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Du rapport respect de l'Oeuvre/durée des films : on nous aurait menti ?
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Aglarond Wrote:Est-il scandaleux par exemple que Faramir amène Frodo et Sam à Osgiliath ?

Ce n'est pas le principe d'un détour à Osgiliath qui est scandaleux.
Dans l'esprit, une petite promenade en Terre du Milieu (enfin, la Terre du Milieu de Peter Jackson, qui n'est pas celle de Tolkien, je le précise à l'attention d'un Shudakhalian qui nous lirait distraitement) est une très bonne idée...
Mais c'est le traitement plein de contradictions et d'indications paradoxales qu'en fait Peter Jackson qui rend cette série de scènes à Osgiliath complètement absurdes - et donc scandaleuses, quand on sait le soin qu'a apporté Tolkien à la cohérence de son roman.

J'avais écrit autrefois (il y a longtemps) ceci sur un forum voisin :

"La première scène montre l’arrivée des personnages en vue de la cité [...] Très vite, cette scène est interrompue par le grossier montage de John « Secator » Gilbert, le roi de la scie égoïne, que les instances corrompues du cinéma hollywoodien ont osé décorer d’un oscar de complaisance en 2003 pour le saccage commis sur cet opus de la « trilogie ».
Et nous voici donc subitement dans une scénette pénible où l’on a l’incommensurable plaisir de retrouver l’inutile Sylvebarbe, l’idiot aphone de la forêt et ses deux Hobbits, qui n’ont rien de plus à dire.
La seconde scène, qui suit donc cette interruption superfétatoire, est un petit peu plus longue que la première. Elle nous permet une visite dans le décor dévasté [...] de la cité dont Alan Lee a griffonné les plans pour le film.Des soldats du Gondor tirent des flèches au hasard tandis que les vilains Nazgûl survolent les ruines en poussant leur vilain cri qui – visiblement – n’effraie que les bons acteurs [...].


A ce stade on ne comprend toujours pas le véritable sens de la présence de Frodon, Sam et Gollum à Osgiliath...

La dernière scène est la plus longue et la plus absurde [...] Frodon se retrouve seul face à un Nazgûl, un des esclaves de Sauron autrefois chargés de retrouver l’Anneau. Ils conduisent à présent la guerre contre le Gondor. Impassible, le Nazgûl ne réagit même pas alors que Frodon sort l’anneau de sa cachette et le laisse bien en vue.
Puis le Nazgûl se retire, laissant la place à l’agression de Sam par Frodon, puis à un monologue naïf de Sam et au revirement incompréhensible du méchant Faramir qui devient gentil Faramir...Cette virée absurde à Osgiliath soulève toute une série de question à la fois sur la forme et sur le fond.


A propos de la forme, que dire en effet du capitaine Faramir, présenté comme un « dur », intransigeant, respecté et craint par ses hommes, lorsqu’il se met à geindre un pathétique « Laissez-nous en paix » qui sonne aussi faux dans la VF que dans la VO lorsque les Nazgûl (qui sont aussi aveugles que sourds dans cette « trilogie ») survolent les ruines en poussant leurs cris de hulottes aphones. Visuellement cette intervention est un désastre et ridiculise le personnage. N’est-il pas en guerre ? Ne vient-il pas pour se battre ? Pourquoi cette risible apostrophe à l’encontre de ses ennemis les plus mortels ? Qu’on ne me dise pas qu’il agit sous l’empire de la terreur car ces Nazgûl [jacksoniens] sont incapables de terroriser qui que se soit. Ou alors, les acteurs et les figurants sont fort mal dirigés et parfaitement incapables de jouer un tel sentiment...

Que dire également de cette incompréhensible bataille d’Osgiliath qui voit s’opposer les guerriers de Gondor et un ennemi invisible, orque probablement, présent sur l’autre rive, fort éloignée du grand fleuve ? Les figurants tirent des flèches avec leurs arcs, mais sur quelles cibles ?? C’est absurde ! Ils se servent de leurs arcs comme on se servirait de fusils ou de mitrailleuses ! Jackson et ses co-scénaristes ont-ils déjà vu des vrais arcs ? Je veux bien admettre que nous sommes dans un univers prétendument fantastique, mais il ne faut pas prendre le client pour plus idiot qu’il n’est : jamais aucune des flèches tirées dans cette scène [...] n’a pu dépasser le milieu du fleuve...
Et qui se trouve sur quelle rive, d’ailleurs ? Faramir et ses prisonniers sont venus de l’est, de l’Ithilien, comme nous le rappelle la carte qu’une scène précédente nous a joliment présentée. Si les ennemis sont, comme le voudrait toute logique, sur la rive de l’Ithilien – puisque l’Ithilien est sous l’emprise du Mordor – comment nos héros ont-ils pu traverser le fleuve alors que la rive opposée est occupée par les ennemis ? Et avec quels moyens puisqu’il n’y a visiblement plus de ponts ?… Et s’ils ont traversé le fleuve plus au sud ou plus au nord, pourquoi revenir perdre son temps et risquer sa peau et surtout celle de ses précieux prisonniers à Osgiliath alors que la route vers Minas Tirith est censée être encore libre ?… Et s’ils sont restés sur la rive de l’Ithilien, comme le suggère la scène précédente où on voit ce fameux panorama sur l’ensemble de la cité, on en déduit donc que les ennemis sont déjà sur la rive occidentale, et qu’ils barrent donc la route vers Minas Tirith...


Bref c’est l’embrouille générale ! on n’y comprend plus rien...

Les scénaristes ont-ils pensé à ce problème ? Si oui, pourquoi donc insister péniblement sur cette virée aberrante à Osgiliath ? Ils l’ont pourtant fait... pariant sans doute sur l’apathie intellectuelle de la masse de leurs spectateurs... ou bien ils n’y ont pas pensé. [...]

Toujours sur la forme, la dernière scène à Osgiliath voit Faramir libérer Frodon et Sam. « Libérez-les » dit-il alors que les deux zouaves sont déjà libres depuis un bon moment vu que personne ne s’occupe d’eux. Tout à coup, Sam dégage une main d’homme qui apparaît sur son épaule alors qu’elle n’y était pas sur le plan précédent... quel admirable bricolage. Tout ceci donne l’impression d’une grande improvisation ou d’un montage bâclé réalisé avec des bouts de bandes sans lien entre elles.

Mais c’est sur le fond que les questions les plus importantes se posent. Et du coup, on est en droit de se demander sérieusement si les scénaristes ont réellement relu leur copie, s’ils se sont donné la peine de vérifier la cohérence de ce passage avec le reste de leur film, et surtout s’ils ont bien compris leur sujet.

Le premier problème réside dans le prétexte qui a poussé le Faramir à entraîner Frodon, Sam et Gollum dans cette parenthèse invraisemblable Faramir, qui connaît donc l’existence de l’Anneau, parle d’un « cadeau » à offrir à son père Denethor. Ce « cadeau » est selon lui « une arme qui mettra fin à la guerre ». Ces quelques mots que le scénario du trio Jackson-Boyens-Walsh prête à Faramir prennent le contre-pied de tous les dialogues entre Frodon et ce même Faramir en Ithilien. Alors ? Le fils de Denethor serait-il une brute sans jugeote, uniquement poussée par l’influence de son forcené de père et par le besoin de lui plaire ? C’est en tout ce que suggèrent certains des dialogues père-fils du [film] Retour du RoiTM. Il existerait alors un semblant de cohérence pour expliquer la folle décision de Faramir. Une telle attitude répondrait également en écho à la folie de Boromir dans la Communauté de l’AnneauTM.
Mais alors... pourquoi cet incompréhensible revirement à la fin ? Pourquoi Faramir libère-t-il ses trois prisonniers aussi hâtivement qu’il les a poussés vers Osgiliath ? Sont-ce les larmes de Frodon qui provoquent ce changement d’avis, quitte à le faire passer pour un inconstant ? Ou bien le monologue de Sam, et dans ce cas Faramir serait doué de super-pouvoirs bioniques au niveau de l’ouïe ? Quoiqu’il en soit, tout ceci est pitoyablement barbouillé et on en vient à regretter amèrement que cette décision à la fois sage et conforme au récit d’origine n’ait pas pu être prise plus tôt par le personnage.


Maintenant, que dire de ce revirement dans le contexte du combat ? Et j’en reviens à une précédente question : Sur quelle rive se trouvent nos héros ? Comment regagneront-ils le chemin vers Minas Morgul, alors que les orques ont commencé leur attaque ? Comment traverseront-ils le fleuve sans guides ? Il n’existe pas de réponse, bien entendu...[...]

Un autre problème concerne la parade absurde du Nazgûl devant un Frodon hypnotisé. On sait depuis longtemps que les Nazgûl, ces neuf fonctionnaires du Seigneur ténébreux, ont brillé par leur balourde incompétence depuis les premières minutes de la « trilogie ». A Osgiliath, ils sont devenus méchants sur leurs montures ailées. A présent, ils attrapent et tuent avec une déconcertante facilité des guerriers cuirassés cachés dans les ruines de la cité, alors qu’en d’autres lieux, sous d’autres errances scénaristiques, ils ont été infichus d’attraper quatre petits Hobbits perdus dans les bois (comme Benny Hill le fut autrefois dans Regent’s Park, poursuivi par les auxiliaires féminines de Scotland Yard...)

Mais le Nazgûl [de Peter Jackson], qu’il soit à pied, à cheval ou sur sa créature ailée, a un toujours un problème avec les Hobbits – à moins que ce soit les scénaristes qui en ont un avec les Nazgûl.
En effet, voici un Hobbit sans défense, debout au sommet d’une tour en ruine et libéré de ses gardiens, qui offre littéralement l’Anneau au spectre super-puissant qui est face à lui... et rien ne se passe. L’incroyable incompétence et la nullité endémique des Nazgûl dans cette « trilogie » fait peine à voir et laisse une seule certitude : Peter Jackson n’a pas su saisir l’importance des neuf spectres de l’Anneau et aura été totalement incapable, d’un bout à l’autre de ses tiers-films, d’exprimer la terreur suscitée par ces personnages. C’est ce qui explique incontestablement que le mystérieux Gothmog, qui est dit être « lieutenant de Morgul » et que tout concoure à identifier comme un des Nazgûl dans le roman d’origine, soit abaissé dans l’adaptation au rang d’Orque difforme chargé dans un premier temps de la prise d’Osgiliath dans le Retour du RoiTM et dans un second temps d’une des tirades les plus idiotes de la « trilogie » (souvenez-vous : « L’âge des Hommes est terminé, le temps des Orques est arrivé »...)


Bref, tout le détour à Osgiliath devait-il conduire à cette scène d’une bêtise et d’une inutilité crasse ? Quelle pitié que ce scénario... Mais l’échec déplorable de ce Nazgûl de pacotille précède une autre scène extrêmement discutable : la tentative d’assassinat de Sam par Frodon.

Celle-ci a lieu juste après l’envol du Nazgûl perturbé [...] par une fléchette tirée par Faramir. Concomitamment Sam, a empêché Frodon d’enfiler l’Anneau. [Frodon], ne contrôlant visiblement plus ses réactions, se jette sur son pauvre compagnon et manque de l’étrangler.

Cette scène étrange est sans aucun doute un prémisse à l’épisode aberrant du renvoi de Sam par Frodon dans l’escalier de Cirith Ungol (dans le Retour du RoiTM). Quel objectif Jackson poursuit-il donc en multipliant avec une telle obstination les agressions de Frodon envers son ami ? Est-ce pour mettre en valeur le pouvoir de l’Anneau et son emprise sur les attitudes de Frodon ? Jackson prête ainsi des aptitudes bien curieuses à l’Anneau. Des aptitudes qui sont d’ailleurs inédites à ce niveau dans la « trilogie » puisque c’est la première fois que Frodon réagit de la sorte, alors que son anneau n’est pas directement visé par le geste de Sam [...]

Jackson clamait à tout vent que l’amitié était un des thèmes principaux de sa « trilogie ». Voilà une étrange façon de présenter les relations amicales entre deux personnages... D’ailleurs, une fois de plus cette scène de l’agression de Sam par Frodon est en contradiction avec d’autres scènes comparables où Frodon est sorti de la torpeur suscitée par l’Anneau par l’action de Sam sans qu’il y ait de réactions mauvaises de sa part. Ces réactions font toujours suite à des allusions de la part du serviteur de Frodon pour soulager son maître de la charge de l’Anneau. Sauf dans cette fameuse scène absurde du renvoi de Sam dans laquelle les manigances de Gollum remplacent l’influence de l’Anneau. Et sauf bien sûr ici, à Osgiliath où, de l’aveu même de Sam, les personnages ne devraient « même pas être ici ! ».

Et pendant ce temps, Gollum, craintif, ne pipe pas un mot. Que pourrait-il dire, d’ailleurs ? On a bien compris en effet que le réalisateur ne savait plus trop quoi faire de lui dans cette scène. Plus encombrant qu’autre chose, la créature habituellement si bavarde, se retrouve privée de dialogue et de monologue.

Cette manipulation du récit dans tous les sens ne mène nulle part. Et tandis que Sam, tout juste remis de sa strangulation avortée, introduit une naïve tirade sur l’espoir par ces mots « nous ne devrions même pas être ici » auxquels le spectateur averti avait déjà songé dés l’annonce du détour par Faramir, on se rend tristement compte qu’au-delà de l’inutile digression et de l’invraisemblable parenthèse à laquelle nous venons, impuissants, d’assister réside toute la tristesse de la trahison de l’œuvre originale par Peter Jackson. L’éternel alibi de l’adaptation a permis à Jackson de couvrir cette errance superfétatoire de son scénario vaseux. Couvrir, mais pas justifier : si Osgiliath figure bien dans le Légendaire du roman original ; si Faramir y a bien une base arrière attaquée par les Orques la veille du grand assaut sur Minas Tirith ; si rien n’empêche Frodon et Sam de s’y rendre ; [...] il n’en reste pas moins que cette adaptation a de forts relents de trahison.
L’œuvre originale était fluide, parfaitement logique et cohérente. Ce crochet à Osgiliath dans ce film multi-oscarisé embrouille complètement l’histoire et fait perdre énormément de temps à tous les personnages. Pour rien du tout.Sur le fond comme sur la forme, ce détour est totalement raté.
"

Bref, même dix ans après, avec recul, apaisement, maturité quadragénaire et quelques cheveux blancs supplémentaires, traité à la jaxonienne, ça reste scandaleux ]Big Grin

Bien amicalement

I.
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