07-08-2017, 17:50
La lecture de la première partie des mémoires d'un certain François-René de C., obscur gentilhomme breton dont les rêveries eurent paraît-il quelque influence sur la littérature de son siècle, m'a poussé à la lecture du Paradis Perdu de John Milton (traduit, du reste, par notre bon François-René en son temps).
Pour ceux qui ne connaissent pas ou peu cette oeuvre majeure de la littérature anglaise du XVIIè siècle (première parution en 1667), que l'on peut comparer aux oeuvres de Dante ou du Tasse, il s'agit d'un poème épique en douze chants, qui relate la Chute, ou plutôt les Chutes : celle de Satan d'abord, et celle d'Adam et Eve ensuite, du fait des pernicieuses manœuvres du diviseur.
C'est une oeuvre très ample : près de 10 000 vers ! Quelques morceaux choisis :
[citation=John Milton, <i>Paradise Lost</i>]
Me miserable! Which way shall I fly
Infinite wrath and infinite despair?
Which way I fly is hell; myself am hell;
And in the lowest deep a lower deep,
Still threat'ning to devour me, opens wide,
To which the hell I suffer seems a heaven.
[...]
Into this wild Abyss
The womb of Nature, and perhaps her grave
Of neither sea, nor shore, nor air, nor fire,
But all these in their pregnant causes mixed
Confusedly, and which thus must ever fight,
Unless the Almighty Maker them ordain
His dark materials to create more worlds,
Into this wild Abyss the wary Fiend
Stood on the brink of Hell and looked a while,
Pondering his voyage; for no narrow frith
He had to cross.
[...]
They, looking back, all the eastern side beheld
Of Paradise, so late their happy seat,
Waved over by that flaming brand, the gate
With dreadful faces thronged and fiery arms:
Some natural tears they dropped, but wiped them soon;
The world was all before them, where to choose
Their place of rest, and Providence their guide;
They, hand in hand, with wandering steps and slow,
Through Eden took their solitary way.
[/citation]
Deux rapports à Tolkien peuvent, à mon sens, être facilement trouvés.
Le premier concerne la (sub-)création d'une cosmogonie. Bien sûr, Milton se base sur les textes de la Bible et sur l'ensemble de la tradition judéo-chrétienne (en particulier en ce qui concerne la chute de Lucifer et les anges déchus ; et je ne peux mentionner les anges déchus sans digresser et évoquer la figure tutélaire d'Hugo Pratt et son Samaël dans Les Ethiopiques... mais je digresse) : il ne crée pas une nouvelle cosmogonie comme l'Arda du philologue oxonien. Mais enfin, il effectue un grand nombre de choix et d'interprétations, et c'est, entre autres exemples, dans ce poème qu'il crée Pandæmonium, capitale de Satan promise à un bel avenir dans la culture populaire. Je ne m'attaquerai pas, une fois de plus, aux parallèles entre la cosmogonie de Tolkien et les mythes de la Création judéo-chrétiens, bien labourés par ailleurs, mais voici une autre approche pour les confronter.
Le second rapport tient de la forme : c'est un long poème narratif épique en vers blancs (vers syllabiques non rimés), et cela fait bien évidemment immanquablement penser aux propres poèmes épiques de Tolkien, The Lay of Leithian et The Fall of Arthur. Mais si Tolkien est également adepte des vers non rimés, la métrique est bien différente du pentamètre iambique (cinq syllabes longues, non accentuées, chacune suivie par une syllabe courte et accentuée) utilisé par Milton, comme par Shakespeare. On me permettra d'avoir été plus séduit par le vers allitératif d'Arthur, plus rond en bouche que les longues saccades miltoniennes.
Mais enfin, Paradise Lost se tient en bonne place dans une anthologie de littérature en lien avec la subcréation de notre bon professeur.
Amicalement,
A.
Pour ceux qui ne connaissent pas ou peu cette oeuvre majeure de la littérature anglaise du XVIIè siècle (première parution en 1667), que l'on peut comparer aux oeuvres de Dante ou du Tasse, il s'agit d'un poème épique en douze chants, qui relate la Chute, ou plutôt les Chutes : celle de Satan d'abord, et celle d'Adam et Eve ensuite, du fait des pernicieuses manœuvres du diviseur.
C'est une oeuvre très ample : près de 10 000 vers ! Quelques morceaux choisis :
[citation=John Milton, <i>Paradise Lost</i>]
Me miserable! Which way shall I fly
Infinite wrath and infinite despair?
Which way I fly is hell; myself am hell;
And in the lowest deep a lower deep,
Still threat'ning to devour me, opens wide,
To which the hell I suffer seems a heaven.
[...]
Into this wild Abyss
The womb of Nature, and perhaps her grave
Of neither sea, nor shore, nor air, nor fire,
But all these in their pregnant causes mixed
Confusedly, and which thus must ever fight,
Unless the Almighty Maker them ordain
His dark materials to create more worlds,
Into this wild Abyss the wary Fiend
Stood on the brink of Hell and looked a while,
Pondering his voyage; for no narrow frith
He had to cross.
[...]
They, looking back, all the eastern side beheld
Of Paradise, so late their happy seat,
Waved over by that flaming brand, the gate
With dreadful faces thronged and fiery arms:
Some natural tears they dropped, but wiped them soon;
The world was all before them, where to choose
Their place of rest, and Providence their guide;
They, hand in hand, with wandering steps and slow,
Through Eden took their solitary way.
[/citation]
Deux rapports à Tolkien peuvent, à mon sens, être facilement trouvés.
Le premier concerne la (sub-)création d'une cosmogonie. Bien sûr, Milton se base sur les textes de la Bible et sur l'ensemble de la tradition judéo-chrétienne (en particulier en ce qui concerne la chute de Lucifer et les anges déchus ; et je ne peux mentionner les anges déchus sans digresser et évoquer la figure tutélaire d'Hugo Pratt et son Samaël dans Les Ethiopiques... mais je digresse) : il ne crée pas une nouvelle cosmogonie comme l'Arda du philologue oxonien. Mais enfin, il effectue un grand nombre de choix et d'interprétations, et c'est, entre autres exemples, dans ce poème qu'il crée Pandæmonium, capitale de Satan promise à un bel avenir dans la culture populaire. Je ne m'attaquerai pas, une fois de plus, aux parallèles entre la cosmogonie de Tolkien et les mythes de la Création judéo-chrétiens, bien labourés par ailleurs, mais voici une autre approche pour les confronter.
Le second rapport tient de la forme : c'est un long poème narratif épique en vers blancs (vers syllabiques non rimés), et cela fait bien évidemment immanquablement penser aux propres poèmes épiques de Tolkien, The Lay of Leithian et The Fall of Arthur. Mais si Tolkien est également adepte des vers non rimés, la métrique est bien différente du pentamètre iambique (cinq syllabes longues, non accentuées, chacune suivie par une syllabe courte et accentuée) utilisé par Milton, comme par Shakespeare. On me permettra d'avoir été plus séduit par le vers allitératif d'Arthur, plus rond en bouche que les longues saccades miltoniennes.
Mais enfin, Paradise Lost se tient en bonne place dans une anthologie de littérature en lien avec la subcréation de notre bon professeur.
Amicalement,
A.

