29-12-2003, 20:18
Chapitre 3. La chambre 324<p><br>J'avais mal dormi. J'avais beau savoir que Saddam était un monstre, le fait de le voir exposé comme une bête de foire me faisait mal. Peut-être me faisait-il penser au fait que j'avais, moi aussi, été humilié, et exposé comme une bête de foire ? Ou peut-être me rappelait-il à la mémoire que chacun d'entre nous pouvait se comporter comme un être sans noblesse lorsqu'il pouvait humilier son ennemi...<br>Quoi qu'il en soit, je m'étais levé, et j'avais rejoint les autres. Pour recevoir des mains de Bryan un superbe habit rouge et blanc. Complet. Avec le rembourrage du ventre, la barbe blanche, et le bonnet à pompon. Je ne pus m'empêcher de pebser à la tête des miens, s'il leur venait à m'imaginer accoutré de ce déguisement. Mais j'étais l'invité de Bryan, et j'avais mis Mélanie au défi de m'accompagner. J'étais pris dans une nasse, comme un saumon à la remontée des rivières...<p>Et nous sommes paris. Manhattan. Hôpital Saint Paul.<br>Dès l'entrée, les odeurs m'assaillirent, et, avec elles, les souvenirs mêlés de souffrances et d'espoir. Je jetai un coup 'oeil à ma jeune "assistante". Elle triturait un mouchoir en papier, les mains aggrippées à l'ance de son panier rempli de friandises. Je lui sourit, encorageant. Elle baissa la tête, puis la releva, tel un petit soldat partant pour le front. Et nous commençâmes notre visite.<p>Il y avait des enfants gravement malades. D'autres hospitalisés pour de simples bobos. Certains avaient à leur côté des parents attentifs. D'autres étaient aussi seuls que des prisonniers dans leur oubliette. J'eesayais de m'oublier moi-même, de leur donner un peu de plaisir, un peu de bonheur. Comme pour racheter les méfaits que j'avais pu commettre tout au long de ma longue vie. la plupart savaient que je n'étais pas le Père Noël. Il savaient que je n'étais que l'envoyé d'une oeuvre de charité, chargé de les distraire un instant. Mais il me prenaient tel que j'étais. Comme un leurre, peut-être. Comme un mensonge d'espoir. Mais comme une image qui leur apportait quelques instants d'évasion.<br>Et Mélanie,sortant de ma hotte une pupée, ou une voiture de collection, le comprenait.<p>Et puis...<br>Et puis, il y eut la chambre 324.<br>J'y entrai comme dans toutes les autres, vêtu de mon déguisement rouge.<br>Mais l'enfant ne réagit pas. Il ne me sourit pas.<br>Et quand mélanie me tendit le cadeau, que je le posai sur le rebord du lit, il le repoussa de la main.<br>Il me dit simplement "Tu n'es pas le Père Noël".<br>Je lui parlai, longuement. Tentai de lui expliquer. De lui montrer son cadeau. Et, même, de lui en promettre d'autres.<br>Mais il ne voulait pas de cadeaux.<br>Il voulait le père Noël.<br>Il voulait la magie.<br>Il levait vers moi son visage ravagé d'exzéma, me fixait de ses yeux sombres et tristes.<br>Il ne disait pas que le Père Noël n'existait pas. Oh non. C'aurait été trop simple.<br>Il disait que j'étais un imposteur. Et que le vrai Père Noël ne se déplaçait pas pour les enfants comme lui.<br>Seulement pour les autres.<br>Il devait avoir six ans...<p>Mélanie et moi avons continué notre tournée. J'ai raconté des histoires et chanté des chansons. Ringardes, à leurs oreilles, pour la plupart. Mais je les ai fait rire.<p>Et pourtabt, dans ma tête, restait le regard de l'enfant de la chambre 324.

