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Le chant d'Eärendil - Moraldandil - 12-04-2003 [small][Édit (Yyr) 2021 : ce fuseau est l'un des nombreux rejetons de l'arbre initial de la traduction des poèmes][/small] [espacement] Voici un autre travail assez long : le chant d’Eärendil composé par Bilbon à Fondcombe. L’original est un long poème narratif en octosyllabes, avec une construction très compliquée et difficile à décrire. On observe en particulier un jeu de rimes batelées (les finales des vers impairs sont reprises à l’intérieur des vers pairs) et de rimes finales, parfois approximatives, ainsi que de fréquentes assonances et allitérations. S’y ajoutent de fréquentes variations de syntaxe (qui est souvent inhabituelle), avec de nombreux chiasmes. On ne perçoit pas vraiment de structure bien définie, mais plutôt le retour incessant de variations sur un motif que l’on n’arrive jamais à percevoir tout à fait clairement. A mon sens, ce poème est un de ceux qui gagnent le plus à être récités. [small]Si vous avez <i>The Road Goes Ever On</i> écoutez <i>Errantry</i> qui est apparenté, vous verrez ce que je veux dire – sauf qu’<i>Errantry</i> encore « pire » en son genre, du point de vue de la difficulté de traduction bien sûr ;-)[/small] Il m’a paru indispensable de garder l’octosyllabe afin de conserver la rapidité du poème. J’ai tenté de reproduire un tant soit peu les effets sonores de l’original, sans que ce soit systématique, et les variations de syntaxe. Quelques détails sont malheureusement passés à la trappe, d’autres ont été réorganisés : il n’y a pas toujours de correspondance stricte de vers à vers. Je pense néanmoins que l’essentiel y est. Je remercie Círdan, Iarwain et Laegalad pour leurs avis et remarques, et Yyr pour son aide à formater ce message ;-) [espacement][colonne][gauche]Song of Eärendil[/gauche][droite]Chant d’Eärendil[/droite][/colonne] [colonne][gauche]<i>Eärendil was a mariner that tarried in Arvernien ; he built a boat of timber felled in Nimbrethil to journey in ; her sails he wove of silver fair, of silver were her lanterns made, her prow was fashioned like a swan and light upon her banners laid.</i>[/gauche][droite]Eärendil fut un marin Qui s’attarda en Arvernien ; Il bâtit un bateau de bois De Nimbrethil pour voyager ; Les voiles fit de bel argent, Dans l’argent forgea les fanaux, Façonna la proue comme un cygne, Hissa ses enseignes brillantes.[/droite][/colonne] [colonne][gauche]<i>In panoply of ancient kings In chainéd rings he armoured him ; his shining shield was scored with runes to ward all wounds and harm from him ; his bow was made of dragon horn, his arrows shorn of ebony, of silver was his habergeon, his scabbard of chalcedony ; his sword of steel was valiant, of adamant his helmet tall, an eagle-plume upon his crest, upon his breast an emerald.</i>[/gauche][droite]Dans l’armure des anciens rois Se cuirassa de mailles fines ; Le gardait des maux et des torts Son écu d’or gravé de runes. Dans l’ébène tailla ses flèches, Son arc en corne de dragon ; Son haubergeon était d’argent, De calcédoine son fourreau, Son épée vaillante d’acier, Son heaume élevé d’adamant, Une plume d’aigle au cimier, Sur sa poitrine une émeraude.[/droite][/colonne] [colonne][gauche]<i>Beneath the Moon and under star he wandered far from northern strands, bewildered on enchanted ways beyond the days of mortal lands. From gnashing of the Narrow Ice Where shadow lies on frozen hills, from nether heats and burning waste he turned in haste, and rowing still on starless waters far astray at last he came to Night of Naught and passed, and never sight he saw of shining shore nor light he sought. The winds of wrath came driving him and blindly in the foam he fled from west to east and errandless unheralded he homeward sped.</i>[/gauche][droite]Sous la Lune et sous les étoiles Erra loin des grèves du Nord Perdu sur des voies enchantées Au-delà des terres mortelles. Du détroit de glaces grinçantes Où l’ombre noie des monts gelés, Des enfers brûlants du désert Se détourna en hâte ; enfin, Errant sur des eaux sans étoiles, Atteignit la Nuit du Néant Et passa sans voir la lumière Des rivages qu’il recherchait. Les vents de colère le prirent Et d’ouest en est, sans but, chez lui, Aveugle il fuit dans les embruns Et revint sans être annoncé.[/droite][/colonne] [colonne][gauche]<i>There flying Elwing came to him, and flame was in the darkness lit ; more bright than light of diamond the fire upon her carcanet. The Silmaril she bound on him and crowned him with the living light and dauntless then with burning brow he turned his prow ; and in the night from Otherworld beyond the Sea there strong and free and storm arose, a wind of power in Tarmenel ; by paths that seldom mortal goes his boat him bore with biting breath as might of death across the grey and long forsaken seas distressed : from east to west he passed away.</i>[/gauche][droite]Là Elwing, volant, vint à lui, Et dans la nuit jaillit la flamme ; De son collier le feu brillant Du diamant surpassait l’éclat. Du Silmaril le couronna, Le coiffa de lumière vive. Lors intrépide, le front ardent, Il tourne sa proue ; dans la nuit De l’Autre Monde d’outre Mer Se lève une forte tempête, Un vent puissant de Tarmenel, Souffle mordant, force de mort Portant son navire en détresse Sur des mers grises délaissées, Voies fermées d’usage aux mortels ; Et d’est en ouest il disparaît.[/droite][/colonne] [colonne][gauche]<i>Through Evernight he back was borne on black and roaring waves that ran o’er leagues unlit and foundered shores that drowned before the Days began, until he heard on strands of pearl where ends the world the music long, with ever-foaming billows roll the yellow gold and jewels wan. He saw the Mountain silent rise where twilight lies upon the knees of Valinor and Eldamar beheld afar beyond the seas. A wanderer escaped from night to haven white he came at last, to Elvenhome the green and fair where keen the air, where pale as glass beneath the Hill of Ilmarin a-glimmer in a valley sheer the lamplit towers of Tirion are mirrored on the Shadowmere.</i>[/gauche][droite]Ramené dans le Nuit sans Fin Par les flots obscurs qui grondaient Sur des lieues noires et des rives Noyées avant le premier Jour, Il ouït enfin sur les grèves De perles où finit le monde Le son des vagues écumantes Roulant l’or et les gemmes pâles ; Et la Montagne silencieuse, Sa pénombre sur les genoux De Valinor et d’Eldamar Depuis les mers il contempla. Vagabond sorti de la nuit, Il vint enfin au havre blanc, Au beau et vert pays des Elfes À l’air vif, où dans une combe Sous la colline d’Ilmarin Brillotent pâles comme verre Les lampes des tours de Tirion Reflétées dans le Lac aux Ombres.[/droite][/colonne] [colonne][gauche]<i>He tarried there from errantry, and melodies they taught to him, and sages old him marvels told, and harps of gold they brought to him. They clothed him then in elven-white, and seven lights before him sent, as through the Calacirian to hidden land forlorn he went. He came unto the timeless halls where shining fall the countless years, and endless reigns the Elder King in Ilmarin on Mountain sheer ; and words unheard were spoken then of folk of Men and Elven-kin, beyond the world were visions showed forbid to those that dwell therein.</i>[/gauche][droite]Là il arrêta son errance Et apprit d’eux des mélodies ; Des harpes d’or ils apportèrent, Lui contèrent maintes merveilles. En blanc elfique ils l’habillèrent, Et sept lumières devant lui, Il passa le Calacirya, Marcha vers le pays caché. Il vint dans les salles sans âge Où tombent les années sans nombre Et sans fin règne l’Ancien Roi Sur la Montagne en Ilmarin ; Et des mots alors furent dits Inouïs des Hommes et des Elfes, Montrées des visions d’au-delà Inaccessibles à ce monde.[/droite][/colonne] [colonne][gauche]<i>A ship then new they build for him of mithril and of elven-glass with shining prow ; no shaven oar nor sail she bore on silver mast : the Silmaril as lantern light and banner bright with living flame to gleam thereon by Elbereth herself was set, who thither came and wings immortal made for him, and laid on him undying doom, to sail the shoreless skies and come behind the Sun and light of Moon.</i>[/gauche][droite]Une nef neuve alors lui firent De mithril et de verre elfique, À la proue brillante, sans rame Ni voiles à son mât d’argent : Le Silmaril comme lanterne Et bannière, vivante flamme, Pour resplendir y fut placé Par Elbereth même, qui vint, Lui fit des ailes immortelles, Fixant, éternel, son destin : Voguer dans les cieux sans rivage Après la Lune ou le Soleil.[/droite][/colonne] [colonne][gauche]<i>From Evereven’s lofty hills where softly silver fountains fall his wings him bore, a wandering light, beyond the mighty Mountain Wall. From World’s End then he turned away, and yearned again to find afar his home through shadows journeyiing, and burning as an island star on high above the mists he came, a distant flame before the Sun, a wonder ere the waking dawn, where grey the Norland waters run.</i>[/gauche][droite]Des collines du Soir sans Fin D’où tombent des sources d’argent Il prit son vol, lumière errante, Passa le puissant Mur des Monts. Se détournant du Bout du Monde, Il voulut retrouver sa terre Au loin, voyageant par les ombres, Île ardente comme une étoile S’élevant au-dessus des brumes, Merveilleuse flamme lointaine Sur les ondes grises du Nord Avant l’aurore ou le Soleil.[/droite][/colonne] [colonne][gauche]<i>And over Middle-earth he passed and heard at last the weeping sore of women and of elven-maids in Elder Days, in days of yore. But on him mighty doom was laid, till Moon should fade, and orbéd star to pass, and tarry never more on Hither Shores where mortals are ; for ever still a herald on an errand that should never rest : to bear his shining lamp afar, the Flammifer of Westernesse.</i>[/gauche][droite]En Terre du Milieu enfin Il plana, entendit les pleurs Des femmes et filles des Elfes Aux temps jadis, aux Jours Anciens. Mais sur lui pesait son destin : Jusques à la fin de la Lune, Tourner sans plus jamais cesser, Passer sur ces rives mortelles ; Éternel héraut désormais D’une mission sans nul repos : Porter au loin sa flamme claire, Le Flammifer de l’Occident.[/droite][/colonne] [espacement]Moraldandil Le chant d'Eärendil - greenleaf - 27-05-2003 Chapeau ! L'art poétique m'est tout à fait étranger, et je suis béat d'admiration devant les traductions présentées ici. Selon moi, le chant d'Earendil présenté ici se compare avantageusement à la version publiée (c'était facile, direz-vous), malgré les omissions et les pertes, nécessairement nombreuses dans ce genre d'exercice (une approche qui comporte de NETS avantages également). Les essais qui se trouvent dans <!--l'-->[les] autre[<!---->s] fuseau[x], lus il y a longtemps, m'avaient également fait bonne impression. Je reviendrai vous lire, en espérant que vous continuerez à prendre plaisir à la traduction des poèmes, et à nous donner des traduction d'une telle qualité... à première vue, en tout cas ; mais sur un forum, on n'en demande même jamais autant ! Évidemment, quand il s'agit de JRRVF...<p>greenleaf, admiratif. Le chant d'Eärendil - greenleaf - 27-05-2003 Excusez les fautes et les maladresses. J'ai été secoué, apparemment. ;-) |