Bonjour à tous,
je n'ai pas tout entendu, en raison de la prise de son, et la vidéo a bloqué à la 40e minute. c'est une bonne chose que les étudiants de marne la vallée entendent parler de Tolkien, mais tout de même :
il y a bien des contresens gênants, parfois ponctuels (les Elfes sans corps ? qui ne connaissent pas la mort ? sur les langues "apparues avant le monde"), parfois rédhibitoires pour la démonstration de fond :
opposer la "simplicité hobbite" du côté elfique et du côté "nain" de l'homme est une position risquée, contredite par les déclarations de Tolkien (qu'il ne faut pas croire sur parole, toutefois) et par ses textes : les exemples pris (champignons, et encore l'extrapolation sur la cuisine française...) sont un peu courts.
présenter les hobbits comme vivant dans un "paradis perdu", comme une "race qui n'a pas chuté" : on croit rêver, dans la réduction de l'oeuvre - et la médiocrité des Hobbits, désignée par Tolkien ?
L'oeuvre de Tolkien refuse ce genre de dualisme (de binarisme), qui finit par ressembler au "manichéisme" contre lequel nous nous élevons tous.
sur le plan biographique, il y a une confusion, sans doute, entre "simplicité" et "humanité" de Tolkien - qu'il ait été humain, ce n'est pas un scoop. que dire du portrait du "professeur" d'université et de la caricature de la version "sophistiquée"... dont le portrait correspond... à au travail de Tolkien ? sans parler des clichés sur la vie "banale" de Tolkien, et le portrait de Tolkien en hobbit simple est très caricatural.
sur le plan littéraire, c'est également très friable : le refus de l'allégorie comme preuve de 'simplicité' du récit ? l'opposition entre 'héritage' et 'cosmopolitisme' (comme si Tolkien ne s'était pas intéressé au côté 'cosmopolite' de Beowulf, justement).
et sur le plan politique, quelles sont les implications de cette lecture ?
si l'on quitte Tolkien, c'est du même tonneau : la vision des "paysans" (bon, alors, il en reste en France, ou non ?), en particulier le dialogue imaginaire avec le "paysan"... me fait penser aux clichés "linguistiques" dont le caractère obsolète a été dénoncé depuis longtemps. pas de mot (dans aucun patois?) pour dire la beauté mais 15 mots pour dire la hache ou la chèvre ? on se croirait en 1930...
voir par exemple une recension récente (http://http://www.laviedesidees.fr/Alice-au-pays-des-langues.html) sur Guy Deutscher, Through the Language Glass : How Words Colour Your World, qui revient sur ' le mythe des deux cent mots pour parler de la neige chez les Eskimos'. je conseille la chute : '« Quand quelqu’un commence un argument en disant ‘Les Untels n’ont pas de mot pour dire Chose’, ou ‘Les Untels ont tant et tant de mots différents pour dire Chose’, ne lui faites jamais confiance...'
j'ai déjà, par le passé, mis en garde B. Alliot (à Jena, en 2007) contre ce genre de plaquage de conceptions extérieures, démenties par le texte. la mise en ligne de la vidéo est une bonne occasion d'y penser de nouveau.
bon, il me reste 15 minutes à écouter, pendant que je reporte des corrections d'épreuves, pourvu que cela se débloque!
VF