C'est chouette de te relire ici Shu. :-)
Il me semble qu'au cinéma, la part de création propre à l'artiste relève du réalisateur et que cette création est souvent entravée par la volonté du commanditaire qu'est le producteur. Les exemples sont innombrables de combat acharnés d'un artiste/réalisateur luttant pied à pied contre son ou ses producteurs. Quand l'un et l'autre sont une même personne ou quand le réalisateur se soumet de bonne grâce aux priorités mercantiles de la production, cela ne peut être qu'au détriment de la création artistique.
La comparaison que j'ai faite avec Rubens est d'un autre ordre.
Bien entendu, il existe en peinture ou en sculpture de nombreux artistes travaillant seuls sans atelier (Caravage, VanGogh, Brancusi), ce qui est quasi impossible au cinéma où de nombreuses compétences sont requises (casting, éclairage, montage, effets spéciaux, etc.) que le réalisateur/artiste doit coordonner - la question du montage étant généralement la source principale de conflit avec la production.
La création n'étant pas un forcément un exercice solitaire, l'artiste peut s'entourer de renforts plus ou moins talentueux. Incapable de répondre seul à ses nombreuses commandes, Rubens avait ainsi organisé son atelier en limitant sa participation aux parties essentielles de ses tableaux (visages, mains, disposition des figures, mouvement général de la composition) en laissant aux élèves de son atelier le soin des finitions. Nombre de grand peintres et sculpteurs ont agi de même depuis la Renaissance jusqu'à nos jours (ça valait pour Michel-Ange et ça marcherait encore avec Jeff Koons si on veut un exemple plus contemporain). Un cas intéressant est celui de Verrocchio, peintre réputé et de talent moyen, qui selon la légende aurait abandonné la peinture pour se consacrer exclusivement à la sculpture le jour où il comprit qu'un de ses élèves l'avait dépassé : c'était le jeune Léonard de Vinci qui venait de peindre, à titre accessoire, un des anges du "Baptême du Christ" commandé à Verrocchio pour l'église d'un monastère. Dans ses biographies sur les peintres de la Renaissance, Vasari qualifie ainsi Verrocchio d'«homme de métier sans génie».
Pour en revenir au sujet de ce fuseau, c'est un peu comme ça que je verrais Peter Jackson, un homme de métier sans génie, un artiste OK mais secondaire dont les meilleurs morceaux ne sont désormais plus de sa main mais de son "atelier" Weta.
Et quand je parle ici des meilleurs morceaux, je veux dire d'un point de vue du langage cinématographique : inventivité des plans, découpage des séquences, composition, éclairages...
Si le cinéma est considéré comme un art à part entière (ce dont je suis convaincu) PJ ne fait sûrement pas partie de ses génies, même si c'est un homme du métier non dénué de talent dans le genre blockbuster qu'il produit et réalise.
Silmo
Il me semble qu'au cinéma, la part de création propre à l'artiste relève du réalisateur et que cette création est souvent entravée par la volonté du commanditaire qu'est le producteur. Les exemples sont innombrables de combat acharnés d'un artiste/réalisateur luttant pied à pied contre son ou ses producteurs. Quand l'un et l'autre sont une même personne ou quand le réalisateur se soumet de bonne grâce aux priorités mercantiles de la production, cela ne peut être qu'au détriment de la création artistique.
La comparaison que j'ai faite avec Rubens est d'un autre ordre.
Bien entendu, il existe en peinture ou en sculpture de nombreux artistes travaillant seuls sans atelier (Caravage, VanGogh, Brancusi), ce qui est quasi impossible au cinéma où de nombreuses compétences sont requises (casting, éclairage, montage, effets spéciaux, etc.) que le réalisateur/artiste doit coordonner - la question du montage étant généralement la source principale de conflit avec la production.
La création n'étant pas un forcément un exercice solitaire, l'artiste peut s'entourer de renforts plus ou moins talentueux. Incapable de répondre seul à ses nombreuses commandes, Rubens avait ainsi organisé son atelier en limitant sa participation aux parties essentielles de ses tableaux (visages, mains, disposition des figures, mouvement général de la composition) en laissant aux élèves de son atelier le soin des finitions. Nombre de grand peintres et sculpteurs ont agi de même depuis la Renaissance jusqu'à nos jours (ça valait pour Michel-Ange et ça marcherait encore avec Jeff Koons si on veut un exemple plus contemporain). Un cas intéressant est celui de Verrocchio, peintre réputé et de talent moyen, qui selon la légende aurait abandonné la peinture pour se consacrer exclusivement à la sculpture le jour où il comprit qu'un de ses élèves l'avait dépassé : c'était le jeune Léonard de Vinci qui venait de peindre, à titre accessoire, un des anges du "Baptême du Christ" commandé à Verrocchio pour l'église d'un monastère. Dans ses biographies sur les peintres de la Renaissance, Vasari qualifie ainsi Verrocchio d'«homme de métier sans génie».
Pour en revenir au sujet de ce fuseau, c'est un peu comme ça que je verrais Peter Jackson, un homme de métier sans génie, un artiste OK mais secondaire dont les meilleurs morceaux ne sont désormais plus de sa main mais de son "atelier" Weta.
Et quand je parle ici des meilleurs morceaux, je veux dire d'un point de vue du langage cinématographique : inventivité des plans, découpage des séquences, composition, éclairages...
Si le cinéma est considéré comme un art à part entière (ce dont je suis convaincu) PJ ne fait sûrement pas partie de ses génies, même si c'est un homme du métier non dénué de talent dans le genre blockbuster qu'il produit et réalise.
Silmo

