Mehapito
Inscription : May 2005
Messages : 41

Ce qui m'a le plus surpris, ce sont les rapports de Tolkien avec son éditeur. Il s'adresse à lui comme à un ami à qui il confie ses soucis que je qualifierai d'intimes (peut-être, comme l'a suggéré quelqu'un, n'était-ce qu'un moyen de "gagner du temps" dans sa rédaction). Ses rapports amicaux avec Rayner U, nous les voyons naître, mais ses rapports premiers avec A&U m'étonnent.
Nous le voyons ensuite, pour la publication du SdA, jouer sur deux tableaux, incitant un éditeur à ne pas le prendre et l'autre à prendre le Silm avec.
J'avoue encore que sa duplicité m'étonne.

Par ailleurs, bien qu'il s'agisse d'une sélection de lettres parmi les seules lettres retrouvées, je suis surpris de trouver, parmi les lettres aux membres de sa famille, une énorme majorité de lettres à Christopher. Qu'est-ce qui explique ceci ?
Je n'ose penser que c'est une censure de Christopher.

Et enfin, j'ai un grand regret à la lecture de ces lettres, comme je pense nombre d'entre vous, c'est de ne pas pouvoir écrire à Tolkien pour lui poser les questions qui me tournent dans la tête (quitte à recevoir un professeur une lettre me faisant remarquer à quel point je peux être ignorant).

Mehapito
>Kendra, moi aussi je pense finalement que je vais pouvoir me mettre à la VO...

Laegalad
Inscription : Sep 2002
Messages : 2 996

Kendra, je partage ton avis quand aux relations amicales :) Bon et heu, la faute est pas toujours aux filles, et je dirai même l'inverse, moi : nous on sait se tenir ;op
S. -- un brin malicieuse, moi ? oh pff, si peu... :)

Christine
Inscription : Aug 2005
Messages : 40

J'arrive après, comme toujours, mais merci de laisser Pie XII tranquille.
Pour information, le grand rabbin de Rome s'est converti après la guerre de 39-45. Au catholicisme (parfaitement). Non par peur, ni par conformisme, mais profondément édifié et touché par l'exemple de Pie XII, qu'il considérait comme un saint et un juste. Il a été jusqu'à prendre le prénom d'Eugene, qui était celui de Pie XII. Au passage, on estime à plusieurs milliers le nombre de juifs que le Vatican a sauvés, aidés et protégés. Différentes sources existent sur le sujet, notamment des travaux issus de commissions hébraïques, dont on peut penser qu'elles n'iront pas disculper un complice, fut-il muet, du nazisme.
Histoire de ne pas être totalement hors sujet, je dirais également que Tolkien était un plus grand théologien qu'on ne le pense habituellement, et qu'il faut voir plus loin que certaines vérités générales que j'ai vues ici véhiculées : sur le Concile de Vatican II :
le concile ne prône absolument pas l'abandon du latin,(pas plus que la messe face au peuple d'ailleurs) mais donne l'autorisation parcimonieuse et prudente de l'usage vernaculaire, là où il est absolument nécessaire (constitution Sacrosanctum Concilium).
Il n'y a pas de rupture entre l'héritage de saint Pie X, Pie XII et le Concile, lequel eut pour père spirituel le Cardinal Newman, dans le rayonnement duquel Maby Tolkien s'est convertie. Newman a fondé l'Oratoire en Angleterre. Les lecteurs assidus se souviendront que Tolkien entretint une grande amitié avec Louis Bouyer (voir la Feuille de la compagnie 2, et le Métier de Théologien, du P.Bouyer où celui-ci lui rend hommage) également oratorien et l'un des grands penseurs du Concile. Lui-aussi était attaché au latin et à une certaine rigueur, et il est difficile de lui appliquer le terme "contradictoire"...

Veuillez croire qu'il n'y a pas là d'intention polémique. Mais les faits sont tellement tordus et déformés qu'en conscience, je ne peux pas me taire.

Kendra
Inscription : Jun 2001
Messages : 753

C'est très bien d'essayer d'éclairer le débat par des faits qui ont l'air historiques, Christine (et je dis ça en ne sachant strictement rien de la papauté, donc je n'ai aucune opinion sur le débat qui se tient, je tiens à le préciser !)

A côté de ça, sur ce forum (et ailleurs) dès qu'on se met à parler religion, même quand c'est purement documentaire, voir historique, et même pas philosophique ça a tendance à se finir en foire d'empoigne.

Vincent a sans doute raison...

Que les personnes très documentées pardonnent leur "ignorance" aux non-documentés, et que chacun essaye de comprendre qu'il est *possible* que des points de vue s'opposent. C'est tout à fait normal, ça n'a rien d'inconvenant, et il n'y a pas mort d'homme !

C'est dit !

Je rappelle (parce que des fois je prends peur... vous voudrez bien me pardonner si ce que je dis vous semble évident) qu'il est du droit de chacun d'avoir une religion ou pas et de choisir celle-ci plutôt qu'une autre (ou pas).


Au fait si vous cherchez un Zorro, pour un bal ou un anniversaire, appelez-moi, je défend toutes les causes honorables, y compris la veuve et l'orphelin.

sosryko
Inscription : Mar 2002
Messages : 2 072

Christine, Kendra et les autres,
c'est très bien d'écouter sa conscience,
comme c'est très bien de rappeler des choses évidentes
mais lorsqu'on sait pertinemment qu'on s'éloigne du sujet du fuseau, qu'on développe un hors sujet susceptible de polémique ou qu'on en profite pour se chercher un emploi de Zorro, il est préférable de renvoyer la suite de la conversation dérivée vers un fuseau secondaire où, tout à loisir, on peut développer sa pensée et échanger sans interférer le sujet initial.
(Surtout lorsque le sujet de ce hors-sujet possède déjà son propre fuseau dans la section Espace libre, que ce soit pour Pie XII comme pour les anniversaires...)
Merci d'avance ;-)

Kendra
Inscription : Jun 2001
Messages : 753

Wow, comme je viens de me faire modérer ! Il ne t'aura pas échappé, Sosryko, que ma blague sur Zorro servait uniquement à tempérer mon propos sévère et n'était certainement pas une petite annonce ;)

Et comme il faut revenir au sujet... je le fais de bonne grâce (et qu'on ne dira pas que je suis prise en flagrant délit d'insubordinnation !)

Est-ce que quelqu'un saurait où trouver la fameuse lettre signée "Habit", publiée dans l'Observer, où le fameux Habit demande à Tolkien si les hobbits sont des "petits hommes velus" ?
lettre 25, page 50

J'imagine qu'un de nos bien-aimés geeks doit avoir déniché une copie de cette fameuse lettre, qui occasionna une réponse savoureuse de Tolkien, qui fut malencontreusement (pour lui) publiée dans le même journal.

Tilkalin
Inscription : Jun 2005
Messages : 320

Kendra > A côté de ça, sur ce forum (et ailleurs) dès qu'on se met à parler religion, même quand c'est purement documentaire, voir historique, et même pas philosophique ça a tendance à se finir en foire d'empoigne.
J'en ai bien peur, hélas... :-(

Sosryko > Tout à fait d'accord. Surtout qu'à l'origine j'intervenais pour exprimer ce qui me semblait être dans Les lettres un exemple de la complexité d'un homme que l'on ne peut réduire à une case X ou Y... ;-)

Personnellement, ce (non-)débat est clos.

Cordialement,
Tilkalin.

Christine
Inscription : Aug 2005
Messages : 40

Mea culpa.
Je ne voulais blesser personne.
Ni m'ériger en "justicière" (!)
Ni écraser quiconque avec mes "connaissances".
Et je ne fustige personne pour son "ignorance". Quand je dis quelque chose d'approximatif sur Tolkien (ça m'arrive souvent) je suis bien contente que chacun réagisse et recadre les choses. Pour moi c'est le premier sens du forum : un partage de compréhension et de connaissances diverses. Il me semblait qu'une question était soulevée par les Lettres, sur d'apparents paradoxes de Tolkien. Je voulais dire (certes maladroitement, n'en jetez plus!)que ces paradoxes pouvaient se résoudre avec un complément d'éléments... qui peuvent ainsi éclairer les Lettres (n'est-ce pas le sujet????)
Si le ton du message était un peu vif, c'est que je suis aussi lassée d'entendre dire que Pie XII "a fermé les yeux" que chacun d'entre nous peut l'être en entendant dire que Tolkien est raciste, mysogyne et francophobe.Idem pour le Concile.
Enfin, je ne savais absolument pas qu'il y avait un fuseau "Pie XII". Je ne suis pas là depuis longtemps et je ne vous apprends rien en disant que le forum est gigantesque, je n'aurais jamais eu l'idée d'aller je chercher dans "espace libre".

Je suis quand même déçue, voire blessée (chacun son tour...) par le blocage quasi systématique qui surgit dès que le mot "religion" montre le bout du nez. N'ayant pas suivi tous les débats, j'imagine que certains ont du être houleux.
Puisqu'il s'agit de "pardonner", vous seriez charitables de pardonner ma méconnaissance des arcanes, us et coutumes du forum et de son historique.

Sur ce...

Kendra
Inscription : Jun 2001
Messages : 753

Tiens je vais même renchérir sur la "misogynie"...

Alors, je ne suis qu'au début des Lettres (à la 90, puisque je les ai commencées samedi), et je n'ai pas la biographie de Carpenter sous la main.
Il est vrai que dans certains passages on a l'impression que Tonton voulait "protéger" les femmes... en leur fermant certains métiers. Arf... si je pouvais retrouver la référence de la bonne lettre... bon bref, dans une lettre à Christopher, il dit qu'il trouve "inconvenant" qu'une femme soit l'fficier d'état civil qui fait les mariages.
Est-ce qu'il entendait par là qu'une femme maire le choque ?

Et si oui, qu'est-ce qui, dans son vécu ou ses convictions, lui a suggéré cette idée ?

Là encore ça sonne polémique, mais il est clair que Tonton était pour l'éducation des filles autant que des fils, alors qu'est-ce qui fait qu'il est (et là je cite, mais j'ai toujours pas le numéro de la lettre) "contre le féminisme".
J'imagine qui si "féminisme" consiste uniquement à brûler des sous-vêtements innocents (pour ceux qui comprendront le clin d'oeil), on peut être contre :o).

N'hésitez pas à me "spoiler" sur la suite des lettres... je les lirais volontiers dans le désordre, mais j'ai peur de ne plus m'y retrouver.

et puis j'arrêterai de poser des question après... et je retournerai dévorer quelques pages de ce croustillant ouvrage.

jean
Inscription : Aug 2002
Messages : 917

Kendra> Dans les cas personnels que j'ai cité, je n'étais en rien plus agé ou plus gradé, dans les cas que j'ai rencontré dans mon entreprise, c'est vrai que tous les cas concernait des femmes plus jeunes avec des hommes plus agés. C'est simplement factuel, il n'y avait aucune intention démonstrative derrière mes propos et on ne pourrait en aucun cas tirer une loi de quelques exemples unitaires.

Sur le fond je me demande s'il n'y a pas une ambiguïté sur le terme "ami". Je suis parfaitement d'accord pour dire que des hommes et des femmes peuvent avoir des relations amicales une certaine forme de camaraderie (au sens moderne et surtout pas étymologique). Mais dans le cas d'une véritable amitié qui est pour moi une relation presque aussi forte, quoique différente, qu'une relation amoureuse, je suis plus prudent. C'est en ce sens que je m'étais senti en empathie avec la lettre de Tolkien que tu citais.

Concernant la "misogynie" de Tolkien, si le sujet t'intéresse, je te signale qu'il a été traité de façon approfondie par Alex Lewis dans son livre "Uncharted realms of Middle Earth". Tu peux t'y reporter mais je ne crois pas qu'il ait été traduit en français.

Tilkalin> Je suis d'accord pour ne pas poursuivre ici un HS un peu explosif, mais je souhaiterais malgré tout poursuivre cet échange, alors m'autorises tu à t'écrire dans ta bal personnelle?

Tilkalin
Inscription : Jun 2005
Messages : 320

Jean > Je suis d'accord pour ne pas poursuivre ici un HS un peu explosif, mais je souhaiterais malgré tout poursuivre cet échange, alors m'autorises tu à t'écrire dans ta bal personnelle?
Mais bien volontiers, Jean. Ce sera même avec le plus grand plaisir! ;-)

Cordialement,
Tilkalin.

Cédric
Administrateur
Inscription : Jan 1999
Messages : 5 232

Merci à vous pour cette auto-modération et ce sang-froid (on respire, zen...), il est vrai que nous ne tenons pas à trop dévier du sujet, pas vrai ? ;-)

Cédric.

vincent
Inscription : Aug 2000
Messages : 1 436

effectivement, Cédric :-)

Mehapito : sur la proportion de lettres adressées à Christopher. Ce n'est pas lui qui a  procédé directement à la sélectino ; il me semble que ce choix reflète la réalité : le lien extrêmement étroit existant entre JRR Tolkien et son fils, à la fois sur le plan de l'affection et des intérêts littéraires partagés - confirmés par le travail éditorial de ChTolkien depuis 25 ans !

sur les rapports avec son éditeur, il faudrait reprendre le contexte exact. je ne crois pas que l'on puisse parler de "duplicité" : quand tu vois la consigne donnée par St. Unwin (faire attendre Tolkien puis refuser finalement le Silm), cela ressemble à de l'auto défense :-)

amicalement
Vincent

Vinyamar
Inscription : Apr 2001
Messages : 1 846

Heureusement que j'arrive après ça ! J'ai dû attacher mes doigts pour ne pas répondre au flot de savante ignorance qui s'est déchaîné ici. Enfin bon...
(et dire de Tolien qu'il est un ultra-monarchiste, après ce qu'il dit sur les chefs, les gouvernants et les rois (et son conte "le Fermier Gil de Ham") me semble faire montre d'une mauvaise lecture des lettres...)


Concernant l'amitié entre hommes et femmes, j'avoue avoir été moi aussi troublé par cette lettre, mais je la trouve juste finalement. bien sûr que l'on peut avoir des relations d'amitié avec des jenues filles (ou des jeunes filles avec des hommes), mais je crois bien que sous-jacent à ces amitié se cache toujours un potentiel amoureux qui peut se manifester ou non. Mais qu'il le fasse ou non, cette possibilité d'amour est toujours à maîtriser, à travers des gestes, des paroles et des comportements adéquats qui ne doivent pas laisser suggérer quoiq que ce soit d'autre. Seuls les saints, proablement, en sont effectivement réellement capables, ou les gens de grande expérience.
Et l'amitié n'est pas le copie copinnage. Kendra, tu n'a aucun "ami" sur ce forum, bien que ce soit cruel à dire. L'amitié, c'est bien plus fort que ce que nous partageons surle net ou lors de rencontres.
Je rejoins donc Jean dans sa compréhension de la lettre.


Concernant les lettres à Christopher, je m'étais aussi posé la question, et ai cru obtenir une réponse en lisant que Tolkien dédiait littéralement le SdA à Christopher et qu'il ne songeait guère qu'à lui en l'écrivant.
Cela donne un tout autre éclairage à la lecture du roman et aux aventures des héros. Certainement que les mésaventures militaires de Christopher s'y trouvent quelque part glissées, ou que les héros l'incarnent à l'occasion.
Je n'avais pas pensé à la sélection opérée par Christopher (et je ne parlerai pas de censure : lui seul pouvait se permettre de publier les lettres le concernant, tandis que celles qui concernanient ses frères et soeurs étaient sans doute plus personnelles, privées).

Sinon j'ai bien aimé la lettre d'excuse de Tolkien à Lewis, où l'on découvre que le professeur devait être un bonhomme très critique et parfois cruel sans le vouloir dans son perfectionnisme. On y retrouve un peu de soi...

Kendra
Inscription : Jun 2001
Messages : 753

Vinyamar, qu'est-ce qui te permet d'imaginer que je ne rencontre pas les gens de ce forum *dans la vraie vie* ?
Qu'est-ce qui te permet de savoir que je ne vois pas certaines de ces personnes tous les mois ? Voir sur certaines périodes toutes les semaines ?

Le forum est une chose, la vie de chacun en est une autre. Donc oui, j'ai des amis sur ce forum, et des amis des deux sexes.

Cédric
Administrateur
Inscription : Jan 1999
Messages : 5 232

Kendra, ça manque de smileys ton dernier message je trouve :-) Vinyamar te prenait à témoin mais je pense surtout qu'il parlait du cas général ;-)

C.

Moraldandil
Inscription : Dec 2001
Messages : 819

Si je puis me permettre (désolé d'apporter ma marotte linguistique, mais on ne se refait pas !) il est manifeste que Vinyamar et Kendra ne donnent pas du tout la même extension au terme d'ami. Ce n'est un secret pour personne que l'usage qu'on en fait peut être très personnel, et ce n'est pas un hasard si ce mot a développé de nombreuses locutions telles que "meilleur ami(e)", "ami(e) intime", "grand ami(e)", "petit(e) ami(e)" (assez amusant d'observer le contraste de ces deux derniers), "bon(ne) ami(e)", "ami(e) d'ami(e)", sans parler de sa synonymie variée : camarade, compagnon, connaissance, relation, copain, pote, familier et j'en passe. Il est visible que Vinyamar donne à "ami" un sens plus restreint et plus engageant que Kendra.

Il apparaît aussi que le vague dans le sens de ce terme est porteur d'antagonismes. On ne touche pas sans risque à l'affectif. Je trouve que ce fuseau n'est pas le lieu d'une telle discussion, en ce qu'elle n'a plus de rapport particulier avec Tolkien. Il y a l'espace libre ou le courrier personnel pour ça.

B.

marcolas
Inscription : Jul 2001
Messages : 41

Moraldandil a écrit
Je trouve que ce fuseau n'est pas le lieu d'une telle discussion, en ce qu'elle n'a plus de rapport particulier avec Tolkien. Il y a l'espace libre ou le courrier personnel pour ça.
Du point de vue des usages d'un forum, certes. Cependant, je conçois que Kendra ait été offusquée. Et il me semble légitime qu'elle puisse y répondre, ici puisque c'est ici que le débat a commencé

il est manifeste que Vinyamar et Kendra ne donnent pas du tout la même extension au terme d'ami
Le probleme, c'est que c'est tout le contraire.


Vinyamar a écrit
Kendra, tu n'a aucun "ami" sur ce forum, bien que ce soit cruel à dire
Moi qui fréquente depuis longtemps divers forums Internet, j'ai lu des tas de choses mais c'est bien la première fois que je vois quelqu'un asséner une phrase pareille aussi "cash", comme si c'était parole divine.
Je ne sais pas si je dois en rire, ou si je dois me déplacer pour t'en coller une, Vinyamar. Comment peux-tu dire un truc comme ca sans même savoir. Je sais, parce que moi je la connais, que Kendra a des amis ici. Au sens personnel du terme. Et à sa place j'aurai quand même tendance à me sentir irrité par un tel propos.
Des excuses, pour Kendra mais aussi pour ses amis ici qui pourraient aussi mal le prendre, me semble appropriées.
Après, elles peuvent bien sûr être en privé... ;)

Bonne soirée :)


Marc

vincent
Inscription : Aug 2000
Messages : 1 436

j'ai l'impression de Vinyamar, répondant à Kendra, l'a prise comme exemple d'une internaute parlant sur un forum, où, par définition, les rapports ne sont pas les mêmes que dans la "vraie vie" ; mais il ignorait sans doute que Kendra connaissait certaines personnes "dans la vraie vie" aussi... d'où le malentendu. à votre place, je ne prendrais rien de tout cela personnellement.

bon, on arrête ? mon résumé ressemble à l'épisode 4267 des "feux de l'amour" :-))
on vient d'échapper à une polémique, on n'en relance pas une autre ?

-------------------------------------------------------

oui, Vinyamar, l'importance de Christopher dans le texte est crucial. je ne sais pas si elle se traduit par la présence d'éléments empruntés à sa vie, mais il est clair que l'image du "lecteur idéal" que se fait Tolkien recoupe largement celle qu'il décrit dans les _Lettres_.
cela éclaire d'une autre lumière la manière dont l'auteur pouvait penser que le _Seigneur des Anneaux_ pouvait être lu, et reçu, d'imaginer à _quels_ lecteurs il était destiné : Tolkien lui-même, Christopher Tolkien, C.S. Lewis.

amicalement
Vincent

Anglin
Inscription : Apr 2003
Messages : 466

Pour 'essayer' de revenir au sujet Vincent (mon 'ami' ;) ), j'avoues que certaines lectures en Français ont soient confirmé à mon sens le ton employé par Tolkien (au sens de l'emotion' qui nous parcoure lorsque l'on écrit quelquechose qui nous tiens à coeur ou non, qui nous ennerve ou nous ravi au contraire) soient - là je parles de ma non aptitude à tout comprendre notamment lorsque le vocabulaire me dépasse un petit peu - mis à jour des sentiments du même type qui m'avaient alors échappés en V.O. .
J'essaierais de te retrouver des références exactes( ;) ), mais il me semble qu'un des Lettre traitant de Gollum m'a particulièrement fait rire en Français alors qu'elle a due avant cela passer dans le filtre de ma non-compréhension anglaise totale (au sens de Je comprends à 80% et pas encore à 100% comme certains ici ;) ).

Amicalement,
Stéphane.

Tilkalin
Inscription : Jun 2005
Messages : 320

A la lecture des Lettres, j'ai été surpris de ne pas trouver une correspondance plus importante entre Tolkien et son frère. Déjà à la lecture de la Biographie de Carpenter, l'impression qu'il n'y avait pas forcément beaucoup de rapports entre eux deux à l'âge adulte m'avait effleuré l'esprit...
Je me demandais si cette carence de correspondance entre Tolkien et son frère était due à la sélection opérée par Carpenter et Christopher, ou si celle-ci était trop "pauvre" ou, au contraire, trop "personnelle" pour figurer dans le recueil des lettres.
Qu'en est-il exactement ? En sait-on davantage ?

Cordialement,
T.

Vinyamar
Inscription : Apr 2001
Messages : 1 846

je souhaite poursuivre le débat sur l'amitié dans la rubrique Divers, sur ce fuseau : qu'est-ce que l'amitié ?

Vinyamar
Inscription : Apr 2001
Messages : 1 846

je souhaite poursuivre le débat sur l'amitié dans la rubrique Divers, sur ce fuseau : qu'est-ce que l'amitié ?

Yyr
Administrateur
Inscription : Dec 2001
Messages : 3 389


Merci pour ce lien, Vin' (lien corrigé au passage ;))

vincent
Inscription : Aug 2000
Messages : 1 436

bonjour,

pour information : je participerai à un "chat" sur le site du journal _Libération_ (liberation.fr) jeudi 12 dans l'après midi, pour évoquer Tolkien et la parution en français de ses _Lettres_.
Je vous confirmerai l'horaire (vers 16 ou 17h), mais vous êtes déjà les bienvenus

amicalement
Vincent

vincent
Inscription : Aug 2000
Messages : 1 436

je viens d'avoir confirmation : chat de 17h à 17h30 sur liberation.fr

Vincent

Laegalad
Inscription : Sep 2002
Messages : 2 996

Tiens, à propos des letters, et toujours à propos de la lettre 43, mais sur un autre sujet -- à mes yeux plus choquant.
On en a discuté lors du réveillon (oui, parce qu'on a aussi parlé de choses sérieuses), je m'interroge finalement sur la traduction de "servient" ; je cite le passage original :

Women really have not much part in all this, though they may use the language of romantic love, since it is so entwined in all our idioms. The sexual impulse makes women (naturally when unspoiled more unselfish) very sympathetic and understanding, or specially desirous of being so (or seeming so), and very ready to enter into all the interests, as far as they can, from ties to religion, of the young man they are attracted to. No intent necessarily to deceive: sheer instinct: the servient, helpmeet instinct, generously warmed by desire and young blood. Under this impulse they can in fact often achieve very remarkable insight and understanding, even of things otherwise outside their natural range: for it is their gift to be receptive, stimulated, fertilized (in many other matters than the physical) by the male. Every teacher knows that. How quickly an intelligent woman can be taught, grasp his ideas, see his point – and how (with rare exceptions) they can go no further, when they leave his hand, or when they cease to take a personal interest in him. But this is their natural avenue to love.

Ce qui m'a fait hurler... mais passons.
En français, servient a été traduit par "subalterne". Le problème c'est que ça me semble tout à fait ça le sens... tous les dictionnaires que j'ai le confirme. Surtout que la suite va dans le même sens :( En même temps, Tolkien est amateur de sens vieillot... Est-ce qu'il est possible que le mot ait un sens moins négatif et moins vexant ? (ce qui n'effacerait pas l'affront fait par la fin de cette citation, mais tempèrerait un peu quand même...)

Vinyamar
Inscription : Apr 2001
Messages : 1 846

C'est parce que tu aurais voulu 100% d'éloge que tu es choquée de voir un élément qui l'est moins dans cette liste ?

Je ne me risquerai pas à parler de l'autorité de l'homme dans une époque où le penser correct a définitivement banni toute différence entre les sexes. Tolkien pense fort mal, c'est sûr.
Mais à part ça, qui veut chercher ce qu'il y a de vrai dans ce qu'il dit (ou plutôt, car je sais qu'il y en a, qui osera s'exprimer librement là-dessus.)

Un détail, je ne crois pas que "servient" avait quand Tolkien l'a écrit le côté très péjoratif de "subalterne". "Subordonné" me semble éviter le côté péjoratif, même si la pensée reste tout autant incorrecte pour notre monde soit disant libéré.

Vinyamar
Inscription : Apr 2001
Messages : 1 846

Et pour adoucir un peu mon précédent message, je voudais plutôt porter l'attention sur l'exemple de professeur que Tolkien donne à la fin.

Est-il vrai, croyez-vous, qu'une étudiante est d'autant plus brillante qu'elle porte de l'intérêt à son professeur ? Et qu'aussitôt qu'elle se sent délaissée par lui, elle cesse de progresser ?

Daniel Lauzon
Inscription : Feb 2004
Messages : 167

J'aime bien cette lettre, elle porte à réfléchir.

Je pense pour ma part que ces propos choquent moins si l'on considère que Tolkien a connu les femmes avant le féminisme et la "libération de la femme". Les comportements qu'il décrit, à ses yeux des qualités, étaient probablement très répandus. Évidemment, s'il croyait que les femmes étaient ainsi par nature, il se trompait probablement à bien des égards. Qui croit encore, d'ailleurs, que la plupart de nos comportements sociaux d'homo sapiens sapiens nous viennent de la nature, et non pas justement de la société ? Peut-être que certains le croient encore, mais leurs perceptions ont quand même bien changé.

Personnellement, en tant que "mâle" et pour bavarder (sans plus !), je dirai que je perçois encore malgré tout un fond de vérité dans la fin de cette citation. Les femmes qui m'ont aimées (vraiment) s'intéressaient spontanément à tout ce qui captivait mon attention, et souvent sans avoir elles-mêmes de prédispositions pour ce genre de choses. Je dois dire, à mon grand regret, que l'inverse n'est pas vrai pour moi ! Évidemment, elles avaient toutes des intérêts personnels, indépendents des miens, et étaient parfaitement capables d'apprendre par elles-mêmes. C'est là que bien des choses ont changé !

À mon avis il faut tenter de faire la part des choses. Nos vues modernes ont bien du bon, mais ce n'est pas comme si le "progès" avançait toujours dans le sens de la vérité.

Daniel

Kendra
Inscription : Jun 2001
Messages : 753

Heureusement que tu prends la peine d'adoucir, sinon on aurait pu croire que tu avais pris Laegalad en grippe. A l'heure qu'il est elle doit vraiment se demander ce qu'elle a bien pu faire pour s'attirer un post avec ce contenu. Sans parler du reste...

Surtout qu'elle posait *sincèrement* la question de la traduction. Du moins je peux le savoir vu que j'étais au dit réveillon.

En relisant le passage en français, je me demande s'il n'y avait pas un double sens ou de l'ironie, Stephe. J'hypothèse (même si c'est pas français de dire "j'hyopthèse")que Tonton n'appréciait pas qu'on ait inculqué l'état de "subalterne" (on est là pour discuter des traductions, mais je n'ai pas l'impression que Vincent Ferré -bonne année à lui et que l'université ne marrisse pas son coeur inspiré- ait employé ce terme à tort et à travers) et qu'en fait il sous entendait que cet état n'est pas "naturel" (comme il est naturel que les arbres poussent dans la terre) mais acquis pas des siècles d'histoires plus ou moins en défaveur de la femme.

Par contre... je ne suis pas de l'avis de Tolkien quand il dit qu'une femme cessera de " rapidement apprendre, saisir les idées, voir où un homme veut en venir" quand elle "lâche sa main". Ce qui était le coeur du débat du réveillon.

Mon avis n'a d'ailleurs pas d'importance puisque il s'agit de *traduire*.
Je m'en remettrai donc à l'opinion d'un Moraldandil ou d'un Hisweloke ou d'un Venildo, voire d'un Yyr en la matière.
Si je tape "servient sur google" (ultraligua, cambrice, wordreference ne truovent pas le mot) j'obtiens ceci : Serv´i`ent
a. 1. Subordinate.Servient tenement
(Law) that on which the burden of a servitude or an easement is imposed

Subordonné semble en effet être une traduction "moins négative".
Cela ne fait d'ailleurspas très longtemps que les femmes ont le droit de travailler sans autorisation du mari, le terme "subordonné" (ou subalterne) est assez réaliste.... hélas.

Melilot
Inscription : Oct 2003
Messages : 1 065

Toute "différence" entre les sexes, ça, ça va être difficile à bannir, et pour cause. De même que les préjugés et caricatures, d'ailleurs ... mais pour d'autres causes. ;-P

Quant à s'interroger sur le fait qu'une femme puisse être intelligente, brillante, autonome et indépendante par elle-même, et non par suivisme amoureux bêlant ... franchement ... à moins d'avoir passé les derniers siècles en hibernation au fond d'un glacier des Alpes, je n'en vois pas l'intérêt. (Sauf peut-être pour les talibans). (Ah non, pardon. Eux, ils ne se la posent pas.) :-D :-D -D

Bon, pensons correct. "Le monde se divise en deux catégories : d'un côté les blondes, de l'autre les machos." :-D :-D :-D

Melilot
Inscription : Oct 2003
Messages : 1 065

Oups! Dobeulyou de PC! Il m'a sucré les deux derniers mesages (Daniel et Kendra) avant que je ne poste. Je viens juste de les voir. :-D

rebeca
Inscription : Feb 2004
Messages : 545

Vinyamar: "Est-il vrai, croyez-vous, qu'une étudiante est d'autant plus brillante qu'elle porte de l'intérêt à son professeur ? Et qu'aussitôt qu'elle se sent délaissée par lui, elle cesse de progresser ?"

Je trouve que là question n'a pas tellement de sens pour moi, parce que cette situation n'est pas du tout spécifique à la relation professeur-étudiante: j'ai l'impression que beaucoup d'entre nous, quand nous voulons attirer l'attention de quelqu'un, nous essayons de nous montrer de notre meilleur côté... (et c'est clair que se sentir délaissé par quelqu'un d'important pour soi, ça peut pas mal couper la motivation pour plein de choses, surtout tout ce qui est en rapport avec cette personne...)
Mais ni à mes yeux ni à ceux des hommes que j'ai rencontré, le fait de s'intéresser à eux et d'avoir envie d'apprendre à connaitre ce qui les intéresse n'avait de connotation hiérarchisante. Surtout que cela ne vaut pas, je crois, que dans les relations hommes-femmes, mais aussi femmes-femmes (hommes-hommes, je sais pas, hein ;)): j'ai rencontré des professeurs féminins dans ma vie qui m'ont tout autant donner envie d'exceller dans un domaine... Mais bon, à l'époque, c'était peut-être pas trop courant, les profs-femmes ;)
Et de toute façon je trouve que ça n'a rien à voir avec ce que nous sommes capables de faire quand nous faisons quelque chose vraiment pour nous-mêmes, le fait de s'intéresser (ou pas) à quelqu'un n'est absolument pas une condition 'sine qua non' pour avoir envie d'être (ou tout simplement être) brillante... (même si, comme on est souvent élevé dans ce genre de système de valorisation -être approuvé parce qu'on fait très bien si ou ça pour quelqu'un d'autre (parents, instits, profs etc) - et qu'on nous apprend rarement à faire les choses vraiment pour nous, le regard des autres est souvent un gros moteur qui nous pousse vers l'avant, je crois....)

Daniel Lauzon: "Les femmes qui m'ont aimées (vraiment) s'intéressaient spontanément à tout ce qui captivait mon attention, et souvent sans avoir elles-mêmes de prédispositions pour ce genre de choses. Je dois dire, à mon grand regret, que l'inverse n'est pas vrai pour moi !"
Peut-être est-ce donc un trait féminin, je n'en sais rien, pour moi c'est effectivement une attitude normale quand j'apprends à connaitre quelqu'un, je dois dire que je ne m'étais jamais posée la question, vu que ça va tellement de soi pour moi...  mais si nous voulons parler de différences hommes/femmes, je crois que nous ne sommes pas sur le bon fuseau ;)


Laegalad: "Est-ce qu'il est possible que le mot ait un sens moins négatif et moins vexant ? (ce qui n'effacerait pas l'affront fait par la fin de cette citation, mais tempèrerait un peu quand même...)"
Je dois dire que pour moi, quelque soit le sens que l'ont donne à "servient", je vais avoir du mal à trouver ce passage moins... moins.... enfin tu vois ;)

Daniel Lauzon
Inscription : Feb 2004
Messages : 167

> Je dois dire que pour moi, quelque soit le sens que l'ont donne à "servient",
> je vais avoir du mal à trouver ce passage moins... moins.... enfin tu vois ;)

En regard du contexte ("the servient, helpmeet instinct" = synonymie plus ou moins proche) et sans l'aide d'un dictionnaire (d'instinct, donc ! ;-)), je traduirais "servient" par "serviable", donc, "l'instinct de serviabilité" (mais ce n'est peut-être pas très parlant).

Tolkien percevait les femmes comme des êtres d'une extrême gentillesse.
(!)

Daniel ;-)

Laegalad
Inscription : Sep 2002
Messages : 2 996

Daniel, Elisa, Mélilot et Rebeca : merci :) J'ai bien fait d'aller me coucher avant de répondre, je me serai énervée, tout à fait inutilement (enfin, j'étais énervée, mais au moins je n'aurai pas pourri plus le fuseau)... Qu'il est dûr le chemin de la tempérance (surtout quand on manque de sommeil)! :o|

Daniel : servient = serviable, c'est une question que je me posais, oui :)

Vincent, as-tu aussi gardé des notes sur la traduction de cette lettre (et de ce passage) qui pourraient éclairer un peu ?

S. -- 12 heures de sommeil, ça aide à retrouver son calme...

Vinyamar
Inscription : Apr 2001
Messages : 1 846

J'ai enfin terminé les Letters (long, car je ne lisais que quelques lettres par soir), et il m'apparaît à la fin du livre une analyse que j'aimerai vous partager.

(J'ai envoyé un long mail à Laegalad pour expliciter en détail ce que mon intervention signifiait, sachant qu'elle ne recevrait pas ici bon accueil. J'espère que le malentendu est clos au moins entre nous (si tu as reçu mon email), et c'est pourquoi je diverge à présent et change de chemin).

J'ai eu le sentiment, tout au long des Letters, d'une sorte de perte de vitesse de la part du professeur.
Les Lettres du début sont très excitantes, parce que c'est le début de l'aventure de l'édition, parce qu'il y a la guerre, et parce qu'on partage avec Tolkien les angoisses de l'avenir de son oeuvre.
Elles sont aussi très pointues, autant dans les lettes à ses enfants que dans certaines à ses amis ou autre. Tout cela va crescendo jusqu'à l'édition et au succès du SdA... et puis peu à peu vient une sorte de décélération.
Bien sûr, comme le dit Tolkien, le roman enfin édité a été écrit très (trop) longtemps auparavant, et Tolkien n'est plus habité par la même flamme concernant son oeuvre (il la regarde d'un oeil extérieur, un peu comme un étranger).

Mais même ! Ses lettres à ses fans, amis ou enfant n'ont plus la même intensité, n'ont plus la même profondeur. Et plus cela va, plus il vieillit, plus il se met à parler de banalité et à se soucier de choses qui n'en valent pas la peine.
On ne trouve plus de diatribes sur la politique, sur la gouvernance ou sur l'orgueil des hommes. On ne trouve plus d'émotion chez lui quand il apprend telle ou telle nouvelle.
Il est même très sobre sur ce que les teenagers américain font là-bas de son oeuvre, alors qu'il semble beaucoup en souffrir.
Bref, j'ai été étonné de le voir s'afadir, vieillir tout simplement, peut-être.

On le voit lutter avec son Silmarillon qu'il ne parvienra pas à achever... mais on sent bien en même temps qu'au fond, il ne s'y met pas vraiment. Comme il le dit dans une de ses dernière lettres, il a perdu courage et ardeur.

Il faut avoir lu Home X pour savoir aussi où en était Tolkien de ses réflexions. Il était sur le point de tout recommencer, en harmonisant son univers avec les réalités scientifiques (et théologiques) de notre monde. Aurait-il achevé qu'il nous aurait offert un mond sans grande féérie, ce qui le démotivait sans doute lui-même !

Oui, j'ai été saisi par cette courbe descendante qui commence après le succès du SdA. Tolkien se cache, répond à ses fans de manière souvent hostile ou sévère, et ne regarde plus vraiment le monde autour de lui.
(bon, le tableau est un peu sévère, mais c'est pour montrer quelle "tendance" se détache de cette lecture)

Parallèlement, il associe de plus en plus souvent le monde réel et son univers, parlant de Morgoth, d'orques, de Mordor (et même de Lúthien) au sujet de choses parfaitement réelles dans notre monde (j'y reviendrai d'ailleurs dans le fuseau "allégorie").
Comme si cela suffisait pour expliquer ce qu'il veut dire.
Comme si son oeuvre avait tout dit (avec le Silmarillon auquel il fait constamment référence), comme si sa pensée s'y incarnait (et s'y arrêtait) et qu'il n'avait du coup plus besoin de nous offrir mieux.


J'ai un peu du mal en vérité à conclure sur ce que cette perception de baisse de régime évoque, et sur ce qu'il faut en penser. Mais je voulais savoir si d'autres avaient eu le même sentiment.

vincent
Inscription : Aug 2000
Messages : 1 436

c'est intéressant, Vinyamar ; en particulier ce que tu dis de l'évolution vers un monde plus rationnel, que Tolkien a freinée.
en revanche, quand tu écris que

"[ses lettres] n'ont plus la même intensité, n'ont plus la même profondeur. Et plus cela va, plus il vieillit, plus il se met à parler de banalité et à se soucier de choses qui n'en valent pas la peine."

est-ce que tu ne crois pas qu'il s'agit de détachement, et d'une forme de sagesse ?

Vincent

Vinyamar
Inscription : Apr 2001
Messages : 1 846

Du détachement, certainement, et c'est un peu ce que je lui reproche justement (enfin, "reprocher", c'est beaucop dire). Il n'est plus habité par la même flamme, il a considéré le monde, il a vu ce qu'il était capable de faire, et il n'en attend plus grand chose (voir sa lettre sur l'histoire perçue comme un long échec, commentée de manière brillante en ces lieux, mais je ne retrouve plus)

Est-ce de la sagesse, je ne saurai le dire. C'est certainement de la prudence, mais ce n'est sans doute pas ce que j'attend le plus d'un auteur (en même temps, nous parlons des Lettres, qui ne sont pas une oeuvre publique a priori).
C'est sans doute lié à l'âge et à l'expérience en tout cas : moins de révolte, plus de "soumission" (Laegalad comprendra), d'"acceptation" peut-être d'un monde marri... Et il se préoccupe davantage de ce qui le concerne lui-même, moins de ce qu'il ne peut de toute façon pas changer.
C'est ça la sagesse ?

Hyarion
Inscription : Jan 2004
Messages : 2 636

Vinyamar >>> "Il [Tolkien] était sur le point de tout recommencer, en harmonisant son univers avec les réalités scientifiques (et théologiques) de notre monde. Aurait-il achevé qu'il nous aurait offert un mond sans grande féérie, ce qui le démotivait sans doute lui-même !"

On pourra noter que l'univers crée par Tolkien, tout imaginaire qu'il soit, n'est pas si irréaliste que celà : l'île de Numenor, par exemple, ne tient pas compte de la dorsale atlantique... et alors ? Il aurait pu tenir compte du sens des courants marins s'il avait raconté en détails une histoire de pirates ou de navigateurs dans son univers, mais il n'a pas eu à le faire... Pour ce qui est d'un réalisme géographique, il ne faut pas oublier que la Terre de Milieu et tout ce qui en dépend, est sensé nous être connu par un certain Livre Rouge - n'est-ce-pas Vincent ? ;-) -, rédigé semble-t-il à la manière d'un manuscrit médiéval : on ne peut reprocher à l'homme de l'Antiquité ou du Moyen Age d'ignorer la profondeur des océans et la théorie de la tectonique des plaques... Oter la part de fantastique et de merveilleux d'une histoire sensée provenir du Livre Rouge la dénaturerait... Du reste, Tolkien, par ailleurs, ne met en scène la magie qu'à une dose finalement assez réduite... et c'est cet aspect "réaliste" que je préfère... Trop d'auteurs d'oeuvres de Fantasy usent et abusent de la magie pour expliquer telle ou telle péripéties. Tolkien a bien fait de rester réservé sur ce terrain, et d'un autre côté, il est heureux qu'il n'ai pas remanié son oeuvre dans un sens plus "scientifique", ou même "théologique" (il a su, semble-t-il, au contraire éviter les excès d'un C.S. Lewis...)...

Cordialement, :-)

Hyarion.

sosryko
Inscription : Mar 2002
Messages : 2 072

Il faudrait arrêter de taper sur CS Lewis en le jugeant du jugement de Tolkien et parce qu'il n'a jamais eu l'intention de faire du Tolkien. Quant à dire que Tolkien est moins théologique que Lewis, cela ne me semble pas du tout évident. S'il l'est moins dans le genre (et à condition seulement de se limiter au SdA, parce que si on se penche sur le Silm et les Home...), il ne l'est certainement pas moins dans les intentions.
Quant au détachement de l'auteur par rapport à son oeuvre, il s'agit bien d'une forme de sagesse il me semble. Car sans détachement de l'oeuvre et de son auteur il n'y a pas d'oeuvre. Toute oeuvre "bonne" ou "très bonne" sera nécessairement inachevée au sens qu'elle aura cette capacité de toujours "porter du fruit".
Aussi, à un moment, l'auteur doit se retirer pour laisser l'oeuvre vivre et passer du côté de la contemplation de l'oeuvre qui grandit d'elle-même et manifeste ses potentialités.
L'auteur s'est retiré mais il demeure en lui l'arpenteur du monde imaginé, ce lecteur unique qui se nourrit d'un monde qu'il a initialement nourri de son imagination.

Pellucidar
Inscription : May 2005
Messages : 451

Vinyamar > "On le voit lutter avec son Silmarillon qu'il ne parviendra pas à achever... mais on sent bien en même temps qu'au fond, il ne s'y met pas vraiment."

Dans la Chesterton Review (1) de février/mai 2002, il y a un extrait du livre (2) - apparemment épuisé - de George Sayer (également ami proche et biographe de C. S. Lewis); un passage confirme tes propos :

(...) In my later visits he was nominally hard at work getting The Silmarillion into a form suitable for publication. But after a time I began to wonder how much he really did. I can think of two visits at an interval of a month. On the second I am almost sure that he had the same page open as on the first. I have been told that he spent much of his time reading detective stories. I don’t blame him. (...)

Je recommande la lecture dudit extrait en entier : passionnant, émouvant et instructif...

(1) Téléchargeable gratuitement au format pdf via tolkiensociety.org (305 pages - 4,9 Mb)
L'extrait débute page 188 : "Recollections of J.R.R. Tolkien"
(2) Tolkien: A Celebration, HarperCollins, London, 1999

vincent
Inscription : Aug 2000
Messages : 1 436

(un mot rapide avant le chat sur le site de Libération)

sur servient :
Je vais regarder, Laegalad ; je crois me rappeler que nous avons hésité entre "subordonné" et "subalterne", mais choisi ce second terme pour des questions de précision. Je ne crois pas, Vinyamar, que ce terme soit "péjoratif" : il désigne un rapport hiérarchique conforme à la lettre de Tolkien.

amicalement
Vincent

Moraldandil
Inscription : Dec 2001
Messages : 819

Je n'ai pas encore lu les Lettres de façon suivie jusque très loin (j'en suis à la série d'airgraphs à Christopher) donc il est bien trop tôt pour que je puisse ressentir l'effet que décrit par Vinyamar.

Est-ce que cette impression n'est pas en partie le résultat de la sélection de Carpenter ? Nous n'avons en fait que peu de lettres antérieures aux années 40, de sorte que nous voyons peut-être moins la "montée de régime" pour reprendre l'expression. Par ailleurs, plus de lettres choisies pour le périodes tardives  signifient aussi plus de lettres de moindre qualité.

Un détachement toutefois par rapport à sa création est certainement perceptible à la lecture même des derniers tomes de HoME : Home X nous le montre en train de réfléchir sur ce qu'il a déjà créé et d'en faire une critique presque extérieure, voire même d'envisager de tout détruire pour tout recommencer, rationalisé. La réflexion tend à se subsitituer à la vision féérique. Christopher parle dans son introduction de doute potentiellement destructeur.

Et sans voir dans Smith une autobiographie déguisée, il y a un ressenti personnel dans cette histoire de rendre l'Etoile pour la passer à la génération suivante. Tolkien écrit sombrement dans la lettre n° 299 que "c'est le livre d'un vieillard, déjà lourd du présage de la "perte"".

Et quand Vinyamar se demande :

Comme si son oeuvre avait tout dit (avec le Silmarillon auquel il fait constamment référence), comme si sa pensée s'y incarnait (et s'y arrêtait) et qu'il n'avait du coup plus besoin de nous offrir mieux.

cela me rappelle que dans le Silmarillion Fëanor affirme - et il n'est pas dénié :

Pour les plus humbles comme pour les plus grands, il est une œuvre qu'il ne leur est donné d'accomplir qu'une fois et, dans cette œuvre, leur cœur se met tout entier. Il se peut que je laisse sortir les joyaux, mais jamais je n'en ferai de semblables, et, si je dois les briser, je me briserai le cœur et j'en mourrai, moi le premier de tous les Eldar venus au Pays d'Aman.

Je crois qu'une part des difficultés qu'a eu Tolkien à publier le Silmarillion était que cela impliquait de le figer et de le terminer.  A la fin de sa vie, l'ouvre occupait une place considérable dans son esprit(comme nous le révèlent ces allusions fréquentes relevées par Vinyamar), il savait qu'il ne ferait plus quelque chose de semblable, et il est facilement concevable qu'il n'ait pu se résoudre à y mettre un point final.

B.

vincent
Inscription : Aug 2000
Messages : 1 436

Je souscris à la remarque de Bertrand : il ne faut pas sous-estimer l'effet produit par la sélection des Lettres : il se dit, dans le milieu tolkienien, que la sélection était au départ beaucoup plus importante, mais qu'il a fallu la réduire pour publier un seul volume, et non deux ou trois (malheureusement...). voir aussi la description par Carpenter du travail de sélection, dans la préface.

quant à la citation de Fëanor, elle possède clairement une dimension réflexive - je la cite dès l'introduction des _Rivages_, en la rapprochement de la lettre où Tolkien exprime son sentiment d'exposer son coeur en publiant _le Seigneur des Anneaux_.

amicalement
Vincent
ps : à propos des _Lettres_, retranscription du "chat" de jeudi 12 sur liberation.fr :
voir ici
le chat, de 30 minutes, a privilégié les questions générales, mais je souhaitais vous signaler cette page.

Kendra
Inscription : Jun 2001
Messages : 753

Une petite question sur la traduction de la note 4 de la lettre 211 "Elwing" est donnée comme "pluie d'étoile". Est-ce pour différencier d'Elros ?

Il me semble que les deux signigient plus ou moins "écume d'étoile" ou "embrum d'étoile", et que "wing" signifie "écume", comme dans "vingilot" "fleur d'écume".

Mais Edouard Kloczko traduit "winge" par "spray, foam, crest of wave" "spray" est plus proche de pluie très fine (embrun) que d'écume mousseuse.

Est-ce que finaleent les deux prénoms ont le même sens, où y a-t-il une différence ?

vincent
Inscription : Aug 2000
Messages : 1 436

Kendra : ces traductions proviennent de l'index du _Silmarillion_. J'ai préféré ne pas y toucher de manière ponctuelle, car je pense qu'une révision d'ensemble du texte serait une bonne chose

amicalement
Vincent

Feuille de Niggle
Inscription : Jul 2005
Messages : 244

Est-ce qu'il sera possible d'envisager une version "livre de poche" et, si oui, combien de temps faudra-t-il compter pour la trouver en librairie?  -- j'imagine que ça va se compter en années...

FdN -- toute triste de ne pas pouvoir les lire :,(

Feuille de Niggle
Inscription : Jul 2005
Messages : 244

-- heho? y a-t-il quelqu un par ici qui puisse me repondre?

vincent
Inscription : Aug 2000
Messages : 1 436

bonsoir Feuille de Niggle,

tu sais, parfois, une semaine est un délai très court.

a priori, il n'y a pas d'édition de poche prévue pour les Lettres (elle ferait combien de pages, d'ailleurs ?!). tu dois faire référence au prix, et tu as raison ; j'ai eu l'occasion d'en parler un peu plus haut, je crois.

amicalement
Vincent