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Amour et Mort
#1
Il y a quelques jours j’ai lu une revue scientifique américaine qui faisait le point sur l’état des connaissances et des différentes théories sur l’évolution. L’article était bien fait et exposait de manière claire et didactique les points de vue de chacun entre lamarckiens, Darwiniens, partisans de mutations brutales et soudaines, thèse d’une « intelligence supérieure » qui « piloterait » l’évolution…<p>Comme je ne suis pas scientifique moi-même, je ne retranscrirai pas ici tous ces débats. Un article mi-scientifique, mi-philosophique a toutefois attiré mon attention. L’auteur abordait la question de l’utilité de la reproduction uée. D’un point de vue strictement évolutif il n’est pas évident qu’elle procure un avantage. Il faut trouver un partenaire et le séduire, ensuite la femelle est vulnérable durant la gestation, chez certaines espèces il faut ensuite veiller sur les petits…En contrepartie, en permettant de mêler les gènes la reproduction uée permet d’espérer améliorer la race et donc la survie de l’espèce alors que la reproduction par scissiparité ou parthénogenèse reproduit indéfiniment le même individu sans espoir de le voir s’améliorer. Le débat est loin d’être clos mais force est de constater que les amibes vivent depuis près de 700 millions d’années sans le moindre problème de survie de l’espèce. Peu d’espèces uées peuvent en dire autant !<p>Vous me direz, quel est le lien avec Tolkien dans tout cela ? Justement j’y viens. La reproduction par scissiparité confère à l’individu une certaine forme d’immortalité. Si on considère la première amibe qui s’est coupée en deux il y a 700 millions d’année, d’une certaine manière cet individu originel vit encore parmi les milliards d’amibes vivant actuellement. A contrario, les individus ués étant uniques ils disparaissent et connaissent la mort. La mort est donc en quelque sorte le prix biologique à payer pour avoir la ualité. En allant plus loin, pour l’humanité, on peut considérer que la reproduction uée est à l’origine de l’Amour conjugal et du mariage.<p>L’auteur de l’article s’arrêtait là mais moi, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Tolkien. Le thème de la mort et de l’acceptation de son destin est omniprésent dans son œuvre. La mort y est même qualifiée de « Don du créateur ». J’ai trouvé amusant qu’un article purement scientifique nous rappelle que ce don de la mort était corollaire du don de l’amour. Pour conclure vaut-il mieux une vie limité et relativement courte (quelques décennies) mais pleine d’amour (cf le choix d’Arwen) ou une vie extrêmement longue mais sans amour (cf un Nazgul).<p>Ps cette problématique avait été abordée à Birmingham lors d’une conférence passionnante sur les relations entre le SdA et « tous les hommes sont mortels » de Simone de Beauvoir. Cela fait des semaines que je me dit que j’aimerais faire un compte rendu détaillé des conférences qui m’ont le plus marqué. Mais je commence à croire que je n’y arriverai jamais.
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