05-01-2014, 21:15
Quel plaisir aussi de te relire Elendil.
Pour l'opposition d'Isabelle Pantin, que j'ai sans doute simplifiée voire forcée, il faut la resituer dans son contexte. Il s'agissait pour elle de reconnaitre une grande qualité à PJ : son habileté dans l'ingéniosité mécanique que lui semblaient manifester les films. C'était donc un compliment de sa part. Je ne pense pas qu'elle souffre du mépris symptomatique de certains littéraires pour la mécanique, même si c'est un bonheur de t'entendre réagir sur ce point, vu sa spécialisation liée à l'astronomie dans l'histoire des idées au 17e siècle si je me souviens bien. Elle essayait de pointer ce qu'il pouvait y avoir de spécifique de l'art tolkienien à côté de quoi PJ passait complètement. Elle songeait à l'idée de Tolkien laissant son œuvre croitre de sa propre énergie et à son propre rythme comme un arbre. Il n'empêche que j'apprécie ta précision sur la mécanique de l'ensemble. Cette comparaison est issue de son intervention à Rambures en juin 2008 (in Tolkien aujourd'hui). Elle m'a moins frappé à l'écrit que lorsque je l'ai entendue dans sa conférence.
Pour l'opposition producteur/artiste, tu ne la renverses qu'à condition de prêter à Jackson une prétention artistique erronée. Tu es mauvais joueur. C'est sans doute en pensant à toi que PJ s'est empressé d'affirmer que les livres sont des chefs d'œuvre, mais pas ses films (ce qui est, au passage, remarquable puisqu'on a pointé sa lucidité ou son honnêteté par rapport au business, j'ai souligné sa modestie, mais dans la même déclaration il professe aussi avec véhémence son admiration de l'œuvre littéraire de JRRT).
Je parlais, bien sûr, de la nature d'artiste et non pas de ce que Jackson croit être ou non. Mais tu fais une boutade, parce que pour toi, comme pour Silmo, PJ n'est ni un artiste ni un génie. Pour moi, si. Il sera difficile d'y changer quelque chose. Ceci dit, ce n'est bien sûr pas la personne qui est en jeu, mais l'œuvre. Je reconnais dans l'ensemble des adaptations de PJ de l'art et du génie, même s'ils étouffent sous de la frime digne des plus basses préoccupations commerciales qui soient, dont j'excepte La Communauté de l'Anneau et King Kong qui ne me paraissent pas exempts de défaut, mais suffisamment inspirés en tout et en parties que pour être proprement ce que j'appelle des œuvres d'art. Mais je ne peux ni ne veux en convaincre personne, en tout cas personne qui a déjà ses propres convictions sur le sujet
.
J'en profite aussi pour répondre à Hyarion par rapport à la "pureté originelle" de la création chez Tolkien. Je ne pensais pas, bien sûr, à une pureté originelle, encore moins du côté du motif de la création de l'œuvre. Au contraire, je suis ravi que tu rappelles la commande de l'éditeur qui montre à quel point l'œuvre émerge des contingences. Mais l'œuvre d'art s'arrache aux circonstances de sa production et atteint une sorte de perfection en elle-même qui en fait ce que Deleuze et Guattari caractérisent comme "un monument". À mon sens, l'adaptation de PJ est largement inaboutie sur un plan artistique. En revanche, dans Le Seigneur des Anneaux (et je n'en dirais certainement pas autant, d'ailleurs, du Hobbit), on ne prend jamais Tolkien en défaut. Qu'est-ce à dire ? L'œuvre est toujours pleinement une œuvre, jamais un faux-semblant, une supercherie, un tour de passe-passe. Peut-être que cette absolutisation est le produit d'une intensité : au-delà d'un certain degré de hauteur et de beauté, l'œuvre me semble parfaite, peu importe qu'elle ne le soit pas. C'est une façon de dire qu'on y est, totalement.
Dans la scène coupée que j'ai renseignée de La Grande Bellezza, un réalisateur dit que les gens réfrènent leur curiosité. Pourquoi, demande le héros (Jep Gambardella) ? Réponse : "sono pigri, moralisti, indolenti, sono scettici... o dio, e anche ignoranti" ("ils sont paresseux, moralistes, ils sont sceptiques... oh mon dieu, et aussi ignorants"). Moi qui suis tout cela, je ne jetterai pas la pierre à PJ, mais, c'est dommage, car il a, selon moi, un puissant souffle qui rendait hommage à Tolkien.
S.
[small] Pour le reste, je suis largement d'accord avec toi, Elendil, et je me dis : diantre, je n'ai toujours pas vu non plus Les 7 samouraïs (ou pas revu ? :o) [/small]
Pour l'opposition d'Isabelle Pantin, que j'ai sans doute simplifiée voire forcée, il faut la resituer dans son contexte. Il s'agissait pour elle de reconnaitre une grande qualité à PJ : son habileté dans l'ingéniosité mécanique que lui semblaient manifester les films. C'était donc un compliment de sa part. Je ne pense pas qu'elle souffre du mépris symptomatique de certains littéraires pour la mécanique, même si c'est un bonheur de t'entendre réagir sur ce point, vu sa spécialisation liée à l'astronomie dans l'histoire des idées au 17e siècle si je me souviens bien. Elle essayait de pointer ce qu'il pouvait y avoir de spécifique de l'art tolkienien à côté de quoi PJ passait complètement. Elle songeait à l'idée de Tolkien laissant son œuvre croitre de sa propre énergie et à son propre rythme comme un arbre. Il n'empêche que j'apprécie ta précision sur la mécanique de l'ensemble. Cette comparaison est issue de son intervention à Rambures en juin 2008 (in Tolkien aujourd'hui). Elle m'a moins frappé à l'écrit que lorsque je l'ai entendue dans sa conférence.
Pour l'opposition producteur/artiste, tu ne la renverses qu'à condition de prêter à Jackson une prétention artistique erronée. Tu es mauvais joueur. C'est sans doute en pensant à toi que PJ s'est empressé d'affirmer que les livres sont des chefs d'œuvre, mais pas ses films (ce qui est, au passage, remarquable puisqu'on a pointé sa lucidité ou son honnêteté par rapport au business, j'ai souligné sa modestie, mais dans la même déclaration il professe aussi avec véhémence son admiration de l'œuvre littéraire de JRRT).
Je parlais, bien sûr, de la nature d'artiste et non pas de ce que Jackson croit être ou non. Mais tu fais une boutade, parce que pour toi, comme pour Silmo, PJ n'est ni un artiste ni un génie. Pour moi, si. Il sera difficile d'y changer quelque chose. Ceci dit, ce n'est bien sûr pas la personne qui est en jeu, mais l'œuvre. Je reconnais dans l'ensemble des adaptations de PJ de l'art et du génie, même s'ils étouffent sous de la frime digne des plus basses préoccupations commerciales qui soient, dont j'excepte La Communauté de l'Anneau et King Kong qui ne me paraissent pas exempts de défaut, mais suffisamment inspirés en tout et en parties que pour être proprement ce que j'appelle des œuvres d'art. Mais je ne peux ni ne veux en convaincre personne, en tout cas personne qui a déjà ses propres convictions sur le sujet
. J'en profite aussi pour répondre à Hyarion par rapport à la "pureté originelle" de la création chez Tolkien. Je ne pensais pas, bien sûr, à une pureté originelle, encore moins du côté du motif de la création de l'œuvre. Au contraire, je suis ravi que tu rappelles la commande de l'éditeur qui montre à quel point l'œuvre émerge des contingences. Mais l'œuvre d'art s'arrache aux circonstances de sa production et atteint une sorte de perfection en elle-même qui en fait ce que Deleuze et Guattari caractérisent comme "un monument". À mon sens, l'adaptation de PJ est largement inaboutie sur un plan artistique. En revanche, dans Le Seigneur des Anneaux (et je n'en dirais certainement pas autant, d'ailleurs, du Hobbit), on ne prend jamais Tolkien en défaut. Qu'est-ce à dire ? L'œuvre est toujours pleinement une œuvre, jamais un faux-semblant, une supercherie, un tour de passe-passe. Peut-être que cette absolutisation est le produit d'une intensité : au-delà d'un certain degré de hauteur et de beauté, l'œuvre me semble parfaite, peu importe qu'elle ne le soit pas. C'est une façon de dire qu'on y est, totalement.
Dans la scène coupée que j'ai renseignée de La Grande Bellezza, un réalisateur dit que les gens réfrènent leur curiosité. Pourquoi, demande le héros (Jep Gambardella) ? Réponse : "sono pigri, moralisti, indolenti, sono scettici... o dio, e anche ignoranti" ("ils sont paresseux, moralistes, ils sont sceptiques... oh mon dieu, et aussi ignorants"). Moi qui suis tout cela, je ne jetterai pas la pierre à PJ, mais, c'est dommage, car il a, selon moi, un puissant souffle qui rendait hommage à Tolkien.
S.
[small] Pour le reste, je suis largement d'accord avec toi, Elendil, et je me dis : diantre, je n'ai toujours pas vu non plus Les 7 samouraïs (ou pas revu ? :o) [/small]

