05-01-2014, 19:59
Bonsoir Silmo,
C'est toujours un plaisir de te lire ici, ainsi d'ailleurs que Shudhakalyan. Même si je le dis peu, je n'en pense pas moins.
Je suis globalement d'accord avec toi, hormis pour cette affirmation, qui me semble méconnaître en partie les éventuelles compétences artistiques des commanditaires. On connaît bon nombre de romans qui ont été sensiblement améliorés par les exigences des éditeurs, quand bien même ceux-ci ne songeaient pas qu'à l'importance du choix des mots, mais avaient aussi à l'esprit des questions mercantiles comme le coût du papier. Évidemment, il doit aussi se trouver de pur requins, dont les appétits financiers vont au détriment de la qualité des livres qu'ils éditent, mais sans doute pas plus que de vrais passionnés qui risqueront de mettre en faillite leur entreprise en éditant un livre invendable mais qui les a bouleversés. Bien que je connaisse moins l'industrie du cinéma, je ne doute pas qu'il en aille de même là aussi. Typiquement, le désir de Robert Shaye de produire trois films à partir du SdA devait aussi bien être motivé par des questions financières qu'artistiques et je ne doute pas qu'en l'espèce il ait eu raison de contredire Jackson qui plaidait pour deux films. À l'inverse, la décision de faire trois films à partir du Hobbit a été revendiqué par Jackson comme un choix personnel. J'ai le sentiment que c'était une erreur, vu la longueur des séquences inutiles dans les deux premiers opus. Un producteur puissant et talentueux aurait dû s'opposer à une telle décision, qui va au détriment de la qualité artistique du film. Le fait que ce n'ait pas été le cas semble justement témoigner d'un accroissement d'influence de Jackson auprès des studios, qui semble en phase avec la notoriété que Jackson s'est acquise grâce à sa première trilogie.
C'est effectivement parfois mon sentiment à la lecture de certaines critiques négatives, mais je ne partage pas cette opinion, bien que j'ai piètre estime pour les deux derniers films et de fortes réticences pour les trois premiers. Il existe de merveilleux films à grand public, conçus comme tels et néanmoins sans une once de concession pour l'aspect artistique de la réalisation. C'est le cas d'un des mes films préférés, tous genres confondus : Les Sept Samouraïs, d'Akira Kurosawa.
Remarque très pertinente, à laquelle j'adhère entièrement depuis que j'ai vu le dernier opus de Jackson. J'ai en effet eu l'impression à plusieurs reprises que la machinerie des plans larges sur les paysages de Nouvelle-Zélande commençait à tourner à vide. L'accroissement énorme des distances entre la vision que Thorin & Cie ont de Beorn sous forme ursine et leur arrivée à sa demeure me semble dénuée de fondement. Pourquoi faire changer ainsi les paysages (tout en faisant un faux raccord sur la hauteur du soleil) pendant la course ? Croira-t-on vraiment qu'un groupe de Nains accompagné d'un Hobbit court plus vite qu'un ours géant lors d'un marathon ? Problème inverse avec un passage qui a plu à beaucoup, la vision des papillons au sommet de Mirkwood. On voit une forêt de taille raisonnable, entourée dans toutes les directions par les montagnes. C'est magnifique, mais ce n'est pas la Terre du Milieu. D'ailleurs, si la Montagne était aussi près que cela, on comprend d'autant moins que les Aigles ne les y aient pas mené directement... Bref, deux exemples où on voit de magnifiques paysages, mais des paysages qui distraient l'esprit plutôt que de donner un sentiment d'immersion en Terre du Milieu.
Je suis d'accord avec cette dichotomie, mais aurait tendance à renverser les termes de l'équation : moins PJ se cantonne à son rôle de producteur exécutif, dans lequel il excelle visiblement, plus il est convaincu de ses talents artistiques de réalisateur et prend des libertés avec l'histoire, moins le résultat me semble convaincant. Et de même pour l'image d'Isabelle Pantin, d'ailleurs — une image qui, avec tout le respect que j'ai pour elle, me semble refléter un certain mépris de la part des littéraires pour la mécanique. J'aurais tendance à soupçonner que Jackson comme Tolkien sont deux être passionnés par la beauté de la nature et viscéralement opposés à sa destruction. En revanche, Jackson semble avoir minimisé le talent d'horloger avec lequel Tolkien a réglé la mécanique de son conte et être passé à côté du fait que changer le cours de certains événements détruit l'équilibre et le fonctionnement de l'ensemble.
Bonne année cinématographique à tous
Elendil
C'est toujours un plaisir de te lire ici, ainsi d'ailleurs que Shudhakalyan. Même si je le dis peu, je n'en pense pas moins.

Silmo Wrote:Il me semble qu'au cinéma, la part de création propre à l'artiste relève du réalisateur et que cette création est souvent entravée par la volonté du commanditaire qu'est le producteur. Les exemples sont innombrables de combat acharnés d'un artiste/réalisateur luttant pied à pied contre son ou ses producteurs. Quand l'un et l'autre sont une même personne ou quand le réalisateur se soumet de bonne grâce aux priorités mercantiles de la production, cela ne peut être qu'au détriment de la création artistique.
Je suis globalement d'accord avec toi, hormis pour cette affirmation, qui me semble méconnaître en partie les éventuelles compétences artistiques des commanditaires. On connaît bon nombre de romans qui ont été sensiblement améliorés par les exigences des éditeurs, quand bien même ceux-ci ne songeaient pas qu'à l'importance du choix des mots, mais avaient aussi à l'esprit des questions mercantiles comme le coût du papier. Évidemment, il doit aussi se trouver de pur requins, dont les appétits financiers vont au détriment de la qualité des livres qu'ils éditent, mais sans doute pas plus que de vrais passionnés qui risqueront de mettre en faillite leur entreprise en éditant un livre invendable mais qui les a bouleversés. Bien que je connaisse moins l'industrie du cinéma, je ne doute pas qu'il en aille de même là aussi. Typiquement, le désir de Robert Shaye de produire trois films à partir du SdA devait aussi bien être motivé par des questions financières qu'artistiques et je ne doute pas qu'en l'espèce il ait eu raison de contredire Jackson qui plaidait pour deux films. À l'inverse, la décision de faire trois films à partir du Hobbit a été revendiqué par Jackson comme un choix personnel. J'ai le sentiment que c'était une erreur, vu la longueur des séquences inutiles dans les deux premiers opus. Un producteur puissant et talentueux aurait dû s'opposer à une telle décision, qui va au détriment de la qualité artistique du film. Le fait que ce n'ait pas été le cas semble justement témoigner d'un accroissement d'influence de Jackson auprès des studios, qui semble en phase avec la notoriété que Jackson s'est acquise grâce à sa première trilogie.
shudhakalyan Wrote:Néanmoins, j'ai souvent eu le sentiment, sur Jrrvf, que la critique des adaptations PJ souffraient d'une dichotomie, en amont, blockbuster/œuvre d'art qui ne sévissait pas, par exemple, là où opérait le charme vintage d'un Conan le Barbare.
C'est effectivement parfois mon sentiment à la lecture de certaines critiques négatives, mais je ne partage pas cette opinion, bien que j'ai piètre estime pour les deux derniers films et de fortes réticences pour les trois premiers. Il existe de merveilleux films à grand public, conçus comme tels et néanmoins sans une once de concession pour l'aspect artistique de la réalisation. C'est le cas d'un des mes films préférés, tous genres confondus : Les Sept Samouraïs, d'Akira Kurosawa.
shudhakalyan Wrote:À mon sens, la Nouvelle-Zélande n'est rien si on ne fait pas croire qu'elle est la Terre du Milieu. Les dessins de Howe et Lee ne sont rien si on ne leur donne pas vie : Fendeval (Fondcombe) hier, aujourd'hui Erebor, etc. Ce qui m'impressionne toujours autant dans les adaptations PJ, c'est la façon dont elles donnent vie à la Terre du Milieu, c'est la façon dont elles créent une expérience sensible de la Terre du Milieu de type cinématographique, qui entre en écho avec l'expérience littéraire, d'une toute autre nature.
Remarque très pertinente, à laquelle j'adhère entièrement depuis que j'ai vu le dernier opus de Jackson. J'ai en effet eu l'impression à plusieurs reprises que la machinerie des plans larges sur les paysages de Nouvelle-Zélande commençait à tourner à vide. L'accroissement énorme des distances entre la vision que Thorin & Cie ont de Beorn sous forme ursine et leur arrivée à sa demeure me semble dénuée de fondement. Pourquoi faire changer ainsi les paysages (tout en faisant un faux raccord sur la hauteur du soleil) pendant la course ? Croira-t-on vraiment qu'un groupe de Nains accompagné d'un Hobbit court plus vite qu'un ours géant lors d'un marathon ? Problème inverse avec un passage qui a plu à beaucoup, la vision des papillons au sommet de Mirkwood. On voit une forêt de taille raisonnable, entourée dans toutes les directions par les montagnes. C'est magnifique, mais ce n'est pas la Terre du Milieu. D'ailleurs, si la Montagne était aussi près que cela, on comprend d'autant moins que les Aigles ne les y aient pas mené directement... Bref, deux exemples où on voit de magnifiques paysages, mais des paysages qui distraient l'esprit plutôt que de donner un sentiment d'immersion en Terre du Milieu.
shudhakalyan Wrote:Il est même possible que je sois d'accord jusqu'à ce point-ci avec toi : plus PJ crée comme un producteur, moins il est un réalisateur. Ce serait une bonne façon, à mes yeux, de décrire tout ce qu'il y a d'insuffisant et de décevant pour moi dans ses adaptations. Isabelle Pantin, de son côté, opposait l'image d'un ingénieur habile en mécanique à celle du créateur sensible à l'organique : PJ pour le premier ; JRRT pour le second. Il est facile de montrer qu'il y a aussi de la création organique chez PJ et de l'ingéniosité mécanique chez JRRT, mais on comprend bien la tension polarisée qui est en jeu.
Je suis d'accord avec cette dichotomie, mais aurait tendance à renverser les termes de l'équation : moins PJ se cantonne à son rôle de producteur exécutif, dans lequel il excelle visiblement, plus il est convaincu de ses talents artistiques de réalisateur et prend des libertés avec l'histoire, moins le résultat me semble convaincant. Et de même pour l'image d'Isabelle Pantin, d'ailleurs — une image qui, avec tout le respect que j'ai pour elle, me semble refléter un certain mépris de la part des littéraires pour la mécanique. J'aurais tendance à soupçonner que Jackson comme Tolkien sont deux être passionnés par la beauté de la nature et viscéralement opposés à sa destruction. En revanche, Jackson semble avoir minimisé le talent d'horloger avec lequel Tolkien a réglé la mécanique de son conte et être passé à côté du fait que changer le cours de certains événements détruit l'équilibre et le fonctionnement de l'ensemble.
Bonne année cinématographique à tous

Elendil

