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Merci pour cette excellente citation qui devrait faire une parfaite transition entre la (courte) discussion sur la représentation de l'amitié chez Platon et Aristote et le glissement vers la conclusion finale. Je n'avance qu'à petits pas, car je n'ai pas l'ambition de rédiger un article philosophique et pourtant il me faut garder un cheminement qui soit clair à la lecture. Dans l'immédiat, je peux vous livrer les deux premier paragraphes conclusifs, qui me semblent être achevés, ou peu s'en faut : Nous pouvons aisément comprendre les hésitations de Tolkien dans « Les Étymologies », puisqu’il s’agissait pour lui de déterminer les noms des héros númenóriens de « La Route perdue ». Reste cependant à nous demander quelles raisons l’ont poussé à consacrer autant d’énergie à définir les nuances des différents termes elfiques pour l’amour et l’amitié. Il est incontestable que ces notions avaient pour lui une importance majeure. Sans même qu’il soit nécessaire d’insister sur le rôle des grandes amitiés qui ont rythmé la vie de Tolkien (1), nous pouvons constater que l’amitié est essentielle à la plupart de ses grands récits. La relation entre Bilbo et les Nains dans le Hobbit débute par un lien contractuel masquant mal le dédain que Thorin éprouve pour Bilbo, mais au fil des événements, les Nains viennent à reconnaître la valeur du Hobbit. Ce changement culmine à l’issue de la bataille des Cinq Armées, lorsque Thorin mourant lui dit qu’il voudrait le quitter dans l’amitié, ce qui bouleverse profondément Bilbo. Le fait qu’ils se soient « quittés en amis » est précisément le seul point qui le console (Hob., XVIII). De même, l’amitié structure le Seigneur des Anneaux sur bien des plans, qu’il s’agisse de celle unissant les Hobbits ou de celles qui naissent entre Aragorn et Éomer ou entre Legolas et Gimli. Bien souvent le dévouement joue une place majeure dans ces relations, comme en témoigne le nombre de fois où les Hobbits se sauvent mutuellement la vie, quitte à mettre la leur en danger. Même Saruman s’empresse de contrefaire l’amitié lorsqu’il essaie de duper Théoden après sa défaite (ibid., III/10). N’oublions pas non plus la Porte occidentale de la Moria, mémorial de l’ancienne amitié entre les Elfes d’Eregion et les Nains, dont l’inscription célèbre la collaboration entre l’Elfe Celebrimbor et le Nain Narvi, tandis que le mot de passe qui régit son ouverture depuis l’extérieur n’est autre que mellon (ibid., II/4). Plusieurs personnages de ce roman emploient aussi le terme d’ami dans un sens élargi qui rappelle les définitions données pour les bases √mel et √ndil. Ainsi Gandalf s’adresse-t-il à Scadufax en le nommant « mon bon ami » durant le siège de Minas Tirith (SdA, V/7, cf. III/5) et à Gwaihir dans des termes semblables à deux reprises (ibid., III/5, VI/4). Il dit encore de Radagast que « sa science des herbes et des bêtes est considérable, et les oiseaux sont particulièrement ses amis » (ibid., II/2). Legolas, quant à lui, considère le cheval Arod comme son ami puisqu’il a accepté de le porter sans contrainte (ibid., III/5, cf. III/2). Enfin, l’amour des protagonistes pour leur contrée d’origine est réitéré à maintes reprises. Sans doute conviendrait-il aussi de s’interroger sur les sources linguistiques qui ont pu inspirer Tolkien lorsqu’il entreprit de spécifier les différents termes servant à exprimer l’amour et l’amitié chez les Elfes. Peu de langues proposent autant de nuances que celles élaborées par Tolkien. Parmi les langues européennes, seul le grec ancien semble opérer des distinctions aussi fines, avec les notions d’ἀγάπη « affection, amour fraternel ou divin », de φιλία « amitié, vive affection, amour (sans idée de sensualité) », de στοργή « tendresse (paternelle ou filiale) » et d’ἔρως « passion, amour, désir violent » (2). Cette quadripartition rappelle incontestablement celle d’« Échelles temporelles ». Il est en effet manifeste que l’ ἀγάπη au sens classique (pré-chrétien) du terme correspond particulièrement bien à la base √mel, que la φιλία rappelle la définition de √ndil qui y est donnée, tandis que l’ἔρως pris en son sens premier est un excellent pendant à √yer. Compte tenu de la connaissance approfondie que Tolkien avait du grec ancien (3), il est fort possible qu’il se soit inspiré de son vocabulaire au moment de rédiger la note linguistique qui figure dans cet essai. Au demeurant, le terme φιλία était propre à susciter la curiosité philologique de Tolkien, puisqu’il dérive de φίλος « ce qui est aimé », terme dont l’étymologie et le sens premier restent incertains (4). Notons toutefois qu’aucun des termes forgés par Tolkien ne correspond à l’amour familial caractéristique de la στοργή et que la notion induite par √ndur ne possède pas d’équivalent au sein du schéma linguistique grec. De fait, le q. nûro correspondrait plutôt au gr. anc. δοῦλος « serviteur, esclave », apparenté au mycénien do-e-ro (5), qui est parfaitement étranger aux différents termes grecs relatifs à l’amitié. (1) Notons tout de même qu’il fait référence à ses amis du T.C.B.S. dans l’Avant-propos à la seconde édition du Seigneur des Anneaux, ce qui ne laisse pas d’être significatif. (2) Anatole Bailly & Émile Egger, Dictionnaire grec-français, 11e éd., Hachette, 1935, p. 7, 808, 1797, 2072. (3) Comme en témoigne la conférence inédite de Bertrand Bellet, « Quenya as a Classical Language: Greek and Latin Inspirations in High-elven », donnée à l’Omentielva Otsea (California State University, East Bay, août 2017). (4) Voir James Hooker, « Homeric φίλος », Glotta, vol. LXV n° 1–2, 1987, p. 44–65. Pour une interprétation de φίλος se fondant sur les relations réciproques d’hospitalité, voir Émile Benveniste, Le Vocabulaire des institutions indo-européennes, vol. I : Économie, parenté, société, Les Éditions de Minuit, 1969, (5) Voir Václav Blažek, « Greek *dohelos “servant”. DO-SO-MO », Fascicula Mycenologica Polona, n° 4–5, 2002–2003, p. 61–66. E. |
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Superbe citation Sosryko en effet.
C'est très beau Elendil ! |
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Content d'avoir pu un peu aider dans ce fuseau : ) |
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Merci pour cette référence à l'article de Fangorn, que je me ferai un plaisir de rajouter après l'avoir relue. Je viens de boucler la partie proprement philosophique de ma conclusion et je trouve presque uncanny la manière dont la citation fournie par Sosryko correspond à la question de l'amitié dans la cité idéale de Platon. Je vous livre ça tel quel, bien qu'il ne soit pas impossible qu'il me reste quelques retouches à y faire : Sans doute conviendrait-il alors d’interroger les conceptions philosophiques de l’amitié chez les anciens Grecs, d’autant que Tolkien connaissait manifestement les textes de Platon relatifs à l’Atlantide (1) et que l’étude d’Aristote faisait partie du cursus classique à l’Université d’Oxford à l’époque où il le suivait. L’Éthique à Nicomaque d’Aristote propose en effet une gradation progressive des types d’amitiés unissant les hommes (2). Celle-ci débute avec l’amitié utilitaire, qui s’apparente à une relation contractuelle, mais implique néanmoins une certaine forme d’estime mutuelle et de confiance dans la réciprocité de l’échange. On pourrait y voir là une analogie avec la définition que Tolkien donne pour la base √ndur dans son essai « Échelles temporelles », restreinte toutefois à la sphère humaine. De fait, Aristote ne reconnaît pas l’attachement pour les choses inanimées comme une forme d’amitié, « puisqu’il n’y a pas attachement en retour » et que nous ne saurions leur désirer du bien (Éthique, VIII/2 1155 b 27–30), position qui est quant à elle aux antipodes de la conception tolkienienne. Une deuxième forme d’amitié, selon Aristote, unit les hommes qui recherchent les mêmes formes de plaisir. Comme la précédente, elle conserve un caractère intéressé et reste fragile, car elle se dissout lorsque le plaisir recherché disparaît ou que les goûts de l’un changent. Cette forme d’amitié ne semble pas trouver d’écho dans les langues elfiques de Tolkien. En revanche, la dernière forme que recense Aristote, l’amitié véritable, se fonde sur l’amour de l’autre pour lui-même et « consiste plutôt à aimer qu’à être aimé » (Éthique, VIII/9 1159 a 27). Cela s’explique dans la mesure où elle est fondée sur la vertu : « la parfaite amitié est celle des hommes vertueux et qui sont semblables en vertu : car ces amis-là se souhaitent pareillement du bien les uns aux autres en tant qu’ils sont bons et ils sont bons par eux-mêmes » (Éthique, VIII/4, 1156 b 6–9). Il y a là un écho très net de la notion véhiculée par √ndil à la fois dans « Échelles temporelles » et dans les textes associés à l’appendice linguistique du Seigneur des Anneaux, car pour Aristote cette amitié se doit d’être réciproque : « l’amitié est une égalité », nous dit-il. Selon lui, une bienveillance unilatérale n’est qu’une simple disposition d’esprit favorable à l’autre, mais dépourvue de l’attachement affectif caractéristique de l’amitié (Éthique, VIII/2 1155 b, 32–35, VIII/7 1157 b 32–35). Il n’en reste pas moins que la conception de l’amitié chez Aristote ne met guère en regard les notions d’amitié et de service comme le font les bases -ndil et -ndur chez Tolkien. Au contraire, l’amitié utilitaire n’est pour Aristote qu’une forme d’amitié par analogie et celle-là même qui présente le moins de points communs avec l’amitié véritable. De fait, il ne cesse d’insister sur la nécessité d’une proportion entre le statut des amis pour que l’amitié puisse exister, ce qui exclut notamment toute amitié entre un mortel et un dieu (Éthique, VIII/9 1158 b 33–35, 1159 a 5). Aristote oppose tout aussi résolument amitié et servitude : il en est comme dans la relation d’un artisan avec son outil […] d’un maître avec son esclave [δοῦλος] : tous ces instruments sans doute peuvent être l’objet de soins de la part de ceux qui les emploient, mais il n’y a pas d’amitié ni de justice envers les choses inanimées. Mais il n’y en a pas non plus envers un cheval ou un bœuf, ni envers un esclave en tant qu’esclave. Dans ce dernier cas, les deux parties n’ont en effet rien en commun : l’esclave est un outil animé, et l’outil un esclave inanimé. En tant donc qu’il est esclave on ne peut pas avoir d’amitié pour lui, mais seulement en tant qu’il est homme… Éthique à Nicomaque, p. 416–417 Dans la République, Platon met en rapport les deux termes, mais dans une optique de dégénérescence (3). Les gardiens de la cité idéale sont éduqués à respecter l’ordre social et à faire preuve entre eux d’une amitié mutuelle (τήν τε άλλήλων φιλίαν ; cf. République, III 386 a 1–4). Celle-ci est normalement à toute épreuve, car entre eux tout est commun et ils se considèrent tous membres d’une même famille (République, V 457 c 10–d 3, V 463 e 2–3). De plus, les dirigeants et les gardiens de cette cité sont considérés sauveurs et secours de leurs concitoyens, car ils sont éduqués à les considérer tous comme des amis et à protéger la cité des dissensions (République, V 463 a 10–b 2). Toutefois, même la cité idéale n’est pas éternelle ; quels que soient les efforts de ses dirigeants, vient un moment où arrivent au pouvoir des personnes qui n’en sont pas dignes. Ceux-ci cessent de se conduire selon la vertu. Ils s’approprient les biens de leurs concitoyens et asservissent (δουλωσάμενοι) ces derniers, qu’ils considèrent désormais comme des non-citoyens et des domestiques (République, VIII 547 b 7–c 4). Il est intéressant de mettre cette conception en rapport avec l’opposition que Tolkien dresse entre Manwë et Melkor dans un bref essai intitulé « Les pouvoirs des Valar », étroitement contemporain d’« Échelles temporelles » : Parmi les Valar, il est dit que Manwë disposait de la connaissance la plus vaste, de sorte que nul savoir ou art pratiqué par les autres n’était pour lui un mystère, mais il éprouvait un désir moindre de façonner des choses qui lui soient propres, grandes ou petites. Sous la charge du Royaume d’Arda ce désir cessa, car son esprit et son cœur se tournaient plutôt vers la guérison et la restauration […] De l’autre côté, Melcor désirait passionnément façonner des choses qui lui soient propres, étant agité et insatisfait de tout ce qu’il faisait, que cela soit légitime ou non. Au sein d’Eä, il éprouvait peu d’amour pour tout ce qui existait, désirant toujours des choses nouvelles et étranges […] Ainsi désirait-il seulement posséder les choses, les dominer ; il récusait la moindre liberté de tout esprit en-dehors de sa propre volonté, et la moindre valeur de toute créature, sauf dans la mesure où elle servait ses propres plans. It is said that of the Valar Manwë had the greatest knowledge, so that no lore or arts of any of the others were to him a mystery; but that he had less desire to make things of his own, great or small; and under the cares of the Kingship of Arda the desire ceased, for his mind and heart were given rather to healing and restoration. […] Melcor on the other hand desired even with passion to make things of his own, being restless and unsatisfied with all that he did, were it lawful or unlawful. Within Eä he had small love for anything that had been, desiring always new things and strange. […] Thus he desired only to possess things, to dominate them, denying to all minds any freedom outside his own will, and to other creatures any value save as they served his own plans (4). NM, p. 293–294 (1) Voir notamment Charles Delattre, « Númenor et l’Atlantide : une écriture en héritage », Revue de littérature comparée, vol. CCCXXIII n° 3, 2007, p. 303–322. (2) Aristote, Éthique à Nicomaque, Jules Tricot (éd. & trad.), Bibliothèque des textes philosophiques, Vrin, 1997. Voir notamment les Livres VIII & IX, p. 381–475, en particulier p. 400, 405, 421. Sur la notion d’amitié dans cet ouvrage, on consultera avec profit Christophe Perrin, « Égalité et réciprocité : les clés de la philia aristotélicienne », Le Philosophoire, vol. XXIX n° 2, 2007, p. 259–280. (3) Platon, La République ou De la justice, in Œuvres complètes, t. 1, Léon Robin & Joseph Moreau (éd. & trad.), Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1940, p. 857–1241, 1383–1448. Voir à ce sujet Dimitri El Murr, « L’amitié dans le système social de la République », Revue philosophique de Louvain, 3e série, vol. CX n° 4, 2012, p. 587–604. (4) Merci à Jean-Philippe Qadri de m’avoir signalé ce passage. N.B. : si quelqu'un sait comment retrouver le syllabus des études classiques d'Oxford que Tolkien a dû suivre entre 1911 et 1913, cela m'intéresserait fort d'avoir des références précises aux textes du programme. E. P.S. : Yyr a écrit :
Pour aller vite, autant renvoyer à cet article de l'Encyclopédie Universalis. Avant les auteurs chrétiens, l'agapè correspond généralement à l'amour fraternel et désintéressé, l'amour paisible. Ce n'est toutefois pas le terme le plus usuel : Platon a tendance à théoriser l'éros quand Artistote préfère la philia. |
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Merci Elendil pour ce nouveau partage, avec un rapprochement effectivement très probant. |
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Elendil a écrit :
Je vais pinailler mais c'est un pinaillage important. Inanimé, chez Aristote, concerne les minéraux, etc. mais les plantes et les animaux (nos Olvar et Kelvar) sont bien animés. Les choses sont précisées plus loin, quand tu introduis la proportion : il ne pourra y avoir d'amitié chez Aristote pour les plantes et les animaux, mais ce sera du fait de la disproportion dans notre relation avec eux et non du fait de leur absence d'animation (ils sont animés).
D'accord avec le rapprochement. Toutefois, il persiste souvent (toujours ?) sinon une inégalité stricte en tout cas une asymétrie franche chez Tolkien. Ainsi les Enfants d'Ilúvatar peuvent-ils aimer i.e. se dévouer aux Valar d'un côté (cf. Valandil), aux arbres de l'autre (cf. Ornendil), ce qu'Aristote jugerait disproportionné. C'est que Tolkien estime que Faërie répond au besoin du cœur humain de pouvoir, malgré nos asymétries, recouvrer un lien d'amitié « originel » ... C'est aussi la réciprocité dans l'amitié entre les humbles et les nobles : elle est possible, chez Tolkien, en dépit des différences de « noblesse » qui persistent. Dit autrement, chez Tolkien, la réciprocité ne suppose pas l'égalité (et elle est possible malgré “l'inégalité”). Une dernière référence que je ne puis m'empêcher de signaler (et à laquelle Sosryko aura là aussi pensé dès le début ;)) est celle des Quatre Amours de C. S. Lewis. Ce qui est notable, je trouve, est que celui des quatre amours que l'ami de Tolkien développe le mieux, est, là aussi, celui de l'amitié φιλία (philía).
Merci :) |
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Pour sûr, d'autant que Lewis fait référence aux Inklings dans son éloge de l'amitié en tant que forme d'amour non possessif de l'autre : In each of my friends there is something that only some other friend can fully bring out. By myself I am not large enough to call the whole man into activity; I want other lights than my own to show all his facets. Now that Charles is dead, I shall never again see Ronald’s reaction to a specifically Caroline joke. Far from having more of Ronald, having him ‘to myself’ now that Charles is away, I have less of Ronald. Hence true Friendship is the least jealous of loves. Two friends delight to be joined by a third, and three by a fourth, if only the newcomer is qualified to become a real friend. They can then say, as the blessed souls say in Dante, "Here comes one who will augment our loves." For in this love "to divide is not to take away." Of course the scarcity of kindred souls—not to mention practical considerations about the size of rooms and the audibility of voices—set limits to the enlargement of the circle; but within those limits we possess each friend not less but more as the number of those with whom we share him increases. In this, Friendship exhibits a glorious “nearness by resemblance” to Heaven itself where the very multitude of the blessed (which no man can number) increases the fruition which each has of God. For every soul, seeing Him in her own way, doubtless communicates that unique vision to all the rest. C.S. Lewis, The Four Loves (1960)
On reconnaît évidement Tolkien (Ronald) et Williams (Charles). |
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Citation parfaite (comme d'habitude :)). Notez que je peux fournir le passage et les références de la traduction française le cas échéant.
sosryko a écrit :
Non, ni nous non plus, et c'est bien ce que C.S. Lewis explique dans son essai : cela appartient à leur amitié et nous laisse en dehors de leur complicité ... |
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Tant que nous y sommes, une autre quadri-partition de l'amour, propre à Tolkien, apparaît dans la Lettre n°43. Nous en avions parlé à partir d'ici, à ton instigation, Damien. |
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Yyr a écrit :
Comme je l'ai indiqué, j'ai fait court. En réalité, je me rends compte que toute cette longue section conclusive aurait pu faire l'objet d'un article à part entière sur les sources à partir desquelles Tolkien a forgé sa définition de l'amitié. Tu as bien sûr raison sur le fait qu'Aristote parle bien là des objets inanimés, ce qui ne comprend pas les animaux. De fait, il parle un peu avant de l'amitié (nous dirions amour) que les animaux éprouvent pour leurs petits. En revanche, je ne saurais dire dans quelle catégorie Aristote range les végétaux, c'est là un point qu'il me faudrait creuser et qui n'est d'ailleurs sans doute même pas abordé dans ce texte. Toujours est-il que chez Tolkien l'amitié s'étend jusqu'au domaine inanimé, témoin le surnom Urundil. Yyr a écrit :
Attention, c'est bien l'amitié qui est une relation d'égalité chez Aristote, et non le statut des amis. Celui-ci indique certes qu'il faut qu'il y ait une proportion de statuts entre eux, mais il consacre en fait plusieurs chapitres à détailler les sources possibles d'inégalité entre amis, ainsi que les moyens d'y remédier. Il reconnaît même que l'amitié peut exister entre un dirigeant et un simple citoyen, quoique elle ne puisse être facile. Sur ce point, Tolkien et Aristote convergent en grande partie. En fait, pour tout ce qui est hors de la révolution conceptuelle apportée par le christianisme. Yyr a écrit :
Merci beaucoup pour cette référence à ce livre, que je n'avais pas lu et dont je ne me souvenais même plus de l'existence. Je doute avoir la place de réellement le citer, mais je vais quand même en terminer la lecture, car il y a une proximité de dates qui m'interpelle, vu qu'il est basé sur une série d'émissions radiophoniques de Lewis en 1958, soit précisément à la période où Tolkien a dû rédiger « Echelles temporelles ». E. |
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Elendil a écrit :
OK |
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Yyr a écrit :
]:D |
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Tsss ... :) :) :) |
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Bon, on va dire que c'est à peu près satisfaisant. De toute manière, je n'arrive pas à mieux exprimer les choses pour l'instant : Tout au contraire, le brouillon de la lettre de Tolkien à M. Rang nous propose le cheminement inverse : Sam n’est initialement qu’un jeune jardinier embauché à Cul-de-Sac grâce à son père, qui entretient une relation très amicale avec Frodo et Bilbo. Ce dernier lui enseigne à lire et lui conte des histoires du temps jadis, dont Sam est très friand, quoiqu’il ne semble guère en comprendre les tenants et les aboutissants (SdA, I/1). À l’instigation de Merry, il espionne Frodo afin de s’assurer que celui-ci ne parte pas seul du Comté, mais il se montre d’une parfaite loyauté envers lui une fois qu’il est démasqué par Gandalf et que celui-ci l’envoie accompagner Frodo (ibid., I/2, 5). Sa fidélité est si exemplaire qu’il est admis au Conseil d’Elrond, bien qu’il n’y soit pas invité (ibid., II/2). Il est finalement le seul à accompagner Frodo pour la dernière étape de son voyage (ibid., III/10). Il lui sauve plusieurs fois la vie, notamment sur les pentes d’Orodruin après que l’Anneau a été détruit (ibid., VI/4). Après son retour au Comté, il mène les grands travaux de restauration destinés à effacer les traces des déprédations de Charquin, ce qui lui vaudra d’être finalement élu Maire, et il devient l’héritier de Frodo lorsque celui-ci part pour les Havres Gris (ibid., VI/9, App. A & B). Cette évolution peut évoquer, dans une certaine mesure, la parole évangélique partiellement citée en exergue de cet article : Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n'a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Jean, 15:12–15, in La Bible de Jérusalem, 3e éd., Cerf, 1998 N’y voyons cependant pas une parodie de christianisme. Si Frodo n’est pas dénué de traits christiques, il ne tient pas pour autant la place du Christ dans le Seigneur des Anneaux (1). En revanche, il est permis de se demander si le parcours initiatique de Sam vers une compréhension réelle de l’amitié ne constituerait pas un des éléments qui ont fait dire à Tolkien que ce roman est une œuvre inconsciemment conçue de manière « fondamentalement religieuse et catholique » (2). Cela est d’autant plus probable qu’il considère Sam comme le « principal héros » de ce récit (3). Dans un contexte fictionnel nécessairement pré-chrétien, Sam nous montre ainsi comment l’amitié idéale peut être recouvrée par le don total de soi pour l’autre, un don qui n’est pas que service mais implique aussi de comprendre l’autre au niveau le plus profond. N’est-ce pas la pitié de Sam pour Gollum sur les pentes de l’Orodruin (SdA, VI/3) qui le hisse finalement au niveau spirituel de son maître et permet indirectement la destruction de l’Anneau ? L’exemple qu’il nous donne montre que la conception elfique de l’amitié et du service est celle d’un peuple exempt des souillures de la Chute. Un peuple qui connaît certes l’existence du péché individuel, mais considère que statut social et disposition intérieure peuvent se nourrir mutuellement dans l’harmonie. Un peuple pour qui tout ce que contient la Création est un objet d’amour, car rien de ce qui existe n’est étranger au reste. (1) Voir par exemple Wayne Hammond & Christina Scull, The Lord of the Rings: A Reader’s Companion, HarperCollins, 2005, p. 264. (2) Lettres, n° 142, adressée au R.P. Robert Murray en décembre 1953. (3) Lettres, n° 131 à Milton Waldman ; dans le passage cité, Tolkien insiste d’ailleurs sur l’aspect fondamental de l’amour « rustique » entre Sam et Rosie pour comprendre le caractère de ce personnage. E. |
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C'est très beau, et bon, et bien :). |
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Je dirais même plus, c'est farpait ;-) |
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Arg, on s'absente juste deux semaines en juillet pour les congés et notre site préféré s'active sur des débats "amicaux" |
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Un peu en vrac... Elendil a écrit :
Yyr a écrit :
Si je puis me permettre, à moins de considérer l'étude de l'œuvre de Tolkien comme un domaine réservé à d'anciens élèves de "classes prépa" et autres khâgneux, à des profs (de lettres classiques, d'université, de dites "classes prépa", etc.) plus ou moins familiers d'Homère, d'Eschyle, de Platon, d'Aristote, d'Euripide et de Sophocle dans le texte, à des chercheurs ultra-érudits, à des ingénieurs polyglottes fascinés par les architectures linguistiques sophistiquées, ou à je-ne-sais qui d'autre encore, nous ne sommes plus à une époque où toute personne supposément « intelligente et cultivée » (l'un n'allant pas forcément avec l'autre, d'ailleurs, et vice versa) pouvait avoir acquis des notions de grec ancien au point de le lire couramment avec son alphabet. On peut toujours le déplorer, mais c'est ainsi. Un effort de translittération de l'alphabet grec à l'alphabet latin ne nuirait donc pas, à cette aune, me semble-t-il, d'autant plus dans le cas du vocabulaire de l'amour et de l'amitié, que j'avais évoqué moi-même précédemment. Et que l'on ne me dise pas qu'il y aurait des usages et/ou que c'est à autrui de faire des efforts, à moins de revendiquer ouvertement ici un élitisme qui, de nos jours, me paraitrait relever ouvertement d'une certaine pédanterie... :-) Elendil a écrit :
Ce que je voulais dire, simplement, c'est que si l'aspect linguistique de l'œuvre est aussi important que toi et d'autres pouvez le penser, ce n'est pas forcément aux "autres" de se "hisser" au supposé "haut niveau" auquel semblent vouloir se placer les chercheurs « lambedili », mais plutôt à ces derniers à se donner les moyens de communiquer cette part de savoir (qui n'est pas, du reste, tout le savoir, ni même la plus large part de celui-ci, ce qui vaut aussi naturellement pour les tolkienologues ne pouvant s'empêcher de tout ramener à la foi religieuse de Tolkien) s'ils veulent vraiment faire, disons, œuvre utile. Cela ne supposait pas, dans mon esprit, de forcément expurger son propos pour en faire une sorte de prémâché pour « non-sachant ». Je ne vois pas trop, simplement sur le principe, l'intérêt de faire des recherches dans ce domaine seulement pour le plaisir de partager un « maigre savoir » (« maigre » parce qu'extrêmement spécialisé) avec seulement un « cercle » d'initiés (« étoilés » ?) tenté, par nature, de rester clos sur lui-même. Ni plus, ni moins. :-) Elendil a écrit :
Je te remercie de cette attention. :-) Elendil a écrit :
De toute façon, la perfection ne serait pas de ce monde, parait-il... Tu as bien travaillé. Amicalement, B. |