Ajoutons à cela que Beren, contrairement à bien d'autres, ne désire pas le Silmaril pour lui-même. Si le désir de possession est la marque de la faute, Beren en est exempt. Beren ne cherche le Silmaril que pour obtenir la main (!) de Lúthien.
Le texte du ch. 19 du Silmarillion souligne ce caractère exceptionnel : "Quand il referma la main sur le joyau celui-ci rayonna dans tout son être et sa main fut comme une lampe allumée, mais le Silmaril accepta son contact et ne le brûla point" (Pocket, p. 238 ; en anglais : "As he closed it in his hand, the radiance welled through his living flesh, and his hand became as a shining lamp; but the jewel suffered his touch and hurt him not").
Beren est "irradié" par la lumière du Silmaril, mais celle-ci ne le brûle pas (un peu à la manière de certaines personnes touchées par la foudre : la décharge est parfois si rapide que la chair n'a pas le temps de brûler).
Cette première exception se redouble, un peu plus loin, d'un fait pour le moins curieux. Lorsque Mablung ouvrit le ventre de Carcharoth, il découvrit la main de Beren qui tenait le Silmaril : elle était intacte. Dès qu'il l'eut touchée, elle disparut. Tout se passe comme si la main de Beren avait consumé toute sa matière et que le moindre contact l'avait fait s'anéantir. Il se pourrait que Beren n'aurait pas pu tenir très longtemps le Silmaril en main sans être consumé (d'ailleurs, le tenir longtemps en main serait revenu à le posséder).
En un sens, c'est une chance que Carcharoth ait avalé la main de Beren pour ensuite l'amener jusqu'à Doriath : cela a évité à Beren d'avoir à porter trop longtemps un joyau trop puissant, trop lumineux pour sa chair mortelle.
A ce propos, je m'interroge sur les Nains artisans de Nogrod qui ont serti le Silmaril sur le Nauglamír. Même s'ils cachaient leurs pensées à Thingol, les Nains ont-ils pu masquer à ce point leur désir de possession pour manipuler le Silmaril sans dommage ? Ou ont-ils utilisé des pinces ? ;-)
Sébastien