31-12-2003, 00:42
Chapitre 4. Le visiteur d'un autre monde.<p><br>Lorsque j'entrai dans sa chambre, l'enfant dormait. Ou plutôt faisait semblant de dormir. J'observai un moment son petit visage meurtri, avant de m'asseoir et, feignant l'indifférence, de sortir un livre de ma poche.<br>- Tu es venu ici pour lire ? entendis-je après quelques minutes. C'est un drôle d'endroit.<br>Je me tournai vers Adam qui m'avait empoigné la manche.<br>- Bonjour, lui dis-je. Je croyais que tu dormais.<br>Il fit "Non" de la tête.<br>- Je te regardais. Tu es bizarre, même si tu n'es pas le Père Noël.<br>- Ainsi, tu m'as reconnu.<br>Il acquiesça.<br>- Et je voudrais savoir ce que tu fais ici. Tu ne me connais pas.<br>- Mais je sais ce que c'est que d'être seul et triste.<br>- Je ne suis pas triste, répondit-il en se détournant.<br>Je fis à nouveau mine de me plonger dans la lecture. L'enfant n'attendit que peu de temps avant de me parler à nouveau.<br>- Tu es qui ? Et tu veux quoi ?<br>Rare étaient les habitants de cette Ombre qui connaissaient ma véritable identité, ma véritable nature. J'avais d'ailleurs vécu des siècles sans la connaître moi-même. Mais cet enfant voulait de la magie. Et le premier moyen pour moi de lui en apporter n'était-il pas, tout simplement, de lui dire la vérité ?<br>- On m'appelle Carl. Je suis un ami du docteur Roth. Un ami de son père, en fait. Mais je suis aussi prince. Prince d'un autre monde.<br>L'enfant écarquilla les yeux, puis secoua la tête.<br>- C'est impossible. Si tu étais Prince, tu ne serais pas ici. Tu serais dans un palais, avec plein de domestiques, des habits d'or et une couronne.<br>J'éclatai de rire en voyant sa mine se renfrogner à nouveau.<br>- Des habits d'or et une couronne, ce n'est pas très pratique pour se promener à New York, lui répondis-je. Mais j'ai bien grandi dans un palais rempli de domestiques. Et mon père était vraiment Roi. Roi d'Ambre.<br>Il semblait incrédule. J'étais peut-être bizarre à ses yeux, mais pas au point de passer pour un fils de Roi.<br>J'eus soudain la sensation d'un contact d'Atout.<br>- Et c'est pour çà, peut-être, continuai-je, que j'ai pu rencontrer le Père Noël. Le vrai. qui attends de venir te voir.<br>Il se redreessa sur le coude, tout empêtré qu'il fut dans les tuyaux d'oxygène et de perfusions.<br>- Ce n'est pas vrai, se fâcha-t-il. Tu vas encore faire venir un type déguisé.<br>Sans répondre, je pris dans la mienne la main sèche de l'enfant, et la tendis en avant, dans la mienne. Je sentis la poigne de Gérard, et mon frère apparut dans la chambre au mileu des arc en ciels.<br>Il avait revêtu, certes, un habit rouge et blanc. Un pourpoint et des bottes écarlates, des chausses immaculées, et une cape grenat bordée d'hermine. Avec sa barbe noire, il ne ressemblait en rien au vieillard bedonnant qui envahissait les rues et les cartes postales. J'appréhendai la réaction de l'enfant, mais celui-ci paraîssait en extase.<br>- Tu es le vrai, murmura-t-il. Le vrai Père Noël. Tu n'es pas bêtement déguisé, toi.<p>Mon frère salua cérémonieusement l'enfant, et sortit les cadeaux de sa hotte. Mais Adam ne regardait pas les cadeaux. Il regardait la magie. Il regardait le rêve. Il était devenu si important que le conte était venu, s'était déplacé jusqu'à lui. Je voulus m'éclipser, mais il me demanda de rester " parce que si tu as su faire venir le Père Noël, tu es vraiment le Prince Charmant".<br>Je grimaçai. Je pensai à ma longue vie d'intrigues et de guerres, et lui fit remarquer que Prince, je l'étais, mais charmant certainement pas.<br>Mais il n'écoutait plus il parlait avec mon frère.<br>Il finit par lui demander pourquoi on le représentait toujours avec la barbe blanche, alors que la sienne était noire.<br>Pris au dépourvu, Gérard me regarda, interrogatif. Je fis un geste indiquant que c'était à lui de se débrouiller.<br>- Euh... dit-il, mal à l'aise. C'est ccertainement parce qu'ils se basent encore sur le portraît de mon Père. Le précédent Père Noël.<br>Je pouffai intérieurement. Son père ! Mon père ! Le terrible, puissant et impitoyable Oberon ! Lui qui n'avait jamais regardé ses propres enfants que du haut de sa gloire ! Père Noêl !<br>Je me repris. Adam ne devait pas voir moi hilarité cachée.<br>- Tu as sa photo ?<br>je n'aurais sans doute jamais eu l'idée qui traversa à ce moment l'esprit de gérard. Il prit son jeu d'Atout, en sortit celui de notre père, et le tendit à Adam.<br>- Il n'est pas en vêtements de travail, là-dessus, expliqua-t-il. mais c'est mon père, avant sa mort. Tu peux garder l'image.<br>L'enfant semblait satisfait. Il parla encore à mon frère. De son oncle, surtout. De son oncle qui lui manquait tant.<br>- Je peux vraiment te demander tout ce que je veux, Père Noël, insista-t-il, curieusement, quand Gérard lui demanda ce qui lui ferait le plus plaisir.<br>Mon frère hésita.<br>- Demande toujours. Je verrai si je peux acomplir ton souhait.<br>- Emmenez-moi. Emmenez-moi dans un autre monde. Emmenez-moi auprès d'Oncle Bob.<br>Je ne pus m'empêcher d'intervenir.<br>- Ton oncle, Adam. Tu le sais bien. Il n'est pas dans un autre monde. Il est au Ciel. Il est mort.<br>- Alors, emmenez-moi au ciel. Emmenez-moi au pays des morts.

