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Cours de Sindarin n°2

    Cours Sindarin n°2

Quelques éléments de Conjugaison


Ce cours a été présenté pour la première fois sur le forum de ce site par Didier Willis, webmestre du site Hiswelokë . Nous en produisons ici un récapitulatif complet, en détaillant à l'occasion quelques points qui n'avaient pas été abordés alors. Si votre navigateur supporte JavaScript, vous pourrez aussi directement consulter le Dictionnaire Sindarin de Didier pour tous les mots elfiques sur lesquels figure un lien. Nous vous rappelons que peu de textes linguistiques de J.R.R. Tolkien ont été publiés à cette date, et que plusieurs hypothèses, faites sur la base d'un exemple ou deux seulement, ne peuvent rester autrement que spéculatives.

I. Introduction

Dans le cours n°1 traitant de la formation du gérondif, nous avons vu (en simplifiant un peu) qu'il existe apparemment deux grands groupes de verbes en Sindarin :

  • Premier groupe : les verbes dérivés, dont le radical se termine par la voyelle -a.
  • Second groupe : les verbes basiques, dont le radical se termine par une consonne.

Après le gérondif, ce second cours sera consacré à la formation de l'infinitif, de l'impératif et de la première personne du singulier.

II. Infinitif et impératif

En fait le terme « infinitif » est très mal choisi, car nous ne savons pas s'il s'agit réellement d'un infinitif à proprement parler. Cependant, c'est sous cette forme que sont donnés la plupart des verbes dans The Etymologies (à la fin de The Lost Road, volume V de The History of Middle-earth). Il peut donc être utile de savoir reconnaître cette forme, pour ceux d'entre vous qui possèdent cet ouvrage.

L'impératif, en raison de sa similitude avec cet « infinitif », sera présenté par la même occasion.

1 - Verbes du Premier Groupe

L'infinitif du premier groupe se forme simplement en remplaçant le -a final par un -o.

    teitha- donne teitho « écrire »
    adertha- donne adertho « réunir »

Au premier groupe toujours, l'infinitif et l'impératif ont la même forme. Donc nous pourrons avoir :

    teitho  « écris ! »

Sur la porte de la Moria dans Le Seigneur des Anneaux, le verbe minno « entrez ! » est sous cette forme. Dans l'injonction de Gandalf pour essayer d'ouvrir cette même porte, nous avons aussi lasto « écoutez ! ».

Il convient de remarquer que l'impératif ne s'accorde pas en nombre : lasto signifie aussi bien « écoute ! » que « écoutez ! ».

2 - Verbe du Deuxième Groupe

L'infinitif du second groupe se forme en ajoutant un -i au radical du verbe. Mais les difficultés commencent ici... Le i en Sindarin a une propriété très particulière, il provoque ce que l'on appelle un umlaut, c'est-à-dire une mutation des autres voyelles du mot.

En Sindarin classique (parlé à l'époque du Seigneur des Anneaux), cette mutation se fait systématiquement en :

    ped- donne pedi « parler » (inchangé, déjà en e)
    dag- donne degi « massacrer » (umlaut)
    dar- donne deri « s'arrêter » (umlaut)

Ceci s'applique uniquement à l'infinitif. Pour l'impératif, heureusement, la règle est beaucoup plus simple, ces verbes suivent le même modèle que ceux du premier groupe, et reçoivent donc simplement un :

    pedo « parle, dit ! »
    daro « halte ! »

Ces deux exemples viennent du Seigneur des Anneaux (sur la porte de la Moria pour le premier, et lorsque la compagnie arrive en Lothlórien et rencontre Haldir, pour le second).

En conclusion, si vous rencontrez un infinitif du premier groupe, par exemple tegi « conduire », vous serez incapable de me dire s'il s'agit de tog-, tag- ou teg- (pour information, c'est le premier). C'est bien embêtant. Vous comprendrez donc pourquoi il est préférable de donner les verbes sous la forme de leur radical...

III. La première personne du singulier

1 - Au présent

Conjuguer un verbe à la première personne est relativement aisé : il suffit d'ajouter un -n à la forme de l'infinitif. Ou alors, selon ce que vous trouvez le plus simple, repartir du radical, remplacer le -a par -on pour le premier groupe, ou ajouter -in pour le second groupe, en appliquant de surcroît l'umlaut...

Donc :

    teithon « j'écris » (1e groupe)
    degin « je massacre » (2e groupe)

Faisons-nous plaisir avec quelques phrases :

     teithon le beth edhellen « Je t'écris un mot elfique » (super pour vos cartes postales).
     Im degin yrch « Moi, je massacre des orcs » (une devise pour nos amis rôlistes).

2 - Au futur

Sur l'exemple de linnathon « je chanterai » (dans le chant entendu par les Hobbits chez Elrond) et de estathar « (ils) nommeront » (dans la Lettre du Roi, Sauron Defeated), le futur se construit en ajoutant la marque du futur -tha- :

    teithathon « j'écrirai »

Vous savez donc maintenant former le futur des verbes du premier groupe :

    teithathon le beth edhellen « Je t'écrirai un mot elfique »

Actuellement, nous n'avons aucun exemple de futur d'un verbe du deuxième groupe. On peut raisonnablement penser que le principe énoncé ici reste valable :

    *derithon « je m'arrêterai »

V. Etude du Corpus

Dans cette section, nous allons relever et commenter les points que nous avons abordés à travers l’étude de ce que nous trouvons dans Le Seigneur des Anneaux, Les Contes et Légendes Inachevés et The Lays of Beleriand.

Le Seigneur des Anneaux, Livre I, Chap. XII (Fuite vers le gué)

    Glorfindel donne l'ordre à son cheval de prendre la fuite et d'emporter Frodon :

      Noro lim, noro lim, Asfaloth!

    Visiblement un impératif noro « galope, chevauche ! » dont le sens est implicitement indiqué dans The War of the Ring (brouillons du Seigneur des Anneaux).

Le Seigneur des Anneaux, Livre II, Chap. I (Nombreuses rencontres)

    La chanson des Elfes dans la maison d'Elrond, au coin du feu :

      A Elbereth Gilthoniel
      silivren penna míriel
      O menel aglar elenath!
      Na-chaered palan-díriel
      O galadhremmin ennorath,
      Fanuilos le linnathon
      nef aear, sí nef aearon

    Le verbe qui nous intéresse est linna- (premier groupe), avec la marque du futur -tha-, et la terminaison de la première personne du singulier -on :

      Fanuilos le linnathon « Fanuilos, pour toi je chanterai »

Le Seigneur des Anneaux, Livre II, Chap. IV (Un voyage dans l'obscurité)

    L'inscription sur la Porte de la Moria se lit ainsi :

      Ennyn Durin Aran Moria:
      pedo mellon a minno.
      Im Narvi hain echant:
      Celebrimbor o Eregion teithant i thiw hin

    Nous trouvons ici deux impératifs dont nous avons déjà parlé (voir section II ci-dessus).

Le Seigneur des Anneaux, Livre II, Chap. IV (Un voyage dans l'obscurité)

    L'incantation de Gandalf pour ouvrir la Porte de la Moria :

      Annon edhellen, edro hi ammen !
      Fennas nogothrim, lasto beth lammen !

    Ici, nous sommes en présence de deux impératifs, edro « ouvre(z) ! » (que Gandalf prononce plusieurs fois dans ce chapitre) et lasto « écoute(z) ! ».

      Annon edhellen, edro hi ammen « Porte elfique, ouvre-toi maintenant pour nous ! »

      Fennas nogothrim, lasto beth lammen « Grande porte d'entrée des Nains, écoute mes paroles (lit. le mot de ma langue) ! »

Le Seigneur des Anneaux, Livre V, Chap. X (Les Choix de Maître Samsagace)

      A Elbereth Gilthoniel
      O menel palan-diriel
      le nallon si di'nguruthos !
      A tiro nin, Fanuilos !

    Dans cette courte exclamation inspirée de Sam, qui n'est pas sans rappeler la chanson ententue chez Elrond, nous trouvons un verbe conjugué à la première personne, nallon « je crie », et un impératif tiro « regarde ».

      Le nallon si di'nguruthos « Je crie vers toi, maintenant dans l'ombre de la mort »

      A tiro nin, Fanuilos « O regarde moi, Fanuilos »

Le Seigneur des Anneaux, Livre VI, Chap. IV (Le champ de Cormallen)

      Vive les Semi-hommes! Louez-Les avec de grandes louanges !
      Cuio i Pheriain anann ! Aglar'ni Pheriannath !
      Louez-les avec de grandes louanges, Frodon et Samsagace !
      Daur a Berhael, Conin en Annûn ! Eglerio !

      Louez-les !
      Eglerio !
      (...)

    Il y a un petit piège : les deux dernières phrases (non reprises ici) sont en Quenya. Le reste est en Sindarin et contient deux impératifs, cuio « vive » et eglerio. « glorifie(z-les) ». Ce dernier est évidemment à rapprocher du nom aglar « gloire » figurant un peu plus haut.

      Cuio i Pheriain anann « Longue vie aux Semi-hommes (lit. Que vivent les Semi-hommes longtemps) »

Le Seigneur des Anneaux, Appendice A (fragment d'histoire d'Aragorn et Arwen)

      Onen i-Estel Edain, ú-chebin estel anim.
      « J'ai donné l'espoir aux Dúnedain, je n'ai gardé aucun espoir pour moi-même. »

    Petite difficulté, ú-chebin est visiblement un verbe du second groupe conjugué au présent, bien qu'il soit traduit par un passé composé. Sans doute la traduction de Tolkien est-elle assez libre, le sens exact serait peut-être « je ne possède plus ».

    Maintenant, vous savez aussi exprimer une négation, avec le préfixe ú-. Celui-ci provoque le fameux phénomène de lénition dont nous avons parlé succinctement au début de ces cours. Si l'on restaure le verbe, cela nous donne en principe hebin.

    Une petite question pour voir si vous avez bien suivi ce cours : quelle est la difficulté posée par cette forme verbale ? [réponse]

Contes et Légendes inachevés (Unfinished Tales, p. 65) :

      Lacho calad, drego morn!

    Deux impératifs, lacho « que s'enflamme ! » et drego « fuit ! ».

The Lays of Beleriand, p. 354 :

      Ir Ithil ammen Eruchîn
      menel-vîr síla díriel
      si loth a galadh lasto dîn!
      A Hîr Annûn gilthoniel, le linnon im Tinúviel.

    Un impératif lasto « écoute(z) ! », que nous avons déjà rencontré plus haut, et un verbe conjugué linnon « je chante », du verbe linna- dont nous avons aussi parlé ci-dessus.

      Le linnon im Tinúviel « Pour toi je chante, moi Tinúviel »

VI. Exercices

a) Version

Traduire : hûn nîn lacha, ir tíron le.

b) Thème

Traduire : « Chante pour moi, mon ami, et raconte-moi une histoire » et « Je chanterai pour toi, je te raconterai l'histoire de la libération de Hurin »

Vocabulaire (nous ne répèterons pas les verbes déjà vus dans ce cours) :

a, ar conj. « et »
anim pr. comp. « pour moi » (an+im)
hûn n. « coeur »
ir conj. « quand »
le pron. datif « pour toi, vers toi »
leithia- v. « libérer »
mellon n. « ami »
narn n. « histoire, saga »
nîn adj. poss. « mon »
trenar- v. « raconter » (attention, c'est un verbe du 2e groupe, infinitif treneri)

Indice : si vous vous limitez au vocabulaire présenté ici, vous aurez probablement besoin du cours n°1 (le gérondif) pour la dernière question. Il existe aussi une autre solution, en utilisant un mot que nous n'avons pas donné...


[note] La difficulté posée par la forme verbale hebin se situe dans le fait que nous sommes incapables de retrouver son radical. La formation du présent comme celle de l'infinitif (voir II.2 ci-dessus) implique un umlaut, et nous ne savons donc pas restituer le radical du verbe, le choix se situant entre hob-, heb- et hab-.


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© Février-Mars 2000,
Didier Willis & Cédric Fockeu