La désolation de Smaug
Le problème principal du film est la violence permanente, excessive, lourdingue, crasse. On décapite des orcs à tour de bras et à tout bout de champ, au point que cela devient le seul moteur de l'action dramatique. C'est pénible, écoeurant, cela n'a rien à voir avec "le Hobbit". Plus généralement, il y a un manque criant de fantaisie, d'humour, de légèreté. Ont été supprimés : les animaux de Beorn qui servent les nains à table, les chansons pour énerver les araignées, les lumières et les échos de fêtes elfiques dans Mirkwood... Même la scène des tonneaux a été surchargée d'un massacre d'orcs totalement inutile au récit.
De très nombreuses libertés ont été prises avec le roman. Certaines sont heureuses car nourries par la lecture d'autres œuvres de Tolkien, ou par un souci d'intelligence du récit : ainsi l'attitude isolationniste du roi Thranduil n'est pas sans évoquer celle des seigneurs des Elfes du premier âge. La présence de Légolas n'a rien d'absurde, il était là bien sûr. Celle de Tauriel n'apporte pas grand chose et ses sentiments partagés pour Fili sont une bizarrerie dans un univers tolkiennien, mais après tout cela ne fait pas trop de mal au récit, et le fait que leur sympathie se montre par un dialogue sur la Lune et les Étoiles est à la fois joli et assez bien trouvé - l'attachement des Elfes sylvestres aux étoiles est évoqué dans le roman. Le personnage de Bard est très ettoffé et introduit beaucoup plus tôt dans le récit, mais sans faute. L'aspect politique de sa querelle avec le Maître de la ville est aussi modifié par rapport au roman, mais cela reste cohérent et bien montré. Le roman parle souvent du maître "et de ses conseillers" : on n'en voit qu'un ici, mais plutôt réussi encore. L'ajout d'un pendant sombre à la prophétie humaine du retour du Roi sous la Montagne est une trouvaille plutôt heureuse aussi.
Mais si la branche principale du récit est plutôt bien racontée, modifications comprises, celle parallèle de Gandalf est incompréhensible et incohérente : pourquoi retrouve-t-il Radagast dans le tombeau d'un nazgul dans les monts du Rhuddaur ? Cela n'a aucun sens ou alors est très, très mal expliqué. Le combat de Gandalf et de Sauron est une débauche graphique spectaculaire mais sans intérêt narratif. On pourrait en dire de même pour le long affrontement des nains avec le dragon. Et plus généralement, les coupes et les modifications écrasent un peu le caractère de conte de fées du livre pour en faire un "bon film d'action". Rappelons que dans "le Hobbit" (le livre), plusieurs scènes se répètent et se font écho : ce côté répétitif fait partie du conte, il lui donne son caractère. Ainsi, l'arrivée des nains par petits groupes chez Bilbo au début du roman devrait se reproduire chez Beorn : mais ceci a été supprimé, et on a un peu de peine à comprendre comment l'ombrageux Beorn peut accepter sans problème la présence d'une quinzaine d'importuns chez lui. (Le personnage de Beorn, d'ailleurs, est très différent du livre, même s'il n'est pas raté). Le jeu des enigmes entre Bilbo et Gollum doit aussi se répéter avec Smaug : dans le film, cette scène a été tellement écourtée que seuls les lecteurs du livre peuvent retrouver cet écho. Le dragon est réussi, graphiquement et en termes de jeu d'acteur (si on peut dire). Mais son goût pour les flatteries et les enigmes est moins bien montré que dans le roman. Son personnage n'en est donc que plus primaire.
L'impression générale est donc celle d'un film assez vain, inutilement violent, plus fait pour satisfaire un besoin de défoulement que pour émerveiller par son récit.
Le problème principal du film est la violence permanente, excessive, lourdingue, crasse. On décapite des orcs à tour de bras et à tout bout de champ, au point que cela devient le seul moteur de l'action dramatique. C'est pénible, écoeurant, cela n'a rien à voir avec "le Hobbit". Plus généralement, il y a un manque criant de fantaisie, d'humour, de légèreté. Ont été supprimés : les animaux de Beorn qui servent les nains à table, les chansons pour énerver les araignées, les lumières et les échos de fêtes elfiques dans Mirkwood... Même la scène des tonneaux a été surchargée d'un massacre d'orcs totalement inutile au récit.
De très nombreuses libertés ont été prises avec le roman. Certaines sont heureuses car nourries par la lecture d'autres œuvres de Tolkien, ou par un souci d'intelligence du récit : ainsi l'attitude isolationniste du roi Thranduil n'est pas sans évoquer celle des seigneurs des Elfes du premier âge. La présence de Légolas n'a rien d'absurde, il était là bien sûr. Celle de Tauriel n'apporte pas grand chose et ses sentiments partagés pour Fili sont une bizarrerie dans un univers tolkiennien, mais après tout cela ne fait pas trop de mal au récit, et le fait que leur sympathie se montre par un dialogue sur la Lune et les Étoiles est à la fois joli et assez bien trouvé - l'attachement des Elfes sylvestres aux étoiles est évoqué dans le roman. Le personnage de Bard est très ettoffé et introduit beaucoup plus tôt dans le récit, mais sans faute. L'aspect politique de sa querelle avec le Maître de la ville est aussi modifié par rapport au roman, mais cela reste cohérent et bien montré. Le roman parle souvent du maître "et de ses conseillers" : on n'en voit qu'un ici, mais plutôt réussi encore. L'ajout d'un pendant sombre à la prophétie humaine du retour du Roi sous la Montagne est une trouvaille plutôt heureuse aussi.
Mais si la branche principale du récit est plutôt bien racontée, modifications comprises, celle parallèle de Gandalf est incompréhensible et incohérente : pourquoi retrouve-t-il Radagast dans le tombeau d'un nazgul dans les monts du Rhuddaur ? Cela n'a aucun sens ou alors est très, très mal expliqué. Le combat de Gandalf et de Sauron est une débauche graphique spectaculaire mais sans intérêt narratif. On pourrait en dire de même pour le long affrontement des nains avec le dragon. Et plus généralement, les coupes et les modifications écrasent un peu le caractère de conte de fées du livre pour en faire un "bon film d'action". Rappelons que dans "le Hobbit" (le livre), plusieurs scènes se répètent et se font écho : ce côté répétitif fait partie du conte, il lui donne son caractère. Ainsi, l'arrivée des nains par petits groupes chez Bilbo au début du roman devrait se reproduire chez Beorn : mais ceci a été supprimé, et on a un peu de peine à comprendre comment l'ombrageux Beorn peut accepter sans problème la présence d'une quinzaine d'importuns chez lui. (Le personnage de Beorn, d'ailleurs, est très différent du livre, même s'il n'est pas raté). Le jeu des enigmes entre Bilbo et Gollum doit aussi se répéter avec Smaug : dans le film, cette scène a été tellement écourtée que seuls les lecteurs du livre peuvent retrouver cet écho. Le dragon est réussi, graphiquement et en termes de jeu d'acteur (si on peut dire). Mais son goût pour les flatteries et les enigmes est moins bien montré que dans le roman. Son personnage n'en est donc que plus primaire.
L'impression générale est donc celle d'un film assez vain, inutilement violent, plus fait pour satisfaire un besoin de défoulement que pour émerveiller par son récit.

