17-02-2006, 23:40
Une « mythologie » est simplement, par définition (« discours mythique »), ce qui se rattache à un ensemble de « mythes », non?
Je crois que le fuseau auquel tu fais référence a plutôt un problème à distinguer entre les concepts de « mythe », « conte » et « légende ».
Il serait sans doute utile de se référer à la définition du mythe de Mircea Eliade, qui même si elle ne fait pas toujours l'unanimité (elle vaut certainement pour les sociétés archaïques, même si au sens moderne il faudrait sans doute l'élargir), à l'intérêt d'être relativement fondatrice dans ce type d'études... Je n'ai pas accès à mes livres d'Eliade actuellement, mais heureusement le net est toujours de bon secours!
Quelques citations:
[citation=Eliade, Mythes, rêves et mystères, Paris : 1957, p. 22]Un mythe est une histoire vraie qui s'est passée au commencement du Temps et qui sert de modèle aux comportements des humains. En imitant les actes exemplaires d'un dieu ou d'un héros mythique, ou simplement en racontant leurs aventures, l'homme des sociétés archaïques se détache du temps profane et rejoint magiquement le Grand Temps, le temps sacré.[/citation]
[citation=Eliade, Aspects du mythe, Paris : 1963, p.15]Le mythe raconte une histoire sacrée; il relate un événement qui a eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des « commencements »[/citation]
[citation=Eliade Mythes, rêves et mystères, Paris : 1957, p. 13]Il ne se laisse saisir en tant que mythe que dans la mesure où il révèle que quelque chose s'est pleinement manifesté, et cette manifestation est à la fois créatrice et exemplaire, puisqu'elle fonde aussi bien une structure du réel qu'un comportement humain.[/citation]
Une approche un peu résumée :
Une approche encore plus grossière, juste pour permettre de bien séparer les domaines qui se chevauchent toujours un peu: grosso modo, le mythe évoque les dieux, le conte des êtres merveilleux à l'existence irréelle (« une bonne fée ») et la légende se situe au niveau de l'homme (fût-il un héros). Mythe et légende sont objet de croyance, tandis que le conte a la réputation d'être fantaisiste. Mais comme je le disais, ces définitions sont en fait perméables, avec des allers et retours:
[citation=Eliade, Mythes, rêves et mystères, p. 14]Lorsqu'il n'est plus assumé comme une révélation des « mystères », le mythe se « dégrade », il s'obscurcit, devient conte ou légende.[/citation]
Pour qu'un mythe reste un mythe, il faut donc qu'il continue à assurer sa fonction de révélation du sacré (ce qu'Eliade appelle aussi une « hiérophanie »). Sinon il devient légende, voire conte.
Même si Eliade ne le dit pas explicitement (enfin pas à mon souvenir!), l'inverse doit aussi être vrai (puisque c'est ainsi que les mythes se constituent), à savoir qu'un conte ou une histoire peut devenir mythe plus tard. Ainsi par ex., de la légende d'un roi « Arthur » héroique qui se soulève contre un envahisseur, on en vient ensuite à une geste arthurienne qui revêt aujourd'hui certains aspects du mythe (parce qu'elle pose la question de la fonction royale, par exemple... Ce que Boorman dans son Excalibur rend plutôt bien, à mon avis, dans l'énigme du Graal auquel fait face son Perceval: « Who Am I? (You are Arthur, my King). What is the Secret of the Grail? (The Land and the King are One) »...)
Voilà, j'espère que mes quelques tentatives de définition ne sont pas trop maladroites et éclairent un peu la discussion!
Didier.
Je crois que le fuseau auquel tu fais référence a plutôt un problème à distinguer entre les concepts de « mythe », « conte » et « légende ».
Il serait sans doute utile de se référer à la définition du mythe de Mircea Eliade, qui même si elle ne fait pas toujours l'unanimité (elle vaut certainement pour les sociétés archaïques, même si au sens moderne il faudrait sans doute l'élargir), à l'intérêt d'être relativement fondatrice dans ce type d'études... Je n'ai pas accès à mes livres d'Eliade actuellement, mais heureusement le net est toujours de bon secours!
Quelques citations:
[citation=Eliade, Mythes, rêves et mystères, Paris : 1957, p. 22]Un mythe est une histoire vraie qui s'est passée au commencement du Temps et qui sert de modèle aux comportements des humains. En imitant les actes exemplaires d'un dieu ou d'un héros mythique, ou simplement en racontant leurs aventures, l'homme des sociétés archaïques se détache du temps profane et rejoint magiquement le Grand Temps, le temps sacré.[/citation]
[citation=Eliade, Aspects du mythe, Paris : 1963, p.15]Le mythe raconte une histoire sacrée; il relate un événement qui a eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des « commencements »[/citation]
[citation=Eliade Mythes, rêves et mystères, Paris : 1957, p. 13]Il ne se laisse saisir en tant que mythe que dans la mesure où il révèle que quelque chose s'est pleinement manifesté, et cette manifestation est à la fois créatrice et exemplaire, puisqu'elle fonde aussi bien une structure du réel qu'un comportement humain.[/citation]
Une approche un peu résumée :
- Le mythe est d'abord une « histoire sacrée », liée à l'explication du monde, de l'origine et de la fin.
- Le mythe est « vrai » -- à comprendre au sens où il exprime une vérité absolue : les mythes de création du monde ont comme « preuve » que le monde existe, les mythes liées à la mortalité de l'homme on comme « preuve » que l'homme est mortel, etc.
- Le mythe est « constitutif » de l'être humain (explicatif du « comment » on en est arrivé à ce qui caractérise l'homme -- mort, sexualité, etc.)
- Le mythe est « fondateur », il se situe au Commencement (« en ce temps-là », in illo tempore) et se scène est la Terre, notre Monde. A contrario, le conte se situe hors du temps, en un temps indéterminé (« il était une fois ») et en un lieu tout aussi indéterminé, voir fantaisiste (« Cela se passait dans un royaume où... »). A contrario encore, la légende rend compte des particularités d'un lieu précis, en général celui où l'on se trouve, dans un temps lointain mais néanmoins inscrit dans le passé (« C'était à cette fontaine-ci que venaient s'abreuver... »)
Une approche encore plus grossière, juste pour permettre de bien séparer les domaines qui se chevauchent toujours un peu: grosso modo, le mythe évoque les dieux, le conte des êtres merveilleux à l'existence irréelle (« une bonne fée ») et la légende se situe au niveau de l'homme (fût-il un héros). Mythe et légende sont objet de croyance, tandis que le conte a la réputation d'être fantaisiste. Mais comme je le disais, ces définitions sont en fait perméables, avec des allers et retours:
[citation=Eliade, Mythes, rêves et mystères, p. 14]Lorsqu'il n'est plus assumé comme une révélation des « mystères », le mythe se « dégrade », il s'obscurcit, devient conte ou légende.[/citation]
Pour qu'un mythe reste un mythe, il faut donc qu'il continue à assurer sa fonction de révélation du sacré (ce qu'Eliade appelle aussi une « hiérophanie »). Sinon il devient légende, voire conte.
Même si Eliade ne le dit pas explicitement (enfin pas à mon souvenir!), l'inverse doit aussi être vrai (puisque c'est ainsi que les mythes se constituent), à savoir qu'un conte ou une histoire peut devenir mythe plus tard. Ainsi par ex., de la légende d'un roi « Arthur » héroique qui se soulève contre un envahisseur, on en vient ensuite à une geste arthurienne qui revêt aujourd'hui certains aspects du mythe (parce qu'elle pose la question de la fonction royale, par exemple... Ce que Boorman dans son Excalibur rend plutôt bien, à mon avis, dans l'énigme du Graal auquel fait face son Perceval: « Who Am I? (You are Arthur, my King). What is the Secret of the Grail? (The Land and the King are One) »...)
Voilà, j'espère que mes quelques tentatives de définition ne sont pas trop maladroites et éclairent un peu la discussion!
Didier.

