03-10-2003, 15:40
Tolkien, dangereux ? Non. Sauf si on en fait un gourou. Mais celà vaudrait pour n'importe qui...<p>Je vais reprendre un thème que j'avais déjà survolé dans le fuseau "Smadja" : Tolkien = dangereux = "escapism"<br>Il est un fait certain que la lecture des livres de Tolkien vous entraîne dans un autre monde, dans uns époque "légendaire". Mais celà me met plusieurs choses à l'esprit.<p>1. Est-ce que ce qui se passe dans cet "autre monde" ne nous renvoie pas à des problèmes actuels, sinon éternels ? la compassion, le fait de ne pas faire "n'importe quoi" en temps de guerre, la problématique de la mort et de l'immortalité, les dangers du pouvoir, peuvent être aussi bien traités dans un roman ou un film d' "escapism" que dans un pensum contemporain.<p>2. Escapism = Fantasy : Alors là, je dis NON. Si la fantasy est de par sa forme une littérature d'évasion, la littérature ( et le cinéma, d'ailleurs ) d'évasion ne se limite pas à la Fantasy. A mon avis, tout livre ( ou tout film ) qui nous fait vivre des aventures dans un monde ou à une époque qui n'est pas la nôtre EST one oeuvre d'Evasion. Il y a autant d' "Escapism" dans une biographie de Napoléon par Max Gallo que dans le cycle de l'Assassin Royal. le fait que d'un côté les personnages aient vraiment existé et de l'autre pas ne fait que mettre un vernis "culturel" sur le premier cycle. Car, au fond, il s'agit pour le lecteur de vivre une aventure passionnante mettant en scène des gens peu communs dans une époque (réelle ou fictive ) troublée. Je crois qu'il serait bon une fois pour toute d'enlever ce vernis "cultureux" de la littérature et d'accepter qu'un puisse lire un livre pour son plaisir, rien que pour son plaisir, et non pour se cultiver ou réfléchir aux problèmes de la société contemporaine. On ne lit pas "Autant en emporte le vent" pour se documenter sur la guerre de Sécession....<p>3. Epoques troublées : il me semble que c'est là l'essentiel de la majorité, sinon de la totalité des oeuvres d'évasion ( au sens large, comme décrit plus haut ). Et c'est là que, je crois, on peut se poser des questions : qu'est-ce qui attire nos contemporains dans ces histoires qui se passent souvent dans des moments de l'Histoire ( ou de l'histoire ) qui sont, et je n'exagère pas, atroces. mettons les choses au point : je crois qu'aucun d'entre nous n'aurait aimé être un habitant de Minas Tirith fuyant les Orcs dans la vallée de Lossarnach, ni un Grognard pendant la campagne de Russie, ni une femme attendant des nouvelles de son époux disparu à Shiloh, ni un gosse voyant ses parents enlevés pas des pirates ( pour men tenir aux oeuvres citées plus haut ). Mais peut-être aimons nous lire ces livres parce que, quelque part, elles portent les qualités et les défauts humains à leur paroxysme, parce que c'est dans les difficultés les plus grandes que se révèlent les personnalités d'exception, et que, c'est peut-être celà que beaucoup recherchent : rencontrer des gens qui vont jusqu'au bout d'eux-mêmes, dans le bien ou dans le mal.

