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Liste des questions fréquemment posées

JRRVF - Forum - Section « Langues Inventées »
Foire Aux Questions

Compilée par Benjamin Babut et Bertrand Bellet © 2003-2005.
Remerciements à Édouard Kloczko pour la conception première de cette FAQ.


Version n°3.0 du 4 novembre 2005.


Chaque question comporte une réponse en deux parties :

  • l’une, brève et immédiatement accessible, donne rapidement l’essentiel sur le sujet
  • l’autre, accessible en cliquant sur le lien « En savoir plus », entre plus dans le détail ou donne des informations complémentaires.

Si vous avez des remarques sur cette FAQ, vous pouvez les laisser dans la section Les langues inventées du forum de JRRVF.

Questions traitées

1. Peut-on apprendre les langues inventées par Tolkien ?
2. Peut-on s’y exprimer ?
3. Combien de langues Tolkien créa-t-il ?
4. Quelles sont les sources d’information ?
5. Quelles sont les ressources en ligne ?
6. Où trouver des informations sur les écritures ?
7. Où trouver des polices de caractère à télécharger ?
8. A quoi servent tous ces sigles dans les discussions ?
9. Vaut-il mieux s'intéresser d'abord au quenya ou au sindarin ?
10. Comment prononcer ces langues ?
11. Comment se composer un nom ?
12. Comment dit-on « je t'aime » en elfique ?
13. Quelles sont les formules de salutation et remerciement ?
14. Ma demande de traduction n’obtient pas de réponse. Pourquoi ?
15. Pourquoi étudier les langues inventées par Tolkien ?

1. Peut-on apprendre les langues inventées par Tolkien ?

Pas vraiment, du moins pas de la même façon que l'on peut apprendre une langue vivante. Il est plus approprié de parler d'étude. L’intérêt de Tolkien n'était manifestement pas de faire de ses langues des instruments de communication ; il s’attachait avant tout à leur construction, leur esthétique, et se délectait à envisager leur évolution dans le cadre historique fictif de sa mythologie.

  En savoir plus...

En découlent plusieurs conséquences.

Premièrement, aucune d’elle n’est " complète " : même pour les mieux documentées que sont le quenya et le sindarin, des pans importants de la grammaire sont obscurs.

Deuxièmement, tout au long de sa vie Tolkien n’a cessé de le retoucher, les modifier, les remanier de telle sorte qu’un point de grammaire bien établi à une période donnée peut très bien ne plus être valable pour une autre. On voit certaines conceptions apparaître, disparaître… et parfois reparaître des années plus tard ! Un exemple frappant est celui du mot quenya qui a longtemps signifié " non ", puis est devenu " oui " dans les années 1960 avant de redevenir " non " vers 1970 !

Troisièmement, nous ne disposons pas d’exposé complet de ses langues par leur auteur, mais de quelques fragments de grammaires inachevées et de monceaux de données éparpillées dans ses écrits, le tout réparti sur une soixantaine d’années, avec les innombrables changements de conception que cela suppose. Notre connaissance de ces langues résulte essentiellement du classement et de l’interprétation de ces témoignages (pour une part encore inédits) ; travail long, délicat et que l’on peut toujours renouveler. C’est d’ailleurs un intérêt majeur de cette étude.

Quatrièmement, si nous avons un certain nombre d’informations dispersées sur la grammaire et le vocabulaire, il y a très peu de véritables textes qui permettent de voir la langue réellement fonctionner. Imaginez que quelqu’un apprenne le français à partir d’un dictionnaire et d’un tableau de conjugaison, le résultat aurait peu de chances d’être même simplement intelligible.

Il ressort de cela que plus qu’à apprendre, ces langues sont à étudier dans leurs mécanismes et leur évolution tant de manière interne qu’externe. L’approche interne consiste raisonner selon la logique du récit : Tolkien n’a pas inventé ses langues dans le vide, à chaque époque de sa vie il est censé exister un cadre linguistique cohérent qui les intègre au sein de sa mythologie, avec leur histoire, leurs parentés, leurs évolutions parallèles à celles des peuples. En termes tolkieniens cela revient à se placer dans le monde secondaire, terme qui désigne sa création (ou, comme il l’appelle, sub-création), par opposition au monde primaire qui est notre " monde réel ". L’approche externe considère ces langues dans le monde primaire : leur développement tout au long de la vie de leur auteur, les influences qu’elles ont subi de la part de langues naturelles, leurs transformations en lien avec celles des récits, etc.

2. Peut-on s’y exprimer ?

Deux sont assez complètes pour que ce soit envisageable : le quenya et le sindarin. Mais cela ne va pas sans difficultés, bien loin de là. Il faut de toute façon rester conscients que nous ne pouvons faire que des tentatives de quenya ou de sindarin : par essence, il ne s’agit plus des langues de Tolkien à proprement parler. On voit parfois employés les termes de " néo-quenya " et " néo-sindarin " pour souligner ce fait.

  En savoir plus...

Le premier écueil, et le plus évident, provient de notre méconnaissance de nombreux points de grammaire et des lacunes du vocabulaire, qui reste fort limité par rapport à une langue vivante (autour de 2000 mots dans chacune). Il est souvent nécessaire de recourir à des périphrases ou de tenter des néologismes hasardeux et contestables par nature.

Le second vient du problème que pose la définition d’une norme. S’exprimer et se comprendre dans quelque langue que ce soit nécessite l’existence de règles, qui sont une convention entre les usagers de la langue et en forment le système. Ce sont elles qui nous permettent de sentir qu’une phrase comme " Je du pain mange " n’est pas du français correct (même s’il reste compréhensible ici) : nul de langue maternelle française ne produirait spontanément une telle phrase.

Dans une langue vivante, du moins dans l’usage spontané, la convention est implicite et les locuteurs n’ont pas besoin d’en être conscients pour s’exprimer de manière satisfaisante. L’étude des énoncés qu’ils produisent permet alors de mettre au jour la convention employée : cette approche est dite descriptive. L’autre approche est prescriptive : elle pose a priori la norme que doit suivre l’usage défini comme correct, comme en français le " bon usage ".

Pour une langue construite comme celles qu’inventa Tolkien, il n’existe précisément pas d’usagers spontanés : l’approche prescriptive est donc la seule possible si l’on souhaite s’y exprimer, sans quoi il serait impossible de se comprendre. Or la norme y est très difficile à définir. Tolkien n’ayant jamais cessé de remanier ses langues (cf. question n° 1), bien des règles ne sont valables qu’à une période donnée de sa vie, et il est souvent délicat de savoir si elles sont contemporaines entre elles, car les informations linguistiques sont très dispersées dans ses écrits. De toute façon, il est nécessaire de faire un choix : il est conventionnel et comporte donc nécessairement une part d’arbitraire, source infinie de contestations. Le plus souvent, c’est le quenya ou le sindarin tel qu’illustré dans Le Seigneur des Anneaux qui est visé : mais comme les ressources en sont largement trop maigres pour qu’on puisse en tirer moyen de s’y exprimer, il faut recourir à d’autres documents ; immédiatement se pose alors le problème de leur compatibilité.

Pour compliquer les choses, il existe de plus des variations de norme à l’intérieur d’une même langue. Une langue n’est pas un système entièrement homogène, mais un ensemble organisé de sous-systèmes cohérents (cf. E. Kloczko, Dictionnaire des langues elfiques vol. 1) . Des variétés plus ou moins divergentes peuvent se parler dans des régions distinctes, constituant des dialectes. Il existe des différences selon la situation de communication, qui constituent les registres : comparer en français " Chais pas ", " Je ne sais pas ", " Je ne sais " Certains usages sont propres à des groupes sociaux particuliers : cela concerne notamment de nombreux termes techniques. Ces questions ne sont pas absentes des langues de Tolkien.

3. Combien de langues Tolkien créa-t-il ?

C’est une question beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît ! On ne peut donner de réponse simple, car cela suppose de pouvoir définir et délimiter précisément une langue, chose en fait impossible. Lisez l’article de Helge Kåre Fauskanger consacré précisément à cette question, dont la traduction française par Sébastien Bertho est publiée sur : Ardalambion.fr

  En savoir plus...

En se contentant d’une approche " intuitive ", non rigoureuse, on peut reprendre la conclusion de cet article :

En résumé : si nous considérons les versions " historiques " des langues qui se rapportent à la forme classique de la mythologie d'Arda, Tolkien développa 2 langues qui sont vaguement " utilisables " (…) nomma approximativement 8-10 autres langues qui possèdent un minimum de substance véritable mais qui ne sont en aucun cas utilisables, fournit de simples fragments d'au moins 4 autres langues, et fit allusion à de nombreuses autres langues qui sont soit entièrement fictives ou possèdent un vocabulaire connu d'un seul ou de très peu de véritables mots.

La réponse courte à la question " combien de langues ? " donne ceci : " En dehors des langues extrêmement fragmentaires ou entièrement fictives, il fournit une quantité d'informations variable sur dix ou douze autres langues, mais seulement deux d'entre elles sont hautement développées avec des vocabulaires substantiels. "

4. Quelles sont les sources d’information ?

Rien ne peut remplacer la lecture des écrits de Tolkien lui-même. Néanmoins, il faut savoir que l’information linguistique y est le plus souvent dispersée, présentée souvent de manière incidente et parfois allusive. Il existe aussi une littérature secondaire, peu abondante, consacrée aux langues inventées de Tolkien. Vous trouverez une liste (non exhaustive) de sources dans le développement de cette question. La plupart n’existant qu’en anglais, sa connaissance s’avère impérative, d’autant plus que les rares fragments traduits en français sont loin d’être toujours d’une qualité acceptable.

  En savoir plus...

Les textes de Tolkien les plus importants sur ses langues inventées sont :

  • les Appendices E et F du SdA et celui du Silmarillion (attention, les versions françaises sont pleines d'erreurs de traduction et de transcription !) ;
  • les dernières pages de The Road Goes Ever On qui analyse linguistiquement les deux chants elfiques présents dans le SdA, Namárië en quenya et A Elbereth Gilthoniel en sindarin, et en reproduit des transcriptions en tengwar  (le reste de l'ouvrage se compose de partitions) ;
  • les Appendices rédigés par Christopher Tolkien pour les 2 tomes du Livre des contes perdus, en anglais The Book of Lost Tales I et II (HoME I et II) à partir du Qenya Lexicon et du Gnomish Lexicon (voir plus bas), qui donnent une idée de la première mouture des langues elfiques ;
  • le Lhammas dans The Lost Road (HoME V), qui présente le développement des langues d'Arda selon les conceptions qu'en avait Tolkien à la fin des années 30.
  • Les Etymologies dans The Lost Road (HoME V), une des plus importantes sources de vocabulaire elfique ; une liste d’ajouts et de corrections a été publiée par l’Elvish Linguistic Fellowship dans les numéros 45 et 46 de Vinyar Tengwar. Les quelques erreurs typographiques subsistantes sont répertoriées au fur et à mesure de leur découverte sur une page du site officiel de l’Elvish Linguistic Fellowship (http://www.elvish.org/errata/).
  • Lowdham's Report on the Adunaic language qui est une grammaire incomplète de l'adûnaïc (la langue maternelle des númenoréens) dans Sauron Defeated (HoME IX) ;
  • l'essai Quendi and Eldar dans The War of the Jewels (HoME XI) comportant de nombreux détails sur le quenya, le telerin et le sindarin ; des compléments ont été publiés dans Vinyar Tengwar n° 39.
  • une bonne partie de The Peoples of Middle-Earth (HoME XII) qui correspondent à des versions préparatoires des appendices du SdA.
  • le recueil The Monsters and the Critics, en particulier l’essai A Secret Vice où Tolkien discute de l’invention de langues et de ses propres créations, avec plusieurs exemples de textes ;
  • The Gnomish Lexicon (I·Lam na·Ngoldathon) publié dans Parma Eldalamberon n° 11 ;
  • The Qenya Phonology and Lexicon (Qenyaqetsa) publié dans Parma Eldalamberon n° 12 ;
  • les Early Noldorin Fragments, qui illustrent une phase importante de l’évolution externe de la langue de style gallois de la mythologie de Tolkien : le passage du gnomique au noldorin. Ils ont également été publiée dans Parma Eldalamberon n° 13 ;
  • Les Early Qenya Fragments et la Early Qenya Grammar, publiés dans Parma Eldalamberon n° 14 illustrent les conceptions de Tolkien dans les années 20.
  • les Words of Joy qui sont des traductions de prières catholiques en langues elfiques, publiés dans Vinyar Tengwar n° 43 et 44

Mais de nombreux détails sont dispersés un peu partout : rares sont les textes entièrement dépourvus de matière, tant l’inspiration linguistique pénètre toute l’œuvre. C’est tout particulièrement vrai dans les essais tardifs comme par exemple Ósanwe-kenta (Vinyar Tengwar n° 39) ou The Rivers and Beacon-hills of Gondor (Vinyar Tengwar n° 42) où l’élaboration des langues et du monde secondaire qui les accueille s’enchevêtrent inextricablement. Les fanzines américains Parma Eldalamberon et Vinyar Tengwar publient régulièrement des documents inédits souvent intéressants et riches du point de vue linguistique.


Dans la littérature secondaire, nous citerons particulièrement les ouvrages suivants.

En français, il faut signaler les deux excellents ouvrages d’Edouard Kloczko, premiers d’une série (Encyclopédie de la Terre du Milieu) appelée à comprendre cinq tomes :

  • le Dictionnaire des langues elfiques volume 1 publié en 1995 aux éditions Tamise, qui comporte un dictionnaire et une grammaire du quenya et du telerin, et toujours très intéressant, bien que la partie sur le verbe soit maintenant dépassée suite à la publication de nouveaux documents depuis ; épuisé, il est en train d'être entièrement mis à jour et recomposé en un ouvrage plus vaste et plus complet;
  • le Dictionnaire des langues des hobbits, des nains, des orques publié en 2002 aux éditions Arda, qui explore les langues non elfiques ; il en donne un très bon panorama.

En anglais, il existe notamment :

  • An Introduction to Elvish dirigé par Jim Allan, Bran's Head Books, 1978 (le titre complet est extrêmement long) ; il aborde de nombreux aspects linguistiques de l'oeuvre de Tolkien et pas seulement les langues elfiques. Excellent ouvrage en son temps, il est très largement dépassé aujourd'hui (étant antérieur même à la publication du Silmarillion).

  • The Languages of Tolkien's Middle-earth de Ruth Noel, Houghton Mifflin, 1980, est par contre un très mauvais ouvrage bourré d’erreurs, à déconseiller. Sa date le rend de toute façon obsolète.

  • The Basic Quenya de Nancy Martsch, Beyond Bree Publications, 1992, fut un ouvrage d'initiation honorable, quoique contestable sur de nombreux points grammaticaux. Des documents importants ayant été publiés depuis, il est maintenant dépassé.

  • Gobeth e-Lam Edhellen de Ryszard Derdziński, GooldMaggot Publishers, 2000 est un très bon dictionnaire de sindarin ; le vocabulaire du sindarin mais aussi du noldorin, du doriathrin et de l'ilkorin antérieurs dans les conceptions de Tolkien est répertorié et glosé en anglais et en polonais.

  • A Gateway to Sindarin de David Salo, The University of Utah Press, 2004. Travail synoptique réalisé par un sindariniste bien connu. Plus qu’une étude descriptive, on doit le voir comme une synthèse théorique, marquée par le point de vue spécial de l’auteur : entièrement interniste, porté sur la reconstitution systématique d’une langue cohérente - au point parfois d’adapter les faits à la théorie plus que l’inverse - plus que sur les multiples bourgeonnements de l’art de Tolkien comme créateur de langues. Ces réserves faites, cet ouvrage représente une somme inégalée de recherches et  une source importante d’informations, à condition de rester critique et de savoir les recouper. Parfois technique, ce livre s’adresse plutôt à un public averti, ayant quelques bases en linguistique, spécialement diachronique. Les chapitres sur la phonologie historique et la formation des mots sont à remarquer particulièrement.

5. Quelles sont les ressources en ligne ?

La Toile recèle nombre d’informations, mais dispersées et de très inégale valeur. Il est donc important de toujours les lire avec un œil critique. Le développement de cette question donne une sélection des sites parmi les plus intéressants et recommandables en français et en anglais.

  En savoir plus...

En français :

  • Hiswelókë (http://www.jrrvf.com/hisweloke/site/articles/langues/index.html) « Le Dragon de Brume » de Didier Willis, rassemble une collection d’articles linguistiques et onomastiques . Il héberge le Sindarin Dictionary Project, qui édite un excellent dictionnaire de sindarin basé sur le format XML. On peut le consulter en ligne, le télécharger sous forme d’application pour Windows ou Linux (Dragon Flame) ou pour MacOS X (Hesperides), ainsi qu'au format PDF.
  • La section linguistique de Tolkiendil (http://www.tolkiendil.com/langues/index.php) présente plusieurs essais.
  • Les Chroniques de chant de fer (http://chroniqueschantdefer.free.fr/) de Stéphane Grignon proposent une analyse de ce que nous savons du khuzdul.

En anglais :

  • Ardalambion (http://www.uib.no/People/hnohf/) de Helge Kåre Fauskanger est sans conteste le site le plus complet sur les langues de Tolkien. Il en existe une traduction française, encore partielle : Ardalambion.fr (http://ardalambion.fr.free.fr). Site incontournable, de style accessible dans l’ensemble, mais à lire avec discernement : les théories présentées sont celles de leur auteur, non des faits bruts, et la distinction entre étude descriptive, reconstruction et définition d’une norme d’usage n’y est pas faite clairement.
  • Le site de The Elvish Linguistic Fellowship (http://www.elvish.org), association qui a l’autorisation de publier des textes inédits de Tolkien et publie les fanzines Parma Eldalamberon et Vinyar Tengwar. Il donne une liste de ressources linguistiques et héberge aussi les quatre sites suivants : Parma Eldalamberon (http://www.eldalamberon.com), Vinyar Tengwar (http://www.elvish.org/VT), Tengwestië (http://www.elvish.org/Tengwestie/), Gwaith-i-Phethdain (http://www.elvish.org/gwaith), Elm (http://www.elvish.org/elm). Les deux premiers sont les sites des fanzines correspondants, sans guère d’intérêt en eux-mêmes, mais d’où il est possible de passer commande. Les trois autres valent le détour.
  • Tengwestië (http://www.elvish.org/Tengwestie/) est le journal en ligne de l’Elvish Linguistic Fellowship, il présente des articles complémentaires à ceux publiés dans Vinyar Tengwar.
  • Gwaith-i-Phethdain (http://www.elvish.org/gwaith) “ La Compagnie des Forgeurs de Mots ” de Ryszard Derdziński comprend des essais, notamment sur la grammaire des langues elfiques des calligraphies, l’analyse des constructions à but cinématographique de David Salo, et de très nombreuses compositions expérimentales en diverses langues. Ce site existe en version française, mais la traduction en est parfois étrange au point d’entraver la compréhension ; nous espérons qu’elle s’améliorera, mais  pouvons encore difficilement la recommander pour le moment.
  • Elm (http://www.elvish.org/elm) d’Aleš Bičan comprend également des compositions et des essais, dont le Quenya Lapseparma. Voir également la question n°7 : Comment se composer un nom ?.
  • Tyalië Tyelleliéva (http://www.geocities.com/Athens/Parthenon/9902/) est le site d’un fanzine américain du même nom, édité par l'Elvish Linguistic Fellowship. De parution irrégulière, il présente des articles sur les langues elfiques, des compositions et des calligraphies.
  • Mellonath Daeron (http://www.forodrim.org/daeron/md_home.html), site suédois sur lequel la Guilde Linguistique des Forodrim présente des compositions et diverses autres ressources, dont un index des inscriptions de Tolkien en tengwar et cirth.
  • L' Elvish Pronunciation Guide ( http://www.dcs.ed.ac.uk/misc/local/TolkLang/pronguide.html ) préparé par Julian Bradfield et présenté sur le site de la liste de diffusion TolkLang est une bonne base de départ pour s'initier à la prononciation du quenya.
  • The Noble Tongue ( http://sindarin.weet.us/ ) d'Aaron Shaw est un site consacré à l'étude technique du sindarin ; il propose un forum et une collection d'articles.
  • Lambë Eldaiva ( http://www.xs4all.nl/~xelag/quenya.html ) « Langue des Elfes » d'Alex Grigny de Castro est un site sur le quenya, original par son approche par thèmes. Il propose des listes de vocabulaire par champs lexicaux, une histoire phonologique de la langue et des tables de conjugaison et de déclinaison.
  • Lalaith's Middle-earth Science Pages d’Andreas Möhn est une collections d’essais sur des aspects souvent peu étudiés de la Terre du Milieu. Sa section linguistique propose en particulier Lalaith’s Guide to Adûnaic Grammar (http://people.wiesbaden.netsurf.de/~lalaith/Tolkien/Grammar.html), une approche intéressante et très personnelle de la langue maternelle des númenoréens.
  • Parma Tyelpelassiva (http://www.phy.duke.edu/~trenk/elvish/) « le Livre des feuilles d’argent » de Thorsten Renk, est largement consacré à la composition en néo-quenya et en néo-sindarin, dont il propose des cours (disponible en plusieurs langues), dans une approche explicitement prescriptive. Il comporte aussi une petite collection d’articles sur des points particuliers de grammaire des langues elfiques.
  • La page web Tolkien Language Comparison (http://www.gothpunk.com/~kmactane/quenya/comparison.html) propose des extraits sonores de quenya, sindarin, khuzdul et noir parler.

Il existe enfin diverses listes de diffusion consacrées aux langues de Tolkien, parmi lesquelles :

6. Où trouver des informations sur les écritures ?

Tolkien s'est beaucoup intéressé aux systèmes d'écriture, ce qui est lié bien sûr à sa profession de philologue : l'étude et l'interprétation des textes anciens nécessitent des connaissances en paléographie, science dont l'objet est de déchiffrer les écritures passées. Tolkien a employé à l'occasion d'anciennes écritures, par exemple les runes anglo-saxonnes pour la page de garde et la carte de Thrór dans The Hobbit . Mais il est allé plus loin et a conçu lui-même plusieurs systèmes pour son usage personnel, allant jusqu'à écrire son journal avec. Dans la conception du monde secondaire, les écritures occupent une place de choix : les plus connues sont les lettres de Fëanor ( tengwar en quenya, tîw en sindarin) et les runes (certar en quenya, cirth en sindarin). Mais plus tôt dans sa carrière, Tolkien avait aussi inventé d'autres systèmes comme les sarati de Rúmil et l' écriture valmarique .

Vous trouverez dans le développement de cette question les principales sources d'information par Tolkien à ce sujet, puis les sources secondaires tant sous forme imprimée que sur la Toile. Enfin, il faut noter que ces écritures, les tengwar en particulier, se prêtent fort bien à la calligraphie, et de nombreux sites, à commencer par JRRVF (http://www.jrrvf.com/artistes/calligraphie/calligraphie.html) , en présentent des exemples.

  En savoir plus...

Sources primaires (par Tolkien lui-même) :

  • L'Appendice E du Seigneur des Anneaux est le premier document à consulter ; il présente un compte rendu détaillé de l'histoire et de l'emploi des tengwar et des cirth.

  • The Road Goes Ever On comporte deux fac-similés de chants elfiques transcrits en tengwar : Namárië et A Elbereth Gilthoniel .
  • Un Appendice sur les runes elfiques telles que les envisageait Tolkien dans les années 40 est publié dans The Treason of Isengard pp. 452-465 (HoME VII).
  • Plusieurs pages en tengwar se trouvent dans Sauron Defeated (HoME IX), reproduisant des fac-similés de la Lettre du Roi (pp. 128-131) et du Manuscrit d'Edwin Lowdham (pp. 318-327).
  • The Alphabet of Rúmil publié dans Parma Eldalamberon n° 13 compile de nombreux documents expérimentaux sur les sarati, un système d'écriture que Tolkien conçut avant les tengwar. Il devait plus tard considérer les sarati comme le tout premier système d'écriture inventée en Arda (cf SdA Appendice E).
  • The Valmaric Script publié dans Parma Eldalamberon n° 14 regroupe divers documents sur l'écriture valmarique, un alphabet inventé et employé par Tolkien dans les années 20, qui préfigure les futurs tengwar.

Sources secondaires imprimées (se reporter aussi à la question n° 4) :

  • An Introduction to Elvish dirigé par Jim Allan, Bran's Head Books, 1978 (cf. question n°4) comporte toute une section sur les écritures qui n'a en rien perdu de son intérêt, malgré l'ancienneté de l'ouvrage.
  • Il y a dans le Dictionnaire des langues elfiques volume 1 d'Édouard Kloczko, Tamise ,1995 (épuisé, en cours de refonte) une utile Introduction aux lettres de Fëanor (pp. 195-200)
  • Le Dictionnaire des langues des hobbits, des nains, des orques d’Édouard Kloczko, Arda, 2002, donne quelques informations sur les modes de tengwar en usage en Terre du Milieu pour transcrire des langues non elfiques.

Sites en français :

  • Quenya Tengwainen (http://erestel.free.fr/quenya_tengwainen/), le transcripteur en tengwar en ligne de Jérôme Sainton, accompagné d’explications très détaillées sur l’écriture du quenya en tengwar.

  • Le site trilingue anglais / français / allemand Phonetic Calligraphic(http://machhezan.tripod.com/) de J. Wust présente diverses études sur l’emploi des tengwar, dont une proposition de mode pour le français et l’alémanique bernois.

  • Simon Rousseau propose en fichier PDF un mode pour Écrire le français en tengwar (http://www.simonrousseau.free.fr/teng-fra.pdf), notable par sa prise en compte du problème des liaisons.

  • Le Mode Isil (http://cf.geocities.com/isilloke/site/house.html) par Jean-Philippe Crozé décrit un autre mode très particulier pour écrire le français, avec l’objectif de rendre les rapports phonétiques entre les sons par des correspondances graphiques entre les éléments les transcrivant. Malheureusement, l’affichage défectueux des lettres à diacritiques rend pénible la lecture de certaines pages.

Sites en anglais :

Il existe une liste de diffusion consacrée aux écritures de Tolkien : Elfscript ( http://groups.yahoo.com/group/elfscript ).

7. Où trouver des polices de caractère à télécharger ?

Un nombre non négligeable de polices de caractères tolkiéniennes (tengwar, cirth, plus rarement sarati) ont été développées par des programmeurs intéressés par leur esthétique et mises à disposition en ligne, le plus souvent sous forme de partagiciels (se référer aux pages spécifiques pour avoir des détails sur les distributions). La plupart sont plus ou moins expérimentales. Vous en trouverez une liste non exhaustive dans le développement de cette question. L’emploi de ces polices est grandement facilité par des applications de transcription que nous répertorions également ici.

  En savoir plus...


Tengwar :


Cirth :


Sarati :


Autres :


Applications de transcription :

  • The Tengwar Scribe (http://at.mansbjorkman.net/tengscribe.htm) développé par Måns Björkman pour Windows, sur la base de la correspondance touche / caractère établie par Dan Smith pour ses propres fontes, est la plus connue et la plus importante de ces applications. Il est possible de modifier les modes existants et d’en créer de nouveau avec le Tengwar Mode Editor disponible sur la même page.
  • YaTT - Yet another Tengwar Tool (http://www.jadro.cz/tengwar/), développé par Tomáš Nĕmec, est une autre application de transcription de tengwar pour Windows. Il existe aussi des versions incomplètes (YaTT Lite) pour Linux et Mac OS X.


On pourra aussi se référer au répertoire proposé par Michał Świątkiewicz sur une page de son site Tengwar Feanora : il comprend un grand nombre de polices de tengwar (http://www.tengwar.art.pl/tengwar/fonty.php) et d’applications dédiées (http://www.tengwar.art.pl/tengwar/programy.php). La page est exclusivement en polonais, mais cela n’empêche pas d’y naviguer.

8. A quoi servent tous ces sigles dans les discussions ?

Ils permettent de préciser brièvement la source d’une information. Vous en trouverez une liste assez complète dans le développement de cette question.

  En savoir plus...
  • SdA : Le Seigneur des Anneaux, en anglais LotR : The Lord of the Rings
  • Silm. : Le Silmarillion
  • UT : Unfinished Tales
  • CLI 1, 2 et 3 : Contes et légendes inachevés, tomes 1, 2 et 3 (chez Pocket), traduction française du précédent par Tina Jolas
  • HoME : The History of Middle Earth
  • HoME I / LT1 : The Book of Lost Tales 1
  • HoME II / LT2 : The Book of Lost Tales 2
  • LCP 1 et 2 : Le livre des contes perdus, tomes 1 et 2, traduction française des précédents par Adam Tolkien
  • HoME III / LB : The Lays of Beleriand
  • HoME IV / SM : The Shaping of Middle-Earth
  • HoME V / LR : The Lost Road
  • HoME VI / RS : The Return of the Shadow
  • HoME VII / TI : The Treason of Isengard
  • HoME VIII / WR : The War of the Ring
  • HoME IX / SD : Sauron Defeated
  • HoME X / MR : Morgoth’s Ring
  • HoME XI / WJ : The War of the Jewels
  • HoME XII / PM : The Peoples of Middle-Earth
  • RGEO : The Road Goes Ever On
  • MC : The Monsters and the Critics and Other Essays
  • Letters : The Letters of J. R. R. Tolkien
  • VT : Vinyar Tengwar
  • PE : Parma Eldalamberon
  • App. : Appendice(s) du Seigneur des Anneaux ou du Silmarillion
  • Etym. : The Etymologies, publié dans The Lost Road
  • Q&E : Quendi and Eldar, publié dans The War of the Jewels
  • GL : Gnomish Lexicon, publié dans Parma Eldalamberon n° 11
  • QL : Qenya Lexicon, publié dans Parma Eldalamberon n° 12
  • A&C : Addenda and Corrigenda to the Etymologies, publié dans Vinyar Tengwar n° 45 et 46

9. Vaut-il mieux s'intéresser d'abord au quenya ou au sindarin ?

Cela dépend beaucoup de ce que l'on recherche. Il n'est d'ailleurs pas indispensable de choisir, et l'on peut tout à fait mener les deux études de front, par exemple pour comparer ces langues et observer leurs relations. L'approche de J. R. R. T. était en effet profondément historique, et il se plaisait spécialement à envisager les développements particuliers des différentes branches de l'elfique à partir de leur source commune.


Maintenant, on peut tout aussi bien choisir de commencer par ce consacrer à une langue en particulier. Beaucoup hésitent alors entre les deux principales langues elfiques, le quenya et le sindarin. Il s'agit d'abord d'une question de goût. Mais en dehors de la simple préférence, le quenya peut être considéré comme plus abordable au départ. Cela n'est pas tant dû à une différence entre les difficultés intrinsèques de deux langues - elles ne sont pas les mêmes - qu'au fait que le quenya est globalement mieux connu, donc mieux compris. C'est un point important pour qui souhaite tenter de s'y exprimer.


Par ailleurs, les idées de Tolkien sur le quenya ont été moins changeantes, alors que le sindarin a fait l'objet de révisions très importantes au cours de son développement. La langue a d'ailleurs changé deux fois de nom : elle s'appelait au départ gnomique , est devenue plus tard le noldorin , avant de prendre le nom de sindarin . Les changements sont si fondamentaux que le gnomique du Livre des Contes Perdus à la fin des années 10 et le sindarin du Seigneur des Anneaux et du Silmarillion trente à cinquante ans plus tard sont des langues bien distinctes. Le débutant en sindarin se verra d'emblée confronté à des états partiellement différents d'évolution externe, et devra s'y familiariser sans attendre. Ces problèmes existent aussi pour le quenya mais de manière moins aiguë.

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D'un point de vue plus linguistique, les difficultés sont difficilement comparables parce qu'elles ne se situent pas aux mêmes endroits.

Le quenya, essentiellement inspiré par le finnois, le grec et le latin, est une langue assez synthétique, ce qui signifie qu'elle regroupe beaucoup d'informations dans un seul mot, par le jeu de nombreux suffixes. Le principe n'est pas très difficile à saisir, mais c'est un fonctionnement très différent du français ou de l'anglais, avec parfois des nuances assez délicates. Certaines structures peuvent être plutôt dépaysantes (ainsi l'emploi des différents infinitifs, qui n'est pas parfaitement compris). En contrepartie, la syntaxe paraît assez libre : comme les mots portent déjà beaucoup d'information en eux-même quant à leurs relations, l'ordre de termes est moins mis à contribution pour les exprimer. Évidemment, on n'est pas forcé de se réjouir à l'idée de trouver "des mots mis dans tous les sens"...

Le sindarin, bâti sur le modèle du gallois, sera probablement plus étrange à l'abord. Les mots sembleront s'y dérober, changer constamment d'aspect. Deux choses en effet frapperont immédiatement : les pluriels sont souvent formés en modifiant les voyelles du singulier, et l'initiale même du mot est susceptible de se modifier de diverses façons dans certaines circonstances, en ce qui s'appelle des mutations consonantiques. Pour se faire une idée : à partir de barad "tour, une tour", on aura i varad "la tour", beraid "tours, des tours", i meraid "les tours". Ensuite, le sindarin apparaîtra comme plus analytique que le quenya : s'il fait aussi usage d'affixes, le jeu en est plus restreint, et les mots accessoires (prépositions, possessifs, etc.) avec l'ordre des termes contribuent davantage au sens. Enfin, comme le sindarin s'est plus éloigné de la langue elfique commune originelle que le quenya, il comporte un plus grand nombre de faits qui apparaissent comme des irrégularités en synchronie (c.à.d. en considérant l'état de la langue à un moment donné), et qui sont en fait des résidus de stades anciens de la langue, qui s'expliquent par son histoire. La comparaison avec le quenya, resté plus proche de l'elfique primitif, permet souvent d'éclairer ces obscurités en en suggérant l'origine.

10. Comment prononcer ces langues ?

Tolkien fournit l’essentiel des informations à cet égard dans l’Appendice E du Seigneur des Anneaux, qu’il vaut la peine de lire avec attention. La traduction française n’en est malheureusement pas fameuse, et l’information est assez compressée, ce qui peut rendre le texte parfois peu clair. Tolkien s’étend davantage et donne des détails pour le quenya et le sindarin dans les dernières pages de The Road Goes Ever On, notamment sur le timbre précis des voyelles et l’accentuation. Il existe également des enregistrements de Tolkien lui-même récitant ses propres textes. Ce sont des matériaux de grande valeur pour l’étude de la prononciation, bien qu’il faille tenir compte d’interférences naturelles avec la phonétique de l’anglais. A cet égard, une analyse de la prononciation de Tolkien a été menée par Laurence J. Krieg au laboratoire de phonétique de l’université du Michigan ; ses résultats ont été publiés dans An Introduction to Elvish pp. 152-159.

Des détails plus précis apparaissent de ci de là ; on notera en particulier ceux sur la prononciation de l’adûnaïc dans Lowdham's Report on the Adunaic language (HoME IX, pp. 413-440). Certains sites web sur les langues de Tolkien en décrivent la prononciation, mais vont rarement plus loin qu’une paraphrase l’Appendice E. On peut toutefois recommander pour le quenya l’Elvish Pronunciation Guide (http://www.dcs.ed.ac.uk/misc/local/TolkLang/pronguide.html) de Julian Bradfield.

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Les enregistrements de Tolkien datent pour la plupart d’Août 1952. Ils ont été réédités plusieurs fois à des occasions différentes :

  • J.R.R. Tolkien Reads and Sings The Hobbit and The Fellowship of the Ring : The Two Towers, The Return of the King, Caedmon Records, 1975. Disque Vinyle. Réédité en 1999 au format cassette, sous le nom de J.R.R Tolkien Reads Excerpts from The Hobbit and the Fellowship of the Ring. On peut trouver cette cassette dans l’ensemble JRR Tolkien reads excerpts from The Lord of the Rings and The Hobbit, HarperAudio, 1999.
  • J.R.R. Tolkien Reads and Sings The Lord of the Rings : The Two Towers, The Return of the King, Caedmon Records, 1975. Disque Vinyle. Réédité en 1999 au format cassette sous le nom de J.R.R. Tolkien Reads Excerpts from The Lord of the Rings : The Two Towers, The Return of The King. On peut trouver cette cassette dans l’ensemble JRR Tolkien reads excerpts from The Lord of the Rings and The Hobbit, HarperAudio, 1999.
  • Poems and Songs of Middle-earth, Caedmon Records, 1967. Disque Vinyle. La face A présente des extraits des Aventures de Tom Bombadil lus par Tolkien ; la face B présente la version chantée par William Elvin des poèmes et chansons de The Road Goes Ever On. Réédité au format cassette en 1999 dans l’ensemble J.R.R. Tolkien reads excerpts from The Lord of the Rings and The Hobbit, HarperAudio, 1999.
  • J.R.R. Tolkien Reads Excerpts from Lord of the Rings, CD joint au Lord of The Rings Millenium Edition, HarperCollins, 2000.
  • The J.R.R. Tolkien Audio Collection, HarperAudio, 2001, contient des extraits de l’ensemble des sources citées ci-dessus.

Parmi ces extraits figurent tout particulièrement les textes elfiques suivants :

  • Namárie / Altariello Nainie Lóriendesse (SdA II, 8)
  • A Elbereth Gilthoniel (SdA II, 1)
  • L’injonction “Mellon!” (SdA II, 4)

11. Comment se composer un nom ?

Il arrive souvent que des gens souhaitent prendre un nom, ou plutôt un surnom, dans une des langues inventées par Tolkien. Plusieurs approches sont envisageables, mais le plus sûr et le plus simple est de choisir dans la myriade de noms qu’il inventa lui-même dans ses récits. Se composer un nom " nouveau " à soi est faisable aussi, mais par essence plus hypothétique, et une connaissance approfondie de ces langues est nécessaire pour cela..

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Les raisons pour adopter un surnom, très généralement, peuvent être multiples : nous n’en discuterons pas ici et répertorierons simplement plusieurs manières qui s’observent pour ce faire. La pratique du surnom est bien présente dans les récits eux-mêmes, il porte le nom quenya d’epessë (PM:339, UT:266, CLI 2:152). Pour les Noldor, la composition d’un nom est même la plus haute manifestation de la créativité linguistique.

Le plus simple est, comme nous l’avons dit ci-avant, de reprendre un nom déjà existant. Le choix en est large ; il est évidemment préférable de ne pas choisir les plus évidents, à moins d’avoir un goût prononcé pour l’homonymie... C’est le plus sûr quand on n’est pas spécialement versé dans ces langues.

Si l’on en a une connaissance suffisante, il est possible de prendre d’autres chemins, ainsi de former un nom ayant un sens à partir d’éléments connus, par dérivation ou composition. Les récits illustrent largement cette pratique : il suffira de citer quelques exemples comme Mithrandir " gris pèlerin ", Gildor " seigneur des étoiles ", Galadriel " jeune fille couronnée d’une guirlande radieuse " en sindarin, Fëanáro " esprit de feu ", Rómendacil " vainqueur de l’est ", Ancalimë " la plus brillante " en quenya. Cela suppose d'avoir étudié les règles d'assimilation des mots dans ces langues, qui ne sont pas toujours claires. Il existe toujours un doute quant à la validité de ces noms " maison ", qui peut parfois s'avérer conséquent !

Lorsque le sens d’un nom est connu, on peut tenter de le transposer dans une autre langue, ce qui constitue un calque. Cela s’est fait au Moyen Âge et à la Renaissance : par exemple, un des collaborateurs de Luther, Schwarzerd, est bien plus connu sous le nom de Melanchthon, les deux signifiant " terre noire ". Pareillement, dans le cadre de la Terre du Milieu, Samwise (du vieil anglais samwís " à demi sage "), devenu Samsagace dans la traduction française de F. Ledoux, est rendu en sindarin par Perhael de même sens. Le lecteur intéressé pourra trouver plus de détails sur cette procédure appliquée avec plus ou moins de succès à divers prénoms dans un article (en anglais) de Helge K. Fauskanger intitulé Now We Have All Got Elvish Names, continué par Aleš Bičan dans son Quenya Babybook ou Quenya Lapseparma .

Le nom peut aussi être simplement adapté à la phonétique de la langue d’arrivée ; c’est la procédure qui nous est la plus familière dans le monde " réel ". Le prénom hébreu Yohânan est ainsi devenu Ioannês en grec (Iannis en grec moderne), Johannes en latin, Jehan puis Jean en français, Giovanni et Gianni et italien, Juan en espagnol, João en portugais, John en anglais, Hans ou Jochen en allemand, Jan en polonais, Ivan en russe, Yann en breton, Ieuan en gallois etc. Comme on l’aura remarqué, ces différentes versions s’empruntent d’une langue à l’autre ; le cheminement peut être très compliqué. Dans le cadre d’Arda, on a quelques exemples de telles adaptations : les noms quenya de certains Valar comme Manwë, Ulmo, Ossë, Oromë, Aulë, Tulkas sont ainsi dits dériver du valarin (WJ:399-400). Par ailleurs, en traduisant certaines prières catholiques en quenya, Tolkien y a introduit lui-même certains noms comme María, Yésus, Hristo.

12. Comment dit-on « je t'aime » en elfique ?

On pourrait penser qu'une déclaration est d'abord faite pour être comprise ? Pourtant, cette question est souvent posée. Plutôt qu'une réponse simple et immédiate, il existe des éléments de réponse. Il faut commencer par préciser de quel elfique il s'agit : de quenya ou de sindarin ?

En sindarin, nous ne pouvons faire que des hypothèses. Pour le quenya, nous avons connaissance de deux phrases parues dans The Lost Road p. 61 : Atarinya tye-meláne “my father I love thee” et A yonya inye tye-méla “and I too, my son, love thee”, soit « mon père, je t'aime » et « et moi aussi, mon fils, je t'aime ». Il s'agit de « qenya » des années 30, qui se rapproche du quenya tel qu'illustré dans Seigneur des Anneaux , mais avec certaines différences. Ainsi, il n'est pas certain que les pronoms observés ici y aient été conservés.

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Les phrases de « qenya » citées ci-dessus diffèrent probablement quelque peu de ce que Tolkien aurait écrit plus tard. Le pronom suffixé « je » - ne n'y apparaîtra plus, et c'est une forme -nye que l'on observera. Il est encore difficile de dire si cela correspond à un changement dans les conceptions de Tolkien ou si les deux formes y ont coexisté comme synonymes. La conjugaison a également un peu surpris. Dans le quenya plus tardif, il existe une opposition entre un présent et un aoriste, ce dernier semblant représenter l'action sans considération de temps. Nous aurions ainsi le présent mélanye « j'aime (maintenant) » et l'aoriste melinye « j'aime (en général) ». On s'attendrait à ce que ce soit ce dernier qui s'emploie, pourtant les formes dans The Lost Road ressemblent plus à des présents. Peut-être l'étonnement vient-il simplement de ce que les valeurs respectives des deux temps ne sont pas encore bien saisies. L'opposition entre tye meláne avec pronom suffixé et inye tye méla avec pronom indépendant est une différence d'emphase, comme le montre bien la traduction. On retrouve plus tard le même contraste dans le poème Namárië entre nai hiruvalye   et nai elye hiruva « puissiez-vous trouver »

Certains ont imaginé des phrases en quenya ultérieur, ainsi à l'aoriste melinyet « je t'aime », melinyel « je vous aime », au présent mélanyet « je t'aime », mélanyel « je vous aime ». Basées sur un modèle connu ( utúvienyes « je l'ai trouvé »), ces constructions sont vraisemblables, quoique non attestées. Il existe certainement encore d'autres possibilités.

On a pu se demander si le verbe mel- correspond à tous les sens d' « aimer », car Tolkien a rattaché la racine primitive MEL sur laquelle il est basé à l'amitié (LR:372). Cela dit, on a vu que ce verbe s'employait pour l'amour filial, et la même racine produit aussi des mots comme melme « amour », melisse « amante », melindo « amant ». Il est donc vraisemblable que son sens se soit élargi en quenya.

Nous sommes bien plus dans le flou en ce qui concerne le sindarin, n'ayant pas d'exemples. Le verbe melo « aimer » passé melant apparaît dans VT45:34 ; mais il était inclus dans une première version de l'entrée MEL des Etymologies , que Tolkien raya, ce qui jette un doute sur sa validité ultérieure. De plus, nous ne connaissons encore vraiment des pronoms de deuxième personne que la forme révérencielle le , qui n'est pas nécessairement appropriée. En employant tout de même ces formes, on aurait * le melon « je vous aime ».

13. Quelles sont les formules de salutation et remerciement ?

Nous ne savons pas vraiment comment l’on remerciait en elfique, mais en revanche nous connaissons quelques saluts. En quenya, nous avons la formule qu'emploie Frodon pour saluer la compagnie de Gildor Inglorion : Elen síla lúmenn' omentielvo « une étoile brille sur l'heure de notre rencontre ». Nous disposons même de la version telerine Él síla lumena vomentienguo . L'exclamation Aiya ! qui correspond à l'anglais “hail!” est manifestement très emphatique et solennelle, et aussi traduite par “behold!” «  voyez  ! » ; il ne s'agit donc pas exactement d'un salut courant.  Pour prendre congé, nous connaissons Namárie « au revoir, adieu », et nous voyons dans le Contes et légendes Inachevés Gelmir et Arminas dire à Tuor Anar kaluva tielyanna « le soleil brillera sur votre route ». En sindarin, nous connaissons le salut de Glorfindel à Aragorn Mae govannen “Well met” « Heureuse rencontre ». La Lettre du Roi (SD:128-131) envoyée par Aragorn à Sam montre que suilad « salut, salutation » s'employait au moins pour conclure une lettre. Le verbe suilanna- « saluer » est attesté dans le même document.

Il est impossible de deviner quelles pouvaient être les autres saluts, car ce sont des formules figées et idiomatiques, dont le sens peut ne pas être immédiatement apparent (ainsi en français « comment allez-vous ? » et en anglais “how do you do?”). En effet, dans un salut, c'est le fait de le prononcer qui importe bien plus que son contenu.

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Un certain nombre d'autres saluts ont été développés en dehors du cadre du récit par diverses personnes qui souhaitent se servir des langues elfiques. Ils sont fort variés, car l'on peut imaginer mille et une façons de se saluer. Il s'agit souvent soit de calques de formules qui existent dans la langue maternelle de leurs inventeurs, soit de variations sur les formules attestées dans les écrits de Tolkien. Ils vont du vraisemblable, comme l'usage généralisé de suilad dans tous les emplois de « salut » en français, au plus incertain comme la formule * Cuio mae que l'on voit flotter çà et là, manifestement un calque sindarin de l'allemand Lebewohl ou de l'anglais Farewell « Adieu ».

Nous nous trouvons bien plus dépourvus en remerciements. Le seul terme approchant se trouve dans le nom d'une cérémonie númenoréenne citée dans les Contes et légendes inachevés, l' Eruhantale “Thanksgiving to Eru”. Il est certes possible d'en extraire hantale “thanksgiving” mais, aussi séduisant que soit ce parallèle, il se peut que l'idée originelle ait été celle d'honorer plus que de remercier ; cf. Vinyar Tengwar n° 43 p. 14, qui rattache le mot à une racine HAN « ajouter à, accroître, rehausser, honorer (spéc. par un don) ». « Action de grâce » semble donc mieux correspondre au sens du mot quenya, ce qui s'éloigne d'un remerciement courant.

Par ailleurs, une construction sindarine pour « merci » circule depuis l'apparition des films de Peter Jackson : ** hannon le . Cette expression est une construction erronée à plusieurs titres. Elle part d'un verbe hypothétique * hanna- modelé sur le mot quenya vu plus haut, dont on a vu qu'il pouvait ne pas exactement signifier « remercier ». Si l'étymologie donnée par VT43 est correcte, le h initial n'aurait pas dû persister en sindarin, sauf cas d'emprunt (possible) au quenya. Enfin, la syntaxe est vraisemblablement incorrecte, les exemples de sindarin montrant tous le pronom objet avant le verbe. Autant de raisons pour rejeter cette expression, qui montre de façon exemplaire qu'à force d'hypothèses, on peut aboutir à n'importe quoi.

14. Ma demande de traduction n’obtient pas de réponse. Pourquoi ?

Traduire est un travail délicat, qui demande beaucoup de réflexion. A cela, les langues de Tolkien ajoutent des difficultés qui leur sont propres, traitées dans la question n° 2 : Peut-on s'exprimer dans les langues de Tolkien ?. Tout essai de traduction dans ces langues – car il ne peut s’agir que d’essais – lorsqu’elle est même possible, exige donc du temps, que chacun n’a pas forcément, et nécessite de poser des hypothèses qui demandent à être explicitées.

Il faut aussi savoir qu’en l’état actuel de nos connaissances, nous sommes loin, très loin de pouvoir nous exprimer sur tout. Certaines questions n’ont donc tout simplement pas de réponse connue.

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Une demande de traduction à brûle-pourpoint et sans explication est souvent mal ressentie et ignorée :  ne sachant si la personne qui l’a postée est véritablement intéressée, ou s’il ne s’agit que d’une idée passagère qui sera oubliée quelques heures plus tard, on hésite à passer du temps à rédiger une réponse circonstanciée. Mieux vaut commencer par chercher au moins un peu par soi-même : c’est plus intéressant ainsi, démontre l’intérêt que l’on porte à sa question, et permet de mieux comprendre ensuite la réponse, s’il est possible d’en donner une. Cette démarche d’étude, d’analyse et de critique devient de toute façon vite indispensable si l’on s’intéresse de façon durable aux langues inventées par Tolkien : autant s’y mettre donc au plus tôt.

15. Pourquoi étudier les langues inventées par Tolkien ?

Si vous êtres parvenus jusqu’ici, vous devez bien avoir trouvé vous-même une raison ! Plus sérieusement, la question peut légitimement se poser : pourquoi diable s’intéresser à des langues construites, incomplètes, sans arrêt remaniées, et qui ne sont, ne furent ni ne seront jamais les langues maternelles de quiconque dans le monde " réel " ? Manifestement pas pour leur intérêt en tant qu’instruments de pure communication !

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Pour commencer, elles étaient immensément importantes pour leur auteur. Dans une de ses lettres (n° 205), il ira jusqu’à dire qu’écrire Le Seigneur des Anneaux était pour lui une façon de créer une situation où l’emploi d’un salut elfique serait normal ! Il faut certes relativiser cette affirmation, la remettre dans son contexte, mais elle montre assez l’importance de l’inspiration linguistique dans son écriture, qualifiée ailleurs de " fondamentale " (lettre n° 165) ; la construction de ses langues avait d’ailleurs été commencée avant la rédaction des premières légendes (lettre n° 163). Tolkien considérait qu’il existe un lien inévitable entre une langue et la tradition qu’elle exprime, que les deux se soutiennent mutuellement, et qu’inventer des langues l’avait naturellement mené à concevoir une mythologie dans laquelle elles s’inscriraient (lettre n° 180). Il en ressort qu’il n’est pas possible de comprendre pleinement son œuvre et ses motivations sans consacrer quelque attention à l'aspect linguistique; le lecteur attentif aura remarqué le rôle primordial consacré à l'étymologie des noms dans l'œuvre de Tolkien, en particulier dans le Seigneur des Anneaux. Loin d'être illustrative, l'histoire des mots, enchevêtrée à celle des peuples peut s'avérer être un élément lumineux et décisif dans une étude approfondie du légendaire.

Mais il s’agit aussi de quelque chose de plus difficilement définissable : la satisfaction intellectuelle que l’on ressent à contempler une construction complexe, touffue et bâtie avec art par un philologue de talent. Cela va souvent avec un intérêt plus large dans le langage, que la lecture de Tolkien peut d’ailleurs éveiller. Il y a l’intérêt de " trouver le code ", de déchiffrer un langage et une écriture apparemment étranges mais que l’on sent obscurément comme cohérents. Quoique basées en grande partie sur des modèles européens, les langues de Tolkien offrent bien des caractères qui les rendent peu familières au lecteur : elles offrent donc l’intérêt du dépaysement linguistique. Leur auteur y était certainement sensible : c’est probablement là que réside une part du véritable envoûtement qu’il éprouva pour le finnois, langue non-européenne, très différente de celles auxquelles il était habitué lorsque, jeune homme, il en fit la découverte.

Il y a aussi le simple plaisir esthétique des sons en harmonie de langues bâties en bonne part dans un but poétique, du moins en ce qui concerne le quenya et le sindarin. Dans l’essai A Secret Vice, Tolkien compare d’ailleurs la composition d’une langue à celle d’une " symphonie intime ". La mention de l’enchantement procuré par la simple sonorité des mots, déconnectée de leur signification, revient à plusieurs reprises dans ses écrits ; Frodon par exemple l’éprouve dans la Salle du Feu (SdA livre II ch. 1 Nombreuses rencontres). Tolkien considérait l'invention d'une langue comme une forme d'art, et en tant que telles, ses créations méritent l'attention

Enfin, on pourrait répondre comme l’alpiniste George Mallory lorsqu’on lui demandait pourquoi il gravissait les montagnes : " Parce qu’elles sont là ".





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