 7 FS 16 ; op. 16 FS 29 ; op. 27 FS 60) reflètent encore une esthétique romantique, la quatrième (op. 29 FS 76 « Inextinguible ») semble irrémédiablement marquée par l'expérience de la Première guerre mondiale, pendant laquelle elle fut réalisée, de même que la suivante (op. 50 FS 97), composée juste après. Au demeurant, de ces deux symphonies, Nielsen dira : « L'une commence où l'autre s'arrête » et cela me semble très juste. Quant à la sixième (FS 116 « Sinfonia Simplice »), elle adopte une approche minimaliste très différente des précédentes, assez déroutante lorsqu'on les écoute les unes après les autres. J'ai trouvé une intégrale très agréable à écouter, avec le Janáček Philharmonic Orchestra, dirigé par le chef ukrainien Theodore Kuchar. Cela m'a clairement donné envie non seulement d'en entendre d'autres interprétations, mais aussi de découvrir d'autres compositions d'un artiste assez peu connu dans nos régions. Plus proche de nous, Reynaldo Hahn (1874-1947), est certes né à Caracas, mais il a vécu presque toute sa vie en France. Il a d'ailleurs fini sa vie comme membre de l'Académie des Beaux-arts et directeur de l'Opéra de Paris. Belle revanche pour celui qui avait dû fuir à Monte-Carlo durant la guerre à cause de ses origines juives. Hahn est surtout connu aujourd'hui pour avoir été très proche ami de Marcel Proust, et son œuvre musicale est en grande partie tombée dans l'oubli. A tort, me semble-t-il. Je ne connais pour l'heure que son concerto pour piano, composé en 1931, mais à l'esthétique très lisztienne, ce qui explique sans doute pourquoi il n'est pas entré au répertoire. Stephen Coombs en a donné une interprétation très séduisante, accompagné par le BBC Scottish Symphony Orchestra sous la baguette de Jean-Yves Ossonce. Ce concerto ne fut enregistré auparavant qu'une seule fois, en 1937, sous la baguette de Hahn lui-même, mais dans une version tronquée. Il est heureux que le label Hyperion lui ait donné une seconde chance. A la base, ce CD m'intéressait surtout pour le concerto de Massenet qui y figure aussi. Le couplage n'est pas illogique, puisque Hahn a justement été l'élève de Massenet au Conservatoire et que tous deux partageaient un goût pour la musique ancienne. Hahn étant surtout réputé comme compositeur de mélodies, il va certainement falloir que je m'intéresse à cette partie-là de son œuvre. Je conclurai avec Georges Enescu (1881-1955), violoniste virtuose et compositeur né en Roumanie, mais ayant lui aussi passé la majeure partie de sa vie en France. Celui-ci est principalement connu comme l'auteur de la Rhapsodie roumaine n°1 en La majeur (op. 11a). Toutefois, la Rhapsodie roumaine n°2 en Ré majeur (op. 11b) est tout aussi intéressante. Cela dit, je trouve encore plus enthousiasmant son Poème roumain en Ut majeur (op. 1). Ses trois suites pour orchestre (op. 9, 20 et 27) méritent amplement l'écoute également, de même que sa Symphonie concertante pour violoncelle et orchestre (op. 8 ). Il faut dire que Lawrence Foster et l'Orchestre Philharmonique de Monte Carlo ont donné une version éminemment sympathique et dynamique de ces différents morceaux. Des trois compositeurs, Enescu est certainement celui que je compte réécouter en priorité et pour lequel j'ai le plus envie d'explorer une autre partie de son œuvre, et notamment ses symphonies, que je ne connais pas encore. E. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Silmo - 19/09/2025 Tu n'as peut-être pas toujours le temps d'écrire mais quand tu le fais, c'est riche Et vous, qu'écoutez-vous ? - Hyarion - 01/10/2025 Il y a maintenant bien des semaines que je reporte une nouvelle contribution dans le présent fuseau... Il faut trouver le temps. Si Elendil veut bien patienter un peu, j'aurai peut-être quelques compléments à apporter concernant Carl Nielsen (qui a, du reste, un point commun avec Albéric Magnard), entre autres choses que j'ai prévu depuis longtemps d'évoquer ici. En attendant, cette nuit, avant d'aller me coucher, pourquoi ne pas partager un peu de la musique symphonique de films que j'écoute régulièrement ces temps-ci, chez moi ou en voiture ? C'est un petit complément musical à l'hommage aux grands disparus du mois dernier : Robert Redford et Claudia Cardinale.
Bonne nuit à toutes et à tous, B.
Et vous, qu'écoutez-vous ? - Hyarion - 04/01/2026
L'année 1865 a vu la naissance de trois grands compositeurs symphonistes européens : d'une part le Finlandais Jean Sibelius, né le 8 décembre à Tavastehus, dans le grand-duché de Finlande alors territoire de l'Empire russe, et d'autre part plus tôt dans l'année, venus au monde le même jour, le 9 juin, le Danois Carl Nielsen, né à Nørre Lyndelse, un village de l'île danoise de Fionie près d'Odense, et le Français Albéric Magnard, né dans le 18e arrondissement de Paris. Longtemps resté oubliée, l'œuvre d'Albéric Magnard a été redécouverte dans la seconde moitié du XXe siècle mais elle reste encore assez méconnue. Magnard était un esprit indépendant, ayant une très forte personnalité. Fils d'un homme au parcours singulier (son père fut d'abord un modeste employé à la perception à Paris sous le Second Empire, avant de devenir le puissant rédacteur en chef et directeur du Figaro au début de la IIIe République), orphelin de mère à quatre ans (sa mère se défenestre le 2 avril 1869, sa mort ayant profondément marquée l'enfant), impressionné par les opéras de Richard Wagner dont il ira voir plusieurs fois des représentations à Bayreuth, Magnard fut l'élève de Vincent d'Indy à titre privé (de 1888 à 1892), après être passé assez brièvement par le Conservatoire de Paris où il se lia d'amitié avec Guy Ropartz, confrère qui soutiendra son travail créatif toute sa vie. Personnage entier, ayant un sens profond de la justice, il fut un fervent dreyfusard, ayant notamment vivement félicité par écrit Émile Zola, lorsque le célèbre « J'Accuse... ! » du romancier fut publié dans le journal L'Aurore le 13 janvier 1898 (le jour même de la parution de l'article, Magnard écrivit ainsi à Zola : « Bravo, Monsieur, vous êtes un crâne. En vous l'homme vaut l'artiste. Votre courage est une consolation pour les esprits indépendants qui préfèrent la justice à leur tranquillité, qui ne tremblent pas à l'idée d'une guerre étrangère et qui ne se sont pas aplatis devant ce sinistre hibou de Drumont et ce vieux polichinelle de Rochefort. Marchez ! Vous n'êtes pas seul. On se fera tuer au besoin »). Magnard est mort tragiquement le 3 septembre 1914, au début de la Première Guerre Mondiale, en défendant seul sa maison à Baron dans l'Oise (il en avait fait évacuer sa famille) contre des soldats des forces allemandes ayant envahi la Belgique et le nord de la France, avant que lesdites forces soient stoppées lors de la première bataille de la Marne.
Le samedi 25 mai 2024, en partenariat notamment avec la chaîne de télé ARTE, la radio France Musique a diffusé en soirée une rare représentation – enregistrée alors au début du mois de mai à l'Opéra national du Rhin, à Strasbourg – d'un des opéras de Magnard, Guercœur, tragédie lyrique en trois actes composée entre 1897 et 1901, mais créée en totalité, de façon posthume à l'Opéra de Paris, seulement le 24 avril 1931, après que Guy Ropartz ait pu restaurer la partition intégrale de l'ouvrage de son ami, partition en grande partie brûlée lors de l'incendie de la maison de Magnard provoqué par les soldats allemands en 1914. L'histoire proposée dans le livret, écrit par le compositeur lui-même, est originale : Guercœur, un homme politique combattant de la liberté, ayant trouvé l'amour auprès de sa femme Giselle, mais mort prématurément après avoir libéré son peuple d'un dictateur avec son partisan et ami Heurtal, demande à quitter le paradis (dirigé par les déesses de la Vérité, de la Beauté, de la Bonté et de la Souffrance) où il ne trouve pas le repos pour revenir ici-bas et retrouver Giselle et son peuple. Le retour à la vie de Guercœur, qui lui sera accordé, se révèlera être une expérience douloureuse, tant d'un point de vue sentimental que du point de vue des idéaux politiques, et faisant se repentir le héros d'avoir voulu quitter le paradis, où il sera raccompagné par la déesse de la Souffrance. L'ouvrage se conclu toutefois sur une note optimiste quant au futur de l'humanité entière, témoignant d'une foi persistante en celle-ci, en dépit de ce que sont les êtres humains, faillibles et imparfaits.
Auteur de quatre symphonies (dont je reparlerai plus loin), Albéric Magnard a également composé d'autres œuvres pour orchestre, qui ont fait l'objet, en 2018 et 2019, d'enregistrements réunis sur un album CD édité en 2020 chez Naxos, avec l'Orchestre philharmonique de Fribourg-en-Brisgau (Philharmonisches Orchester Freiburg) dirigé par le chef français Fabrice Bollon. Au programme de cet album, pour commencer, l'Ouverture, Op. 10, en la majeur pour orchestre, composée entre août 1894 et août 1895 puis créée plus tard en 1899 au Nouveau-Théâtre de Paris : de mon point de vue, c'est une œuvre symphonique magnifique, débutant avec un premier thème énergique et joyeux, suivi via une modulation par un deuxième thème en si mineur puis un air en si majeur à la trompette, donnant à cette Ouverture, dès les premières minutes d'exécution, une ampleur, un souffle, laissant notamment penser que décidément, les compositeurs de musique symphonique pour films hollywoodiens, même parmi les meilleurs, n'ont rien inventé. Le programme orchestral se poursuit avec le Chant funèbre, Op. 9, considéré généralement comme le premier chef d'œuvre de l'auteur, composé par Magnard entre février et juin 1895, quelques mois après la mort de son père (en novembre de l'année précédente) et en hommage à celui-ci.
Parfois qualifié de « Bruckner français », Magnard a donc aussi composé quatre symphonies, qui ont toutes également été récemment interprétées pour le disque par le Philharmonisches Orchester Freiburg sous la baguette de Fabrice Bollon, avec à l'arrivée deux autres albums CD chez Naxos consacrés chacun à deux symphonies.
La Symphonie n°1, en ut mineur, Op. 4, composée en 1889-1890, créée à Angers en 1893 et dédiée à Vincent d'Indy, est le premier essai dans le genre pour Magnard, avec notamment un choral constituant le deuxième mouvement « Religioso. Largo e Andante », celui que je préfère et à propos duquel François-René Tranchefort, dans son Guide de la musique symphonique (déjà mentionné dans ce fuseau par le passé), a noté que le compositeur sollicite en particulier trois clarinettes et trois saxophones. La Symphonie n°2, en mi majeur, Op. 6, dont la composition, initialement en 1892-1893, fut jugée « interminable » par l'auteur lui-même, fut créée à Nancy en 1896 grâce Guy Ropartz qui dirigeait la Société des Concerts du conservatoire de cette ville et suggéra des remaniements à son ami Magnard pour cette œuvre, dont le mouvement que je préfère est le deuxième, celui des Danses, décrites comme « délicieuses d'inspiration et de rythme » selon Ropartz. La Symphonie n°3 en si bémol mineur, dite parfois « Bucolique », Op. 11, écrite principalement en Auvergne en 1895-1896, a été créée sous la direction du compositeur à Paris en 1899 et jouée de même à Berlin, en 1906, sur l'invitation de Ferruccio Busoni. Ayant assisté à la création parisienne en 1899, Paul Dukas apprécia cette symphonie, évoquant à son propos, dans une chronique musicale, des « formes [...] dessinées d'une main sûre, maîtresse de l'effet instrumental, du groupement des détails, de la subordination des tonalités accessoires à la tonalité principale, bref de tout ce qu'on pourrait appeler le modelé musical ». J'en apprécie pour ma part surtout le choral constituant l'Introduction par laquelle commence le premier mouvement, choral que l'on retrouve notamment en conclusion dans le Final formant le quatrième mouvement : Tranchefort remarque à ce propos « l'emploi d'intervalles "primitifs" (octave, quinte, etc., à l'exclusion de la tierce), — qui lui confèrent une grandeur âpre », et le côté archaïsant du son de ce choral me rappelle un peu Vincent d'Indy (notamment le tout début de son poème symphonique Souvenirs, dont j'ai déjà parlé précédemment dans le présent fuseau, même si cette œuvre-là de d'Indy se trouve être postérieure à celle de Magnard)...
Né la même année et le même jour que Magnard, le compositeur danois Carl August Nielsen lui a survécu plus de dix-sept ans, et il se trouve que ce sont plutôt ses compositions du XXe siècle postérieures à sa première période de production — d'inspiration romantique (entre 1888 et 1911) — qui sont généralement considérées comme marquantes vis-à-vis de la musique de son temps.
En 1993, l'orchestre de la Beethoven Academie, formation belge qui fut créée cette année-là, a proposé l'interprétation d'une sélection d'œuvres de Nielsen pour un album CD édité à l'époque chez Harmonia Mundi. La sélection comprend le Concerto pour clarinette et orchestre (1928) opus 57, le poème symphonique Pan et Syrinx (1917-1918), l'ouverture Amor og Digteren (Amour et le poète, 1930) opus 54 — dans un arrangement écrit par le chef d'orchestre Emil Telmanyi —, et la Petite suite pour cordes (1888-1889) opus 1, le tout pouvant donner une idée de l'évolution de l'esthétique du compositeur tout le long de sa carrière.
Nettement plus proche de Weber me parait être l'ouverture de Maskarade, opéra bouffe en trois actes composé par Nielsen entre 1904 et 1906 (créé le 11 novembre 1906), sur un livret de Vilhelm Andersen d'après une pièce de l'écrivain danois Ludvig Holberg, et dont l'action se situe à Copenhague dans la première moitié du XVIIIe siècle. La brillante ouverture de cet opéra, vive et joyeuse, figure au programme d'un album dédié à Nielsen mais aussi à Grieg, édité en CD chez Decca en 1991, avec des interprétations d'œuvres par l'Orchestre symphonique de San Francisco (San Francisco Symphony) dirigé par Herbert Blomstedt ayant fait l'objet d'enregistrements entre 1988 et 1990.
En ce qui concerne Edvard Hagerup Grieg (qui, même loin de France depuis la Norvège, fut dreyfusard comme Magnard, signalons-le au passage), le programme de l'album CD de l'Orchestre symphonique de San Francisco chez Decca comprend les deux très célèbres suites d'orchestre de Peer Gynt (opus 46 et 55), d'après la musique de scène que Grieg composa à partir de janvier 1874 pour la pièce de théâtre (initialement un « drame à lire ») du dramaturge norvégien Henrik Ibsen et que le public découvrit d'abord sous cette forme à Christiania (actuelle Oslo) le 24 février 1876. Cette musique de scène fut une œuvre de commande qui, comme plus tard pour Nielsen avec Aladdin, assura finalement une bonne part de la notoriété internationale de Grieg, lequel écrivit pourtant ladite musique sans enthousiasme et laborieusement, comme en témoigne notamment une lettre d'août 1874 à son ami proche Frants Beyer : « Peer Gynt n'avance pas vite, et il est impossible que je le termine avant l'automne. C'est un sujet horriblement difficile à manier, à l'exception de certains passages, comme le chant de Solveig ; en fait, j'ai terminé ces passages. Et j'ai quelque-chose pour le château du roi de la montagne que je ne supporte véritablement pas d'écouter parce qu'il empeste la bouse de vache, le super-norvégianisme et l'auto-satisfaction. Mais je fais en sorte que l'ironie soit perceptible... » Il semble qu'Ibsen et Grieg ne se soient pas bien entendus, et il n'y eu en tout cas pas de suite à cette collaboration. Sur les vingt-trois numéros que le compositeur norvégien écrivit avec parties vocales, il en sélectionna quatre pour une première suite d'orchestre en 1888 — « Au matin », « La mort d'Åase [mère de Peer Gynt] », « Danse d'Anitra », « Dans l'antre du roi de la montagne » —, puis cinq pour une seconde suite en 1891, rapidement réduite à quatre pièces — « Enlèvement de la mariée », « Danse arabe », « Retour de Peer Gynt », et la célèbre « Chanson de Solveig » en conclusion. Je préfère dans l'ensemble la première suite à la seconde, avec notamment les pièces « Au Matin » – morceau en si majeur qui du reste « fait penser bien plus au soleil du Nord qu'au Maroc (où est censé se dérouler l'action) » comme le note justement Michel Parouty dans le Guide de la musique symphonique de Tranchefort – et « Dans l'antre du roi de la montagne », célèbre morceau en si mineur accompagnant le moment où Peer Gynt est amené devant le trône du roi des trolls de Dovre. Cependant, toutes les pièces des deux suites méritent l'écoute.
Les suites d'orchestre de Peer Gynt étant très connues et appréciées mais uniquement orchestrales, si l'on souhaite aller plus loin et se faire une idée de la musique de scène originale avec parties vocales, je recommande la version en dix pièces qu'en a proposé le chef britannique Thomas Beecham en 1956 et 1957, avec le Royal Philharmonic Orchestra accompagné de la Beecham Choral Society et de la soprano Ilse Hollweg, et qui a notamment été rééditée en 2010 au disque chez EMI, dans une compilation en album CD d'enregistrements d'œuvres de Grieg par Beecham. Ce dernier, né en 1879 et mort en 1961, connaissait bien la musique du compositeur norvégien, qui fut au programme du premier concert auquel il assista à l'âge de six ans, Beecham ayant plus tard, en 1899, fait figurer quelques pages de Peer Gynt au programme de son propre premier concert à l'âge de 20 ans. La musique de scène de Grieg pour Peer Gynt, comptait en fait, avec notamment celles de L'Arlésienne de Georges Bizet et du Bourgeois Gentilhomme de Richard Strauss, parmi les préférées de Beecham dans le genre. La version de Beecham en dix pièces de la musique de scène de Peer Gynt n'est pas une reconstitution complète, mais elle comprend les parties vocales, liées au contexte de la pièce de théâtre d'Ibsen, pour « Dans l'antre du roi de la montagne », la « Danse arabe », la « Chanson de Solveig » et la « Berceuse de Solveig ».
La compilation éditée par EMI en CD d'enregistrements d'œuvres orchestrales de Grieg par Beecham contient aussi la célèbre Danse symphonique n°2 (opus 64) très appréciée de Beecham, l'ouverture de concert En Automne (opus 11) que Grieg composa dans le contexte du voyage à Rome qu'il entama vers la fin de l'année 1865 avant de la remanier ultérieurement, et la Vieille romance norvégienne avec variations (opus 51) composée pour deux piano en 1890 et orchestrée entre 1900 et 1903. Ces deux dernières œuvres, que j'apprécie beaucoup, figurent aussi au programme d'un autre album consacré à Grieg, édité lui chez Deutsche Grammophon (DG) en 1989, avec des enregistrements réalisés en 1988 avec l'Orchestre symphonique de Göteborg dirigé par le chef Neeme Järvi. J'ai un attachement particulier pour cet album de chez DG, découvert par hasard lors d'une de mes pérégrinations parisiennes en 2011. Matthias Henke, dans le texte du livret de l'album, parle d'années décisives pour Grieg en ce qui concerne la période se situant autour de 1865, ce qui nous renvoie plus ou moins à l'année (de naissance de Magnard, Nielsen et Sibelius) que j'ai évoquée en préambule du présent message. Outre l'ouverture de concert En Automne, ce fut durant cette période que le jeune Grieg composa son unique symphonie, par laquelle commence l'album de chez DG. Commencée en 1863, l'année où Grieg, âgé de vingt ans, partit à Copenhague où il devrait rencontrer notamment sa future épouse Nina Hagerup, cette Symphonie en ut mineur fut achevée en mai 1864. Pour des raisons restées mystérieuses, Grieg en interdit l'exécution en 1867 – le manuscrit portant cette mention en page de titre : « Ne doit jamais être exécutée. E. G. » – et sa première audition ne pu avoir lieu qu'en 1981 au festival de Bergen. Selon Michel Parouty, dans le Guide de Tranchefort, « la plupart des commentateurs s'accordent pour dire que cette œuvre, peu connue, ne traduit que bien faiblement l'art du musicien, malgré l'admiration pour Schumann qui transparaît au travers d'une orchestration qui demeure, malgré tout, bien lourde »... mais je ne suis pas d'accord avec ce jugement que j'estime trop dur. Matthias Henke parle lui de cette symphonie, plus justement à mon sens, comme étant « un chef d'œuvre qui montre d'une part une parfaite maîtrise de la technique d'écriture de la symphonie classique et romantique et de l'autre, fascine par une structure mélodique et une atmosphère tout à fait particulières qui seront considérées plus tard comme typiques de Grieg », ces deux aspects étant évoqués bien plus en détail dans le livret (notamment l'influence du modèle symphonique de Beethoven). J'avoue apprécier au moins autant l'unique symphonie de Grieg que son Concerto pour piano, chef d'œuvre pourtant autrement plus célèbre et reconnu du compositeur norvégien. Bref, je recommande aussi l'écoute de ce très bel album de chez DG, que je réécoute régulièrement.
Pour la petite histoire, au début de la semaine de Noël dernier, qui fut marquée en particulier par un lundi très neigeux ayant eu des conséquences jusqu'au mercredi (24 décembre 2025), j'avais continuellement en tête toutes ces œuvres orchestrales de Grieg tandis que je m'employais à patiemment « déneiger » à la pelle et au balais les accès à mon logis. J'avais même parfois l'impression que des trolls aux petits yeux bleus perçants, sales et pas forcément très grands (*), s'amusaient tantôt à secouer malicieusement les branches du frêne tout près de ma maison pour faire tomber de la neige là où je venais de déblayer, tantôt à pousser la neige entassée sur le toit vers la gouttière au bord de celui-ci, dans l'espoir de me la faire tomber sur la tête au moment de mon passage par la porte d'entrée pour sortir dehors (j'ai eu de la chance sur ce point, mais il a quand même fallu « déneiger » régulièrement jusqu'au mercredi)... (*) : j'avoue avoir été très influencé, depuis l'enfance, par la représentation des trolls proposée par l'illustrateur Rien Poortvliet, bien plus que par d'autres (y compris celle de Tolkien). Je tiens à présent, en ce début d'année 2026, à répondre enfin à un ancien message d'Elendil du 20 septembre 2024, concernant Richard Strauss. En septembre 2024, dans le présent fuseau, Elendil a écrit :
J'ai effectivement évoqué la musique de Johann Strauss fils dans une partie de mon long message du 10 juin 2024 : elle ne relève certainement pas autant pour moi de la sucrerie que pour toi, mais tant mieux si cette évocation a permis de faire plus clairement la part des choses entre le natif de Vienne Johann Strauss II « le roi de la valse » (1825-1899) et le natif de Munich Richard Strauss (1864-1949)... même si on pourra tout de même noter que ce dernier, Richard Strauss, a lui aussi composé des valses, constituant une belle suite pour le troisième acte de son opéra Le Chevalier à la rose (Der Rosenkavalier, op. 59)... ;-)
Elendil a écrit :
J'ai moi-même plusieurs fois évoqué Salomé et de fait nous en avons déjà parlé. Je signale au passage que depuis, il y a déjà plus d'un an, en décembre 2024, un DVD de l'interprétation de Salomé filmée par Götz Friedrich, avec notamment Teresa Stratas dans le rôle-titre, que tu m'avais recommandé, est arrivé dans ma vidéothèque et qu'à son arrivée, comme de juste, mon Cthulhu de compagnie lui a fait bon accueil et que j'en ai pour ma part apprécié le contenu comme je l'espérais (la performance de Stratas est vraiment excellente). Quant au chef d'orchestre Rudolf Kempe, c'était effectivement un très fin connaisseur de l'œuvre de Strauss, dans le sillage notamment de Karl Böhm (1894-1981), qui lui fut un ami du compositeur (et qui, du reste, dirige l'Orchestre philharmonique de Vienne dans la version filmée de Salomé avec Teresa Stratas, précédemment évoquée). De fait, mes éditions de référence au disque sont, entre autres, les enregistrements des poèmes symphoniques par Karl Böhm dirigeant la Staatskapelle de Dresde et l'Orchestre philharmonique de Berlin entre 1957 et 1972, réunis en 1999 en une édition en trois CDs chez Deutsche Grammophon – édition qui comprend aussi notamment des enregistrements de la danse de Salomé et des valses du Le Chevalier à la rose, précédemment évoquées – , ainsi que l'enregistrement des concertos pour instruments à vent par Rudolf Kempe avec la Staatskapelle de Dresde en 1975, édité en album CD chez EMI en 1989 et faisant en fait partie de l'intégrale des œuvres orchestrales de Strauss par Kempe éditée en 2019 chez Warner Classics, intégrale en neuf CDs qu'Elendil a mentionnée précédemment et que j'ai d'ailleurs moi-même acquise ultérieurement. Elendil a écrit :
Je suis, pour ma part, convaincu que Richard Strauss aurait très bien pu évoquer en musique l'univers de Tolkien, compte tenu de ce qu'il donne à entendre notamment dans des poèmes symphoniques tels que Till l'Espiègle (Till Eulenspiegels lustige Streiche), op. 28 (1895), Une vie de héros (Ein Heldenleben), op. 40 (1899) et Une Symphonie alpestre (Eine Alpensinfonie), op. 64 (1915)... Sa capacité à créer avec un langage sonore empreint de sensibilité et de poésie le place dans la lignée de Richard Wagner, Franz Liszt et bien sûr Hector Berlioz. S'agissant de ce dernier, précisons que Richard Strauss a édité en 1904 une édition allemande augmentée du fameux Traité d'instrumentation et d'orchestration que Berlioz avait publié en 1844 et 1855, cette traduction en allemand ayant été rééditée en 1905 et constituant un heureux témoignage de l'admiration de Strauss pour le compositeur français (Strauss apporte une mise à jour au Traité concernent certains instruments modernes et ajoute des exemples musicaux). À noter que comme l'a écrit Peter Meyer, dans le Dictionnaire de la musique : Les hommes et leurs œuvres dirigé par Marc Honegger (nouvelle édition, Bordas, 1986, volume 2, entrée « Strauss, Richard Georg », p. 1209), « L'œuvre de Strauss embrasse la majorité des genres musicaux, à l'exception de la musique religieuse, car le compositeur restait étranger non seulement à l'Église mais au christianisme même. » Cela peut peut-être en partie expliquer le fait que Strauss, par son esprit relativement libre, soit notamment l'auteur d'un poème symphonique comme Ainsi parlait Zarathoustra (Also sprach Zarathustra), op. 30 (1896), « librement composé d'après Friedrich Nietzsche ». Meyer ajoute plus loin, toujours factuel : Richard Strauss est un attardé. Sa musique est toute empreinte de classicisme et de romantisme. Jamais — voire dans ses œuvres les plus audacieuses, Salomé ou Elektra — il n'a porté atteinte aux fondements de la musique traditionnelle, comme Schönberg à la même époque. Au contraire, il a poussé à la limite les moyens d'expression créés par les XVIIIe et XIXe siècles. C'est pourquoi il convient de le considérer comme le dernier représentant important de l'époque classique et romantique. Peter Meyer, entrée « Strauss, Richard Georg », in Marc Honegger, dir., Dictionnaire de la musique : Les hommes et leurs œuvres, nouvelle édition, Bordas, 1986, volume 2, p. 1210 (p. 1208-1210). Et de fait, j'ai toujours trouvé remarquable, chez Strauss, sa maîtrise de la composition et de l'orchestration dans le sillage de ses prédécesseurs en la matière, de Mozart à Wagner... mais sans pour autant qu'il paraisse n'être qu'un simple suiveur ou imitateur. Combien de fois ai-je cru, au moins un instant, reconnaître à tort une ouverture de Richard Wagner en entendant, à la radio, les premières mesures épiques de l'Allegro molto con brio ouvrant Don Juan, op. 20 ! Écrit par un jeune Richard Strauss de 24 ans, de mai à septembre 1888 (les premiers thèmes musicaux ayant été conçus à Padoue lors d'un séjour italien de l'artiste), créé à Weimar en novembre 1889 sous la direction de l'auteur, il s'agit de son premier poème symphonique achevé, évocation entre désir, possession et désespoir de la figure de Don Juan qui « rêve d'étreindre toute la jouissance humaine » selon les mots de Romain Rolland, ami et correspondant français du compositeur.
Elendil a écrit :
J'espérais bien que ces deux concertos pour cor t'intéressaient... ;-) Depuis l'enfance, Strauss était effectivement familier du cor grâce à son père Franz Strauss, éminent corniste chef de pupitre à l'Orchestre de la cour de Munich – et aussi anti-wagnérien notoire par ailleurs, mais dont le fils saura s'émanciper sur ce point –, père auquel le Concerto pour cor n°1 en mi bémol majeur, terminé en 1883, est en fait dédié. Concernant cette œuvre de jeunesse, ainsi que le note Ernst Krause (1911-1997), dans un texte d'après un article de ce musicologue spécialiste de Strauss (figurant dans le livret accompagnant mon édition de référence au disque de ces concertos que j'ai déjà mentionnée plus haut), « si l'on considère son esprit classico-romantique, ses emprunts naïfs à Schumann (mouvement central) et à Weber (Finale), concerto ne laisse en rien prévoir le Sturm und Drang (« Orage et passion ») de Don Juan avec lequel cinq ans plus tard Strauss allait secouer le public mélomane de Munich. »
Quant au Concerto pour cor n° 2 également en mi bémol majeur, le compositeur l'écrit soixante ans plus tard, en pleine Deuxième Guerre mondiale, dans un contexte personnel difficile. Strauss avait cru un temps pouvoir « s'adapter » à la mise en place du régime nazi, en acceptant naïvement de présider la RMK (Reichsmusikkammer ou Chambre de Musique du Reich) dès 1933, avant d'être contraint de démissionner en 1935 pour s'être notamment opposé à ce que le nom de son ami juif exilé Stefan Zweig soit effacé sur l'affiche de son opéra La Femme silencieuse (Die schweigsame Frau), dont Zweig avait écrit le livret. Marginalisé dès lors par le régime mais tout en restant associé à plusieurs évènements de propagande en raison de sa notoriété, soucieux de protéger sa belle-fille – « demi-juive » selon la méphitique législation du IIIe Reich – et ses deux petits-fils, il s'était installé avec la famille de son fils en septembre 1941 à Vienne : c'est dans cette ville que la composition du Concerto pour cor n° 2 fut achevée, en novembre 1942, Strauss désormais très âgé s'étant ensuite finalement retiré, en juin 1943, dans sa maison bavaroise de Garmisch, près de la frontière autrichienne. L'œuvre fut créé en août 1943 à Salzbourg, avec le corniste Gottfried von Freiberg en soliste et l'Orchestre philharmonique de Vienne dirigé par Karl Böhm. En 1945, dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale en Europe, protégé par des officiers américains mélomanes, Strauss quittera l'Allemagne pour la Suisse, et n'échappera pas à un procès en dénazification mais au terme duquel il sera cependant acquitté en 1948. De retour à Garmisch, il y mourra l'année suivante, âgé de 85 ans, suivi de peu par son épouse, Pauline Strauss-de Ahna (1863-1950), qui ne lui survrira que quelques mois. (Pour plus de détails concernant Strauss et la période du IIIe Reich, on pourra consulter l'article d'Élise Petit mis en ligne sur le site « Music and the Holocaust » :
Personnellement, ce sont l'ensemble des concertos pour instruments à vent de Strauss, surtout donc composés vers la fin de sa vie, que j'apprécie, soit donc les deux concertos pour cor déjà cités, mais aussi :
Le Concerto pour hautbois, créé en février 1946 à Zürich, nécessite un petit orchestre comprenant seulement des instruments à vent, deux cors et des cordes. Là encore, le compositeur a choisi un style néo-classique, et comme le remarque notamment Ernst Krause, « les thèmes de l'Allegro moderato initial, dans lequel flûte et clarinette viennent souvent se mêler au hautbois, semblent saluer Mozart ! ».
Bref, avec Richard Strauss, autant je suis interpellé par la dimension stylistiquement wagnérienne d'œuvres symphoniques comme Don Juan ou Une vie de héros, et par l'audace d'une œuvre comme Salomé, autant c'est la dimension mozartienne de ces œuvres concertantes pour instruments à vent que je trouve remarquable, loin de tout sentiment de simple imitation : dans tous les cas, quelle maîtrise ! Et quel agrément pour les oreilles...
Je terminerai ce long message par un retour à la musique française, en écho à mon précédent message plus succinctement consacré aux musiques de films liées à une certaine actualité nécrologique. Suite à la disparition de Brigitte Bardot, il me parait opportun d'évoquer, pour la première fois dans le présent fuseau, le travail d'un des meilleurs compositeurs de musique pour le cinéma du XXe siècle, à savoir Georges Delerue (1925-1992), natif de Roubaix et dont on a commémoré en 2025 le centenaire de la naissance – comme on a commémoré, cette même année dernière, le cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Maurice Ravel (1875-1937), dont il faudra bien, si possible, que je reparle ici dans quelque temps... À propos d'une partie de son travail pour le cinéma dans les années 1960, Georges Delerue déclarait : « À l'époque de la Nouvelle Vague, il y avait deux écoles : une tendance à écrire une musique extrêmement fidèle à l'action ; une autre qui encourageait un détachement, une distanciation par rapport à l'image. Moi, j'ai préféré aller dans la deuxième direction. » L'illustration parfaite de ce propos se trouve sans doute dans la musique orchestrale que Delerue a composée pour le célèbre film Le Mépris (1963) de Jean-Luc Godard, d'après le roman d'Alberto Moravia — avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli dans les rôles principaux —, une musique pleine de profondeur dramatique et de mélancolie intemporelle, qui convient bien, du moins à mes yeux, à cette période de l'année (comme à d'autres moments)... Elle figure, avec d'autres musiques de films de Delerue composées à la même époque, dans un album CD de la série « Écoutez le cinéma » (n°06) paru chez Universal en 2001. De mon point de vue, l'« Ouverture », en particulier, est toujours émouvante à la réécoute, dès les premières notes : j'aurai pu la faire entendre lors des obsèques de ma mère...
Peace and Love, B.
Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 05/01/2026 Merci pour cette présentation de Magnard, plus complète que je n'aurais pu espérer l'écrire. Je n'ai pour ainsi dire rien à rajouter, si ce n'est qu'il existe une autre intégrale de ses symphonies, avec l'Orchestre symphonique de la BBC écossaise et à nouveau sous la baguette d'un chef d'orchestre français, Jean-Yves Ossonce (voir de ce côté-là). Les deux versions sont assez complémentaires, me semble-t-il. J'aurais peut-être quelques petites choses à dire sur la musique de chambre de Magnard, hautement recommandable, mais il faudrait que je parvienne à me procurer un ou deux CD supplémentaires. Malheureusement, les enregistrements ne sont pas légion et ils sont relativement difficiles à trouver. J'aurais sans doute aussi quelques petits compléments à mentionner s'agissant de Nielsen, car j'ai pu constater que sa musique de chambre valait elle aussi le détour. Quant à Grieg, je serais presque tenté de dire que c'est un peu court (je plaisante !, c'était un très bonne synthèse). En tout cas, il y a deux ou trois trucs qui mériteraient d'être signaler. Quant à Richard Strauss, il faudrait que je trouve le temps d'évoquer ses splendides lieder. Mais tout cela devra attendre, je suis trop en retard sur mes travaux tolkieniens actuels. Je souhaite en tout cas dire qu'une quête personnelle a enfin trouvé son aboutissement. On peut dire que la Symphonie fantastique de Berlioz est un chef d'œuvre absolu, qui mérite amplement sa place au panthéon du genre. Pour autant, je n'irais pas dire que Berlioz est un symphoniste accompli, surtout si l'on ne considère pas Harold en Italie comme une symphonie à part entière (je serais tenté de parler de poème symphonique, l'un des plus aboutis du genre). Berlioz était sans doute trop génial, trop excentrique, pour rentrer pleinement dans le moule symphonique. Qui sont donc les grands symphonistes français, l'équivalent des Haydn, des Brahms ou des Mendelssohn ? Je ne retiendrai pas les grands compositeurs français qui n'ont consacré qu'une œuvre au genre : la Symphonie en ut de Bizet est une splendeur, c'est acquis, celle de Dukas est tout aussi superbe, celle en ré mineur de Franck s'écoute et se réécoute avec bonheur, et j'en dirais autant de celle en si bémol majeur de Chausson (lequel en laissa une à l'état d'ébauche à sa mort dans un accident de vélo). Magnard alors ? Peut-être, mais des quatre, je retiens surtout les deux dernières, comme Hyarion. La quatrième est d'une profondeur particulièrement poignante, mais aussi d'une complexité mélodique qui la rend assez difficile d'accès au premier abord. Je qualifierais sans doute toujours Saint-Saëns de plus grand compositeur français : comme Berlioz, il est capable de traits de génie inoubliables, et il a surtout été d'une fécondité remarquable durant sa longue vie, s'illustrant dans quasiment tous les genres musicaux (et composant même la première vraie musique de film : celle de L'Assassinat du duc de Guise, par André Calmette, en 1908). Si Saint-Saëns est considéré comme un compositeur conservatiste à la fin de sa vie, ignorant les innovations de Debussy (auquel il survit), de Stravinsky ou de Ravel, on a tendance à oublier qu'il a lui-même été considéré comme faisant partie de l'avant-garde durant sa jeunesse. Cependant, Saint-Saëns est-il un vrai symphoniste ? Il est vrai qu'il a composé cinq symphonies, dont deux sans numéro d'opus (et qu'on peut ignorer sans remord), mais il semble s'être satisfait de l'énorme succès de sa Symphonie n° 3 « avec orgue » (en ut mineur, op. 78), créée en 1886. Il a cinquante et un ans, il ne reviendra pas au genre, alors que sa carrière durera encore trente-cinq ans. Ajoutons à cela sa symphonie n° 2 (en la mineur, op. 55), œuvre injustement négligée, que j'apprécie beaucoup. C'est un peu court, quand même. On aurait pourtant tort de dire que la symphonie n'est pas un genre français, car il existe malgré tout des compositeurs qui en ont fait leur cheval de bataille, malgré des conditions matérielles très peu propices à ce genre à Paris au XIXe siècle (cela mériterait une longue digression). J'ai déjà évoqué Louise Farrenc, qui parviendra, privilège presque unique, à faire jouer ses symphonies par la très prestigieuse Société des Concerts du Conservatoire, laquelle se dédiait presque exclusivement aux oeuvres symphoniques des « illustres morts » : Mozart, Haydn, Beethoven... Le seul autre à bénéficier d'une telle facilité sera Georges Onslow (1784-1853), bien français malgré son nom de famille -- d'origine anglaise -- qui laisse un catalogue de quatre symphonies. De belles œuvres, mais sans doute moins mémorables que sa musique de chambre. Il faudrait aussi évoquer Albert Roussel (1869-1937), auteur lui aussi de quatre symphonies d'une harmonie raffinée, mais qui hélas me semblent pâtir d'un petit manque de génie mélodique pour être plus mémorables. (Pour l'anecdote, les trois ont en commun d'avoir des ressources indépendantes, qui leur permettent de ne pas vivre de leurs compositions : Farrenc a épousé un éditeur de musique et est professeur de piano au Conservatoire, Onslow et Roussel appartiennent à la grande bourgeoisie provinciale.) Quant à Arthur Honegger (1892-1955), qui est Suisse, bien qu'il ait passé l'essentiel de sa carrière à Paris, je suis obligé de dire que j'admire volontiers son oeuvre, mais que je ne l'apprécie pas tant que cela. Trop moderne pour moi, sans doute, et pas dans un style qui me plaise vraiment (contrairement à Prokofiev ou surtout Chostakovitch). Bref, il aurait sans doute fallu un Franco-Allemand pour me satisfaire pleinement... et il y en a un. Il se nomme Louis Théodore Gouvy. Né en 1819 à Sarrebruck dans une famille francophone de maîtres de forge, il est de nationalité allemande, contrairement à ses deux frères aînés et n'obtiendra donc pas le droit d'étudier au Conservatoire de Paris. Il n'obtiendra la nationalité française qu'en 1851. Apprécié par les cercles musicaux français, dont Berlioz, il reste malgré tout ignoré du grand public, qui se passionne essentiellement pour l'opéra et le ballet, alors que lui compose essentiellement de la musique symphonique et de la musique de chambre, deux genres considérés comme plutôt allemands à l'époque. Il recevra d'ailleurs ses plus grands succès au Gewandhaus de Leipzig, où il sera de loin le compositeur « étranger » le plus joué (et où il décèdera en 1898). Bref, Gouvy a composé six symphonies, plus une Symphonie brève et une Sinfonietta pour grand orchestre non numérotées (sans parler d'une seconde sinfonietta restée inédite et d'une symphonie perdue). Toutes sont splendides... et très peu jouées. J'espère avoir l'occasion de reparler de Gouvy, ma première découverte d'importance cette année. Il est aussi l'auteur d'une importante collection de musique de chambre très appréciée de son temps, mais que je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter. D'ici-là, je recommande très volontiers l'intégrale de ses symphonies, enregistrées par l'Orchestre symphonique de la radio allemande de Saarbrück, sous la direction de Jacques Mercier (l'essentiel est ici sur YouTube, mais l'on trouvera la Sinfonietta par ici et la Symphonie brève par là). E. Et vous, qu'écoutez-vous ? - Elendil - 28/02/2026 Faudra vraiment que j'écrive un petit complément sur les symphonistes français. J'en ai oublié un ou deux, et mon opinion a évolué au sujet d'Onslow, maintenant que j'ai eu l'occasion de l'écouter dans de meilleures conditions. Mais pas maintenant : j'ai plein de travail en retard, maintenant que l'encyclopédie est quasi-bouclée. Je note juste une anecdote qui fera sourire les tolkienistes, avant de l'oublier : je viens d'écouter les Danses tchèques de Smetana. Des morceaux très sympathiques, même s'ils sont moins connus que ceux qui composent le poème symphonique Má Vlast (tout le monde connaît au moins la Moldau). Or il s'avère que la quatrième danse du deuxième Livre est intitulée d'un nom connu de ceux qui ont lu HotH : Medved, ce que ma pochette traduit (logiquement) par Bear Danse. Pour les curieux, on peut l'entendre ici, dans l'interprétation du pianiste Antonín Kubálek, celle-là même qui figure dans le petit coffret de Brilliant Classics que je me suis récemment offert et que je recommande vivement, en particulier pour la musique de chambre, qui m'était entièrement inconnue et que j'ai énormément appréciée. E. |