04-12-2005, 16:56
Puisque ce fuseau semble être né pour fêter le passage de Fangorn en ces lieux (... "<i>Just when I thought that I was out they pull me back in</I>" :-)), quelques pensées cueillies dans des sous-bois que nous apprécions tous deux :
[espacement][citation=Pétrarque, <i><a href=http://www.revue-conference.com/html4/petrarque.html target=_new>Lettres Familières</a></i>, À Guido Sette, archevêque de Gênes (28 mai 1357 ?), trad. Ch. Carraud.<br>(autre trad. dA. Longpré dans <i>Lettres Familières XVI-XIX</i>, XIX, 16, §27, Belles Lettres, p. 392)]En ces lieux (je te dis tout), il ne me manque que la présence de mes anciens amis ; leur vertu, un sort heureux pour moi, m'avaient enrichi de nombreuses amitiés : la mort, et aujourd'hui mon éloignement, m'ont réduit à la pauvreté. Quoique l'absence ne sépare que les visages, et non les âmes, j'ai malgré tout un grand désir qu'ils soient là, à mes côtés ; je parviendrais à ressentir moins cruellement le regret d'autres amis, si la fortune te rendait à moi, ainsi que notre cher Socrate ; ce fut longtemps, je l'avoue, mon espoir et mon vœu le plus cher. Je ne voudrais pas accuser quiconque pour me chercher des excuses ; mais si vous poursuivez votre dessein, je me consolerai avec votre présence imaginaire, puisqu'il n'y a pas d'autre remède...[/citation]
[espacement][citation=Pétrarque, <a href=http://www.millon.com/collections/religion/atopia/remedestm.html target=_new><i>Les remèdes aux deux fortunes</i></A>, Livre II, 27 « Les amis infidèles », trad. par Ch. Carraud, Jérôme Million, vol. I, p. 687.][small]1. Douleur[/small] J'ai à me plaindre de mes amis.
[small]2. Raison[/small] Que ferait-on à ses ennemis, quand on en veut ainsi à ses amis ?
[small]3. Douleur[/small] J'éprouve l'infidélité de mes amis.
[small]4. Raison[/small] Tu me parles d'une chose impossible, à moins que tu aies cru avoir des amis qui ne l'étaient pas. Il est vrai que cest une éventualité qui se vérifie souvent.[/citation]
[espacement][citation=<i>Ibid.</i></A>, Livre I, 50 « De nombreux amis », vol. I, p. 251-255.][small]1. Joie[/small] J'ai des amitiés en quantité.
[small]2. Raison[/small] Il est étrange que tu aies abondance d'un bien dont le reste des hommes manque si cruellement
(... )
[small]5. Joie[/small] Je suis heureux en amitié.
[small]6. Raison[/small] Tu ne peux le savoir, à moins d'être malheureux en d'autres choses. On a très bien dit que l'homme heureux ne sait pas qu'il est aimé.
[small]7. Joie[/small] J'ai des amitiés assurées.
[small]8. Raison[/small] Alors l'adversité l'est aussi, puisqu'il est vrai, là encore, qu'un ami assuré se reconnaît dans des circonstances incertaines.
(... )
[small]21. Joie[/small] J'ai des amis fidèles, me semble-t-il.
[small]22. Raison[/small] Tu ne dois pas t'y fier ni même les éprouver sans beaucoup de précautions, car l'expérience, dans ces matières, fut souvent aussi amère que la bonne opinion qu'on se faisait d'eux avait de douceur.
[small]23. Joie[/small] J'ai, je crois, de bons amis.
[small]24. Raison[/small] Examine aussi d'où te vient cette idée, et considère surtout combien tu les aimes. Il y a des personnes qui n'aiment pas et qui pensent être aimées ; rien nest plus insensé. (... ) l'amour ( ...) on ne peut l'obtenir que par une affection réciproque. Un cœur loyal est la générosité même : il ne s'émeut ni par les philtres, ni par les formules magiques ; on ne le fléchit pas plus par le fer que par l'or et les pierres précieuses, et moins encore s'il se peut. Mais on parvient à le vaincre en amant avec respect. Chacun connaît la maxime amoureuse du philosophe grec Hécaton ; elle ne me plaît pas moins qu'à Sénèque : Aime si tu veux être aimé. (... )
[small]25. Joie[/small] Je crois avoir les meilleurs amis du monde.
[small]26. Raison[/small] C'est l'épithète qu'on ne cesse de donner aux amis (... ) Et quand on dit amis, on parle des meilleurs amis du monde .
(... )
[small]37. Joie[/small] J'ai plus damis qu'il ne m'est nécessaire.
[small]38. Raison[/small] Presque personne n'a le seul ami qui soit nécessaire ( ...).
[small]39. Joie[/small] J'ai beaucoup d'amis.
[small]40. Raison[/small] Crois-moi, il t'en manque bien davantage ; le monde serait plus saint, et il jouirait dun plus grand repos, s'il y avait autant d'amitiés qu'on s'imagine.
[small]41. Joie[/small] J'ai un ami.
[small]42. Raison[/small] Cest déjà beaucoup. Rien n'est plus précieux qu'un ami, et rien n'est plus rare. (... )[/citation]
[espacement][citation=<i>Ibid.</i></A>, Livre I, 52 « Un ami unique et fidèle », vol. I, p. 261-263.][small]7. Joie[/small] Non, pas d'erreur possible : j'ai un ami qui a prouvé son attachement en des occasions difficiles.
[small]8. Raison[/small] Alors tu possèdes la choses la plus douce et la plus sacrée au monde ; après la vertu, il n'y a rien de meilleur dans la vie des hommes, qu'ils doivent ce présent à la nature, au hasard, au travail ou à l'étude. Cest un doux avantage que l'entretient des parents, des frères et des enfants ; mais cette douceur peut parfois se changer en amertume, sans que chacun cesse d'être ce quil était, parent, frère ou enfant. Seul l'ami véritable ne cesse jamais d'être doux et cher. (... ) ces dernières années, na-t-on pas vu en Angleterre le père et le fils lutter pour le royaume, et il y a quelques jours, en Espagne, des frères se déchirer pour la même raison ? Les siècles anciens et l'époque où nous sommes nous montrent tant d'exemples de ces haines farouches de celle surtout qui opposent deux frères <b>(*)</b>, qu'on a plus de peine à trouver de l'amitié que de l'hostilité dans des liens si étroits. ( ...) Les choses étant ainsi, j'en tire cette conclusion : puisqu'il se trouve de l'amertume dans les alliances les plus douces, et des aversions secrètes ou manifestes dans les sources mêmes de l'affection, il n'y a que l'amitié qui soit exempte de haine. Jamais homme ne tua ni ne trahit son ami, ni n'eut même la volonté de l'offenser. Cest pourquoi, si tu as trouvé un ami tel que tu me le figures, dis-toi que tu as trouvé un grand trésor. Prends donc garde de ne pas faire comme la plupart des hommes, qui négligent leurs biens les plus précieux pour avoir soin des plus vils, et oublient de cultiver leurs amitiés et leurs vertus pour n'aimer que leurs champs et leurs trafics. (... ) Un ami véritable est un grand trésor, mais il faut un grand soin pour le garder, et bien des larmes pour le pleurer, si par malheur on vient à le perdre.[/citation]
[séparation]
<b>(*)</b> Elles sont fortes, les relations entre les définitions du <i>frère</I> et de <i>l'ami</I>, car toutes deux sont piégées :
[citation=André Wénin, <i>Josph ou linvention de la fraternité</i>, Lessius, p. 13.]Plus que d'<i>être</i> frère, il s'ag[it] de le <i>devenir</I>, ce qui, (...) est rien moins qu'évident. En ce sens, un proverbe biblique donne à penser (Pr 17, 17) :
<center>« En tout temps, l'ami aime,<br>mais un frère naît pour l'angoisse. »</center>
La maxime peut s'entendre de deux manières : (1) ou elle parle de ce lien indéfectible entre frères qui ne s'abandonnent jamais dans l'épreuve, même celle qui découragerait un ami, (2) ou elle parle de la fraternité qui, au contraire de l'amitié, est source d'adversité, d'angoisse, de malheur...[/citation]
Sauf que Wénin oublie une troisième lecture possible autorisée par le texte hébreu :
[citation]<center>(3) « L'ami aime en tout temps<br>C'est un frère né pour la détresse »</center>[/citation]
Dans ces trois lectures, deux couples : lami véritable (2, 3) et le camarade (1), le frère de sang devenu frère véritable (1, 3) et le frère de sang qui ne fait rien pour se comporter en frère (2).
[séparation]
S.
[espacement][citation=Pétrarque, <i><a href=http://www.revue-conference.com/html4/petrarque.html target=_new>Lettres Familières</a></i>, À Guido Sette, archevêque de Gênes (28 mai 1357 ?), trad. Ch. Carraud.<br>(autre trad. dA. Longpré dans <i>Lettres Familières XVI-XIX</i>, XIX, 16, §27, Belles Lettres, p. 392)]En ces lieux (je te dis tout), il ne me manque que la présence de mes anciens amis ; leur vertu, un sort heureux pour moi, m'avaient enrichi de nombreuses amitiés : la mort, et aujourd'hui mon éloignement, m'ont réduit à la pauvreté. Quoique l'absence ne sépare que les visages, et non les âmes, j'ai malgré tout un grand désir qu'ils soient là, à mes côtés ; je parviendrais à ressentir moins cruellement le regret d'autres amis, si la fortune te rendait à moi, ainsi que notre cher Socrate ; ce fut longtemps, je l'avoue, mon espoir et mon vœu le plus cher. Je ne voudrais pas accuser quiconque pour me chercher des excuses ; mais si vous poursuivez votre dessein, je me consolerai avec votre présence imaginaire, puisqu'il n'y a pas d'autre remède...[/citation]
[espacement][citation=Pétrarque, <a href=http://www.millon.com/collections/religion/atopia/remedestm.html target=_new><i>Les remèdes aux deux fortunes</i></A>, Livre II, 27 « Les amis infidèles », trad. par Ch. Carraud, Jérôme Million, vol. I, p. 687.][small]1. Douleur[/small] J'ai à me plaindre de mes amis.
[small]2. Raison[/small] Que ferait-on à ses ennemis, quand on en veut ainsi à ses amis ?
[small]3. Douleur[/small] J'éprouve l'infidélité de mes amis.
[small]4. Raison[/small] Tu me parles d'une chose impossible, à moins que tu aies cru avoir des amis qui ne l'étaient pas. Il est vrai que cest une éventualité qui se vérifie souvent.[/citation]
[espacement][citation=<i>Ibid.</i></A>, Livre I, 50 « De nombreux amis », vol. I, p. 251-255.][small]1. Joie[/small] J'ai des amitiés en quantité.
[small]2. Raison[/small] Il est étrange que tu aies abondance d'un bien dont le reste des hommes manque si cruellement
(... )
[small]5. Joie[/small] Je suis heureux en amitié.
[small]6. Raison[/small] Tu ne peux le savoir, à moins d'être malheureux en d'autres choses. On a très bien dit que l'homme heureux ne sait pas qu'il est aimé.
[small]7. Joie[/small] J'ai des amitiés assurées.
[small]8. Raison[/small] Alors l'adversité l'est aussi, puisqu'il est vrai, là encore, qu'un ami assuré se reconnaît dans des circonstances incertaines.
(... )
[small]21. Joie[/small] J'ai des amis fidèles, me semble-t-il.
[small]22. Raison[/small] Tu ne dois pas t'y fier ni même les éprouver sans beaucoup de précautions, car l'expérience, dans ces matières, fut souvent aussi amère que la bonne opinion qu'on se faisait d'eux avait de douceur.
[small]23. Joie[/small] J'ai, je crois, de bons amis.
[small]24. Raison[/small] Examine aussi d'où te vient cette idée, et considère surtout combien tu les aimes. Il y a des personnes qui n'aiment pas et qui pensent être aimées ; rien nest plus insensé. (... ) l'amour ( ...) on ne peut l'obtenir que par une affection réciproque. Un cœur loyal est la générosité même : il ne s'émeut ni par les philtres, ni par les formules magiques ; on ne le fléchit pas plus par le fer que par l'or et les pierres précieuses, et moins encore s'il se peut. Mais on parvient à le vaincre en amant avec respect. Chacun connaît la maxime amoureuse du philosophe grec Hécaton ; elle ne me plaît pas moins qu'à Sénèque : Aime si tu veux être aimé. (... )
[small]25. Joie[/small] Je crois avoir les meilleurs amis du monde.
[small]26. Raison[/small] C'est l'épithète qu'on ne cesse de donner aux amis (... ) Et quand on dit amis, on parle des meilleurs amis du monde .
(... )
[small]37. Joie[/small] J'ai plus damis qu'il ne m'est nécessaire.
[small]38. Raison[/small] Presque personne n'a le seul ami qui soit nécessaire ( ...).
[small]39. Joie[/small] J'ai beaucoup d'amis.
[small]40. Raison[/small] Crois-moi, il t'en manque bien davantage ; le monde serait plus saint, et il jouirait dun plus grand repos, s'il y avait autant d'amitiés qu'on s'imagine.
[small]41. Joie[/small] J'ai un ami.
[small]42. Raison[/small] Cest déjà beaucoup. Rien n'est plus précieux qu'un ami, et rien n'est plus rare. (... )[/citation]
[espacement][citation=<i>Ibid.</i></A>, Livre I, 52 « Un ami unique et fidèle », vol. I, p. 261-263.][small]7. Joie[/small] Non, pas d'erreur possible : j'ai un ami qui a prouvé son attachement en des occasions difficiles.
[small]8. Raison[/small] Alors tu possèdes la choses la plus douce et la plus sacrée au monde ; après la vertu, il n'y a rien de meilleur dans la vie des hommes, qu'ils doivent ce présent à la nature, au hasard, au travail ou à l'étude. Cest un doux avantage que l'entretient des parents, des frères et des enfants ; mais cette douceur peut parfois se changer en amertume, sans que chacun cesse d'être ce quil était, parent, frère ou enfant. Seul l'ami véritable ne cesse jamais d'être doux et cher. (... ) ces dernières années, na-t-on pas vu en Angleterre le père et le fils lutter pour le royaume, et il y a quelques jours, en Espagne, des frères se déchirer pour la même raison ? Les siècles anciens et l'époque où nous sommes nous montrent tant d'exemples de ces haines farouches de celle surtout qui opposent deux frères <b>(*)</b>, qu'on a plus de peine à trouver de l'amitié que de l'hostilité dans des liens si étroits. ( ...) Les choses étant ainsi, j'en tire cette conclusion : puisqu'il se trouve de l'amertume dans les alliances les plus douces, et des aversions secrètes ou manifestes dans les sources mêmes de l'affection, il n'y a que l'amitié qui soit exempte de haine. Jamais homme ne tua ni ne trahit son ami, ni n'eut même la volonté de l'offenser. Cest pourquoi, si tu as trouvé un ami tel que tu me le figures, dis-toi que tu as trouvé un grand trésor. Prends donc garde de ne pas faire comme la plupart des hommes, qui négligent leurs biens les plus précieux pour avoir soin des plus vils, et oublient de cultiver leurs amitiés et leurs vertus pour n'aimer que leurs champs et leurs trafics. (... ) Un ami véritable est un grand trésor, mais il faut un grand soin pour le garder, et bien des larmes pour le pleurer, si par malheur on vient à le perdre.[/citation]
[séparation]
<b>(*)</b> Elles sont fortes, les relations entre les définitions du <i>frère</I> et de <i>l'ami</I>, car toutes deux sont piégées :
[citation=André Wénin, <i>Josph ou linvention de la fraternité</i>, Lessius, p. 13.]Plus que d'<i>être</i> frère, il s'ag[it] de le <i>devenir</I>, ce qui, (...) est rien moins qu'évident. En ce sens, un proverbe biblique donne à penser (Pr 17, 17) :
<center>« En tout temps, l'ami aime,<br>mais un frère naît pour l'angoisse. »</center>
La maxime peut s'entendre de deux manières : (1) ou elle parle de ce lien indéfectible entre frères qui ne s'abandonnent jamais dans l'épreuve, même celle qui découragerait un ami, (2) ou elle parle de la fraternité qui, au contraire de l'amitié, est source d'adversité, d'angoisse, de malheur...[/citation]
Sauf que Wénin oublie une troisième lecture possible autorisée par le texte hébreu :
[citation]<center>(3) « L'ami aime en tout temps<br>C'est un frère né pour la détresse »</center>[/citation]
Dans ces trois lectures, deux couples : lami véritable (2, 3) et le camarade (1), le frère de sang devenu frère véritable (1, 3) et le frère de sang qui ne fait rien pour se comporter en frère (2).
[séparation]
S.

