Heureuse initiative de monter sur les berges verdoyantes de cette douce et féerique rivière qu'est la Seine (en tout cas dans ce méandre-ci), un festival regroupant les amateurs de cet art pas encore tout à fait majeur (en France du moins) qu'est la Fantasy.
Je le dis tout de suite, certains d'entre-vous le savent déjà, je ne suis pas un admirateur absolu de la Fantasy sous sa forme la plus communément accessible. Et le fait de vivre avec un exemplaire du Seigneur des Anneaux sur ma table de chevet depuis presque 20 ans n'implique pas que je sois automatiquement catalogué fan de Fantasy par mes contemporains. Bien au contraire.
J'ai seulement un bout de mon esprit qui vagabonde dans un coin d'une Faërie qui m'est propre et personnelle et c'est ma foi très suffisant pour apprécier un petit festival sans prétention, très agréable - de mon point de vue - et qui a été à l'origine de plusieurs sympathiques rencontres, dans la grande salle de l'espace Julien Green.
- Tout d'abord, la charmante Charlotte Bousquet, auteur de romans chez Nestiveqnen, rencontrée tout à fait par hasard alors que je cherchais à me présenter à Dame Panier-Alix. Je ne connais pas (pas encore) son oeuvre, mais la trilogie des "Arcanes" qu'elle a eu la gentillesse de me présenter semble tout à fait prometteuse à mes yeux de Touque novice en matière de littérature fantastique.
Et elle a de très jolis cheveux :o)
- Claire Panier-Alix, ensuite, bien connue des anciens du forum JRRVF, surprise en pleine conversation sur la pilosité suspecte des mantons masculins révélatrice d'un manque quelconque dont je n'ai pas saisi les références - étant moi-même néo-porteur d'une barbichette tout à fait honorable et révélatrice de rien du tout sinon que je me trouve pas trop mal avec ... Bref, rencontre furtive liée au hasard puisque je n'ai découvert la présence de la dame céant qu'en jetant un oeil vagabond et distrait sur la liste des invités du festival.
Claire me pardonnera sans doute mon terrible aveu de n'avoir jamais lu son oeuvre. Mais je finirai bien par me rattraper, d'ici une prochaine rencontre...
- Maître Alain Tesnière m'avait fait l'amitié (à moi et à d'autres, je ne suis pas le centre du Monde) de m'informer par mail de la sortie de son ouvrage La Quête du Sens dans Bilbo le Hobbit de JRR Tolkien. Ce festival a été l'occasion d'un échange avec un homme aussi passionnant que passionné, heureux de découvrir IRL (in real life - dans la vraie vie, pour ceusses du Zimmer qui ne goûtent point la langue des Spice Girls) que d'autres personnes, jeunes et moins jeunes s'intéressent avec ardeur aux mêmes sujets que lui.
- Les collègues de Tolkiendil, Dame Zelphalya en tête, et puis Bertrand, Gandalf, Meneldur, Belgarion, et Maître Ikis, avec lequel nous sommes quelques courts instants partis à la re-découverte du décompte des batailles de Beleriand. Et puis Incanus, compagnon des noires fééries Castelroussines, que j'ai eu le plaisir de revoir (il n'a plus de bandage au poignet : tout va bien, donc).
Au total, une très agréable après-midi, entouré d'elfes, de guerriers, de danseurs, d'auteurs, d'illustrateurs talentueux.
Je me suis laissé aller à déambuler au milieu des exposants, évitant soigneusement la foule des badauds qui stagnaient devant l'inévitable stand Harry Potter, où les produits dérivés du sorcier à lunettes côtoyaient des choses innomables telles que the real Gimli War Axe (sic) et la poupée d'Asfaloth, the Arwen horse (sob). A ceux-là, j'ai infiniment préféré les riches ou sobres illustrations d'univers fantastiques dont je n'avais nullement conscience. Des Univers qui ne sont pas nécéssairement les miens, mais qui attirent agréablement l'oeil et l'esprit.
Et puis l'heure fut venue d'une petite promenade à l'orée des sombres bois de mon enfance, entre Maurecourt-la-belle et Andresy-la-Grande, du côté des terres du Faÿ où trônaient jadis des hêtres centenaires et où le chant des loups tenaient les villageois sous le joug d'ancestrales terreurs...
Sous les grands arbres ténébreux, un vent frais et humide agitait les feuilles, m'invitant dans le langage des Huorns d'autrefois à passer mon chemin.
Des sentiers de naguère, effacés par le temps et par les ronces, je n'en ai retouvé que des morceaux discontinus, impropres à une sereine exploration.
J'ai alors rebroussé chemin, vaincu par les sourdes menaces des arbres.
Il se faisait de toute façon tard : le changement d'heure annonçait la nuit précoce...
Je m'en retournais vers les lointaines terre des bords du Loir et vers mon foyer, laissant avec une pointe de nostalgie les rives de la Seine, la mystérieuse colline boisée et les fantômes de l'enfance.
Ainsi est ma conception de la Faërie : d'heureuses rencontres, d'agréables errances, et en marge, tout près, le goût inquiétant de l'Ombre.
En celà, cette journée fut - de mon point de vue de Touque novice en matière de Fantastique - une grande réussite.
I.

