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Conte de Noël : L'Atout du père Noël
#2
Chapitre 2. L'assistante du Père Noël<p>- Jouer quoi ?<br>Je faillis m'étrangler avec mon whisky. Jouer le Père Noël. Moi. Ma silhouette effanquée d'ancien prisonnier devait plus évoquer Don Quichotte ou le Capitaine Crochet que l'ami des enfants. Et puis, bon Dieu, je n'étais qu'un ancien soldat, soudard plus souvent qu'à mon tour. Pas un Papa gâteau.<br>- Pourquoi pas ? insista Bryan. Vous m'avez bien souvent émerveillé quand j'étais gamin, à raconter des histoires, à réciter des poèmes. Et puis, vous avez le regard pour çà. Un regard d'un autre monde.<br>Il me fit un clin d'oeil complice. <br>Je savais qu'il savait que je n'étais pas un être comme les autres. Surnaturel. Immortel et venu d'ailleurs. Même s'il m'avait connu comme un voisin ordinaire. Ce que j'étais, en ce temps-là...<br>Il voulut insister, mais ce fut une voix d'enfant qui attent mes oreilles.<br>- C'est ridicule !<br>La fille d'Ariane se tenait devant nous. Treize ans, et le physique efflanqué d'une adolescente ingrate. Depuis son arrivée à New York, je ne l'avais encore jamais vue sourire.<br>- Et pourquoi donc, Mélanie ? lui demanda Bryan. Pourquoi Carl ne pourrait-il par représenter correctement le Père Noël ?<br>Je faillis prendre le parti de la fillette, et avouer au fils de mon ami qu'elle avait entièrement raison, mais elle ne me laissa pas le temps d'intervenir.<br>- C'est ridicule de faire croire à des enfants malades que le Père Noël existe, qu'il s'intéresse à eux. C'est même plus que çà. C'est un mensonge. Scandaleux.<br>Peut être ces mots de Mélanie furent-ils ceux qui m'incitèrent à accepter la proposition de Bryan.<br>- Il n'y a rien de scandaleux à apporter un peu de rêve à des enfants qui souffrent, intervins-je. A apporter un peu de magie dans leur solitude.<br>Mais elle haussa les épaules, nous gratifiant d'un solennel : "La magie, çà n'existe pas".<br>Sa mère la réprimenda. Mais elle agita sa tête aux cheveux châtins trop raides et me toisa, me fixant dans les yeux.<br>- Et ce n'est pas vous, me dit-elle, qui réussirez à me faire croire le contraire.<p>Le dîner, ce soir-là, fut agréable. Délicieux et sympathique, mis à part le fait que Mélanie continuait à bouder dans son coin. Nous discutions de choses, d'autres. Du passé, beaucoup. De l'avenir. Du mariage prochain de Bryan avec la rougissante Stéphanie, la petite Française, la soeur cadette d'Ariane. De son fère aîné, et de ses enfants. De sa mère trop tôt disparue. Je vis Bill essuyer une larme furtive à l'évucation de son épouse. Ariane glousser de plaisir lorsque je la félicitai pour sa cuisine. Nous étions heureux.<br>Au moment du dessert, pourtant, Mélanie se leva de table. Brutalement. Elle alluma la télévision sans demander l'avis de quiconque. Publicités. Emission de jeu ridicule. Trailer d'un film tiré d'un roman anglais que j'avais beaucoup aimé autrefois. Mélanie zappa. Image que je voyais pour la quinzième fois au moins de Saddam humilié par ses ennemis. Je me levai, et j'éteignis le poste. Je m'assis à côté d'elle.<p>- Pourquoi avez vous éteint la télé ? <br>Elle me lançait des regards furibonds.<br>- Je n'aime pas ces images, répondis-je. Il est inutile d'humilier un ennemi à terre.<br>- C'est un salaud.<br>- Ce n'est pas une raison.<br>J'eus l'impression de la voir se renfrogner encore plus.<br>- Qui êtes-vous pour me faire la morale ? me lança-t-elle brusquement. Ce n'est pas parce que ma mère vous fait du rentre-dedans que....<br>Je lui coupai la parole. Furieux et indigné. Mais ma voix resta de glace.<br>- Du rentre-dedans ? Tu te rends compte de ce que tu dis ? De quoi tu traîtes ta mère ?<br>Ses yeux lançaient des éclairs.<br>- Elle traîne avec vous depuis que nous sommes arrivées ici. J'ai bien vu ses yeux. Elle n'arrête pas de vous regarder. Et vous aussi. Elle trahit mon père.<br>- Ton père est mort, Mélanie.<br>J'avais été brutal. Volontairement brutal. Non qu'il y eut ne fût ce que le début d'une liaison entre Ariane et moi. Simplement, la gamine commençait à m'agacer sérieusement.<br>Elle fut décontenancée, et se mit à pleurer.<br>- Vous ne comprenez pas, me dit-elle. Vous ne comprenez rien.<p>Je ne sais pas ce qui me prit. Je ne sais pas pourquoi je me mis à lui parler. De choses intimes, peut-être trop. De mon fils qui me manquait tant. De certains de mes frères, aussi. De musique et de guerre. Et de cette fête de Noël qui était si importante pour les gens de son monde.<br>- C'est de la foutaise, me répondit-elle. Noël, c'est pour les gens heureux.<br>J'avais passé, au cours de ma trop longue vie, trop de Noëls solitaires pour pouvoir la contredire. J'essayai, cependant.<br>- Alors, pourquoi ne pas tenter de donner du bonheur, une petite goutte de bonheur, à certains qui en auraient besoin ?<br>- Vous parlez de ce truc ridicule de Père Noël, c'est çà ?<br>J'acquiescai.<br>- Le Père Noël ne peut pas être seul pour distibuer ses cadeaux. Il lui faudrait une... Une assistante, c'est celà.<br>- Et vous pensez à ma mère, hein ? dit-elle, à nouveau agressive.<br>- Je pensais à toi.<br>Elle fut tellement ébahie qu'elle ne put pas dire "Non"<br>Il me restait à convaincre Bryan.<p>
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