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sexualité???....
Jrrvf, pionnier de la profondeur anale de l'œuvre tolkienienne ? Il fallait oser le revendiquer, cher Hyarion. <p>Ce n'est que par amour pour toi - platonique, s'entend ! - que je réagis sur ce vieux forum douteux. Ce n'est pas seulement que son humour soit douteux, mais c'est surtout que toutes les réactions possibles semblent frappées de cette infâme suspicion. <p>Surtout les réactions du type : <br>- C'est à mourir de rire, il doit vraiment avoir beaucoup de talent. <br>- Tout le monde est libre de son interprétation. <br>- Plus les interprétations sont divaguantes, plus ça prouve la richesse de l'œuvre de Tolkien. <br>- Je ne comprends pas que des gens soient choqués, il faut savoir rigoler. <br>- Pour moi, l'œuvre de Tolkien n'est pas sacrée, d'ailleurs rien n'est sacré ni tabou. <p>Hmm... Néanmoins, je n'ai aucun courage en ce moment pour expliquer le fond de ma suspicion. <p>Soit. <p>Sans revenir sur cette pseudo étude psychanalytique aussi drôle que désespérante (et qui, si elle fait preuve d'humour, a quelque chose d'affligeant de vérité : je veux dire, ce n'est à prendre au nième degré que parce qu'il y a tout de même quelque chose de crédible dans ce genre de "psychocritique" : merci Freud & consort), je voudrais, grâce à la demande de Hyarion, en discuter un élément suffisamment pointu (si j'ose dire :p), savoir : "le Grand Anus Primordial cher à Deleuze et Guattari." Con-texte : <p><br><DIV class="citeAuteur"><B>La Bouche-de-Freud</B> a dit :<DIV class="citeTexte"><p>Lorsque le conseil d´Elrond décide d´envoyer l´anneau en Mordor, représentation parfaite du Grand Anus Primordial cher à Deleuze et Gattari , et non chez Tom Bombadil ( retour impossible à la mère) ou dans la Lorien, cela est directement lié à la sexualité de Frodo. <p></div></div><p>Avant d'ailleurs d'entrer dans le détail (si j'ose dire), je voudrais citer deux anecdotes qui concernent l'une la psychanalyse, et l'autre la psychocritique : <p>1/ <br>Il parait que Freud, à l'instar de Tolkien et, plus modestement, de votre serviteur, fumait la pipe. Un jour, agacé de voir les petits sourires en coin de ses étudiants, il se serait écrié : "Mais enfin, il y a tout de même des moments où une pipe n'est qu'une pipe !" <p>(M'enfin, c'est vrai, quoi !) <p>2/<br>Dans un ouvrage de critique littéraire poussé (<i>Sens et textualité</i>), François Rastier critiquait l'approche notamment psychocritique de Julia Kristeva, plus ou moins de la façon suivante (je n'ai pas le livre sous la main). <p>Kristeva, analysant un vers de Racine, du type (ici inventé) : <p><br><div class="refTexte"> °Chère Phèdre vas-tu lui laisser ce qu'il veut ? <div class="refTitre">Phèdre fictif</div></div><p><br>- commentait sa charge sexuelle en montrant qu'on y trouvait clairement le paragramme (je crois) du PHALLUS : <p>Chère <b>Ph</b>èdre v<b>a</b>s-tu <b>lu</b>i lai<b>s</b>ser ce qu'il veut ? <p>À quoi Rastier, pas contraire, répond : mais oui, c'est vrai, c'est indéniable ; d'ailleurs il y a aussi CHEVEU : <p><b>Ch</b>èr<b>e</b> Phèdre vas-tu lui laisser ce qu'il <b>veu</b>t ? <p>CQFD. <p><br>Bon. Ceci dit, bien que je sois relativement familier de l'œuvre de D&G (Deleuze & Guattari), je ne vois pas du tout ce que peut être ce Grand Anus Primordial qui leur serait cher (enfin, j'ai bien une image mais bon...) <p>En fait, l'œuvre de D&G, et surtout <i>L'Anti-œdipe</i>, ne manque pas d'anus, de "machine anale" et d'anus solaire par évocation du cas psychanalytique typique du Président Schreber ; on peut donc dire sans craindre de se tromper que ce n'est pas un grand anus qui ferait peur à nos auteurs, mais Primordial, ça c'est tout autre chose. Tout leur travail, dans <i>L'Anti-œdipe</i> est notamment de montrer qu'il n'y a pas de raison que l'anus prime sur la bouche, sur le larynx, ou sur autre chose. <p>Après vérification un peu plus approfondie (n'est-ce pas), il s'avère que l'anus est tout de même un pivot ( :-) ) de la critique de l'œdipe, d'avantage même que le Phallus - d'où l'importance de l'anus dans une analyse psychocritique. <p>Ainsi : <p> <div class="refTexte">dans tout l'art moderne, il y a des trucs vraiment moches, vraiment sales; au besoin ça partait glorieux, c'est devenu mortifère, c'est <br>devenu anal, or Oedipe il est anal, c'est l'analité qui est fondatrice d'Oedipe puisque, comme chacun sait qu'Oedipe a pour fondement la castration, or qu'est-ce qui est castrateur : ce n'est évidemment pas le phallus, c'est l'anus. C'est l'anus qui est l'opération même de la castration, et le phallus il n'existerait pas sans l'anus, c'est à dire cette trinité infâme phallus-Oedipe-anus définit toute cette dimension de l'Oedipe. Mais je dis ça partait glorieux et puis ça se met à couler sale; je prends un exemple à l'étranger : ce qui partait comme une espèce de chant de vie et qui était donc révolutionnaire - car je ne vois pas de chose qui soit révolutionnaire et qui ne soit pas un chant de vie -, quand ça tourne en une sale culture de la mort : par exemple, le début du pop'art, c'était formidable, pas du tout surréaliste, à la fois dans la musique du côté de John Cage, et dans la peinture, ils étaient en train de faire un grand flux de vie, et puis très vite, quand vous prenez la queue du pop'art, c'est devenu de la mort, et pas seulement parce qu'ils recopient ce qui a été fait, c'est beaucoup plus profond que ça. <br>Tout d'un coup, ça se met à couler dégueulasse, des corps suppliciés, des machins, des tubes, c'est quelque chose comme une axiomatique non figurative. <br><div class="refTitre">Cours de Deleuze sur Mille plateaux et L'Anti-Oedipe (voir <A HREF="http://www.webdeleuze.com/php/index.html" target="_blank">webdeleuze</A>)</div></div><p>Néanmoins, le fond du problème (si je puis dire !) est ailleurs. Ce qui me parait plus embarrassant, c'est l'idée que le Mordor puisse être une "représentation parfaite du Grand Anus Primordial cher à Deleuze et Guattari". D&G ne croient précisément pas en ce genre de représentation. <p>Ainsi, ils sont très clairs dans L'Anti-œdipe qui présente, en 1972, une critique radicale de toute la psychanalyse, depuis Freud jusqu'à ses dissidents qui conservent malgré tout toujours un rapport à la conception œdipienne de l'Inconscient, magnifique découverte de Freud que celui-ci s'est pourtant empressé d'écraser : <p><div class="refTexte">C'est tout cela qui sera perdu, au moins singulièrement compromis, avec l'instauration d'œdipe souverain. L'association libre, au lieu de s'ouvrir sur les connexions polyvoques, se referme dans une impasse d'univocité. <br>Toutes les chaînes de l'inconscient sont biunivocisées, linéarisées, suspendues à un signifiant despotique. Toute la production désirante est écrasée, soumise aux exigences de la représentation, aux mornes jeux du représentant et du représenté dans la représentation. Et c'est là l'essentiel : la reproduction du désir laisse la place à une simple représentation, dans le processus de la cure aussi bien que dans la théorie. L'inconscient productif fait place à un inconscient qui ne sait plus que s'exprimer - s'exprimer dans le mythe, dans la tragédie, dans le rêve. Mais qui nous dit que le rêve, la tragédie, le mythe sont adéquats aux formations de 'inconscient, même compte tenu du travail de transformation? <br><div class="refTitre">L'Anti-œdipe, p. 63-64</div></div><p>Enfin, encore l'une ou l'autre précision sur le rapport entre D&G et la psychanalyse... D'abord, quant à la question, qui nous intéresse ici, du rapport entre psychanalyse et sexualité - ce n'est pas la sexualité qui pose problème, mais ce type de sexualité ou plutôt cette conception de la sexualité : <p><br><div class="refTexte">Rappelons-nous, n'oublions pas la réaction de Lawrence à la psychanalyse. Lui, au moins, sa réticence ne venait pas d'un effroi devant la découverte de la sexualité. Mais il avait l'impression, pure impression, que la psychanalyse était en train d'enfermer la sexualité dans une boîte bizarre aux ornements bourgeois, dans une sorte de triangle artificiel assez dégoûtant, qui étouffait toute la sexualité comme production de désir, pour en refaire sur un nouveau mode un « sale petit secret », le petit secret familial, un théâtre intime au lieu de la fantastique usine, Nature et Production. Il avait l'impression que la sexualité avait plus de force ou de potentialité. Et peut-êre la psychanalyse arrivait-elle à « désinfecter le sale petit secret », mais ce n'était pas mieux pour ça, pauvre et sale secret d'œdipe- tyran moderne. <div class="refTitre">L'Anti-œdipe p. 58</div></div><p>Quant au rapport entre désir et délire, il faut savoir que pour D&G, on ne délire pas "papa-maman" comme le voudrait la psychanalyse, mais on délire des histoires, des continents, des races... et la libido n'est rien d'autre que la production de ce délire. On voit alors comment on trouverait dans cette conception un éclairage d'un tout autre intérêt sur l'œuvre de Tolkien - à laquelle il ne manque absolument aucune libido bien qu'on n'ait pas besoin de supposer les sales petits secrets de Frodo et Sam ou d'Aragorn avec les femmes du Rohan :<p><br> <div class="refTexte">Nous avons vu au contraire que ce que la libido investissait, à travers les amours et la sexualité, c'était le champ social lui-même dans ses déterminations économiques, politiques, historiques, raciales, culturelles, etc. La libido ne cesse de délirer l'Histoire, les continents, les royaumes, les races, les cultures. Non pas qu'il convienne de mettre des représentations historiques à la place des représentations familiales de l'inconscient freudien, ou même des archétypes d'un inconscient collectif. Il s'agit seulement de constater que nos choix amoureux sont à la croisée de « vibrations », c'est-à-dire expriment des connexions, des disjonctions, des conjonctions de flux qui traversent une société, y entrent et en sortent, la reliant à d'autres sociétés, antiques ou contemporaines, lointaines ou disparues, mortes ou à naître, Afriques et Orients, toujours par le fil souterrain de la libido. Non pas des figures ou des statues géo-historiques, encore que notre apprentissage se fasse plus volontiers avec elles, avec des livres, des histoires, des reproductions, qu'avec notre maman. Mais des flux et des codes de socius qui ne figurent rien, qui <i>désignent</i> seulement des zones d'intensité libidinale sur le corps sans organes, et qui se trouvent émis, captés, interceptés par l'être que nous sommes alors déterminés à aimer, tel un point-signe, un point singulier dans tout le réseau du corps intensif qui répond à l'Histoire, qui vibre avec elle.<div class="refTitre">L'Anti-œdipe, p. 422</div></div> <p>Voilà, je pense que c'est plus qu'assez pour aujourd'hui, sur ce sujet <i>insondable</i>... pff... <p>s. <p><br>
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