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Homme vs Singe
#17
A nouveau beaucoup à te répondre, Vinyamar, et peu de temps aujourd’hui.<p>Si j’appartiens au milieu scientifique ? Houlà ! Si peu (encore) : je suis sur le seuil et je frappe à la porte. J’ai terminé ma licence (maîtrise pour la France), je suis inscrite en DEA et j’espère pouvoir m’inscrire pour une thèse dans les années qui viennent. (Si j’arrive à concilier ça avec mon bébé (humain) et mon boulot (alimentaire, mais universitaire et passionnant tout de même). Gasp ! (Cela dit, quand je vois grouiller le panier de crabe où je rêvais jadis de mettre les pieds, je commence à me demander si c’est vraiment une bonne idée … ?)<p>Quant à l’imagination ! Ah ! Alors là ! Je suis bien d’accord : c’est une chose merveilleuse et émerveillante, dans le domaine de la littérature, de l’art en général. Lorsqu’il s’agit de rêver pour le plaisir ou de faire rêver des milliers de gens. Et dans ce domaine, tout est permis, même travestir l’Histoire ou faire fi de la science.<p>Dans un tout autre domaine, l’imagination a également produit des joyaux, lorsqu’il s’est agi, pour des populations anciennes qui n’avaient pas encore accès aux connaissances scientifiques actuelles, de donner sens au monde et à la vie. L’imagination couplée ou non à la spéculation philosophique a donné naissances aux grandes cosmogonies, aux mythes, aux mythologies, et a fondé autant de représentations du monde, et donc de façon pour l’homme de s’inscrire dans ce monde, qu’il y a eu de civilisations humaines.<p>Par contre, dans le domaine scientifique, l’imagination, si elle peut être utile pour élaborer une théorie, doit rester bridée, rester au service de la vérité dans toute la mesure du possible. Toute théorie doit avant tout se baser sur des faits, et ensuite être mise à l’épreuve des faits. Il est arrivé et il arrive encore, que des chercheurs travestissent ou négligent certains faits dans le seul but d’arriver à tout prix à prouver la validité de leur théorie personnelle. Cela, ça s’appelle de l’imposture scientifique.<p>Cela dit, il reste et restera encore longtemps, suffisamment de « trous » dans le tissu général des connaissances scientifiques pour laisser place à l’imagination. Faudra juste voir à réorienter l’imagination au fur et à mesure que de nouvelles découvertes viennent combler les trous. En fait, imaginez (puisqu’on aime tous çà :-D) un gigantesque puzzle de plusieurs centaines de milliers de milliards de pièces, dont quelques millions manquent. Chaque année, on en trouve une ou deux ou plus, ou pas du tout. Chaque année aussi, on peut s’apercevoir qu’on a fait une erreur quelque part, et changer une pièce de place, ou la remplacer par une autre. Vous pouvez essayer de reconstituer l’image qui correspond aux trous par l’imagination, mais les pièces qui bordent le trou vous donnent tout de même des indications fiables.<p>Quant aux restes fossiles : Il y a plus d’un siècle que Darwin est mort, et depuis, on en a tout de même retrouvé pas mal. En ce qui concerne les Hominidés, j’ai dit que les restes étaient rares, oui, mais suffisants cependant pour permettre une reconstitution relativement juste. Comment peut-on à partir d’une seule dent, reconstituer l’aspect de l’individu entier ? Elémentaire,…. La forme de la dent nous indique la façon dont elle s’emboîte dans la mâchoire, ce qui nous permet donc de reconstituer la forme générale de la mâchoire, qui elle-même nous renseigne sur la forme générale du crâne. Enfin la forme du crâne comprend des indications concernant la manière dont l’occiput (sa partie arrière) s’emboîte dans la colonne vertébrale, donc nous renseigne sur une propension à la bipédie existante ou non. Voilà, c’est tout simple ;-P.<p>L’évolution est un fait, mais le fait qu’une branche d’une espèce particulière évolue jusqu’à s’en distancier complètement, n’implique pas nécessaire la disparition totale de l’espèce mère. On va partir d’un exemple évident pour tout le monde : les débuts de la domestication. Le mouton, le porc et le bœuf actuel sont les descendants d’animaux sauvages qui furent progressivement domestiqués par l’homme, voici une petite dizaine de milliers d’années : le mouflon, le sanglier et l’aurochs. Les deux premiers n’ont jamais disparu. Le troisième oui, mais pas avant le 19e siècle (On a reconstitué au 20e s, par croisements entre différentes variétés de bovidés domestiques, une espèce d’animal improprement appelé aurochs, qui ressemble, mais n’a génétiquement plus grand-chose à voir avec le véritable aurochs sauvage). Ici l’évolution a été induite par l’homme, par sélection d’abord, croisements ensuite. Il n’en va pas autrement dans la nature : des changements dans les conditions du milieu obligent les animaux soit à s’adapter, soit à migrer ou disparaître. Les mutations génétiques ne sont pas un thème de film d’horreur SF, elles ont lieu en permanence, mais la plupart sont imperceptibles. Celles qui offrent à l’individu qui en est porteur les meilleures chances d’adaptation, donc les meilleures chances de survie, lui donnent aussi une plus grande probabilité de se reproduire, ainsi qu’à ses descendants. Après plusieurs générations, on aura au sein de la population initiale, un certain nombre d’individus légèrement différents, disons p.ex. plus résistants à certaines maladies, à certaines conditions climatiques, etc. Puis diminution progressive des individus moins adaptés jusqu’au remplacement des premiers par les seconds. Mais ce modèle est très réducteur : de multiples facteurs peuvent intervenir.<p>Ce processus est celui de l’évolution des Hominidés. Il n’y a pas, comme certains l’ont cru longtemps, filiation directe entre l’homme et les grands singes, pas plus qu’il n’existe une espèce d’êtres qui serait par miracle « LE » fameux chaînon intermédiaire entre le singe et l’homme. On a retrouvé – si pas des squelettes complets – tout de même de très nombreuses traces d’australopithèques, appartenant à plusieurs espèces. La filiation et les liens de parenté entre ces différentes espèces fait toujours l’objet de recherches. Les caractéristiques qui les différentient des singes sont, comme je l’ai dit : certaines particularités de la mâchoire (conformation des molaires, des canines, forme générale en V chez les simiens, en U chez les hominidés), une aptitude à la bipédie (décelée par l’attache du crâne à la colonne vertébrale, la conformation du bassin et les os des pieds, mais ils restent capables de se mouvoir dans les arbres) (la voilà, ta question sur le bipédie, Leo ;-) ), et une capacité crânienne déjà relativement supérieure.<p>Disons qu’à un certain moment dans l’histoire des hominidés, on trouve un être totalement bipède, avec une capacité crânienne nettement supérieure à celle de ses prédécesseurs, bien qu’encore inférieure à celle des hommes modernes et des néanderthaliens. Ceux-là peuvent bel et bien être classifiés dans le genre Homo, bien que la conformation de leur crâne et de leur face soit encore assez différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Ici non plus, on n’a pas une seule lignée, mais plusieurs espèces dont certaines ont cohabité longtemps (Hé oui, il y a eu plusieurs humanités : ben ici, si ça vous plaît, l’imagination peut en faire les Nains et les Elfes aujourd’hui disparus ;-D – mais si je parle comme ça à un de mes profs, je suis grillée à vie !) : Homo habilis, Homo rudolfensis (remis en question ces derniers temps), Homo ergaster, Homo erectus, jusqu’au formes les plus proches de nous dans le temps : Homo antecessor et Homo neandertalensis. Homo sapiens – nous – est le descendant direct d’une de ces formes. Laquelle ? C’est toujours à l’étude. Homo neandertalensis a été récemment écarté (encore que… on ne sait toujours pas s’il y a eu ou non métissage). Homo antecessor a pour le moment une longueur d’avance. A suivre…<p>Quant à ce qu’on enseigne aujourd’hui aux petits enfants, je suis bien d’accord : c’est une catastrophe !!! Bon : les professeurs sont censés suivre le programme officiel, lequel est mitonné par les rouages du Ministère de l’Education Nationale, lesquels ont toujours une ou deux découvertes de retard sur la pointe de la recherche. Mais là, vraiment, ils pourraient faire un effort. A nous de tenter de rectifier, sans relâche, avec patience, abnégation et en essayant péniblement d’étouffer les violentes bouffées volcaniques d’exaspération qui menacent de nous déborder, chaque fois qu’un petit malin vient nous parler p.ex. de la chasse aux dinosaures chez les hommes de Neandertal (Aîe Misère !!!).<p>Voilà voilà. Ca va toujours? A+ :-)<p>
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