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Droit de réponse à Szpako
#1
Même si ce droit de réponse ne m'est pas nomément désigné, je pense qu'il appelle lui aussi des réponses :-)<p>>>>"Je reconnais au christianisme 2 vertus dont je ne partage pas la compréhension : c’est l’’humilité et la résignation par rapport à la nature de l’homme(ça va ensemble et tolère l’esclavage !!) "<p>Juste une question, dans tolérance, est-ce ici le sens authentique du mot, au sens d'endurer qui est employé, ou alors le sens moderne qui est plus proche de la complaisance et de l'estime ?<br>Ce qu'on tolère, à la base, c'est quelque chose que l'on considère comme négatif, et que l'on a soit pas le choix, soit pas la volonté d'éradiquer.<br>Si l'on regarde d'où vient la chrétienté, ontologiquement, elle est fondamentalement anti-esclavagiste. D'une part de par le peuple élu de Dieu, qui fut esclave en Egypte et à Babylone. On ne trouve pas de complaisance à l'égard de l'esclavage dans les écritures "celui qui volera un homme et le vendra, mourra dès que son crime sera connu" Livre de l'Exode.<br>Le Christianisme est d'abord une relgion des petits, qui peu à peu, a gagné les puissants.<br>Ensuite, on peut considérer que l'Eglise a été tolérante avec l'esclavage, au fort du mot. Ne pouvant l'accepter moralement (il a été plusieurs fois condamné), elle l'a accepté dans les faits, soit sous une forme atténuée (servage en europe) soit sous une forme directe (traite des esclaves, même si dès le XVIe siècle, les condamnations de l'esclavage aux amériques arrivent.) La relation est ambigue comme je le dis, parce que l'esclavage fut (et hélas est toujours dans certaines parties du monde) une composante du monde économique. Insupportable à nos yeux, mais elle ne le fut pas toujours. Pour l'Affranchi de Rome, avoir des esclaves est le signe d'une promotion sociale. Des civilisations brillantes se sont constuites sur l'esclavagisme, parce qu'il permettait d'importer artificiellement des travailleurs dans des contrées vides d'hommes (cf Braudel, grammaire des civilisations).<br>Dire que l'Eglise tolère l'esclavage est donc ambigu, car elle ne fut pas l'un de ses vecteurs, mais plutôt un frein à son développement pour les raisons qui font que les valeurs chrétiennes (propres ou syncrétisées) sont fondamentalement opposées à l'exploitation des hommes par leurs semblables. Le message du Christ n'est-il pas, avant l'humilité ou le devoir, que nous sommes tous enfants de Dieu et donc frères ? Il va au-delà de la tolérance.<br>Si l'Eglise fut donc parfois historiquement coupable de compromissions avec l'esclavage (pour adopter un point de vue contemporain) cela n'est pas lié à ses valeurs, mais aux structures et à la conjoncture longue des sociétés. On peut lui repprocher de ne pas les avoir combattues ou réformées, mais pas de les avoir favorisées.<p>>>>>"Des hommes qui veulent vivre debout ne peuvent les partager .<br>Les autres (vertus) le christianisme n’a fait que les emprunter et moi je me réjouis du partage !!<br>Quels que soient les lieux ou les époques les notions d’humilité et de devoir de servitude n’ont jamais été utilisés que pour opprimer en toute sérénité."<p>De servitude, oui en quelque sorte... mais tout dépend de si on considère que Sam est en état de servitude ou de service, vis à vis de son maître. Un serviteur n'est pas un serf ou un esclave ;-). Quant à un devoir de servitude, je ne comprends pas trop à quoi il fait référence ?<p>L'humilité "vertu qui nous donne le sentiment de notre faiblesse, de notre insuffisance" (Littré) et la racine latine est d'après mon Gaffiot, la même que l'humus, dont l'humble est celui qui est peu élevé, proche du sol.<br>On voit en effet une connection avec la servitude, l'esclave qui se prosterne devant le maître, ou alors celui qui est peu élevé dans la hiérarchie.<br>Mais l'humilité, devenue vertu au XIX (le christianisme est passé par là) est le fait de prendre conscience de ses insuffisances par rapport à Dieu, de sa propre finitude. Et conscient de cela, effectivement, on s'éloigne de valeurs comme l'orgueil, et on privilégie dans l'honneur le devoir à l'ostentatoire.<br>De là à considérer que l'humilité est un sentiment qui favorise le fait d'être dominé et réduit en esclavage, je n'en suis pas sûr. La démarche de Gandhi me semble un excellent exemple de ce que peut être l'humilité et à travers elle le refus de la domination.<br>Gandhi n'est pas chrétien ? Tant mieux, bien des chrétiens ne sont pas humbles, et heureusement que l'humilité n'est pas leur monopole. De même, l'humanisme est fondamentalement chrétien, mais tous les humanistes ne sont pas chrétiens (ni tous les chrétiens qui se revendiquent comme tel ne le sont.)<p>Mais il faut, pour voir dans la posture humble un source de grandeur, se représenter la rupture morale profonde qu'est le Christ. Lui qui se dit roi, et qui refuse de prendre les armes. Aujourd'hui cela nous semble banal... mais dans le contexte de la Judée romaine, et de ce monde, le fait que le fils de Dieu soit un homme qui vive parmi les humbles, ça fait sacrément tache... et ça rompt justement avec une vision du monde où l'humble est soumis. Jésus ne se laisse pas dominer, il accepte l'autorité de Pilate (il empêche Pierre de tirer le glaive contre ceux qui viennent l'arrêter) mais jamais il ne revient sur sa parole, ou ne se dédit. Bref, l'humilité n'est pas dénuée de courage, ni de détermination.<p>>>>>"Je préfère un Sam qui allie amour et admiration à un Sam qui associe Amour et servitude ! C’est encore une des raisons pour lesquelles à défaut de Gollum, j’aurais poussé Sam à se jeter dans les flammes avec Frodon vaincu. C’est cela pour moi le don de soi jusque dans la mort !"<p>C'est une vision. Mais pour moi, elle ne colle pas avec Sam, car il est humble et donc rejette l'orgueil. Or se jeter dans les flammes avec son maître, c'est prendre la posture de celui qui se substitue au destin. Sam l'affirme plusieurs fois : l'anneau ce n'est pas son affaire, il ne veut pas le prendre, puis il ne peut le porter, lui peut au mieux porter Frodo qui porte l'anneau.<br>C'est la posture humble par excellence, car Sam a conscience de ses propres limites, il est celui qui est proche du sol (est-ce un hasard s'il est jardinier ;-)<br>Mais dans sa posture humble, il est finalement celui qui est le moins soumis : il ne peut porter l'anneau, mais bon, il porte Frodo lui-même ! N'est-ce pas une preuve de détermination incroyablement supérieure à l'attitude rationnelle qui aurait voulu de prendre seulement l'anneau (attitude rationnelle de surface, j'entends bien).<br>En l'occurence, je ne vois rien de servile dans son acte. Sam est là par son libre arbitre (cf l'important passage du Tol Brandir, où Frodo entend partir seul, et Sam le supplie de l'emmener.) Il y a plus que de l'admiration de Sam pour Frodo, d'ailleurs, y a-t-il seulement admiration, c'est à dire envie de prendre Frodo comme modèle ? Sam aime profondément Frodo, mais il a conscience des différences irréductibles qu'ils ont l'un et l'autre.<br>Mais il n'est pas servile pour autant. Il est dévoué, ce qui est différent, car c'est lui qui accepte de conduire sa vie ainsi.<p><br>On pourrait ensutie arguer longuement du déterminisme social, qui a conduit Sam à devenir un serviteur, négation de lui-même, etc, etc... mais c'est un autre débat, beaucoup plus politique, et beaucoup moins sur la logique qui sous-tend le SdA.
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