03-08-2004, 16:31
CDC><p>Tu parles de du conservatisme de Tolkien et je crois que tu as raison. Tolkien était indubitablement conservateur et il l'a dit lui-même à propos de sa conception de la royauté ou de son opinion sur le concile Vatican II. Pourtant j'ai toujours été surpris par son traitement de certains de ses personnages féminins qui ne correspondent pas aux critères du « politiquement correct » d'une société victorienne et conservatrice telle qu'on l'imagine de nos jours.<p>- Galadriel est clairement une forte personnalité qui n'hésite pas à « envoyer sur les roses » Fëanor lui-même à trois reprises, qui choisit elle-même son mari et dans son couple elle est nettement dominante. Le moins que l'on puisse dire est que Celeborn est bien falot dans le Sda. C'est d'ailleurs Galadriel qui préside à la destruction de Dol Guldur et non Celeborn. On est loin de la bonne maîtresse de maison qui reste à la maison pendant que les hommes s'occupent des choses sérieuses.<p>- De même la sœur de Turgon (je n'ai pas mes livres sous la main et ne retrouve pas son nom de tête) n'hésite pas à braver son frère et à quitter Gondolin quasi seule (pas de duègne ou de chaperon) pour se promener dans un monde dangereux. Ensuite elle choisit elle-même de se marier sans demander l'avis de son frère ou d'un quelconque tuteur. Enfin elle n'hésite pas plaquer ce mari finalement « peu sympa » de manière très moderne<p>- Melian comme Galadriel est le personnage le plus important de Doriath en opposition avec un Thingol beaucoup plus ambigu.<p>- Enfin Luthien, le personnage féminin préféré de Tolkien est un parfait contre-exemple de la « parfaite jeune fille » version 19° siècle :<p>° Elle se promène seule la nuit dans les bois sans chaperon <br>° elle prend un amant de son propre chef et qui plus est dans une autre race au lieu de « quelqu'un de son milieu et de bonne famille »<br>° Lorsque papa découvre la chose et cherche à la séparer de son amant pour pouvoir par la suite la marier avec un prétendant de son choix, elle fugue bonnement et simplement<br>° elle n'hésite pas à jouer de ses charmes avec Melkor pour l'aguicher et parvenir à ses fins et le déposséder (pas très loin du plus vieux métier du monde tout cela). D'accord c'était pour une bonne cause mais tout de même...<br>Quand on songe que Tolkien appelait en privé sa femme Edith, son amour de jeunesse auquel il fut fidèle toute sa vie, « Luthien » et qu'il a fait gaver ce nom sur sa tombe, on peu parfois être songeur sur la conception si conservatrice de Tolkien sur le rôle et la fonction d'un bonne épouse (même si rien dans la vie d'Edith ne ressemble au portrait que je viens de dresser de Luthien) <p>Qu'en penses tu ?<p>Sur un autre sujet que tu as évoqué, la chasteté d'Aragorn qui te semble impossible sous prétexte qu'il a 80 ans elle ne me semble pas si extraordinaire que cela. Rapporté à la longueur de sa vie cela représente 25-30 ans pour un homme ordinaire. Rester chaste jusqu'à cet age (i.e. plus ou moins l'âge du mariage) devait sembler normal à un catholique fervent comme Tolkien. Aragorn étant pour lui un exemple à suivre pratiquement immunisé contre le mal (il ne convoite jamais l'anneau par exemple) je pense qu'il est probable qu'il concevait un Aragorn chaste et continent jusqu'à son mariage. Mais comme Tolkien n'a rien écrit de précis sur le sujet nous en resterons toujours au niveau des conjectures.<p>Enfin la supposée homosexualité de Frodo et Sam, c'est un sujet qui a déjà fait couler beaucoup d'encre. Je crois que Tolkien qui décrivait le SdA comme « entièrement Catholique » n'aurait pas pu envisager que certains de ses héros « positifs » commettent un pécher qui est décrit dans la bible comme une « abomination ». Je suppose plutôt qu'il s'inspirait de son expérience de la bataille de la Somme (un des plus meurtrière de la première guerre mondiale) où il avait du voir, face au péril de mort et à l'horreur des amitiés très fortes se nouer sans qu'elles aient rien de sexuelles. <p>Le « déchiré en deux » dans ce cas serait plus une manifestation du problème, bien connu, de réadaptation des combattants à la vie civile lors de la fin des hostilités (sujet traité maintes et maintes fois dans la littérature ou au cinéma)<p>Cordialement

