28-12-2003, 17:07
le Conte de Noël qui m'est venu cette année à l'esprit n'ayant rien à voir avec Tolkien, amis avec l'univers d'un autre écrivain, en occurence Roger Zelazny, je préfère le poster ici plutôt que dans "Votre Nouvelle".<p>----------------------------------------------------------------------<p>Chapitre 1. New York 2003<p>De retour. Après dix-huit ans d'absence, j'étais de retour sur l'Ombre-Terre. Le fils cadet de Bill, Bryan, l'avait invité à passer les fêtes de Noël chez lui, dans sa nouvelle maison de Greenwich Village, et je l'avais accompagné. C'était la première fois que je quittais Ambre depuis ma libération. Encore convalescent, je retrouvais le plaisir des choses de la vie, banales, sans doute, mais précieuses et irremplaçables pour qui en a été privé pendant de longues années. le fumet d'un bon repas. les paroles simples d'un ami. les flocons de neige tombant sur vos épaules.<p>Je déambulais dans les rues de New York. New York, ma ville dans cette Ombre. Ariane m'accompagnait, silencieuse. C'était son premier séjour dans ce qui fut si longtemps mon pays, et, malheureusement, peut être pas le meilleur moment pour une Française pour le découvrir. La guerre. La guerre avait créé des barrières entre les nations. Une guerre dans laquelle j'aurais sans doute été impliqué si ma vie avait suivi son cours terrestre. J'aurais servi Bush, certainement, comme j'avais autrefois servi Kennedy, Mac Arthur, Napoléon ou Turenne. Mais je n'étais plus maintenant qu'un étranger, et, bizarrement pour un vieux soldat sans scrupules, je m'en félicitais. Je n'aimais pas cette guerre, pour le peu que je connaissais d'elle. Et j'aimais la présence à mes côtés d'Ariane la française.<p>Nos pas nous menèrent bientôt vers Rockefeller Center. Cet endoit n'avait pas changé. La même patinoire attirait les enfants sous le grand sapin illuminé que vingt, trente, ou quarante ans plus tôt. Les rires parvenaient à nos oreilles. Un cantique de Noêl résonnait dans l'air. Je me fis la réflexion que, cette chanson, c'était moi-même qui avais dû l'écrire. Il y avait si longtemps de celà... J'entraînai Ariane sur la patinoire. Elle était maladroite. Moi aussi. Elle riait. Les flocons de neige auréolaient ses cheveux noirs d'une douceur blanche. Immaculée. Je me pris à lui sourire.<p>Longtemps, longtemps, nous avons marché dans la ville en fête. La Cinquième Avenue. Central park. Washington Square. Wall Street.<br>Wall Street sans ses tours jumelles....<br>La guerre n'était pas qu'ailleurs. Elle était venue ici, et la ville en gardait la cicatrice. Ground Zero.<br>Je soupirai. <br>C'est aux cicatrices que l'on reconnaît l'effet du temps qui passe.<br>Je hélai un taxi, m'y engouffrai avec ma compagne, donnai l'adresse de Bryan. Le chauffeur entama la conversation.<br>- Vous n'êtes pas d'ici, à ce que je vois.<br>- J'ai vécu dans la région, répondis-je. Il y a longtemps.<br>- Avant cà ? demanda-t-il en me désignant Ground Zero.<br>- Avant çà.<br>- Quand on voit çà, reprit-il, on se rend compte que tout ce qu'on peut dire, Noël, l'Amour, et tout le reste, c'est du baratin. Juste bon à enrichir les restaurateurs et les marchands de jouets.<br>Ariane baissa la tête et mis la main dans la mienne.<br>- Il y a du bon en ce monde, pourtant, tentai-je de répondre.<br>J'en avais pourtant vu le mauvais côté plus souvent qu'à mon tour. Et j'avais rarement lutté contre lui.<br>- Du bon ? Dites çà aux parents des boys qui se battent, là bas, dans le désert. Dites-le à ces types qui crèvent de froid, sans un toit sous lequel s'abriter. Dites le à ces gamins qui meurent dans les hôpitaux. Du bon ? Pour les riches, et les puissants, sans doute...<p>J'étais riche, et j'avais été puissant. Plus puissant que le plus puissant des hommes. Pouvais-je dire à ce chauffeur de Taxi que celà n'apporte pas nécéssairement le bonheur ? Et sûrement pas la paix ?<p>Je payai la course, sonnai. Bryan vint nous ouvrir.<br>- Enfin, Carl, me dit-il. Vous en avez mis du temps. mais entrez, entrez. Il fait froid à en mourir.<br>Et pendant que nous ôtions nos manteaux, il continua.<br>- Dites, à propos... Je ne veux pas vous forcer, et vous pouvez dire non, si celà vous dérange. Mais j'aimerais que vous me rendiez un service...

