05-01-2014, 13:10
C'est toujours un plaisir de reprendre l'échange avec toi, Silmo. Merci pour cette brillante réponse.
Ce qui me trouble précisément dans la déclaration de PJ par rapport au "business" dans le Figaro, c'est l'impression que PJ aujourd'hui, avec Le Hobbit, accepte davantage de se soumettre à certaines exigences des sociétés de production (il évoque La Warner) que lors du Seigneur des Anneaux. Je ne sais pas dans quelle mesure c'est vrai ou non, mais j'ai lu l'évocation d'un influence de ce type pour la romance, navrante, Kili/Tauriel. Or dans les making of du SdA, que j'ai beaucoup consultés, il soulignait toujours ses résistances et ses victoires généralement à l'arrachée par rapport aux diktats des sociétés de production (comme pour la présence du long Prologue au début du 1, ou l'importance de la présence de Gollum dont les premiers tests n'avaient pas remporté l'adhésion).
Je comprends parfaitement ta position, qui est limpide, mais, évidemment, cela ne m'entraine pas à la partager. Bien sûr, pour moi aussi, le cinéma est un art à part entière. Dans cet art, j'aime des films assez contrastés. Certains films à l'audience assez confidentielle, comme Few of us de Sharunas Bartas ou l'excellent Sátántangó de 7 heures de Béla Tarr ; et certains films populaires à grand spectacle comme King Kong ou Avatar. Ce n'est pas non plus, comme ces exemples pourraient le laisser croire, un changement de période dans mes gouts. J'ai été bouleversé par Nobody knows de Kore-Eda, peu après la grande vague de la première trilogie jacksonienne. Il reste une question d'importance : le cinéma est un art, oui. Considère-t-on également qu'une œuvre grand public, spectaculaire, à fort investissement et fort succès commercial, puisse également être une œuvre d'art ? De la part d'amateurs de Tolkien, je suppose qu'on serait tous d'accord pour dire que oui. Néanmoins, j'ai souvent eu le sentiment, sur Jrrvf, que la critique des adaptations PJ souffraient d'une dichotomie, en amont, blockbuster/œuvre d'art qui ne sévissait pas, par exemple, là où opérait le charme vintage d'un Conan le Barbare. C'est d'autant plus fort, bien sûr, qu'ici il s'agit de Tolkien et qu'on sait les dégâts produits par le rouleau compresseur médiatique, auxquels je repensais en lisant le beau post d'Isengar sur le décès de Saul Zaentz (tout en demandant, sur le mode de l'humour, si PJ, une fois mort, pourrait bénéficier d'une telle nuance de jugement sur une personnalité paradoxale).
Après avoir entendu l'un des "special guests" de Cerisy, j'ai été convaincu qu'il fallait résister à la submersion jacksonienne. J'ai donc eu moins à cœur de le défendre, ce dont il n'aurait guère eu besoin en général, au sein d'une intelligentsia tolkienienne. Et néanmoins, j'aurai toujours tendance à résister face à des interventions comme celle qu'avait eue Vincent alors en soutenant que les qualités de l'adaptation, on les doit à la mise en images de John Howe et Alan Lee d'un côté, à la Nouvelle-Zélande de l'autre. À mon sens, la Nouvelle-Zélande n'est rien si on ne fait pas croire qu'elle est la Terre du Milieu. Les dessins de Howe et Lee ne sont rien si on ne leur donne pas vie : Fendeval (Fondcombe) hier, aujourd'hui Erebor, etc. Ce qui m'impressionne toujours autant dans les adaptations PJ, c'est la façon dont elles donnent vie à la Terre du Milieu, c'est la façon dont elles créent une expérience sensible de la Terre du Milieu de type cinématographique, qui entre en écho avec l'expérience littéraire, d'une toute autre nature. N'oublions pas que le cinéma, ce n'est pas l'image seule, mais le mouvement (ou, dirait Deleuze dans des ouvrages que je n'ai pas lus, l'image-temps et l'image-mouvement).
Je me demande encore si PJ s'est, paradoxalement, davantage soumis aux producteurs cette fois-ci, alors qu'il jouit maintenant de son succès passé et qu'il a remporté une victoire non négligeable lors du soutien de sa candidature au poste de réalisateur du film par sa communauté de fans, ou si c'est un discours pour se mettre à l'abri de la critique des films par les livres. Car, aussi bien, on peut lire la déclaration de PJ comme un aveu courageux mais révélant, après coup, son cynisme depuis longtemps décrié par des chevaliers inexorables de la critique comme Isengar, mais on peut également y lire, avec la notoriété acquise, une déclaration de modestie suite à la lassitude et à l'usure provoquées par les critiques légitimes qui montrent en permanence la supériorité des livres sur les adaptations. Auquel cas le scout néozélandais aurait fini par vaciller, au-delà de ses variations kilogrammatiques déjà révélatrices de son humeur interne, sous les coups de butoirs répétés du fils aventureux du Vieux Touc qui contribue à la gloire de ces pages jrrvéfiennes.
Quoi qu'il en soit, il est aisé de trouver, chez de grands artistes, toutes disciplines confondues, des déclarations de modestie voire de cynisme qui ne préjugent en rien de la qualité artistique de leur travail. Tolkien lui-même déclare qu'il n'a cherché qu'à divertir...
Le fait est que pour Le Hobbit, PJ n'est ni le commanditaire ni le producteur du film, puisqu'il a rudement à faire à ces autres parties. En revanche, je comprends qu'on puisse développer l'image d'un PJ-producteur vs le véritable artiste-réalisateur et je m'accorde pleinement à cette affirmation que tu as eue, Silmo : "Quand l'un et l'autre sont une même personne ou quand le réalisateur se soumet de bonne grâce aux priorités mercantiles de la production, cela ne peut être qu'au détriment de la création artistique." Il est même possible que je sois d'accord jusqu'à ce point-ci avec toi : plus PJ crée comme un producteur, moins il est un réalisateur. Ce serait une bonne façon, à mes yeux, de décrire tout ce qu'il y a d'insuffisant et de décevant pour moi dans ses adaptations. Isabelle Pantin, de son côté, opposait l'image d'un ingénieur habile en mécanique à celle du créateur sensible à l'organique : PJ pour le premier ; JRRT pour le second. Il est facile de montrer qu'il y a aussi de la création organique chez PJ et de l'ingéniosité mécanique chez JRRT, mais on comprend bien la tension polarisée qui est en jeu.
Où et pourquoi ne suis-je pas, alors, du même avis ? C'est que pour moi, si je me place du côté des œuvres et non pas de leur auteur, La Communauté de l'Anneau ou, pour sortir des adaptations, King Kong sont, à mes yeux, des œuvres d'art du cinéma, même si ce sont aussi des blockbusters (encore que le succès du second ait peut-être été relatif). Bref, des œuvres d'art du cinéma populaire. Les 4 autres volets actuels des adaptations, non. On voit que le passage de la ligne esthétique que je trace à titre personnel reste délicat, et propre à l'expérience sensible de chacun. Mais ce n'est pas tout : PJ reste, à mes yeux, un grand réalisateur et un artiste par moments, dans certains fragments de l'ensemble des films de son adaptation. Et c'est, au fond, ce qui fait que je continue à aller les voir et à en tirer beaucoup de choses, malgré tout ce que ces adaptations ont de navrant, et malgré les dégâts qu'elles font en tant que blockbusters.
De ton côté, Silmo, tu soulignes que ce qui fonctionne bien vient de Weta. Du coup, tu pourrais me rétorquer plus haut : si la Nouvelle-Zélande et les dessins de JH & AL prennent vie, c'est grâce à Weta. En partie, sans doute, mais cela n'enlève rien au rôle de PJ dans la réalisation. D'après les making off, il apparait très clairement que PJ est présent à tous les stades de la réalisation complexe d'une œuvre cinématographique, a fortiori de cette ampleur. La plus grandes partie des choix essentiels viennent de PJ. C'est lui, pour commencer, qui a choisi la NZ, JH et AL. C'est aussi lui qui est en amont de chaque recherche et de chaque production par l'équipe artistique du film, ainsi que de son scénario. Enfin, c'est lui qui est en aval. Dans les makings off du SdA, on voit continuellement apparaitre le sceau "PJ approved", sans lequel rien ne passe la ligne de la proposition. Enfin, et surtout, c'est PJ qui décide du story-board du film, c'est-à-dire de sa composition globale et de son mouvement, qui me paraissent être au cœur de la réalisation cinématographique, et c'est encore lui qui dirige, contrairement à de nombreux autres réalisateurs, la post-production du film déterminant notamment les choix du montage.
Du coup, c'est bien PJ le premier responsable de tout ce que les films ont de navrant. J'ai trouvé l'Armée des Morts, Minas Morgul et l'Orque au visage de chewing-gum rose complètement navrant dans RoK. Cette fois, j'ai trouvé le look de drag queen de Thranduil et le regard de vampire de Legolas complètement déplacés. À chaque fois, j'en incrimine, à juste titre, le maitre d'œuvre, i.e. PJ. Pourquoi, alors, n'acclamerais-je pas, au premier rang, le même homme qui m'a fait sentir les rues de Minas Tirith et sa structure spiralaire et conique, ou qui m'a fait percevoir la situation stratégique et géopolitique de Lacville ? Après, je trouve cela désolant de bâcler la résolution de la Bataille des Champs de Pelennor, et de briser ce qu'il a installé en montrant la difficulté d'entrer dans Lacville, une fois que, par pur volonté de faire du spectacle, il dépeint l'invraisemblable course-poursuite des Orcs et des Elfes sur les toits de Lacville sans que le moindre gardien ou badaud ne s'en aperçoive et ne crie "à la garde !".
PJ a pour moi le profil que Deleuze & Guattari attribuaient à Freud par rapport à l'inconscient : dès qu'il a découvert quelque chose de génial, il s'empresse de le corrompre et de le briser. Mais je lui reconnais, en ce qui me concerne, cette part de génie cinématographique. Je regretterai juste à vie qu'elle soit si partielle et si facilement gâchée par ses autres aspects, notamment celui du business man, du producteur ou de l'ingénieur qui préfère quelques effets de manche pour épater la galerie à la préservation de la consistance du monde qu'il a mis en mouvement et de la cohérence de l'histoire qu'il est en train de raconter.
Heureusement, Tolkien, tout en étant un homme qui pouvait s'en tenir à une formule comme "art ou cash" en matière de droits d'adaptation de son œuvre, n'avait jamais ce genre d'ambigüité une fois qu'il créait. Là, l'art est maitre et toute velléité de domination attendra.
S.
Ce qui me trouble précisément dans la déclaration de PJ par rapport au "business" dans le Figaro, c'est l'impression que PJ aujourd'hui, avec Le Hobbit, accepte davantage de se soumettre à certaines exigences des sociétés de production (il évoque La Warner) que lors du Seigneur des Anneaux. Je ne sais pas dans quelle mesure c'est vrai ou non, mais j'ai lu l'évocation d'un influence de ce type pour la romance, navrante, Kili/Tauriel. Or dans les making of du SdA, que j'ai beaucoup consultés, il soulignait toujours ses résistances et ses victoires généralement à l'arrachée par rapport aux diktats des sociétés de production (comme pour la présence du long Prologue au début du 1, ou l'importance de la présence de Gollum dont les premiers tests n'avaient pas remporté l'adhésion).
Je comprends parfaitement ta position, qui est limpide, mais, évidemment, cela ne m'entraine pas à la partager. Bien sûr, pour moi aussi, le cinéma est un art à part entière. Dans cet art, j'aime des films assez contrastés. Certains films à l'audience assez confidentielle, comme Few of us de Sharunas Bartas ou l'excellent Sátántangó de 7 heures de Béla Tarr ; et certains films populaires à grand spectacle comme King Kong ou Avatar. Ce n'est pas non plus, comme ces exemples pourraient le laisser croire, un changement de période dans mes gouts. J'ai été bouleversé par Nobody knows de Kore-Eda, peu après la grande vague de la première trilogie jacksonienne. Il reste une question d'importance : le cinéma est un art, oui. Considère-t-on également qu'une œuvre grand public, spectaculaire, à fort investissement et fort succès commercial, puisse également être une œuvre d'art ? De la part d'amateurs de Tolkien, je suppose qu'on serait tous d'accord pour dire que oui. Néanmoins, j'ai souvent eu le sentiment, sur Jrrvf, que la critique des adaptations PJ souffraient d'une dichotomie, en amont, blockbuster/œuvre d'art qui ne sévissait pas, par exemple, là où opérait le charme vintage d'un Conan le Barbare. C'est d'autant plus fort, bien sûr, qu'ici il s'agit de Tolkien et qu'on sait les dégâts produits par le rouleau compresseur médiatique, auxquels je repensais en lisant le beau post d'Isengar sur le décès de Saul Zaentz (tout en demandant, sur le mode de l'humour, si PJ, une fois mort, pourrait bénéficier d'une telle nuance de jugement sur une personnalité paradoxale).
Après avoir entendu l'un des "special guests" de Cerisy, j'ai été convaincu qu'il fallait résister à la submersion jacksonienne. J'ai donc eu moins à cœur de le défendre, ce dont il n'aurait guère eu besoin en général, au sein d'une intelligentsia tolkienienne. Et néanmoins, j'aurai toujours tendance à résister face à des interventions comme celle qu'avait eue Vincent alors en soutenant que les qualités de l'adaptation, on les doit à la mise en images de John Howe et Alan Lee d'un côté, à la Nouvelle-Zélande de l'autre. À mon sens, la Nouvelle-Zélande n'est rien si on ne fait pas croire qu'elle est la Terre du Milieu. Les dessins de Howe et Lee ne sont rien si on ne leur donne pas vie : Fendeval (Fondcombe) hier, aujourd'hui Erebor, etc. Ce qui m'impressionne toujours autant dans les adaptations PJ, c'est la façon dont elles donnent vie à la Terre du Milieu, c'est la façon dont elles créent une expérience sensible de la Terre du Milieu de type cinématographique, qui entre en écho avec l'expérience littéraire, d'une toute autre nature. N'oublions pas que le cinéma, ce n'est pas l'image seule, mais le mouvement (ou, dirait Deleuze dans des ouvrages que je n'ai pas lus, l'image-temps et l'image-mouvement).
Je me demande encore si PJ s'est, paradoxalement, davantage soumis aux producteurs cette fois-ci, alors qu'il jouit maintenant de son succès passé et qu'il a remporté une victoire non négligeable lors du soutien de sa candidature au poste de réalisateur du film par sa communauté de fans, ou si c'est un discours pour se mettre à l'abri de la critique des films par les livres. Car, aussi bien, on peut lire la déclaration de PJ comme un aveu courageux mais révélant, après coup, son cynisme depuis longtemps décrié par des chevaliers inexorables de la critique comme Isengar, mais on peut également y lire, avec la notoriété acquise, une déclaration de modestie suite à la lassitude et à l'usure provoquées par les critiques légitimes qui montrent en permanence la supériorité des livres sur les adaptations. Auquel cas le scout néozélandais aurait fini par vaciller, au-delà de ses variations kilogrammatiques déjà révélatrices de son humeur interne, sous les coups de butoirs répétés du fils aventureux du Vieux Touc qui contribue à la gloire de ces pages jrrvéfiennes.
Quoi qu'il en soit, il est aisé de trouver, chez de grands artistes, toutes disciplines confondues, des déclarations de modestie voire de cynisme qui ne préjugent en rien de la qualité artistique de leur travail. Tolkien lui-même déclare qu'il n'a cherché qu'à divertir...
Le fait est que pour Le Hobbit, PJ n'est ni le commanditaire ni le producteur du film, puisqu'il a rudement à faire à ces autres parties. En revanche, je comprends qu'on puisse développer l'image d'un PJ-producteur vs le véritable artiste-réalisateur et je m'accorde pleinement à cette affirmation que tu as eue, Silmo : "Quand l'un et l'autre sont une même personne ou quand le réalisateur se soumet de bonne grâce aux priorités mercantiles de la production, cela ne peut être qu'au détriment de la création artistique." Il est même possible que je sois d'accord jusqu'à ce point-ci avec toi : plus PJ crée comme un producteur, moins il est un réalisateur. Ce serait une bonne façon, à mes yeux, de décrire tout ce qu'il y a d'insuffisant et de décevant pour moi dans ses adaptations. Isabelle Pantin, de son côté, opposait l'image d'un ingénieur habile en mécanique à celle du créateur sensible à l'organique : PJ pour le premier ; JRRT pour le second. Il est facile de montrer qu'il y a aussi de la création organique chez PJ et de l'ingéniosité mécanique chez JRRT, mais on comprend bien la tension polarisée qui est en jeu.
Où et pourquoi ne suis-je pas, alors, du même avis ? C'est que pour moi, si je me place du côté des œuvres et non pas de leur auteur, La Communauté de l'Anneau ou, pour sortir des adaptations, King Kong sont, à mes yeux, des œuvres d'art du cinéma, même si ce sont aussi des blockbusters (encore que le succès du second ait peut-être été relatif). Bref, des œuvres d'art du cinéma populaire. Les 4 autres volets actuels des adaptations, non. On voit que le passage de la ligne esthétique que je trace à titre personnel reste délicat, et propre à l'expérience sensible de chacun. Mais ce n'est pas tout : PJ reste, à mes yeux, un grand réalisateur et un artiste par moments, dans certains fragments de l'ensemble des films de son adaptation. Et c'est, au fond, ce qui fait que je continue à aller les voir et à en tirer beaucoup de choses, malgré tout ce que ces adaptations ont de navrant, et malgré les dégâts qu'elles font en tant que blockbusters.
De ton côté, Silmo, tu soulignes que ce qui fonctionne bien vient de Weta. Du coup, tu pourrais me rétorquer plus haut : si la Nouvelle-Zélande et les dessins de JH & AL prennent vie, c'est grâce à Weta. En partie, sans doute, mais cela n'enlève rien au rôle de PJ dans la réalisation. D'après les making off, il apparait très clairement que PJ est présent à tous les stades de la réalisation complexe d'une œuvre cinématographique, a fortiori de cette ampleur. La plus grandes partie des choix essentiels viennent de PJ. C'est lui, pour commencer, qui a choisi la NZ, JH et AL. C'est aussi lui qui est en amont de chaque recherche et de chaque production par l'équipe artistique du film, ainsi que de son scénario. Enfin, c'est lui qui est en aval. Dans les makings off du SdA, on voit continuellement apparaitre le sceau "PJ approved", sans lequel rien ne passe la ligne de la proposition. Enfin, et surtout, c'est PJ qui décide du story-board du film, c'est-à-dire de sa composition globale et de son mouvement, qui me paraissent être au cœur de la réalisation cinématographique, et c'est encore lui qui dirige, contrairement à de nombreux autres réalisateurs, la post-production du film déterminant notamment les choix du montage.
Du coup, c'est bien PJ le premier responsable de tout ce que les films ont de navrant. J'ai trouvé l'Armée des Morts, Minas Morgul et l'Orque au visage de chewing-gum rose complètement navrant dans RoK. Cette fois, j'ai trouvé le look de drag queen de Thranduil et le regard de vampire de Legolas complètement déplacés. À chaque fois, j'en incrimine, à juste titre, le maitre d'œuvre, i.e. PJ. Pourquoi, alors, n'acclamerais-je pas, au premier rang, le même homme qui m'a fait sentir les rues de Minas Tirith et sa structure spiralaire et conique, ou qui m'a fait percevoir la situation stratégique et géopolitique de Lacville ? Après, je trouve cela désolant de bâcler la résolution de la Bataille des Champs de Pelennor, et de briser ce qu'il a installé en montrant la difficulté d'entrer dans Lacville, une fois que, par pur volonté de faire du spectacle, il dépeint l'invraisemblable course-poursuite des Orcs et des Elfes sur les toits de Lacville sans que le moindre gardien ou badaud ne s'en aperçoive et ne crie "à la garde !".
PJ a pour moi le profil que Deleuze & Guattari attribuaient à Freud par rapport à l'inconscient : dès qu'il a découvert quelque chose de génial, il s'empresse de le corrompre et de le briser. Mais je lui reconnais, en ce qui me concerne, cette part de génie cinématographique. Je regretterai juste à vie qu'elle soit si partielle et si facilement gâchée par ses autres aspects, notamment celui du business man, du producteur ou de l'ingénieur qui préfère quelques effets de manche pour épater la galerie à la préservation de la consistance du monde qu'il a mis en mouvement et de la cohérence de l'histoire qu'il est en train de raconter.
Heureusement, Tolkien, tout en étant un homme qui pouvait s'en tenir à une formule comme "art ou cash" en matière de droits d'adaptation de son œuvre, n'avait jamais ce genre d'ambigüité une fois qu'il créait. Là, l'art est maitre et toute velléité de domination attendra.
S.

