Je nuancerai le propos d'Edouard: s'il est bel et bien impossible de vraiment traduire un <i>texte</i> suivi, faute notamment d'une bonne connaissance de la conjugaison, la syntaxe du groupe nominal est raisonnablement bien connue, ce qui suffit pour composer une <i>expression</i>. Pour "gardienne du soleil" nous aurons un problème de vocabulaire, mais pas de syntaxe: des expressions similaires sont bien connues, à commencer par <b>Minas Anor</b> "la Tour du Soleil" et <b>Minas Ithil</b> "la Tour de la Lune".<p>La syntaxe du complément du nom est différente en français et en sindarin, il n'est pas possible de traduire littéralement. En sindarin, cette relation s'exprime souvent par la simple juxtaposition nom déterminé + nom déterminant. Si le déterminant est un nom commun défini, il est précédé d'un article : au singulier <b>i</b>, qui déclenche la mutation douce du mot suivant, ou plus souvent dans notre corpus l'article génitif <b>en</b>, qui entraîne la mutation mixte; au pluriel de <b>in</b>, qui entraîne la mutation nasale. Le premier nom ne prend pas d'article. Ainsi dans le corpus nous avons <b>Condir i Drann</b> "Maire de la Comté", <b>Ernil i Pheriannath</b> "Prince des Semi-Hommes", <b>Narn en·Êl</b> "Conte de l'Étoile", <b>ered e·mbar nín</b> "les montagnes de mon pays". Quand le déterminant est un nom propre, il n'y a pas d'article: l'inscription des portes de la Moria a ainsi <b>Ennyn Durin Aran Moria</b> "Les Portes de Durïn, Seigneur de la Moria". Dans tous les cas, le premier nom, le déterminé, ne prend pas d'article. Il existe d'autre structures moins fréquentes dans le corpus, cf. le fuseau <a href="http://www.jrrvf.com/noncgi/Forum8/HTML/000020.html">Les articles... définis, indéfinis, génitifs, partitifs</a>.<p><b>Minas Anor</b> "la Tour du Soleil" et <b>Minas Ithil</b> "la Tour de la Lune" que les noms de ces deux astres sont traités comme des noms propres en sindarin. Pour "la gardienne du Soleil", nous pouvons nous baser sur <b>Minas Anor</b> en substituant à <b>minas</b> "tour" un terme signifiant "gardienne". Le problème, c'est que nous n'en avons pas.<p>Est-il possible d'en former un ? Peut-être, mais nous entrons dans le domaine de l'hypothétique. S'il n'y a pas de mot pour "guardien(ne)", il y en a peut-être un pour "guetteur", qui pourrait faire l'affaire : les deux notions sont proches, et le verbe <b>tir-</b> "regarder, guetter" a un dérivé <b>tirith</b> "garde" (cf. le nom <b>Minas Tirith</b> "la Tour de Garde"). Le <i>Sindarin Dictionary</i> de Didier Willis donne ainsi <b>tirn</b> "watcher" <font size=1>(à strictement parler un mot "noldorin", l'ancêtre du sindarin d'un point de vue externe)</font>, mais il est lui-même extrait du mot <b>heledir(n)</b> "martin-pêcheur", qui se retrouve en quenya sous la forme <i>halatir(no)</i>. C'est un vieux composé signifiant à l'origine "guetteur de poissons"; Tolkien reconstruit sa forme ancestrale comme <i>*khalatirno(/-ô)</i> (LR:394). On peut en déduire que <i>*tirnô</i> signifiait "guetteur" dans la langue primitive, mais rien ne nous assure qu'il survit dans les langues ultérieures : il a pu rester fossilisé dans ce composé alors que le terme simple était remplacé. Ainsi en français, nous conservons <i>blanc-seing</i> alors que le mot <i>seing</i> est complètement sorti d'usage et remplacé par <i>signe</i> ou <i>signal</i>.<p>Admettons cependant que le mot survive sous la forme <i>tirn</i>, et <i>tirno</i> en quenya. Le <b>-o</b> du quenya, est plutôt caractéristique du masculin, le féminin "gardienne" serait vraisemblement <i>*tirne</i>. Le sindarin ayant perdu ses voyelles finales, la différence y est estompée; mais il y existe d'autres suffixes pour marquer une différence de sexe, si nécessaire. Un suffixe de féminin courant est <b>-eth</b>, il s'oppose au masculin <b>-on</b>: nous avons ainsi <b>elleth</b> "femme, jeune-fille elfe" vs. <b>ellon</b> "homme elfe", ou <b>adaneth</b> "femme (mortelle)" formé sur <b>adan</b> "humain, homme (mortel)". Peut-être aurions-nous <b>*tirieth</b> pour "guetteuse".<p>Nous obtiendrions ainsi <b>Tirieth Anor</b> pour "guetteuse du soleil", par extension "gardienne du soleil". Mais il faut répéter que c'est très incertain, il suffit de voir toutes les hypothèses qu'il a été nécessaire de poser ci-dessus.<p>Enfin, il y aurait d'autres voies, spécialement celle de la composition, si le propos est de composer un nom. Elles aussi hypothétiques.<p>B.