26-11-2003, 23:45
A nouveau beaucoup à te répondre, Vinyamar, et peu de temps aujourdhui.<p>Si jappartiens au milieu scientifique ? Houlà ! Si peu (encore) : je suis sur le seuil et je frappe à la porte. Jai terminé ma licence (maîtrise pour la France), je suis inscrite en DEA et jespère pouvoir minscrire pour une thèse dans les années qui viennent. (Si jarrive à concilier ça avec mon bébé (humain) et mon boulot (alimentaire, mais universitaire et passionnant tout de même). Gasp ! (Cela dit, quand je vois grouiller le panier de crabe où je rêvais jadis de mettre les pieds, je commence à me demander si cest vraiment une bonne idée
?)<p>Quant à limagination ! Ah ! Alors là ! Je suis bien daccord : cest une chose merveilleuse et émerveillante, dans le domaine de la littérature, de lart en général. Lorsquil sagit de rêver pour le plaisir ou de faire rêver des milliers de gens. Et dans ce domaine, tout est permis, même travestir lHistoire ou faire fi de la science.<p>Dans un tout autre domaine, limagination a également produit des joyaux, lorsquil sest agi, pour des populations anciennes qui navaient pas encore accès aux connaissances scientifiques actuelles, de donner sens au monde et à la vie. Limagination couplée ou non à la spéculation philosophique a donné naissances aux grandes cosmogonies, aux mythes, aux mythologies, et a fondé autant de représentations du monde, et donc de façon pour lhomme de sinscrire dans ce monde, quil y a eu de civilisations humaines.<p>Par contre, dans le domaine scientifique, limagination, si elle peut être utile pour élaborer une théorie, doit rester bridée, rester au service de la vérité dans toute la mesure du possible. Toute théorie doit avant tout se baser sur des faits, et ensuite être mise à lépreuve des faits. Il est arrivé et il arrive encore, que des chercheurs travestissent ou négligent certains faits dans le seul but darriver à tout prix à prouver la validité de leur théorie personnelle. Cela, ça sappelle de limposture scientifique.<p>Cela dit, il reste et restera encore longtemps, suffisamment de « trous » dans le tissu général des connaissances scientifiques pour laisser place à limagination. Faudra juste voir à réorienter limagination au fur et à mesure que de nouvelles découvertes viennent combler les trous. En fait, imaginez (puisquon aime tous çà :-D) un gigantesque puzzle de plusieurs centaines de milliers de milliards de pièces, dont quelques millions manquent. Chaque année, on en trouve une ou deux ou plus, ou pas du tout. Chaque année aussi, on peut sapercevoir quon a fait une erreur quelque part, et changer une pièce de place, ou la remplacer par une autre. Vous pouvez essayer de reconstituer limage qui correspond aux trous par limagination, mais les pièces qui bordent le trou vous donnent tout de même des indications fiables.<p>Quant aux restes fossiles : Il y a plus dun siècle que Darwin est mort, et depuis, on en a tout de même retrouvé pas mal. En ce qui concerne les Hominidés, jai dit que les restes étaient rares, oui, mais suffisants cependant pour permettre une reconstitution relativement juste. Comment peut-on à partir dune seule dent, reconstituer laspect de lindividu entier ? Elémentaire,
. La forme de la dent nous indique la façon dont elle semboîte dans la mâchoire, ce qui nous permet donc de reconstituer la forme générale de la mâchoire, qui elle-même nous renseigne sur la forme générale du crâne. Enfin la forme du crâne comprend des indications concernant la manière dont locciput (sa partie arrière) semboîte dans la colonne vertébrale, donc nous renseigne sur une propension à la bipédie existante ou non. Voilà, cest tout simple ;-P.<p>Lévolution est un fait, mais le fait quune branche dune espèce particulière évolue jusquà sen distancier complètement, nimplique pas nécessaire la disparition totale de lespèce mère. On va partir dun exemple évident pour tout le monde : les débuts de la domestication. Le mouton, le porc et le buf actuel sont les descendants danimaux sauvages qui furent progressivement domestiqués par lhomme, voici une petite dizaine de milliers dannées : le mouflon, le sanglier et laurochs. Les deux premiers nont jamais disparu. Le troisième oui, mais pas avant le 19e siècle (On a reconstitué au 20e s, par croisements entre différentes variétés de bovidés domestiques, une espèce danimal improprement appelé aurochs, qui ressemble, mais na génétiquement plus grand-chose à voir avec le véritable aurochs sauvage). Ici lévolution a été induite par lhomme, par sélection dabord, croisements ensuite. Il nen va pas autrement dans la nature : des changements dans les conditions du milieu obligent les animaux soit à sadapter, soit à migrer ou disparaître. Les mutations génétiques ne sont pas un thème de film dhorreur SF, elles ont lieu en permanence, mais la plupart sont imperceptibles. Celles qui offrent à lindividu qui en est porteur les meilleures chances dadaptation, donc les meilleures chances de survie, lui donnent aussi une plus grande probabilité de se reproduire, ainsi quà ses descendants. Après plusieurs générations, on aura au sein de la population initiale, un certain nombre dindividus légèrement différents, disons p.ex. plus résistants à certaines maladies, à certaines conditions climatiques, etc. Puis diminution progressive des individus moins adaptés jusquau remplacement des premiers par les seconds. Mais ce modèle est très réducteur : de multiples facteurs peuvent intervenir.<p>Ce processus est celui de lévolution des Hominidés. Il ny a pas, comme certains lont cru longtemps, filiation directe entre lhomme et les grands singes, pas plus quil nexiste une espèce dêtres qui serait par miracle « LE » fameux chaînon intermédiaire entre le singe et lhomme. On a retrouvé si pas des squelettes complets tout de même de très nombreuses traces daustralopithèques, appartenant à plusieurs espèces. La filiation et les liens de parenté entre ces différentes espèces fait toujours lobjet de recherches. Les caractéristiques qui les différentient des singes sont, comme je lai dit : certaines particularités de la mâchoire (conformation des molaires, des canines, forme générale en V chez les simiens, en U chez les hominidés), une aptitude à la bipédie (décelée par lattache du crâne à la colonne vertébrale, la conformation du bassin et les os des pieds, mais ils restent capables de se mouvoir dans les arbres) (la voilà, ta question sur le bipédie, Leo ;-) ), et une capacité crânienne déjà relativement supérieure.<p>Disons quà un certain moment dans lhistoire des hominidés, on trouve un être totalement bipède, avec une capacité crânienne nettement supérieure à celle de ses prédécesseurs, bien quencore inférieure à celle des hommes modernes et des néanderthaliens. Ceux-là peuvent bel et bien être classifiés dans le genre Homo, bien que la conformation de leur crâne et de leur face soit encore assez différente de ce quelle est aujourdhui. Ici non plus, on na pas une seule lignée, mais plusieurs espèces dont certaines ont cohabité longtemps (Hé oui, il y a eu plusieurs humanités : ben ici, si ça vous plaît, limagination peut en faire les Nains et les Elfes aujourdhui disparus ;-D mais si je parle comme ça à un de mes profs, je suis grillée à vie !) : Homo habilis, Homo rudolfensis (remis en question ces derniers temps), Homo ergaster, Homo erectus, jusquau formes les plus proches de nous dans le temps : Homo antecessor et Homo neandertalensis. Homo sapiens nous est le descendant direct dune de ces formes. Laquelle ? Cest toujours à létude. Homo neandertalensis a été récemment écarté (encore que
on ne sait toujours pas sil y a eu ou non métissage). Homo antecessor a pour le moment une longueur davance. A suivre
<p>Quant à ce quon enseigne aujourdhui aux petits enfants, je suis bien daccord : cest une catastrophe !!! Bon : les professeurs sont censés suivre le programme officiel, lequel est mitonné par les rouages du Ministère de lEducation Nationale, lesquels ont toujours une ou deux découvertes de retard sur la pointe de la recherche. Mais là, vraiment, ils pourraient faire un effort. A nous de tenter de rectifier, sans relâche, avec patience, abnégation et en essayant péniblement détouffer les violentes bouffées volcaniques dexaspération qui menacent de nous déborder, chaque fois quun petit malin vient nous parler p.ex. de la chasse aux dinosaures chez les hommes de Neandertal (Aîe Misère !!!).<p>Voilà voilà. Ca va toujours? A+ :-)<p>

