16-02-2014, 15:28
Ce petit mot de Tolkien m'inspire sur deux points.
Le premier est de pouvoir la placer, à la fois en parallèle et en contrepoint de la fameuse lettre à Robert Murray :
Douze ans plus tard, la même chose est dite différemment :
Le second point est l'aspect savoureux que j'évoquais en ouvrant le fuseau. On retrouve à nouveau l'image du goût pour parler de notre attitude à l'égard du Transcendant en général et de cette dimension théologique de son œuvre en particulier (cf. la comparaison avec le lembas de la lettre n°328, p. 578). En parlant de l'enrobage de sucre qui rendrait peut-être cette dimension plus acceptable, l'ironie de Tolkien n'amène-t-il pas chacun (le croyant comme le non croyant, et le lecteur ... comme l'auteur lui-même je crois) à se poser la question de ce qui donne le vrai goût ? *
Jérôme
* « L'Évangile c'est du sel, et vous en avez fait du sucre » (Paul Claudel, cf. Mt 5, 13) — attention, Silmo, il n'est pas permis de se servir de la Parole pour se justifier ;)
Le premier est de pouvoir la placer, à la fois en parallèle et en contrepoint de la fameuse lettre à Robert Murray :
Le Seigneur des Anneaux est bien entendu une œuvre fondamentalement religieuse et catholique ; de manière inconsciente dans un premier temps, puis de manière consciente lorsque je l'ai retravaillée. [...] Car l'élément religieux est absorbé dans l'histoire et dans le symbolisme.
Lettres (n°142), p.246 (1953)
Douze ans plus tard, la même chose est dite différemment :
Le Seigneur des Anneaux inclut, en effet, pas mal de théologie (ce fut pour moi une surprise de réaliser à quel point, lorsque l'ouvrage fut analysé il y a quelques temps dans un périodique de théologie), bien que celle-ci soit peut-être rendue plus agréable [aux papilles] par son enrobage de sucre.
C'est après coup que l'on (y compris Tolkien) réalise la dimension théologique de l'œuvre. Même en 1953 apparemment, il n'envisageait pas « à quel point » c'était vrai, et le « retravail », le caractère volontaire et conscient nécessaire, calculé de cet aspect, qu'il évoquait, paraît ainsi bien maigre. À la lecture de ce mot, j'ai songé à ce passage, encore six ans plus tard :Lettre à Mr. Rigby (1965)
[...] Soudain, il m'a dit : « Vous ne vous imaginez évidemment pas, n'est-ce-pas, avoir écrit ce livre tout seul ? » Du pur Gandalf ! [...] « Non, je ne m'imagine plus cela. »
Et en lien, j'ai songé à l'art, et à l'art tolkiénien en particulier, tellement à l'envers de ce que les analyses carnassières pourront en faire. Ce n'est pas : Tolkien était croyant donc le SdA est chrétien. C'est je dirais le contraire. Et cela m'est soufflé par une lecture du moment :Letters (n°328), p.577 (1971)
Or il est fondamental de savoir si l'on part de l'origine ou de la fin. Dans un cas vous êtes placés sous un destin de mécanismes et de causalités. À partir de cette cause première, tout se déroule implacablement. Dans l'autre vous savez que vous allez vers un accomplissement, vers une nouvelle création dont les premiers éléments sont déjà donnnés dans l'actualité [...].
Sont ainsi reposés la place de Dieu, et le sens et la finalité qui en découlent, dans la Création et dans la sous-création. Et avec cette place, la part qui nous échappe fatalement : il ne s'agit pas d'une production mécanique que l'on pourrait analyser, scientifiquement maîtriser, mais d'une œuvre, un récit vivant qui nous met en relation avec un sens et une finalité qui nous pré-existe / nous attend.Jacques Ellul, Théologie et Technique, Labor et Fides, 2014, p.160-161.
Le second point est l'aspect savoureux que j'évoquais en ouvrant le fuseau. On retrouve à nouveau l'image du goût pour parler de notre attitude à l'égard du Transcendant en général et de cette dimension théologique de son œuvre en particulier (cf. la comparaison avec le lembas de la lettre n°328, p. 578). En parlant de l'enrobage de sucre qui rendrait peut-être cette dimension plus acceptable, l'ironie de Tolkien n'amène-t-il pas chacun (le croyant comme le non croyant, et le lecteur ... comme l'auteur lui-même je crois) à se poser la question de ce qui donne le vrai goût ? *
Jérôme
* « L'Évangile c'est du sel, et vous en avez fait du sucre » (Paul Claudel, cf. Mt 5, 13) — attention, Silmo, il n'est pas permis de se servir de la Parole pour se justifier ;)

