05-06-2015, 18:38
En 2002, Laurent Alibert (<i>alias</i> Círdan sur ce forum) donnait en partage aux lecteurs de JRRVF son mémoire de maîtrise intitulé <a href="https://www.jrrvf.com/precieux-heritage/essais/articles-de-portee-generale/imaginaire-medieval-et-mythologique-dans-loeuvre-de-tolkien/" target=_blank><i>Imaginaire médiéval et mythologique dans l’œuvre de Tolkien</i></a> dans lequel on devinait une bonne connaissance des poèmes du troubadour <a href="https://www.jrrvf.com/precieux-heritage/essais/articles-de-portee-generale/imaginaire-medieval-et-mythologique-dans-loeuvre-de-tolkien/imaginaire-medieval-et-mythologique-partie-2/#_ftnref161" target=_blank>Jaufré Rudel</a> à l’occasion de développements autour de la figure féminine :
4 ans plus tard, avec son mémoire de master, <i>Héroïsme et amour chevaleresque dans</i> Jaufre <i>(anonyme occitan), Les</i> Lais <i>de Marie de France et le</i> Lay of Leithian <i>(Tolkien)</i>, Laurent Alibert faisait se croiser les routes de Tolkien et d’un autre Jaufré, chevalier celui-là, qui ne devait plus le quitter pour plusieurs années encore, puisqu’il en fit le sujet de sa thèse de doctorat soutenue l’Université Paul Valéry-Montpellier 3 le 10 décembre 2011 (une bien belle journée et une bien belle soutenance, je peux en témoigner ;-))
Ce mois de mai 2015 voit la parution de cette thèse « dans une version révisée et augmentée » au sein de la prestigieuse maison d’édition Honoré Champion, sous le titre <i>Le roman de</i> Jaufré <i>et les</i> Narty Kaddžytæ. <i>Modalités du merveilleux et structures indo-européennes</i>.
<div align = center><a href="http://www.honorechampion.com/fr/champion/9062-book-08532878-9782745328786.html" target=_blank><img src="http://static.wixstatic.com/media/17d6ae_d7dca071e4354ac8bdeca4ddd3571b08.jpg_srb_p_313_461_75_22_0.50_1.20_0.00_jpg_srb"></a></div>
L’ouvrage est précieux non seulement de par son auteur qui nous est cher mais aussi parce qu’il s’agit de la première thèse de doctorat en France consacrée à l’étude comparée des légendes nartes des Ossètes et du légendaire arthurien, à travers le <a href="http://jessehurlbut.net/wp/mssart/?page_id=4605" target=_blank>roman occitan de <i>Jaufré</i></a>. C’est aussi le premier ouvrage en français entièrement consacré à l’étude (comparée) de <i>Jaufré</i>.
<div align = center><img src="http://gallica.bnf.fr/proxy?method=R&ark=btv1b60009476.f18&l=5&r=834,834,942,1043" width=400></div>
Sosryko que je suis, il me faut aussi vous dire que l'ouvrage contient en annexe 2 la traduction de 9 légendes nartes (dont 8 entièrement inédites) ! Il s'agit des premières traductions de légendes nartes en français depuis l'ouvrage de Georges Dumézil, <i>Légendes sur les Nartes. Le livre des héros</i>, Gallimard/UNESCO Caucase, 1965 (réed. 1989).
Espérons que Laurent Alibert aura l’opportunité de poursuivre ce travail de traduction pour notre plus grande joie ! En attendant, voici les titres des 9 légendes ou contes :
p. 353-354 : Les trois familles Nartes
p. 354-359 : Farnæg et le Aigwyrtæ
p. 359-364 : Soslan et Atsyruhs
p. 364-366 : Les dons des Esprits à Soslan
p. 366-367 : Deux Nartes se disputaient à propos du pays du Grand Awar
p. 367-368 : Comment les Nartes choisirent un berger
p. 368-369 : Les Boratæ étaien une famille orgueilleuse…
p. 369-370 : Les Nartes et l’os du géant
p. 370-371 : La naissença d’Æhsar e Æhsæhtæg (traduction en occitan languedocien moderne) <small>(Círdan avait partagé avec nous l’an passé de belles traductions en occitan et en ossète)</small>
Pour le reste, l’intéressé comme le curieux trouveront tous les détails concernant cette publication sur le <a href="http://laurentalibert.wix.com/jaufreetlesnartes" target=_blank>site qui lui est consacré</a>, avec en particulier l’alléchante <a href="http://laurentalibert.wix.com/jaufreetlesnartes#!table-des-matieres/cp1s" target=_blank>table des matières</a>!
Et pour finir sur cette présentation en ces lieux, citons l’avant-propos, puisqu’il met Tolkien à l’honneur (sans aucune gratuité, Laurent Alibert convoquant encore le professeur non seulement pour ses études sur <i>Sire Gauvain et le Chevalier vert</i> – aux pages 53, 155, 381-383, 414 – mais aussi pour une allusion au <i>Seigneur des Anneaux</i> – p. 55 – et une citation de ses <i>Lettres</i> – p. 374) tout en rappelant l’intérêt des études comparées :
<div class="refTexte"> « Toute œuvre issue des anciennes littératures héroïques, qu’elle soit orale ou écrite, est sans doute semblable à une vieille tour, pour reprendre les mots de J.R.R. Tolkien à propos de Beowulf dans sa principale étude sur le poème vieil anglais, et à une tour qui n’est autre qu’« <i>an accumulation of old stone, part of an older hall</i> ». Nous ne citerons pas ici dans son intégralité l’allégorie développée par le Professeur d’Oxford en 1936 devant la British Academy, et nous nous contenterons de rappeler avec lui que ceux qui ont choisi de détruire la tour afin de trouver dans ses fondations les traces d’un bâtiment plus ancien n’auront jamais eu la présence d’esprit de monter au sommet de celle-ci, d’où ils auraient pu voir la mer.
C’est en partant d’une curiosité d’abord tout à fait légitime que la recherche peut finir par détruire plus qu’elle ne trouve. Scruter les traces de l’origine des légendes nartes ou de celle du roman arthurien peut entraîner de telles dérives : l’objet de la recherche, les textes, ne deviennent alors plus qu’un prétexte dans une quête scientifique dont on sait pourtant qu’elle n’apportera jamais de certitude aussi tangible que ce qui est entre les mains du lecteur. L’intérêt qu’on porte à traquer les racines du roman de <i>Jaufré</i> doit-il entraîner la relégation de ce texte unique au second plan, comme pur moyen, comme matière de travail ? Les légendes nartes sont-elles finalement moins importantes que les traces qu’elles peuvent laisser entrevoir du passé alain, sarmate, scythe ou caucasien ? Evidemment, non.
Le travail du comparatiste peut mieux qu’aucun autre permettre d’éviter cet écueil d’une recherche de la source pour elle-même – sans abandonner la quête des origines, il ne renie pas un autre objectif, qui finalement s’avère consubstantiel : se donner les moyens de lire et d’écouter une création pour ce qu’elle a voulu tenter d’exprimer, jusque dans ses différences non seulement vis-à-vis de ses sources potentielles, mais aussi vis-à-vis d’œuvres distinctes plongeant leurs racines en partie dans le même terreau. Dès lors, ce qui lie les textes, une fois ceux-ci passés au tamis de ce qui les sépare, n’en ressort que plus probant.
Dans la comparaison d’un roman arthurien – celui de <i>Jaufré</i> – et des <i>Narty kaddzytœ</i>, légendes nartes des Ossètes, c’est l’étude du merveilleux à travers ses modalités d’expression et de structures qui a semblé le moyen le plus efficace pour découvrir ces traces de structures indo-européennes tout en éclairant d’un jour nouveau les spécificités respectives. » <div class="refTitre">Laurent Alibert, <i>Le roman de</i> Jaufré <i>et les</i> Narty Kaddžytæ. <i>Modalités du merveilleux et structures indo-européennes</i>, Honoré Chapion, 2015 (Nouvelle bibliothèque du Moyen Âge, no116) , 448 p., p.9.</div></div>
Mille mercis & Bravo à toi Laurent
4 ans plus tard, avec son mémoire de master, <i>Héroïsme et amour chevaleresque dans</i> Jaufre <i>(anonyme occitan), Les</i> Lais <i>de Marie de France et le</i> Lay of Leithian <i>(Tolkien)</i>, Laurent Alibert faisait se croiser les routes de Tolkien et d’un autre Jaufré, chevalier celui-là, qui ne devait plus le quitter pour plusieurs années encore, puisqu’il en fit le sujet de sa thèse de doctorat soutenue l’Université Paul Valéry-Montpellier 3 le 10 décembre 2011 (une bien belle journée et une bien belle soutenance, je peux en témoigner ;-))
Ce mois de mai 2015 voit la parution de cette thèse « dans une version révisée et augmentée » au sein de la prestigieuse maison d’édition Honoré Champion, sous le titre <i>Le roman de</i> Jaufré <i>et les</i> Narty Kaddžytæ. <i>Modalités du merveilleux et structures indo-européennes</i>.
<div align = center><a href="http://www.honorechampion.com/fr/champion/9062-book-08532878-9782745328786.html" target=_blank><img src="http://static.wixstatic.com/media/17d6ae_d7dca071e4354ac8bdeca4ddd3571b08.jpg_srb_p_313_461_75_22_0.50_1.20_0.00_jpg_srb"></a></div>
L’ouvrage est précieux non seulement de par son auteur qui nous est cher mais aussi parce qu’il s’agit de la première thèse de doctorat en France consacrée à l’étude comparée des légendes nartes des Ossètes et du légendaire arthurien, à travers le <a href="http://jessehurlbut.net/wp/mssart/?page_id=4605" target=_blank>roman occitan de <i>Jaufré</i></a>. C’est aussi le premier ouvrage en français entièrement consacré à l’étude (comparée) de <i>Jaufré</i>.
<div align = center><img src="http://gallica.bnf.fr/proxy?method=R&ark=btv1b60009476.f18&l=5&r=834,834,942,1043" width=400></div>
Sosryko que je suis, il me faut aussi vous dire que l'ouvrage contient en annexe 2 la traduction de 9 légendes nartes (dont 8 entièrement inédites) ! Il s'agit des premières traductions de légendes nartes en français depuis l'ouvrage de Georges Dumézil, <i>Légendes sur les Nartes. Le livre des héros</i>, Gallimard/UNESCO Caucase, 1965 (réed. 1989).
Espérons que Laurent Alibert aura l’opportunité de poursuivre ce travail de traduction pour notre plus grande joie ! En attendant, voici les titres des 9 légendes ou contes :
p. 353-354 : Les trois familles Nartes
p. 354-359 : Farnæg et le Aigwyrtæ
p. 359-364 : Soslan et Atsyruhs
p. 364-366 : Les dons des Esprits à Soslan
p. 366-367 : Deux Nartes se disputaient à propos du pays du Grand Awar
p. 367-368 : Comment les Nartes choisirent un berger
p. 368-369 : Les Boratæ étaien une famille orgueilleuse…
p. 369-370 : Les Nartes et l’os du géant
p. 370-371 : La naissença d’Æhsar e Æhsæhtæg (traduction en occitan languedocien moderne) <small>(Círdan avait partagé avec nous l’an passé de belles traductions en occitan et en ossète)</small>
Pour le reste, l’intéressé comme le curieux trouveront tous les détails concernant cette publication sur le <a href="http://laurentalibert.wix.com/jaufreetlesnartes" target=_blank>site qui lui est consacré</a>, avec en particulier l’alléchante <a href="http://laurentalibert.wix.com/jaufreetlesnartes#!table-des-matieres/cp1s" target=_blank>table des matières</a>!
Et pour finir sur cette présentation en ces lieux, citons l’avant-propos, puisqu’il met Tolkien à l’honneur (sans aucune gratuité, Laurent Alibert convoquant encore le professeur non seulement pour ses études sur <i>Sire Gauvain et le Chevalier vert</i> – aux pages 53, 155, 381-383, 414 – mais aussi pour une allusion au <i>Seigneur des Anneaux</i> – p. 55 – et une citation de ses <i>Lettres</i> – p. 374) tout en rappelant l’intérêt des études comparées :
<div class="refTexte"> « Toute œuvre issue des anciennes littératures héroïques, qu’elle soit orale ou écrite, est sans doute semblable à une vieille tour, pour reprendre les mots de J.R.R. Tolkien à propos de Beowulf dans sa principale étude sur le poème vieil anglais, et à une tour qui n’est autre qu’« <i>an accumulation of old stone, part of an older hall</i> ». Nous ne citerons pas ici dans son intégralité l’allégorie développée par le Professeur d’Oxford en 1936 devant la British Academy, et nous nous contenterons de rappeler avec lui que ceux qui ont choisi de détruire la tour afin de trouver dans ses fondations les traces d’un bâtiment plus ancien n’auront jamais eu la présence d’esprit de monter au sommet de celle-ci, d’où ils auraient pu voir la mer.
C’est en partant d’une curiosité d’abord tout à fait légitime que la recherche peut finir par détruire plus qu’elle ne trouve. Scruter les traces de l’origine des légendes nartes ou de celle du roman arthurien peut entraîner de telles dérives : l’objet de la recherche, les textes, ne deviennent alors plus qu’un prétexte dans une quête scientifique dont on sait pourtant qu’elle n’apportera jamais de certitude aussi tangible que ce qui est entre les mains du lecteur. L’intérêt qu’on porte à traquer les racines du roman de <i>Jaufré</i> doit-il entraîner la relégation de ce texte unique au second plan, comme pur moyen, comme matière de travail ? Les légendes nartes sont-elles finalement moins importantes que les traces qu’elles peuvent laisser entrevoir du passé alain, sarmate, scythe ou caucasien ? Evidemment, non.
Le travail du comparatiste peut mieux qu’aucun autre permettre d’éviter cet écueil d’une recherche de la source pour elle-même – sans abandonner la quête des origines, il ne renie pas un autre objectif, qui finalement s’avère consubstantiel : se donner les moyens de lire et d’écouter une création pour ce qu’elle a voulu tenter d’exprimer, jusque dans ses différences non seulement vis-à-vis de ses sources potentielles, mais aussi vis-à-vis d’œuvres distinctes plongeant leurs racines en partie dans le même terreau. Dès lors, ce qui lie les textes, une fois ceux-ci passés au tamis de ce qui les sépare, n’en ressort que plus probant.
Dans la comparaison d’un roman arthurien – celui de <i>Jaufré</i> – et des <i>Narty kaddzytœ</i>, légendes nartes des Ossètes, c’est l’étude du merveilleux à travers ses modalités d’expression et de structures qui a semblé le moyen le plus efficace pour découvrir ces traces de structures indo-européennes tout en éclairant d’un jour nouveau les spécificités respectives. » <div class="refTitre">Laurent Alibert, <i>Le roman de</i> Jaufré <i>et les</i> Narty Kaddžytæ. <i>Modalités du merveilleux et structures indo-européennes</i>, Honoré Chapion, 2015 (Nouvelle bibliothèque du Moyen Âge, no116) , 448 p., p.9.</div></div>
Mille mercis & Bravo à toi Laurent

