06-11-2004, 17:11
<small><p style="text-indent:20px">Je lui parle maintenant avec empressement, comme je ne me suis jamais confié à personne.<br>Bizarrement, mes propos remontent le temps ; si jai réussi à enfin exprimer ce que jai ressenti entre lautoroute et la falaise, cela ma amené ensuite à lui raconter laccident qui a coûté la vie à Claire et Pascal, puis à parler de la mort de Papa dun cancer du poumon quand javais onze ans... Je lui ai décrit mon adolescence, Maman et les ménages qui la tenaient trop souvent absente, ma sur Gisèle qui nattendait que loccasion de quitter la maison et son petit frère encombrant, les copains, les conneries et les bons moments...<br><p style="text-indent:20px">Même à Claire je navais pas raconté tout ce que je dis à cette femme au parler si envoûtant. Quand elle sen va, jai limpression quelle emmène dans ses papiers un peu du fiel que jai réussi à évacuer par ma bouche ; je me vide petit à petit des miasmes qui métouffaient, je prends conscience de ceux qui métouffent encore. Quand jai essayé de lui expliquer ce que je ressentais, elle ma parlé avec un sourire encourageant de « catharsis libératoire ». Je naime pas quand elle emploie des mots comme ça, que je ne comprends pas et qui me donnent limpression dêtre... malade. Détraqué du ciboulot...<p><p style="text-indent:20px">Bachir passe deux fois par jour et nous travaillons pendant une demi-heure dans ma chambre, puis il massoie dans le fauteuil roulant et me descend en rééducation. Maintenant que je nai plus de plâtre, il me fait travailler dans un bassin où leau abolit la pesanteur et permet de mobiliser mes membres plus facilement. Je me donne à fond là dedans, sans vraiment lespoir de retrouver ma mobilité mais plutôt avec le désir de mépuiser le corps et de moccuper lesprit. Cela marche assez bien et mon opiniâtreté, si elle nobtient pas de résultats extraordinaires pour mes membres toujours inertes, me permet au moins de trouver plus facilement le sommeil.<br><p style="text-indent:20px">Revenu dans ma chambre, je passe le temps en lisant, ou en macharnant sur des mots croisés. Jécoute de la musique aussi, mais je me limite à des chansons que jappréciais quand jétais adolescent. Par Maman, jai hérité de goûts assez démodés en matière de musique et Goldman, Madonna ou Brassens passent en boucle sur mon baladeur. Rien dautre.<br><p style="text-indent:20px">Elle ma téléphoné pour me dire quelle ne pourrait pas venir ce samedi ; Monsieur Vidal ne peut pas lamener. Je dois avouer que sa visite ne me manque pas ; nous navions jamais eu grand chose à nous dire et les conversations tournent en rond. Et puis sa prévenance mexaspère, cette façon quelle a de sapitoyer sur moi, de me caresser la main gauche en soupirant... <br></p></small>

