25-11-2003, 13:57
Mais tu as raison, Vinyamar, science et religion ne sont pas du tout incompatibles. Ton domaine est celui de la métaphysique, le mien celui de la matière, mais on peut parfaitement trouver des points daccord, et pourquoi pas une complémentarité.<p>Et la vieille amie de Tolkien aussi a raison : pourquoi se priver de rêver, dimaginer, dembellir et dennoblir un monde qui souvent nous déçoit. Notre imagination, notre faculté de penser sont là pour cela aussi. (Cela dit, je le trouve quant à moi, ce monde, infiniment riche, foisonnant et passionnant à tous points de vue, au niveau de sa matière même !) Et puis, la véritable noblesse ne consiste-t-elle pas à faire face à la réalité, à chercher et à trouver en elle la beauté et lharmonie, plutôt que de fuir en vain dans le rêve ?<p>Quant au dogmatisme de certains scientifiques, je suis daccord (mais je pourrais le mettre en parallèle avec celui de certains théologiens ;-P) . Mais la préhistoire, lanthropologie physique, ne peut plus aujourdhui être une discipline dogmatique. Depuis un quart de siècle, et plus particulièrement ces dix dernières années, on a vu une série de nouvelles découvertes qui remettaient totalement en question les certitudes précédentes. La vérité est que nous navons plus aucune certitude, seulement des hypothèses, mais basées tout de même sur des faits matériellement établis. Nous sommes devenus, par la force des choses, extrêmement prudents en matière de conclusions.<p>Par contre, il est vrai que les milieux scientifiques ont tendance à tourner en rond entre cercles restreints et épouvantablement fermés ! Je men aperçois à vous lire, toi et Tirno. Il y a entre les connaissances et les thèses partagées dans les milieux concernés sur les origines de lhumanité, et la vision quen a le public, un gouffre à côté duquel la Crevasse du Destin nest quune pauvre petite ornière. Et je crois quil est un peu rapide de parler au sujet de ce gouffre de désintérêt du public : jaccuserais plutôt le mépris de certains spécialistes. Enfin, bon. Dans la faible mesure de mes humbles moyens, je vais essayer de colmater un peu la brèche.<p>Alors tout dabord, OK pour la terminologie que tu adoptes : le chimpanzé se sert dinstruments, lhomme fabrique des outils.<br>Dabord les amuse-gueules. Il y a longtemps en effet que les théories darwiniennes ont été réévaluées, à la lumière de nouvelles découvertes biologiques et notamment de la génétique, mais lévolution elle-même nest pas fondamentalement remise en cause. Elle ne se fonde pas sur la pure spéculation philosophique, mais sur lexistence avérée de fossiles (ossements ou empreintes), datés par différentes méthodes (il ny a pas que le C14, qui effectivement, nest relativement fiable que pour des dates récentes). On peut obtenir une datation par létude des couches géologiques superposées, p.ex. Il existe dautres méthodes, fiables, qui font appel à la chimie et à la physique. Certains vestiges peuvent être datés avec certitude, dautres ne peuvent pas lêtre directement, mais on peut arriver à une approximation acceptable en confrontant différentes méthodes. (Un article en ligne très bien fait et très clair, de L.-M. DIOP-MAES, sur http://www.ankhonline.com/dataffri.htm) <p>Lorsque tu dis que lon ne peut pas attribuer doffice des outils manifestement fabriqués intentionnellement avec des restes de singes découverts à côté, tu as raison et tu as tort. Tu as raison, parce que cest une erreur qui a été commise voici une trentaine dannées : on avait attribué un peu vite la fabrication doutils lithiques à des restes daustralopithèques découverts à proximité. On a ensuite découvert sur le même site, les restes dun autre hominien plus évolué, et on a rectifié. Tu as tort, parce que tous les préhominiens ne sont pas des singes, ne lont jamais été. Ceci pour introduire la suite :<p>Maintenant le plat de résistance : LHOMME NE DESCEND PAS DU SINGE, LE SINGE ET LHOMME SONT TOUS DEUX ISSUS DUNE LIGNEE COMMUNE !!! Cela fait des années que les paléontologues le répètent sur tous les tons, cela fait des années que je continue à lire ça dans toutes les publications destinées au public. Damned ! La vérité arrivera-t-elle enfin à se faire entendre ?!<p>Les hominidés ne sont pas des singes, ce sont des êtres en voie dhominisation. Ils descendent, comme les grands singes anthropoïdes actuels (chimpanzé, gorille, orang-outan, gibbon), des prosimiens, mais ils se détachent du tronc initial par certaines particularités anatomiques : configuration de la dentition en général, des molaires en particulier, aptitude à la bipédie (qui nest pas encore bipédie totale) que lon peut déterminer daprès la façon dont la colonne vertébrale se rattache au crâne, et à certaines particularités des os du bassin et des pieds. Ceci pour les plus anciens (8 à 6 millions dannées). <p>Les premiers outils, intentionnellement fabriqués, napparaissent dès ces stades. Les premiers outils découverts - (attention ici : létat actuel des recherches en préhistoire ne reflète pas la réalité préhistorique, mais seulement létat davancement des découvertes. Doù : une science en perpétuelle évolution et remise en question et aussi une science qui se sait lacunaire.) apparaissent vers 2,5 millions dannées. A quel individu les attribuer ? Cest vrai que pour cette époque, nous ne disposons pas encore de structures funéraires, qui ont lavantage de nous livrer un squelette (presque) complet, contiennent généralement des offrandes (outils, armes), et nous évitent donc de nous poser ce genre de question. Il faut donc faire avec ce quon a. Et qua-t-on ? Dun côté des traces dactivité organisée, intelligente : pierres taillées, restes de chasse montrant des traces de dépeçage et pas seulement des crocs de carnivore, traces dhabitats. De lautre, épars, quelques restes osseux le plus souvent très fragmentaires (les squelettes complets sont inexistants, « presque » complets, exceptionnels, les crânes, extrêmement rares. La plupart du temps, on a une ou quelques dents. Débrouille-toi avec ça). En rassemblant un maximum dinformations, on a cependant suffisamment déléments pour reconstituer une allure physique générale. Et on constate effectivement des caractéristiques physiques suffisamment évoluées pour classer ces êtres dans le genre Homo. Ces classifications elles-mêmes ont été beaucoup modifiées et réattribuées ces dernières années, mais de toute façon, il ne sagit en aucun cas de singes et il est tout à fait vraisemblable de leur attribuer la paternité des traces dactivités découvertes à proximité.<p>Bien, passons au fromage : jaimerais bien avoir la référence de larticle où tu as trouvé ces informations concernant Lucy, et les péripéties de ce malheureux scientifique : ça ma tout lair dêtre un canular. Lucy na jamais été découverte dans une caverne, mais sur un site de plein air. On na jamais découvert de traces de feu domestiqué ni doutils fabriqués contemporains. Cest vrai que Lucy a changé de statut : daïeule directe de lHomo sapiens, elle est passée à cousine germaine, voire sous germaine. Bien faire attention ici : Lucy a provoqué tellement de fantasmes et de littérature en tous genre, quaujourdhui, dans lesprit du public, elle a pris des allures totalement mythologiques ! La réalité scientifique est bien plus sèche et aride. Cest un australopithèque de lespèce gracile, il ou elle (on nest absolument pas sur que cétait une femelle) était capable de bipédie, mais sur de courtes distances, et à faible allure. Elle était surtout apte à se déplacer dans les arbres. Cependant sa capacité crânienne était supérieure à celle des simiens contemporains (quoique bien inférieure à celle des hommes modernes). Les australopithèques ne sont ni des singes comparables à ceux que jai cité plus haut, ni des hommes au plein sens du terme, ni même un chaînon manquant (encore un fameux mythe ! Il ny a pas de chaînon manquant ! Cest une légende !). Cest un hominidé. Il y a eu plusieurs espèces daustralopithèques qui ont cohabité, entre eux et avec les premiers représentants du genre Homo, et ce, pendant plusieurs centaines de milliers dannées. Lhumanité moderne na pas plus de 200.000 ans (dans létat actuel des découvertes) et encore, le squelette de ceux-là, particulièrement leur crâne, présente des caractères que nous nommons « archaïques ».<p>Cela dit, cest vrai que des faux ont existé, et existeront encore, en archéologie comme dans dautres domaines. Les détecter fait aussi partie de notre boulot. Le plus grand tort quils font nest pas tant de saboter la recherche, que de donner au public une image déformée, qui parfois résiste des dizaines dannées malgré les efforts des chercheurs honnêtes.<p>Oouuuffffff !!!<p>Voilà, fini, je te laisses respirer un peu (cinq minutes de pause, allez fumer dans lescalier ! :-D)<p>A part ça, tu as parfaitement raison, Vinyamar, de traquer les idées reçues dans tous les domaines. Mais jespère que le long pensum ci-dessus y contribuera un peu lui aussi.<p>Tirno, pour faire la différence entre linstrument et loutil, relis tout ce que Vin et moi avons dit (heu... bon courage !). Quant à lapparition de lécriture, elle nest pas du tout un critère : elle nest apparue que vers 3500/3000 avant notre ère, chez des populations déjà parfaitement civilisées et évoluées, des hommes à tout point de vue comme toi et moi. Actuellement encore, au moment où jécris, là, maintenant, il existe des millions dêtres humains qui nont pas accès à léducation, donc à lécriture. Jusquau 19e siècle, linstruction nétant pas obligatoire, des milliers de gens ne savaient ni lire ni écrire. Cétaient et ce sont pourtant des êtres humains, et certainement pas plus stupides que nous. Moins chanceux, cest tout.<p>Le bébé humain porte déjà en lui toutes les potentialités de son futur développement. Le bébé singe aussi. Le jour où un bébé singe en grandissant deviendra un adulte humain, signalez-le immédiatement à lAcadémie des Sciences ! Vous allez faire fortune !<br>Leo, pfff, je viens de voir ton message et de finir mon post :-(. Pitié, je répondrai plus tard. Biz. :-)<p><br>

