Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Tolkien et le conte de fées : enchantements et pouvoirs théologiques
#7
[citation]« Les lettres de Tolkien à ses fils attestent un cheminement religieux qui s’inscrit dans un mouvement d’ensemble, caractéristique de la période 1940-1950 : la crise issue de la Guerre et de ses atrocités le conduit, comme beaucoup d’autres, à désespérer du monde présent et à se retourner, par désenchantement, vers l’attente d’un avènement ou d’une chute eschatologique. Dès 1945, les critiques littéraires, sensibles à son abattement devant la conflagration mondiale, ont établi une relation entre l’esthétisme du Seigneur des Anneaux et le renouveau eschatologique européen. »[/citation]
Difficile de faire la liste de tout ce qui me gêne dans ce seul paragraphe :
- le parallèle entre « cheminement religieux » et « désenchantement » ;
- d’autant que si « désenchantement » il y a chez Tolkien, il s'est opéré bien plus tôt, à la mort de sa mère, voire au cours de la Grande guerre ;
- « un avènement ou une chute eschatologique » : au-delà du fait que je ne vois pas bien ce que cela veut dire (quel avènement, quelle chute ?), l’Histoire considérée comme la poursuite de « la Chute jusqu’à son terme ultime » ou la croyance dans le Millénium, « ce règne des Saints pendant mille ans tel qu’il est annoncé » (L96, Letters, p. 110) font de Tolkien un homme qui témoigne de sa foi (Ap 20, 4 ; 22, 11) sans qu’il soit besoin de convoquer un quelconque désenchantement (ou bien, plus loin, d’assimiler le projet du SdA à de la « propagande »).

La suite est encore plus problématique :
[citation]« D’autres réserves idéologiques, plus factuelles, et antérieures à la déclaration de guerre, peuvent exister : la Ligue Distributiste, mouvement catholique créée par G.K. Chesterton et Hilaire Belloc, hostile au nazisme mais fascinée par le fascisme de Mussolini, promeut Le Seigneur des Anneaux, y compris lorsqu’à partir de 1936, le mouvement évolue vers un soutien plus affirmé à la politique allemande. La Chesterton Review, issue de ce mouvement, milite pour une lecture catholique allégorisante du roman. »[/citation]
Je ne comprends pas non plus cette phrase.
- Qu’il y ait eu des distributistes anglais titillés par le fascisme italien, c’est un fait, mais il aurait été juste de préciser que le durcissement de la Ligue s’opère après la mort de Chesterton (1936) lequel, perpétuel adversaire de la politique allemande, quoiqu’ayant pu manifester son empathie pour Mussolini à l'époque de la signature des accords de Latran avec le Vatican, de retour de son voyage en Italie, se déclarerait toutefois « indépendant du drapeau rouge du communisme ou du drapeau noir de l’enrégimentement fasciste » (The Resurrection of Rome, 1930) — ce qui n’est pas sans rappeler une autre formule, de Tolkien cette fois, qui rejetait quinze ans plus tard « le Socialisme dans l’une ou l’autre de ses formes qui s’affrontent actuellement » (L96, 1945).
- Je ne vois pas non plus comment une Ligue démantelée en 1940 peut promouvoir un livre paru en 1954…
(Certes une Distributist Association réapparaît en 1947 mais pour disparaître en 1954... Certes un journal prend la suite, The Defendant puis The Distributist entre 1954 et 1958, mais je serais très curieux de connaître les numéros qui auraient fait la promotion du SdA...)
- Je ne vois pas non plus comment enchaîner sur la Chesterton Review fondée en 1974, destinée comme son nom l’indique à l’œuvre de Chesteron et non à la frange extrémiste d’une Ligue disparue depuis plus de 30 ans, et qui par ailleurs a publié en février 1999 un numéro qui affrontait les égarements de la Ligue et de certains Catholiques dans les années 30.
Rq : pour une courte mais dense synthèse des liens et des différences entre Tolkien et Chesterton, cf. Hammond & Scull, THe JRR Tolkien Comppanion and Guyide, Reader's Guide, p. 158-160. Pour approfondir, Alison Milbank, Chesterton and Tolkien as theologians, T&T Clark, 2009.
[citation]« Mais lorsqu’il crée le club des Inklings et qu’il convertit C.S. Lewis au catholicisme, il élit domicile dans un pub. »[/citation]
??? deux erreurs dans une même phrase. Les Inklings n’ont été créés ni par Tolkien, ni même par Lewis (cf. L298, Letters, p. 388) et Lewis ne s’est jamais converti au catholicisme, comme l’a déjà relevé Elendil, sinon, les relations avec Tolkien auraient tournée bien différemment…
On a l’impression que Catherine Velay-Vallantin laisse son intuition (ou ses désirs) prendre le pas sur les faits :
[citation]« Car on ne vient pas à l’Eagle and child par hasard. […]. C’est là que Tolkien et Lewis ont créé les Inklings. »
« Tolkien découvre l’identité religieuse du pub et accepte de s’y rendre tous les mardis. C’est ainsi qu’est créé le club des Inklings »[/citation]
Il est regrettable de n’avoir consulté que (très) partiellement les références pourtant données par C. Velay-Vallantin dans la bibliographie. Ainsi les Letters, mais aussi le livre de Carpenter :
[citation=(The Inklings, p. 56-57)]« Its founder and organiser, like most of the members, was an undergraduate, Edward Tangye Lean […]. Tangye Lean named it “The Inklings” »[/citation]
A moins que le refus d’évoquer ce premier club des Inklings soit volontaire, puisque, en 1932-1933, les rencontres avaient lieu à l’University College, non pas au pub The Eagle and the Child. Le seconde club des Inklings pose autant de problème puisque après le départ de Tangye Lean pour le journalisme, c’est CS Lewis et lui seul qui récupère le nom des « Inklings » pour qualifier le « petit groupe d’amis, indéfini et ouvert, qui se réunissait [le jeudi soir, puis le lundi] autour de C.S.L. dans ses appartements de Magdalen [College] » (L298; voir aussi L199, p. 258).
Ce groupe se retrouve certes également au pub (le mardi vers midi), mais de manière bien plus informelle, et je doute que ce soit de la part de Tolkien à cause de son « identité religieuse ». George Sayer, dans sa biographie de CS Lewis, citant de larges extraits du journal de son frère (Warren), suggère des raisons bien différentes :
[citation=(Jack, Chp. 13, Crossway Books, 1994, p. 253)]« This particular inn was chosen partly because of its small black room, but mainly because of the character of its landlord, Charles Blagrove, who had “endless stories of an Oxford […] in which it was not uncommon for undergrads to fight a landlord ,for a pint of beer […]”. »[/citation]
Tolkien lui-même confirme, dans une lettre écrite pendant la guerre :
[citation=(L89, Letters, p. 102)]« Mardi : cours et une brève rencontre, au Bird, avec les frères Lewis et Williams. À présent, ce pub est magnifiquement vide, sa bière est meilleure, et le patron rayonne de sourires de bienvenue ! Il allume un feu spécialement pour nous ! »[/citation]
Mais il est clair que si le pub était un lieu de socialisation ou se retrouvait la « bande » (L79, p. 92) , il n’était pas pour autant le lieu qui constituait les Inklings en tant que club de littérature et d’écrivains. Tolkien confirme en évoquant « cette fête de l’esprit et de cet échange entre âmes » que pouvait représenter les rencontres dans les appartement de CS Lewis au Magdalen College (L89).
[citation]« là, au coin de la cheminée, on découvre la table de merisier, surmontée de l’Epée de Vérité, l’épée inspiratrice de C.S. Lewis »[/citation]
L’Epée de Vérité (si elle existe !), a peu de chance d’avoir existé à l’époque des Inklings, et encore moins d’avoir inspiré CS Lewis qui n’en fait mention tout simplement nulle part -- à ma connaissance (connaissance certes limitée mais pas ridicule pour autant…). Je crois que l’auteur a trop regardé la série Inspecteur Lewis (Saison 3, épisode 1, « Allegory of Love »). Cette épée, invisible sur toutes les photos de la célèbre « Rabit room » où se réunissaient les Inklings, est présentée par contre dans l’épisode de l’Inspecteur Lewis comme un « prêt du Lovell College d’Oxford ». Ce qui me pose problème, c’est qu’il ne semble pas y avoir de Lovell College à Oxford…

Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: 1 Guest(s)