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Pour terminer, voilà ce qu’écrit Christian Grappe dans un ouvrage récent intitulé Le Royaume de Dieu, avant, avec et après Jésus (Labor et Fides, MdB42, je te donne la référence puisque tu sembles intéressé par le sujet) : On notera d’abord l’importance de la dimension du « déjà », […], dans la mesure où proclamer que le Royaume de Dieu s’est approché (Mc 1,15 // Mt 4,17 ; Mt 10,7 ; Lc 10, 9.11), qu’il est survenu (Mt 12,28 // Lc 11,20), qu’il fait l’objet d’assaut (Mt 11,2 // Lc 16,16), c’est affirmer tout à la fois qu’il est là (dimension spatiale) et qu’il est présent (dimension temporelle) (ainsi Lc 17,20-21). Christian Grappe, Le Royaume de Dieu, avant, avec et après Jésus, pp.182-183 Círdan a écrit :
Certainement. Merci pour ta traduction, beaucoup de travail que cela :-)) ! Sosryko |
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Sos. a écrit :
Pour l'intérêt et l'attention, aucun souci :) mais - cf. ci-après - j'y trouve néanmoins un lien direct avec le Conte d'Arda. Voici ma contribution, qui viendra peut-être en modeste complément de Sosryko, pour ce qui est du "Monde" et d'Arda (en donnant un aperçu du pendant elfique de ses considérations que je rejoins entièrement (j'ai le beau rôle) :)). Même pour le Royaume, il y aurait à dire en Arda, mais je n'en ai pas les moyens aujourd'hui ... :) Cír. a écrit :
Et pourtant si. Le Monde est bien la demeure du Mal (pas seulement du Mal, mais entre autre ; et le Mal n'existe que dans le Monde ; au-delà, en Dieu, il n'est pas) ; ce n'est pas réduire le Monde à Satan que de le constater, et d'user de métonymie* pour désigner le Mal en parlant du Monde (si l'on garde bien conscience du procédé). Ainsi comme le rappelle Sosryko, de l'usage du titre de "Prince de ce Monde" pour Satan. Ainsi aussi de la distinction faite entre les "fils du Monde" et les "fils de la Lumière" ; les derniers qui appartiennent (déjà ?) au Royaume des Cieux et vivent tout autant dans le Monde et l'aiment (mais là le mot Monde commence à désigner aussi la Création ...). En Arda, le Monde est bien la demeure de Melkor, jusqu'à la Fin, jusqu'à la Guérison, disséminé comme tu l'as d'ailleurs, Laurent, magnifiquement dit dans ton PS. Le Monde est bien la demeure du Mal, puisque celui-ci est la Blessure d'Arda ; le Mal c'est le Hastaina de Arda Hastaina, le Morgoth disséminé et corrompant tout. En Arda, nous pouvons tout autant manier la métonymie qui vise à désigner le Mal par sa demeure : le Monde. En revanche (et cf. plus bas) Arda ne sera pas le terme elfique le plus approprié pour cela, cette Arda que tu aimes tant ;) Cír. a écrit :
Sosryko y répond évidemment par l'ensemble de son post, mais pas spécifiquement (si j'ai bien lu). Si le "Monde" dont Satan est le Prince désigne par métonymie* le péché (<-> tout ce qui tient éloigné de Dieu, parce que le Monde est le lieu du péché, soustraire son âme au "Monde" - dans ce sens-là du Monde - ne signifie pas la soustraire à la Création, mais à la partie corrompue, au péché. Aux "fils de la Lumière" qui ne sont pas "du Monde", il est d'ailleurs demandé PAR DESSUS TOUT de vivre dans le Monde, de l'aimer comme Dieu nous aime. C'est la vertu de l'Amour de Charité, dont saint Paul dit que si elle manque, tout (même la foi !!!) est vain ! En écrivant cela, je me rends compte que j'ajoute autmatiquement au "Monde" le sens de "la Création" ;) Car pour aimer véritablement (la Vérité, le Bien ne vient que de Dieu) le Monde (les beautés de la Création et leur prochain), les fils de la Lumière doivent se séparer du Monde (ce qui n'est pas de Dieu), comme l'a si bien dit Sosryko. Le paradoxe n'est que dialectique, si j'ose m'exprimer ainsi. Je ne m'étendrai pas sur la translation en Arda qui me paraît (égoïstement ;)) évidente, afin de consacrer mon peu de temps disponible plus bas Cír. a écrit :
Sos. a écrit :
Je rejoins tout à fait Sosryko ; je ne peux même pas pinailler sur une virgule :) Mais je vais en profiter pour poursuivre cette reflexion sur la dialectique propre au Conte d'Arda. Nous aurons peut-être un terme elfique plus approprié pour désigner "le Monde" :). Le Monde fait en quenya l'objet de deux traductions. Elles sont à première vue interchangeables, mais à la lumière de cette magnifique discussion (les lambendili "amoureux des langues" vont vous devoir une nouvelle fière chandelle, Círdan et Sosryko :)), les Eldar distinguaient le concept de la Terre, le Système Solaire, le Royaume de Manwë, ce que nous avons il me semble ici désigné par "la Création" (ktisis), Arda, du concept de la Terre, signifiant 'Demeure', qui se prête me semble-t-il parfaitement au français "Monde" (kosmos), Ambar. Arda est Royaume, confié à Manwë (< racine elf. √GAR qui désigne ce qui est contrôlé, géré, me semble-t-il : un domaine, une région ...). Elle existait avant le "Monde" dont on a parlé, au moins conceptuellement, puisque les traditions elfiques parlent d'Arda Alahasta. Et même s'il est des expressions chez les Elfes comme "tant que durera Arda", qui désigne assurément Arda Hastaina, il faut voir les références à Arda Envinyanta, éternelle, belle et renouvelée, qui existe(ra) lorsque le "Monde" dont on a parlé est(sera) vaincu et achevé. Ambar est Demeure (< racine elf. √MBAR qui désigne ce qui est habité). Il est habité par les hommes, par la nature ... et logiquement par le Mal ;) Il convient parfaitement à l'usage qui est fait du français "Monde", car il désigne me semble-t-il : Les Eldar auraient ainsi parlé de l'amour d'Arda, en entendant Laurent (et suspecté une ascendance elfique ;)), et sans doute d'Ambar pour désigner tout ce qui tient éloigné d'Eru en écoutant (avec émerveillement ... et 'lifting up their hearts' ;)) notre ami Sosryko.
Jérôme, ___________________________________ * j'entends bien sûr plus que le seul procédé littéraire, quand je parle de métonymie ... métonymie spirituelle ? |
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Ach ... cette proposition a été faite avec enthousiasme et à partir de ma mémoire et de quelques notes seulement. Après avoir pris le temps de réexaminer tout cela, autant l'attribution faite à Arda me paraît toujours intéresante, autant celle faite à Ambar me paraît moins évidente ; elle convient dans l'usage du mot Ambar-metta, mais plus difficilement dans les autres occurrences du corpus ... A mettre entre parenthèses pour l'instant, donc ... :| Jérôme |
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Voilà… après relectures et réflexions multiples, j’avoue gentiment ne me sentir aucune compétence pour apporter quoi que ce soit d’utile ou d’intéressant à ce qui a été dit. une prière : surtout que ça continue ! Même si quelques fois la réflexion prend une direction disons… imprévue… par rapport au thème de départ un modeste sentiment personnel : pour Tolkien, mais aussi pour tous ceux qui se sentent quelques fois écœurés par le monde dans lequel ils vivent, en dissonance avec lui, il est bien difficile à résoudre ce paradoxe entre l’amour de la Vie, l’admiration pour les beautés de la Création, et la révolte ou la profonde tristesse devant le fonctionnement absurde ou destructeur de la société des hommes et de leur Histoire. |
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En guise de petite information connexe sur l'expression Ambar-metta: Dans VT/44 pp. 31-38, nous avons diverses tentatives de Tolkien pour traduire en quenya le "Gloria in Excelsis Deo", sous lequelles apparaissent des fragments qui aboutissent (à quelques mots près) à la phrase prononcée par Aragorn (et earello ... tenn' ambar-metta). Bien que ces fragments n'appartiennent pas formellement au Gloria, l'écho biblique est évident; ainsi dans une première version ter yénion yéni "through years of years" renvoit de toute évidence au latin in saecula saeculorum ("pour les siècles des siècles"). L'association de cette phrase (attribuée à Elendil et reprise par Aragorn lors de son couronnement dans le SdA) à un contexte religieux est plutôt ... intéressante ;-) Didier. |
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effectivement, Didier, très intéressante remarque ;-) |
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Déviant un peu plus du sujet initial, mais en réponse au texte de la lettre que nous a gentiment traduit Laurent, voici un autre texte, tiré de Faërie cette fois, qui montre combien Tolkien voulait prendre ses distances avec le mot « Magie » qu’il connotait négativement, lorsqu’il l’utilisait seul (et non plus dans la perspective dualiste Magia / Goeteia) : Peut-être la Faërie pourrait-elle être traduite par Magie (...) Il nous faudrait un mot pour cet art elfique (…) On a sous la main « magie » et je l’ai employé plus haut, mais je n’aurais pas dû le faire : Magie devrait être réservé aux opérations du Magicien. L’art est le procédé humain qui produit en passant […] la Créance Secondaire. Les elfes peuvent aussi utiliser un art du même ordre […] je l’appellerai, faute d’un mot moins discutable, l’Enchantement L’Enchantement produit un Monde Secondaire dans lequel peuvent pénétrer tant l’auteur que le spectateur, pour la satisfaction de leurs sens durant qu’ils se trouvent à l’intérieur ; mais, dans sa pureté, il est artistique pour tout ce qui est du désir comme du dessein. La Magie produit ou prétend produire un changement dans le Monde Primaire. Peu importe par qui elle est censée être appliquée, fée ou mortel, elle demeure distincte des deux autres ; ce n’est pas un art, mais une technique ; son désir est le pouvoir en ce monde, la domination des choses et des volontés. Faërie, Du Conte de Fées, Pocket, p.141, p.183 Sosryko |
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Ce lien (bientôt 6 ans (!) après le message précédent : les Grands Elfes ne sont donc pas tous repartis outre-mer, pour reprendre la métaphore filée par Sosryko :)) vers La Machine ou la nécessité de raser le monde réel, qui offre une suite logique (et magistrale) au thème de ce fuseau (et à quelques unes de ses digressions). |
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Un autre lien avec La question du libre arbitre :). |