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Cours de Sindarin n°1

    Cours Sindarin n°1

Le Gérondif


Ce cours a été présenté pour la première fois sur le forum de ce site par Didier Willis, webmestre du site Hiswelokë . Nous en produisons ici un récapitulatif complet, en détaillant à l'occasion quelques points qui n'avaient pas été abordés alors. Si votre navigateur supporte JavaScript, vous pourrez aussi directement consulter le Dictionnaire Sindarin de Didier pour tous les mots elfiques sur lesquels figure un lien. Nous vous rappelons que peu de textes linguistiques de J.R.R. Tolkien ont été publiés à cette date, et que plusieurs hypothèses, faites sur la base d'un exemple ou deux seulement, ne peuvent rester autrement que spéculatives.

I. Introduction

Un nom déverbal est un nom formé à partir d'une racine verbale, ou la forme substantivée d'un verbe. En français, il prend la forme d'un infinitif substantivé : en réalité, nous avons assez peu de vrais noms déverbaux, et il s'agit généralement d'expressions figées.

     manger => le manger (cf. « le boire et le manger »).

En revanche, cette forme grammaticale semble assez répandue en Sindarin. Elle n'est pas basée sur un infinitif, mais plus précisément sur ce que l'on appellera un gérondif, en suivant l'exemple de l'anglais.

En anglais justement, le gérondif se forme en ajoutant la terminaison -ing à la base verbale :

    to think « penser » => the thinking « la pensée ou la réflexion »

Le principe est le même en Sindarin, à cela près que le gérondif a aussi une valeur verbale d'infinitif :

    e aníra suilad « il souhaite saluer / he wishes to greet » (littéralement « il souhaite la salutation »).

En résumé, un gérondif Sindarin pourra être traduit en français soit par un nom (fonction déverbale), soit par un infinitif (après un verbe exprimant un souhait ou un désir).

II. Exemples

Voici quelques exemples de gérondifs, relevés dans Le Silmarillion et dans les différents volumes de History of Middle-earth.

   - Dans Le Silmarillion :

    adertha- « réunir »  =>  aderthad « réunion »  (cf. Mereth Aderthad)

   - Dans The War of the Jewels :

    eitha- « insulter »  =>  eithad « insulte »

    ava- (auxiliare négatif)    avad « refus »

   - Dans Sauron Defeated :

    genedia- « compter, dénombrer »  =>  genediad « compte » (anglais « reckoning », par extension « compte des jours, calendrier »)

    tíra- « voir »  =>  tírad « vue » (fonction verbale dans la Lettre du Roi, « il souhaite voir ses amis »)

    suila- « saluer »  =>  suilad « salutation » et sa variante suilannad, très vraisemblablement dérivée de *suil-anna- « donner une salutation »

   - Dans The Lost Road :

    hamma- « habiller »    hammad « habillement »

   - Dans The Lost Road :

    ortha- « élever »    orthad « montée » (cf. Orthad-en-Êl)

III. Premier ou Deuxième Groupe ?

Nous avons considéré ici uniquement des verbes dérivés, c'est-à-dire le groupe des verbes se terminant par -a. Ce sont les plus répandus, aussi nous pourrons parler de verbes de 1e groupe.

Le Sindarin possède deux classes verbales. Le second groupe contient les verbes basiques, dont le radical se termine par une consonne. Nous reviendrons plus tard sur cette distinction.

Les verbes du 1e groupe, nous venons de le voir, forment leur gérondif en -ad.

Dans le cas des verbes du 2e groupe, la terminaison semble être -ed. Pourquoi cette différence, me direz-vous ? Je n'en sais rien. Toujours est-il que deux exemples seulement sont attestés dans les textes :

   - Dans Le Silmarillion,

    cab- « sauter »  =>  cabed « saut, bond » (cf. Cabed-en-Aras, et aussi la racine KAP dans The Etymologies).

   - Dans The Return of the Shadow,

    cen- « voir, regarder »  =>  *cened « vision, observation », reconstruit à partir de cenedril « mirroir, verre de vision » ("looking-glass"), un nom tardif du lac Mirrormere, l'étang-mirroir des Nains.

Je dois admettre que la formation du gérondif des verbes du deuxième groupe est très incertaine. Seul cabed est clairement attesté, et l'émergence de la terminaison -ed dans les écrits de J.R.R. Tolkien semble avoir été assez tardive. Dans les premières versions, nous avions cabad, qui fut ensuite systématiquement corrigé en cabed. Il semble raisonnable de généraliser ce principe à tous les verbes basiques, mais il est difficile de savoir ce que l'auteur avait derrière la tête quand il a effectué ce changement...

IV. Exercices

a) Thème

Traduire les phrases ou les mots suivants en Sindarin :

     - la rêverie
     - une rencontre
     - je désire écrire un mot
     - je désire rencontrer des amis

Le vocabulaire utile :

aníra- v. « désirer », 1e pers. sing. *aníron
govad-
v. « rencontrer » (groupe II)
mellon n. « ami » plur. mellyn (avec lénition mhellyn ou vellyn)
oltha- v. « rêver » (groupe I)
peth n. « mot » (avec lénition beth)
teitha- v. « écrire » (groupe I)

La langue Sindarine se caractérise par l'existence de lénitions (c'est-à-dire de mutations de la consonne initiale des mots) dans certaines situations. Lorsque Gandalf est devant la Porte de la Moria, il clame « fennas nogothrim, lasto beth lammen », littéralement « porte des nains, écoute le mot de ma langue » (traduit dans The Return of the Shadow, p. 463). Sous la forme mutée beth, nous reconnaissons le mot peth.

Mais nous reparlerons de tout cela plus tard. Qu'il nous suffise de savoir, pour le moment, que le complément d'objet direct d'un verbe subit une telle mutation. Les règles de mutations sont assez complexes - c'est sans nul doute le point le plus difficile de la grammaire Sindarine - et il est encore un peu tôt pour les aborder. Au besoin, vous pouvez faire sans à ce stade du cours. Rappelez vous, quand vous étiez plus jeunes, vous n'appliquiez pas l'accord du participe passé employé avec l'auxiliaure avoir !

Pour votre culture, le participe passé govannen du verbe govad- (« rencontrer ») apparaît dans l'expression Mae govannen, lorsque Glorfindel rencontre la compagnie dans Le Seigneur des Anneaux. Le passé teithant du verbe teitha- (« écrire ») est illustré sur la Porte de Durin dans le Seigneur des Anneaux, ainsi que le mot mellon (« ami »). Vous pourrez aussi remarquer que le mot peth est de même famille que l'impératif pedo (« parle ! dit ! ») que l'on trouve sur cette porte.

b) Version :

     - Aníron buiad i-chîr edhellen, a narad aglar i-chîn Feanor
     - Arphent Morgoth « Aur gruithad telitha »

Vocabulaire supplémentaire :

a, ar conj. « et » (cf. pedo mellon a minno sur la porte de Durin)
aglar n. « gloire »
aur n. « jour »
buia- v. « servir quelqu'un, faire serment d'allégeance à quelqu'un »
edhellen adj. « elfique »
gruitha- v. « terrifier »
nara- v. « narrer, relater »

Les deux mots suivants sont employés avec l'article défini i, pluriel in. Ne pas s'inquiéter outre mesure pour la mutation initiale après cette article :

hên plur. hîn n. « enfant »
hîr n. « seigneur »

Et finalement deux mots plus compliqués :

arphent « et (untel) dit », forme passée du verbe pedi « dire », avec article préfixé.
telitha « viendra », forme au futur de teli (« venir »).

VI. Conclusion

Nous avons vu dans ce cours comment former le gérondif d'un verbe. C'est un procédé très efficace, qui nous permettra de construire de nombreux noms communs à partir des racines verbales que nous connaissons, et de suppléer ainsi aux lacunes du corpus.

Nous avons aussi découvert qu'il existe deux classes de verbes en Sindarin, les verbes dérivés (groupe I) et les verbes basiques (groupe II). Nous aborderons ce point plus en détail dans le cours n°2.

Les fameuses lénitions qui font toute la compléxité du Sindarin ont été entr'aperçues par le biais d'un exercice. Elles feront l'objet du cours n°4.

A l'occasion, nous avons appris à exprimer un souhait ou un désir, à l'aide du verbe aníra- suivi d'un gérondif. Nous savons aussi adresser nos salutations : vous pourrez dorénavant commencer vos messages par suilad...


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© Février-Mars 2000,
Didier Willis & Cédric Fockeu




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