Bon allez ... puisque je dois attendre encore un peu avant de prendre mon nième antalgique ... et puis ... la tradition impose de participer à jrrvf quand on est mal en point ;) ...
Pour compléter encore la référence complétée par Sosryko :) permettons-nous de réveiller notre bon Fangorn et de citer avec un plaisir intarissable son étude de l'anneau de Barahir, dont je ne saurais que recommander la relecture jusqu'à l'ivresse ; délectons-nous de son plus excellent breuvage donc, et il n'est besoin que de souligner : un symbole du
don par excellence que cet anneau qui est l'opposé de l'Anneau de Pouvoir, cet Anneau sans pouvoir, dont le donateur ne conserve rien :
[citation=
L'anneau de Barahir, Sébastien Mallet,
in Tolkien, les racines du légendaire : La Feuille de la Compagnie n°2, p. 343-344]
Héritage ancestral
Nous pensons toutefois qu'Arvedui n'a pas oublié ce qu'est véritablement l'anneau de Barahir : contrairement aux Palantíri,
cet Anneau n'a pas de
don, il
est un don. Il n'a « aucun pouvoir », si ce n'est celui d'être
donné en gage d'amitié. Les Palantíri, au contraire, peuvent être détournés de leur but initial, en raison de leur pouvoir. Tout instrument dépend de l'usage qu'on en fait, et Sauron est passé maître dans l'art de la perversion du pouvoir. Parce qu'il est
inutile, l'anneau de Barahir prend toute sa valeur symbolique. Voilà pourquoi nous préférons voir dans
l'Anneau sans pouvoir, plutôt que dans les Palantíri ou les rejetons de l'Arbre, le principal symbole de l'amitié entre les Eldar et les Edain. L'anneau de Barahir ne crée pas de dépendance, car
il n'a pas de pouvoir. Il est, au contraire, la réponse à un engagement préalable. de ce fait, il resta aux mains de personnes fidèles.
De plus, le
don est plus direct que dans les trois autres formes d'union : le sang elfique, les surgeons de l'Arbre ou les Palantíri ne constituent pas une unité indivisible, mais des unions composées (le sang elfique transmis aux descendants reste chez les parents ; le surgeon n'est que la réplique du modèle ; les Pierres de vision doivent être offertes toutes les sept pour être données sans retour).
Le donateur de l'anneau de Barahir, lui,
ne conserve rien. En revanche, son possesseur est riche de l'amitié de la seule personne qui le lui a donné.[/citation]
Il est comme toujours remarquable de relever l'indépendance et la rupture radicales de la faërie tolkiénienne par rapport au temps de son auteur, celui des machines et de la guerre, ainsi qu'à notre temps qui le prolonge fidèlement, le temps de l'utilité et de l'efficacité ultimes ... La
Charité qu'évoque avec justesse Tilkalin rejette, aussi fou que cela puisse paraître, l'efficacité et l'utilité ...
[citation=Luc 17, 10]« Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été or
donné, dites:
Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire. » [/citation]
... et s'inscrit toujours dans un aban
don : cf. les nombreux points évoqués dans chacun des fuseaux donnés en référence plus haut ... et pour reprendre le fil de l'anneau de Barahir :
[citation=
Op. Cit., pp. 351-352]
La belle alliance
Cependant, Aragorn ne possède plus l'héritage royal qu'est l'anneau de Barahir : Arwen en est depuis longtemps la détentrice. En le passant au doigt, Arwen a alors choisi sa destinée : elle épousera un mortel et sera mortelle. L'Alliance s'avère totale et impitoyable : Arwen ne peut s'engager à moitié. Accepter cet Anneau représente ici
un don plus grand que de l'offrir, car il exige un changement radical. Il ne faut pas s'étonner de son rôle discrêt dans la Guerre de l'Anneau : cette histoire n'est pas la sienne. les hauts faits des Peuples libres ne peuvent rivaliser avec l'éclat du choix d'Arwen, car il s'agit d'une
liberté d'une toute autre nature. Arwen ne risque pas
sa vie dans les batailles (comme le désire Eowyn, vierge guerrière),
elle la donne en acceptant le
don d'Ilúvatar
par amour. Arwen choisit de devenir Humaine en recevant le symbole de l'alliance entre les Elfes et les Humains. En définitive, l'anneau de Barahir aura été un signe douloureux pour les Elfes : Finarfin l'offre à son fils qui s'apprêt à tourner le dos aux Valar ;
Finrod respecte son serment et
renonce à ce qu'il possède pour aider Beren ; Arwen quitte
irrémédiablement les siens, qu'elle ne retrouvera même pas à Mandos.[/citation]
Ce don total de soi ...
[citation=Jean 10, 18][ma vie] Personne ne me l’enlève ; mais
je la dépose de moi-même. […][/citation]
... est celui du serviteur exemplaire, nous l'avions déjà évoqué, et déjà en lien avec l'une des fonctions de
la figure féminine dans les Letters.
(il n'est peut-être pas inutile, après avoir lu Sébastien ci-dessus, de souligner le parfait contresens de ne pouvoir s'empêcher de rendre visible, agissante, utile le personnage d'Arwen dans le Tiers-film ...)
Et pour faire le lien avec les excellentes références données par Laegalad
(qui à mon avis sont parfaitement dans le sujet - en plus de tisser une trame fort étoilée, ron ron :) :) :)), si Fangorn veut bien m'aider encore :)
[citation=
Op. Cit., pp. 358-359]
L'alliance faërique
Il s'agit de contempler le monde en mettant entre parenthèses toute notion de propriété individuelle. C'est la leçon de Finrod :
créer et posséder
de belles choses, tout en sachant les abandonner pour ne pas se perdre. On comprend ainsi que Finrod ait également lié une forte amitié avec les Nains : Aulë, le premier, fit preuve de la même humilité face à Eru Ilúvatar en renonçant à toute revendication au sujet des Nains qu'il venait de concevoir. En recevant l'anneau de Barahir, les hommes s'engagent, à leur tour, à
accepter leur place et à ne pas se tromper de désir.[/citation]
A-t-on jamais parlé plus joliment de Faërie ? :)
Jérôme
Qui peut aller prendre son antalgique :)
Et qui doit dormir : demain il y a Anatomie, et Anatomie, on a dit qu'on suivait sérieusement au deuxième semestre, même si c'est de la dissection :)