04-12-2005, 22:35
Hé... hé... Rebeca a des insomnies ?<p>Amitié-don, amitié par Internet (ou épistolaire), amitié homme-femme... vaste sujet. Mais je vais rebondir sur le poste de ma... euf... mon... moi, je la considère comme une "amie" et pas comme une "relation", ni une "camarade" mon amie, disai-je, germanophone. Et ceci bien que le sujet me mette un peu mal à l'aise quand aux "explications". Je vais me permettre - pardon pour mon orgueil - d'expliquer ce que je veux dire au travers d'un exemple tiré de "Repentance", donc pardon à ceux qui ne l'ont pas lu, peut-être parce que je crois mieux m'exprimer en "fiction" qu'en théorie sur le sujet.<p>Mais je vais d'abord revenir sur la différence de "relation à la vie" entre les hommes et les femmes. Je n'aime pas les généralisations, mais, bon. Je ne crois pas qu'un homme soit plus disposé à "donner sa vie", qu'une femme. Je crois juste qu'e beaucoup de femmes ont une plus grande perception de la précarité, de la fragilité de la vie que beaucoup d'hommes. Parce que, comme Rebeca l'a rappelé, le fait même de la donner, cette vie, est et a été toujours et partout - sauf ici et maintenant, c'est à dire en "occident" depuis moins d'un siècle - le plus grand risque mortel qu'une femme puisse courir. Mettre un enfant au monde, pour la néanderthalienne comme pour la villageoise péruvienne de l'an 2005, c'est tout simplement prendre le même risque qu'un homme qui part au combat ou à la chasse au mammouth. Et (celà aussi, on s'en souvient peu dans nos sociétés soi-disant privilégiées, où l'on considère qu'il est normal qu'un enfant soit vigoureux et en bonne santé), la plupart des mères - beaucoup de pères aussi, mais ils sont en général moins en contact avec le nouveau-né - ont conscience de la fragilité de la vie qu'elle viennent de donner. C'est à mon avis cela, la différence entre "les" hommes et "les" femmes à ce sujet. <p>Revenons maintenant à nos moutons, donc à l'amitié. Cela m'a beaucoup dérangée - même si je souscris aux citations bibliques de Vinyamar, de voir lier l'amitié au sacrifice de sa vie pour l'autre. On peut parfaitement prendre des risques mortels - et parfois mourir - pour des inconnus. Les pompiers, par exemple, le font tous les jours. Et, régulièrement, des hommes et des femmes - et parfois même des "enfants" plongent dans l'eau glacée ou dans les flammes pour sauver des gens qui ne leur sont rien. Quand, dans ma nouvelle, Morgil plonge pour sauver Vaïn, au risque d'y rester, il le fait spontanément, pour un inconnu plutôt raciste et hostile. Il y a "risque de mourir pour les autres" mais pas "amitié" pour un sou.<br>Et les vraies preuves d'amitié de Vaïn pour Morgil, ce sont plus la confiance qu'il lui accorde en tant que médecin, ou le fait de supporter son caractère épouvantable et dépressif pendant sa période de deuil, comme Morgil avait supporté le désespoir suivant la mutilation de son ami, que le fait de se précipiter pour prendre un coup probablement fatal à sa place. Enfin, pour moi, c'est ça, l'amitié. Etre là, et ne pas refuser l'autre - mais ausi peut-être accepter d'être refusé soi-même - quand tout va très mal, mais aussi quand tout va très bien, et qu'on pourrait être jaloux (pour revenir à mon exemple présomptueux, Vaïn fait autant preuve d'amitié pour Morgil quand il est là pour la naissance de son enfant - alors que lui n'en aura sans-doute jamais - que quand il lui sauve la vie).

